Comme promis, je suis de retour. (encore heureux). Bon, après les petites tensions que diriez-vous d'un chapitre explicatif ? Et oui, il faut passer par là, car l'histoire doit tenir debout (au moins faire semblant) et cela apaiserait un peu les esprits torturés par ces nombreuses énigmes. Donc voici ma version de l'histoire des Templier (avec une touche doctoresque évidemment). Bonne lecture !

Révélations.

Les poignets fermement attachés derrière le dos, Le Docteur et Kate Wilson marchaient côte à côte, encadrés par la petite escorte de chevaliers masqués. Le soleil pointait à l'horizon, un coq se mit à hurler de plus belle à leur passage, réveillant ainsi l'ensemble du quartier. Déjà quelques marchands de vin et autres paysans arpentaient les rues pavées longeant les canaux, prêts pour cette nouvelle journée de labeur et de fête.

- Sans vouloir paraître désobligeante et extrêmement curieuse… pourriez-vous s'il vous plaît m'expliquer ce qu'il nous arrive ? s'enquit Kate qui n'appréciait guère être menottée sans raison valable –sauf peut-être s'il s'agissait d'un inconnu extrêmement sexy et entreprenant… hum… hum-.

Le Docteur plissa le front et lâcha un bruyant soupir, ne sachant par où commencer.

- Par le début, c'est toujours plus simple, conseilla l'autre.

- C'est compliqué.

- Je ne suis pas stupide pour autant.

- Très compliqué…

- Si vous continuez à tourner autour du pot, je vous jure que je vous noie !

(Elle ne croyait pas si bien dire…)

- On conclut un marché, avança alors le Gallifréen avec un sourire malicieux.

Kate fronça les sourcils, méfiante, s'interrogeant sur ses soudaines motivations. Que pouvait-il bien avoir derrière la tête pour lui soumettre une proposition telle que celle-ci ? En règle générale, il imposait ses conditions sans demander l'avis à quiconque. Qu'avait-elle en sa possession qu'il ne pouvait obtenir d'un claquement de doigts ? Aucune idée ! Elle devait craindre le pire… -surtout avec lui-. Toutefois, ne supportant plus de patauger dans l'ignorance, elle se résolut à négocier :

- Dites toujours.

- Je raconte mon histoire, et vous faîtes de même en ce qui concerne votre peur de l'eau.

Elle réfléchit quelques secondes, surprise en réalité qu'il se montre aussi curieux. Que cachait-il réellement ? Quel intérêt lui trouvait-il ? Elle tâcha de lire au travers de son masque –masque qu'il n'avait retiré depuis le début de cette aventure, tout comme elle- mais ne distingua rien d'autre que le pétillement habituel de ses yeux malicieux. Après tout… pourquoi pas ? Que risquait-elle à lui révéler ce triste évènement ? Rien, si ce n'est une petite larme de compassion de sa part à la fin du récit…

- D'accord, conclut-elle avec détermination. A vous de commencer.

Le Docteur jeta un rapide coup d'œil aux hommes qui les accompagnaient et qui marchaient d'un pas coordonné dans une direction définitivement inconnue, puis se décida enfin à parler -malgré les quelques oreilles indiscrètes qui traînaient ci et là partout autour d'eux-.

- Il y a environ trois cent ans de cela, je m'amusais à bidouiller des choses, à inventer des concepts totalement nouveau pour Gallifrey et… et j'ai créé la Clé du Temps : ma plus belle invention sans vouloir me vanter.

- En quoi cela consiste-t-il ?

- Eh bien c'est un petit appareil fantaisiste de cette taille là…

Il écarta l'index et le pouce d'environ cinq centimètres puis haussa les épaules pour enchaîner avec un sourire nostalgique :

- Une petite babiole qui tient dans la paume de la main, mais qui est capable de grandes choses ! Vraiment incroyable !

- C'est-à-dire ?

- Ralentir le temps, voir même le stopper ! Tout devient immobile autour de vous, tout s'arrête tandis que vous bougez comme si de rien n'était, dans un monde fixe où les secondes deviennent des heures !

- Ah oui, comme dans le jeu Prince of Persia.

- Quoi ? s'éberlua l'autre pris de court par la remarque quelque peu hors sujet.

- Bah oui, c'est un des pouvoirs de la Dague du Temps : ralentir les évènements, voir même les stopper. Je l'utilisais souvent pour éviter les pièges et pour les concours de vitesse, même si je détestais perdre mes sables… Question d'économie.

Le Docteur haussa un sourcil, quelque peu déstabilisé. Kate Wilson comparait sa merveille brillantissime à un jeu vidéo ? Mais de quelle planète était-elle originaire ?

- C'est un super jeu, renchérit-elle mal à l'aise devant sa mine déconfite.

- Ah…

- Ca me fait penser à un truc.

- Lequel ?

- Lui non plus n'a pas de nom. C'est juste : le Prince.

- Eh bien en ce qui me concerne c'est juste le Docteur.

- Mais bien sûr Tom… à moins que ce ne soit Jerry ?

Le Gallifréen leva les yeux au ciel, maudissant l'instant fatidique où il lui avait proposé de monter à bord du Tardis –ainsi que celui où il l'avait guéri de son bégayement d'un baiser un peu fougueux-.

- Bon, vous me racontez la suite de l'histoire, où il faut que je la devine ? lâcha-t-elle un peu lasse par cette longue marche à travers Venise.

Voilà près de deux heures qu'ils n'avaient fait de halte. Le chef des Templiers les suivait non loin de là, l'épée en main, prêt à bondir sur Kate au moindre geste suspect de la part du Gallifréen.

- Un jour, alors que je visitais Jérusalem en 1091, je me la suis faite volée.

- Par qui ?

- Des Agents du Temps. Enfin… à dire vrai, ce n'étaient que des ex-Agents du Temps. Des mercenaires qui avaient quitté l'organisation et travaillaient à leur compte… souvent pour s'enrichir. Je suis parvenu à retrouver la Clé en l'an 1291, au moment où les Sarrasins envahissaient la ville Sainte.

- C'est pour cette raison que vous l'avez détruite ?

- C'est pour cette raison que mon peuple m'a donné l'ordre de la détruire.

- Je vois.

- Sauf qu'il ne l'a pas fait, nota alors le chef des Templier dans leur dos.

Les deux compagnons se retournèrent simultanément vers leur interlocuteur. Ce dernier s'avança à leur hauteur, tout fier qu'il était d'avoir sous ses ordres l'invulnérable Docteur et sa compagne de pacotille. Il les toisa l'un et l'autre d'un regard hautain et enchaîna d'un ton tout aussi méprisant :

- Il s'est envolé dans son Tardis et a disparu à Venise en 1650, avant de quitter la ville complètement amnésique, ce qui lui permettait alors de croire qu'il l'avait détruite. Mais tout le monde sait à quel point il est difficile de réduire en cendre quelque chose qu'on a mis près de deux cents ans à réaliser. C'est comme tuer une partie de soi-même. Même lui n'a pas réussi à le faire…

Le Docteur serra les mâchoires et dû admettre que leur agresseur avait sans doute raison. Il s'était peut-être infligé une amnésie grâce au Tardis, mais il se connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il aurait longuement hésité avant de briser le fruit de son intelligence, sa Clé du Temps. Oui, il était fort probable qu'il ait préféré la dissimuler quelque part plutôt que d'obéir à son peuple et de la jeter aux oubliettes.

Toutefois, quelque chose clochait, quelque chose de très grave : comment un Templier, un homme tout simple à première vue -si ce n'est le masque et l'armure- pouvait-il être au courant de cette histoire ? Question plus pertinente encore : comment pouvait-il savoir qu'après avoir récupéré le précieux objet en l'an 1291, le Docteur avait pris la direction de Venise en 1650 ?

- Mais bien sûr ! s'écria-t-il alors, illuminé d'une toute nouvelle réflexion.

Il dévisagea les Templiers, les neufs Templiers Masqués, un sourire aux lèvres, et remarqua joyeusement, les poings sur les hanches :

- Et vous nous aviez cachés cela !

- Quoi ? demanda Kate un tantinet perdue.

- Ce sont des Templiers ! répéta-t-il comme un aliéné.

- Ca, je crois qu'on l'avait tous compris…

- Non, non, non, non, non ! Vous ne comprenez rien ! Des Temp…lier.

Elle le dévisagea bouche bée, sans saisir le sens de ses paroles. Voilà que le cerveau du pauvre Docteur avait atteint le seuil critique de la folie. Elle qui espérait rentrer chez elle se retrouva bien vite sans espoir.

- Roh, vous ne faîtes vraiment pas d'effort ! continua-t-il tout jovial d'avoir enfin découvert leur secret –un secret qui ferait parler de lui jusqu'au XXIème siècle-.

- Des Temp…lier, reprit-il plus sérieusement. Des Chevaliers du Temps.

La jeune femme l'observa sans mot dire, tâchant de ne pas considérer qu'il était par moment complètement stupide.

- Non. Ils avaient leur base dans le Temple de Salomon, c'est la raison pour laquelle on les nommait les Templiers, expliqua-t-elle posément. Tout le monde sait ça !

- Tout le monde croit ça ! Nuance.

- C'est vrai que votre rapprochement « Templier / Chevalier du Temps » est beaucoup plus logique ! ironisa-t-elle mauvaise. Faut vraiment avoir l'esprit tordu !

- Et pourtant c'est exact ! intervint alors le chef des Templiers. Nous sommes les ex-Agents du Temps…

- Vous voulez dire les mercenaires qui ont volé ma Clé en 1091 ? Oui bien sûr ! C'est la raison pour laquelle ils sont devenus si célèbres par la suite ! Ils pouvaient aisément repousser les invasions ennemies et défendre Jérusalem : ils leur suffisaient d'arrêter le Temps ! Protéger les pèlerins à l'intérieur de la Terre Sainte devenait un jeu d'enfant ! Dès qu'une embuscade des sarrasins pointait le bout de son nez, ils stoppaient le déroulement des évènements, profitaient de leur avantage de rapidité face aux envahisseurs et les réduisaient en pièce sans que ces derniers ne remarquent quoi que ce soit !

- On l'utilisait également pour s'introduire dans la chambre du roi, celle du pape, et voler ainsi la moitié de leurs richesses…

- Cela explique pourquoi vous êtes devenus riches et populaires en si peu de temps, et aussi pourquoi les Templiers avaient une avancée technologique que ne possédaient pas les autres civilisations. C'est vous qui en étiez à l'origine !

- Vous êtes moins stupide que ce qu'il n'y paraît ! ricana l'autre homme.

- Toutefois une question reste en suspens…, nota le Docteur sans tenir compte de la remarque désobligeante. Pourquoi avoir choisi cette période ?

- Nous ne l'avons pas choisie, grogna le Templier. Lorsque nous avons quitté l'Agence, nous avons pris soin d'emporter avec nous quelques téléporteurs temporels. Toutefois, nous nous sommes rendus compte qu'en possession de la Clé, nos appareils étaient hors d'usage.

- Conflits de deux variantes temporelles, surcharge de particules sub-universelles dans un même espace-temps… oui c'est tout à fait normal ! expliqua le Gallifréen avec un sourire vengeur.

- Nous étions cependant capable d'effectuer des bonds de trois ou quatre ans tous les mois.

- Ce qui explique que vous n'ayez pas vieilli en deux cent ans… du moins pas beaucoup. Grâce à vos exploits et à votre richesse grandissante, vous avez créé votre Ordre de Moine Chevaliers, embauchant des fidèles et des nobles au savoir primaire qui se baisaient dans le Temple du Roi Salomon. Puis, comme dans une entreprise du XXIè siècle, vous avez laissé tourner la machine toute seule pendant quatre ans, avant de réapparaître sans une ride. Voilà pourquoi les Templiers étaient considérés comme hérétiques et alchimistes ! Des bonds de trois ans dans le futur à un rythme mensuel… il vous a fallu moins de 5 ans pour atteindre la date de 1291 !

- Date à laquelle vous nous avez volés la Clé du Temps !

- Exact ! J'ai volé les voleurs… Je ne crois pas que cela soit un crime punissable pas la Proclamation des Ombres ! En revanche, utiliser une technologie temporelle pour s'approprier les richesses d'un peuple primaire, voilà qui ne leur plaira guère…

- Nous aurions continué en toute impunité si vous n'étiez pas intervenu ! Mais il a fallu que le grand Docteur débarque le jour où Saladin 1er et ses sbires lançaient leur plus grande offensive ! Nous aurions pu les stopper sans aucun problème si nous avions eu la Clé du Temps. Au lieu de cela, Jérusalem est tombée aux mains de l'ennemi et nous en avons été chassés.

- Donc si je comprends bien, récapitula le Gallifréen quelque peu soufflé par cette révélation, c'est par ma faute que les chrétiens ont perdu possession de la Terre Sainte ?

- Evidemment !

Voilà qui laissait songeur. Certes, le Docteur était souvent intervenu dans l'Histoire des Terriens -toujours contre son gré d'ailleurs- mais jamais il n'aurait imaginé entraîner un évènement pareil ! Toute une civilisation de chevaliers, de religieux, de guerriers, d'artisans, contraints de retourner en Europe à cause de lui et de sa maudite Clé !

- Mais comment saviez-vous qu'il avait quitté cette époque pour Venise en 1650 ? s'étonna Kate devant de telles révélations.

- Nous possédons un traceur spatio-temporel et savons qu'il a atterri aux environs du Carnaval. N'étant plus en possession de la Clé, nous nous sommes téléportés plus facilement ici et zonons depuis plus d'une semaine à sa recherche.

- Sauf que vous n'êtes pas tombés sur le bon Docteur. Du moins pas celui de la bonne époque.

- Ce n'est pas grave, on s'en doutait de toute évidence. Mais nos espions nous ont confirmé qu'il s'agissait pourtant bien du même homme. D'après nos scanners, vous êtes âgés de neuf cents ans… L'homme que nous avons connu n'en avait que six cent. Cependant ce n'est pas un problème. Je suis sûr que vous recouvrez vite la mémoire… si l'on vous y aide un peu.

- Vos espions ? répéta la jeune Wilson abasourdie.

- Antonio dans sa barque et l'homme du bar, compléta le Gallifréen. Ils portaient l'insigne des Templiers à l'annuaire.

Kate jeta un coup d'œil autour d'elle, cherchant vainement du regard les deux hommes masqués qui n'avaient eu de honte à les dénoncer. Ils enjambèrent le Pont des Soupirs et parvinrent à un bâtiment délabré, une prison au vu des barreaux et des chaînes qui pendaient aux fenêtres.

- La Prison des Puits, rectifia le Docteur peu désireux d'en faire la visite.

- Cette petite bastille a brûlé une semaine auparavant, emportant dans l'incendie tous ses fous et prisonniers, expliqua alors le Templier.

- Vous voulez dire des hommes et des femmes que l'on massacrait jour et nuit à coup de fouet…

- Peu importe. Entrez. Une cellule vous attend.