Cela faisait bien longtemps que je n'étais plus venue ici :s
Ma vie est ce qu'elle est surchargée.
C'est en lisant quelques fanfictions (sur OUAT), une interview de Zazie et en recevant un review des plus positives, boustantes et Whaa je trouve pas les mots pour décrire ce que j'ai ressenti en la lisant (merci Alfrank) dans la même semaine (dernière) qu'une motivation soudaine m'a envahie.
Bon ok, ça m'a aussi aidée d'être en congé.
Ce chapitre et le suivant me sont de grosses épines dans le pied. J'ai et j'ai eu du mal à les imaginer et puis… (2ans et plus, plus tard) tout d'un coup, l'inspiration m'est venue. Et tout à couler de source.
Comme quoi, les commentaires sont super importants dans la vie de l'écrivain (amateur). Je viens de l'expérimenter.
Bonne lecture.
Chapitre 12 :
- « La 3 dans la poche latérale de gauche, puis je mets la 7. » Olivia se pencha en avant et équilibra son poids sur ses jambes qu'elle fléchit légèrement. Elle posa assurément, ensuite, le bout de ses doigts écartés sur la table, joignit le pouce à l'index et se redressa légèrement. Puis elle y positionna le bout de la queue de sa main droite, ajusta son angle et visa. D'un coup sec, confiant, elle projeta la bille blanche vers sa destination et comme elle l'avait prédit, les deux autres finirent leur course dans leurs poches prédestinées. Elle se redressa, fit le tour de la table, jaugea le degré de difficulté, s'accroupit un peu pour se familiariser avec les obstacles. Elle leva les yeux vers son adversaire et lui demanda, sérieusement : « Tu veux jouer ou je termine ? »
Furieux Eddy lança sa queue sur la table à côté d'eux.
- « Hé », cria Bill, « fais gaffe au matos, tu vas la fausser à force de la jeter !
- Paie ma tablette et on est quitte. » Rétorqua Olivia, d'un air moqueur.
- « Mais t'en as déjà payé une depuis que t'es ici ? » Il mit la main à l'arrière de son pantalon, en extirpa son portefeuille et compta le nombre de billets. Il se dirigea vers le comptoir tout en pestant et grognant.
- « A ce train-là, Olivia, tu n'auras plus d'adversaires… » lui fit constater Jamy.
- « Je sais, … Il n'y a que les nouveaux que j'arrive à plumer ou encore… ceux qui espèrent progresser.
- Tu devrais diminuer la cadence. Tu joues trop. T'as que ça à faire, ces dernières semaines, on dirait.
- Aussi, et puis, c'est de ta faute, tu m'as dit que je devais faire de la rééducation. Je joins l'utile à l'agréable.
- Olivia, c'est de l'autre bras dont je parlais… »
Elle fit la sourde oreille et lui sourit.
La porte s'ouvrit dans un fracas et claqua contre le mur.
Elliot entra énervé, sans se préoccuper de l'attention qu'il attirait sur lui, il se dirigea droit vers le patron du bar, tapa deux fois de la paume de sa main et attendit. Dans le reflet du miroir, il aperçut la silhouette d'Olivia qui tendit sa queue au médecin. Elle vida le fond de sa choppe et le rejoignit.
Elliot reçut son whisky sec qu'il but d'une traite, Bill le remplit à nouveau sans autre commande. Et Elliot l'engloutit d'une gorgée.
C'était son rituel, son exutoire deux verres d'affilée. Ca lui faisait penser à autre chose, lui permettait de rassembler ses idées et de se calmer.
Elle s'assit sur le tabouret à ses côtés, comme s'il n'était pas là, et se servit de cacahuètes qu'elle jeta nonchalamment dans la bouche. Elle mâcha les fruits secs, les avala et attendit que son ami ait étanché sa soif et calmé ses nerfs.
- « Ils nous ont encore coupé l'herbe sous les pieds… et c'est pas peu dire.
- Explique. » Elle le regarda sérieusement, appréhendant ce qu'il allait lui annoncer.
- « C'est la deuxième fois en 15 jours. La transaction n'a pas eu lieu, Ben. Plus de marchandise, elle était déjà vendue.
- Mais comment ? » Elle ne s'énerva pas, ce n'était pas dans ses habitudes. Tout le monde savait qu'elle gardait son sang-froid en toutes circonstances, c'est ce qui faisait d'elle un chef hors pair et fiable. Elle était pausée, réfléchie et silencieuse. Elle préférait prendre du recul, évaluer la situation avant d'agir. Et dans le feu de l'action, elle pouvait compter sur son instinct, ses réflexes et son expérience.
- « Je ne sais pas, j'étais au lieu et à l'heure dits. Je n'ai vu personne. J'ai appelé Toni, il m'a dit qu'il n'avait plus rien ». Il se gratta l'arrière du crâne, pensif.
- « Je vais me renseigner. » Olivia quitta son compagnon et se dirigea vers l'arrière salle. Elle referma soigneusement la porte derrière elle en jetant des coups d'œil circulaires. Bill était aux aguets et Elliot surveillait, l'air de rien.
Elle chercha dans son répertoire le nom codé, le sélectionna puis confirma l'appel.
L'attente ne fut pas longue, il décrocha à la première sonnerie. Elle reconnut son accent italien, ses 's' chantants, ses 'ou' à tout bout de champs.
- « Tout s'est passé comme prévou. Mio dé dios, C'est top de fair' des affair' avec twa.
- Raconte.
- Comm la dernièr' fwa, ils zétaient parfaitement au courant de not' petit' transactio´n. Et yé sais qué rien n'a filtré d'ici. Tou penses ! » Dit-il sur le ton de l'affirmation. Son trafic est familial, la famille ne trahit pas. « Z'ont propozé oune heur' plous avancée et 15% de la somm' en plous…
- Tu t'es montré méfiant ?
- Comm' tou m'as dit. Yé résisté, prétexté la loyauté, blablabla. Z'ont gobé comm' dou pain béni par Madré Maria.
- Parfait.
- Dis Livia, Tou vas régler cet'taffair', parce qu'ici, ça chent pas bon tout cha.
- T'inquiète, je gère. Et si tout se passe comme prévu tu auras une compensation.
- Mmmm, Y'aime les compensatio´n ! Bizness iz Bizness !
- A plus Toni.
- Ciao, Bella. »
Quand elle revint, sa mine était renfrognée.
- « Alors ?
- Alors, quelqu'un est passé avant nous. 'Bizness iz Bizness' , il m'a répondu. Le plus offrant l'emporte….
- Mais ça fait 5 ans que…
- Blablabla… 'Yé oune familia à nourrir, Bella'.
- Quelle plaie. Qu'est-ce qu'on va faire ?
- se trouver un autre fournisseur ou trouver qui nous coupe l'herbe sous les pieds. Mais d'une façon ou d'une autre, on l'a dans l'os… » Elliot la regarda intrigué et la questionna du regard. « Toni a accepté la marchandise à un prix nettement supérieur au nôtre, il a pris goût à son argent.
- Fait chier. C'est énorme. » Il ne put que constater l'ampleur des dégâts.
Quelques jours plus tard, la nuit était fort avancée quand le groupe entier se rassembla au Q.G. Les hommes et les quelques femmes discutaient entre eux, dans un brouhaha assourdissant. C'était rare qu'ils se retrouvent tous réunis en une seule soirée. Ils discutaient tous de la même chose du vent qui tournait et de la tension qui pesait sur le gang. Certains avaient été victimes d'agressions isolées, d'autres de rackets ou d'arrestations arbitraires.
Olivia et Elliot grimpèrent sur le bar et la salle se tut immédiatement.
- « Quatre groupes, quatre chefs Luke, Joe, Thomas et Elliot. Le reste répartissez-vous équitablement. Bill ? » Elle se tourna vers le barman qui avait déjà anticipé son ordre : 'Tu ouvres le sous-sol. Armez-vous. Ce soir, c'est une expédition punitive… »
Calmement, tout le monde se servit dans la cave, à tour de rôle, les armes de poing habituelles circulaient de mains en mains jusqu'à son propriétaire. Chacun s'était familiarisé avec une certaine technique de combat qui lui était propre. Des objets contondants les plus insolites sortaient parfois du placard.
Olivia fit le tour de ses hommes, leur donnait des instructions, des tenues à adopter ou des consignes à suivre. Le mot d'ordre était de ravager les lieux. Rien ne devait rester debout. Ils devaient récupérer tout ce qu'ils trouvaient sur place, tout ce qui pouvait leur être utile. Elle remit ensuite, à chacun des chefs une adresse, qu'ils encodèrent dans leur gps. Arrivée au dernier groupe, celui de Thomas, elle lui dit : « Tu restes avec moi », puis elle s'adressa aux autres « Allez-y, éclatez tout, éclatez-vous ! Et si l'endroit n'est pas habité, brûlez-le ! »
Ils quittèrent un à un et silencieusement le « Cue-T's », à intervalles réguliers pour éviter d'attirer trop l'attention. On pouvait entendre au loin les vrombissements des moteurs de motos et es claquements des portières des voitures. Au bout d'une demi-heure, le silence de la nuit s'imposait à ceux qui restaient.
- « Asseyez-vous. Je ne le dirai qu'une fois et ça ne doit pas sortir d'ici. »
Ils s'assirent sans discuter. Laura, une des seules femmes de cette bande, alla chercher, avec Pat, son frère, des bières et servit les neuf autres déjà attablés. « Nous avons un cafard et nous allons résoudre le problème ce soir. »
Ils se concertèrent tous, intrigués, étonnés voire choqués. « Comment … ? Qui … ? ». Certains étaient furieux et ne comprenaient pas cette trahison. Ils provenaient, comme la plupart parmi le gang, de familles éclatées, ils avaient été rejetés, ils avaient fui un milieu social violent ou ils s'étaient perdus… et ils avaient trouvé au sein du Cue-T's un point de chute. Trahir un des leurs, c'était se trahir soi-même des valeurs que jamais, même dans les pires situations, ils n'avaient bafouées.
Thomas demanda à Olivia ce qu'elle savait.
- « Nous l'avons repéré », leur dit-elle.
- « Nous ? De qui ? Quand ?
- 'L et quelques hommes dans la confidence. Cela fait des mois que nous sommes dessus, que les Dead Rabbits nous damnent le pion comme s'ils lisaient nos putains de pensées… Ils sont trop bien renseignés, ils sont trop organisés…
- Ces agressions » demanda Sarah « c'est pas le hasard, hein ? » Elle regarda son petit ami et caressa sa joue. Elle se remémora le moment où elle l'avait découvert, en sang, au pied de son immeuble. Il était encore fort abîmé de sa dernière confrontation.
- Non.
- Et ce rat … » Jon essaya de se contenir. C'était un grand costaud. Sa peau sombre contrastait avec ses dents blanches et ses grands yeux. Il portait normalement des lentilles colorées bleues qui lui donnaient un air angélique, ça plaisait aux filles. Mais ce soir, son regard noir obscurcissait son visage. « ce cafard, là » il serra les poings sur ses genoux. « c'est lui qui nous a donnés ? »
Olivia acquiesça. « C'est qui cet enfant de putain ?
- « Kyle.
- Kyle ?! » s'exclamèrent-ils tous à l'unisson, ne voulant pas croire une telle improbabilité.
- Kyle, mais c'est le cousin d'L ! » affirma Thomas. « il est de LA famille !? Tu es sûre ?
- Je ne ferai pas une telle erreur et je ne dévoilerai certainement pas un nom de la famille si je n'étais pas sûre.
- Comment ? » Laura avait eu une courte aventure avec Kyle. Elle devait probablement s'en vouloir de n'avoir rien remarqué.
- Ca fait des semaines. » Elle soupira de soulagement, son histoire datait de deux ans. Olivia posa sa main sur son épaule pour la rassurer et poursuivit « Tant de coïncidences n'existent pas. On a posé alors des fausses pistes, de fausses transactions et des échanges bidonnés…
- Toni ? » Thomas avait déjà travaillé avec leur fournisseur italien. C'était le premier surpris de son retournement de veste.
- Il était dans la confidence depuis le début. Nous avions besoin de lui et il n'était pas contre le fait de gagner un peu d'argent de poche en plus. Willy, le garagiste aussi.
- Mais il n'est plus venu ici depuis des lustres.
- Justement, il filait Kyle dès que nos soupçons se sont portés sur lui. »
Ils étaient abasourdis d'apprendre la trahison d'un des leurs, le nom de la taupe et de la façon dont Olivia et les autres avaient réglé l'affaire sans qu'ils n'y voient rien. Tout cela sous leur nez, sans en avoir soufflé mot à quiconque.
Ils étaient écrasés par la nouvelle aussi. Leur antre avait été sali et ils étaient restés impuissants, presque inactifs. Ils se rendirent compte qu'ils auraient pu s'impliquer davantage, tenter de leur côté de comprendre les raisons de cette perte de vitesse sur le terrain, de combattre à leur façon l'invasion des Dead Rabbits sur leur territoire.
- « Ce soir, nous n'allons pas que faire une expédition punitive, nous allons récupérer ce qui est à nous avec intérêt, les écraser et les balayer définitivement du quartier. Joe et Luke ont repéré leur laboratoire. Il y en a trois. Ils sont fonctionnels. Ils tournent à plein régime.
- Kyle va les prévenir. Putain, en plus il est dans le groupe d'L. » Pat se leva d'un bond, près à agir. Olivia le retint.
- « J'y compte bien ! » Il la regarda interloqué. « Il ne sait pas encore où il va, ni où vont les autres. Mais 'L va s'arranger pour lui communiquer sa direction dans quelques temps. Ca nous laissera le temps de nous déplacer et de nous installer sur place. Nous pourrons intervenir, en renfort. Les autres laboratoires seront en sous effectifs et Joe et Luke pourront agir à leur aise. » Elle s'arrêta de parler et but une gorgée de bière. Sa gorge était sèche, elle n'avait pas l'habitude de parler tant et si fort. Tout le monde devait bien l'écouter. Elle essuya la mousse sur sa lèvre supérieure avec le revers de sa manche. « Une surprise dans une surprise » conclua-t-elle. « Willy nous y attend déjà avec sa camionnette pour intervenir et tout défoncer si ça se complique. Mais ça se passera bien. On a l'avantage de la préparation, de l'effet et du nombre. »
Elle sourit, confiante.
Ils se levèrent tous plus motivés que jamais, portés par cette fierté de régler leurs comptes, de prendre enfin et définitivement leur revanche et par le désir de retrouver leur confiance en eux perdue.
- « Encore une chose » Olivia les interrompit dans leurs mouvements « JE m'occupe de Kyle.
- Ce n'est pas à toi, Ben….
- Si ! J'en fais une affaire personnelle. C'est à moi seule à m'en charger. Vous ne le touchez pas et surtout … » elle reprit après une longue respiration « vous n'éveillez pas ses soupçons. Qu'il ne se doute de rien jusqu'à ce que je le confronte. »
Ils étaient tapis dans l'ombre des piliers de soutien du viaduc, dans les allées et les entrées d'immeubles, dissimulés derrière des voitures ou cachés entre leurs propres sièges, à attendre, patiemment que la cavalerie des Dead Rabbits arrive.
Elliot et ses hommes cassaient tout. Le bruit de verre brisé, de meubles piétinés ou d'armoires renversés emplissait le silence de la ruelle mal éclairée, et abandonnée, à cette heure tardive. A travers les lucarnes opaques des portes de garages en tôle, des ombres se mouvaient dans tous les sens, se projetaient contre les murs, au grès des lampes qui se balançaient sous l'impact des coups.
Puis, des éclairs de lumières jaillirent, au loin, suivis de crissements de pneus, d'accélérations.
- « Les voilà ! » souffla Olivia. « Tenez-vous prêts. ». Ils regardèrent sans bouger la troupe de dix, quinze hommes entrer en masse, enfonçant la lourde porte en bois qui barricadait l'accès au hangar. Olivia pensa très fort à son ami, pris dans un étau. C'était le moment d'agir. « Pas de quartier ! » ordonna-t-elle.
Ils la suivirent tous, au seul commandement. Quand ils franchirent la porte, ils se trouvèrent dans une énorme salle où étaient suspendus, en bout de chaînes, de gigantesques appliques avec des néons. Les murs de béton lisse étaient froids et retenaient la condensation qui se répandait jusqu'au sol en grosses gouttelettes. L'atmosphère était lourde et la température élevée devait très probablement servir à conserver la marchandise protégée dans des boites en carton, stockées dans le fond.
Des débris de tables de bois, de tréteaux et de planches jonchaient le sol, des morceaux de verre, des bouteilles et tubes cassés étaient éparpillés ça et là, toutes les étagères avaient été vidées de leur contenu et mises en pièces. Et au milieu de cet état de ruine, quatre corps humains, ensanglantés, étaient allongés sur le sol, sans cérémonie. Ils devaient être à priori les membres déjà présents dans le laboratoire.
La pièce était éclairée comme en plein jour, mais ils mirent quelques secondes à s'habituer aux flashs des lumières. Ils reconnurent tout de suite leurs compagnons et leurs ennemis et n'attendirent pas plus longtemps pour leur prêter main forte. Les Dead Rabbits étaient dos à l'entrée et ne se rendirent pas compte immédiatement de ce qu'il se passait. Ils ne comprirent pas le sourire qui se dessinait sur le visage de leurs adversaires et quand ils se retournèrent, il était déjà trop tard. La moitié, déjà, fut assommée, surprise par la première vague d'assaut. Les hommes d'Olivia n'allaient pas avec le dos de la cuillère. Quand ils frappèrent, ils y mirent toutes leurs forces, on pouvait entendre les os craquer sous les effets du choc. D'autres corps s'ajoutèrent à ceux abattus. Ils tombèrent comme des mouches, peu à peu. Leur nombre se réduisait considérablement. C'était à leur tour d'être pris en sandwich. L'arrivée du groupe de Thomas et d'Olivia encouragea les hommes d'Elliot. Leur énergie se décupla. Leurs ennemis n'eurent aucune chance. Il n'y eut bientôt plus personne debout.
- « Thomas, sors-les d'ici, tous, entasse-les au bout de la ruelle, sur le chantier. Te gêne pas pour vider leurs poches. Y a un truc qui te plait. Prends-le. Elliot, appelle Willy et embarque tout, puis apporte les jerricans. Toi » Elle s'adressa à Kyle. « Tu restes avec moi, ici. »
Ils ne se le firent pas dire deux fois, dans la seconde qui suivit, ils vaquèrent tous à leurs occupations. Kyle obéit, sans rechigner.
Olivia les regardait faire. Deux par deux, ils traînèrent les corps jusqu'à l'extérieur quand d'autres firent l'inventaire des cartons. Elle marchait lentement de long en large, doucement, les mains dans les poches de son perfecto, les yeux rivés au sol. Elle reconnut Johnny, de l'agression d'Alexandra et le gros baraqué et piercé de sa nuit de solitaire.
Insidieusement, elle s'approcha de Kyle qui ne bougea pas. Puis subitement, sans s'y attendre, elle se retourna et lui envoya un coup de poing magistral dans la figure. Surpris par le geste, le choc et le contact, Kyle fit quelques pas déséquilibrés en arrière et se vautra sur le dos, bras et jambes écartés. Personne n'intervint.
Il saignait abondamment et cria de douleur. Il tenta de se relever de sa main gauche car il tenait le côté blessé de son visage de sa main droite. Alors Olivia lui asséna un coup de pied retourné dans les côtes. Le souffle coupé, interloqué, il regarda sans comprendre son chef, se positionner à cheval au-dessus de lui. Elle se baissa un peu à sa hauteur et il vit briller, à la lueur des néons, que ses doigts étaient bagués d'un coup de poing américain. Elle lui palpa les poches. Elle en vidait tout leur contenu qu'elle étala à ses côtés. Elle saisit ses deux portables, sans dire un mot et glissa dans le répertoire et l'historique des appels et des textos envoyés et reçus. Les yeux de Kyle s'agrandirent. Il n'osa pas effectuer le moindre mouvement. Il venait de comprendre. Elle lut dans son regard la confirmation de sa trahison. Sans approfondir la recherche, elle tomba sur le dernier appel effectué à 2h16 am et le dernier message envoyé à 2h24 : South street 112, ancien hal – Descente mtn – 10hom.
Elle retourna l'écran dans sa direction. Il était saisi d'horreur.
- « Che peux t'exchpiquer… » chuinta-t-il, la joue enflammée, en rampant, à reculons, sur les coudes. A ces mots, elle lui prit violemment le bras puis sa main droite et la lui broyant, sans ménagement, en prenant bien soin de craquer et croquer toutes ses phalanges une à une. La pression n'avait pas besoin d'être forte, le poing américain oeuvrait parfaitement et elle avait de la poigne. Les pointes de métal s'enfonçaient dans la peau du jeune homme et elle sentit le sang chaud s'écouler entre ses doigts. Il hurlait à nouveau sous l'effet de la douleur. Un long cri, déchirant, presque inhumain. Il tenta de s'extirper de son emprise mais elle ne lâcha pas sa prise. Elle le regarda droit dans les yeux, la tête légèrement inclinée et poursuivit sa tâche jusqu'à ce qu'elle soit sûre qu'elle en avait fait du hachis. Elle lâcha sa main, qu'il protégea instinctivement contre lui avec l'autre. Il pleurait ses larmes se mêlèrent à sa morve qu'il ne prit pas la peine d'essuyer. La peur déformait ses traits, sa bouche.
- « Ca ne fait que commencer… » lui affirma-t-elle et elle se rua sur lui.
Les derniers cartons venaient d'être empaquetés, les Dead Rabbits avaient tous été évacués. Il ne restait plus qu'Olivia et Kyle dans l'entrepôt. Une heure s'était écoulée. Une heure de cris, d'hurlements, de torture, puis le silence régna à nouveau.
Ses hommes fumaient sur le parking gratuit, en face. Ils attendaient. Quand elle sortit, elle était seule. Elle s'adressa à Elliot :
- « Emmène-le avec les autres. » Elle pointa les grues et les pelleteuses.
Elliot fit signe à Vern qui le suivit des très près. Ils entrèrent rapidement et en ressortirent aussi Elliot portait son 'cousin' en tenant ses avant-bras et son ami ses chevilles. Il ressemblait à un pantin disloqué. La plupart de ses os ont été fracturés, un liquide épais, visqueux rouge imbibait ses vêtements en lambeaux.
Elliot ne ressentit aucune émotion. Il se débarrassait d'immondices. Il avait eu le temps depuis qu'il avait découvert le double jeu de son cousin, de se faire à l'idée et de se préparer aux représailles. Kyle avait été rayé de sa mémoire, de sa famille depuis longtemps, il ne représentait plus rien. Il était seulement honteux de s'être laissé avoir et que sa famille en ait été la victime.
En lui demandant de l'évacuer, Olivia mettait un point final à cette sombre affaire. Elliot nettoyait l'ardoise.
- « 'L, attends. » l'interpella Sarah. Elle courut à travers la ruelle et le rejoignit. Elle scruta le corps désarticulé et lui cracha dessus. Les autres la regardaient de loin, puis ils firent comme elle, ils encerclèrent leurs compagnons et crachèrent à tour de rôle sur le jeune homme inconscient.
