12. La Lumière au bout du couloir

Elizabeth était assise dans la petite pièce, adjacente à son bureau. Elle était juste là, assise sur une couchette, son dos appuyé contre le mur, dans un endroit où personne ne viendrait la chercher. Elle avait besoin d'être seule, elle avait besoin de respirer un peu, et de comprendre... Oui, il fallait qu'elle comprenne. Elle avait rencontré chacun des membres de l'expédition, elle leur avait tous parlé un par un avant le grand départ, et elle s'était aussi entretenue avec les arrivants du Daedalus. Elle connaissait ces hommes et ces femmes. Comment l'un d'entre eux pouvait être capable de telles horreurs ? Jamais elle n'aurait pu soupçonner une chose pareille, cette situation la dépassait tellement... Elle se sentait coupable, tellement coupable... Elle aurait dû le voir venir, elle aurait dû savoir que l'une de ces personnes allait passer à l'acte... Il y avait dû avoir quelque chose, un évènement entraînant le déclic, elle aurait dû le savoir, elle aurait dû le sentir... Pourquoi n'avait-elle pas prévu cela ? Pourquoi ne pouvait-elle pas trouver la solution à ce problème, pourquoi est-ce que ça ne s'arrêtait pas, pourquoi... Pourquoi est-ce qu'elle avait si peur ? Parce qu'elle risquait sa vie ou parce que ses hommes risquaient leurs vies ? Ou peut-être parce que Rodney figurait sur la liste de ceux qui viendraient à disparaître sans qu'elle ne puisse rien faire... Non, non, non, il ne fallait pas qu'elle pense à ça ! Ils allaient trouver une solution, et Rodney... Rodney s'en tirerait sans aucun problème ! Il le fallait...

Il le fallait car s'il lui arrivait quelque chose, jamais elle ne pourrait se le pardonner.

Plongée dans ses pensées, elle n'entendit pas la porte s'ouvrir. Elle se rendit compte que quelqu'un était présent seulement quand une ombre se plaça entre elle et la lumière du jour. Elle releva la tête vers son visiteur dans un sursaut et se tint sur ses gardes :

« Hey, ce n'est que moi. »

Elle ferma les yeux et dit doucement dans un soupir :

« Rodney... »

Il prit une chaise et s'assit près d'elle :

« Est-ce que ça va ? »

« On fait aller... Et toi ? »

Rodney se surprit à trouver ce tutoiement de nouveau agréable. Il avait décidé de forger un mur entre eux depuis leur rupture, et de n'entretenir avec elle qu'une relation professionnelle. Il ne lui avait plus adressé la parole que pour parler boulot, et elle en faisait autant. Pourtant il avait eu besoin de venir la voir... Il savait qu'elle se sentait coupable et impuissante, il la connaissait par cœur. Et lui aussi, il se sentait coupable. Il avait ressenti le besoin de la voir, de passer un peu de temps avec elle, histoire de... De la revoir, tout simplement. Elle lui manquait tellement, ça lui foutait la trouille.

Un frisson lui avait parcouru la colonne vertébrale quand il était entré dans la pièce. La dernière fois qu'il y était venu, c'était à son retour de Meltak. C'est à ce moment là qu'il avait compris. Compris tout ce qu'il ressentait pour elle.

« Je vais bien. »

Il laissa passer un silence, puis commença :

« J'ai… J'ai bien réfléchi à la situation, et je crois que j'ai peut-être une solution. »

« Vraiment ? »

« Oui. D'après moi il… Enfin, ce type a essayé de me tuer une première fois, et à mon avis s'il avait réussi, rien de tout ça ne se serait passé. »

« Ne dis pas n'importe quoi ! On n'a aucune idée de ce qui se serait passé ! »

« C'est parce qu'il n'a pas réussi à m'avoir qu'il a tué Kain, et Eagles, et peut-être qu'il en tuera d'autres, alors je me dis que… »

« Non. C'est hors de question. » le coupa-t-elle.

« Bon sang, Elizabeth c'est la seule solution pour mettre un terme à tout ça ! »

« Tu plaisantes ? Qu'est-ce qui nous dit que s'il arrive à te tuer tout s'arrêtera ? »

« On se doit d'essayer ! C'est la seule alternative ! »

« J'ai dis non, est-ce que c'est clair ? »

« Dis-moi laquelle des deux refuse cette idée : la femme qui dirige cette Cité ou celle avec qui j'ai couché ! »

A peine eut-il terminé sa phrase que la main d'Elizabeth s'abattit violemment sur sa joue.

« Je te défends de dire ça. »

Sur ces mots elle quitta la pièce, le laissant seul. Elle quitta la pièce, triste et en colère, sachant qu'il avait raison…

...oo0oo...

Son agresseur le maintenait fermement contre lui et il pouvait sentir la lame du couteau sous sa gorge ; son bras était tordu dans son dos, un instant de plus et il pourrait le lui briser. Il avait eu beau se battre, l'autre avait encore gagné.

C'est avec un sourire que Ronon relâcha sa proie, qui tomba à terre.

« C'était pas trop mal, mais vous avez encore besoin d'entraînement, McKallan. »

Michael sourit et répondit : « C'est une manière subtile de me dire que j'étais lamentable ! »

« Et encore, cette fois-ci je vous ai ménagé ! »

Il se dirigea vers un des bancs, déposa ce qui leur servait d'arme blanche pour l'entraînement, et se mit une serviette autour du cou. Ca faisait quelques temps maintenant que Sheppard lui avait demandé d'entraîner ses hommes de temps en temps ; il gagnait toujours, certes, mais ça n'en n'était pas moins divertissant.

« Bon, j'abandonne, je suis à bout de forces ! Bonne nuit Ronon ! »

L'intéressé sourit une nouvelle fois. Il était dix heures du matin, et McKallan partait enfin se coucher. Il avait été debout une bonne partie de la nuit, et avait enchaîné avec ce petit combat. Il devait bien avouer qu'un peu de repos de serait pas de refus, surtout avec tout ce qu'il se passait ces derniers temps. Il se dirigea vers le téléporteur, et appuya sur la zone où se situaient ses quartiers.

Mais quand les portes se rouvrirent, tout était sombre. Les lumières étaient éteintes, il n'était visiblement pas au bon endroit. Il se tourna à nouveau vers l'écran, et appuya sur la carte, mais rien ne se produisit ; il eu beau réessayer, le téléporteur ne fonctionnait pas. Il soupira. La technologie des Anciens tombait en panne tout les sept cents ans, et il avait fallu que ça tombe sur lui. Malgré ce qu'il avait prévu, les lumières ne s'allumèrent toujours pas lorsqu'il pénétra dans le couloir. Il s'appuya contre le mur, et ferma les yeux : il se doutait que c'était peine perdue, mais il tenta pourtant de faire s'allumer les lumières grâce au gène des Anciens. Il avait entendu dire qu'avec le gène des Anciens, on pouvait vraiment tout contrôler, alors autant tenter le coup.

Quand il se rendit compte que ça ne menait à rien, il continua son chemin dans le couloir. Il n'y voyait franchement pas clair, et en plus de ça il n'avait aucune idée de l'endroit où il était. Et c'est là qu'il y pensa. Il dirigea sa main vers son oreillette, et tenta de contacter Dex. Il changea de fréquence, mais à chaque contact radio qu'il essayait d'établir avec qui que ce soit, il ne recevait rien. Sûrement des interférences radios. Et bien sûr, il fallait que ça lui arrive à lui...

« Et merde... »

Il allait se remettre en route, quand il entendit un léger bruit derrière lui.

« Hé oh ? Y'a quelqu'un ? » hasarda-t-il.

Il ne reçu aucune réponse, mais alors qu'il s'apprêtait à continuer son chemin, il entendit à nouveau un bruit de pas derrière lui.

« Hé oh ! Je suis là, est-ce qu'il y a quelqu'un ! »

Quelques secondes plus tard, quelqu'un apparut au bout du couloir. Mais avec l'obscurité qui régnait, Michael ne put distinguer qui.

« Ha bah quand même ! Vous auriez pu répondre ! » fit-il en s'avança vers l'autre. « Je me suis totalement pommé, je crois que le téléporteur est grillé, alors si vous savez où on est ça m'arrangerait de... »

Il s'interrompit quand l'homme, d'après sa stature, alluma une lampe en la dirigeant vers lui. Ebloui, il se mit une main devant les yeux, attendant que l'autre lui éclaire le chemin. Mais après un instant, McKallan eut alors l'impression que celui-ci faisait exprès de lui braquer la lumière dans les yeux. Il se mit à protester, une main toujours devant les yeux, mais celui qui lui faisait face avançait en l'aveuglant.

Et c'est là qu'il comprit. Il tâcha de reculer, mais il faillit perdre l'équilibre, et c'est à ce moment là qu'il se dit que prendre ses jambes à son cou ne serait pas une mauvaise idée.

Il se mit alors à courir. Courir. Il courait le plus vite possible, sachant qu'il n'avait aucune chance. Il le savait, parce que les autres n'avaient pas survécu. Alors pourquoi lui ?

Michael courrait. Et derrière lui, il entendait son futur meurtrier. Au début, il riait. Quand il s'était mis à courir, l'autre avait ri. Et maintenant... Maintenant il sifflotait. Il le suivait de loin, il marchait tranquillement en sifflotant. Michael savait qu'il n'avait aucune chance, sinon ce type ne prendrait pas son temps. Il retenta de faire fonctionner sa radio, mais il n'avait aucune chance, il le savait... Il voulait continuer de courir, même s'il était épuisé. Il continuait de courir, même s'il n'avait plus aucune chance. Il le savait.

Le couloir lui semblait sans fin, il n'y avait aucune porte sur les côtés, aucun endroit où il aurait pu entrer et peut-être trouver de quoi se défendre. Au bout du couloir, il y avait une porte. L'endroit était faiblement éclairé, mais éclairé quand même. Il voulut ouvrir la porte, mais rien n'y fit. Elle était bloquée. Il essaya de l'ouvrir avec son gène, mais Michael savait. Michael n'avait plus aucune chance, il le savait.

Ce couloir, c'était le couloir qui le mènerait à la mort. Il le savait.

Un couloir sombre, avec au bout la lumière.

La Mort l'attendait.

Il le savait.