Dernières embrassades sur scène.

« C'est ainsi que s'était achevé le spectacle. Le méchant avait été démasqué. Les amants ont pu s'enfuir très loin, et s'aimer enfin au grand jour. Et la justice avait été ramenée. Certes, les amants avaient eu recours à des alliés peu fréquentables… »

NEW YORK TIMES, Journal du 1er Mars 1939.

LIGHT STRIPES SHUT DOWN

"C'est aux alentours de seize heures que le capitaine Hayate a procédé à l'arrestation de Madara Uchiwa, figure incontournable du rêve américain. Descendu par la brigade de police face à un refus de coopérer, le corps de Madara Uchiwa a été réquisitionné par les forces de l'ordre. Riche propriétaire de plusieurs cabarets, dont le plus remarquable reste Light Stripes en plein cœur de Manhattan, Madara s'est retrouvé mêlé à une sombre affaire. Après avoir reçu un appel anonyme au poste de police, les autorités ont tout d'abord cru à un canular. Par mesure de sécurité et face aux troublants détails concernant la personne de Deidara, employé et artiste de talent au sein du cabaret, deux agents se sont rendus sur les lieux indiqués par l'étrange anonyme. Le corps, très bien conservé a été retrouvé lesté, sous la glace d'un étang, à Central Park. Il aura fallu le déterrer de sous une épaisse couche de terre. Un sac en plastique avait été retrouvé sur la berge, sur la neige. L'inconnu au téléphone avait précisé qu'il s'agissait de l'ADN du tueur, d'une mèche de ses cheveux, et de quelques photographies prises lors de la nuit du décès du jeune homme. Des preuves accablantes, multiples de la culpabilité de Madara alors fiché dans les dossiers de la police depuis une brève erreur judiciaire dont il avait été victime dans son adolescence. Le légiste a été formel. La cause de la mort par strangulation, et la présence de sperme retrouvé en Deidara confirment la voie d'un crime passionnel. Les mœurs de Madara ont toujours été plus ou moins connues. Sa femme, la très célèbre Naruko, fantasme invétéré de toute une génération n'a jamais eu de geste affectif envers son époux. Les rumeurs les plus folles font bon train. Son neveu, Itachi Uchiwa n'a souhaité s'exprimer au sujet de la mort de son oncle. La veuve et le jeune compositeur ont quitté le territoire américain dans l'espoir de rejoindre Londres. L'affaire du corps sous la glace alimente déjà les fantasmes des journalistes…Le cabaret Light Stripes, abandonné a été pillé, volé et le bureau de Madara brûlé. Face à de tels soulèvements, la police a placé le lieu sous scellée, et interdit tout accès aux civils. Le bâtiment devrait être détruit d'ici la semaine prochaine après une décision de la commune. »

La journaliste Ino Yamanaka n'avait jamais entendu parler de l'histoire du corps sous la glace à Central Park. On lui avait demandé de rendre l'affaire connue de tous, mais elle n'était pas très sûre de ce qu'elle faisait. C'était sa première affaire, et elle ignorait comment elle allait aborder le problème face à la femme du tueur en personne. Plusieurs enquêteurs new-yorkais avaient fait le voyage pour lui parler. Mais elle n'avait rien apporté à l'implacable jugement. Son mari était mort, et elle ne pouvait plus rien y faire. La luxueuse demeure dans laquelle s'était installée Naruko était dans un style anglais particulier. L'on sentait une empreinte venue d'ailleurs. Quelque chose d'américain sans doute. Ino s'était assise dans le petit salon, et un majordome lui avait demandé de patienter quelques minutes. Lorsque Naruko apparut, Ino eut des palpitations. C'était vraiment une très belle femme. La plus belle qu'elle avait jamais vue.

- Naruko-san, s'exclama-t-elle en se levant, bonjour. Je suis ravie de faire votre connaissance.

- Bonjour. Prendrez-vous un thé ?

Ino sourit timidement.

- Vous avez pris les habitudes britanniques.

Naruko lui rendit une expression radieuse.

- Les bonnes habitudes, il vaut mieux les adopter au plus vite. Asseyez-vous je vous en prie.

Ino regardait autour d'elle. Itachi n'était pas là, pourtant on lui avait bien dit qu'elle allait le rencontrer lui aussi. Elle accepta la tasse de thé.

- Faites attention c'est très chaud.

- Je ne veux pas vous déranger plus longtemps, je…J'aimerais commencer notre entretien.

- Je vois.

Naruko croisa les jambes. Elles étaient très lisses et belles. Elle portait une tenue grise cintrée et sa poitrine généreuse était légèrement visible. Charmante. Naruko était charmante.

- Merci, bafouilla Ino, et bien…

Elle fouilla dans son sac, en sortit une plume, et un encrier qu'elle déposa sur la table en verre à côté d'elle.

- Vous avez refait votre vie à ce que je vois, dit Ino, quelles sont vos relations avec Itachi ?

- Il est mon compositeur. Et mon compagnon de danse.

Naruko sourit.

- Votre carrière de chanteuse a pris un nouveau tournant ici en Angleterre. Devez-vous votre succès à Itachi ?

- Cela va de soi, c'est une évidence. Itachi est un artiste que voulez-vous…

Ino écrivait en vitesse. Après quelques secondes, elle fixa Naruko.

- Ici, l'affaire de votre défunt mari coupable du meurtre sous la glace de Central Park n'a pas été médiatisée. Comment avez-vous pu percer par vous-même alors que vous étiez la femme de Madara ?

Naruko posa sa tasse de thé.

- Ecoutez. Ino, c'est ça ?

La journaliste hocha la tête.

- Vous voudriez certainement tenir le scoop de l'année, c'est ça ? Par exemple, comment ai-je pu me sortir de l'influence de mon mari richissime pour finir dans les bras de son neveu ? Peut-être voulez-vous savoir quelques saletés, quelques zones d'ombre à mon sujet. Et, il y en a certainement de très sombres.

Ino Yamanaka était devenue blême. La voix de Naruko avait beau être particulièrement belle et agréable, elle la trouvait particulièrement effrayante à cet instant précis. Elle eut un mouvement de recul et ne dit rien. Naruko s'était légèrement rapprochée d'elle. Son cœur s'emballa.

« Si c'est ce que vous voulez… Alors je suis navré mais vous risquez de repartir les mains vides. »

Naruko se leva.

- Je pense que vous devriez finir votre thé.

Ino n'y avait pas touché.

- Je suis désolé, Naruko-San. Je ne voulais pas vous paraître… Je ne voulais pas vous paraître impolie…

- Tout va bien. Je ne peux tout simplement pas vous apporter de réponse claire.

Ino haussa les sourcils.

- Pour la simple et bonne raison que…

Naruko se retourna vers elle. Un sourire aux lèvres.

- Que ça me mènerait certainement en prison.

A cet instant précis, Ino Yamanaka l'aurait juré. Elle avait rêvé cet instant. Mais pourtant, elle avait très bien vu ce clin d'œil à son visage. Elle se figea.

Lorsqu'Ino Yamanaka quitta la résidence de Naruko et Itachi, elle ne se retourna pas. Elle pressa le pas, déchirant ses dossiers, avec l'idée en tête de prévenir son patron. Itachi et Naruko s'étaient absenté, et elle n'avait pas pu rencontrer ni l'un ni l'autre.

Note de fin de fiction : Enfin ! J'ai enfin terminé cette fiction interminable et terriblement longue. Non, vraiment. La fin m'a gavé. J'avais envie de faire mourir Madara parce qu'il est beaucoup trop classe pour simplement se faire embarquer, et qu'il devait bien lui aussi quitter la scène d'une manière spectaculaire. Je me suis inspiré de films des années 30 pour cette fiction, et c'est donc avec une ambiance de ce style que j'ai écrit cette histoire. Je suis désolé si ça n'a pas plu à tout le monde, il faut dire que c'est assez particulier… Peu de sexe, beaucoup de policier… J'espère que vous laisserez une review sincère. Je vais attaquer l'écriture de la dernière partie de Tokyo Undead III, probablement demain ou la semaine prochaine. Le scénario complet est clôturé, et j'en suis très fier. Enfin, je vous souhaite une belle et brave résistance face à ce froid polaire qui a envahi nos contrées ! Merci de me lire, bien à vous. Hirako.