Et grandir…

Chapitre 12 : Eux aussi…

Quoi de mieux que l'entraide ? Lorsqu'un ami est en difficulté, lui venir en aide et lui apporter son soutien est généralement satisfaisant pour les deux partis. Tout d'abord, bien sûr, pour celui qui sollicitait du secours, mais aussi pour celui qui le lui a procuré. Aider un proche, un membre de la famille ou un ami, est considéré comme un devoir par certains, un plaisir par d'autres, une corvée par ceux qui sont les moins sincères.

Même lorsqu'il ne s'agit pas d'amitié, il n'existe pas quelque chose de plus valorisant que de sortir quelqu'un de ses difficultés. Les plus vaniteux se réjouiront d'être indispensables, les plus avares se souviendront que l'on leur doit un service, les plus naïfs s'en mordront peut-être les doigts. Cependant, lorsque personne n'a d'arrière-pensée superflue, le geste est toujours bénéfique. Un service rendu peut être le début d'une nouvelle amitié ou d'une histoire d'amour, une promesse tenue est signe d'une complicité entre les deux personnes, et une entraide régulière est la preuve d'une amitié indéfectible.

Souvent, une absence de réponse à un appel à l'aide est perçue comme une trahison. Confus, on se croira oublié, moins aimé, ce qui est en réalité rarement le cas. Parfois, c'est pour le bien de ses propres amis que l'on se sent obligé de les abandonner. Parfois, c'est par peur du rejet que l'on n'ose pas se tenir aux côtés de ceux qui nous sont chers. Parfois encore, c'est par la honte d'une trahison passée, ancienne, que l'on ne se sent pas digne de secourir l'autre à nouveau.

Ces peurs ne sont pas toujours fondées.

Parfois si.

oOo

Lorsque Naruto repéra la maison qu'il cherchait depuis déjà des heures, un chalet tout fait de rondins de bois, il sut immédiatement que quelque chose n'allait pas. Il plissa les yeux pour essayer d'apercevoir un détail inhabituel, entre les arbres et à travers le rideau de pluie, mais il ne distingua rien d'autre que la faible lueur d'un feu de cheminée, derrière la fenêtre embuée. Pourtant, après toutes ces années de pratique du nindô, il avait appris à obéir à son instinct lorsque la situation l'exigeait. Et cette fois, son intuition était formelle : à l'intérieur du chalet, il était repéré et attendu de pied ferme.

Il décida de ne pas s'en inquiéter car cela n'avait, finalement, rien d'étonnant. Il aurait même été très déçu si les alliés qu'il espérait obtenir n'avaient pas été capables de localiser un intrus qui approchait de leur repère, surtout lorsque celui-ci ne prenait même pas la peine de dissimuler son chakra. De plus, il ne détectait aucune ombre qui l'espionnait derrière la fenêtre, aucune trace de chakra en mouvement ou potentiellement hostile. Relativement confiant, et prenant soin de ne pas étouffer le moindre bruit afin d'annoncer son arrivée, il entra dans la bâtisse. À l'intérieur, les trois personnes étaient assises autour d'une table et le fixaient avec insistance, pas surpris le moins du monde. Il ne put empêcher sa joie et son soulagement d'exploser :

- Salut la compagnie ! s'exclama-t-il en effectuant un grand geste de la main.

- Salut à toi, Naruto-kun ! lui répondit Rock Lee au tac au tac, lui adressant un sourire éblouissant et levant le pouce depuis sa chaise.

À sa droite, Neji Hyuuga, les bras résolument croisés, leva les yeux ciel. Naruto ne put s'empêcher de se dire que, seize ans plus tôt, son ami n'aurait même pas songé à exprimer ainsi son exaspération. Ils s'étaient revus plusieurs fois, depuis cette époque, mais il était toujours agréablement surpris de constater à quel point s'éloigner de son clan avait été bénéfique pour Neji. Il s'était épanoui autant qu'il lui était possible de le faire, un peu comme s'il respirait pour la première fois depuis le début de son existence.

- Bonjour Naruto, dit à son tour Tenten, beaucoup plus calmement que Lee.

Elle, par contre, ne souriait pas. Elle avait bien l'air contente de le voir, mais pas de la manière dont il s'y attendait. Pas de la manière dont on retrouve de vieux amis, mais plutôt dont il était, lui, content de les trouver. Comme de la manière dont on découvre un allié providentiel, juste au moment où l'on en a le plus besoin. Elle paraissait aussi soulagée que lui, et ce fut cela qui tira la sonnette d'alarme de son esprit. D'ailleurs, maintenant qu'il y regardait d'un peu plus près, Lee était beaucoup moins exubérant qu'à l'accoutumée, se tenant sagement assis sur sa chaise au lieu de sauter dans tous les sens. Et Neji tirait plus la tronche que d'habitude. Beaucoup, beaucoup plus.

Et, maintenant qu'il y pensait vraiment sérieusement, il ne voyait nulle trace de Ming, la fille de Tenten. Pourtant, lorsqu'il leur rendait visite, elle avait plus souvent tendance à lui sauter au cou, tout comme agirait n'importe quelle petite fille de dix ans – à part sa propre fille, Takibi, mais ça ne comptait pas. Et elle ne pouvait pas être déjà couchée à cette heure-là, pas à cinq heures de l'après-midi. Elle aurait être là.

Sauf qu'ici et maintenant, il n'y avait aucune petite fille aux longs cheveux bruns et aux yeux noisette. Elle n'était pas là. Nulle part. Naruto sentit ses entrailles se glacer. Son regard passa à nouveau sur les trois personnes devant lui, qui ne le quittait pas des yeux, qui ne disaient plus rien du tout.

était la petite Ming ?

oOo

Hagane rentrait tout juste de sa mission, qui avait duré cinq jours. Bien qu'elle n'ait pas été très compliquée, techniquement parlant, elle avait été un véritable calvaire. L'Enfer Sur Terre. Les membres de son équipe, déterminés à lui faire comprendre qu'elle n'était pas la bienvenue, s'étaient ligués contre elle en une interminable suite de provocations. Ou plus précisément, le Capitaine Hanabi n'avait pas cessé de lui envoyer des piques, Higuma s'était conduit avec une courtoisie qui frôlait plus que la froideur, et Haruka l'avait purement et simplement ignoré pendant toute la mission. Objectivement, personne ne lui avait manqué de respect – pas même Hanabi, qui s'était montrée assez subtile pour qu'il ne puisse lui être fait aucun reproche – mais la tension qui régnait au sein de leur équipe était plutôt difficile à supporter pour la jeune fille.

La bonne nouvelle, c'était qu'elle avait amplement démontré ses capacités à effectuer des missions d'un niveau plus intéressant. Avec un peu de chance, avait prédit un Haruka surexcité, ils finiraient même par avoir des missions de rangs A. Même si leur Capitaine l'avait coupé dans son élan en leur assénant que, de toute façon, avec le statut de prisonnière d'Hagane (et quelles que soit ses aptitudes au combat ou en mission), ils étaient confinés aux missions de rang B et C pour un bon bout de temps. Cependant, d'après Higuma et son ironie fracassante, tant qu'elle se sentait à l'aise au sein de sa nouvelle équipe, tout allait pour le mieux… Youpi.

Hiashi la fit brusquement sortir de ses noires pensées, entrant sans frapper dans la chambre qu'il lui avait donnée avant son départ en mission. C'était une pièce très traditionnelle, avec un lit futon, des tatamis et une fenêtre au panneau en bois dont la vue donnait sur la cour. La décoration était plutôt minime : une table basse sous la fenêtre, un vase vide posé dessus et une vieille armoire dans laquelle elle n'avait rien à ranger puisqu'on ne lui avait pas rendu ses vieux vêtements. Pas qu'elle en aurait fait quelque chose, de toute façon, vu leur état.

Son grand-père lui avait justement amené de nouveaux habits. Assise sur son lit, elle le regarda les ranger en silence dans le meuble. Elle se demanda distraitement s'ils étaient identiques à ceux qu'elle portait, de simples uniformes, puis elle se dit qu'elle les inspecterait plus tard, lorsqu'elle n'aurait rien d'autre à faire. Le plus surprenant était qu'Hiashi n'avait pas chargé un serviteur de les lui amener à sa place car, vu le nombre d'entre eux qu'elle avait déjà croisé dans la demeure, il aurait largement put se le permettre. Elle était sûre qu'il avait quelque chose en particulier à lui dire et qu'il ne savait pas comment engager la conversation. Constatant qu'elle avait toujours aussi peu de patience qu'à l'accoutumée, elle décida de passer directement à l'attaque :

- Qu'est-ce que vous me voulez, papy ? On voit bien que vous n'êtes pas habitué à jouer aux ménagères, alors arrêtez de vous chercher un prétexte et parlez-moi franchement.

Le corps tout entier d'Hiashi se raidit de façon plutôt comique. Ils ne se connaissaient même pas depuis deux semaines qu'il ne semblait déjà plus la supporter. Quelle tristesse…

- Commence par t'adresser à moi avec un peu plus de respect, si tu veux bien, grogna-t-il en se tournant vers elle.

- Et comment voulez-vous que je vous appelle ? Monsieur ? Hyuuga-san ? Hiashi-sama ? Vous savez aussi bien que moi que des noms comme ceux-là, dans ma bouche, ne paraîtront que plus grotesques. Ce n'est pas que je le fasse exprès mais, que voulez-vous, je n'ai jamais sut me contrôler.

- Ce n'est pas faux, concéda-t-il de mauvaise grâce. Et puis, je suppose que tu as été à bonne école pour ce qui est de l'insolence.

- Il est vrai que mon père a toujours beaucoup aimé la taquinerie. Et il est plutôt bon professeur, on ne peut pas le nier. Mais mon frère est un bien meilleur élève que moi. Vous ne l'apprécieriez pas.

Hiashi ne répondit pas et s'agenouilla sur le tatami, près de la table basse. Comprenant le message, Hagane s'installa plus confortablement, en tailleur sur son lit, et se prépara à la discussion. Elle n'avait pas la moindre idée de ce dont son grand-père voulait lui parler, mais sa mère lui avait recommandé de lui faire confiance. Et comme elle ne ferait jamais confiance à un parfait inconnu, une petite conversation de présentation s'imposait. Hiashi, apparemment, partageait son avis :

- Parles-moi de ton frère, demanda-t-il. Et de ta sœur, aussi. Quel âge ont-ils ? Est-ce qu'ils te ressemblent ?

« Ah, mince » pensa-t-elle « Ça ne commence pas bien. Pas bien du tout ».

- Je pourrais répondre à ces questions, dit-elle prudemment. Mais je crains que les réponses ne soient pas celles que vous espérez entendre. Peut-être devrions-nous entamer un autre sujet…

- Écoutes-moi, Hagane, la coupa-t-il calmement mais fermement. J'ai passé les seize dernières années de ma vie sans la moindre nouvelle de ma fille. Je viens juste d'apprendre l'existence de mes petits-enfants, ainsi que l'identité de leur père. Alors fais-moi au moins le plaisir de répondre sincèrement à mes questions. De toute manière, même si cela ne me plaît pas, je ne pense pas être en position de faire le difficile, ni de critiquer les choix d'Hinata.

Vu comme ça… Ce n'était pas comme si elle pouvait réfuter cet angle des choses. Elle ne comprenait peut-être pas totalement ce que ressentait son grand-père, mais elle savait au moins à quel point un être cher pouvait manquer lorsqu'il était absent. Elle chassa les souvenirs dérangeants qui commençaient à l'envahir et reprit la parole, bien décidée à offrir le revers de la médaille à son grand-père :

- Bon, c'est vous qui l'aurez voulu. Commençons par Shun, alors. Il a le même âge que moi et, bien que nous ne soyons pas exactement du même sang, je le considère comme mon frère jumeau. Il ne me ressemble pas du tout, ni physiquement ni mentalement. Il est plus grand que moi, plus mince, et aussi plus beau – enfin, ça dépend du point de vue. Il a des yeux noirs et des cheveux longs, noirs aussi, qu'il attache généralement en queue-de-cheval. Au combat, il est exceptionnellement rapide, il se sert de deux wakisashis et manie les shurikens comme s'il était né avec. Par contre, c'est un vrai sale con. Il est incroyablement égoïste, sournois et orgueilleux, mais aussi possessif, surprotecteur et affreusement collant même s'il refuse de l'avouer. Et je n'ai jamais vu quelqu'un avec un ego aussi surdimensionné que le sien. Cependant, s'il fallait citer des qualités, je dirais qu'il ne lésine pas à l'entraînement, qu'il est plutôt courageux, qu'il ne manque pas de détermination, et qu'il est attachant malgré tout. En famille, il est plutôt discret et ne dit jamais rien pour rien, sauf quand je le taquine et qu'il daigne oublier un peu sa fierté. Mais il faut dire que je suis la seule à pouvoir le faire sortir de ses gonds aussi facilement. Voilà, je pense que c'est tout pour son cas.

Hiashi cligna des yeux. Il ne s'attendait certainement pas à une telle description, ni à ce que le frère de sa petite-fille ne soit pas en mesure d'être également considéré comme son petit-fils. Sauf qu'Hagane n'avait pas envie de parler de ses liens de parenté avec Shun. L'histoire n'avait absolument rien d'extraordinaire et elle avait l'intuition que le vieil homme en ferait tout un plat. Et son intuition se trompait rarement.

- Je vois, finit-il par dire. Mais dans quelles circonstances tes parents l'ont-ils… ?

- Minute ! C'est à moi de poser une question. Chacun son tour !

Ou l'art d'esquiver des sujets déplaisants. Hiashi parut sur le point de protester, puis se résigna et haussa les épaules :

- Si tu y tiens tant que ça.

- J'y tiens. Pourquoi est-ce qu'elle a dit ça ?

- Pardon ?

- Ma mère, Hinata. Pourquoi a-t-elle sous-entendu que vous l'avez aidé à déserter, il y a seize ans ?

- Parce que c'est la vérité. Peu de choix s'offrent à vous lorsque l'on est sous le règne d'un tyran.

- Quel tyran ?

- Je croyais que c'était une question chacun ? la nargua-t-il en un sourire ironique.

- Ça ne compte pas !

- Si tu le dis. Commençons par le début. Il y a seize ans, Danzô, notre actuel Hokage, a obtenu son poste par la force en assassinant son prédécesseur, Tsunade Koichi, le Cinquième Hokage. Il a prétendu à un accident mais seuls ses partisans et les imbéciles ont cru à ses preuves peu vraisemblables. D'ailleurs, les seuls témoins de la tragédie comptent parmi les plus fidèles au gouvernement qu'il a instauré. Certains de ceux qui n'en faisaient pas partie, à l'époque, ont choisi de déserter plutôt que de servir un usurpateur. D'autres sont restés à Konoha pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l'être. Comme tu peux le deviner, je suis de ceux-là.

Ce fut au tour d'Hagane de cligner des yeux. N'était-ce pas là un parti que l'on était sensé gardé pour soi ? Son grand-père en parlait avec tant de désinvolture.

- Ne me regarde pas comme ça, dit-il levant les yeux au ciel. Il n'y a personne dans les parages, ce que tu aurais également pu deviner si tu avais pris la peine d'activer ton byakugan. Et je sais pertinemment que tu ne t'amuseras pas à répéter cela sous tous les toits.

Effectivement, cela n'était pas dans son intérêt. Il n'aurait pas été très intelligent de sa part de dénoncer la seule personne de son entourage capable de la soutenir. Quant à la petite leçon de morale, elle était trop curieuse de la suite de la discussion pour songer à protester. Pour le moment.

- Mais… N'auriez-vous pas préféré que votre fille reste auprès de vous, à Konoha, même au sein de la rébellion ?

- Pour être honnête, j'aurais préféré qu'Hanabi soit en âge de la suivre à ce moment-là. Je ne tenais pas à ce qu'Hinata ne gâche sa vie plus qu'elle ne l'était déjà. De plus, la « rébellion », comme tu dis, ressemble plus à une vaste farce qu'à un mouvement sérieux. Tu as pu constater par toi-même ce que ce village pourri jusqu'à la moelle a fait de ma fille cadette.

Mouais. Évitons les sujets fâcheux. Hagane repoussa nerveusement une mèche de son visage, se mordant la lèvre pour ne pas laisser échapper quelque chose d'inconsidéré. Hiashi avait utilisé les mots « plus qu'elle ne l'était déjà » en parlant de sa mère. Cela voulait-il dire que l'enfance et l'adolescence d'Hinata n'avaient pas été heureuses ? Ou bien faisait-il seulement allusion à la prise de pouvoirs de ce Danzô ?

- C'est à mon tour de te poser une question, continua son grand-père. Tu m'a décris ton frère, maintenant parles-moi de ta sœur.

- Elle ne vous sera pas beaucoup plus satisfaisante que lui, je vous préviens.

- Aucune importance, je saurais m'en contenter.

- Je me répète mais vous l'aurez voulu. Ma petite sœur s'appelle Takibi et elle a dix ans. À vrai dire, elle ressemble beaucoup plus au démon qui habite mon père qu'à mes parents. Elle est de taille moyenne mais très maigre, tout en os et en muscle. Elle est rousse, comme le sang, et elle déteste avoir des cheveux dans la figure, alors elle les coupe toujours très courts. Elle a des yeux rouges dont les pupilles sont fendues, comme celles de certains animaux. Elle a aussi des crocs et des griffes, aux mains et aux pieds. Celles des mains mesurent environ trois centimètres, celles des pieds sont plus petites mais je n'ai jamais put les regarder de près pour vérifier. Elle déteste les humains, la seule personne qu'elle supporte c'est notre père, Naruto. Je pense qu'elle supporterait aussi notre mère si elle s'en était occupée aussi bien que lui, mais son attitude envers elle a changé trop tard. Tous les autres, Shun et moi compris, elle les hait. Enfin, c'est ce qu'elle voudrait faire croire, mais je pense qu'elle en a très peur, en vérité. Parce qu'elle est trop différente d'eux, les habitants du village près duquel nous habitions la rejetaient assez violemment. Je ne sais pas grand-chose d'autre d'elle, parce qu'elle passe le plus clair de son temps à nous éviter. Les seuls moments que nous passions ensemble étaient l'entraînement quotidien aux arts martiaux. Et la chasse, des fois, mais pas souvent. Naruto, un jour, lui a fabriqué une sacoche en fourrure et, depuis, elle l'a toujours avec elle. Par contre, elle ne veut pas que l'on regarde à l'intérieur. J'ai encore les cicatrices du jour où j'ai essayé d'y jeter un coup d'œil.

La description de Takibi avait été plus longue que celle de Shun, s'aperçut-elle, mais elle avait décrit son apparence en long et en large pour combler ce qu'elle ignorait de sa personnalité. En fait, la seule chose dont Hagane était certaine au sujet de sa propre sœur était qu'elle était rousse et que ses griffes des mains mesuraient trois centimètres. C'était vraiment pitoyable, lorsqu'on y pensait de cette manière. Hiashi, le front plissé, semblait réfléchir.

- En fait, finit-il par dire en se frottant le menton. Takibi ressemble à son père lorsqu'il perd le contrôle de lui-même, mis à part que le phénomène, chez elle, est permanent. C'est bien cela ?

- À peu près, oui. Mais comment êtes-vous au courant, pour mon père ? Il a horreur d'en parler, même à ma mère.

- Naruto Uzumaki a grandi à Konoha, sous très étroite surveillance, répondit son grand-père en se rembrunissant. Tout comme ta sœur, il a été rejeté par la population parce qu'il était un Jinchuuriki. Personne n'ignorait à quel point ses pertes de contrôle pouvaient être dévastatrices, et il inspirait d'autant plus la méfiance de ceux qui le côtoyaient. À l'époque, seuls ses véritables amis, qui ne sont apparus qu'au début de son adolescence, l'acceptaient tel qu'il était. Plus tard, les ennemis de Danzô l'ont tellement admiré pour son audace et sa détermination qu'il en est presque devenu un héros. Toi, cependant, tu n'es que sa fille et tu n'hériteras certainement pas de cette admiration surtout ici, où Danzô a lui-même livré ton père à nos ennemis. N'oubli jamais que les gens sont stupides et que tu risques d'être victime des mêmes préjugés qu'il a subi durant toute son enfance.

- Cela explique au moins pourquoi son attitude envers Takibi était si différente de la notre, dit Hagane en frissonnant, entourant ses jambes de ses bras. Je me suis toujours demandé comment il s'y prenait. Nous, nous le faisions si naturellement que nous ne nous en apercevions même pas. Mais je ne comprends pas pourquoi je devrais craindre une telle attitude de la part des habitants de Konoha. Je ne suis, justement, que sa fille. Je ne suis pas comme lui, un Jinchuuriki, ni comme Takibi.

- Crois-tu réellement avoir été épargnée des gènes de Kyuubi, Hagane ? lui demanda sévèrement Hiashi. Si ta sœur en a été saturée, qui te dit que ton propre héritage n'est pas tout simplement moins visible que le sien ?

Alors ça, c'était un sujet hyper personnel. Ce n'était pas parce qu'elle était morte de curiosité au sujet du Démon-Renard qu'elle ne comprenait pas pourquoi son père n'aimait pas en parler. Au contraire. En vérité, elle ne se souvenait que trop bien de ses quelques crises de colère où elle perdait tout contrôle d'elle-même. Dans ces cas-là, elle avait l'impression de ne plus être la même personne. D'être plus… sauvage. Comme une version démoniaque d'elle-même. Plus puissante, mais aussi infiniment plus dangereuse. Tellement que ça la terrifiait, tellement qu'elle n'avait jamais osé en parler à ses parents. Leur hypothétique réaction la faisait crever de peur, elle n'avait pas envie que leur attitude envers elle en soit influencée, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Pas envie qu'on la prenne pour un monstre. Même si c'était ce qu'elle était, peut-être. Sûrement.

Ce que disait Hiashi, c'était exactement ce qu'elle craignait depuis des années. Exactement ce à quoi elle évitait de penser. Elle avait toujours su, au fond d'elle-même, qu'elle n'était pas tout à fait humaine, qu'elle avait hérité de Kyuubi plus qu'elle ne voulait bien l'admettre. Elle n'avait juste pas envie de savoir à quel point. Pas envie qu'on la mette en face des faits. Ce genre de perte de contrôle, ça lui était encore arrivé trois semaines auparavant, lorsque Takibi avait été prise en otage par leurs ennemis. Et cette fois encore, Shun avait été l'unique témoin de son étrange comportement. Il n'en avait jamais rien dit à leurs parents, depuis toutes ces années, mais elle savait que ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Il s'inquiétait pour elle, le petit frère. Et il avait raison.

La voyant se murer dans son silence, Hiashi n'insista pas. À la place, il soupira et se leva.

- Lave-toi et changes-toi, veux-tu ? fit-il. Et rejoins-moi dans la cour, je veux te présenter quelqu'un.

- Qui ça ? demanda Hagane, méfiante.

- Tu verras bien.

Et, sur ce, il sortit de la chambre.

oOo

Hiashi ne l'emmena pas très loin. En fait, il ne fit que l'escorter dans une autre aile de la demeure, où ils ne croisèrent qu'un ou deux serviteurs. Propre et fraîche, dans le yukata bleu clair qu'Hiashi lui avait apporté, Hagane se sentait beaucoup mieux préparée face aux éventuelles péripéties qui pourraient lui tomber dessus. Afin de ne pas manger ses longs cheveux en permanence, elle les avait tressé en une lourde natte qui lui donnait l'impression d'avoir un boulet accroché à l'arrière du crâne. Enfin, ça valait mieux que de les retenir avec le bandeau de Konoha. Elle le porterait bien assez pendant les missions pour ne pas se le farcir le reste du temps.

Son grand-père la fit entrer dans de qui semblait être une salle d'entraînement, avec parquet ciré et panneaux en bois. Un dojo, le plus kitch et le plus traditionnel qu'elle ait jamais vu – du peu de ceux qu'elle avait vu à Shirakaba et dans les livres, évidemment. Et de l'autre côté de la salle se tenait la petite fille à l'air venimeux qu'elle avait déjà vue, dans l'arène où ils avaient combattus les ninjas pour faire évaluer leur niveau. Âgée d'environ dix ans, de longs cheveux bruns, des yeux noisette et une expression de pur défi sur le visage, cette fillette lui rappelait décidément quelqu'un. Dans la demeure des Hyuuga, aux côtés de son grand-père dont les cheveux étaient encore plus bruns que gris, elle comprit enfin de qui il s'agissait. Il ne s'agissait pas réellement d'une ressemblance physique, mais son maintient et son expression – surtout son expression – ne laissait pas la moindre place au doute.

- Cette fille, souffla Hagane à Hiashi. C'est…

- Ming, ta cousine éloignée, lui répondit-il d'un ton neutre. La fille de Neji Hyuuga, le cousin de ta mère. Approche-toi, Ming. Je te présente Hagane.

« Bah merde, alors » pensa celle-ci. « Encore une. Mais… »

- Tu n'as pas de byakugan, lui fit-elle remarquer sans réfléchir lorsque Ming arriva à leur hauteur.

- Neji, son père, est marqué du sceau de l'oiseau en cage, répondit Hiashi à sa place. Hinata ne t'en a jamais parlé ?

- Si, mais je ne vois pas le rapport.

- Ce sceau, en plus d'obliger la branche inférieure des Hyuuga à obéir à la branche principale, empêche l'hérédité du byakugan dans le cas où son porteur ne serait plus affilé à Konoha. C'est une précaution pour éviter que le secret de notre clan ne se divulgue.

« C'est bizarre, comme façon de faire » se dit Hagane en haussant un sourcil dubitatif, copiant sans le vouloir l'expression qu'elle voyait si souvent sur son grand-père. Et Ming, d'après son air parfaitement dégoûté, semblait penser la même chose qu'elle. Elle plissait le nez et les yeux en fixant Hiashi, dans une expression de mépris qui la faisait curieusement ressembler à Hanabi.

- Ming est douée, pour son âge, continua celui-ci sans prêter attention au regard vindicatif de la petite fille. Seulement, comme elle n'a pas de byakugan, le Conseil de Konoha ne savait pas quoi en faire. Je l'ai prise avec moi au nom de notre lien de parenté et pour lui épargner un plus mauvais sort, mais je t'avoue que je ne saurai pas lui apprendre quoi que ce soit en matière de ninjutsu.

- Et vous vous imaginez que, moi, j'en suis capable, c'est ça ? Bien sûr, cela paraît si évident, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

- C'est exactement cela, répondit-il en ignorant royalement son ton ironique, tout comme il avait ignoré l'hostilité de Ming. J'ai entendu parler de ta performance de l'autre jour, qui n'incluait pas forcément la pratique de ton byakugan. Et puisque tu m'as toi-même affirmé, tout à l'heure, que tes frère et sœur en étaient dépourvus, j'en déduis qu'ils ont leur propre style de combat. Sans oublier celui de ton père. Tu as bien dû en retenir quelque chose, n'est-ce pas ?

- Mmoui… marmonna-t-elle. Après tout, pourquoi pas. Mais je n'ai pas que ça à faire, je vous préviens.

- Faux, répliqua-t-il. Tu n'as justement que ça à faire. Ton équipe est consignée jusqu'à nouvel ordre, le temps que l'administration étudie le rapport de la dernière mission en détail. En ce qui concerne cet entraînement, dis-toi que cela rendra service à un membre de ta famille et qu'il est grand temps que tu apprennes à enseigner à tes cadets, comme tout les ninjas de ton âge. Et puis cela t'évitera de te tourner les pouces, par la même occasion. Puisque tu es ici, autant que tu te rendes utile, pour une fois.

« De quoi j'me mêle ? » s'insurgea Hagane en silence. « Abruti. Fossile. Vieux chnoque. Cochon. Ancêtre poussiéreux. »

- Bon, renifla-t-elle d'un air dédaigneux. T'es d'accord, moustique ?

Devant eux, Ming-moustique n'avait toujours pas ouvert la bouche mais n'avait rien perdu de la conversation. Elle acquiesça sèchement de la tête et, sans autre forme de procès, chargea Hagane. La jeune fille, surprise, fit une brusque embardée pour éviter de justesse le kunai qui était apparu comme par magie dans les mains de la gamine.

- Waouh ! s'exclama-t-elle, plus amusé qu'autre chose. Mais c'est qu'elle ne perd pas de temps, la mioche !

Sans sourciller, la petite fille continua ses assauts sans discontinuer.

- Eh ! Mais attends une minute, moustique ! Holà !

Le problème, c'est qu'elle ne savait pas comment repousser les attaques sans blesser son mini-adversaire trop sérieusement. Finalement, elle attrapa le poignet qui tenait le kunai et fit une clé qu'elle n'aurait jamais pensé utiliser un jour – ce n'était pas une prise assez originale pour être utilisée dans un vrai combat.

- On se calme ! fit-elle en s'adressant au sommet du crâne de la petite fille. C'est pas comme ça qu'on arrivera à quelque chose, toutes les deux.

- Pourtant, répondit Ming, parlant pour la première fois – et l'intonation de sa voix la fit sursauter, c'était la même que celle de Takibi. C'est ainsi que m'entraînent mes parents. Je pensais que c'était pareil pour tout le monde.

Ses parents étaient des brutes. Parents indignes ! Ils ne pensaient même pas aux pauvres instructeurs qui reprenaient le flambeau ! Hagane relâcha sa cousine – bigre, quel mot étrange – et s'écarta. Elle n'avait jamais entraîné personne, et elle n'avait que peu d'exemples en mémoire. Elle se demanda ce qu'elle allait bien pouvoir lui faire faire. Elle ne pouvait même pas lui faire répéter des katas, puisque ceux qu'elle connaissait avaient besoin du byakugan pour être efficaces. Peut-être lui faire travailler son affinité de chakra, si elle en avait une. Ou le maniement d'une arme quelconque.

… Elle allait être obligée de se creuser la tête. Flûte.

Quelques instants plus tard, Hiashi s'éloigna, plutôt content de lui. Les deux enfants avaient complètement oublié sa présence, concentrées sur leur entraînement. Que celui-ci serve à quelque chose ou pas n'avait aucune importance, car l'une comme l'autre avaient oublié, pour un temps, leur condition de prisonnière et l'absence de leurs proches. Et c'était bien tout ce qui comptait vraiment, pour l'instant.

oOo

La petite Ming s'était faite capturée, elle aussi. Comme ses enfants à lui. D'après Neji, Lee et Tenten, Kiba était venu leur rendre visite quelques jours plus tôt, et leur avait confirmé leurs soupçons : le fils d'Ino et les enfants de Shikamaru, à Suna, s'étaient aussi fait enlevés. Un véritable kidnapping de masse, voilà ce que c'était. Mais de l'humble avis de Naruto, il s'agissait d'une stratégie complètement stupide : si tous les enfants se trouvaient – a priori – à Konoha, leurs parents avaient tout le loisir de se regrouper pour les récupérer plus facilement. Et c'est bien ce qu'ils comptaient faire, d'ailleurs. Qu'est-ce qui avait bien pu passer par la tête de ce tordu de Danzô pour faire une erreur pareille ? Vraisemblablement, Kiba les rejoindrait bientôt avec des nouvelles de Sakura et Sasuke, afin de vérifier si leurs enfants étaient toujours avec eux.

Naruto frissonna en pensant à sa vieille équipe. Sakura lui avait donné tellement d'excuses, tellement de prétextes, pour se faire pardonner l'absence de Sasuke pendant toutes ces années, lorsque tout le monde se regroupait pour une bataille. Une de ces batailles où ils protégeaient Konoha à son insu, malgré leur désertion. Une de ces batailles où seul l'un des deux parents était présent, pour ne pas laisser leur progéniture à l'abandon. Ces batailles où l'on ne voyait jamais Sasuke Uchiha se joindre à eux, où c'était toujours Sakura qui venait à sa place. Sans qu'elle ne puisse afficher autre chose qu'un sourire d'excuse ou un serrement de mâchoires.

Il secoua la tête, bien décidé ne pas penser à ça, à lui. Pas maintenant. Ce n'était pas le moment de faire du sentimentalisme nostalgique. Pour l'heure, seule comptait sa famille. Seuls comptaient Hinata, Hagane, Shun, et Takibi. Pour une fois dans sa vie, il pouvait bien se permettre d'être égoïste et de ne penser qu'à sa petite personne… non ?

Ils se mirent en route pour le Pays du Feu, où ils rejoindraient bientôt leurs amis. Tous réunis, pour la première fois depuis seize ans. Moins ceux qui n'avaient jamais quitté les remparts de Konoha. Moins ceux qui étaient morts, abattus par les chasseurs de déserteurs. Moins Hinata.

… Moins lui.

oOo

Fuji pestait. Intérieurement, bien sûr. Inutile d'en rajouter, c'était déjà suffisamment ridicule comme ça.

Il pestait parce que sa petite sœur, cette inconsciente de Kaede, avait pris en grippe une gamine qui n'avait rien demandé à personne et qu'elle avait décidé de le faire savoir à tout son entourage. Donc, à lui. Et cela le contrariait beaucoup, parce qu'il se retrouvait obligé d'intervenir quand son abominable frangine s'apprêtait à faire quelque chose de stupide au nom de sa rivalité autoproclamée. Il soupira d'agacement en s'assurant que sa tignasse était toujours planquée sous son foulard. Manquerait plus qu'on voit ça, tiens.

Ils étaient arrivés à proximité de Konoha depuis deux jours et, pendant que les parents et Shun-j'me-la-pète-parce-que-je-te-ressemble réfléchissaient à la procédure à adopter, la petite rouquine en avait profité pour se faire la malle pour dieu savait quelle raison. Et bien sûr, Kaede s'était sentie concernée. Et bien sûr, elle avait suivit Takibi jusqu'au village, à l'insu de leurs aînés. Comme il était le seul à les avoir vu se défiler, il avait tenté de les ramener lui-même par la peau des fesses afin d'éviter de déranger ses parents. Bien sûr.

Bien sûr.

Lorsque les ninjas de Konoha leur étaient tombés dessus, tout s'était passé très rapidement, et il ne s'était rendu compte de presque rien. Après tout le mal que s'était donné leur père pour les faire passer en douce dans le périmètre du village, il se demandait bien comment il avait pu oublier les capacités de repérage dont il leur avait si souvent parlé. Et surtout – surtout ! – il se demandait comment ces ninjas s'y étaient prit pour les coincer aussi facilement, comme s'ils avaient affaire à des gamins de cinq ans. Non loin de lui, Kaede semblait se demander à peu près la même chose, si on en croyait son air ahuri. Et la petite démone aussi. Quoique, pour sa part, elle paraisse plus furieuse qu'autre chose.

Il ne voulait même pas penser à la réaction de ses parents lorsqu'ils s'apercevraient de leur enlèvement. Shun allait en prendre pour son grade après tout, c'était pour lui qu'ils en étaient arrivés là. Lui qui s'était montré si protecteur envers sa petite sœur, si inquiet au sujet de sa jumelle. Tout ça pour rien. Quel gâchis, vraiment.

Fuji pesta. Intérieurement, bien sûr. Mais fort. Trèèès fort.

oOo

Kaede enrageait. Intérieurement, bien sûr. Comme toujours.

Mais quelle idée, aussi, d'avoir suivi cette sauvage ! Ça lui apprendrait, tiens. Ça lui apprendrait à faire confiance à des gens bizarres qui avaient des griffes et des crocs qui leur poussaient à la place des ongles et des dents. Ça lui apprendrait à vouloir satisfaire son insatiable curiosité. Cette peste de Takibi avait fait exprès de l'attiser afin de l'attirer près de Konoha. Elle l'avait fait exprès, elle en était sûre et certaine. Mais elle aurait bien aimé savoir pourquoi. Quelle idée tordue avait bien pu passer par la tête de cette rouquine antisociale ?

Ce qui la dérangeait le plus, cependant, n'était pas le fait de s'être faite capturée comme une débutante. Enfin si, mais pas seulement. Ce qui la dérangeait vraiment beaucoup, et bien qu'elle détestait devoir l'admettre, c'était que son grand frère était bien plus fort qu'elle et qu'il s'était quand même fait capturer. Comment avait-il fait son compte, cet empaffé ? Le pire, dans tout ça, c'était que ni elle ni Fuji n'avait eu le temps d'activer leur sharingan, car on leur avait posé un sceau qui les empêchait de s'en servir avant même qu'ils n'aient pu dire « ouf ». Ce n'était pas loyal ! Même elle, elle était loyale lorsqu'elle se battait. Lorsqu'elle ne se battait pas aussi, d'ailleurs. Elle avait plein de défauts dont elle était plus ou moins fière, d'accord, mais elle était toujours réglo et n'avait jamais fait de coup bas à qui que ce soit. Sauf à l'autre déprimée, avec son histoire de kimono, mais elle n'était pas sensée savoir que le sujet était tabou à ce point.

Kaede enrageait mais, surtout, elle était stupéfaite.

Pour la première fois de sa vie, elle s'était faite bernée. Dans les règles de l'art. Elle n'avait rien vu venir, pire qu'avec son père, et pourtant ce n'était pas peu dire. On lui avait tendu un piège, on l'avait privée de son sharingan, on l'avait vaincu de façon déloyale en la prenant par surprise. Tout ce qu'elle refusait de faire au nom du seul et unique principe qu'elle possédait, on venait de le lui faire subir. Juste comme ça, sans prévenir et sans le moindre scrupule. Elle n'en revenait pas, et n'aurait jamais pensé cela possible avant de l'avoir vu de ses propres yeux. Elle ne se pensait pas si naïve, pourtant.

Pour couronner le tout, les ninjas qui l'avaient capturé la toisaient d'un air goguenard, se moquant d'elle ouvertement. Ils se foutaient de sa gueule. Plus que tout au monde, elle détestait qu'on lui manque de respect, surtout de cette manière. Elle craignait l'humiliation bien plus que la mort, plus que la douleur, plus que tout autre chose. Si elle avait eu son sharingan, elle aurait prit un malin plaisir à torturer ces salauds. Mais puisque qu'elle ne l'avait pas et qu'elle était attachée, elle se contenta de se jurer que, quoi qu'il arrive, tant qu'il lui resterait un souffle de vie…

Elle se vengerait.

oOo

Takibi en avait eu marre.

Marre de ces discussions interminables auxquelles elle ne comprenait rien, marre de tant de tergiversions inutiles, marre d'attendre qu'Hagane ne daigne se libérer toute seule. Bon sang, Shun l'avait tellement tanné avec sa jumelle chérie qu'elle s'était mise à la haïr encore plus qu'auparavant ! Et maintenant qu'elle était enfin à portée de main, il restait planté là comme un idiot, à ne rien faire. Pas que ça la surprenne vraiment, de toute façon. Lorsqu'il agissait comme ça, Naruto disait qu'il était prudent et réfléchit, mais elle avait toujours trouvé qu'il était simplement trouillard. Il tournait en rond devant la solution pendant des heures et des heures, sans jamais se décider à agir. Trop marre.

Takibi jubilait.

Après avoir mit son plan au point, elle avait réussi à embobiner l'autre chieuse pour qu'elle se fasse capturer à sa place. Pendant cette diversion de premier choix, Takibi n'aurait eu qu'à se glisser à l'intérieur de Konoha, repérer où était Hagane, et revenir vite fait auprès de Shun pour le lui révéler. Tout en annonçant tragiquement que Kaede, imprudente, s'était faite capturée à son tour. De toute façon, elle méritait bien un petit tour dans la gueule du loup pour avoir osé fouiller dans ses affaires. Shun l'avait prévenue de ne pas le faire, elle ne pouvait donc s'en prendre qu'à elle-même. Takibi était tellement satisfaite d'avoir réussi à tromper la petite pimbêche que même l'idée de devoir subir la proximité d'autres humains ne l'angoissait plus vraiment. Enfin, plus autant. Presque.

Takibi était furieuse. Vraiment furax.

Elle s'était faite avoir à son propre jeu, et elle allait être obligée d'attendre que Shun vienne la sortir de ce pétrin. Elle qui refusait sans cesse qu'on l'aide, peu importe la raison, c'était le comble. Et elle n'avait pas d'autre choix que d'admettre qu'il avait eu raison de patienter, qu'elle s'était plantée et qu'elle aurait mieux fait de l'écouter. Si elle avait le malheur de s'en sortir et de revoir son frère, elle allait en entendre parler pendant des années. Bon sang, elle détestait avoir tort !

Mais pour être honnête, ce qui la mettait vraiment hors d'elle, plus encore que son échec, c'était surtout l'identité de ses ravisseurs. Ces foutus ninjas qu'elle connaissait déjà, et qui n'avaient même pas pris la peine d'oublier son visage. Pas qu'elle ait encore rencontré qui que ce soit capable d'oublier sa face de renard, mais bon…

Se faire prendre deux fois par les mêmes personnes, c'était trop. Définitivement trop.

oOo

à suivre…