12.
Il n'y avait eu aucun signe annonciateur. Le silence avait toujours été aussi pesant.
Mais une douleur atroce avait déchiré les cerveaux d'Alérian, de son père et de Warius. Ils n'avaient plus ressenti que cela, tétanisés, écroulés au sol et se tordant sous les souffrances.
Et la torture avait continué jusqu'à ce qu'ils s'évanouissent.
- Elles ont emmené Alie ! rugit Albator une fois ses sens recouvrés, la douleur atténuée, mais en partie seulement, comme si un cure-dent de métal chauffé au fer rouge continuait de lui vriller le cerveau.
- Je ne peux toujours rien faire, murmura Warius. Tu crois qu'il a été conduit aux Liliths ?
- Oui… Si seulement je savais qu'il en revienne !
- Je suis là, mon ami, assura Warius, sachant pertinemment que cela n'aidait nullement son ami borgne et balafré !
- Mais ni toi ni moi ne pouvons aider Alie… On espérait plutôt qu'il nous sorte d'ici plutôt que de s'y faire piéger à son tour. Et là, où est-il… ?
- S'il était… Tu le sentiras, ce ne serait pas la première fois ! ?
- Pour le moment, il va bien… Pour le moment !
Revenant à lui, Alérian s'appuya prudemment sur ses coudes, dans l'attente d'une autre attaque de souffrance, mais rien ne venant, il se redressa légèrement, parvenant à se tenir debout pour la première fois depuis qu'il s'était retrouvé dans l'étrange prison de pierres noires et de ciel lumineux !
- Papa… Warius… Qu'avez-vous fait d'eux ? hoqueta-t-il, sa voix étonnamment rauque et faible.
- A eux, rien du tout, ils ne sont rien. Mais toi, tu nous intrigues !
- Une Lilith ? tressaillit le jeune homme en cherchant des yeux son interlocutrice.
- LA Lilith rectifia la voix encore sans visage ni apparence.
Mais à la vue de La-Styne, Alérian en demeura muet et stupéfié !
- Clio ? s'était enquit Albator quand son fils à la crinière d'acajou et aux mèches blanches avait cessé de gémir et de trembler.
- Je crois que je peux la visualiser. Elle est dans une sorte de bulle, entre les univers… En fait, nos cuirassés n'ont jamais été détruits ! Leurs débris ont été projetés, en 3D parfaite, en volume, en poids ! Nos cuirassés sont les trophées des Liliths, non pas en miniatures comme cela a pu arriver par le passé, mais bien réels ! Et Clio est toujours à bord, dans une bulle gigantesque entourant le Warriorshadow, en compagnie de Beebop.
- Mais alors, Toshiro ! firent d'une voix les deux vétérans bruns aux crinières grisonnantes.
- Il est intact, sourit un peu tristement Alérian en se massant les tempes, toujours avec l'impression d'une plongée irresponsable et surtout d'une remontée sans paliers prudents et donc d'une pression insensée sur son esprit ! Mais j'ignore comment reconstituer nos cuirassés : soit on les récupère, soit on en reconstitue le puzzle des débris !
- Je ne comprends pas, murmura Albator.
- Et moi donc !
- Alie, je voudrais savoir…
Mais c'était là que la torture des Liliths était intervenue, mettant les trois amis à terre.
C'était après leur perte de conscience que des Liliths étaient rentrées dans la prison, pour soulever et emporter le corps inanimé d'Alérian.
Alérian hoqueta à nouveau, sidéré.
- Mais vous n'êtes pas réelles… Vous êtes des poupées !
Au sommet de son espèce de piédestal, LA Lilith laissait tomber son regard de verre, fixe, sur le jeune homme.
- Je suppose que c'est le nom que ceux de ton espèce donnent à notre apparence, rétorqua légèrement La-Styne. Des poupées, ça fait bizarre.
- Des poupées ! insista Alérian.
Et incapable de détourner son regard de LA Lilith, le jeune homme demeurait figé sur la poupée de porcelaine face à lui, ainsi que toutes celles qui psalmodiaient en fidèles soldates !
- Des poupées !
