En guise d'intro, je vous partage les bons mots de Kekken. Je lui disais que la page Wikia de Sasuke concernant ses techniques et compétences me semblait ridiculement petite. Du coup il m'a dit « Ah mais c'est ça qu'a voulu dire Itachi ce jour-là, en fait... 'Elle est trop petite... ta page Wikia.' » Parce que bien entendu celle d'Itachi serait autrement plus imposante. Pauvre Sasuke. Humilié jusque sur Internet. T'inquiète, Sasuke, je vais t'en donne une grosse... partie de chapitre. Et Itachi n'en aura qu'une petite. Ça te va ? (Il me répond que oui, pour votre gouverne.) (Et ne vous inquiétez pas, Itachi en aura une grosse d'ici peu. [Je parle toujours de partie de chapitre, bande de pervers.])
Bon, trêve de jeux de mots foireux et de schizophrénie...
L'instant musical ? J'ai beaucoup écouté la reprise de Every Breath You Take (Denmark + Winter) de Police. Et aussi Ride de Lana Del Rey, morceau auquel le titre du chapitre fait référence.
Et j'ai mis tout mon cœur dans ce chapitre. J'espère qu'il vous plaira et dans tous les cas comme toujours, enjoy :)
CHAPITRE ONZE : A War in My Mind
Sweet dreams are made of this
Who am I to disagree?
I travel the world and the seven seas
Everybody's looking for something
Some of them want to use you
Some of them want to get used by you
Some of them want to abuse you
Some of them want to be abused
Sweet Dreams, Eurythmics
« Si je n'ai plus de bras, je le tuerai avec mes pieds. Si je n'ai plus de jambes, je le mordrai... S'il me coupe la tête, je le tuerai de mon regard. Si je n'ai plus d'yeux, je le tuerai d'un maléfice... Même s'il doit me laisser à moitié mort, je lui reprendrai Sasuke. »
Naruto
I
« Alors on passe aux choses sérieuses dès maintenant, hein ? »
Sasuke le gratifia d'un regard écarlate qui brillait d'un désir intense de faire mal, de dominer, d'écraser. Jiraya songea, un peu peiné, qu'une telle passion aurait pu être consacrée à tant d'autres choses plus productives et moins... sanglantes. Est-ce que ce gamin n'aimait pas du tout la vie ? Probablement pas. Sous sa forme spécial Orochimaru, il avait l'air démoniaque. Son chidori crépitait tout autour de lui.
Voilà un truc que Kakashi n'a jamais pu faire, songea Jiraya.
La technique était redoutable en soi, mais Sasuke et Orochimaru l'avaient largement amplifiée. Le chidori brillait même dans la lame de son katana. Les sharingans de Sasuke observaient le moindre de ses mouvements, le jeune homme se tenant prêt à contrer et à répliquer à n'importe quelle attaque. Jiraya le laissa venir.
Comme prévu, le jeune impulsif se lança à l'assaut de toutes ses forces. Jiraya utilisa le doton pour l'arrêter, mais Sasuke le surprit en fendant aisément son mur d'argile.
« Impressionnant », commenta-t-il en se décalant sur le côté, évitant facilement un coup de katana que Sasuke avait pourtant porté de sa main gauche, au dernier moment, avec une vitesse stupéfiante.
C'est qu'il est rapide, en plus de ça...
Au lieu de se laisser désorienter par ce premier échec, Sasuke se réceptionna avec souplesse et exécuta plusieurs enchaînements avec son katana qui forcèrent Jiraya à reculer.
« Hé ! C'est pas mal ! » s'exclama-t-il avec un enthousiasme authentique.
Mais Sasuke n'était pas là pour se faire complimenter et Jiraya faillit se laisser surprendre par l'énorme boule de feu qui arrivait dans son dos.
Sa longue chevelure blanche qui faisait sa fierté et – pensait-il – une partie de son sex-appeal, se hérissa sous la forme de centaines de piques acérées. Il s'en enveloppa juste au moment où Sasuke croyait avoir une ouverture. Le jeune homme manqua de se faire empaler mais recula d'un bond souple, comme s'il avait prévu ça depuis le début. Quand Jiraya y pensait, c'était probablement le cas. Il n'avait pas manqué de se faire empaler, il avait seulement tenté sa chance.
Intéressant...
Jiraya n'avait pas d'armes, mais il n'en avait pas besoin. Sa maîtrise du doton lui permettait de créer tous les boucliers dont il avait besoin, pour le reste, il se servait de ses poings. Ou presque. Il malaxa son chakra juste après avoir réussi un coup au plexus solaire, qui constituait l'un des points vitaux en ce qui concernait la circulation du chakra. Donc, pendant que Sasuke essayait de se relever, le rasengan tourbillonna dans sa paume. Jiraya n'attendit pas. Il vit le jeune Uchiwa écarquiller les yeux tandis que le projectile d'énergie pure fondait sur lui. Si Jiraya l'avait lancé, c'était parce qu'il savait que Sasuke pouvait l'éviter. Et il le fit. Ses ailes se déployèrent et l'entraînèrent dans les airs à une vitesse stupéfiante. Jiraya contempla sa silhouette de chimère dans le ciel bleu, sa longue chevelure et son visage marqué comme celui d'une personne qui aurait le triple de son âge. On aurait dit Madara.
Juste avant que Sasuke ne fonde sur lui en piqué, Jiraya invoqua l'un de ses crapauds. La bestiole bondit sur Sasuke et inversa son mouvement. Le jeune homme tomba durement sur le sol, écrasé par un gros crapaud jaune. Il s'en débarrassa d'un coup de reins et la bête se volatilisa juste avant que Sasuke n'y plonge la lame de son katana.
« Hé, attention avec mes crapauds ! protesta Jiraya.
— Ne mettez pas en jeu ce que vous ne voulez pas perdre, déclara Sasuke, essoufflé, mais avec toujours la même détermination meurtrière dans son regard rouge.
— J'en déduis que tu n'as rien à perdre.
— Si, la vie.
— Alors tu y accordes de l'importance, hein ?
— Pour l'instant », répondit Sasuke.
Raisonnablement à l'écart, Sakura jeta un coup d'œil à Kakashi.
« Il arrive à lui tenir tête, remarqua-t-elle.
— Jiraya ne joue qu'avec le quart de son arsenal, répondit le ninja copieur.
— Jouer ? Tout ça n'a rien d'un jeu, pas vrai ?
— C'est vrai. Jiraya laisse juste à Sasuke l'occasion de prouver ce qu'il a à prouver.
— Et qu'est-ce qu'il veut prouver, à votre avis ?
— Qu'il a raison. Et qu'on doit le prendre au sérieux.
— Et selon vous, il le prouve ?
— Je ne sais pas ce que tu en penses, Sakura, mais d'après moi... J'ignore s'il a raison, mais en tout cas, on doit le prendre au sérieux. »
La jeune kunoichi hocha la tête d'un air grave.
« C'est bien ça ce qui m'inquiète, Kakashi-sensei. Sasuke veut nous dire qu'il ne nous craint pas. Il ne nous fait pas confiance. Je n'ai pas envie d'y penser, mais je me demande souvent s'il redeviendra jamais un ninja de Konoha à part entière. »
Kakashi ne répondit rien, et Sakura reporta son attention sur le combat. Il était trop probable à son goût qu'elle doive intervenir ensuite pour soigner les blessures de Sasuke.
Mais, à son grand soulagement, Jiraya maîtrisait parfaitement la situation. Elle réalisa que dès le début, il participait à ce combat pour les raisons énoncées par Kakashi : uniquement pour laisser Sasuke prouver ce qu'il avait à prouver. D'ailleurs, la jeune femme doutait que Sasuke lui-même ait vraiment cru pouvoir gagner ce combat. Il avait simplement besoin de le livrer.
Après ça, il ne fallut guère plus de cinq minutes à Jiraya pour mettre un terme à la confrontation. Sans passer en mode ermite, c'était trop dangereux et ça lui demandait trop d'énergie. Jiraya termina grâce à plusieurs clones dissimulés dans une attaque katon, et il réussit à neutraliser Sasuke juste avant que celui-ci ne perde son sang-froid pour de bon et ne commette une imprudence. Il s'en sortirait avec un amour-propre abîmé et un sacré mal de tête. Sakura sentit son respect pour Jiraya grandir une nouvelle fois. Il avait fait en sorte de laisser une chance à Sasuke, mais pas assez pour que le jeune homme risque sa vie inutilement. Et il lui avait épargné de devoir soigner ses blessures encore une fois. Quand elle y songea, elle comprit qu'elle n'en aurait peut-être pas eu la force. Tout ça, ça la dépassait. Chaque fois qu'elle essayait de se rappeler à quoi ressemblait sa vie avant que Sasuke ne déserte Konoha, elle sentait une douleur sourde poindre au creux de son estomac. Avec Naruto et Kakashi, ils formaient une équipe, et une équipe de ninjas est constituée de gens prêts à donner leur vie les uns pour les autres. Pas par principe moral, mais par pur instinct. Et ce soir-là, elle réalisa que cela faisait déjà bien longtemps qu'ils ne formaient plus une équipe, et que personne ne l'avait vu venir, ou plutôt... personne n'avait voulu le voir venir. Et ce genre de trucs la rendait trop triste pour avoir envie d'en parler ou même de voir qui que ce soit, alors elle rentra chez elle et s'enferma dans sa chambre à double tour.
Sasuke, quant à lui, reprit conscience après quelques baffes et une pilule militaire qui lui fit l'effet d'une décharge d'adrénaline. Il vit Jiraya penché au-dessus de lui, qui lui souriait, et distingua la silhouette de Kakashi en périphérie. Il referma les yeux et se servit des enseignements d'Orochimaru pour retrouver son énergie et son sang-froid. La méthode fonctionnait presque toujours, même dans ces moments-là, quand il avait l'impression qu'il se trouvait à quelques minuscules centimètres de la mort. Il inspira profondément, se concentra sur le chakra qui circulait en lui. Peu à peu, il retrouva le sens des dimensions, du temps, et de son propre corps. Il n'avait rien de grave. Mais il avait été vaincu. Il se redressa prudemment.
« Je ne vais pas le nier, Sasuke. Orochimaru t'a beaucoup appris. »
Est-ce que c'était de l'honnêteté ? De la complaisance ? Une façon d'éviter le conflit ? Il s'en foutait. Il avait la tête qui tournait mais fit un effort pour se relever.
« Il a bien été surpris, Sasuke-kun. Comme je l'avais prévu. Tu n'es pas encore prêt. Et je te remercie pour avoir dit que j'étais un bon professeur. Parce que tu es définitivement un bon élève. »
II
Le retour de Sasuke, ou Sasuke lui-même, inquiétait beaucoup de gens, et pas seulement son entourage proche, comme Naruto s'en rendit compte quand il passa voir Shikamaru ce jour-là.
« Alors en gros, résuma son ami, tu l'as ramené – de force – et il t'a sauté dans les bras ? »
Shikamaru fixait Naruto, les yeux mi-clos, entre perplexité et désapprobation. Ils étaient assis au pied d'un arbre, en fin d'après-midi. Non loin d'eux, Ino et Chôji s'entraînaient.
« Nan... En fait c'est moi qui lui ai sauté dessus. Lui, il était juste d'accord, on va dire... Enfin... Hier, il m'a embrassé.
— Hmpf... Naruto, tu devrais te méfier.
— Rah, Shika, je sais que tu l'aimes pas, mais merde ! »
Son ami secoua la tête lentement.
« C'est pas que je l'aime pas. C'est juste que y a un truc pas net chez lui. Et je lui en veux pas. Moi non plus, je serais pas très net si mon frangin avait massacré toute ma famille. »
Et encore, c'est que le début de l'histoire, pensa Naruto amèrement.
« Je pense qu'il est dangereux. Pour tout le monde. Pour toi. Et pour lui-même.
— Sasuke sait ce qu'il fait.
— T'es sûr de ça ? »
Silence de Naruto.
« Tu vois bien... soupira Shikamaru.
— Mais c'est pour ça que je suis là. » Devant le regard noir de son camarade, Naruto ajouta : « Écoute, Shika, c'est compliqué, et y a des trucs que tu sais pas. Là tout de suite, j'ai plutôt besoin de soutien moral, pas de savoir si t'approuves ou pas.
— Ok, concéda Shikamaru. Et il est où, ton cher et tendre ?
— Dis pas des trucs comme ça... Il est avec Jiraya.
— Avec Jiraya ?!
— Ouais... Sasuke veut se battre avec lui.
— Hein ?!
— C'est à cause de Jiraya-sensei ! Il a provoqué Sasuke et bref... bon bah c'est plutôt facile de provoquer Sasuke.
— Sans blague. Et tu vas pas voir ?
— Nan... Sasuke essaie de prouver un truc, je sais pas trop quoi, mais je veux pas le savoir. Moi, il a rien à me prouver du tout. Alors qu'il aille taper sur le vieux pervers si ça le défoule, c'est pas mon problème.
— Naru... T'as l'air triste. Tu sais bien que ça me fait chier quand t'as l'air triste.
— T'occupe pas de moi.
— Facile à dire, t'as pas vu ta tête !
— Shika, me gonfle pas. »
Shikamaru grogna, mais c'était trop fatiguant de se battre contre Naruto, alias la pire tête de mule de tout Konoha.
« Bon, dans ce cas... Et si on allait bouffer ? Ino et Chôji ont fini.
— Ok... » murmura Naruto d'une petite voix pas convaincue qui emmerda Shikamaru au plus haut point.
Il se releva, empoigna son camarade par le bras et le mit debout sans se soucier de lui faire mal.
« Tu vas arrêter d'avoir ces grands yeux tout tristes, et tout de suite ! »
Naruto fixa le sol d'un air penaud.
« Désolé, Shika...
— Je m'en fous ! Les gars ! Ce soir, c'est yakitori à volonté, c'est moi qui offre ! »
Chôji laissa tomber sa mâchoire, Ino leva les yeux au ciel.
« T'es sûr de toi ? » lui lança-t-elle.
Il fronça les sourcils et lui envoya un regard signifiant « faut ce qu'il faut », et elle haussa les épaules. Puis, le quatuor disparut dans les ruelles de Konoha à la recherche du meilleur resto à brochettes de la ville.
III
Kakashi lisait tranquillement dans son salon. Après son affrontement avec Jiraya, du moins, dès qu'il avait repris conscience, Sasuke était reparti se terrer dans son appartement sans un mot pour personne. Kakashi était rentré quelques heures plus tard, et il avait trouvé Sasuke endormi sur son canapé. Il dormait beaucoup, ces temps-ci. Trop. Kakashi savait que ce n'était pas bon signe, mais à bien y réfléchir, il n'y avait pas grand-chose dans la vie de Sasuke qu'on pouvait ranger du côté des « bons » signes. Et Kakashi avait le sombre pressentiment que ça n'allait pas s'arranger.
Itachi, qu'est-ce qui valait la peine de le faire souffrir autant, hein ? Qu'est-ce qui justifiait ça ? Ça ne me pèse aucunement de veiller sur lui, seulement, je ne peux pas le protéger de lui-même, et encore moins de toi. Tu y as pensé, à ça ?
Et voilà que ses sombres pensées lui faisaient oublier son bouquin et la scène palpitante qu'il était en train de lire. Il soupira. Il y avait des soirs comme ça... Il se sentait seul. Et terriblement triste. Il passa dans la cuisine se faire chauffer du saké, parce que ça, ça le réconfortait toujours. Quand il revint dans le salon, Sasuke était assis sur le canapé, très pâle, en sueur. Il regardait dans le vide, le souffle court.
« Sasuke, ça va ? Un cauchemar ? »
Sasuke déglutit, cligna des yeux, comme s'il reprenait conscience de son environnement. Mais sa respiration ne se calmait pas. Finalement, il se leva, resta immobile un instant, puis murmura :
« Je crois que je vais vomir... »
Et il disparut dans la salle de bain.
Quand il revint, il affichait toujours un teint livide, mais il avait retrouvé son souffle.
« Envie d'en parler ? » demanda Kakashi en sirotant son saké à l'aide de ses mystérieuses techniques qui lui permettait de boire sans qu'on voit son visage. Enfin, ce n'était pas comme s'il en avait vraiment besoin maintenant. Sasuke ne faisait pas du tout attention à lui. Il alla se rasseoir dans le canapé, remonta les genoux et y appuya sa tête.
« Ça sera jamais terminé, Kakashi-sensei, dit-il d'une voix à peine audible, brisée.
— Quoi donc ?
— Il est dans mes rêves... et ça recommence... »
Kakashi n'osa rien dire, par peur d'interrompre un début de confidence.
« Je ne peux pas... Je ne peux pas l'arrêter... vous comprenez ? »
Le ninja copieur n'en était pas sûr, mais il garda le silence.
« Tout ce que je dis, tout ce que j'éprouve... Il sait comment le retourner contre moi. Je finis toujours, toujours... par aimer ce qu'il me fait. C'est comme ça qu'il m'a enlevé mon libre-arbitre, c'est comme ça que je suis devenu son esclave. À chaque fois... c'est pareil... et ça ne s'arrête jamais... »
Le fait qu'il parle au présent troubla Kakashi. Comme si ces rêves n'étaient qu'une autre réalité pour Sasuke, la continuation du cauchemar qu'avait été sa vie. Pour lui, il n'y avait plus aucune différence entre le passé et le présent, le rêve et l'éveil. Kakashi s'imagina vivre ainsi et trouva ça terrifiant. Il se demanda si les rêves étaient aussi prégnants à cause de la marque. Il devait trouver un moyen d'en savoir plus à son propos, et il aurait probablement besoin de l'aide d'Itachi pour ça. Parce qu'il était le seul à savoir, parce que ses yeux voyaient ce que les autres ne voyaient pas, parce qu'il connaissait Orochimaru... Et parce que c'était la personne la plus brillante que Kakashi connaisse. Mais ça, ça impliquait qu'il quitte Konoha quelques temps. Pouvait-il mettre Tsunade dans la confidence ? Ça lui paraissait difficilement jouable. Il eut alors une drôle d'idée. Une idée dangereuse. S'il réintégrait l'Anbu... Il savait que les services secrets s'intéressaient de près à l'Akatsuki, ce qui lui donnerait l'opportunité d'entrer en communication avec Itachi. Mais ça impliquerait la dissolution de l'équipe 7... Naruto et Sakura se débrouilleraient très bien sans lui, c'était plutôt pour le symbole... Ça lui faisait mal d'y penser. Pour l'heure, il reporta son attention sur son élève.
« Sasuke. Tu es réveillé. C'est terminé.
— Vous ne comprenez pas... Il est tout le temps avec moi... »
Kakashi se raidit, attendant l'aveu qui concernait quelque chose qu'il savait déjà. Mais l'aveu ne vint pas. Du coup, le ninja copieur alla s'asseoir à côté de Sasuke, et dit :
« Je comprends mieux que tu ne le crois. Tu me fais encore confiance ? »
Presque à contrecœur, Sasuke hocha la tête. Ça soulagea Kakashi beaucoup plus qu'il ne le laissa paraître.
« Quoi que les gens pensent, quoi que tu décideras, quoi que tu feras... Quoi qu'il t'ait fait, quoi que tu aies fait : tu ne perdras jamais mon respect. »
Sasuke contracta ses poings, tous ses muscles se durcirent.
« Je ne mérite pas votre respect », articula-t-il avec difficulté.
Cela surprit Kakashi. Il avait trouvé, sans même la chercher, la faille dans l'arrogance de Sasuke.
« Allons, allons, tu sais bien que tu auras changé d'avis demain. Tiens, bois un peu de saké. Je ne devrais pas faire boire mes élèves mais je pense que tu en as besoin. Ne t'accroche pas à ce que tu ressens. Laisse le temps l'emporter. »
Sasuke prit la coupe qu'il lui tendait et but son saké. Il retrouva un peu de couleurs aux joues.
« Ne pas s'accrocher, hein ? Comment on fait ?
— On boit, on discute, on ne se préoccupe plus de qui on est, mais de ce qui se passe autour de soi.
— Alors quoi ? Vous allez me raconter une histoire ou je sais pas quoi ?
— Pourquoi pas ? Les histoires, ça marche sur les enfants et sur les vieux, et tout ce qu'il y a entre les deux.
— Ok, allez-y... »
Cette simple acceptation était plus que n'importe quel aveu, venant de Sasuke. Kakashi se sentit soudain très vulnérable. Comme si la fragilité de Sasuke était contagieuse. Et évidemment, qu'elle l'était ! Elle la renvoyait à la sienne. Elle la renvoyait à des blessures jamais guéries, à des deuils jamais terminés, à des questions sans réponse. Mais Sasuke avait besoin de lui, et Kakashi aussi. Alors, il lui raconta une histoire. Et le temps qu'il la termine, le jeune Uchiwa s'était rendormi, la tête posée sur son épaule. Il n'osa pas bouger, juste assez pour reprendre du saké, qu'il but én écoutant la petite aguille, de sa voix sans timbre, annoncer l'apparition d'une seconde après l'autre.
IV
Deux semaines plus tard, Kakashi était parti. Il n'avait pas trouvé le courage d'en parler à ses élèves. Naruto et Sakura durent faire irruption dans le bureau de Tsunade pour obtenir des réponses. Elle se montra très surprise de leur ignorance. Du coup, les jeunes gens se rendirent chez Kakashi pour demander à Sasuke s'il était au courant. Il répondit que non et qu'il s'en foutait. Là, ils ne furent pas spécialement surpris, quoique blessés. La situation dégénéra rapidement entre les deux garçons, et Sakura ne put pas faire grand-chose pour s'interposer.
« Pourquoi tu fais toujours semblant ? voulut savoir Naruto.
— Je ne fais pas semblant, je suis juste pas aussi dépendant que toi aux gens.
— Admettons. Explique-moi pourquoi tu mens, alors. »
Sasuke le fixa d'un regard glacial, mais pas indifférent. Il y avait une colère monstrueuse dans ce regard-là. Quelque chose qui aurait terrifié n'importe qui d'autre que Naruto.
« Ne vous battez pas », demanda Sakura, sachant que c'était peine perdue. Cela dit, Naruto la surprit en répondant :
« Je n'ai pas l'intention de me battre. » Il regarda Sasuke. « Pourquoi t'es aussi en colère ? »
Sasuke ne dit rien, mais ses lèvres tremblantes, blanches de fureur. Il fit un pas en avant. Et son poing alla s'écraser sur le visage de Naruto. Celui-ci recula, effleurant sa lèvre éclatée. Il regarda de nouveau Sasuke, et secoua la tête. Le jeune Uchiwa repartit à l'attaque. Il le renversa et se mit à le cribler de coups de poings. Naruto ne fit rien.
« Sasuke, arrête ! cria Sakura. Tu vas le tuer ! »
Mais Sasuke ne voulait rien entendre, alors la jeune femme le saisit sous les aisselles et le tira violemment en arrière. Il resta quelques instants au sol, essoufflé, les yeux toujours rivés sur Naruto. Qui lui sourit. Le blond était en train de penser que ce n'était pas ça qui allait convaincre Shikamaru que tout allait bien.
Sasuke le fixa quelques longues secondes, puis dit d'une voix étouffée :
« Foutez-moi la paix. Tous les deux. »
Naruto sut aussitôt pourquoi il leur demandait ça.
« Sakura, dit-il doucement. Je m'en occupe. T'en fais pas. »
Elle hésita, mais sortit. Elle savait qu'il se passait des choses sur lesquelles elle n'avait pas le moindre début de maîtrise. Naruto pouvait gérer ça. Sûrement.
« Va-t-en, Naruto, fit Sasuke en fixant le sol dès que Sakura eut quitté la pièce.
— Tu penses que Kakashi-sensei t'a laissé tomber, pas vrai ? »
Les traits de Sasuke se crispèrent. Il semblait faire un gros effort pour essayer de dire quelque chose. Naruto s'approcha. Son camarade tressaillit quand il posa une main sur son épaule.
« Na-... Naruto... Va-t-en.
— J'emmerde ta foutue fierté. »
Sasuke tremblait de tout son corps. Quand il l'embrassa, Naruto sentit une larme s'écraser sur sa joue.
« Je sais pas ce qu'il est parti faire, mais il t'a pas laissé tomber. »
Sasuke posa ses mains sur sa poitrine pour le repousser, mais il manquait de force. Naruto le pressa contre lui, le cœur serré en sentant sa poitrine secouée de sanglots. C'était pour ça qu'il leur avait demandé de partir. Personne ne verrait Sasuke Uchiwa pleurer. Personne ne devait savoir qu'il avait un cœur, et qu'il était capable de s'en servir pour aimer. Naruto avait déjà réussi à faire changer d'avis Gaara à ce sujet, alors pourquoi pas Sasuke, hein ? Même s'il devait être le seul à savoir, même si ça devait durer toute la vie.
« Naruto... »
Sasuke s'accrocha à son t-shirt, le front posé sur son épaule.
« Dis-moi.
— Il est vivant... Orochimaru... Il est vivant... »
Naruto se raidit. Il serra son ami encore plus fort.
« Alors on le tuera une deuxième fois. Et cette fois, on va pas le rater. »
V
« Itachi. »
Le ninja ne répondit pas, concentré sur son entraînement. Tous les shurikens avaient atteint leur cible. Comme d'habitude. Il alla les récupérer.
« Itachi !
— Oui ? finit-il par concéder à Kisame, qui n'avait pas l'air très content.
— Mine de rien, je commence à te connaître. Et ton air déterminé, il me plaît pas trop. J'ai l'impression que t'as une idée en tête, et que je ne vais pas aimer cette idée.
— Je n'ai aucune idée en tête.
— C'est pour ça que t'as rien écouté au briefing de Nagato ?
— J'ai très bien écouté le briefing de Nagato.
— Donc, c'est quoi la mission ? »
Itachi n'avait rien à répondre, puisqu'il n'avait rien écouté, mais il continua à se comporter comme si Kisame ne lui avait posé aucune question. Itachi excellait dans cet art-là, à tel point que son coéquipier l'avait souvent vu faire douter les gens d'eux-mêmes, ou bien les réduire au silence par pure perplexité, alors qu'Itachi n'avait rien fait d'autre que de les ignorer avec un aplomb désarmant.
« Avoue, t'as encore laissé traîner tes corbeaux à Konoha, et ils t'ont raconté deux-trois trucs intéressants. »
Là encore, Itachi reprit son entraînement comme s'il n'existait pas. Ça en devenait presque vexant, à force... Mais Kisame n'était pas du genre à prendre ombrage pour si peu.
« Ça a un rapport avec le fait que y a un type qui nous espionne ? Je l'ai vu. C'est l'Anbu, non ? Je crois même que c'est Kakashi. »
Itachi se retourna d'un geste souple, et Kisame évita un shuriken qui lui frôla l'oreille.
« Fais ce que tu as à faire, Kisame. Et j'en ferai de même. »
Kisame hocha la tête et Itachi dissimula sa surprise quand il le vit tourner les talons et s'éloigner. Il sentit sa présence s'affaiblir, jusqu'à disparaître. Il était simplement rentré au QG. Il n'allait pas s'en mêler. Itachi ramassa son shuriken et s'assit en tailleur sur l'herbe. Puis, il attendit.
« C'est vrai, ça ? fit Kakashi en émergeant d'entre les arbres. Tes corbeaux t'ont raconté des trucs intéressants ? »
Itachi le regarda, le cœur battant, mais le visage parfaitement calme.
« Tu viens à propos de Sasuke, déclara-t-il, avec à peine une nuance interrogative dans la voix.
— J'imagine que tu as étudié la question, à propos de la marque. »
Itachi hocha la tête.
« Il faut qu'on l'en débarrasse, dit Kakashi. Je ne sais pas ce que tu sais, mais c'est urgent. »
L'aîné des Uchiwa se leva.
« C'est la seule raison qui t'amène ? »
Une vraie question, cette fois.
« À ton avis ? »
Itachi laissa flotter un long silence.
« Je n'ai pas oublié, dit-il finalement, son regard noir impénétrable.
— Vraiment ? » fit Kakashi en croisant les bras.
Les yeux d'Itachi virèrent au rouge écarlate. Kakashi se laissa surprendre et d'un seul coup, il était de retour à Konoha, cette nuit-là. Le clair de lune était semblable à celui de ses souvenirs, énorme, suspendu dans un ciel noir d'encre. Le silence, lourd, aussi intense que les ténèbres, donnait l'impression que le village avait disparu, et qu'il n'en restait plus que le cimetière. Il sentit la présence d'Itachi dans son dos. Il se retourna. Le ninja approcha. Cette fois, ils n'échangèrent aucune parole. Ses lèvres avaient le même goût, le baiser réveilla en lui la même soif. Son cœur battait plus vite. Il n'était pas surpris comme autrefois. Il ignorait si c'étaient des retrouvailles ou un autre adieu, mais il prolongea l'instant aussi longtemps que possible, les mains plongées dans la longue chevelure d'Itachi, fine et soyeuse entre ses doigts.
Et soudain, tout cessa. Les yeux d'Itachi étaient à nouveau noirs comme la nuit, le silence remplacé par le chant des oiseaux, les grincements et craquements discrets de la forêt. Itachi se tenait à deux pas de lui. Avait-il seulement voulu lui dire qu'il se souvenait, ou bien que cette scène appartenait à un passé révolu, qu'elle n'existait plus qu'à travers sa mémoire et les réalités alternatives de son genjutsu ?
« On devrait se dépêcher, dit Itachi. Kisame est conciliant, mais il n'en va pas de même avec tous les membres de l'Akatsuki. »
Il se concentra. Qu'est-ce que Nagato avait dit ? Ça y est, il s'en souvenait.
« J'ai une mission à accomplir avant.
— Vraiment ? Ça tombe bien, moi aussi.
— Alors ne perdons pas de temps. »
Kakashi regarda Itachi ramasser ses affaires avec un léger sourire.
« Comme au bon vieux temps, hein ?
— J'imagine. Ma cible est à dix kilomètres au nord. Un espion du village de la Foudre avec des infos qu'il ne doit pas transmettre. »
Kakashi se demanda pourquoi Itachi partageait ces renseignements, et pourquoi l'Akatsuki s'intéressait à cette affaire, mais dans ce cas précis, ça l'arrangeait.
« Je crois qu'on a la même cible, Itachi.
— Alors ce sera vraiment comme au bon vieux temps... » murmura l'aîné des Uchiwa, un instant rêveur.
Il se reprit rapidement et envoya un corbeau à Kisame.
« Allons-y. »
Itachi et Kakashi disparurent comme des ombres et échangèrent leurs informations sur le trajet, puis établirent une stratégie. Et Itachi aurait presque pu croire que rien de ce qui avait fait basculer sa vie dans le cauchemar n'était réellement arrivé. Comme s'il n'avait jamais quitté Konoha. Il choisit de continuer à vivre encore quelques heures dans cette réalité-là. Il l'aimait bien.
