Disclaimer : Honnêtement ? Je suis vraiment obligée de répondre ? Non, ils ne m'appartiennent pas... pour l'instant. Gnégnégné... *va manigancer dans un coin*

Couple : Harry/Derek

Warning : Slash (BoyxBoy), lemon, scènes de torture, meurtres, violence. Ce chapitre contiendra particulièrement des opinions divergentes sur la religion. Je ne critique en aucun cas les croyances et la foi des chrétiens, c'est uniquement pour la fic, rien de plus.

Note d'auteur : Salut tout le monde ! Je sais, ça fait un petit moment que nous ne nous sommes pas vus. Je suis actuellement en laboratoire pour une grande partie de mes journées, et si je n'y suis pas, je dois écrire les rapports de mes manipulations, alors j'ai mis un peu plus de temps pour écrire ce chapitre.

Je remercie toutes les personnes qui continuent à lire ma fic et à toutes celles qui nous rejoignent en l'ajoutant à leurs Alerts et Favoris ! Mon grand grand graaaand merci tout spécial en chocolat à Nana Egedan qui a profité de sa journée de congé pour nous corriger ce chapitre. Encore merci, je ne sais pas ce que les lecteurs liraient si tu n'étais pas là xD.

Le prochain chapitre sera posté d'ici deux semaines.

Now, enjoy the story =)


"Bla bla bla" - paroles en latin


Chapitre 11 : Le silence est d'or

Bureau du FBI, BAU – 4 février

Morgan avait l'air simplement et purement misérable.

Emily ne parvenait cependant pas à ressentir de la compassion ou de la pitié, non, plutôt de l'amusement et une certaine dose d'exaspération vis-à-vis du comportement de son collègue. Morgan savait bien qu'il ne fallait pas tenter sa chance avec quelqu'un d'aussi imprévisible que Black. Il ne pouvait en vouloir qu'à lui-même. Après tout, Black était une personne au passé sombre et mystérieux, mais ils savaient que son enfance n'avait pas été parfaite si on en croyait Reid, et tout son comportement prouvait qu'il ne laissait que très peu de personnes entrer dans son cercle d'amis, que ce soit à cause d'un problème de confiance ou par peur d'être un jour abandonné. Il était évident que Reid faisait parti de ce groupe privilégié, Morgan avait donc été complètement stupide d'aller crier au kidnapping tout droit dans l'antre de Garcia et Black.

Inutile de dire qu'aucun des deux n'avait été ravi quand Morgan s'était rendu compte que sa 'blague' n'avait pas eu les réactions auxquelles il s'attendait et avait essayé de les rassurer.

"Je vais enfoncer le couteau dans la plaie, mais… tu sais bien que c'est de ta faute."

Le regard noir de Morgan manquait de mordant alors qu'il se redressa sur sa chaise et croisa les bras. "Je ne pensais pas qu'il réagirait ainsi ! Honnêtement ? Son ordinateur a littéralement explosé !" dit-il en faisant un grand geste mimant l'événement.

"On pourrait croire que l'immeuble a explosé avec, à t'entendre." répondit moqueusement Emily, un petit sourire en coin.

"Peut-être pas," leur apprit Garcia qui venait juste d'arriver. "Mais quand j'ai ouvert l'ordinateur pour voir si on pouvait le réparer, tous les pauvres petits circuits avaient fondu. Apparemment Black a frappé de son poing sur le clavier et cela a provoqué un court-circuit dans l'appareil, d'où la petite explosion et la fumée… Petit prince avait l'air plutôt énervé à cette nouvelle." Emily et Garcia jetèrent un regard déçu à Morgan qui soupira.

"Je me suis déjà excusé, mais il avait l'air décidé à m'en vouloir." Emily fronça les sourcils en entendant à quel point Morgan semblait… confus face à la situation. Comme si le comportement d'Harry lui faisait perdre ses repères.

"Bonjour tout le monde." les salua Reid. Alors que le docteur déposait sa sacoche et retirait son manteau, il remarqua le comportement anormal de Morgan. "Tu as déjà parlé avec Harry ?" Emily sourit devant la nouvelle démonstration du génie de Reid.

"Je vais lui parler, d'accord ?" finit par dire le métis avec une mine renfrognée. Puis, ayant apparemment décidé qu'il avait été assez humilié pour la journée, il prit le premier dossier de sa pile et commença à travailler.

"J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?" Emily sourit gentiment à Reid.

"Non, ne t'inquiète pas, c'est Morgan qui s'en veut à propos de ce qu'il s'est passé vendredi et il est plutôt irritable ce matin." ajouta-t-elle assez fort pour que le métis l'entende. Il lui jeta un regard, mais décida de ne pas répondre. Néanmoins Reid avait d'autres projets pour lui. Le jeune agent fronça les sourcils et glissa à Emily : "Effectivement, je vois ce que tu veux dire. Harry était plutôt bouleversé vendredi, mais il sera sûrement de meilleure humeur aujourd'hui et tout rentrera dans l'ordre."

Sa remarque lui valut les sourires de tous ceux présents dans les bureaux, même Morgan. Garcia se retira dans son bureau après avoir placé deux bises sonores sur les joues du Docteur Reid qui rougit joliment. Tout le monde se mit à travailler, demandant de temps en temps un avis ou un conseil avant de se replonger dans le dossier. Ils furent une seule fois interrompus par l'arrivée de Rossi qui échangea quelques plaisanteries avec eux, demanda où se trouvait Black et eut un regard plein de compassion – à la surprise de tout le monde à vrai dire – à l'intention de Morgan. Étrangement cela fit glousser Emily qui se disait que le métis s'était définitivement attaqué à aussi dangereux que lui cette fois-ci.

Finalement le moment que certains attendaient avec trépidation, d'autres avec un certain malaise, arriva. Emily observa Black tandis qu'il avançait vers la porte, les sourcils froncés en une claire preuve d'irritation et la mâchoire serrée. Elle haussa les sourcils en constatant qu'il était accompagné de près par un homme de haute taille aux cheveux blonds et habillé d'un costume de qualité. Apparemment lui et Black était lancé dans une conversation animée, car elle réussit à les entendre de son bureau à travers la porte vitre, malgré les bruits ambiants.

"Non, Draco ! C'est mon dernier mot."

"Mais Black, ça pourrait être la découverte du siècle, et puis je suis sûr que le docteur Reid–"

"Que le Docteur Reid quoi ? Va consentir à ton idée ? Il n'est pas stupide, Draco !"

"Oh, explique-moi pourquoi il est ton ami, alors ?" lança moqueusement le blond.

"Si Spencer est assez stupide pour être mon ami, je me demande ce que ça fait de toi." rétorqua tout aussi vicieusement Black. Cela sembla avoir fermé le clapet du blond qui se contenta de foudroyer du regard l'agent aux cheveux noirs avant de croiser les bras devant lui.

"Si tu le prends ainsi, Black." Black imita la posture du blond, pas le moins du monde intimidé. "Je m'en vais alors."

"C'est ça." Alors que les portes de l'ascenseur se refermaient sur le blond, Black entra finalement dans le bureau, le visage assombri. Quand il remarqua les regards sur lui, il aboya :

"Quoi ?"

"Bonjour Black." offrit diplomatiquement Emily avant que les choses ne s'enveniment. Cela sembla calmer le jeune homme qui la fixa un instant du regard, la mettant mal à l'aise. Elle n'avait jamais remarqué avant à quel point les prunelles vertes de leur nouvel agent étaient scrutatrices, comme si elles savaient lire jusqu'au plus profond de l'âme. Emily s'obligea à rendre son regard, passivement. Quoiqu'ait vu Black devait être positif car l'instant d'après, il sourit d'un air hésitant. "Désolé, mauvais début de journée. Je dois gérer certaines complications depuis vendredi."

"J'espère que ce n'est pas de ma faute." intervint Reid avec une mine coupable. Black parut hésiter à lui répondre ou à ne rien dire, avant de finalement soupirer.

"Ne t'inquiète pas, Spencer. Je m'occupe de tout."

Emily profita de l'échange entre les deux plus jeunes agents pour se tourner vers Morgan et lui faire les gros yeux pour le pousser à parler à Black. Il était assez intelligent pour percevoir le message, car il se leva et commença avec un hésitant :

"Black, à propos de vendredi…"

L'attention du jeune se tourna vers le métis. Emily fut surprise de ne pas y voir la moindre trace de colère, mais plutôt de l'inquiétude et… de la culpabilité ? Mais pourquoi Black se sentirait-il coupable vis-à-vis de Morgan ? L'homme en question perçut également la différence et ses yeux s'élargirent légèrement face à la situation contradictoire dans laquelle il se trouvait avec Black.

"C'est oublié, Morgan, je… Je n'aurai qu'à m'acheter un nouvel ordinateur à ma prochaine crise de shopping. Sinon… ton week-end s'est bien passé ?" demanda-t-il avec une nonchalance affectée. Emily se demanda si elle était la seule à voir qu'Harry était accroché aux lèvres de Morgan quand il répondit.

"J'ai… eu quelques problèmes pour dormir." avoua d'un air hésitant et confus Morgan, ne voyant sûrement pas où voulait en venir Black. Au moins il avait fini par perdre cet air misérable qu'il portait depuis tout à l'heure, se dit Emily.

Black allait ajouter quelque chose quand Hotch les interrompit :

"On a une nouvelle affaire, décollage dans une heure. Briefing dans l'avion. Emportez des vêtements chauds, nous partons pour l'Alaska." Son ton avait été urgent et sans appel. Black avait l'air soulagé de ne pas avoir à continuer la conversation avec Morgan. Il s'éclipsa chez Reid pour lui demander s'il voulait qu'il le conduise jusque chez lui. Emily le regarda partir, tout à fait perdue face aux réactions du jeune agent. Elle avait vraiment l'impression qu'il lui manquait des informations essentielles pour comprendre Black. Cet homme était définitivement une énigme et elle avait du mal à déterminer si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

Quand elle se tourna vers Morgan pour lui demander des explications, elle fut confrontée à l'air soulagé et tout simplement satisfait de son collègue. Elle secoua la tête. Elle n'arrivait à comprendre aucun de ses collègues masculins aujourd'hui, ce qui était plutôt déroutant. Emily pensait honnêtement qu'en temps qu'unique profiler féminine de l'équipe, elle parvenait à saisir certaines choses que les hommes ne percevaient pas. Cependant, depuis l'arrivée de Black, ses certitudes avaient été ébranlées et elle avait vu des changements chez Morgan et Reid, des changements qu'elle ne parvenait pas à comprendre. Même Hotch et Rossi se comportaient différemment autour du jeune agent.

Et après ce sont les femmes qui sont compliquées. Les hommes, je vous jure…

Il n'y a pas si longtemps, elle avait demandé à Morgan d'abandonner ses recherches sur le passé de Black. Et à cet instant, elle le regretta.

-CM-HP-CM-HP-

Près de Delani, Alaska – Monastère de la Vie de Notre-Dame

Ils furent salués à l'entrée par la portière du monastère, une jeune femme enveloppée dans deux couches de manteaux pour se protéger de la rudesse du froid et de la neige qui sévissait à l'extérieur. Elle les laissa entrer sans un mot, leur faisant signe de la tête pour seul bonjour. Ils passèrent également un groupe de policiers qui gardaient l'entrée. Harry fronça les sourcils, déjà mal à l'aise au milieu de toute cette… religion. Il sentait déjà qu'il n'allait pas, mais pas du tout, aimer cet endroit. Après tout, Harry était un sorcier. Honnêtement, combien de victimes les inquisitions avaient-elles faites parmi les sorciers ? Tout ça parce qu'un bouquin disait que les sorciers et les sorcières avaient acquis leurs pouvoirs des démons ? C'est à se demander si la Bible avait été écrite par un ancêtre de Rita Skeeter… Ou du moins certains passages.

Les sorciers étaient normalement païens, mais beaucoup de Nés-Moldus et de Sang-Mêlé conservaient leurs croyances lorsqu'ils étaient introduits dans le Monde Sorcier. La plupart des pratiquants païens étaient surtout des Sang-Purs et les Sang-Mêlés élevés dans le respect des traditions. Harry lui-même, malgré le fait qu'il ait grandi dans le Monde Moldu, avait adopté les traditions sorcières, surtout depuis qu'il fréquentait Andromeda. La sorcière, bien qu'elle se soit mariée avec un Né-Moldu, avait tenu à apprendre les traditions à sa fille Nymphadora, et maintenant à Teddy, et à les suivre. C'est ainsi qu'Harry se retrouvait non pas à fêter Noël, mais Yule; pas Halloween, mais Samhain… Il appréciait cette idée que la Magie était une entité qui veillait sur les enfants à qui elle avait accordé le Don. Elle était à la fois une mère aimante, mais aussi une force vengeresse quand on désobéissait à ses désirs. Harry se disait parfois que c'était elle qui avait créé la prophétie qui avait mené Voldemort à sa perte, parce qu'il déclarait les Nés-Moldus impurs, alors que la Magie aimait tous les sorciers, quel que soit leur sang.

"Attention, Black !"

Harry fut sorti de sa rêverie par une main qui l'attrapa au biceps, l'empêchant de foncer dans une porte qui s'était refermée juste devant lui. Le jeune homme se dégagea de la poigne, le cœur battant à cent à l'heure, tout en se tournant brusquement. Il se retrouva en face des mines inquiètes de Morgan et d'Emily. Harry leur offrit un pauvre sourire, un peu gêné par son comportement.

"Merci, Wolfy. Erm… désolé pour–"

"Pas de souci, Black." dit le métis en fronçant légèrement les sourcils. Puis, il eut un sourire en coin. "On pensait à quelque chose d'intéressant ? Dans un monastère de surcroît ! Tss… Peut-être est-ce l'occasion de demander le pardon pour tous tes pêchés… " se moqua-t-il.

Black ouvrit le bouche pour rétorquer, mais fut coupé par Prentiss qui ajouta : "À mon avis il était plutôt en train de remercier la chance qu'il ne doive pas s'infiltrer dans la population cette fois-ci. Même si je suis certaine que les robes de nonne lui seraient allées à ravir…" Morgan éclata de rire avant de prendre une mine pensive.

"N'y pense même pas." le menaça Harry. Morgan cligna innocemment des yeux, mais lâcha un sourire moqueur. Harry se tourna alors vers Prentiss. "Et toi ne l'encourage pas ! On dirait que je suis la seule personne mature ici." marmonna-t-il assez fort pour qu'ils l'entendent.

"Déclara l'Agent Spécial Senior en traînant sa vieille carcasse." compléta Morgan.

Harry décida d'abandonner là et soupira théâtralement en secouant la tête avant d'ouvrir la porte qu'il avait failli se ramasser. Il entra dans la pièce qu'on leur avait attribuée comme bureau pour leur séjour sur les lieux, la tête haute malgré les ricanements des deux agents derrière lui. Ils y retrouvèrent Hotch, Rossi et JJ en train de s'installer. Spencer discutait avec une vieille femme habillée dans des robes bleues foncées, les cheveux couverts par sa coiffe de nonne, et qui parlait doucement tout en triturant un chapelet. L'humeur taquine qui s'était installée entre les trois agents disparut vite pour laisser la place au professionnalisme.

Deux meurtres avaient été commis dans le monastère en l'espace d'une semaine. La première nonne avait été découverte dans la chapelle juste avant la messe du matin par la sœur chargée de la préparation de la messe. Elle avait été dénudée et son corps avait été transpercé par un crucifix en or, l'une des reliques du monastère. À côté, le message "Non facietis furtum", c'est-à-dire "Tu ne voleras point", un des dix commandements de Moïse. Cependant, les autorités n'avaient été contactées que trois jours après, lorsque le deuxième corps avait été trouvé dans le grenier, à nouveau nue, mais la langue arrachée et apparemment morte d'hémorragie. Cette fois-là, le message avait été "Nec loqueris contra proximum tuum falsum testimonium", "Tu ne porteras pas de faux témoignages contre ton prochain", un autre commandement. Dès la découverte du second cadavre, le monastère avait été fermé et tous les pèlerins avaient été interrogés, mais malheureusement les policiers chargés de l'enquête étaient tombés sur des voies sans issues. Ils avaient alors contactés le FBI, sûr que les deux premiers meurtres seraient suivis par huit autres, les huit commandements restants.

Il fallait savoir que l'ordre des Carmélites était un ordre religieux contemplatif, qui avait décidé de ne consacrer leurs paroles que pour la prière. Il n'y avait que de très rares sœurs qui avaient le droit de parler en dehors des messes et de la lecture de la parole lors des repas. Néanmoins, le monastère de la Vie de Notre-Dame accueillait un grand nombre de pèlerins à cause de leurs reliques miracles et de la beauté de leur jardin hivernal, cultivé pour la méditation et la paix intérieure. Actuellement, le monastère était occupé par cinquante-trois pèlerins et trente-deux nonnes.

Harry rejoignit JJ et les deux hommes.

"Qui est-ce ?" demanda-t-il doucement pour ne pas troubler la conversation de Spencer avec la nonne en question.

"La Mère Supérieure, Victoria. Elle a accepté que les nonnes parlent avec nous, à condition que ce soit en latin." expliqua Hotch. Ce à quoi Rossi renifla un brin dédaigneusement. Harry eut un coin de sa lèvre qui se souleva en signe d'amusement.

"Je vais aller aider Spencer." annonça Harry avant d'aller rejoindre les deux latinistes sous les yeux ébahis de Morgan, JJ et Prentiss, et les regards amusés et indulgents des deux plus vieux agents qui savaient qu'Harry parlaient couramment le latin.

Ah, les avantages à être sorcier !

"Mes respects, ma Mère. Je suis l'agent Harry Black." se présenta Harry quand il approcha du couple. Spencer écarquilla brièvement des yeux, avant de réfléchir un instant et de conclure qu'il était normal qu'Harry sache parler le latin. Après tout, les sortilèges étaient en latin et beaucoup de textes étaient encore écrits dans cette langue.

"Mes respects, mon fils."

"Harry, j'expliquais à Mère Victoria le profil préliminaire que nous avons dressé dans l'avion en venant."

"J'ai demandé à notre sœur hôtelière de vous amener les registres de nos résidents actuels. Puisse Dieu avoir pitié de l'âme de ce pêcheur et accueillir nos deux sœurs en son sein." Harry se retint à grand peine de faire une remarque, voyant bien que sa foi était la seule chose qui lui permettait de rester calme dans cette situation. "Sinon, seule la sœur hôtelière, sœur Sarah, et la sœur portière, sœur Catherine, sont en contact avec les pèlerins. Si vous avez des questions à poser sur ceux-ci, c'est à elles qu'il faut demander."

"Où pouvons-nous les trouver ?" s'enquit Spencer. Son latin était presque parfait, son seul problème était la prononciation, mais cela était normal s'il ne l'avait parlé avec personne d'autre.

"Actuellement, sœur Sarah devrait être en train d'arranger vos dortoirs; sœur Catherine est la jeune femme qui vous a ouvert tout à l'heure, elle reste à la porte toute la journée."

"Nos dortoirs ?" répéta Harry, l'air confus.

"Oui, nous n'avons pas assez de chambres à vous donner, alors les deux jeunes femmes partageront une chambre et les hommes auront un dortoir. Nous avons déplacé les pèlerins pour que vous ne dormiez pas dans la même pièce au cas où le tueur ou la tueuse serait parmi eux." leur apprit la vieille dame avec un signe de croix.

Spencer haussa les sourcils, agréablement étonné. "C'est très intelligent de votre part. Et où sont les officiers chargés de l'enquête ?"

"Il y a des policiers affectés à l'entrée, sinon les autres sont dans la Grande Salle."

"Merci, ma mère. Une dernière chose : nous pouvons discuter avec les sœurs de ce monastère à condition qu'elles parlent en latin, n'est-ce pas ?" Mère Victoria acquiesça. Harry poursuivit : "Savent-elles toutes parler latin ?"

Mère Victoria sembla pensive un moment. "La plupart de nos sœurs, oui. Après des années au monastère à écouter les prières en latin, elles finissent par apprendre. Je ne dirais pas la même chose de nos plus récents ajouts, néanmoins. Je ne peux malheureusement pas leur demander d'écrire, c'est contre les règles établies par le monastère. Mais il ne s'agit que de deux ou trois de nos sœurs."

Cela pourrait se révéler problématique, mais s'ils avaient de la chance, ils n'auraient pas à parler avec les sœurs concernés. Spencer et Harry se tournèrent pour expliquer ce qu'ils avaient appris de la mère supérieure à leurs coéquipiers. Hotch s'adressa directement à la vieille femme;

"Pourrions-nous avoir une de vos sœurs pour nous guider dans le monastère jusqu'à ce que nous sachions nous y retrouver ?"

"Je vais vous envoyer quelqu'un, mon fils. Je vais également demander aux policiers de venir vous chercher."

"Elle va le faire et envoyer les officiers chargés de l'enquête." traduit Spencer au regard quelque peu agacé de leur supérieur qui ne pouvait rien comprendre.

"Est-ce qu'il serait possible d'avoir deux sœurs ?" demanda Hotch après réflexion. La mère hocha la tête sans hésitation.

Ils remercièrent la mère supérieure qui les invita à venir lui demander de l'aide. Lorsqu'elle fut dehors, Hotch donna les instructions pour son équipe.

"Nous allons former deux groupes. Le premier sera composé de Reid, Morgan, Prentiss et JJ; le deuxième, de Black, Rossi et moi." Harry approuva son choix. De cette façon, chaque groupe avait quelqu'un capable de parler latin. Néanmoins, cela allait considérablement diminuer leur champ d'investigation. "Nous savons déjà que notre suspect est un homme de type caucasien, âgé entre trente et cinquante ans. Ensuite, Reid, Morgan, Prentiss et JJ, je voudrais que vous alliez examiner les lieux où on a retrouvé les corps. Rossi, Black et moi allons nous occuper des registres et des messages que le tueur a laissés."

Finalement, deux nonnes vinrent se présenter à leur bureau. Sœur Sarah, l'hôtelière, avait amené les registres et s'était proposée pour guider les agents dans le monastère. C'était une femme aux formes rondes et généreuses, son visage ovale brillait de gentillesse et de spontanéité. La seconde qui s'était proposée se nommait Tabatha et était une Amérindienne d'origine. Elle avait apparemment quelques années de plus que la mère supérieure et ressemblait beaucoup plus à ce que Harry se faisait comme idée d'une religieuse : d'un naturel silencieux et contemplatif. Elles les conduisirent à leur dortoir. La température dans les couloirs était très basse, tellement basse qu'Harry se promit de jeter à la première occasion un sort sur ses vêtements. Il fut agréablement surpris quand ils arrivèrent dans une grande pièce avec une dizaine de lits en bois, séparés par des rideaux blancs. Les lieux étaient simples, mais bien fournis – surtout les couvertures en laine qui ne seraient pas de trop vu le temps. La seule source de chaleur était un chauffage au charbon au milieu de la pièce.

Harry avait dormi pendant six ans dans un dortoir de garçons, il n'avait aucun problème dès que cela concernait la vie en groupe dans des espaces confinés. Mais depuis l'époque de son adolescence, d'autres choses avaient changé, et il craignait que ses collègues ne remarquent certaines de ses habitudes les plus étranges. Sans oublier ses cicatrices et ses pilules.

Nom d'un hippogriffe, je sens que ce séjour va être long.

Tandis que la sœur Tabatha amenait les femmes à leurs propres quartiers, les hommes entreprirent de s'installer. Pour le bénéfice de tous, Harry demanda à Sarah s'il était possible d'avoir la clé pour verrouiller leur chambre, ce à quoi la femme lui offrit de suite l'objet requis et les informa qu'elle possédait un double de la plupart des pièces dans le monastère.

"Même la trésorerie du monastère ?"

"Non, ces clés-là sont uniquement en possession de Mère Victoria et de Sœur Judith, sa seconde."

"A-t-on constaté des clés manquantes ?"

"Non, c'est la première chose que nous avons vérifié le jour où le corps de sœur Ruth a été découvert, transpercé par le crucifix de notre chapelle. Nous avions toutes les clés."

Ils décidèrent d'un commun accord de se distribuer dans tout le dortoir. Harry s'installa au fond, de la pièce, le plus éloigné du poêlon au charbon et juste à côté d'une fenêtre de taille moyenne qui donnait sur le jardin intérieur. Reid s'installa juste à côté de lui, parlant avec animation de l'évolution du chauffage au cours du temps. Harry l'écouta religieusement, s'il osait le dire dans de telles circonstances. Le sorcier espérait préserver le plus de sa vie privée possible, mais dès que Reid avait pris place dans le lit d'à côté, il n'avait pas eu le cœur de lui demander de bouger. Il profita du fait d'être caché par les rideaux pour ensorceler les couvertures et ses vêtements, ainsi que ceux de Spencer, avec un sort de chaleur. Houdini le regarda faire avec de l'admiration dans le regard et le remercia. L'instant où il rangea sa baguette, Morgan arrivait.

"Impressionnant tout à l'heure, Black. Tu as encore beaucoup de cartes dans ta manche ?" Harry se contenta d'un petit sourire narquois pour réponse. Morgan secoua la tête avec un rire quelque peu désabusé.

Tu n'as pas idée…

"Que pensez-vous de notre affaire ?" demanda à la place Harry.

"Un monastère coupé du reste du monde et des nonnes carmélites… Des circonstances difficiles et risquées pour commettre des meurtres. Le suspect poursuit un but bien particulier, et il est intelligent et organisé." analysa Reid.

"L'examen des lieux du crime et des messages laissés par le suspect nous donnera plus de détails. Peut-être que les officiers pourront nous en apprendre plus." dit Morgan, en frottant son crâne rasé pensivement.

Ils furent interrompus par l'arrivée de JJ et Prentiss. Ils finirent par se séparer devant la porte pour effectuer les tâches qu'Hotch avait distribuées, après qu'ils aient verrouillé la porte de leur dortoir.

Il était temps d'attraper un criminel et de retrouver l'assassin de ces nonnes.

-CM-HP-CM-HP-

La chapelle où se tenait la messe, était plutôt simple. À part les vitraux particulièrement beaux et le mur qui séparait les laïques des religieuses, elle ne se différenciait pas des autres chapelles que Spencer avait visitées. Enfin, si on excluait la tâche de sang qui maculait le sol. JJ avait été discuté avec les officiers sur les lieux et avait réussi à obtenir les dossiers d'autopsie et les photos de la scène avant le retrait du corps.

"Aucun signe que le suspect ait déshabillé la victime post-mortem. Il a dû l'obliger à enlever ses vêtements avant de l'empaler sur la croix." dit Spencer en lisant l'autopsie.

"Elle devait être menacée avec une arme, car il n'y a aucun signe de lutte." nota Prentiss. "Ou alors elle connaissait son agresseur."

"C'est possible, mais comment expliquer la seconde victime alors ? Le suspect conserve leurs vêtements comme trophée. Quel est le message qu'il essaie de nous donner ?" réfléchit Morgan à voix haute.

Spencer s'enfonça dans son manteau en songeant à la question que venait de poser Morgan. La température semblait descendre au fur et à mesure et il ne saurait remercier assez son ami Harry et sa magie. Il resterait à jamais fasciné par ces mouvements gracieux qu'il faisait avec sa baguette et les résultats de ce bout de bois agité dans les airs. Son esprit scientifique avait encore parfois du mal à conceptualiser l'existence de la magie, mais devant toutes les preuves, toutes les choses impossibles que son ami parvenait à accomplir, il était obligé de se rendre à l'évidence. Il se demandait si Harry pouvait utiliser ses autres pouvoirs pour mener ses enquêtes. Spencer comprenait que le secret du monde sorcier devait être bien gardé et que même si ses autres dons venaient de la famille moldue de sa mère, il devait éviter absolument tout soupçon. Dommage…

"Peut-être… peut-être en veut-il aux religieuses." suggéra Prentiss.

"Il déteste les religieuses, mais cite les commandements ?"

"L'un peut aller avec l'autre. Le suspect est apparemment cultivé s'il cite les commandements directement du Deutéronome, qui ne sont pas exactement les mêmes, du moins dans leur version latine." leur apprit Spencer.

Morgan eut un bref sourire. "Faites confiance à Reid pour lire la Bible."

"Pourquoi pas ? La Bible est après tout le livre le plus diffusé au monde. D'après une étude de cette année, 75% des Américains, 38 % des Polonais et 21 % des Français déclarent avoir lu au moins un passage de la Bible au cours de l'année passée..Plus de la moitié des Français ne possèdent pas de Bible chez eux, contre 15 % des Polonais et 7 % des Américains. Je me suis dit qu'il fallait que je la lise au moins une fois pour comprendre ce qu'il y avait de si intéressant."

Morgan secoua la tête avec un petit rire. "Seulement toi, Reid, seulement toi…"

Ils laissèrent JJ avec les officiers après qu'elle leur ait assuré qu'elle saurait retrouver son chemin seule. Morgan, Prentiss, Spencer et leur guide Sarah arrivèrent donc dans les greniers du monastère. Le métis constata immédiatement les différences entre les deux lieux de crime.

"Alors que la chapelle est un endroit très fréquenté, je doute que beaucoup de personnes viennent ici…"

"Apparemment, la sœur qui a été assassinée ici a été traînée et s'est débattue, mais il n'y avait aucun indice tégumentaire sur la victime. Et ici, les traces de sang indiquent que les vêtements ont été retirés post-mortem." dit Prentiss en lisant le dossier.

"Deux meurtres, deux méthodologies différentes, et pourtant la même signature… Le suspect s'adapte à la situation." Spencer fronça les sourcils, concentré. Quel était le but du tueur ?

"Sœur Sarah," demanda Morgan, "que pouvez-vous nous dire sur les victimes ? Y aurait-il des raisons pour lesquelles le suspect les a choisies ? Des rumeurs, des antécédents ?"

"Il y a très peu de rumeurs dans un monastère où nous respectons un vœu de silence, mon fils." déclara la sœur avec une mine sévère. Spencer traduisit pour Prentiss et Morgan qui fit une grimace discrète.

"Il faudrait que l'on creuse dans le passé des victimes pour savoir si le suspect les choisit au hasard ou si elles sont choisies à dessein. Vu notre profil, je pencherai plutôt pour la seconde option : il est beaucoup trop intelligent et organisé pour que ce ne soit pas le cas." fit Morgan après réflexion.

Spencer et Prentiss approuvèrent la théorie. Ils décidèrent de retourner au bureau et de discuter avec Garcia du passé des victimes et de voir le premier tri parmi les pèlerins présents actuellement au monastère. Ils retrouvèrent Rossi et Hotch penchés au-dessus des messages du suspect, tandis que Black était au téléphone sous les yeux désapprobateurs de sœur Tabatha. Spencer fut tenté d'aller rejoindre son ami, mais choisit finalement de suivre les autres chez Hotch et Rossi.

"Notre suspect est hautement intelligent et a fait des études universitaires. Il sait s'adapter à chaque situation qui se présente à lui et n'est pas effrayé à la vue du sang." leur raconta Prentiss.

"L'examen graphologique des messages révèle qu'il a un grand respect pour les phrases qu'il écrit, il est donc religieux, et même fanatique. Mais aucune empreinte n'a pu être retrouvée. Le suspect est arrogant, il pense que même avec un échantillon de son écriture nous ne serons pas capable de le retrouver." expliqua Rossi.

"S'il est religieux, mais déteste les nonnes, il est probable qu'il ait eu affaire aux carmélites dans le passé lors d'une expérience traumatisante." dit Spencer après un moment.

C'est à ce moment qu'Harry intervint en venant à leur table et en mettant Garcia en haut-parleur. "Garcia, tout le monde peut t'entendre maintenant."

"Okay les gars, voici les nouvelles : notre première victime, Ruth Desk, âgée de trente-quatre ans, a fait de la prison pour vol à main armée dans un magasin de station-service. Il n'y a eu aucun mort, mais elle a été condamnée à cinq ans de prison ferme, car ce n'était pas son premier braquage. Elle a rejoint l'ordre il y a trois ans, pas de mari, ni d'enfants."

"Et pour la seconde victime ?"

"Comme Petit prince me l'a demandé," Harry grogna en mettant son visage dans ses mains pour cacher son embarras à être appelé ainsi devant Rossi et Morgan qui n'arrêteraient pas de le taquiner avec, "j'ai fait une recherche dans les tribunaux et j'ai une affaire qui date de 1997 où la deuxième victime, Marie Farchak, a été l'un des témoins principaux."

"Le suspect connait donc nos victimes et les choisit pour accompagner ses messages." conclut Hotch. "Garcia, essaie de voir parmi la liste les personnes qui ont fait des études universitaires et travaillent dans le monde pénal."

"Attendez… Hotch, j'ai exactement vingt-huit noms qui correspondent au profil." La voix de Garcia trahissait sa surprise. À vrai dire, Spencer l'était aussi et quand il jeta un regard au reste de ses collègues et amis, la même expression se lisait sur leurs visages. Ils s'attendaient à ce que la liste fut considérablement réduite, mais apparemment la chance n'était pas avec eux.

"Je peux vous expliquer…" intervint d'un air hésitant Sœur Sarah, l'hôtelière du monastère. Si quelqu'un était au courant des pèlerins présents, c'était bien elle. "Nous accueillons actuellement un groupe de fonctionnaires du comté, venus pour se ressourcer dans la sérénité et la paix qu'offre la prière et l'atmosphère de notre monastère."

"Le suspect a tout prévu… Il avait prévu que nous pourrions être appelés et s'est assuré que nous ne puissions pas le coincer grâce à notre profil !" s'exclama Spencer. Il avait sous-estimé la ruse du tueur. Qui savait depuis combien de temps ces meurtres étaient prévu ? Jusqu'où le suspect avait-il prévu les mouvements de l'équipe du BAU ?

On dit que le silence est d'or… mais à cet instant, il fut plein de sombres pensées.