Chapitre XI
Lieu inconnu, 14 juillet 2012
« Hélène, il faut qu'on parle. »
La rouquine se retourna à l'appel de son prénom.
« Si c'est à propos d'elle, je n'ai plus rien à te dire ; tu as tout compris par toi-même » répondit-elle sans ciller.
Il resta muet. Il avait donc raison. Cet enfant, qui avait une ressemblance physique bien trop importante avec l'adolescente, était bel et bien un spectre du passé. « spectre » n'étant pas vraiment le terme utilisé.
Pourtant, Raphaël avait du mal à y croire. Il avait beau apprécier la lecture d'un bon roman de science-fiction, jamais il ne pensait assister à un miracle. Certaines de ses histoires préférées tournaient autour du temps, des voyages temporels, certes, mais jamais aucune n'avait été basée sur une histoire réelle. Et même, tout ceci était impossible. Remonter le temps, l'accélérer, interagir avec les personnages passés ou futur... tout ceci n'était que folie et fantasme !
Il eut beau le rappeler à la jeune fille, elle le regardait avec dédain, et lui rétorquait toujours la même chose :
« Il y a dans ce monde un pouvoir incroyable qui défie ton imagination ; je l'ai appris, à mes dépens. »
Et à chaque fois, elle retournait dans ses calculs étranges.
Ainsi, Raphaël se retrouvait piégé, dans un endroit qu'il ne connaissait pas, avec une personne sûrement folle, sans moyen de contacter qui que ce soit. Il n'avait même pas l'autorisation de quitter la pièce où elle "travaillait" ; elle semblait avoir peur qu'il puisse s'enfuir.
Il dut attendre des heures et des heures. Interminables. L'ennui, le stress et les questions le dominant au fur et à mesure. Dès lors, il connaissait par cœur le nombre de dalles composant le sol dur et froid de la pièce, ainsi que celui du plafond, et évaluait à l'œil nu leur longueur ainsi que leur matière. De la pierre, d'une sorte proche de celle du marbre, et du bois blanchâtre. Lorsqu'il en eut assez, il porta son attention aux murs. Et une fois que les murs le satisfirent, il chercha de quoi s'occuper.
Ne trouvant rien à faire, il retourna voir la rouquine, et se plaignit.
« Je veux que tu m'en dises plus à ce sujet. Toute cette histoire est bien trop invraisemblable pour que je reste les bras croisés. Je tiens à connaître une part de la vérité.
- Si tu regardes bien, il y a une étagère. Trois rangées contenant chacune trente livres, classés par auteur et date de publication sont à ce sujet. De plus, sur une quatrième, il y a toutes les notes que j'aie pu amasser au fil de mes recherches. Tu peux t'occuper avec ça pour quelques petites heures. »
Rien de plus. Il était contraint d'ingurgiter une quantité faramineuse d'écrits, sans comprendre un seul traître mot de ce que ces auteurs fous de science-fiction avaient tapé. Il ne put que se mettre à la lecture, à contrecœur, de toutes ces reliures, en commençant par l'amoncellement d'informations accumulées par la jeune fille.
Plongé dans la lecture des résumés d'Hélène, il s'en extirpait de temps en temps pour la guetter, derrière ses lunettes. Elle n'avait pas remué depuis le début, elle restait assise devant la machine informatique, et continuait de taper des suites de caractères sûrement sans sens. Il ne voyait que sa maigre silhouette, de dos, mais savait pertinemment qu'elle le guettait. D'une manière ou d'une autre, elle pouvait le voir, grâce à un quelconque système de surveillance, ou même par le biais de miroirs. À moins qu'il ne soit devenu paranoïaque, ce qui pouvait expliquer beaucoup de choses.
Raphaël tentait désespérément de comprendre ce qu'il lisait. Il sentit ses derniers espoirs s'envoler lorsqu'il tomba sur une phrase sûrement tirée d'une encyclopédie : « Le voyage rétrograde dans le temps semble à priori hautement improbable. Il faudrait pour cela abandonner le postulat de causalité qui veut que l'effet ait obligatoirement lieu après la cause ; il faudrait alors admettre que le passé existe encore, et qu'il n'est dont pas réellement passé. » Quelques lignes plus loin, Hélène avait ajouté : « L'homme aurait trouvé comment voyager dans le temps dans le futur (X années) et serait revenu dans le passé l'en empêcher. » ainsi que d'autres théories plutôt étranges. En revanche, il trouva à quelques endroits, coincés entre deux pages de journal, des pages de revues parlant d'univers parallèles, malgré la grande différence entre ces deux phénomènes.
« Tu peux t'avérer être vraiment déprimant, parfois. Tu le sais, ça ? » murmura gentiment Hélène en lui caressant la tête alors qu'il somnolait sur la table où il s'était installé pour lire.
« Ainsi, lorsque le programme connaîtra les coordonnées, il lancera une suite de calculs. Bien sûr, la situation ne sera pas reproduite à l'exactitude, certains événements étant trop anodins pour être inscrits.
« Dès lors, le fonctionnement devient complexe. Une distorsion crée une copie du passé, dans un semblant d'univers parallèle, et envoie l'utilisateur dans cet univers pour une durée déterminée à l'avance.
« Contrairement à la conception linéaire du temps, le changement occasionné peut avoir un impact sur le présent connu avant le voyage. Il est donc nécessaire de mesurer la conséquence de ses actes, car ces changements peuvent aussi avoir lieu sur le sujet lui-même, et ainsi modifier sa propre constitution.
« Le sujet peut être témoin à des changements sur sa personne, comme énoncé plus tôt. Ces changements sont visibles de plusieurs manières, dont deux particulières ;
- disparition progressive, la plus générale ; le corps devient translucide, jusqu'à disparaître complètement. Il perd sa consistance, et peut être traversé, d'une manière proche de celles des spectres ;
- amnésie ; la raison pour laquelle le sujet voulait changer le cours du temps a elle-même été modifiée. Il se retrouve donc dans l'ignorance la plus totale ; ce changement peut le conduire à la mort, et ainsi détruire son « futur »
« Les raisons pour lesquelles le voyage spatio-temporel est utilisé ne doivent être personnelles. Le sujet ne doit en aucun cas se servir de cette aptitude à des fins meurtrières. L'utilisation se doit d'être à visée neutre ou bénéfique.
« Par ailleurs, empêcher ou provoquer le décès d'une tierce personne est formellement interdit ; les changements peuvent prendre une ampleur incroyable, dépassant l'entendement. De plus, les paradoxes engendrés génèrent une surcharge d'énergie, ou au contraire, une insuffisance, pouvant entraîner l'écroulement sur lui-même du vortex créé initialement pour accéder à l'univers parallèle dont il était question.
« Forcer ou empêcher la rencontre d'individus est hautement déconseillées pour les mêmes raisons.
« Le sujet bénéficiant de la distorsion a la possibilité de contacter des individus, dans une limite raisonnable. Il est dans l'incapacité d'avoir des relations pouvant mettre en cause le « présent » auquel il appartient, sous peine de changer à la fois le présent, et sa propre personne.
« Il est fortement déconseillé de dérober des pièces de maître à leur époque ; leur déplacement est autorisé, à condition de ne pas induire en erreur sur sa provenance, son auteur ainsi que sa date de création.
« Certaines études ont démontré quelles étaient les raisons pour lesquelles un être humain emploierait les distorsions spatio-temporelles ; en voici les cas généraux, divisés en deux catégories :
1- important, à l'échelle nationale/planétaire/de l'humanité ou autre ;
2- anodine, à but personnel, à l'échelle personnelle/familiale.
1- Important
décès d'un proche (parent/ami/autre) ;
preuve d'altruisme ; aider les hommes (ex : pays ravagé par une catastrophe) ;
réduire l'impact des catastrophes, à défaut de pouvoir les empêcher ;
empêcher les guerres (ceci est impossible compte tenu du vortex) ;
connaître le véritable déroulement d'un événement ;
empêcher la disparition d'œuvres/bâtiments etc. (impossible dans certains cas ; ex : 11/9).
2- Anodin, à but personnel
réparer les petites erreurs du quotidien ;
connaître à l'avance certains petits détails pratiques ;
empêcher la naissance ou le décès de quelqu'un (IMPOSSIBLE).
Ajouts d'Isaac : - ramener une personne du passé dans le présent semble possible, à condition de mettre en œuvre ses actes importants
- le contact physique entre personnes du passé et du présent génère une distorsion légère ; les corps n'appartenant pas exactement au même temps, des maladies peuvent être générées. Leurs effets varient, et sont indescriptibles.
- Ceci peut potentiellement s'appliquer pour un potentiel voyage dans le futur
Raphaël ouvrit lentement les yeux, et s'éveilla dans un lieu qu'il connaissait bien ; il s'était endormi chez Hélène, dans ses souvenirs, et s'était retrouvé chez lui, dans sa chambre. Il entendait d'étranges bruits dans le couloir, et y jeta un coup d'œil.
La porte grinça lorsqu'il ouvrit, de même que le bruit cessa. Ceci l'intrigua, et le poussa à découvrir la raison pour laquelle il avait perçu ces sons, alors qu'il n'était censé y avoir personne chez lui.
Fondue accourut, heureux de le revoir, et jappa. Raphaël, pris d'un élan de joie infinie, le saisit, et le serra contre lui ; après ce qu'il avait vécu avec Hélène, revoir son compagnon lui réchauffait le cœur comme un feu de cheminée en hiver. L'idée de ne jamais pouvoir le retrouver l'avant longuement hanté durant ces heures de captivité, si bien qu'il était au comble de la joie à cet instant.
Pourtant, le bonheur des retrouvailles fut de courte durée. Une fois de plus, le rouquin entendit d'étranges sons ; des pas retentissaient dans la grande pièce de vie, ainsi que des mouvements de tissus. Il songea que Marie était venue lui rendre visite, et n'avait pas attendu qu'il réponde pour s'inviter et lui faire une surprise. Pourtant, la démarche de la personne présente était lourde, plus pesante, et moins féminine que celle de son amie. Il pensa alors à ses amis, Michel et Émile, qu'il n'avait pas vus depuis un petit bout de temps ; ces deux imbéciles étaient capables de s'installer chez lui, à n'importe quelle heure, même en pleine nuit. Or, ils ne feraient jamais ça seuls ; le duo était toujours uni, les garçons réalisant toujours leurs farces ensemble. Dans ce cas-là, comme il n'y avait qu'une seule personne, ça ne pouvait être eux.
Ainsi, le nombre de possibilités diminuait considérablement au fur et à mesure qu'il réfléchissait ; il avait pensé à toutes les personnes, probables comme improbables -il avait même songé à son père !- et la seule envisageable restait Hélène. Mais celle-ci n'avait sûrement rien à faire ici. Elle exécrait Raphaël de tout son être, jamais elle ne viendrait s'installer chez lui, ou lui prêter main-forte. Malgré tout, elle était l'unique personne pouvant se trouver sur les lieux.
L'étudiant alla donc la voir, en la saluant chaleureusement :
« Je ne pensais pas te revoir de sitôt, Hélène ! D'ailleurs, il faudrait que tu m'expliques comment tu fais, j'ai pas compris comment tu as pu me ramener ici ! Et surtout, m'installer dans mon lit, tout ç- »
Il se stoppa.
Sa voix s'éteignit.
Ses pupilles s'agrandirent.
Le choc.
Devant lui, ce n'était pas Hélène qui se tenait debout.
Pourtant, c'était impossible qu'il se tienne devant lui.
Pourtant, ses yeux ne semblaient pas le tromper.
« Aah, tu es réveillé ! Excuse-moi de t'effrayer comme ça, j'avais oublié ma réaction. »
Raphaël recula, sous la peur et sous le choc. Il s'adossa à un mur, et se massa la tête. Il ne comprenait pas ; cette situation ne pouvait pas avoir lieu.
Devant lui se tenait une personne peu banale. Elle portait une tenue normale, banale. Elle n'avait aucune caractéristique particulière, se fondait naturellement dans la foule, et si on la comparait avec les autres Parisiens, elle serait tout à fait dans les normes.
Le seul hic était son apparence. Un visage aux traits fins, tout à fait normal, banal. Une chevelure un peu hirsute flamboyante, des yeux couleur noisette qui brillaient toujours d'un éclat indescriptible...
« Maintenant que j'y pense, j'étais plutôt choqué, non ? C'est vrai que c'est pas tous les jours que ça arrive... »
L'individu sourit, sûrement pour tenter de dissiper la tension qui régnait dans la petite pièce. En face de lui, Raphaël peinait à admettre la vérité, tout lui semblait impossible à accepter. Cette personne ne pouvait pas être réelle ; il ne pouvait que rêver ! Les lois de la physique étaient défiées, il n'avait pas la capacité d'être présent en ces lieux. « Allez, Raphie, rit l'autre en essayant de le rassurer, je vais t'expliquer ! Nous sommes le 16 juillet, elle t'a ramené ici pour te prouver quelque chose ! - Me prouver quoi ? grogna-t-il. Qu'un mec se prend pour moi, et squatte chez moi, comme si c'était moi ? Laisse-moi rire ! » L'individu haussa les épaules, comme si la réponse était évidente. « Le monde te paraît inchangé, vu d'ici, souffla-t-il en regardant d'un air mélancolique l'étudiant. Il n'a pas beaucoup changé, en effet, mais pour moi, il est bien différent. Nous avons passé plusieurs jours ensemble, et grâce à ça, ma vision du monde a changé. » Il marqua un temps d'arrêt, s'approcha de Raphaël, et le prit par les épaules, avant de poursuivre. « À présent, je sais que tu vas aussi vivre ça. - Pourquoi en es-tu aussi sur !? répliqua l'intéressé en haussant le ton. T'es pas moi, à ce que je sache ! » Le jeune adulte se tenant devant lui ne répondit rien ; le silence tomba, lourd et muet, et prit place dans la salle. Ce fut le déclic pour Raphaël. D'abord Hélène, ensuitelui... Il ne pouvait que s'y résigner... « Tu es mon futur, n'est-ce pas ? interrogea-t-il d'une voix hésitante. Mon futur dans deux jours, après qu'Hélène m'ait relâché, non ? » Tout commençait à s'éclaircir et à prendre forme. L'individu voulut répondre, mais Raphaël le coupa. « Les Hélène que je connais sont celle du passé et celle du présent. Il en va de même pour nous ; cela veut dire qu'il s'est passé quelque chose avec elle pour que tu te dises aussi « changé » alors que tu appartiens à un futur très proche... - C'est ça, acquiesça le Raphaël du futur en hochant la tête. Je suis le toi que tu deviendras, jusqu'à ce qu'Hélène et toi auront accompli votre devoir. - Mais alors, pourquoi m'a-t-elle envoyé dans le futur ? Je refuse de croire qu'on peut voyager dans le temps ! » Son alter-ego ferma les yeux, et poussa un long soupir ; il les rouvrit, et sans prononcer le moindre mot, il tourna les talons et se dirigea vers la cuisine. Quelques instants plus tard, il demanda au rouquin de s'installer dans le salon, et le rejoignit en apportant du café. « Je vais répondre à toutes tes questions, dans la limite du possible. - Pourquoi Hélène m'a amené ici -parce que c'est à cause d'elle, non ?- ? - Ça, je l'ignore. Je suppose que je serais plus convaincant qu'elle ; tu ignores trop de choses à son sujet pour lui faire confiance. Or, quant au mien, tu sais tout ; nous sommes la même personne. - Je vois... » Raphaël demanda à son alter-ego de lui dire tout ce qu'il pouvait, lui donner le plus d'informations sur leur « devoir » à accomplir, ainsi que sur les histoires de voyages temporels. L'autre ne pipa mot à propos de leurs actes passés, encore moins au sujet de la jeune fille ; il ne lui expliqua qu'une seule chose. « Hélène a découvert qu'on pouvait voyager dans le futur, avec la machine. Or, ces voyages ne sont possibles que dans un rayon de trois jours. Passé ce délai, la personne envoyée appartient au futur, et c'est la fin, tout disparaît. - Pourquoi ?! - As-tu déjà entendu parler des failles spatio-temporelles ? » demanda-t-il au rouquin. Voyant qu'il secouait la tête négativement, il murmura quelque chose, et poursuivit. « Elle t'apprendra tout ça en temps voulu. Je risquerais de te parler de choses que tu dois ignorer. Je crains bien que je ne puisse t'aider davantage... - Je... … merci... Je pense que tu m'as quand même apporté beaucoup de choses... » Quelle étrange chose que de se parler à soi-même, songea le rouquin. Il hésita un instant, et dévisagea son lui du futur. « futur » était un grand mot ; ils n'avaient que quelques jours d'écart, mais le Raphaël du futur en savait bien plus, à la fois sur ce qu'ils allaient faire et sur ce qui allait se passer. Il se perdit dans le physique de cette personne qu'il allait devenir ; il ne se reconnaissait pas. Avait-il tant changé en quelques jours ? Quelqu'un sonna. Le plus vieux des deux pria son passé de se cacher quelque part, ce que l'autre fit sans se faire prier. Dissimulé dans un placard, assis contre le sol dur et froid, il retenait sa respiration, et tentait par tous les moyens de ne pas se faire repérer par la nouvelle personne venue. Il écouta la voix, et la reconnut immédiatement ; c'était Marie ! En revanche, il ne comprenait pas pourquoi le futur Raphaël l'avait empêché de rester présent. Ignorait-elle l'histoire des voyages temporels ? « Je devais te parler au sujet de la fille que tu cherchais, Raphaël. J'ai découvert quelque chose d'incroyable à son sujet. Elle n'est pas d'ici ; et si tout ce que tu m'as dit est vrai, elle ne peut être qu– » Raphaël se sentit tiré en arrière, et ne put entendre la fin de la phrase de la jeune fille. Il voulut crier, mais la personne l'ayant interrompu plaqua sa main contre sa bouche, et l'empêcha d'écouter la suite de la conversation, de même qu'elle le força à rester couché au sol. Il sentit l'étreinte se desserrer et la personne lui murmura quelque chose à l'oreille. Il reconnut ainsi Hélène, qui était revenue le chercher dans le futur. Celle-ci lui ordonna sèchement de se taire, sans la moindre sympathie. Elle ajouta qu'il n'aurait jamais dû entendre ceci, et qu'il avait eu de la chance qu'elle soit là pour l'empêcher de changer le cours du temps, car cela pouvait avoir un fort impact ; malheureusement, il ne comprenait rien à ce qu'elle disait. Ils ne bougèrent plus, et ne produisirent plus le moindre son. Même leur respiration était inaudible. Raphaël tendit l'oreille, et remarqua que les voix de Marie et de son futur étaient plus étouffées. Ils étaient donc dans sa chambre ; allez savoir pourquoi. « On est pas passés loin. Elle est pas censée savoir avant ton retour. On aurait bien été dans la m– - Elle a parlé de toi, coupa le rouquin, pensif. Que tu étais quelqu'un en rapport ave– - C'est pas important. » La réponse d'Hélène fut froide et sans appel, simple et précise. Raphaël comprit diverses choses en ces quelques mots. La jeune fille refusait de lui dire ce qu'elle savait à ce sujet, et elle ne voulait pas qu'il sache qui elle était vraiment. Une chose était sûre : elle avait un rôle primordial dans toute cette histoire. Soudain, il eu un flash. Hélène, en pleurs, qui le serrait contre elle.« Je refuse que tu saches. Je ne veux pas que tu changes. Reste dans l'ignorance, pour moi. »
Tout s'expliquait. Il y avait des raisons qui ne pouvaient s'expliquer que par le temps. Ainsi, il était condamné à attendre que les minutes, les heures et les jours passent avant de pouvoir savoir toute l'histoire.
Hélène se releva, et murmura :
« Il semblerait que ça soit ce soir-là. Partons. Tu as tout compris. »
Il hocha la tête, même si dans le noir, elle n'avait sûrement pas pu le voir.
« Dis, comment tu as pu venir ici ?
- C'est ça, la « magie » de mon pouvoir ; apparaître où je veux, quand je veux, en toute discrétion.
- … Non, mais sérieusement ? insista-t-il, l'air blasé.
- Aah, soupira-t-elle, il n'y a de limite à l'imagination que la froideur de ton esprit dont les portes se sont fermées définitivement ce jour d'hiver d'il y a seize saisons où ton misérable père t'a abandonné, te laissant sans-le-sou, avec pour seule piste de retrouvailles une simple pièce dont la marque t'a mené à rencontrer cette blonde au cœur pur, et qui par le plus grand des hasards, t'a conduit à détrôner le plus valeureux des hommes, et à te guider à ma rencontre. Cela te suffit-il ? »
Il resta muet. La jeune fille avait prononcé cette phrase interminable avec une célérité incroyable ; il n'avait rien compris du tout. À présent, elle se moquait de lui, et riait seule dans son coin.
Elle le poussa à aller vers le fond du placard, en lui disant que sortir par la porte était trop risqué, que Marie les verrait ou les entendrait.
« Mais au fond du placard, il y a un mur, je te rappelle ! »
Elle s'esclaffa à nouveau, et le poussa une nouvelle fois.
Il traversa le mur, sans s'en rendre compte. Ce n'est qu'une fois qu'il toucha lourdement le dur sol en pierre froid qu'il comprit ce qui s'était passé.
« Hé-Hélène !? On... On a traversé le mur !? paniqua-t-il.
- Règle numéro un des voyages spatio-temporels : toujours se fier à deux sens minimum. Règle numéro deux : un mur peut en cacher un autre, ce n'est pas forcément une barrière. Règle numéro trois : ne jamais partir seul dans les méandres du temps. » sourit-elle en lui tapant sympathiquement dans le dos.
