Titre :Never say die
Source : Gundam Wing AC
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, basée sur l'histoire originale
Disclamer: aucun des personnages ne m'appartient sauf Lexie et les clients
Rating : T
Personnages: Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Wufei Chang, Lexie
Statut : finie
Notes de l'auteure : Bonjour à ceux qui sont toujours là pour suivre cette histoire. Et je dois dire que j'ai bien l'impression que vous n'êtes plus nombreux. J'espère encore un peu au fond de moi que c'est dû aux vacances et non à mon histoire qui ne plaît plus vraiment, mais c'est difficile d'interpréter dans un sens ou dans l'autre. Je remercie celles qui prennent le temps de lire et de mes laisser leurs impressions, et j'essaie vraiment de prendre en compte chacune de vos remarques, même si ma fic est terminée. Je ne peux pas tout changer, mais je fais au mieux pour répondre à vos attentes. Il n'y aura plus de grands rebondissements, c'est un fait, seulement les réponses aux questions que vous vous posiez notamment sur les autres couples. Je m'excuse si j'ai déçu certains d'entre vous au cours des chapitres.
Rars :
Bony100clyd : merci pour ta fidélité et ta review. Pour répondre à ta question, il reste encore deux chapitres et un épilogue. J'espère que l'attente n'a pas été trop pénible…
Bonne lecture à tous.
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Chapitre douze : Te distraire
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« Conquérir sa joie vaut mieux que de s'abandonner à la tristesse. »
(Proverbe chinois)
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Plus tard dans la soirée de ce mardi 19 juin.
Middle Prussia, Restaurant « L'Auberge du Tyrolien »
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Comme promis, Duo a rejoint les autres anciens pilotes à l'hôtel, avant de les conduire dans le meilleur restaurant de la ville pour fêter leurs retrouvailles.
Et leur faire découvrir les spécialités de Middle Prussia, très inspirées de l'Allemagne et de l'Autriche.
Heero est ravi de revenir dans ce restaurant, il avait tellement apprécié ce dîner avec Duo…
Non, avec Donovan.
Qu'importe, ils sont dorénavant une seule et même personne.
Ils en sont à présent au dessert et beaucoup de choses ont été racontées des deux côtés.
Des souvenirs douloureux pour ceux à qui Duo a manqué, et pour lui, le récit d'une vie faite d'illusions et de manipulations, auquel Duo ne pouvait se soustraire, quelle que soit la difficulté de l'exercice.
Il arrive à parler des bons moments, de ses rencontres, de sa vie de libraire, mais ils se rendent tous très vite compte que Milliardo/Miles n'est jamais loin, ce qui jette fatalement une ombre sur ces instantanés.
L'ambiance est un peu étrange mais aucun d'eux n'est mal à l'aise pour autant.
Il y a un mélange de tristesse et de joie, de bonheur de s'être retrouvés et de constater que leur complicité est si vite revenue, parfois assombrie par le rappel inévitable de ces cinq longues années de séparation.
- Alors, Wufei, tu vas peut-être enfin me dire ce qui se passe, avec Mariemeia ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, Maxwell.
- Oh ! arrête un peu… Je peux comprendre que t'aies rien voulu me dire là-bas, mais tu peux cracher le morceau, maintenant et me parler un peu de toi !
- Ce n'était pas notre priorité.
- Je sais, mais là, c'est bon, tu peux me raconter… Ou quelqu'un d'autre ?
- Il n'y a rien à raconter, Maxwell, je te le répète. Nous sommes devenus proches, c'est un fait. Mais quoi que tu aies eu l'impression de voir ou de comprendre, ce n'était rien de plus que cela : une impression.
- Je suis pas empathe, mais je suis pas aveugle non plus, même si j'ai pas vu grand-chose de ce que Milliardo trafiquait sous mon nez.
- C'est différent, réplique Quatre. Tu avais une camisole chimique sur ta mémoire qui t'empêchait de reconnaître des signes ou d'éveiller tes soupçons. Ce qui se passe entre Marie et Wufei est parfaitement clair pour nous. Et je n'ai pas eu besoin de mes pouvoirs pour le comprendre.
- Peu importe, intervient Wufei. Ce que vous voyez ou percevez n'est réel que si vous le nommez et le reconnaissez, et je vous interdis de le faire.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est une gamine, Maxwell !
- Elle a rien d'une gamine ! La première fois que je l'ai vu, j'ai cru qu'elle avait une vingtaine d'années…
- C'est l'âge que tout le monde lui donnerait, remarque Trowa.
- Et le bon Dieu sans confessions, en prime, ajoute Heero.
- C'est vrai qu'elle a beaucoup changé, remarque Duo en replongeant sa cuillère dans son sorbet. Si elle avait fait sa révolution maintenant, je pense qu'on aurait eu plus de mal à convaincre ceux qui l'ont suivi qu'ils étaient du mauvais côté...
- Ils ne l'auraient pas suivi pour les bonnes raisons, souligne Heero.
- Non, c'est sûr que là, c'est pas que sa cause qu'ils auraient voulu embrasser…
- Maxwell !
- Non mais regarde tes réactions ! sourit-il de toutes ses dents. T'oses me dire que tu ressens rien ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, se défend-il avec un léger froncement de sourcil.
- Le problème de Wufei, ce ne sont pas ses sentiments, mais ceux que Marie lui portent, intervient Quatre. Parce qu'elle a seize ans et qu'elle est la fille de Treize. C'est ce qui lui met le cerveau en ébullition.
- Veux-tu bien ôter tes antennes de mon crâne, Winner ?
- Je suis empathe, pas télépathe, Wufei.
- Fous-le camp de mon cœur, dans ce cas !
Les rires de Quatre et de Duo se mêlent, faisant sourire le serveur qui vient débarrasser leur table et prendre leur commande de thés et de cafés.
- Plus sérieusement, comment ça se fait que tu t'es retrouvé à t'occuper de Mariemeia, Wufei ? Elle m'a juste dit que tu lui avais proposé d'aider, y a deux ans… Tu t'es pas senti coupable après coup, quand même ?
- A la mort de Lady Une dans l'attentat de la navette, Mariemeia est devenue la pupille du Royaume de Sank restauré et de la Nation Unie, explique-t-il après un claquement de langue pour les derniers propos de Duo.
- C'est vrai que Sally aussi a perdu la vie dans ce crash, sinon, elle se serait sûrement occupée d'elle avec Noin...
Quatre presse la main de Duo, le réconfortant et l'apaisant.
Eux, ils ont eu le temps de faire leur deuil, en cinq ans, et pourtant, c'est toujours douloureux d'évoquer leurs amis disparus.
Duo sait depuis un peu plus d'une journée seulement que certains de ses collègues, de ses supérieures et surtout amies, ont péri dans cet attentat.
- Noin a pris soin d'elle, ainsi que Réléna, mais elles avaient beaucoup à faire, reprend Heero pour le détourner de sa tristesse. Les Preventers ont subi un gros choc. L'organisation était privée de ses chefs et de ses meilleurs hommes.
- Yuy est resté un mois dans le coma, explique Wufei, son regard plongé dans son verre d'eau et au-delà, dans l'une des pires périodes de sa vie. Il en a fallu quatre mois à Barton pour retrouver sa mémoire complète et l'usage de ses jambes. Toi, tu avais disparu sans laisser aucune trace.
- Wufei et moi étions effondrés, la plupart du temps et ce, malgré tout notre professionnalisme, poursuit Quatre, la gorge nouée par l'émotion du souvenir de cette période horrible. Nous avions souvent des périodes de découragement assez brusques et violentes, durant lesquelles la tache nous semblait insurmontable.
- Je n'ai pas honte de le reconnaître, avoue Wufei en relevant le visage vers ses amis. Ce fut une épreuve très difficile. Sans le soutien de Winner dès les premiers jours, je ne pense pas que je l'aurais surmonté, certainement pas sans séquelles.
- C'est réciproque, assure Quatre en souriant, et en échangeant un long regard avec Wufei.
- C'est une grande consolation de savoir que si aucun de nous n'avait survécu, vous auriez trouvé du réconfort dans les bras l'un de l'autre.
- Inutile d'être dans les bras d'un ami pour trouver du soutien, sa simple présence suffit, Barton, réplique Wufei.
Duo fronce les sourcils, peu rassuré par les échanges de regards entre Quatre et Trowa, et la tension qu'il sent entre eux.
Mais il n'a pas le temps de les interroger, Quatre reprend son récit, sans un regard de plus vers Trowa.
- Grâce aux efforts combinés de toutes les personnes concernées, les choses sont peu à peu rentrées dans l'ordre.
- Nous avons retrouvé les commanditaires et fait justice.
- Mais toujours aucune trace de toi, ajoute Heero.
- Remettre les Preventers sur pieds et assurer que le monde et la Paix n'étaient plus menacés a pris du temps, reprend Quatre. A tour de rôle, nous continuions de te chercher, en menant les équipes ou en les supervisant. Nous n'avons pas tout de suite dit à Heero que tu avais disparu, quand il est sorti du coma. Mais ne te trouvant pas à son chevet ou dans le lit à côté, il a très vite compris.
- Il ne s'est pas posé la question de savoir s'il devait se recueillir sur ta tombe. La première chose que Yuy a demandé, c'est « Quand part la prochaine équipe de recherches ? ».
Duo sourit à Heero, qui ne le quitte que rarement des yeux.
- Te retrouver est devenu ma principale mission, même si j'en accomplissais d'autres, à côté. Tout le monde participait avec tous leurs moyens possibles, chacun agissait, mais j'étais le seul aussi mobile.
- Milliardo a refusé la direction des Preventers et malgré son jeune âge, il a nommé Wufei Lieutenant-général, puis Général, second de Noin, seule Générale en chef, à présent.
- C'est ainsi que je me suis retrouvé à côtoyer Mariemeia plus que nécessaire, conclut Wufei en revenant au sujet principal. Elle était souvent au Q.G où elle vivait avec Noin, à la Base.
- Lorsque Wufei a pu déléguer un peu plus ses charges et quitter la Terre plus longtemps, il s'est activement investi dans la reconstruction de L5 A0206 sur L5.7, poursuit Quatre.
- Jugeant qu'il serait intéressant et plus sain pour Mariemeia de retourner dans l'espace, de sortir du tout militaire dans lequel elle s'enfermait depuis son enfance, je lui ai proposé de m'aider, il y a deux ans.
- Ce qui lui a été très bénéfique, précise Quatre. Elle s'est vraiment épanouie, là-bas, et aux côtés de Wufei. Les sentiments qu'elle a aujourd'hui entrent parfaitement dans la logique des choses.
- J'espère que ce n'est qu'une phase d'adolescente. Il faut être sacrément dérangé pour s'enticher de l'assassin de son père, à qui elle a toujours voué une admiration sans bornes…
- Elle sait tout ce qu'i savoir sur ta relation avec Treize, elle a compris.
- Peut-être mieux que toi, intervient Trowa.
- Cela n'explique pas tout, Barton.
- Ses sentiments pour toi sont sincères, Wufei, et très profonds.
- Il doit le savoir, Quatre, sinon il n'aurait pas céder.
- Je n'ai pas cédé, Maxwell !
- Quoi, vous n'avez encore rien fait ? Alors qu'elle espère après toi depuis au moins un an, voire plus, si j'ai bien tout saisi ?
- Ce n'est pas de cela dont il s'agit ! se défend encore Wufei.
- Ah ! quand même, je me disais aussi… Surtout qu'elle habite au premier étage de ta maison…
- Maxwell !
Duo et Quatre éclatent de rire, sous les regards complices de Trowa et d'Heero.
Même Wufei finit par se détendre.
Duo lui a terriblement manqué, il est heureux de faire les frais de ses taquineries.
Comme avant, comme s'ils n'avaient jamais été séparés par un homme dont l'amour l'a conduit aux pires agissements, à savoir, blesser la dernière personne au monde qu'il aurait voulu atteindre.
- Trêve de plaisanterie, Wufei, tu envisages une relation avec elle, oui ou non ?
- Elle n'a que seize ans.
- C'est un an de plus que l'âge que tu avais quand tu as rencontré Treize.
- C'est différent, Winner.
- Parce que vous étiez deux hommes ? Malgré ton jugement sur les femmes, Wufei, on dit souvent qu'elles sont plus matures que les hommes, à cet âge-là. C'est encore plus flagrant avec Marie.
- Je lui reconnais une grande maturité, certes.
- Alors quoi, tu ne te sens pas capable de prendre la responsabilité d'une telle relation, comme Treize l'a fait avec toi ?
- Il n'y avait pas de relation, entre nous, Maxwell. C'était seulement une aventure platonique…
- Platonique ? relève Duo avec scepticisme. Franchement, vu l'état dans lequel tu nous rejoignais parfois, j'en doute ! T'espérais pas que j'aurais oublié, non ?
- Non, cela aurait été trop demandé, je le sais. Ce n'était peut-être pas entièrement platonique, mais nous n'avions cependant pas de relations condamnables… C'était un jeu de séduction, un flirt poussé jusqu'à la limite de l'interdit, un défi assumé, une provocation orgueilleuse… Peu importe, cela n'aurait pas dû avoir lieu.
- Oh ! mais bien sûr que si ! proteste Duo. T'aurais eu encore plus de regrets, aujourd'hui, Fei, s'il ne s'était absolument rien passé du tout ! Parce que de toute façon, tu l'aurais eu, ta revanche.
- Pour ce que cela m'a apporté… grimace-t-il.
- En tout cas, Mariemeia te veut, j'ai pas mis longtemps à le deviner. Et à son âge, tu t'étais déjà marié une fois.
- Nous ne sommes pas en Chine, la loi est tout autre.
- Si y a bien une raison d'envoyer les lois, quelles qu'elles soient, aux orties, c'est bien au nom de l'amour. En plus, si vous vous installez sur L5.7…
- Nous verrons, Maxwell. A peine revenu, tu commences déjà à tirer des plans sur la comète…
- J'aime pas voir les gens que j'aime être malheureux, ok ? Et surtout, qu'ils ne soient pas ensemble pour de mauvaises raisons. Faut bien que je te remercie d'une manière ou d'une autre, Wufei ! Et pas que toi, ajoute-t-il en regardant chacun de ses amis dans les yeux.
- En ce qui me concerne, je me considère remercié, ça ira, Maxwell.
- Quand je vous rejoindrai sur Terre, j'espère que t'auras un autre discours, et que tu m'annonceras que t'auras décidé de passer à la vitesse supérieure avec Mariemeia.
- Nous verrons, je te le répète.
- C'est tout vu, assure Quatre.
- Winner, ne t'ai-je pas déjà dit de virer tes antennes de mon cœur ?
Quatre se contente de lui faire un clin d'œil, alors que leurs cafés et thés leur sont servis.
Ils ne disent rien un moment, car c'est une soirée karaoké au restaurant et un groupe s'est installé sur scène pour chanter et ils donnent joyeusement de la voix.
Lorsque le panier pour écrire les noms et les chansons est passé, Duo et Quatre se sont prêtés au jeu immédiatement.
Heero, Trowa et Wufei savent que leurs noms ont été inscrits aussi, mais il y a beaucoup de monde et ils prient pour qu'ils ne soient pas appelés.
Heero a bien pensé aller dire quelques mots sur un certain ton à l'organisateur, mais Duo l'a vu venir et lui a demandé de rester sagement assis et de lui faire plaisir.
C'est sa soirée, alors il lui a obéi.
Peu de temps après qu'on leur ait servi leurs thés et cafés, Lexie arrive.
Duo lui avait proposé de venir dès le début, mais elle a bien compris qu'ils avaient besoin de se retrouver tous les cinq, alors elle a décliné l'invitation.
Mais elle lui a promis de les rejoindre plus tard, pour profiter du karaoké et apprendre à connaître ses meilleurs amis sortis tout droit de son passé, d'un bond de cinq ans dans le temps.
Rapidement, elle se fonde dans le groupe sans aucune difficultés, parlant avec les uns et les autres, les charmant tous par son aura, sa bonne humeur, sa gentillesse et tout ce qu'elle peut bien raconter sur Duo et la librairie, sans jamais gaffer en mentionnant « Miles ».
Son empathie et celle de Quatre entrent en résonnance, et c'est un spectacle assez impressionnant.
Ils voient et comprennent des choses quelques instants avant les autres et spontanément, ils se regardent pour confirmer ou s'en amuser.
C'est un peu troublant au départ, mais tout le monde s'y fait très vite.
Son nom résonne soudain dans le micro, et elle fait un grand sourire avant de se précipiter sur scène.
- Je vais chanter cette chanson pour un couple d'amis. Ils ont traversé des choses difficiles et j'aimerai qu'ils se retrouvent, maintenant. Comme c'est une chanson que les filles chantent mieux, je prête ma voix à l'un des deux. Que l'autre ouvre grand ses oreilles !
Bien sûr, elle ne peut pas nommer Duo explicitement, car beaucoup de clients et l'ensemble du personnel le connaissent en tant que Donovan, en couple avec Miles…
Même si certains se sont interrogés sur la relation entre Duo et Heero dès le premier soir où ils sont venus dîner en tant que Donovan et Hiroki, tant leur complicité était flagrante.
Et malgré toute la discrétion qu'ils y mettent et dont ils sont capables, cette impression que quelque chose de fort les unis est encore plus évidente, ce soir-là.
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Ramène-moi dans les bras que j'aime
Désire-moi comme tu le faisais avant
Touche moi une fois de plus
Et souviens-toi quand
Il n'y avait personne que tu voulais plus que moi
Je vais t'attendre
Ici, dans mon cœur
Je suis celui qui veux t'aimer plus que tout
Tu verras que je peux te donner
Tout ce dont tu as besoin
Laisse-moi être celui qui t'aime plus que tout
Regarde-moi comme si tu n'avais jamais su
Serre-moi et ainsi, tu ne pourras plus partir
Crois seulement en moi
Je te montrerai
Tout ce que ton cœur a besoin de savoir
Et d'une manière ou d'une autre, toute l'amour que nous avions peut être sauvé
Peu importe ce que ça coûtera, nous trouverons un moyen
Crois seulement en moi
Je te montrerai
Tout ce que ton cœur a besoin de savoir
Je vais t'attendre
Ici, dans mon cœur
Je suis celui qui veux t'aimer plus que tout
Tu verras que je peux te donner
Tout ce dont tu as besoin
Laisse-moi être celui qui t'aime plus que tout
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Lexie fredonne les dernières notes et un tonnerre d'applaudissements salue sa prestation.
- Merci ! Je vais garder le micro encore un peu, pour un autre morceau, parce que c'est une soirée exceptionnelle ! Musique !
Les premières note de « You make me feel » résonnent, et les lumières baissent, pour coller à l'ambiance feutrée, sensuelle, pleine de volupté du morceau.
Lexie danse pour accompagner la musique, envoûtant l'assemblée par le charme qu'elle dégage, sa sensualité en parfaite adéquation avec la chanson.
Ton amour n'est égal à rien d'autre
Que je veuille, quand nous sommes ensemble
J'aimerais qu'on le reste pour toujours
Tu me rends vivant, tu me rends vivant, tu me rends vivant,
Tu me rends plus fort
Tout le monde suite le mouvement lascif de ses jambes, de ses hanches, de ses bras, de ses mains qui se perdent dans ses cheveux, avant qu'elle ne poursuive de sa voix un peu plus rauque que celle de la chanteuse…
Ton amour n'est égal à rien d'autre
Je ne veux aucun autre amant
Notre amour durera toujours
Tu me rends vivant, tu me rends vivant, ru me rends vivant,
Tu me rends plus fort...
Lexie continue de danser sur la musique, bien qu'il n'y ait plus de paroles, et personne n'irait l'interrompre de toute façon.
Elle finit par s'immobiliser et les lumières reviennent à leur intensité habituelle.
Cette fois, en plus des applaudissements, elle a le droit à de nombreux sifflements appréciateurs, qui l'accompagnent jusqu'à sa table où elle vient reprendre place.
Elle distribue quelques mercis et envoie des baisers du bout des lèvres, puis se tourne vers Heero. Bas du formulaire
- Tu vois, Heero, je t'avais dit que je t'aiderai, d'une manière ou d'une autre, lui affirme-t-elle en souriant.
- Tu as une très belle voix, répond-il simplement.
Ce qu'elle traduit facilement comme un merci.
- Le choix des titres est… hum… judicieux, remarque Wufei.
Il est encore tout retourné par le spectacle envoutant qu'elle vient de donner.
Réussir à troubler Wufei n'est pas un mince exploit, et ça n'échappe à personne.
- Il y en a beaucoup qui leur correspondait, mais fallait bien trancher, explique-t-elle en prenant la tasse que Quatre lui sert. Merci. Hmmm… ce thé est vraiment délicieux ! Pourquoi j'en ai jamais pris, avant ? Qui l'a commandé ?
- On a juste demandé de l'eau chaude à Oswald, le thé, c'est un cadeau de Wufei, explique Duo.
- Je t'en laisserai, si tu veux, propose-t-il gentiment.
- Avec plaisir ! Il vient de L5.7 ?
- Oui.
- C'est l'une des premières choses qu'il a créé : une gigantesque plantation de thé.
- Ce n'est pas simplement pour le goût du thé, Winner. Le soin donné à sa culture, la cueillette, l'entretien du matériel et la cérémonie du thé sont très importants.
- Il y a aussi une cérémonie du thé, en Chine ?
- Oui, et elle est bien différente de celle en usage au Japon. Enlève cette esquisse de sourire moqueur de tes lèvres, Yuy.
Le sourire d'Heero s'accentue, au contraire.
- Ta moitié japonaise se manifeste à nouveau de la façon la plus désagréable qui soit, grimace Wufei.
- Je n'y peux rien si les références japonaises sont plus fortes et plus ancrées dans les mémoires populaires que les chinoises.
- Mais tu es responsable de ce sourire triomphant et de cette fierté mal placée.
- Que le grand Dragon spirituel me pardonne.
- Dragon spirituel ? relève Lexie.
- Wufei appartient au clan du Dragon, explique Duo. Son Gundam avait pour nom de code ShenLong, qui est un des neufs dragons sacrés chinois, et qui se traduit généralement par Dragon spirituel.
- Mais j'ai rebaptisé mon Gundam Nataku, en hommage à mon épouse décédée sur le front, qui fut une grande combattante. J'ai été marié à 14 ans et je l'ai perdu la même année, précise-t-il face au regard perplexe de Lexie.
- Ah ! ok… Je suis désolée…
- Merci. Nataku est un dieu sans âme et c'est exactement le guide dont j'avais besoin pour aller au combat. Lorsque sa moitié japonaise domine, Yuy aime bien me taquiner sur ce qui fait ma fierté, pour atténuer les manifestations de la sienne.
- Faux : je les ai toujours assumés.
- De toute façon, Heero, t'avais souvent de quoi te vanter, intervient Duo. Je veux pas prendre partie, mais c'est vrai !
- Je le reconnais, concède Wufei. Surtout en tenant compte du fait que l'une de tes plus grandes fiertés aujourd'hui est d'avoir retrouvé Maxwell.
- Effectivement, j'en suis pas peu fier.
Heero échange avec Duo un long regard, mais se retient d'avoir un quelconque autre geste, qui pourrait être vu par des yeux indiscrets.
Ce qui forcerait Duo à s'expliquer rapidement, et il ne veut pas lui imposer ça.
Il aura le temps d'exposer à ses clients et connaissances, à ses amis et collègues, pourquoi il quitte « Miles » et Middle Prussia.
- Dites, reprend Lexie après un moment où ils se sont concentrés sur le groupe sur scène ou perdus dans leurs réflexions, ça pourrait être sympa de faire une soirée à la librairie sur le thème de la cérémonie du thé… On a pas mal de livres sur la civilisation chinoise. Tu pourrais nous présenter quelqu'un qui serait d'accord pour se déplacer jusqu'ici et faire une démonstration, peut-être, Wufei ?
- Je peux le faire moi-même, assure-il. J'ai tout ce qu'il faut chez moi et j'ai été initié.
- Génial ! T'en penses quoi, Duo ?
- C'est une super idée ! Je t'aiderai le plus possible, avant de repartir.
- Et tu reviendras pour la soirée. Et tous ceux qui veulent ! ajoute-t-elle avec son enthousiasme habituel. Ca va prendre un moment pour tout organiser, de toute façon. Mais c'est vraiment sympa d'accepter, Wufei.
- Si tu le souhaites, si tu as assez de temps libre, tu pourras venir sur L5.7 te familiariser avec la culture chinoise, lorsque j'y serai moi-même. Je te ferai participer à une cérémonie du thé, que tu saches à quoi t'attendre.
- Ce serait super ! Je pourrais caler ça sur ma semaine de vacances… Ca dépendra du remplacement de Duo, aussi… On verra les détails. Merci beaucoup, Wufei !
- Je précise, bien que cela est totalement logique, que ton fils est également le bienvenu.
Les autres échangent des regards discrets, un peu surpris, tendrement moqueurs.
- Marie sera sûrement ravie de faire du baby-sitting, souligne Trowa.
- Marie ?
- Mariemeia, la jeune fille dont je t'ai parlé, explique Duo à Lexie.
- Oh ! la fille de Treize que tu adores, qui est proche de Wufei mais dont la situation semble compliquée ?
- Maxwell !
Duo rentre la tête dans les épaules d'instinct, avant de se redresser et d'adresser à Wufei un sourire contrit.
- Elle est ma meilleure amie, 'Fei, je lui ai naturellement raconté mes quelques jours chez toi et l'ambiance. Surtout entre Marie et toi, des fois, vu que ça me faisait un peu de peine…
- Quel besoin avais-tu d'aller raconter les fruits d'une interprétation vague et…
- Pas la peine d'en faire une histoire, Wufei, ça ne me gêne pas, tu sais, le rassure Lexie en frôlant sa cheville de son pied, sous la table. On est adulte, c'est pas parce qu'on flirte un peu en se lançant quelques œillades pendant une soirée qu'on va se marier dès demain et acheter une maison avec une balançoire et des petits chiens, hein ?
Duo éclate de rire et Quatre n'en est pas loin, alors que Wufei relève fièrement le menton.
- Je ne vois pas pourquoi la conversation a dévié ainsi, mais ta remarque est juste.
- Tu ne vois pas, vraiment ? minaude-t-elle en accentuant la pression de son orteil sur la cheville de Wufei, qui plisse les yeux en réponse.
Les noms de Duo, enfin « Donovan » et de Lexie sortent pour le prochain karaoké, alors ils se lèvent tous les deux.
- Sauvé par le gong, wang shu Long! lui lance-t-elle avant de trotter jusqu'à la scène en tenant la main d'un Duo encore hilare.
- Il semble que le Prince héritier du Dragon est touché, non ?
- Exact, Winner, reconnaît Wufei d'une voix ou perce l'admiration. Elle cache bien son jeu, la petite libraire.
- C'est une jeune femme surprenante, confirme Quatre. Et ils sont très proches, Duo et elle... La séparation va être difficile.
- Elle ne fait pas le poids.
- Evidemment, Trowa, mais ça n'en sera pas moins très triste pour les deux ! Tu sais combien Duo attache d'importance à chacune des relations qu'il se fait.
- Nous l'aiderons à surmonter cette épreuve.
- Ca n'en restera pas moins difficile !
- A moins qu'elle ne le suive.
Trois regards se tournent vers Heero.
Il a préféré intervenir avant que le ton ne monte encore plus entre Trowa et Quatre.
Durant tout le dîner, ils ont soigneusement évité de se répondre et de se provoquer pour ne pas éveiller les soupçons de Duo ni susciter d'inquiétude.
Mais à présent qu'il n'est plus là, ils ont pris le premier prétexte pour s'affronter.
Seulement il est hors de question que Heero les laisse faire.
Il a bien vu que Duo se posait déjà des questions, il n'est pas dupe.
Et il est assez proche d'eux pour sentir que quelque chose ne tourne pas rond, ce que Wufei lui a déjà appris, avant leurs retrouvailles.
Mais le peu qu'il lui a dit ne suffit pas à appréhender le désastre de la situation et Heero préfère lui éviter une démonstration franche, pour le moment.
- C'est possible, Yuy ?
- Si on lui donne de bonnes garanties pour son installation sur Terre, pourquoi pas ? Duo ne réintègrera pas les Preventers, même si Milliardo s'installe sur Mars et en attendant, patiente sur L6000.
- Et séparé de Duo, il ne lui reste plus que ça, donc il ne quittera pas l'organisation complètement, ajoute Quatre.
- Qui peut savoir ? nuance Wufei. Malgré les années, il reste toujours très difficile à cerner. Ses réactions ne peuvent être prévues. Il peut refuser la Présidence de Mars et rester sur L6000, comme il peut brusquement disparaître. Il l'a déjà fait une fois.
- Il pourrait même choisir de revenir dans quelques années et tenter de se rapprocher de Duo, remarque Quatre.
- Nous verrons ça en temps et en heure, tranche Heero, refusant de se projeter dans ce genre de futur. Pour le moment, seul l'avenir immédiat compte.
- Un avenir où tu imagines Maxwell en libraire, sur Terre ?
- Il aime vraiment ça, Wufei, assure Heero en regardant Duo s'époumoner sur la scène avec Lexie. Et il est très doué.
- Lui seul nous donnera la réponse, conclut Wufei.
- S'il décide d'ouvrir une librairie, ou d'en reprendre une, effectivement, Lexie pourrait se laisser convaincre, note Quatre.
- C'est à réfléchir.
- Je veux qu'il ait tout ce qui peut le rendre heureux, déclare fermement Heero. Je veux qu'il puisse ne garder que le meilleur de ces cinq dernières années.
- Tu ne crois pas que Lexie et la librairie lui rappelleront trop souvent sa vie ici, en tant que Donovan ?
- Il ne l'oubliera jamais, Quatre. Plutôt que de voir ce genre de souvenirs surgir brusquement et le blesser, autant qu'il apprenne à vivre avec ce qu'il y a eu de plus positif. Puisqu'il veut que tu restes un peu avec lui, Quatre, ce sera à toi de confirmer ma théorie.
- Je ferai mon possible, bien sûr.
- Je vais prendre l'air, décide Trowa, resté muet durant l'échange, en se levant sans attendre de réponse ou pire, de question.
Quatre se mord la lèvre, Wufei soupire et Heero le suit simplement du regard.
- Il va où, Trowa ? demande Duo en regagnant leur table au même moment et le voyant s'éloigner.
- Il a besoin de prendre l'air.
- Qu'est-ce qui se passe, au juste, avec lui ? demande-t-il entre deux gorgées d'eau. Et pas de tour de passe-passe, je suis pas idiot.
- C'est difficile à expliquer...
- Il se sent inutile, répond Lexie en regardant la porte par laquelle Trowa est sorti.
- Et impuissant, complète Heero. Je t'ai retrouvé, Wufei t'a aidé à libérer et assimiler tes souvenirs, Quatre va rester quelques jours à ta demande. Et lui n'a aucun rôle dans tout ça. C'est ce qu'il pense.
- J'y vais.
- Ca ne sert à rien, mon Duo.
- Quel ami je ferais, si je n'essayais même pas, angel ? Y a cinq ans, c'est toi qui aurait déjà été dehors à ses côtés.
- Il y a cinq ans, sûrement… murmure Quatre en fuyant le regard de Duo.
Celui-ci sonde les yeux d'Heero, puis ceux de Wufei, mais il n'y trouve pas ce qu'il y cherche.
Alors il pose la main sur l'épaule de Quatre, la pressant un cours instant, et il finit par lever la tête et lui sourire.
Jugeant que le cas de Trowa est plus urgent, et que Quatre et lui auront largement le temps de discuter et de tout mettre au clair, Duo sort du restaurant à sa recherche.
Il le retrouve tout près, adossé contre le mur, une cigarette à la main… qu'il lui retire d'autorité.
- Ca n'arrangera rien, lui dit-il en s'appuyant contre le mur, à côté de lui.
- Tu m'as manqué, Duo, mais là, j'ai envie d'être seul.
- J'peux pas te laisser, sorry, buddy ! Ca me fait mal de te voir comme ça, t'as l'air de constamment te battre avec des pensées hyper sombres… Tu sais quoi ? J'ai l'impression de me voir à une certaine époque, juste avant de vous connaître… Qu'est-ce qui va pas ?
- Quatre te racontera sûrement quand vous serez seuls.
- Hey, Tro', je veux pas que tu te sentes exclu, ou un truc dans le genre… Notre amitié est aussi importante que celle que je partage avec Quatre ou Wufei, t'as pas le droit d'en douter !
- Je n'ai rien pu faire pour te retrouver, Duo.
- T'as essayé, non ?
- Et j'ai échoué.
- Alors tu m'aideras à me réintégrer et me réinstaller, ok ? L'important, c'est que t'aies essayé et je suis sûr que t'as fait ton maximum. En plus, connaissant la relation spéciale que vous avez, 'ro et toi, je suis convaincu que ton soutien a vraiment fait la différence.
- Ne fais pas comme si tu ne savais pas.
- Que je ne savais pas quoi ?
- Que je ne suis plus la même personne. Je suis coincé dans un bureau parce qu'on ne peut plus me faire confiance, sur le terrain. Mes pertes de mémoire me rendent dangereux, même en civil.
- A d'autres ! Wufei a évoqué certains changements, mais rien d'aussi dramatique que tu me laisses entendre, avec ton ton de marche funèbre… Non mais sérieusement, Trowa, tu t'es battu sans mémoire pendant les guerres, t'as parfaitement géré !
- Je suis parti au combat amnésique, ce n'était pas nouveau. A présent, si je perds la mémoire au cours d'une mission…
- Ok, tu peux plus être seul, et après ? Il te suffit d'avoir un binôme de confiance ! Heero était occupé à me chercher, mais maintenant, vous pourrez refaire équipe... Tu vas le retrouver, le terrain, et en toute confiance, avec 'ro !
Trowa ne répond rien.
- C'est pas parce que tu peux plus aller sur le terrain seul que t'es un gros nul qui sert à rien, faut pas exagérer. C'est pas les autres qui ont plus confiance en toi, Trowa, c'est toi, moi je dirai, qui a plus confiance en toi-même, conclut-il avec sa franchise habituelle. Va savoir pourquoi…
- J'ai été abusé, Duo. Comme toi.
- Hein ?
- J'avais un coéquipier en qui j'avais confiance, commence-t-il après une hésitation. Orson.
- Orson… C'était pas un gars qui était avec toi quand t'étais infiltré dans l'armée de Mariemeia ? se souvient-il en plissant le front sous la concentration.
- Je le connaissais de cette période, oui. C'était l'un des seuls que je considérai comme un ami, en dehors de vous. Ou quelque chose s'en approchant.
- Quand Heero était en mission avec moi, c'est avec lui que tu bossais, j'me souviens, ça y est…
- Oui.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Lors d'une mission de reconnaissance avec lui, j'ai perdu la mémoire. Je me suis réveillé à ses côtés sans savoir qui j'étais ou qui lui était. Alors il a prétendu être mon amant en plus de mon partenaire. Et durant douze jours, tandis qu'il inventait des ordres de mission, nous avons été partenaires. Militaires et sexuels.
- Merde…
Trowa reprend et allume une nouvelle cigarette et cette fois, Duo n'a pas le cœur à la lui retirer.
- Ne nous voyant pas revenir, Quatre et Wufei ont fini par alerter Heero. Il a pris quelques hommes imposés par Noin et ils nous ont rapidement retrouvés. Orson s'est suicidé avant de se faire prendre, il est mort dans mes bras. Quatre m'a fait retrouver la mémoire et il m'a fallu faire un rapport détaillé. Depuis, je ne quitte plus que rarement la Base et mon appartement.
Duo est réellement choqué et bouleversé par cette nouvelle.
Trowa n'a jamais été du genre à se laisser abattre, quelle que soit l'épreuve qu'il avait dû affronter.
Pour qu'il ait eu une telle réaction, son traumatisme devait être très profond.
Mais Duo devine aussi qu'il y a eu autre chose, derrière tout ça, un terrain favorable, des circonstances ayant rendu Trowa assez fragile pour subir ce choc sans arriver à gérer totalement le contrecoup.
Est-ce que c'est encore une conséquence de cet attentat qui leur a déjà tant pris ?
- Merde, répète-il, toujours très secoué. Trowa, je suis sincèrement désolé…
Avec un net soulagement, Trowa ne lit pas la pitié qu'il s'attendait à trouver dans le regard de Duo. Juste une profonde tristesse, de la colère, son soutien et son amitié inconditionnels.
Il se rend compte que c'est le même regard qu'ont posé sur lui Heero, Wufei et même Quatre, bien que la colère était plus profonde chez lui.
Mais pour la première fois, Trowa accepte l'idée que cette colère n'était pas dirigée contre lui et ses faiblesses.
- C'était à bien plus petite échelle que toi, Duo. C'était court, mais un lien s'est quand même créé. Je n'aimais pas Orson, mais pendant ces douze jours, il a été mon seul repère, la seule personne qui me connaissait et m'aimait. Et c'est cette personne qui est morte dans mes bras. Je me suis senti violé et trahi, mais une part de cet homme que j'ai été, ces quelques jours, ne disparaît pas. Alors quelque part, je te comprends un peu.
- Tu es et seras à jamais l'un des seuls, dans ce cas.
Trowa lui offre un de ses très rares sourires.
C'est très fugace, à peine une simple petite étincelle, mais cela reste très encourageant.
- Est-ce que c'est pour ça que c'est aussi tendu, entre Quatre et toi ?
- Ca a été le coup de grâce. Mais entre Quatre et moi, ça n'allait déjà plus depuis longtemps. On ne vit plus ensemble, même si nous partageons parfois le même lit.
- Des sex-friends ? Vous ? On aura tout vu ! se désole Duo en levant les yeux au ciel. J'y crois pas ! Quel merdier !
- Le crash a brisé bien plus de choses que nos liens ne pouvaient soutenir et réparer.
- J'en suis pas si convaincu, Tro'.
- Tu le découvriras, au fil du temps.
- Ou je te convaincrai du contraire, puisque j'ai un œil neuf.
- Neuf, mais impliqué.
- J'en reste pas moins objectif et réaliste. Et toi, tu devrais essayer l'optimisme, ça t'allait bien, avant ! J'aime pas quand tu vois tout gris, parce que du coup, t'as une espèce de brouillard autour de toi, comme si tu pouvais pas discerner le bon qui t'entoure...
- Je vois l'espoir pour Heero et je suis heureux que vous ayez pu vous retrouver.
- C'est un bon début, mais c'est compliqué pour nous aussi, tu sais, réplique Duo avec une légère grimace.
- Vous avez couché ensemble.
- Mais ça va pas de sortir ça comme ça ! proteste Duo en ouvrant de grands yeux. Comment tu le sais, c'est Heero qui te l'a dit ?
- Je l'ai croisé à son retour à l'hôtel. Il portait ton odeur.
Duo plisse les yeux.
- T'as vraiment un odorat particulier, c'est pas une légende, en fait !
- Il est simplement plus développé, Duo.
- Ca revient au même…
- Je n'ai rien dit, rassure-toi. C'est à vous d'annoncer ce genre de nouvelles.
- Il n'y a rien à annoncer, Trowa. Nous en avions besoin, mais ça ne règle pas tout. Je ne sais pas encore si nous pourrons être ensemble, un jour, même si j'en crève d'envie… Le Duo Maxwell d'y a cinq ans, en tout cas, qui est une part de moi.
- Une part non négligeable, Duo. Je comprends ce dont tu me parles. J'ai aussi eu besoin de remplacer la présence d'Orson par celle de Quatre avec l'espoir qu'elle s'efface totalement.
- Et… ça a marché ? demande-t-il avec espoir.
- D'une certaine façon. Chaque situation est différente.
- Je sais. Mais ça reste vraiment compliqué…
- La difficulté et les complications n'ont jamais arrêté Heero. Ni toi.
- Ca ne devrait pas t'arrêter non plus, en ce qui concerne Quatre, rétorque-t-il en le poussant gentiment du coude. Tu sais bien que c'est pas anodin qu'il soit le seul à pouvoir réveiller ta mémoire, quand elle s'endort. Je suis sûr qu'il pourrait le faire même sans l'eau. Wufei le pense aussi, il me l'a dit quand il m'a raconté tes amnésies cycliques. Plus besoin de patauger, un p'tit baiser et hop ! de retour, le Trowa !
- Je ne suis pas une princesse de contes de fées, Duo.
- Non, juste un clown triste qui n'a pas besoin de maquillage pour pleurer.
Trowa ne répond rien et lève la tête vers le ciel d'encre.
- Et aussi un homme amoureux, qui a besoin de celui qu'il aime et qui l'aime tout autant, pour exister, ajoute Duo.
- Je l'ai perdu, Duo. C'est trop tard.
La résignation et la tristesse avec lesquelles il prononce ces mots soulèvent le cœur de Duo, qui sent monter une colère et une indignation en lui.
- Ne sois pas ridicule ! lui dit-il en se plaçant devant lui. Vous vous êtes perdus, mais vous pouvez vous retrouver et bon sang, vous allez vous retrouver, oui ! Il y a plus d'espoir pour vous qu'il y en avait pour moi, et pourtant, je suis là, aujourd'hui…
- Tu en vaux la peine.
- Pas vous, peut-être ?
- Je ferai tout pour lui, Duo. C'est l'une des choses qui n'a jamais changé, pour moi.
- Alors pourquoi c'est devenu comme ça, entre vous ? Je suis sûr que vous êtes encore fous l'un de l'autre !
- Je suis un poids, pour lui. Chaque fois que je me réveille amnésique, il me rend ma mémoire et se détache de moi. Je ne peux lui en vouloir.
- C'est pas toi qui le repousses, plutôt, parce que tu te sens mal par rapport à tout ça ? T'espères pas plutôt le libérer ?
- C'est ce qu'il veut, au fond. Mais il est trop généreux pour le reconnaître et accepter qu'il serait mieux sans moi.
- Je ne peux pas te répondre avec certitude, je n'ai pas passé assez de temps avec Quatre pour savoir ce qu'il pense et ce qu'il ressent. Mais quand je vous vois, c'est une évidence, pour moi : vous êtes toujours liés. Mais c'est bizarre, c'est comme si vous luttiez contre ça...
- Je n'ai plus rien à lui apporter, aujourd'hui.
Duo soupire en revenant s'appuyer contre le mur, à ses côtés.
- Ton amour suffirait, Trowa, je ne pense pas qu'il demanderait plus.
- Un amour indigne de lui ne vaut pas la peine d'être vécu. Son attitude prouve qu'il partage cet avis, même s'il n'en est pas encore totalement conscient.
Duo secoue la tête.
- Je ne crois pas à tout ça, désolé, Trowa.
- Tu as cinq ans de retard, tu ne connais encore rien des séquelles qu'a laissé cet attentat sur nous et nos vies.
- Exact. Mais Wufei m'a parlé de vous deux et j'ai vu pas mal de choses, ce soir. Je vais pas dire que ça me suffit. C'est juste qu'un regard neuf, comme je te l'ai dit tout à l'heure, ça peut être positif. Vous êtes tellement englués là-dedans que vous voyez plus rien !
- Je comprends que tu veuilles retrouver tes repères et que tu aurais préféré que tout soit comme avant l'attentat. Ca t'aurait aidé à reprendre ta place.
- Ce n'est pas ce que je cherche, Trowa. Je te parle pas de tout ça pour m'aider, moi, mais pour essayer de vous aider. Parce que je suis conscient de ce que j'ai perdu, de ce que Milliardo m'a arraché, et je ne souhaite pas voir les gens que j'aime vivre quelque chose qui s'en approche. Etre séparé de la personne qu'on aime le plus au monde, pour de mauvaises raisons, franchement, y a rien de pire…
- C'est différent.
- Pas tant que ça ! Heero et moi, on a été piégé. Mais Quatre et toi, vous n'avez pas d'ennemis, à part vous-mêmes. C'est clair que ce sont les plus féroces, mais vous êtes capables de les affronter et de les vaincre. T'as pas envie d'essayer ?
- Ce n'est pas moi qui doit être convaincu.
- Oh, bordel, on est pas rendu, là… Bon, faut que je dégonfle des chevilles, moi, c'est pas en une demi-heure que je vais pouvoir te raisonner, alors que les autres essaient depuis des années, à coup de sagesse chinoise ou de phrases assassines et de regards noirs…
- C'est gentil d'essayer, Duo, merci.
- Mouais, j'en ai pas fini avec toi, crois-moi ! soupire-t-il. Je plierai pas avant d'être certain que vous ne pouvez pas être autrement que malheureux comme les pierres, tous les deux chacun de votre côté… Et puis maintenant que Heero m'a retrouvé, je suis certain qu'il va se pencher un peu plus sur ton cas. On peut pas sérieusement se prétendre amis, si on te laisse dans cet état… Et Quatre non plus, ça va de soi…
Trowa ne répond rien, il sait qu'il ne sert à rien de lutter contre Duo, lorsqu'il est à ce point déterminé.
Il préfère le laisser faire ce qu'il veut, quitte à se casser les dents comme les autres sur un problème qu'il juge insoluble, tant que tous n'auront pas accepté l'évidence : Quatre ne veut plus d'un boulet comme lui.
Et il a bien raison…
Duo, de son côté, n'insiste pas plus, parce qu'il sait qu'il lui manque quelques données pour être convaincant et crédible.
Il s'appuie simplement légèrement contre Trowa, épaule contre épaule, en silence.
Ils restent ainsi encore un moment à écouter le murmure nocturne des étoiles, sous le sourire de la Lune, à peine perturbés par la musique provenant du restaurant.
Mais ils finissent par se décider à le regagner, parce qu'ils se savent attendus, et ils sont conscients que leur absence peut inquiéter leurs amis.
- Trowa, une dernière chose avant d'y retourner : je vais vraiment avoir besoin de ton aide pour remédier au foutoir que sont devenues nos vie. T'es prêt à te donner à fond pour ça ? Parce que franchement, après tous nos sacrifices, tout ce qu'on a donné, et ce qu'on a construit, parfois sur des champs de ruines, on mérite d'être tranquilles et heureux, tu crois pas ?
- Si.
- En plus, on a tout ce qui faut pour, si j'en crois ce que m'a raconté Wufei. On doit juste y mettre du sien, chacun... On doit se reconstruire, et je pense vraiment qu'on a tous un rôle à jouer pour les autres. Toi et moi, on peut s'appuyer l'un sur l'autre pour passer certains caps parce qu'on se comprend mieux. C'est encore plus vrai, avec ce que tu m'as raconté.
- T'as pas à faire ça, Duo…
- Faire quoi ? Attention, n'insulte pas notre amitié, Trowa ! Je suis vraiment sérieux, c'est pas juste un truc sorti de ma manche pour te faire te sentir mieux. J'ai pas changé, I run, I hide, but I never lie ! J'invente pas des trucs pour mettre à l'aise les gens… Et encore moins l'un d'entre nous ! T'as pas intérêt à douter !
- Je te crois, sourit-il.
- Bien… Alors, je peux compter sur toi ?
Le sourire de Trowa s'élargit, illuminant son visage comme le rayon de soleil perçant les nuages lourds de pluie.
C'est une réponse que Duo juge suffisante, alors il lui rend son sourire.
- Merci, Trowa.
- Merci à toi, Duo Maxwell.
- Ouep, c'est bien moi ! Aller, on rentre, avant qu'on vienne nous chercher…
Ils retrouvent leurs amis et terminent joyeusement la soirée, malgré quelques échanges de regards curieux ou irrités, selon les protagonistes.
C'est finalement à plus de 3h du matin qu'ils se séparent.
Sans surprises, Wufei invite Lexie à partager sa chambre d'hôtel, en adultes responsables et consentants.
Et après tout, ils ont bien le droit de s'amuser.
Trowa et Quatre regagnent chacun leur chambre d'hôtel… mais une douche plus tard, l'un se glisse tout naturellement dans la chambre de l'autre.
Rien n'est réglé, mais ils sentent tous deux que leur étreinte est sensiblement différente.
Quatre sourit, la tête posée au creux de l'épaule de Trowa : la magie de Duo commence déjà à faire son effet.
Qu'elle existe réellement ou qu'ils aient seulement envie d'y croire, que Duo ait vraiment ce don de rassembler les gens autour de lui ou que ce soit juste l'effet de son retour, peu importe, le résultat est le même : les choses ont déjà commencé à changer.
Duo, lui, rejoint l'Atelier de Lexie, où il s'est installé et où Quatre le rejoindra sûrement, quand les autres seront rentrés sur Terre, jusqu'à ce qu'ils quittent Middle Prussia ensemble.
Mais pour cette nuit, c'est Heero qui trouve sa place aux côtés de Duo, en tout bien, tout honneur.
Duo lui a expliqué qu'il aimerait simplement dormir avec lui, pour retrouver sa chaleur, son odeur, sa présence au cœur de la nuit.
Tout en précisant que si c'était trop de frustration pour Heero, surtout après ce qui s'est déjà passé entre eux à la librairie, il comprendrait son refus.
Il n'avait pas à s'infliger quoi que ce soit pour lui, encore une fois.
Heero a accepté sans hésiter.
La difficulté est réelle, mais le bonheur d'avoir Duo entre ses bras est tellement plus fort qu'il balaie tout le reste.
Et c'est heureux, apaisé, soulagé que chacun s'endort, cette nuit-là.
A quelques heures de là, dans une base militaire quasiment déserte de la Colonie L6000, un homme finit par s'endormir aussi, vaincu par l'épuisement et la fatigue nerveuse, plus seul que jamais, dans un silence uniquement troublé par une bouteille vide roulant sous le lit pour en rejoindre une autre.
Et quelques paroles de chanson résonnant dans sa tête…
Je suis en train de penser à toi, dans mes rêves
Ce ne sont pas de bonnes pensées, le pire genre de tristesse qui soit
J'ai compris que les choses ne pourraient pas être réparées
Lorsque je me réveillerai, je serai désespéré
Je sais que j'aurais l'air très très très très mal
Mais il n'y a pas de manière plus facile pour moi qui dois m'en aller
Mais je ne veux plus jamais entendre cela, et je ne veux pas ressentir ça plus longtemps,
Et je ne veux pas voir ça plus longtemps, et je ne veux pas expérimenter ça plus longtemps
Parce que je sais que je suis obligé de dire, je sais que je suis obligé de te dire
Adieu,
Mon amour, adieu
Adieu
Tu es mon amour
Mon amour, adieu…
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A suivre...
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Notes : To love you more, la chanson que chante Lexie, est de Céline Dion. Je vous ai mis la traduction directement, en remplaçant le féminin par le masculin. De même pour You make me fell, de Archive. La traduction est difficile parce que « tu me fais ressentir » n'est pas joli, en français, et on trouve souvent « tu me fais exister », mais je n'aime pas trop non plus. J'ai donc choisi « tu me rends vivant » Ca aurait aussi pu être « Je me sens vivant, grâce à toi » ou « Avec toi, je me sens exister ». J'aurais voulu garder le terme « exister » par rapport à ce que Heero explique à Duo dans cette histoire, sur la différence entre vivre et exister. Mais l'idée est là et j'espère que vous l'aurez compris. S'il vous reste un peu de temps, allez écouter Archive, ça vous permettra de comprendre le trouble de Wufei p La dernière chanson est aussi d'Archive, c'est Goodbye. Je précise que malgré ce qu'on pourrait croire, Milliardo ne se suicide pas ! J'aime pas les fics avec des morts tragiques… Et puis ça lui ressemble pas tellement. Se sacrifier et mourir pour une grande cause, oui, mais par dépit amoureux… Non, pas très crédible.
Merci d'avoir lu ce chapitre et à mercredi prochain pour celles qui le souhaitent ! Car je rassure quand même certains par rapport à ma note du début, je continuerai de poster jusqu'au bout chaque mercredi, malgré mon déménagement et ma (petite) baisse de motivation, surtout due à mon angoisse de ne plus répondre à vos attentes !
Bonne rentrée, bonne semaine, à mercredi…
Lysanea
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