puisqu'apparemment cette histoire a des lecteurs, je dois avouer être un peu perplexe devant leur manque de réaction. Est-ce que cette fiction ne plaît pas? Dois-je réellement continuer à poster?
Chapitre XII
Charlie se réveilla en sursaut, le cœur battant la chamade, le visage baigné de larmes.
- Charlie, qu'est-ce qui t'arrive ?
A ses côtés, Amita venait de se dresser, réveillée à son tour par le mouvement de son compagnon.
- Mais Charlie, tu pleures ?
Il lui jeta un regard éperdu.
- Don !
- Quoi Don ? Il dort à côté Charlie ! Qu'est-ce que tu as ?
Il passa une main tremblante sur son visage, essuyant ses larmes.
- Oh mon Dieu ! C'était encore un cauchemar ! J'ai cru que… Attends une seconde, je reviens.
Il ne pouvait pas se satisfaire du fait d'être là, dans la quiétude de sa chambre. Il devait en avoir le cœur net.
- Charlie, tu vas le réveiller !
- Mais non, ne t'inquiète pas ! .
Les pieds nus, il s'engagea dans le couloir qui menait à la chambre de son frère et il ouvrit précautionneusement la porte. Dans le rayon de lumière qui venait du palonnier du couloir, il put voir la silhouette endormie de son frère et entendre son souffle régulier, rassurant. Comme conscient d'être observé, Don s'agita soudain, se retourna dans son sommeil et Charlie s'empressa de refermer la porte pour ne pas interrompre ce repos dont il avait tellement besoin. En se retournant, il s'aperçut qu'Amita se tenait derrière lui, le visage inquiet.
- Tu te sens bien ?
- Oui, oui, ne t'inquiète pas. Je suis désolé de t'avoir réveillée : j'ai encore fait un horrible cauchemar.
- Quoi ? Tu as encore rêvé que ton frère se faisait tuer ?
- Oui. Et ça avait l'air si réel ! Nous venions l'annoncer à mon père. C'était affreux !
- Mon pauvre chéri, je veux bien le croire. Mais ton frère va bien.
- Oui…
Il avait l'air si peu convaincu qu'Amita s'inquiéta.
- Qu'est-ce qu'il y a Charlie ?
- Comment se fait-il que je puisse faire, deux nuits de suite, un tel cauchemar ? Et si c'était un signe ?
- Un signe de quoi chéri ?
- Mais, que mon frère court un danger sur cette affaire. Je devrais peut-être arrêter de l'aider…
- Charlie, attends… Viens, on ne va pas rester là.
La jeune femme entraîna son amant dans la chambre et l'obligea à passer ses chaussons et son peignoir puis ils descendirent ensemble à la cuisine. Là, sûrs de ne réveiller ni Alan, ni Don, ils purent se parler à cœur ouvert.
Charlie était réellement bouleversé par ce second cauchemar, encore plus impressionnant que le premier : il lui semblait sentir encore la vie s'échapper du corps inerte de son frère, entendre son souffle qui s'affaiblissait jusqu'à s'éteindre. Cette vison allait le hanter pendant longtemps !
Et il ne pouvait s'empêcher de s'interroger sur la signification de deux cauchemars si semblables en si peu de temps : quelles étaient les probabilités que cela arrive ? Lui si hermétique à tout ce qui était du domaine du paranormal se mettait tout à coup à envisager la possibilité de la réalité de prémonitions, même si toute sa formation de scientifique se rebellait contre cette hypothèse. La peur panique de perdre son frère lui faisait perdre de vue toute logique.
Par sa douceur et sa patience, Amita parvint à lui démontrer qu'il ne s'agissait que de coïncidences. Les cauchemars étaient vraisemblablement provoqués par la tension à laquelle était soumis Charlie, tellement désireux de permettre à Don de mettre enfin un terme à l'épopée sanglante de ce gang dangereux. Et étant donné les antécédents des malfaiteurs qu'ils traquaient, il n'était pas surprenant qu'il puisse envisager que son frère se trouve en danger, le plus angoissant d'entre eux étant bien évidemment la possibilité qu'il soit tué lors d'une intervention.
Tout cela n'était que le fruit de son imagination exacerbée et de son affection immense pour son grand frère : rien n'était écrit, rien n'était prévisible. Et il fallait laisser aux rêves, si merveilleux ou pénibles fussent-ils, la place qui leur convenait : désirs inconscients, angoisses refoulées, questions latentes, ils n'étaient que la réaction chimique d'un cerveau qui se débarrassait, par leur intermédiaire, de son surplus d'énergie, de tout ce qui risquait d'encombrer les connexions nerveuses et d'entraver le raisonnement conscient. Bref, ils étaient éminemment nécessaires mais n'avaient en aucun cas de réalité tangible.
- Tu devrais m'expliquer les choses plus souvent, sourit le mathématicien, soulagé par les arguments scientifiques de sa fiancée. Je viens de comprendre pourquoi je t'aime !
- Tu viens seulement de le comprendre ! Et bien il t'aura fallu du temps ! Je ne suis pas sûre que je vais te pardonner cette petite phrase.
- Je plaisantais Amita.
- Mais moi aussi mon amour.
Un baiser fougueux vint mettre terme à cette joute pour rire qui levait les dernières angoisses de Charlie. Les deux amoureux prolongèrent le baiser jusqu'au moment où le désir les submergea. Ils retournèrent dans leur chambre, enlacés et leurs mains fiévreuses s'insinuèrent sous les vêtements de nuit qui ne résistèrent pas longtemps à l'assaut des doigts impatients.
Ils tombèrent sur le lit, enchevêtrés, n'écoutant que le désir qui faisait battre leur cœur à l'unisson, chacun explorant le corps de l'autre des mains et de la bouche avec une avidité sans cesse renouvelée. Amita gémit lorsque Charlie la pénétra puis elle répondit avec ardeur à sa fougue et, lorsque le va et vient s'intensifia et qu'elle le sentit sur le point d'arriver au but, elle s'arc-bouta pour lui permettre de s'enfoncer encore plus loin dans son intimité. Ils poussèrent un cri d'extase au même moment, s'émerveillant, comme à chaque fois, de ce synchronisme dans le plaisir qu'ils avait depuis leur première étreinte.
Alors qu'ils se reposaient, enlacés, Amita demanda, un peu gênée :
- Tu crois que Don nous a entendus ?
- Et alors ? Quand bien même ?
- Ce serait tout de même un peu gênant.
- Professeur Ramanujan : je vais vous faire une révélation…
- Laquelle professeur Eppes ?
- Et bien, mon grand frère n'a peut-être rien d'un scientifique, mais je pense qu'il a tout de même su déduire que lorsque tu couchais ici, nous ne nous contentions pas d'aligner des équations !
- Tu crois ?
- J'en suis sûr. D'autant qu'il sait très bien que…
- Que quoi ?
- Que je suis totalement fou de tes petits yeux, de ton petit nez, de tes petits seins…
Et Charlie se mit à déposer des petits baisers sur les parties du corps qu'il nommait, rallumant le désir entre eux. Ils firent une nouvelle fois l'amour et Amita s'endormit, comblée et épuisée. Charlie, quant à lui, n'avait nullement sommeil. L'amour avait toujours eu sur lui une action énergisante et il se sentait en pleine possession de ses moyens.
Finalement, ce cauchemar avait eu du bon : outre qu'il lui avait permis un moment de plaisir intense, il allait maintenant contribuer à lui permettre d'avancer dans ses recherches puisque, décidément, le sommeil le fuyant, le mathématicien décida qu'il était inutile qu'il s'obstine à tenter de se rendormir. Il était quatre heures du matin et, puisqu'il était censé se lever deux heures plus tard, autant les rendre productives.
Il sortit donc du lit en catimini, chercha ses vêtements à tâtons, pour ne pas risquer d'éveiller sa compagne et gagna la salle de bain où une bonne douche finit de lui rendre toute sa lucidité. Après s'être préparé une tasse de café, il se rendit dans le garage où des documents relatifs aux attaques de banques étaient étalés sur le bureau ou épinglés sur les tableaux de liège. Charlie les regarda fixement, se demandant l'espace d'un instant, s'il devait réellement continuer de progresser vers ce qui pouvait être un désastre s'il en croyait ses deux cauchemars successifs.
Puis il haussa les épaules, se moquant de lui-même. Toute sa formation de scientifique reprenant le dessus, il s'absorba dans l'étude des éléments qu'il avait récoltés au cours de la journée écoulée et, après un moment de réflexion, sa main se mit à courir sur le tableau, comme déconnectée du reste de son corps, prolongement indissociable de son cerveau.
