Et hop ! Voici un chapitre plus long qui compensera pour la brièveté du précédent :) Romantisme, considérations romantiques, et catastrophes relatives à prévoir :)
Disclaimer : Renji et Byakuya se sont rebellés. Ils ont littéralement pris le contrôle du clavier. À croire que je ne racontais pas leur histoire correctement et qu'ils ont trouvé quelque chose à y redire. J'vous jure, on contrôle même plus ses 'propres' personnages... Du coup, ce chapitre s'est mis à proliférer. J'espère qu'il vous plaira :) Sinon, vous savez à qui vous plaindre, je transmettrai.
L'instant musical : on ne change pas une équipe qui gagne, en l'occurrence, VNV Nation (et cette fois leur instrumental Prelude, sur l'album Judgment. Ce titre me donne toujours l'impression que je suis en train de regarder le soleil se lever.) et moi, votre humble servante.
Merci pour votre soutien, et enjoy !
CHAPITRE DOUZE : Renji contre-attaque (et conséquences) – Partie 2
« Pour l'instant, vivez les questions. Peut-être, un jour lointain, entrerez-vous ainsi, peu à peu, sans l'avoir remarqué, à l'intérieur de la réponse. »
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
I
« Je comprends », dit Renji. Il recula et adressa un sourire éclatant à son capitaine, qui le regardait toujours avec de grands yeux confus, pleins d'ombres malgré le soleil à son zénith qui inondait ses quartiers. Renji le contempla un instant de trop, gagné par la tendresse profonde qu'il lui inspirait, attisée au fond de lui par un éclat brut de passion. Il ne voulait pas perdre cet homme-là, d'aucune façon que ce soit. Même si ça signifiait mettre un gros coup de frein dans leurs relations. Aujourd'hui, Byakuya lui avait révélé à demi-mots l'essence même de ce qui faisait sa réserve, son refus, presque la clef de ses silences.
« Dans ce cas... » reprit-il, gagnant en assurance à mesure qu'il comprenait les vulnérabilités de son fier amant. « Que diriez-vous de venir dîner chez moi ce soir ? Juste dîner. C'est moi qui cuisine ! »
Byakuya cligna des yeux. Renji disait ça comme si ce n'était rien du tout, mais ça ressemblait à s'y méprendre à un rendez-vous. En plus, il n'avait jamais mis les pieds chez son lieutenant.
« Tu sais cuisiner ? » demanda-t-il parce que ça le surprenait, mais aussi juste pour dire quelque chose et ne pas rester planté là comme un idiot.
« Je sais très bien cuisiner, confirma Renji en croisant fièrement les bras sur sa poitrine.
— Je vois...
— Alors, vous en dites quoi ?
— Je... »
Je ne sais pas quoi dire ? Je ne sais pas si j'ai envie d'accepter ? 'Je' quoi, au juste ? Kami-sama, pourquoi ma vie est devenue aussi compliquée ?...
« Facilitez-vous la vie, capitaine, dit Renji comme s'il avait entendu ses pensées. Dites juste 'oui'. Vous verrez, ce sera chouette. Je vous le promets. »
Byakuya hocha la tête en silence.
« Génial ! s'exclama Renji. Bon, je vous laisse tranquille, je vais aller me décrasser un peu. À plus tard, capitaine ! »
Byakuya le regarda partir, confus. Il apparaissait de plus en plus évident que Renji le connaissait mieux qu'il ne le pensait. Et plus encore : il semblait aussi que Renji le comprenait, au point de savoir interpréter ses silences, et anticiper ses réactions. Il ne s'était pas attendu à cela.
Il faut que tu te détendes, Byakuya. C'est juste un dîner.
Non, pas un dîner. Un rendez-vous.
C'est en train de devenir romantique.
Mais ça l'était déjà, non ? Et je ne me suis rendu compte de rien, n'est-ce pas ?
Renji, quant à lui, quitta la pièce avec le cœur plus léger. Le fait que l'homme qu'il aimait avait mentionné sa femme défunte aurait peut-être dû le plonger dans les affres de l'indécision, mais ce qui venait de se passer entre eux constituait en fait à ses yeux le moment le plus sincère qu'ils avaient partagé jusqu'ici. Par ce simple prénom, « Hisana », Byakuya lui avait dit tout ce qu'il voulait savoir. Il savait que son capitaine ne prononçait jamais ce nom devant quiconque. Le fait même de l'énoncer, c'était déjà lui entrouvrir une porte. S'il l'avait dit, c'était parce qu'il voulait qu'il le sache. Sa tristesse portait un nom. Pour Renji, il ne s'agissait pas d'exorciser le souvenir de cette femme, de l'éclipser, l'enterrer, mais de le sublimer. Hisana resterait à jamais la première personne que Byakuya ait jamais aimé. Cela ne signifiait pas qu'elle devait le condamner à la solitude éternelle. Renji était plus résolu que jamais. Et même s'il savait qu'il jouait gros, il se sentait comme à la veille d'un combat particulièrement difficile : il avait hâte d'y être. Pas simplement pour montrer qui il était et prouver ce qu'il valait. Non. Pour gagner. Et en l'occurrence, pour conquérir la personne qu'il aimait. Pour autant, il ne se berçait pas d'illusions. Il n'attendait pas de Byakuya qu'il se donne à lui sans retenue, il n'attendait pas de lui qu'il oublie, il n'attendait pas de lui qu'il lui réserve une place unique dans son cœur. Non, ce qu'il voulait, c'était une chose à la fois terriblement simple et terriblement complexe : il voulait partager sa vie. Pas en avoir l'exclusivité. Simplement la partager. Il ignorait si Byakuya et ses souvenirs d'amours passionnelles et fusionnelles savait ce que ça signifiait. Si ce n'était pas le cas, il lui apprendrait. Renji avait lui aussi un passé amoureux. Des fantômes. Même des hantises. Mais il venait de réaliser que sur ce point précis, il en savait probablement davantage que Byakuya. Sans avoir la prétention de lui enseigner ce qu'était l'amour, ce qui aurait été absurde, il savait maintenant avec quelles armes combattre. Parce que s'il y avait bien une chose dont il était convaincu, c'était qu'un amour ne remplace pas l'autre, et qu'un amour ne ressemble pas à l'autre. D'ailleurs, c'était bien là ce qu'il préférait : éternellement protéiforme, l'amour tel qu'il l'éprouvait ne se laissait jamais piéger dans un cadre établi, une définition qu'on peut écrire dans le dictionnaire. Il évoluait et se riait des tentatives pour le réduire à ce qu'on attendait de lui. Il surprenait et transformait. Il n'avait pas de nom, pas d'adjectifs. Il ne se définissait que par associations et par métaphores. Sa réalité était de la même nature que la foi : stable, mais sans cesse attaquée dans ses fondements. Et grâce au doute, il se renouvelait et se réinventait chaque jour. C'était cet amour-là qu'il voulait partager avec Byakuya. Celui qui n'a pas besoin de sceau, de confirmation, de limites. Celui qui se nourrit de lui-même et non de son reflet dans les yeux du monde et des autres. Celui qui n'a de justification que lui-même et de raison d'exister que celle qu'on lui donne chaque matin.
II
Byakuya ne cessa de se poser des questions toute la journée, et il s'en posait encore quand il arriva devant l'appartement de Renji ce soir-là. Il resta immobile devant, incapable de prendre la décision de frapper à la porte, ou bien celle de tourner les talons et de faire demi-tour pour rentrer chez lui. Il n'était guère habitué à patauger dans une telle indécision, et c'était une sensation on ne peut plus désagréable. Heureusement, Renji coupa court à ses délibarations intérieures en ouvrant la porte.
« Capitaine ! Vous êtes trempé ! »
Surpris, Byakuya releva la tête et réalisa qu'il pleuvait. Il ne s'en était même pas aperçu.
« Ne restez pas planté, là, entrez ! »
Byakuya s'exécuta et découvrit le logement de Renji : petit, mais bien agencé et confortable. Il régnait un certain bazar, mais Byakuya devina que Renji avait déjà fait du rangement, et de toute façon, il n'aurait guère pu dégager davantage l'espace, car le bazar était surtout dû à la présence d'inombrables objets rapportés du monde réel – dont une collection incongrue de lunettes de soleil.
« Tu aimes vraiment la Terre », remarqua Byakuya.
Renji eut un petit rire gêné.
« Bah, vous voyez, capitaine, les humains sont des gens hyper créatifs. Et moi, vous me connaissez, il faut pas grand-chose pour m'impressionner, alors... Tenez, laissez-moi prendre votre manteau... Et voilà une serviette pour vous sécher... Mettez-vous à l'aise, il faut que je surveille mes casseroles... »
Renji s'éclipsa dans le coin-cuisine, dont provenaient des effluves d'épices alléchants. Byakuya se sécha les cheveux sommairement et s'assit sur l'un des coussins disposés près d'une table basse déjà dressée pour le dîner. Son estomac se noua, et il s'aperçut qu'il était nerveux, comme un adolescent à son premier rendez-vous. Cependant, Renji dissipa peu à peu son malaise en bavardant de tout et de rien, sans se formaliser de son silence ou de ses réponses monosyllabiques. Ce genre de situation, Byakuya maîtrisait déjà mieux : les monologues de Renji étaient devenus un rituel depuis le jour où il avait pris son poste de lieutenant. Et tandis qu'il l'écoutait parler, Byakuya réalisa que si ça l'avait agacé au départ, il avait fini par apprécier ces moments. Sans la voix de Renji, le silence lui paraîtrait bien lourd et bien froid.
Après que Renji avait intégré la sixième division, les premières années n'avaient pas été faciles. Byakuya faisait de son mieux pour éviter son explosif et flamboyant lieutenant, celui-ci lui en voulait d'être distant et arrogant et avait développé une rancune mêlée d'un fort sentiment de rivalité, et la tension avait continué de monter jusqu'au jour où Renji l'avait défié. Après ce combat-là, les choses avaient changé. Il fallait dire que Byakuya lui aussi avait changé. Et puis, au fil des mois, ils s'étaient rapprochés. Les différentes batailles qu'ils avaient livrées avaient créé un lien, et ils avaient fini par partager une forme de complicité, basée sur la confiance et le respect réciproques qui leur avait grandement facilité la vie de tous les jours. En fait, les choses étaient stables et le quotidien plutôt agréable, jusqu'au jour où leurs relations avaient de nouveau changé, et maintenant, Byakuya ne savait plus trop comment qualifier ni ce qu'il éprouvait, ni la nature de leur lien.
Il s'arracha à ses pensées tandis que Renji revenait avec les entrées. Byakuya l'observa, et le voyant si détendu, se demanda s'il était le seul à avoir un nœud à l'estomac. Byakuya n'était certes pas du genre à manquer d'assurance, mais l'intimité et les sentiments le mettaient mal à l'aise. Cependant, s'il n'était pas certain de savoir ce qu'il voulait ni ce qu'il éprouvait, il comptait bien le découvrir. Car il n'était pas non plus du genre à fuir.
La journée avait déjà été on ne peut plus surprenante, mais elle le devint encore davantage quand Byakuya dut se rendre à l'évidence : Renji ne cuisinait pas bien. Il cuisinait divinement.
« Qui t'a appris à cuisiner ? » demanda-t-il en finissant son entrée.
Son lieutenant haussa les épaules.
« J'ai appris sur le tas.
— Vraiment ?
— Ce n'est pas si difficile. Il faut simplement beaucoup expérimenter.
— Je vois...
— Pourquoi, ça vous plaît ?
— C'était absolument délicieux.
— Vous m'en voyez ravi. »
Le dîner continua sur le même ton, et Byakuya termina son dessert en se disant qu'avec son seul talent en cuisine, Renji pourrait probablement séduire n'importe qui. Son lieutenant leur servit du saké chaud qu'ils burent en silence pendant quelques minutes. Ce silence, cependant, était paisible. Byakuya avait fini par se détendre et prenait plaisir à écouter la pluie tapoter sur les tuiles du toit, profitant de la chaleur du saké et de la présence de Renji.
Le calme de la soirée, la pluie... Un autre souvenir ressuscita dans son esprit. Souvent, quand il pleuvait, Hisana et lui s'installaient dans le jardin d'hiver et y passaient des heures à se tenir mutuellement compagnie, sans parler, à lire des livres ou simplement regarder la pluie tomber. C'étaient des moments d'une qualité rare, comme si le temps se suspendait. Ils puisaient en la présence de l'autre tout ce dont ils avaient besoin, et se reposaient l'âme et le corps de la manière la plus douce qu'il soit. Depuis la mort de Hisana, Byakuya n'y allait plus. Et son âme ne s'était plus reposée.
Renji sembla remarquer son expression assombrie, et dit doucement :
« Vous pouvez me parler d'elle, si vous voulez. »
Il le regarda et secoua la tête. Il n'avait pas de mots pour parler d'elle. Pas encore. Hisana appartenait toujours à son présent, mais un présent connu de lui seul. Il la retenait en lui, par son silence même, il protégeait son souvenir, il l'empêchait de se disperser à tous les vents.
Si son refus peina Renji, celui-ci n'en laissa rien paraître. Byakuya le suivit des yeux tandis qu'il débarrassait la table, et retomba aussitôt dans le genre de délibérations intérieures qui l'avait fait hésiter sur le seuil dans la soirée. Il avait envie de rester, essentiellement parce que... eh bien, l'idée de rentrer seul chez lui le déprimait. Mais il n'osait pas formuler sa demande à voix haute, et en plus, ce n'était pas raisonnable. Il ne pouvait pas passer la nuit chez son lieutenant. Si quelqu'un s'en apercevait... Mais il pouvait partir tôt le lendemain matin. Après tout, il avait l'habitude de dormir peu.
« Vous voulez rester ? » demanda Renji.
Alors, il lit vraiment dans mes pensées !
« Je veux bien », répondit-il du bout des lèvres, mais cela suffit à illuminer Renji.
III
Quand ils se retrouvèrent sous les draps, ce fut comme si c'était la première fois. Renji avait un peu la sensation d'avoir invité son crush de l'académie à dormir chez lui, et Byakuya, d'avoir soudain oublié comment se servir de ses mains. Le simple changement de cadre et de paradigme relationnel avait bouleversé leurs repères. Pour Renji, il ne s'agissait plus de chercher à faire répondre ce corps qu'il adorait à sa présence, pour Byakuya, il ne s'agissait plus de laisser ses sens l'emporter sur l'intellect pour s'abandonner à une délicieuse fantaisie sensuelle. Ils n'avaient jamais autant senti la présence de l'autre dans ce qu'elle avait de plus vrai et de plus entier : le désir seul ne suffisait plus à expliquer la réalité de ce qui les poussait à rester l'un près de l'autre. Prudemment, tout doucement, Byakuya chercha les lèvres qu'il désirait, avec la peur chevillée à l'estomac, comme si, parce qu'une part de lui-même reconnaissait qu'il n'en avait pas seulement envie mais besoin, il risquait à tout moment de perdre ce contact fragile et pourtant tellement satisfaisant. Les lèvres de Renji trouvèrent les siennes et les pressèrent avec une tendresse contenue, parce qu'une part de lui-même cherchait toujours à savoir si son désir était justifiable quand tout ce qu'il voulait, c'était protéger et aimer, et qu'il existait une possibilité pour que ses deux souhaits entrent en contradiction. Il avait peur d'en faire trop, de laisser ses instincts prendre le dessus au détriment d'une sensibilité qu'il avait découverte fragile. Il accentua la pression de ses lèvres sur la bouche de Byakuya, entendit ce soupir qui appelait son désir comme le tonnerre appelle la pluie. Après tout, si le déisr peut se construire, l'éprouver n'est jamais une décision consciente, si ?
Byakuya posa ses mains sur Renji, découvrant comme à chaque fois le relief de ses muscles, éprouvant sous la pulpe de ses doigts le dessin de ses os. Et comme à chaque fois, il avait envie de lui. Il aimait la sensation de sa peau moite contre la sienne, il aimait la tension qui se communiquait à ses nerfs à travers ses gestes les plus infimes, il aimait même sa chevelure qui le chatouillait à chacun de ses mouvements. À travers sa rêverie, il pensa que si on ne connaît jamais vraiment complètement quelqu'un, de la même manière, on ne connaît jamais vraiment son corps et l'infinité de nuances et de réactions qui naissent d'un contact, d'une caresse, d'un désir.
Renji suivit le fil ténu du souffle de Byakuya, à chaque expiration un peu tremblante, chaque fois qu'il le touchait, il avait la sensation de remonter vers lui, de le trouver au terme d'un voyage éreintant. Chaque fois qu'il soupirait, il lui disait qu'il était vivant, qu'il le sentait, qu'il le voulait. Byakuya referma ses mains sur ses hanches, entrouvrit les lèvres. Il goûta à sa bouche, rapprocha son bassin pour sentir contre lui ce corps qui était comme un reflet du sien, tout en étant autre. Le corps d'un homme répondant à celui d'un homme... Une sorte de miroir qui le troublait parce qu'il reflétait autant qu'il occultait. Ils avaient un corps semblable, mais ils étaient deux.
Le parcours des mains de Renji sur son corps éveillait des nerfs enfouis et des envies d'encore, et tout ce qu'il ne savait pas ou n'osait pas faire, Renji le réalisait. Et si sa sensibilité se déployait comme un bourgeon effleuré par le soleil, ce n'était pas parce que Renji savait ce qu'il faisait, c'était parce qu'il le faisait en observant ses réactions, en éveillant avec une patience infinie toute ses terminaisons nerveuses, ressuscitant du bout des doigts son désir, pas seulement celui de se libérer physiquement de la tension sexuelle, mais son désir de questionner, d'entendre et de répondre au corps de l'autre. Par ses caresses, il le rendait vivant, il l'animait comme si jusque-là, il n'avait été qu'une statue passive qui aimait qu'on la regarde, mais pas qu'on la touche. Et maintenant, ses mains, sa bouche, son sexe, convergeaient vers la personne qui avait bouleversé sa vie, et Byakuya à travers lui cherchait la réponse à la question qui le hantait depuis tout ce temps. Pourquoi vivre ? Pour sentir, toucher, goûter, aimer, pour pouvoir arracher encore quelques moments à la fatalité, avec lui. Pour pouvoir partager son lit plus longtemps, et à travers ces moments d'intimité, à travers leurs corps à la fois symétriques et incohérents l'un avec l'autre, expérimenter encore pendant d'innombrables nuits la douceur amère de ce qu'il éprouvait pour lui.
Et quand il sombra finalement dans le sommeil cette nuit-là, aucun rêve ne vint le troubler. Pour la première fois depuis Hisana et le jardin d'hiver, son âme se reposait.
IV
« RENJI ! T'ES ENCORE EN RETARD ! Dépêche-toi de... »
La voix de Rukia s'étrangla dans sa gorge tandis que ses yeux s'agrandissaient de surprise et d'effroi. Elle chercha à analyser ce qu'elle voyait, sans y parvenir. Elle considérait Renji comme son petit frère – même si, techniquement, il était plus âgé qu'elle – et Byakuya comme son grand frère, même s'ils n'étaient pas liés par le sang. Alors voir les endormis dans le même lit... C'était un sacré choc. Et si elle avait eu le moindre doute sur la nature de leur relation, il aurait été dissipé par le fait que leurs postures emmêlées laissaient deviner qu'ils étaient complètement nus, et la façon dont ils se touchaient n'avait absolument rien d'ambigu.
Brusquement arraché à son paisible sommeil par l'entrée fracassante de Rukia, Renji bondit sur ses pieds en emportant les draps avec lui, oubliant par la même occasion qu'il laissait son amant à découvert, et s'avança en tempêtant vers son amie.
« Rukia, y a des raisons pour lesquelles on n'est pas censé débarquer chez les gens comme ça, bordel ! »
Rukia lui jeta un regard béant d'incompréhension, puis elle croisa le regard de son frère, qui semblait hésiter à dire quelque chose.
« E-excusez-moi de vous avoir dérangé... balbutia-t-elle. Je... Je m'en vais. »
Elle s'enfuit avant qu'aucun des deux ne puissent émettre une quelconque forme de protestation. Renji secoua la tête en soupirant bruyamment, puis, s'apercevant qu'il avait volé les draps, se dépêcha de s'excuser.
« Euh... Vous en faites pas, capitaine. C'est Rukia... Je suis certain qu'elle ne dira rien à personne. »
Byakuya se frotta le visage, retrouvant instantanément cet air las qu'il arborait trop souvent ces derniers temps, et Renji s'inquiéta bien davantage que ses paroles rassurantes ne le laissaient à penser.
La jeune femme, complètement déstabilisée par ce qu'elle venait de voir, se rendit comme une zombie à la 13ème division. Elle ne pouvait pas s'en empêcher : elle se sentait trahie. Comment avaient-ils pu lui cacher un truc pareil ? Depuis combien de temps ça durait ? Qu'est-ce que ça signifiait ? Elle avait passé toute son enfance avec Renji, bordel ! Et Byakuya l'avait adoptée... Et maintenant... elle découvrait qu'ils étaient ensemble ?!
Une fois arrivée, Rukia se présenta à son capitaine avec à peine un bonjour. Jûshiro, qui n'était pas du genre à se formaliser pour si peu, s'inquiéta plutôt de son bien-être.
« Qu'est-ce qui ne va pas, Rukia ? On dirait que tu as vu un fantôme... »
La seconde rougit instantanément et se remit à balbutier.
« Ce... ce n'est rien, capitaine Ukitake. Je vous assure.
— Rukia, la réprimanda gentiment Jûshiro. Tu sais bien que tu peux tout me dire. Et si c'est un secret, je sais les garder. »
Rukia savait que c'était faux, mais elle accepta la tasse de thé qu'il lui tendait, accompagnée d'un sourire chaleureux, et il suffit qu'il insiste encore une toute petite fois pour qu'elle déballe tout. Au terme de son bref récit, sa confusion augmenta encore d'un cran quand elle découvrit le petit sourire entendu de Jûshiro.
« Vous... vous saviez ? demanda-t-elle d'une petite voix.
— Non, ne t'inquiète pas. J'avais simplement mes doutes. Tu sais, Byakuya est moins doué qu'il ne le croit pour dissimuler ses émotions, et après tout, je le connais depuis qu'il est tout petit, donc... »
Rukia hocha la tête.
« C'est juste que... Je n'arrive pas à croire qu'ils ne m'aient rien dit, capitaine...
— Allons, allons, ils ont sans doute leurs raisons. Je suis sûr qu'ils t'expliqueront tout. Après tout, si tu y réfléchis bien, c'est plutôt une bonne nouvelle, non ? Les deux personnes que tu aimes le plus au monde sont ensemble.
— Vous... Vous avez sans doute raison. »
Jûshiro regarda affectueusement sa seconde, puis se remit sereinement au travail. Cependant, quand Shunsui vint prendre le thé dans l'après-midi – un rituel auquel ils ne dérogeaient presque jamais, même quand Jûshiro était cloué au lit –, le charmant capitaine de la 13ème fut incapable de cacher à son compagnon le scoop qu'il avait appris dans la matinée. Quand il rentra chez lui, Sunsui ne put s'empêcher de tout raconter à sa lieutenante, Nanao, qui elle-même s'en ouvrit à Rangiku, laquelle, ne voyant plus aucune raison de garder le silence alors que déjà tant de gens savaient déjà, s'empressa de mettre Izuru au courant. Le lieutenant Kira, choqué et terrorisé pour Renji, appela Shûhei à la rescousse. Les commérages s'arrêtèrent là pour la journée, parce que le temps que l'info remonte à Shûhei, celui-ci était posé à la taverne avec Izuru pour vider quelques pintes.
Shûhei, déjà un peu éméché, cligna des yeux.
« Oh, wow, t'es sérieux ?!
— Rangiku est on ne peut plus certaine. Il faut qu'on fasse quelque chose, Shûhei !
— Euh... pourquoi ?
— Mais... enfin... on parle du capitaine Kuchiki... Et Renji...
— Arrête de flipper, Izuru. Tu vas vraiment finir par faire un ulcère. Mais au fait, Rukia est au courant ? Parce qu'elle est censée venir, là...
— Oui... balbutia Izuru, qui n'avait pas précisé à son ami la façon dont l'incroyable secret avait été découvert.
— Mais quand j'y pense, Renji vient aussi ! Évite de baliser en face de lui, tu veux ?!
— J'essaierai... » fit Izuru d'un air confus. Il n'arrivait définitivement pas à se faire à l'idée que Renji puisse vouloir quoi que ce soit d'intime avec le glacial aristocrate.
Rukia arriva quelques minutes plus tard, avec une tête pas beaucoup plus glorieuse que celle qu'elle tirait ce matin-là. Bien entendu, son état ne s'améliora pas quand elle comprit que sa confidence avait fuité dans la moitié du Sereitei. Et qu'en plus Renji allait se ramener. Elle hésita à prendre ses jambes à son cou, puis décida qu'il valait mieux affronter maintenant les conséquences de ses actes que d'attendre dans l'angoisse.
Quand Renji arriva finalement, ce fut pour découvrir ses amis le nez résolument plongé dans leur pinte et peu désireux de lui adresser la parole. D'abord perplexe, il finit par raccrocher les wagons. La fureur monta instantanément.
« Rukia, ne me dis pas que...
— Je suis désolée ! C'est le capitaine Ukitake, il m'a demandé ce qui n'allait pas et... Je suis désolée ! Je ne savais pas qu'il allait le répéter à tout le monde...
— Ce n'est pas tout à fait ça qu'il s'est passé, observa Shûhei. Tu as découvert un secret et tu l'as répété à une personne de confiance. Et cette personne de confiance l'a répété à une autre personne de confiance, et ainsi de suite. »
Renji ne dit rien pendant un très long moment. Un si long moment que tout le monde finit par relever le nez de sa pinte.
« C'est... euh... c'est si grave que ça ? » demanda finalement Shûhei.
Renji ne répondait toujours pas. Rukia posa la main sur son bras.
« Tout ça, c'est de ma faute. Dis-moi quoi faire, n'importe quoi. Mais dis quelque chose, Renji... »
Elle se figea, encore plus choquée que ce matin, quand elle vit les yeux de Renji qui brillaient. Il avait les larmes aux yeux ! Bordel, qu'est-ce qu'elle avait fait ?!
« Rukia, tu ne pouvais pas savoir... commença Renji d'une voix étranglée. Mais maintenant... Je crois que c'est terminé. »
Ses amis le fixèrent sans comprendre.
« Putain, vous pouvez pas savoir tout le chemin qu'on a fait... Mais si les gens sont au courant, c'est juste foutu.
— Mais attends, Renji ! C'est certainement pas très protocolaire, c'est inattendu et... plutôt bizarre, mais c'est pas non plus strictement interdit... »
Tout le monde se tourna vers Izuru, dont l'intervention était quelque peu surprenante, surtout pour défendre la relation de l'un de ses bons amis avec un homme qui le terrifiait.
« Euh... je veux dire... Vous avez quand même le droit d'être ensemble... »
Renji secoua la tête.
« C'est pas le problème. Il est pas prêt pour ça. Il peut pas s'impliquer sentimentalement parlant devant tout le putain de Sereitei. »
Un silence succéda à sa remarque, puis Rukia répéta doucement :
« Sentimentalement ? Qu'est-ce qu'il y a entre vous, exactement ? »
Ce fut au tour de Renji de plonger le nez dans sa pinte. Et puis, au point où il en était... Autant dire ce qui se passait vraiment plutôt que de laisser les gens se faire leur propre idée.
« Bon, écoutez, les gars... Ça fait plusieurs mois que je suis amoureux de lui. C'est moi qui ai commencé tout ça. Je n'ai pas du tout l'intention d'entrer dans les détails mais ce qu'on a est encore super fragile, vous voyez ? » Une nouvelle fois, il secoua la tête. « Bordel, quand je pense qu'Ichigo était au courant depuis le début et que lui, il a rien dit...
— Ichigo ?! cria Rukia, sa voix dérapant dans les aigus.
— Ouais... M'enfin maintenant que je le dis... Il l'a dit à Grimmjow. C'est juste que Grimmjow a aucun ami à qui le répéter... Merde ! Écoutez, je vous en veux pas. C'est juste que c'est un gros problème pour nous. Il est fier, il est capitaine, et il est... toujours en deuil, bordel. »
Izuru, Shûhei et Rukia échangèrent des regards consternés, quand soudain Renji se redressa et les regarda d'un air paniqué :
« Dites-moi que personne de la 11ème n'est au courant.
— Euh... pas qu'on sache, répondit Shûhei. Pourquoi ?
— Peu importe ! Juste... Désolé, les gars, mais sérieusement, dites rien à personne de là-bas. Parce que si le capitaine Zaraki l'apprend, là, y a pas photo, c'est la fin.
— Il a des vues sur toi ? » s'étrangla Izuru, au bout de sa vie. C'était trop d'émotions pour lui. Renji et lui se connaissaient depuis longtemps, ils avaient étudié ensemble à l'académie, et déjà de le savoir dans les griffes du terrifiant capitaine Kuchiki... et maintenant il allait lui dire que le pire barbare de toute l'histoire de la Soul Society en avait aussi après lui ?!
En voyant son air consterné, Renji ne put pas s'en empêcher : il éclata de rire.
« Mais non, abruti, c'est pas pour ça. Disons que le capitaine Zaraki et Bya-... euh... le capitaine Kuchiki ne sont pas exactement les meilleurs amis du monde et que si Zaraki l'apprend il risque de s'en servir contre lui.
— Ah...
— Tu l'as dit à Ichigo, reprit Rukia, qui malgré son sentiment de culpabilité se sentait toujours trahie et blessée. Pourquoi pas à moi ? »
Renji soupira.
« Parce que tu es sa petite sœur et qu'il ne voulait pas que tu le saches.
— Mais pourquoi ?
— En fait... J'en suis pas sûr, Rukia. Demande-le-lui.
— Écoute, Renji, intervint Shûhei. Si c'est tellement important que ça reste secret, on peut toujours... Faire semblant de ne rien savoir. Je suis sûr qu'on peut convaincre les autres de faire pareil, y compris les capitaines. Personne n'a envie de vous voir malheureux, alors si ça peut aider... »
Renji réfléchit à la proposition. Ça semblait un peu mesquin envers Byakuya, mais il savait déjà qu'il allait accepter, parce qu'il était terrifié à l'idée de le perdre, surtout maintenant qu'il avait enfin réussi à lui faire baisser sa garde...
« Et cette fois, reprit Shûhei, on arrête la propagation de la rumeur. Y a plus de 'personne de confiance' qui tienne. Je suis sûr que tous ici présents on est prêts à t'en faire la promesse solennelle. »
Les deux autres hochèrent la tête, et Renji fut reconnaissant d'avoir de si bons amis. Ça lui paraissait un plan risqué, et ça avait peu de chances de fonctionner... Mais il fallait essayer.
« Vendu, dit-il finalement. Puisque c'est la seule solution...
— Mais y a quand même une condition, fit Shûhei avec un sourire de mauvais augure.
— Quoi, encore ?!
— On veut des détails. »
Bizarrement, Izuru et Rukia acquiescèrent avec force.
« Euh...
— C'est bon, on te demande pas de raconter tes parties de jambes en l'air. Mais tu te rends compte que c'est juste le scoop de la décennie, là ? »
Renji soupira. Il aurait dû s'en douter.
« De la décennie, tu exagères, là. M'enfin bon... Si ça peut acheter votre silence... »
