Voici enfin le bonus promit! J'ai mit plus de temps que prévu (deux semaines au lieu d'une) mais je traverse une baisse de régime en ce moment, désolée.
Ce qui suit se passe donc entre le chapitre n° 8 et le n° 9.
Alice ne tremblait pas.
Sa main tenait fermement le pistolet et elle visait la tête de Bella.
Cette dernière ne semblait pas s'en apercevoir.
Elle sanglotait, indifférente à tous le reste, répétant sans cesse, telle une psalmodie :
« Je sais qui tu es… »
Edward, lui, avait comprit le danger tout de suite.
Il ne comprenait pas les mots de Bella, mais le regard d'Alice ne laissait pas place au doute.
Comme souvent en cas de danger violent, il fit le point très vite.
Liam était à l'école.
Siobhan dormait, assommée par les médicaments contre la fièvre.
Elle n'allait pas se réveiller de si tôt.
Jane était dans son berceau. Il fallait éviter qu'elle pleure.
Ignorant les paroles de sa femme, il l'attira contre lui, encerclant fermement sa taille et prit doucement son menton dans sa main, pour essayer de la faire taire, sans jamais lâcher Alice du regard.
Cette dernière ,le fixant aussi, siffla :
« Lâche la… »
Mais Edward n'en tint pas compte et commença à reculer instinctivement vers le salon.
Là ou se trouvait son téléphone.
Alice avança elle aussi, tandis que Bella sanglotait à présent.
Alice raffermit sa poigne sur l'arme et ordonna à Edward d'arrêter de bouger.
S'immobilisant il tenta de lui parler :
« Que veux-tu Alice ? Tu as besoin de quelque chose ? Tu veux de l'argent ? Je peux t'en donner, dis moi seulement comb »
« TA GUEULE ! »
Edward sentit son cœur s'accélérer, tandis que les sanglots de Bella redoublaient.
Il appuya plus fermement sa main sur la nuque de celle-ci dans l'espoir de la faire taire.
Alice le fixait.
Elle eut un mauvais sourire, plein de colère et de haine.
« Elle a comprit, elle. T'es pas aussi malin que tu le crois on dirait ! »
Edward sentait la situation lui échapper.
Il haleta, comprenant qu'Alice ne plaisantait pas.
« Bella ? Tu as comprit quoi ? »
« Elle a comprit qui je suis ! Tu le sais depuis combien de temps ? »
Cria-t-elle à l'intention de Bella.
Celle-ci releva la tête et regarda Alice, semblant ne pas voir l'arme pourtant pointée vers sa tête.
« Je m'en doutais depuis plusieurs jours , mais là, c'est ton œil ! »
Les larmes la submergèrent à nouveau. N'y comprenant rien, Edward réfléchissait à la manière d'amener Alice à accepter qu'on appelle Jasper.
Mais elle regardait Bella.
« Raconte moi. Qu'est ce qui s'est passé ? Raconte ! »
Bella releva la tête et Edward la sentit se tendre contre lui.
« JE NE VOULAIS PAS ! Je voulais pas signer ! JE VOULAIS PAS MAIS ON M'Y A OBLIGEE ! si tu savais comme j'ai regretté ! J'y ai pensé tout le temps…Je voulais pas ! »
Alice parut déstabilisée et Edward ,ne la lâchant pas du regard, tendit la main vers son téléphone.
Mais elle fit un pas vers lui et dit, d'une voix tranchante :
« Fais gaffe, si tu délires c'est elle qui se ramasse une balle dans le crane, OK ? »
Edward déglutit et caressa les cheveux de sa femme, conscient de sa propre terreur.
Il ne voulait pas la perdre. C'était juste impossible.
Bella parut tout à coup se réveiller et apostropha Alice :
« Pourquoi tu n'es pas venue avant ? Pourquoi tu n'as rien dit ? »
« A TON AVIS ? »
Bella secoua la tête :
« Parce que tu nous en voulais ! »
« PARCE QUE JE VOUS EN VEUX ! »
Hurla Alice.
Edward tenta une autre approche :
« Alice je t'ai vue faire avec Siobhan, avec Jane…Tu n'as rien d'un assassin…Tu es au contraire douce et gentille et »
« Alors là tu te trompes complètement, j'ai déjà tué quelqu'un tu vois… »
Edward sentit son estomac se retourner et il serra à nouveau fortement Bella contre lui, cherchant une issue sans la trouver .
Bella s'adressa encore à la jeune fille armée :
« Raconte moi, dis moi ce qui t'es arrivé… »
Mais Alice secoua la tête :
« A quoi bon ? »
« Je veux savoir…Je veux comprendre ! »
Edward enchaina :
« Moi aussi je voudrais bien comprendre, qui es-tu Alice ? »
Ce fut Bella qui lui répondit :
« C'est mon bébé…C'est Alice…Oh mon dieu…Ils n'ont pas changé ton prénom alors ? »
« De quoi tu parles ? »
« C'es toi qui ai choisi Alice…Mais je pensais pas qu'ils te le laisseraient ! »
« J'ai pas été adoptée ! »
Edward comprit enfin…
Ou plutôt son esprit ne put que se résoudre à l'évidence.
« C'est…C'est le bébé…C'est …TOI ? »
Alice fit un signe d'assentiment de la tête.
Mais Bella se mit à hurler :
« Ils m'ont dit que tu serais mieux avec de vrais parents ! Ils m'ont dit que j' étais trop jeune et que des parents ne voulaient qu'une chose c'est adopter une petite fille ! Que tu aurais une belle vie ! »
« J'ai pas eu une belle vie ! J'ai pas été adoptée ! Je suis à la rue depuis plus de 6 ans ! »
Bella se mit à hurler comme une bête blessée et Edward mit sa main sur la bouche de sa femme, la bâillonnant de son mieux, à la fois pour ne pas réveiller Jane et Siobhan et pour ne pas énerver Alice.
Il la regardait, devant lui, ses larmes de rage s'échappant de son regard bicolore, tout en fixant Bella.
Sa fille.
Le bébé.
Ses 16 ans lui sautèrent à la gorge de nouveau et il gémit, secoué de tremblements.
« Quel âge tu as ? »
« 18 ans »
Répondit Alice sans le regarder.
Il cria, parce que Bella venait de mordre ses doigts, pour l'obliger à la lâcher.
Elle fit deux pas vers Alice.
Celle-ci ne bougea pas mais leva son pistolet.
« N'approche pas plus sinon je tire ! »
Mais Bella s'en moquait :
« Si c'était à refaire je ne signerais pas. Je voulais pas les écouter, mais ils ont convaincu Edward et j'ai cru qu'ils avaient raison moi aussi. »
« C'est vrai, elle voulait pas signer mais je l'ai presque obligée à le faire…Laisse là, je te jure qu'elle n'est pas coupable »
Mais ni Bella ni Alice ne lui prêtèrent attention.
Bella s'approcha encore de sa fille, en transe.
Elle approcha tant que le pistolet toucha presque son front, mais Bella n'avait d'yeux que pour Alice.
« Pourquoi tu n'as pas été adoptée ? Pourquoi ? J'y croyais tu sais ! Je croyais vraiment que tu avais un belle vie, avec des parents qui t'ont attendue longtemps ! »
« Je sais pas pourquoi. Je crois que c'est parce que j'étais malade. J'ai été opérée du cœur ! »
Ils la regardèrent, stupéfaits.
« Vraiment? Pourquoi on l'a pas su? »
Demanda Bella.
« Parce que vous m'aviez abandonnée. »
Edward retrouva ses instincts de médecin:
« Quelle opération exactement? »
« Transposition des vaisseaux du cœur. On m'a opérée à cœur ouvert à l'âge de trois jours. Mais je ne le savais pas! Je l'ai découvert il y a quelques semaines seulement, à l'agence d'adoption »
« Pourquoi n'avoir rien dit alors que tu savais? On t'aurait accueillie! »
Le téléphone d'Alice, dans sa poche, sonna.
Ils sursautèrent d'un même mouvement.
Une seule personne au monde appelait Alice.
Jasper Hale.
Edward bondit sur l'occasion:
« Alice…C'est Jasper! Répond lui! »
Alice attrapa son portable de la main gauche, sans baisser son arme.
Elle le lança à Edward:
« Je veux qu'il vienne! »
Sa voix était montée dans les aigus et Edward tenta de ne pas céder à la panique.
« Jazz, c'est Edward. Viens tout de suite, on a des problèmes »
« Quels problèmes? »
« Alice …Elle veut que tu viennes…Viens, je t'en prie, viens immédiatement… »
Jasper entendit la peur dans la voix d'Edward:
« Alice va bien? »
« Oui, elle va bien, mais viens, vraiment Jazz »
« Raccroche! »
Ordonna Alice, d'une voix que Bella et Edward ne reconnurent pas.
Elle commençait à trembler.
L'implacabilité de la situation commençait à lui apparaitre, dans toute son horreur, et elle ne voulait pas, plus, mais ne voyait aucun moyen d'arrêter, à présent.
Il fallait en finir, ici et maintenant.
Elle entrevoyait comment, comme si elle l'avait toujours su, mais pas tout de suite. Avant…Avant elle voulait savoir, et dire aussi.
« Asseyez vous »
Ils firent un mouvement vers le canapé mais elle leur intima, d'une voix désormais rauque :
« Par terre, asseyez vous par terre »
Ils obéirent et Alice s'installa sur la table basse, son pistolet visant toujours Bella.
« Raconte moi, je veux savoir »
Dit-elle à sa mère.
Edward ouvrit la bouche :
« Ecoute Alice, on peut discuter, on va t'expliquer, te »
« La ferme »
Ordonna Alice sans quitter Bella du regard.
Cette dernière pleurait silencieusement.
« J'avais 14 ans. Je n'ai jamais vraiment réalisé que j'étais enceinte. Je le savais, et lui aussi, mais…Je l'ai comprit tard, vraiment très tard. En janvier je crois »
« En février. C'était en février, à peu prêt au moment de la Saint Valentin »
Intervint Edward.
« Alors tu savais toi aussi ? »
Demanda Alice.
« Oui je le savais, mais j'avais du mal à y croire. C'était tellement irréel. Elle n'avait pas grossit, pas du tout, elle n'avait plus ses règles mais rien d'autre, pas de symptôme. Pas de ventre non plus. Simplement, on a senti des mouvements par moments…Mais j'étais même pas sur que ça soit ça »
« Moi je savais que c'était ça mais je ne savais pas comment le dire. On nous voyait comme un petit couple de gamins adorables. J'avais toujours étai très mure et ultra responsable. J'étais sure que mes parents m'aimaient pour ça et je ne voulais pas les décevoir. Je m'imaginais que quand le bébé allait arriver, tout le monde allait fondre devant lui et que tous le problèmes seraient réglés comme par magie… »
« La magie ça n'existe pas ! »
« Oui je sais…Et la nuit ou…La nuit ou ça a comme »
« Ca, quoi ? Dis le mot ! »
« La nuit ou l'accouchement a commencé j'étais sure que j'allais mourir. J'avais tellement mal ! Et je n'étais pas préparée à ça ! Mon père a paniqué. Il n'a pas imaginé la vérité bien sur et à ce moment là je n'étais plus capable de parler. Ils m'ont amenée à l'hôpital et tout ce que je voulais c'est que la douleur s'arrête…Peu importe comment…Un médecin m'a examinée et il a du comprendre la vérité mais…Je ne sais plus…Ils m'ont amenée en salle d'opération et il y avait Carlisle. Ils m'ont endormie et quand je me suis réveillée tout était fini : mes parents, ceux d'Edward et lui aussi avaient déjà signé les papiers pour l'abandon. Le bébé était déjà parti. Mon père m'a hurlé dessus. Il était sous le choc, il ne comprenait pas, personne ne comprenait qu'on ai pu se taire comme ça pendant des mois. Je ne comprends pas non plus d'ailleurs. J'ai fini par signer. Même si je voulais pas le faire… »
Bella se replia sur elle-même et Edward prit la parole, tandis que Jane commençait à se faire entendre, depuis son berceau situé dans la cuisine.
« Ce soir là mon père m'a frappé pour la première et dernière fois de ma vie. Il était de garde à l'hôpital et c'est une infirmière qui a téléphoné à la maison nous disant à ma mère et à moi de venir tout de suite, que Bella était opérée en ce moment même. On s'est habillés et on est venu de suite. Ma mère était affolée mais moi je savais ce qui se passait et je savais aussi que c'était bien trop tôt. Quand on est arrivé Charlie était dans le couloir, il était comme fou. Il disait que Bella était enceinte, qu'ils étaient en train de lui faire une césarienne. Je n'ai rien dit. Je m'inquiétais pour Bella mais je n'arrivais pas à penser au bébé. Je ne pouvais pas l'envisager comme un bébé. Ma mère essayait de calmer Charlie et à un moment il m'a regardé et il a m'a secoué en me disant que c'était moi qui avait fait ça à Bella et j'ai dit que oui. Ma mère nous a obligé à nous asseoir loin l'un de l'autre et après un infirmier est arrivé. L'opération était terminée, ils avaient sauvé Bella, elle faisait une hémorragie, elle avait un placenta père est sort au bout d'un moment, je me souviens que ma mère pleurait. Je n'ai pas reconnu mon père, son visage m'a fait peur. Il m'a attrapé par le bras et il m'a giflé. Il était hors de lui. Il m'a trainé jusqu'à une pièce, pour que je vois. Que je vois le bébé. J'ai pas pu le regarder. J'ai surtout vu les pieds. Ils m'ont dit que j'étais irresponsable. Ils m'ont dit que j'étais plus vieux que Bella et que j'aurais du la protéger, nous protéger…Que j'étais le mieux placé pour la convaincre qu'il fallait confier ce bébé à des gens plus compétents que nous. Jusqu'à aujourd'hui je ne l'avais jamais regretté. Jamais. Je pensais vraiment que la petite avait été adoptée et qu'elle était heureuse quelque part. »
Il se tut après ce long monologue.
Jane grognait à présent mais ni Alice ni Bella ne semblaient l'entendre.
Bella regardait Alice qui paraissait en rage.
« Ca vous arrangeait de croire ça »
Edward répondit plus vite que Bella:
« Oui sans aucun doute. Mais en fait. On en a plus parlé, après. »
« Plus jamais? »
« Non, plus du tout, c'était devenu un sujet tabou »
Confirma Bella.
Ils entendirent à ce moment là une voiture se garer en crissant des pneus devant la maison et aussitôt la porte d'entrée claqua.
Alice sursauta violement et serra les dents, braquant à nouveau le pistolet vers le visage de sa mère.
La voix de Jasper retentit, chargée d'angoisse:
« ALIIIICE! »
« Dans le salon Jazz! »
Cria Bella.
Jasper entra et demeura saisi devant la scène surréaliste qui se jouait devant ses yeux.
« Alice…Mais qu'est-ce qui se passe? »
« Balance ton arme vers moi »
Lui ordonna Alice;
« Mais…Bébé tu fais quoi là? »
« BALANCE TON ARME PUTAIN! »
Jasper avait suffisamment l'habitude des scènes de crimes, des prises d'otages et des forcenés pour savoir quand un individu était dangereux.
Il obéit, bien que désorienté.
Alice récupéra l'arme et la balança sous les étagères.
Jasper la fixait:
« Je voudrais comprendre »
« Dis lui »
Ordonna Alice à Edward.
« Alice est notre fille »
« Pardon? »
« Bella et moi on a eu un bébé. Le 25 avril 1993. On avait caché la grossesse à tout le monde. D'ailleurs Emmett n'a jamais été au courant…Le jour ou le bébé est né, on a signé les papiers pour qu'elle soit adoptée »
Jasper regarda fixement la jeune fille qui évitait soigneusement son regard.
« Ca ne me surprend pas tant que ça. J'avais remarqué la ressemblance entre Alice et Siobhan. Mais pourquoi l'arme Alice? »
Personne ne lui répondit.
Bella prit finalement la parole:
« Pourquoi es-tu venue chez nous? Pourquoi n'avoir rien dit? On peut encore recommencer à zéro
Alice secoua la tête et chacun put constater que la colère montait à nouveau en elle.
« Vous avez une vie géniale. Malgré ce que vous avez fait et moi…Moi… »
Elle se tut, la rage crispant son visage.
« Pourquoi tu es là Alice? Pourquoi tu es venue? »
Demanda Bella, d'une voix ou l'angoisse perçait enfin.
« Je suis venue pour me venger »
Répondit Alice en agitant l'arme.
« alors pourquoi avoir attendu si longtemps? Pourquoi ne pas nous avoir tué tout de suite? Pourquoi avoir choisi de nous connaitre, pourquoi avoir prit le risque d'être démasquée? »
« Boucle là »
« Alice, tu ne vas tuer personne aujourd'hui. Je te connais suffisamment pour savoir que tu es une personne sensée et gentille et je sais que tu aimes Liam, Siobhan et Jane et même Edward et Bella… »
Dit Jasper d'une voix calme, professionnelle.
Mais Alice évitait soigneusement de le regarder.
Elle continuait à fixer Bella, surveillant les deux autres du coin de l'œil.
Edward, assis à la gauche de Bella, le plus proche d'Alice, s'adressa à Jasper d'une voix qu'il essayait de maitriser.
« Alice dit qu'elle a déjà tué quelqu'un… »
Le silence s'établit dans la pièce, assourdissant.
Alice réfléchissait, mais son esprit semblait tourner à vide. Elle voulait leur parler.
Elle avait trop de choses à dire.
Mais c'était douloureux. Elle voulait leur faire du mal à eux. Mais en fin de compte, encore une fois c'était elle qui avait mal.
Sa colère se raviva encore à cette pensée.
Elle regardait sa mère.
Quelle différence y-avait-il entre la Bella qu'elle avait apprit à aimer et celle assise devant elle, les mains sur la tête?
Cette Bella là savait.
Elle savait qu'elle était sa fille.
Et Bella ne paraissait pas effrayée.
Edward et Jasper transpiraient la peur, surtout Edward, mais Bella semblait plutôt exaltée.
Alice ne savait plus quoi faire, la pensée de baisser son arme lui traversa l'esprit mais l'idée des années de prison à venir lui serra le cœur.
Et puis, il était hors de question que ce soit Jasper qui l'arrête.
Pas lui.
Tout mais pas ça.
Elle prenait conscience, enfin, de la profondeur de ses sentiments pour Jasper.
La pensée qu'il la déteste était insupportable.
Elle devait parler.
Alors peut-être qu'il comprendrait.
« C'est vrai que j'ai déjà tué quelqu'un »
« Qui donc? »
Demanda Bella d'une voix douce.
« James »
« Qui est James? »
Jasper respira mieux .
Si Bella réussissait à engager un dialogue avec Alice, cette dernière pouvait revenir à la raison.
Il ne reconnaissait pas la jeune femme dont il était tombé éperdument amoureux.
Alice était sans doute, à cet instant, redevenue celle qu'elle était avant de les connaitre, si peu de mois auparavant.
« James…C'était James. J'ai fait des dizaines de foyers et de familles d'accueil, mais ça n'allait nulle part, ils disaient que j'étais insupportable, caractérielle et je sais pas quoi d'autre. A un moment ils disaient même que j'étais débile mais ils m'ont fait passer un test de QI et en fait c'était le contraire, il parait que j'ai une intelligence très supérieure à la moyenne mais qui n'est pas adaptée à la vie en société. A la fin ils disaient surtout que j'étais une asociale. Dans leur bouche ça sonnait comme une insulte mais moi je trouvais ça plutôt sain de pas supporter leur système. Alors je suis partie. J'avais 12 ans. J'étais déjà partie des tas de fois avant ça et je m'étais toujours fait reprendre mais cette fois là ça a été la bonne. Pour dire vrai, je crois pas qu'ils aient mit beaucoup d'énergie à me chercher. Ca arrangeait pas mal de gens de plus m'avoir dans les pattes. Au début j'étais seule et je me suis débrouillée comme j'ai pu. Pas toujours très bien et je crevais souvent de faim mais j'avais une incroyable sensation de liberté. Mais j'avais peur aussi. Et puis je les ai rencontrés. James et Victoria. C'était des routards. Ils étaient fous je pense, de votre point de vue. Du mien, à cette époque là, c'était les seules personnes à bien vouloir s'occuper de moi. Evidement ce n'était pas sans contre partie. J'ai appris des tas de trucs. Bien plus utiles qu'à l'école pour la plupart. Je peux prendre n'importe quoi à n'importe qui. C'est d'ailleurs très rigolo.
Ca m'a beaucoup manqué ces dernières semaines. Et j'ai pas mal perdu le main, je pense. D'autres choses ont été bien plus douloureuses. Mais je ne savais pas que c'était pas normal. En fait c'était normal dans ce monde là. Et puis, le hasch ça aide vraiment. Ca calme bien la douleur. Ca calme même la faim. Mais James était violent aussi. Je détestais quand il me frappait, il me faisait encore plus mal que quand il me baisait. Alors j'ai apprit à ne pas trop l'énerver ou bien à esquiver. Le plus difficile c'était quand il devait du fric à quelqu'un et que je servais de paiement. J'avais besoin d'une sacré dose de hasch après pour me remettre. Et croyez moi, les filles peuvent être plus méchantes et vicieuses que les hommes. Mais ils y avait des gens plus doux aussi, alors dans l'ensemble j'ai survécu. Mais ça empêche pas de penser. Je voyais souvent des enfants de mon âge. Des petites gamines super bien habillées, avec leurs parents, tout ça. Et moi…Moi j'étais une souillon, j'étais rien du tout pour elles, moins qu'une pute. Et c'est vrai en plus, j'étais moins qu'un pute, on me payait même pas!
Je m suis mise à avoir la rage, de plus en plus souvent. Je pensais à ma mère biologique, qui m'avait laissée dans la merde, et j'ai très tôt eu envie de me venger. Ca a duré longtemps, des années. Et puis James est devenu de plus en plus bizarre, il cognait sans raison, il me faisait mal , et surtout quand il nous baisait, moi ou Victoria, il faisait semblant de nous étrangler et plus le temps passait moins il faisait semblant. Victoria est une pauvre fille, elle a toujours fait ce que disait James. Un jour j'ai comprit qu'il allait tuer l'une d'entre nous, et sans doute même les deux. Alors j'ai prit le pistolet de James. Je savais m'en servir, j'ai toujours su, il m'a apprit très tôt. Il venait juste de me baiser et il dormait. J'ai visé la tête.
Tirer n'a pas été difficile. On était sur les docks, et le bruit de la détonation n'a effrayé que les goélands et Victoria. Je me souviens surtout de l'odeur. L'odeur du sang et celle de la poudre. Le tout mélangé c'était à nouveau la liberté retrouvée pour moi. Vic pleurait et je lui collé deux baffes en lui disant de se tirer avant que les flics rappliquent. J'ai prit tout le fric que j'ai trouvé dans les poches de James et je l'ai partagé en deux, la moitié pour moi, l'autre pour Vic. J'ai prit la grosse veste militaire de James, son canif et mon sac à dos avec quelques fringues dedans et je me suis barrée. Je ne sais pas ou Vic est allée.
J'ai gardé le flingue parce qu'il n'était pas enregistré. Et je savais qu'il me servirait un jour. Je suis venue ici pour en finir. J'ai fracturé la porte de l' agence d'adoption ou j'ai apprit ce que je voulais savoir et je me suis renseignée sur ès, les choses m'ont un peu échappées »
Sa voix se brisa sur ces derniers mots.
Bella étaient secouée de sanglots à la pensée de son bébé maltraitée et violée des années durant et Jasper n'arrivait pas à croire que la jeune fille avec qui il avait fait l'amour aussi voluptueusement ait pu être ainsi si atrocement et si longtemps violée . Il savait pourtant, comme Edward, que très souvent, dans les cas d'abus sexuels au long cours, les victimes se mettent à dissocier leur vie: d'un côté les viols, de l'autre l'amour.
Edward sentait venir quelque chose. L'attitude d'Alice venait de radicalement changer.
Jasper et Bella étaient trop prit par le choc du récit pour le remarquer.
Mais lui ne la quittait pas des yeux et il la vit se mettre à trembler de tous ses membres.
Alice était arrivée au bout. Au bout de son récit, au bout ,pensa-t-elle, de sa vie.
Elle était incapable de tuer Bella et Edward. Encore moins Jasper.
Jasper…Qui savait, à présent, qui elle était vraiment.
Et c'était insupportable.
Rassemblant son courage et ses dernières forces, elle regarda, encore une fois, Bella.
Maman.
Le mot lui brulait la bouche mais elle savait que jamais elle ne pourrait le prononcer.
Un coup d'œil à Edward lui montra qu'il la surveillait.
Elle ne lança à Jasper qu'un rapide regard en biais. Le voir était trop douloureux.
Elle ne pouvait pas supporter l'idée de lire le dégout ou le mépris dans son regard.
La souffrance la submergea en une vague digne d'un tsunami.
Elle pensa à Siobhan, à Jane et à Liam.
Elle pensa à la vie qu'elle n'aurait jamais, finalement.
Elle pensa à Jasper et de manière totalement incongrue le désir monta dans ses entrailles.
Elle se mordit la lèvre en pensant que plus jamais elle ne ferait l'amour avec lui, que plus jamais elle ne ferait rire Siobhan et Liam, qu'elle ne sentirait plus l'odeur de bébé de Jane.
Alors elle baissa la main et pour la première fois depuis qu'elle avait sorti son arme de son sac elle cessa de viser la tête de Bella.
Elle porta lentement l'arme contre sa propre tempe et prit une immense inspiration.
Elle ferma instinctivement les yeux et s'apprêta à tirer.
Elle essaya de se concentrer sur le plus beau souvenir de sa vie et tenta de retrouver les sensations qui avaient été les siennes quand Jasper lui avait dit l'aimer. Elle perdit quelques précieuses secondes, n'entendant même pas les cris des trois autres qui la suppliaient de ne pas tirer.
Mais elle sentit un coup violent contre sa bouche et comprit que c'était Edward qui essayait de l'attraper pour lui arracher son arme.
Elle sentit la main de son père sur son poignet et elle lutta de toutes ses forces mais son père détourna sans problèmes l'arme.
Alice eut le temps de tirer et la balle traversa sa cuisse.
La douleur fut intense, brulante, elle l'irradiait. Le souffle coupé, Alice entendait encore les cris, de façon étouffée, presque confortable Elle avait vaguement conscience des mouvements autour d'elle, sans toutefois comprendre qu'on était en train de lui sauver la vie.
L'odeur de poudre était entêtante. Celle du sang était pire encore.
Alice s'enfonça en douceur dans l'inconscience. L'hémorragie et la baisse de tension qu'elle entraine la faisaient plonger dans un étrange monde cotonneux.
Sa vie ne défila pas devant ses yeux, mais elle eut malgré tout quelques flash, des souvenirs ravivés qui revinrent à sa conscience. Elle sentit une odeur qu'elle ne sut pas identifier, et qui était celle de sa couveuse, elle reconnut des voix de son passé, qui lui paraissait si lointain. Etrangement, les voix étaient plutôt amicales et Alice se dit que si elle avait été une autre enfant, elle aurait sans aucun doute vécu très différemment les foyers et familles d'accueil. Elle eut la chance de ne pas revoir les 6 années de misère et de viol, son esprit se concentrant essentiellement sur les dernières semaines, sans doute les seules de sa vie à avoir été un tant soit peu heureuses.
Elle sentit sur sa langue le gout de la mousse au chocolat mangée la veille, elle sourit en revoyant Jane rire quand elle l'embrassait sur le ventre. Elle revoyait nettement devant tes yeux les merveilleuses illustrations du livre de lecture de Liam qu'elle adorait.
Elle mélangea le souvenir de la douceur de bras de Jasper et celui du bureau de sa mère et elle fronça les sourcils, surprise d'avoir été dans ce bureau avec lui…Mais finalement elle vit devant elle Siobhan, son poney à la main le lui tendant et Alice gémit en regardant le visage de la fillette de plus près: ce n'était plus sa petite sœur, c'était elle-même; telle qu'elle avait pu se voir dans un miroir au même âge. La voix de l'enfant, dédoublée, parvint aux oreilles d'Alice: « reste avec moi pour jouer! »
Elle voulut lui répondre positivement, elle le voulut vraiment, tendant la main pour attraper le cheval de plastique, mais une main grande et chaude prit la sienne, et elle comprit que c'était celle de Jasper.
Juste avant de sombrer dans le coma, elle eut le temps de se remémorer une phrase lue longtemps auparavant dans un livre dont elle ne se rappelait plus le titre:
Haïr est facile, simple et aisé. Aimer et plus difficile et plus douloureux. Mais aimer est aussi plus intense, plus riche et des millions de fois plus satisfaisant.
Alice voulait aimer, elle aussi.
Elle ne savait simplement pas comment s'y prendre.
Elle entendit le brouhaha de sirènes d'ambulance et de police, les paroles précipitées de ses parents et de Jasper, les pleurs de Jane.
Elle bascula en soupirant. Elle était fatiguée, elle voulait juste dormir un peu.
Le noir l'enveloppa et elle se laissa aller avec reconnaissance.
oooOOOooo
Pour répondre à certaines reviews, je dirai que oui, Edward et Bella ont eu un dernier bébé, un garçon, prénommé Alec, en hommage à Alice.
Cette dernière a continué son histoire d'amour avec Jasper dès sa sortie de l'hôpital et elle a poursuivi une thérapie des années durant. Elle a traversé des moments très durs, mais elle a réussit à se construire peu à peu. Ses relations avec ses parents sont restées superficielles au début, mais elle s'est rapprochée surtout de Bella, et si Edward et Bella ne pourront jamais tenir auprès d'elle la place de parents, ils sont à présent des amis proches,. La naissance de Charlotte a propulsé Alice dans une vraie vie d'adulte et elle se sent à présent plus forte, sa relation avec son bébé est plus aisée qu'elle ne l'avait craint. Mais Alice reste quelqu'un de très fragile et pour cette raison Jasper et elle n'auront pas d'autres enfants.
Liam, Siobhan ,Jane et Alec connaissent à présent toute la vérité et Alice entretient avec eux une relation fraternelle.
Jasper et Charlotte sont sa famille et elle est fière de donner à sa fille la vie de famille stable et heureuse dont elle rêvait.
Jasper l'a toujours soutenue, et Alice lui a fait du bien à lui aussi, l'obligeant à vivre de façon plus folle qu'il ne l'avait prévu, mais aussi de manière plus heureuse et intense.
ooo FIN ooo
Encore un grand merci à vous tous de m'avoir suivie dans cette histoire. Ma prochaine fic, Admirateur anonyme, est en cours d'écriture et j'espère publier le premier chapitre dans la semaine!
