12.

Je parcours la forêt du regard. Des grognements retentissent tout autour de moi. Affolée, je jette des coups d'œils de tous les côtés. Un hurlement déchire les bois, faisant s'envoler les oiseaux. Je sursaute violemment, le cœur bondissant dans ma poitrine. Un bruissement attire mon attention. Je distingue une forme qui se mouve entre les arbres, mais l'obscurité m'empêche de la voir distinctement. Un autre craquement retentit derrière moi. Je me retourne d'un bond. Paul se tient devant moi. Les muscles tendus, les yeux noirs comme de l'encre, les sourcils froncés, il me regarde d'un air terrifiant. Je recule d'un pas, et me cogne contre quelqu'un d'autre. Jacob. Sa vision me fait sursauter violemment. Ses yeux sont si sombres que je ne distingue même plus sa pupille.

-Bella… gronde-t-il, serrant les poings.

Un nouveau hurlement retentit à travers les arbres.

Je me redresse d'un bond, haletante. Il me faut quelques secondes avant de comprendre que je suis en sécurité, dans ma chambre. Je passe une main dans mes cheveux tout en calmant les battements de mon cœur.

Mes réflexions de la nuit dernière me paraissent floues un instant, puis la réalité de ce que j'ai enfin fini par comprendre me frappe de plein fouet. Jacob. Jacob n'est pas humain. Les Quileute sont différents. Cette idée sonne encore faux dans mon esprit, mais je sais que c'est la seule vérité qui tienne. Je sors mon téléphone de ma table de nuit. Aucun message. Je soupire. Je ne sais pas comment va se comporter Jacob après ça, mais je suis sûre d'une chose.

Je ne vais pas le laisser tomber. Je ne sais pas exactement ce qu'il est. Je sais seulement que c'est un être dangereux. Mais pas envers moi. Jacob ne me ferait jamais aucun mal. Et je dois absolument lui faire comprendre que je ne lui en veux pas, que je n'ai pas peur de lui. Son visage désemparé me revient en mémoire. Je ferme un instant les paupières. Je ne supporte pas de le voir dans un tel état. Il doit penser que je ne veux plus rien avoir à faire avec lui, que je le déteste. Peut-être pense-il que j'ai déjà fui Forks. Mais je ne compte pas le faire. Et avec tous les messages que je lui ai laissé, il doit certainement savoir que je ne compte pas partir. Je lui ai fait une promesse, après tout. Ne jamais le laisser. Désormais, je comprends ses inquiétudes. C'est ce que tu dis maintenant. Je me demande ce qu'il en sera quand… Je lui avais demandé quand quoi. Désormais, c'est clair. Il avait peur que je comprenne. Que je comprenne qu'il n'est pas vraiment celui qu'il laisse paraître.

Je décroche de nouveau mon téléphone, espérant qu'il finira par me répondre, mais je tombe directement sur sa messagerie. A-t-il éteint son téléphone ? Une mauvaise intuition s'empare de moi. Il a quitté le lycée hier, rongé par la culpabilité de ce qu'il a failli me faire. Je veux qu'il m'avoue tout, qu'il me dise ce qu'il est, que je comprenne enfin.

Je me lève d'un bond et me prépare rapidement. Je ne dois sûrement pas compter sur lui pour aujourd'hui. Il ne viendra pas me chercher, c'est évident. Sera-il seulement au lycée ? Je l'espère. Il ne peut tout de même pas sécher les cours à cause de ça. Il ne m'a pas fait de mal, il doit le comprendre.

Je trépigne d'impatience pendant tout le petit-déjeuner, ne rêvant que d'une seule chose, arriver au lycée pour pouvoir lui parler. John sent mon impatience, car il hausse un sourcil :

-Tu sembles bien nerveuse aujourd'hui.

Je hausse les épaules.

-Quelque chose d'important à régler, j'élude. Mary, quand est-ce que je pourrai conduire de nouveau ?

-Pas avant la fin de la semaine.

Je marmonne.

-Pourquoi, Jacob ne vient pas te chercher ?

-Il n'a toujours pas la voiture de son père, je mens.

-Bon, eh bien, je t'emmène, dans ce cas, je suppose, propose John.

Je hoche la tête.

-Merci. Je vais chercher mon sac !


Arrivée au lycée, je parcours du regard le parking, à la recherche d'une moto rouge. Peut-être n'est-il pas encore arrivé.

-Bella !

Khristie et Julie viennent vers moi, un grand sourire aux lèvres.

-Salut, je leur dis avec un petit sourire, alors que l'angoisse me serre la poitrine. Comment va Marc ?

-Plutôt bien, il devrait revenir en cours d'ici la fin de la semaine.

-Pour une fois que tu n'es pas avec Jacob, on s'est dit qu'on pouvait venir te saluer, sourit Julie.

-D'ailleurs, c'est vrai ça, où est-il ? demande Khristie.

Je serre les dents, essayant de refréner mon angoisse.

-Justement, je le cherche, vous ne l'auriez pas vu ?

-Non, on vient d'arriver. Ça va bientôt sonner, tu viens ? demande Khristie.

Je hoche la tête. Alors que nous traversons le parking, Julie s'approche de moi et dit à voix basse :

-Tout va bien ? Tu as l'air… Un peu à cran.

Terrifiée, plutôt, je faillis dire.

-Je suis juste inquiète.

-A propos de Jacob ?

Je hoche la tête.

-Il faut que je lui parle. Si tu l'aperçois, dis-le moi, tu veux bien ?

Julie acquiesce, sans insister. La sonnerie retentit, et il n'y a toujours aucune trace de la moto sur le parking. Je me rends en cours, la boule au ventre.


Je passe les deux heures suivantes à me ronger les sangs. Il faut que je lui parle, que je le trouve. Pourquoi est-ce que je n'ai aucun cours avec lui ce matin ? Je marmonne intérieurement, et essaie de suivre les cours au mieux. Quand l'heure de la récréation sonne, je bondis hors de la salle et me précipite jusqu'au banc où nous avons l'habitude de nous retrouver. Vide. Le cœur serré, la panique m'enserrant la poitrine, je fais le tour du lycée, en vain. Il est introuvable. Je me dirige alors vers le parking. Je distingue tout de suite Embry, Quil et Dan, près d'une voiture, mais pas de trace de Jacob. Je me précipite vers eux.

-Embry ! je le hèle.

Ils se tournent vers moi, et leurs visages s'assombrissent. Maintenant que l'évidence m'a sauté aux yeux, je ne peux m'empêcher de les regarder d'un œil différent. J'essaie d'imaginer ce qu'ils peuvent être en réalité, mais mon imagination reste stérile.

-Bella, tu ne devrais pas… commence Embry.

-Où est Jacob ? je le coupe.

Ils se jettent des coups d'œils.

-Il est malade, finit par répondre Quil.

-Il ne viendra pas pendant un moment, renchérit Dan.

Je ne les crois pas une seule seconde. Jacob n'est jamais malade.

-Embry, tu ne vas pas me faire croire ça, pas après ce qui s'est passé hier ! je proteste.

-C'est la vérité, dit celui-ci d'un ton grave.

-Je t'en supplie, dis-moi la vérité. Pourquoi n'est-il pas là ? A cause de hier ?

Embry soupire.

-Je reviens, les gars.

Il s'approche de moi, m'attrape par le bras et m'entraîne à l'écart.

-Laisse tomber, Bella, d'accord ?

-Je dois lui parler !

-Tu es vraiment suicidaire, c'est ça, l'histoire ? Après ce qu'il t'a fait hier…

-Il ne m'a rien fait ! Je vais bien ! Je sais qu'il n'a pas fait exprès, je n'ai pas peur de lui !

Embry penche la tête et son regard me donne envie de frissonner. A-t-il compris que je suis au courant ? Que j'ai déduis seule qu'ils sont… différents ?

-Je te l'ai dit hier, cette histoire te dépasse.

-Tu te trompes! Je suis tout à fait capable de comprendre. Je dois lui parler, lui dire…

-Lui dire quoi ?

-Que je ne lui en veux pas ! Et qu'il n'a pas à s'en vouloir !

Je décide de tenter le tout pour le tout.

-Vous ne pourrez pas me cacher vos secrets pendant longtemps. Je ne suis pas aveugle, et encore moins idiote.

Il pousse un soupir rageur et s'approche dangereusement de moi, ce qui m'oblige à reculer d'un pas.

-Ne redis jamais ça, gronde-t-il. Tu dis que tu n'es pas idiote, mais finalement, j'en doute.

-Je sais, Embry, je dis d'un ton lourd de sens.

-Je m'en fiche de ce que tu sais ou non ! vocifère-t-il. Reste en dehors de ça. Si Paul ou les autres t'entendent…

-Quoi ? Qu'est-ce qu'ils feront ?

Je sais que je risque peut-être même ma vie à lui parler de cette façon, à le provoquer, mais il se contente de prendre une grande inspiration.

-Jacob nous a foutu dans une belle galère ! Ce n'est pas à moi de régler ça, je ne veux pas être mêlé à vos histoires !

-Alors dis-moi où il est !

-Il ne veut pas te parler, Bella, assène-t-il. Il m'a demandé de te dire que tu devais l'oublier.

Je recule comme s'il m'avait giflé.

-Tu mens. Jacob ne dirait pas ça.

-Qu'est-ce que tu en sais ? Ça vaut mieux pour tout le monde ! Il veut que tu l'oublies, ou que tu t'en ailles, mais dans tous les cas, que tu lui foutes la paix !

Je refuse de le croire.

-Alors, quoi, il ne va plus venir en cours ?

-Pas pour le moment.

-Je dois aller le voir.

-Non, Bella ! s'exclame-t-il. Tu n'y vas pas, tu ne l'appelles pas, tu l'oublies, c'est clair ? C'est ce qu'il a demandé !

-Je sais que c'est faux. Il fait ça pour me protéger.

Embry hausse un sourcil.

-Il a peur de me faire du mal ! Écoute, je ne sais pas tout, et j'aimerai beaucoup comprendre, mais j'ai compris, vous êtes dangereux. Mais Jacob ne me ferait pas de mal, je le sais. S'il dit ça, c'est pour me tenir éloigné de lui.

-Crois ce que tu veux, mais ça revient au même. Il m'a dit que c'était terminé, entre vous.

-Alors pourquoi ne vient-il pas me le dire en face !

Je sens la colère affluer dans mes veines.

-Arrête, Bella. Pour ton bien, lâche l'affaire, et accepte de le laisser tranquille. Il est mon meilleur ami. Je sais ce qu'il souhaite. Et il souhaite, par dessus tout, que tu l'oublies. Je suis désolé, Bella, vraiment. Je n'ai rien à te dire de plus. Oublie cette histoire. Pour notre bien à tous.

Sur ce, il pose sa main sur mon épaule, comme dans un élan de compassion, avant de s'éloigner. J'ai l'impression que le monde est en train d'imploser autour de moi. Il ne viendra pas. Je ne pourrais pas discuter avec lui. Il ne veut plus me voir. Parce qu'il veut pas me blesser, ou parce qu'il ne veut pas que j'apprenne ce qu'il est réellement. Mais il m'a promis de ne pas me laisser tomber. Jamais. Il ne peut tout simplement pas disparaître du jour au lendemain, et rompre tout contact avec moi !

La sonnerie retentit, interrompant le cours de mes pensées. Je retourne en cours, la gorge nouée. Je dois absolument trouver un moyen de lui parler. Je ne peux pas aller à la réserve vu que je ne peux pas conduire. Il ne répond pas au téléphone. Un élan de désespoir s'insinue en moi. Comment est-ce que je vais pouvoir lui parler ? Lui expliquer que je sais, qu'il n'a pas besoin de me tenir à l'écart de tout ça ?


Je passe la semaine la plus effroyable de toute ma vie. Je vis avec l'angoisse nichée au sein de ma poitrine. Jacob ne répond pas au téléphone. Je lui ai laissé des messages, des textos, en vain. J'ai essayé d'appeler son fixe, qu'il m'a donné une fois, au cas où, mais personne ne répond. A croire que son père veut aussi me tenir éloigné de lui. Chaque jour, j'essaie de parler à Embry, je le suppliai de lui dire de revenir en cours, mais il s'en fiche. Il se borne à me répéter que je dois l'oublier, tourner la page. Je ne peux pas m'y résoudre. Je ne peux pas imaginer ma vie ne serait-ce qu'une seule petite semaine sans lui. J'ai mis des mois avant de comprendre l'inévitable, avant de comprendre que le garçon que j'aime n'est pas tout à fait ce que j'espérais. Il ne peut pas tout gâcher à cause de ce qui s'est passé lundi. Bien entendu, je savais que ce n'est pas entièrement dû à ça. Les Quileute veulent me tenir à l'écart, ils ne veulent pas que je découvre leur secret.

Je passe d'ailleurs la plupart de mes soirées sur internet, à lire des sites qui me donnent la nausée. Après avoir lu un nombre incalculable de mythes sur toutes les créatures obscures qui peuplent notre monde, j'éteins l'ordinateur, incapable de lire une ligne de plus. Je ne peux pas deviner comme ça. Aucune des caractéristiques ne correspond. Il en manque toujours une, qui me fait oublier ma théorie. Mes recherches sont totalement infructueuses.

Pour ne rien arranger, mes nuits sont de plus en plus courtes. Quand j'arrive à m'endormir, ce qui se fait de plus en plus rares, de terribles cauchemars me réveillent immédiatement, me laissant hagarde et désorientée. J'ai l'impression de ne plus vivre. Ma vie se résume à me lever le matin, aller au lycée, faire des recherches sur internet qui ne donnent jamais rien, puis essayer de dormir un peu.

Mes amis s'inquiètent également. Khristie n'arrête pas de me demander où est passé Jacob. Elle est aux petits soins pour Marc, qui est revenu en cours avec des béquilles. Tout le monde est aux petits soins avec lui, d'ailleurs. Sauf moi. Moi, je reste les yeux dans le vague sans m'intéresser vraiment à leurs conversations. Quand ils insistent à propos de Jacob, je suis les recommandations de Embry, je leur dis qu'il est malade, qu'il sera absent un moment. Mais mon mensonge n'est pas très bien fait. Elles doivent voir à ma mine inquiète que ce n'est pas l'exacte vérité. Elles me demandent alors si c'est contagieux, si je vais souvent le voir, et ces questions me donnent envie de pleurer. Je me replie à ce moment-là sur moi-même, j'élude leurs questions, je réponds par des monosyllabes. Plus les jours passent, plus je m'enfonce, et je ne suis pas sûre d'arriver à me relever. Tous les matins, je guette sa moto. John suit mon regard, me demandant ce que je cherche avec autant d'assiduité. Lui aussi pense que Jacob est malade, ce qui l'étonne venant d'un grand gaillard comme lui. Et chaque jour, mes épaules s'affaissent quand je constate qu'il n'est pas là.

Je tiens jusqu'à la fin de la semaine, jusqu'à ce que je sois enfin autorisée à conduire. Le vendredi, après les cours, je fonce jusqu'à la réserve de la Push. Je dois lui parler.

Fébrile, je gare la voiture devant chez lui. J'ai l'impression de ne pas être venu depuis une éternité. La moto n'est pas là. Je sors de la voiture, et vais toquer à la porte. Celle-ci s'ouvre sur un homme aux cheveux grisonnants, assis dans un fauteuil roulant. Billy Black, le père de Jacob, que je n'ai jamais eu la chance de rencontrer. Je comprends pourquoi, désormais. Son père doit être comme les autres, et ne pas cautionner notre relation. Il semble surpris de me voir.

-Bonjour, Monsieur Black, je suis…

-Bella Swan, me coupe-t-il de sa voix rouillée par le tabac. Je sais qui tu es.

-Est-ce que Jacob est là ?

-Non, il est avec des amis.

-Où ça ?

-Aucune idée. Il est grand, mon fils, il va où il veut.

Je serre les poings. Il me regarde d'un air dédaigneux.

-S'il vous plaît, je dois vraiment lui parler.

-J'ai cru comprendre qu'il ne partageait pas cet avis. Rentre chez toi, Bella. Tu n'es pas la bienvenue ici, lâche-t-il avec mépris.

Je tente d'insister, mais je comprends à son regard que ça ne servira à rien.

-Dites lui au moins que je suis passée, et que je dois lui parler. S'il vous plaît.

Il marmonne.

-On verra. Va-t-en, maintenant.

Il me ferme alors la porte au nez. Je reste un instant indécise, frustrée de ne pas pouvoir voir Jacob. Je rentre chez moi, et tente encore une fois de l'appeler, sans réponse. Je balance le téléphone sur le lit en poussant un cri de rage, avant de me laisser moi aussi tomber sur le matelas. Je ne pleurerais pas. Ça, non. Jacob ne va pas se débarrasser de moi comme ça.


Je regarde la pluie de ma fenêtre, observant la forêt d'un œil morne. Déjà dimanche, déjà une semaine, et toujours pas de nouvelles de lui. Il n'a même pas essayé de me rappeler. Je doute que Billy l'ait prévenu de mon passage. Le caractère pluvieux de ce week-end ne m'aide pas, bien au contraire. J'ai passé la journée enfermée dans ma chambre, à essayer de travailler, mais ma concentration n'est pas au beau fixe. On toque soudain à la porte.

-Je peux entrer ? demande Mary en passant la tête dans l'entrebâillement de la porte.

Je hoche la tête et me tourne vers elle.

-Je voulais te parler un instant, dit-elle en s'asseyant sur le lit.

-De quoi ?

-De Jacob.

Mon cœur se serre rien qu'à son prénom.

-Je sais que tu as dit qu'il est malade, mais… tu as l'air… triste depuis le début de la semaine. Et tu ne vas jamais le voir. Alors, je voulais savoir s'il y avait un problème. S'il est simplement… malade, ou si c'est plus grave que ça.

Je croise les bras et m'appuie contre la fenêtre. Le carreau froid me rafraîchit le dos.

-C'est… un peu compliqué entre nous, en ce moment, je finis par avouer, fatiguée d'essayer de mentir à tout le monde.

-Je vois. Je m'en doutais un peu, ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu si… désemparée.

-Je ne sais pas quoi faire, Mary. Il refuse de me parler.

-Vous vous êtes disputés ?

Je grimace.

-C'est un peu plus compliqué que ça. Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il y a eu une sorte de… malentendu entre nous, et il ne répond plus à mes appels.

Mary fronce les sourcils.

-Pourquoi ne vient-il plus en cours, alors ?

Il me faut quelques instants pour trouver une réponse.

-Il est réellement malade, en fait. Rien de bien grave, mais il va louper les cours quelques temps. Seulement, il y a aussi ce… froid, entre nous.

-Peut-être que tu devrais attendre qu'il aille mieux, avant d'essayer de renouer avec lui.

-Je ne peux pas ! je m'exclame avec un peu trop d'ardeur, ce qui surprend Mary. Écoute, je… je n'aime pas être loin de lui. Il me manque.

-Tu l'aimes vraiment, hein ?

Je hoche la tête.

-Je trouve ça très beau, Bella, sourit-elle en se levant et en s'approchant de moi.

Elle me prend dans ses bras, et je m'efforce de retenir mes larmes. Elle m'écarte d'elle et essuie une larme solitaire qui coule le long de ma joue.

-Et je n'aime pas te voir comme ça. Je ne sais pas ce qu'il y a eu entre vous, mais vous êtes faits pour aller ensemble, j'en suis certaine. Il fait ton bonheur, je le vois bien. Alors, ne te décourage pas aussi facilement. SI tu penses que c'est rattrapable, si tu penses qu'il y a une chance pour que tu puisses de nouveau être près de lui, saisis-la.

Mary a posé ses mains sur mes épaules.

-On est d'accord ?

Je sens un regain d'énergie m'envahir. Je ne peux pas laisser tomber aussi facilement. Ce qu'a dit Embry est faux. Il ne peut pas du jour au lendemain décider de ne plus m'aimer. Non, il veut me tenir éloigné de lui. En abandonnant, je romps ma promesse, cette promesse de ne jamais le laisser tomber. Je ne peux pas faire ça. Coûte que coûte, je dois lui parler, lui dire que je me fiche qu'il soit humain ou non. Je me sens également en colère. Comment peut-il penser que me tenir éloignée de lui me fera l'oublier ? Il me connaît bien mal.

-Mary, est-ce que tu pourrais me prêter ton téléphone ? Il ne répond pas avec le mien quand il reconnaît le numéro.

Mary sourit.

-Bien entendu. Je vois un nouvel éclat dans tes yeux. Je suppose que tu es persuadée de pouvoir le raisonner ?

-Oh, oui. Je suis plus têtue qu'il ne le pense.

Mary plonge la main dans sa poche et me tend son téléphone.

-Dans ce cas, bonne chance. J'espère qu'il sera assez malin pour comprendre à quel point tu tiens à lui.

-Il le sait. Enfin, je crois. Il pense juste qu'il vaut mieux que je sois loin de lui. Pour me protéger.

-Quelle idée stupide. Tu es bien assez forte pour te protéger toute seule, affirme-t-elle.

Si seulement elle savait de quoi je veux parler réellement, elle ne tiendrait sûrement pas le même discours. Peu importait, ses paroles me font du bien.

-Merci, je lui dis d'un ton franc.

Elle me glisse un dernier sourire avant de se retirer. Je compose tout de suite le numéro du téléphone fixe de chez Jacob. Peut-être que j'aurai la chance qu'il soit chez lui, sinon j'essaierai le portable. Il répond au bout de deux tonalités.

-Allo ? demande-t-il, et je reconnais immédiatement sa voix, qui m'emplit de bonheur.

Sa voix me manque tellement.

-Jacob ?

Un silence au bout du fil.

-Jacob, ne raccroche pas, s'il te plaît. Il faut absolument que je te parle.

-Non.

-Comment ça, non ? Laisse-moi moi au moins m'expliquer.

-T'expliquer ? Tu n'as rien à expliquer, Bella.

-Je m'en fiche de ce que tu as fait lundi ! Je ne t'en veux pas, pas le moins du monde.

Un nouveau silence au bout du fil. Je ne l'ai jamais vu aussi froid.

-Tu devrais. De toute façon, ce n'est pas le problème. Il faut que tu m'oublies, Bella.

-Et notre promesse ? je réplique d'un ton acerbe, sentant le colère monter en moi devant son ton si impassible. Tu m'as promis de ne pas me laisser tomber, et j'ai fait de même !

-On est pas dans un conte de fées, Bella. Les promesses sont bien jolies, mais tu n'es pas naïve au point de penser qu'elles sont réelles, quand même ?

Au lieu de me sentir vexée ou blessée, ma colère redouble.

-Tu plaisantes, j'espère ! Il y a une semaine, tu me dis que tu ne peux pas vivre sans moi, et maintenant, je ne compte plus pour toi ? Je n'y crois pas une seconde !

-Arrête. Oublie-moi, et ne rappelle pas.

J'ouvre la bouche, mais la tonalité de fin d'appel m'interromp. Je regarde le téléphone un instant, interdite. Sérieusement ? Il se défile aussi facilement ? S'il pense que je vais tomber dans le panneau de son petit numéro, il se trompe. Il a répondu au téléphone fixe. Il est chez lui. Parfait. Je prends ma veste et une écharpe, l'enfile rapidement avant de descendre en trombe les escaliers.

Mary déboule dans l'entrée, surprise par tout ce vacarme.

-Où tu vas avec ce temps ?

-Chez Jacob ! Tiens, merci pour le portable !

Mary le prend d'un air perplexe.

-Tu es sûre que c'est une bonne idée ? Tu as l'air.. remontée.

-Oh oui, ça je le suis ! J'ai quelque chose à régler !

Je n'attends même pas sa réponse. Je prends rapidement les clés de la camionnette et sors de la maison.

-Ne rentre pas trop tard !

Je traverse le jardin à vive allure, l'adrénaline coupant ma maladresse, pour une fois. Je dois me dépêcher, avant qu'il ne risque de sortir. Avec ce temps, ça m'étonnerait beaucoup. Je mets le moteur en marche, qui gronde et je me précipite sur la route.


J'arrive quelques minutes plus tard devant chez lui. Il pleut tellement que je distingue à peine les lumières de la maison. Il est là, je le sens. J'ouvre la portière, et me protège du mieux que je pouvais avec ma main en coupe au-dessus de ma tête, pour voir où je mes les pieds. Arrivée devant la maison, je suis déjà trempée de la tête aux pieds. Je toque à la porte, qui s'ouvre sur Billy. Il fronce les sourcils.

-Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

-Je dois le voir, Monsieur Black.

-Il n'est pas là.

Je pars d'un rire nerveux, et il me ferme la porte au nez. Furieuse, je donne des coups sur la porte. Billy rouvre.

-Je sais qu'il est là ! je m'exclame. Alors, vous allez lui dire de sortir! Je ne partirai pas tant qu'il ne sera pas sorti de cette foutue baraque !

Il ferme de nouveau la porte. Je tourne les talons, retourne vers la voiture et m'appuie contre le capot. Je ne partirai pas. Ça non. Je vais rester sous cette pluie battante, et attendre. Il finira bien par se lasser de ce petit jeu. Trempée jusqu'aux os, mes cheveux gouttent dans mon dos, et je n'y vois plus rien. Je distingue à peine la porte d'entrée. Le froid s'insinue en moi, mais je résiste. Je ne partirai pas.

Je crois attendre une éternité avant que la porte ne s'ouvre enfin sur une imposante silhouette que je vois à peine. Je reconnais enfin son visage quand il s'approche de moi, portant un simple tee-shirt et un jean déjà trempés eux aussi. Je devrais me sentir heureuse d'enfin le revoir, mais son regard est si farouche que je le reconnais à peine. Il ne m'a jamais regardé de cette façon. Sauf dans mes cauchemars.

-Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans « oublie-moi » ! s'exclame-t-il.

-Et toi qu'est-ce tu ne comprends pas dans « je ne compte pas lâcher le morceau aussi facilement » !

Il s'arrête à quelques mètres de moi.

-Bella, monte dans cette voiture, dit-il d'une voix plus calme.

Je me redresse, rompant le contact avec la voiture.

-Ça ne risque pas. Pas avant qu'on ait pu s'expliquer clairement !

-Il n'y a rien à expliquer.

Mon rire nerveux reprend.

-J'espère vraiment que tu plaisantes. Après ce qui s'est passé lundi, tu estimes qu'il n'y a rien à expliquer ?

Je devine une lueur de souffrance dans ses yeux.

-Ce n'est pas ta faute, Jacob, je ne t'en veux absolument pas pour ce que tu as fait ! Je vais très bien, tu vois ? Tu ne m'as pas blessée, alors arrête de te planquer chez toi !

-Pourquoi est-ce que tu es si têtue ?

-Tu pensais vraiment pouvoir te débarrasser de moi comme ça ? En demandant à Embry de me faire passer le message : il ne veut plus de toi, oublie-le ! Je ne suis pas stupide, Jacob ! Je sais pourquoi tu fais ça !

-Tu ne sais rien du tout ! crie-t-il soudain, me surprenant quelque peu, mais je ne bronche pas d'un millimètre.

-Tu me prends vraiment pour une idiote ? Tu penses vraiment que je n'ai pas compris ? Je sais, Jacob. J'ai mis du temps à le comprendre, et à l'accepter, mais je connais tes petits secrets, à toi et aux Quileute ! Tu n'as pas besoin d'essayer de me tenir à l'écart de cette façon.

Jacob s'approche soudain de moi et son regard se plante dans le mien. Nos visages ne sont qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

-Ah oui, tu sais ? Alors pourquoi tu ne le dis pas ?

-Je n'ai pas peur de toi, Jacob. Tu peux faire ce que tu veux.

-Alors dis-le ! Si tu es si sûre de toi ! hurle-t-il.

Je devrais avoir peur, je devrais reculer, prendre la fuite, mais je ne bronche toujours pas.

-Tu n'es pas humain, je lâche de but en blanc.

Son regard se transforme brutalement. Son air colérique est remplacé par une pointe de tristesse et de désespoir, et aussi de surprise. Il pensait que je n'étais pas capable de le dire.

-Je n'ai pas peur, Jacob. Je m'en fiche de ce que tu peux bien être. Je veux juste être près de toi. C'est ce que tu voulais toi aussi, tu te souviens !

-Tu n'as pas peur, répète-t-il avant d'éclater de rire.

-Qu'est-ce qu'il y a de drôle !

-Tu comprends que ton petit ami n'est pas tout à fait humain, tu n'as même pas idée de ce qu'il peut être, et tu n'as pas peur !

-Je sais que tu ne me feras rien. Je veux juste que tu te confies à moi, Jacob ! Pourquoi tu ne me dis pas la vérité ? Pourquoi, pendant tout ce temps, tu as fait semblant, si finalement c'est pour me jeter de cette façon !

-Si je te disais, là, tout de suite, ce que je suis réellement, tu aurais peur, affirme-t-il d'un air sombre.

-Alors dis-le moi. Comme ça, tu auras réussi. Je partirai.

-Tu mens. Tu es bien plus têtue que ce que je pouvais imaginer. Même si je te disais la vérité, tu ne partirais pas, et tu me causerais des ennuis.

-Pourquoi, parce que je ne suis pas sensée être au courant ? C'est bien pour ça que les Quileute me détestent, n'est-ce pas ? Tu t'es approchée de moi, alors que c'est interdit ! Pourquoi avoir fait ça, si tu savais qu'on en arriverait là ?

-Je pensais que c'était possible, lâche-t-il. C'était peut-être idiot de ma part, mais je pensais vraiment qu'on pourrait être ensemble sans que tu ne sois jamais au courant.

-Tu as raison, c'était complètement idiot ! Comment as-tu pu penser que j'étais si aveugle que ça !

-Peu importe ce que j'ai cru ou non, Bella. Le fait, c'est que maintenant, tu dois m'oublier, et t'en aller d'ici.

-Je connais la vérité, Jacob. Les Quileute ne peuvent pas me faire oublier. Qu'est-ce qu'ils ont prévu pour ce genre de cas ?

-Justement, ils n'ont rien prévu ! C'est bien ça, le problème ! Ce n'est jamais arrivé. La règle première, ne jamais s'approcher des humains, pour qu'ils ne découvrent pas notre vraie nature. Et maintenant, tu débarques en disant que tu es au courant. Comment crois-tu qu'ils réagissent ? Ils ont peur, Bella. Ils ne savent pas quoi faire. C'est bien pour ça que je veux que tu t'en ailles et que tu oublies ça.

-Pourquoi, sinon quoi ? Ils vont me supprimer ?

Jacob secoue la tête.

-Ils ne feraient jamais ça.

-Alors, c'est quoi le problème ? Tu n'as qu'à me dire toute la vérité, et nous aviserons après ! Ils seront bien obligés de m'accepter ! Je n'irai jamais le répéter, Jacob, tu devrais le savoir ! De toute façon, personne ne me croirait.

-Je ne peux pas faire ça, Bella ! Je n'ai pas le droit de te le dire. Je ne dérogerai pas à cette règle, j'en suis incapable.

-Incapable ?

-Écoute moi. Il y a certaines choses que je ne peux pas faire. Ça, ça en fait partie. Je ne trahirai pas les miens, pas encore une fois. De toute façon, ce qui s'est passé lundi m'a ouvert les yeux. Notre relation est impossible.

-Pourquoi ?

-Parce que je pourrai te faire du mal ! Je l'ai toujours su, mais j'ai essayé de faire comme si tout allait bien. Lundi, il aurait pu se passer bien pire si je n'avais pas repris le contrôle ! Ce serait tout le temps comme ça, Bella ! Tout se passerait bien, et du jour au lendemain, je…

Sa voix se brise. Je réfléchis à toute vitesse. Il faut que je trouve de quoi le convaincre.

-Nous n'avons qu'à instaurer des règles.J'ai essayé de t'empêcher de frapper Paul. C'est noté, ne pas s'approcher quand tu es en colère. Il suffit que tu m'expliques, Jacob. Tu me mets encore plus en danger en voulant absolument me tenir à l'écart de la vérité.

Il secoue la tête.

-Ça ne marche pas comme ça. Nous sommes trop… instables.

-Ça fait plusieurs mois qu'on se connaît ! je m'emporte. Il n'est jamais rien arrivé ! Il n'y a pas de raisons que ça se reproduise. Je ne comprends pas pourquoi tu as aussi peur.

-Tu ne peux pas comprendre, tu… tu ne connais pas toute l'histoire. Il faut vraiment que tu partes. Ils vont te détester, et me détester par la même occasion. Ils n'accepteraient jamais, tu peux me croire. Ils feraient de ta vie un enfer !

-Je m'en fiche, de ce qu'ils peuvent penser.

Jacob secoue de nouveau la tête.

-Tu ne comprends pas. Il y a tellement de raisons qui font que c'est impossible.

-Nous trouverons des solutions. Il y a toujours des solutions. Tu n'as plus besoin de me mentir.

-Non ! S'emporte-t-il. Tu ne comprends pas ! Je ne peux pas te le dire ! J'ai déjà désobéi un nombre incalculable de fois, en te côtoyant, en me rapprochant de toi ! Te révéler notre nature, c'est au-dessus de mes forces. Ce serait la pire des trahisons. J'ai réussi à ne pas franchir cette limite en te gardant éloignée de la vérité, mais désormais… Je ne peux pas faire ça, Bella.

-Pourquoi dois-tu autant respecter les règles ?

-Parce que je n'ai pas le choix !

-On a toujours le choix.

-Non, affirme-t-il. Pas toujours.

Ses épaules s'affaissent. Nous restons un instant silencieux, nous observant à travers le rideau des gouttes. Je suis transie, mais j'essaie de me retenir de claquer des dents. Jacob est aussi trempé que moi. Ses cheveux gouttent partout, l'eau s'écoule le long de son visage, de son menton, de ses mains. Les éléments se déchaînent autour de nous, mais je ne voulais pas partir.

-Tu comprendrais, si tu savais, je t'assure, reprend-il. Je ne peux résolument pas t'avouer ce que je suis. Il y aura toujours cette barrière entre nous, Bella. Est-ce que tu pourrais vraiment continuer à m'aimer sans savoir qui je suis vraiment ?

C'est impossible. Je le sais. Je ne répond pas, mais mon expression en dit long.

-Tu vois, tu le comprends maintenant. Notre amour est impossible. Je ne pourrais pas rester près de toi, en continuant à continuellement te mentir. Je ne peux pas trahir les miens.

-Tu n'y es pas forcé. Pas si je le découvre toute seule.

Ses yeux s'assombrissent.

-Non, Bella. N'essaie de pas de savoir.

-Pourquoi pas ? Tu ne peux pas me le dire ? Très bien. Alors je trouverai seule. Ça ne doit pas être si compliqué à deviner, à part si tu es une espèce de divinité, ou quelque chose qui n'a jamais existé dans les légendes et mythes de ce monde. Je trouverai.

-Est-ce que tu m'écoutes, quand je parle ! Même si tu devines seule, cela reviendra au même ! Je n'ai pas le droit d'être avec toi !

-Tu as bien transgressé les règles quand on s'est rencontré.

Je sens que je l'exaspère. Il semble totalement désemparé.

-Arrête d'argumenter. Tu ne peux pas savoir à quel point c'est impossible. J'ai essayé de me persuader du contraire, mais j'ai compris, maintenant, et tu devrais en faire autant ! Pars, Bella. S'il te plaît. Retourne vivre à Phoenix, auprès de ton père.

-Comment tu peux me demander une chose pareille ! Je t'ai dit que je ne te laisserai jamais ! Je l'ai promis, et quand je fais des promesses, je les tiens, quoiqu'il advienne !

-C'est moi qui te demande de partir ! rugit-il soudain en s'approchant de nouveau, me surplombant de toute sa hauteur. Je veux que tu t'en ailles, que tu ne reviennes jamais, et surtout, que tu arrêtes de penser à moi, que tu arrêtes d'essayer de savoir ! Ça ne peut t'apporter que des malheurs !

-Tu ne peux pas m'y obliger, je proteste, le défiant du regard.

-Tu veux que je te supplie, c'est ça ?

-Non !

-Alors, quoi, tu veux que j'utilise une autre méthode ?

Ses yeux lancent des éclairs, et je sais même avant qu'il ne parle que je vais détester ses paroles.

-C'est terminé, Bella! Nous deux, ça n'existe plus! C'était voué d'avance à ne pas fonctionner, j'ai juste été trop bête pour le voir! Nous n'appartenons pas au même monde ! Tu es une simple humaine, une chose fragile, qui ne peut m'apporter que des ennuis ! Que des problèmes ! Cet amour ne serait pas bénéfique, pour aucun de nous deux !

-Arrête, je le supplie en reculant d'un pas, sentant les larmes monter.

-Tu ne me laisses pas le choix ! continue-t-il à crier. J'ai été idiot de penser que j'étais capable d'aimer une simple humaine, alors que les filles de ma tribu sont justes sous mes yeux ! Être avec elles, ce serait tellement plus simple ! Tu ne veux pas me laisser tomber, je l'ai compris, mais je te le demande ! Je te demande, pour notre bien à tous les deux, et bien plus encore, de laisser tomber l'affaire ! De rentrer chez toi, de m'oublier, de continuer ta vie, de rencontrer un garçon normal et de faire ta vie avec lui !

-Je n'en ai pas envie.

Je sens que je suis allée trop loin, que Jacob est sur le point d'exploser. Ses yeux deviennent aussi noirs que de l'encre, et il pointe un doigt sur moi, le corps parcouru de tremblements.

-Je m'en fiche, de ce que tu peux avoir envie ou non ! Je ne veux pas de toi, Bella !

Je sais qu'il ne le pense pas réellement. Il fait ça pour que je m'en aille, pour que je laisse. Pour me blesser. Et, je dois l'avouer, même si je sais qu'il ne pensait rien de tout ça, ou du moins pas la totalité, j'ai l'impression qu'il m'enfonce un couteau dans la poitrine. Les larmes montent, sans que je puisse les retenir.

-Alors, maintenant, tu vas monter dans cette putain de voiture, et tu vas arrêter de m'appeler, ou d'essayer de me voir !

Il n'a jamais parlé aussi fort, aussi méchamment. Je sens les sanglots commencer à me secouer, mais je m'efforce de les refouler du mieux que je peux.

-Je sais que tu n'en penses pas un mot, je finis par balbutier. Tu penses que c'est la meilleure chose pour nous deux, mais tu te trompes. Je ne peux pas vivre sans savoir qui tu es vraiment, et encore moins sans toi. Tu ne veux pas de moi ? D'accord. Mais tu ne pourras pas m'empêcher de découvrir la vérité.

Avant qu'il ne puisse répliquer et crier une nouvelle fois, je le contourne et me précipite sur ma camionnette. Il a atteint un point de rupture. Il a la même allure que le jour où il a failli me frapper. Il a raison, il est dangereux.

Et j'ai compris certaines choses. Je dois respecter certaines choses. La première, ne pas continuer à le provoquer quand il est dans un état pareil. La seconde, arrêter de le harceler pour connaître la vérité, parce qu'il ne me la dira pas. Aucun des Quileute ne me le dira. Alors que je démarre en trombe et m'éloigne, Jacob toujours debout devant la voiture, je comprends que je vais devoir chercher seule. Je ne compte pas repartir à Phoenix. Je vais découvrir la vérité, seule, et à ce moment-là, j'aurais toutes les clés en main pour lui faire comprendre que c'est possible. Les Quileute peuvent m'accepter. Ils vivent en otarcie totale. N'est-ce pas le moment de changer de règles ? D'accepter la nouveauté ? Je dois le convaincre que c'est possible. Si, une fois que j'aurais découvert la vérité, il refuse d'entendre raison, alors, j'accepterai sa décision. Enfin, j'espère en être capable.

J'arrive à la maison et arrête la voiture. Les mains sur le volant, je laisse échapper mes larmes, retenues depuis des jours. Je reste un long moment dans la camionnette, incapable de me calmer. Puis, le froid me rappelle à la dure réalité. Je suis trempée, frigorifiée. Il faut que je me réchauffe. Je sors alors de la voiture et me précipite vers la maison. Quand j'ouvre la porte, Mary m'attend dans l'entrée.

-Oh mon dieu, tu es trempée !

Elle me fait enlever mon manteau, mon écharpe et mes chaussures.

-Va prendre une douche, tu vas attraper froid, marmonne-t-elle avant de remarquer mon air désespéré. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je secoue la tête.

-C'est rien…

-Tu m'expliqueras après, va vite te réchauffer.

John apparaît alors en haut des escaliers, et nous regarde avec effarement. Heureusement, il ne dit rien et me laisse passer. Je m'enferme dans la salle de bains, me déshabille avant de me glisser sous le jet d'eau chaude. Je reste un long moment sous l'eau chaude, essayant de me détendre. Ma conversation avec Jacob tourne en boucle. Nous n'avons pas vraiment avancé, finalement. En analysant nos paroles, j'ai l'impression que nous avons tourné en rond, sans vraiment trouver de solution.

En sortant de la douche, je m'enveloppe dans un peignoir et me sèche les cheveux pour me réchauffer. Je finis par m'asseoir sur mon lit, songeuse. Mary vient troubler mes réflexions.

-Alors, ça va mieux ?

Je hoche la tête.

-Tu as envie d'en parler ?

Je ne peux absolument rien lui confier. Quoi, lui dire que mon petit ami rompt avec moi pour me protéger de lui et des siens, parce qu'il ne peut pas m'avouer ce qu'il est, et parce que son amour pour moi lui est interdit ? Elle m'enverrait directement à l'hôpital psychiatrique.

-Non, je réponds alors simplement.

-Je suis sûre que ça va s'arranger.

-Je l'espère… je soupire.

-Je vais préparer le repas. Si tu veux en discuter, n'hésite pas, d'accord ?

Elle me fait un sourire compatissant. Je hoche la tête et la remercie, mais je n'ai aucune envie d'en discuter avec elle. Avec n'importe qui d'autre d'ailleurs. Je n'ai pas de temps à perdre. Je me laisse tomber sur la chaise de mon tabouret et mets en route l'ordinateur. J'essaie d'imaginer ce qu'il fait, et à quoi il pense, maintenant. Me déteste-il pour être si bornée ? Il m'a demandé de ne pas chercher. Pense-il que j'aurais trop peur de la réponse ?

Je navigue un bon moment sur internet, sans rien trouver. Rien ne correspond à leurs caractéristiques. Alors que je suis sur le point d'abandonner pour me glisser sous ma couette, une idée me vient à l'esprit.

J'ai toujours fait mes recherches en m'appuyant sur leurs caractéristiques : leur force surhumaine, leurs yeux, leur peau brûlante, leur perte de contrôle. Mais je me trompe depuis le début. Ils ne sont pas juste des garçons et des filles avec des capacités surhumaines. Ils forment avant tout une tribu. La tribu Quileute.

J'ouvre de nouveau le moteur de recherche, et tape « tribu Quileute ». Je ne trouve d'abord rien de concluant. J'affine ensuite ma recherche « Légendes tribu Quileute ». Je parcours de nombreux sites, mais rien d'important. Ils parlent seulement de l'histoire de la tribu. Je finis par tomber sur un site nommé « Légendes et mythes de la tribu Quileute ». Je découvre une annonce de livre.

La tribu Quileute connaît de nombreuses légendes et mythes quant à son histoire. Celles-ci, très méconnues du grand public, ne circulent pas sur internet. Un seul ouvrage, rédigé au siècle dernier, regroupe les différents mythes qui entourent cette tribu. Publié en seulement quelques exemplaires rédigé par les indiens eux-mêmes, retrouvez grâce à ce lien les seules libraires qui détiennent cet ouvrage oublié avec le temps.

Je clique sur le lien, fébrile. Celui-ci mène à une liste de noms de librairies. Je parcours la liste, espérant qu'il y en ait une qui ne soit pas trop éloignée. J'arrête soudain la souris, et sens mon cœur battre contre ma poitrine. Port Angeles. Une vieille librairie de Port Angeles détient ce livre, qui résume les principales légendes rattachés aux Quileute. Je ne trouve absolument rien sur internet. Ça vaut le coup d'essayer. Je sens au fond de moi que je trouverais les réponses à mes questions dans cet ouvrage. Jacob ne doit même pas être au courant de son existence, comme la plupart des Quileute. Il ne me reste plus qu'une chose à faire. Me rendre à Port Angeles, et trouver ce livre.


L'idée de me rendre à Port Angeles ne me quitte pas durant toute la semaine. Il faut tout de même plus d'une heure de route pour s'y rendre, et je ne suis pas sûre que John accepte que je m'y rende seule. C'est pourquoi je décide d'en parler à Khristie, Mercy et Julie.

-Au fait, les filles, je lance en plein milieu du repas, ce mardi-là.

Elles me regardent avec surprise. Depuis quelques temps, je n'ai plus pour habitude de discuter avec elles. Elles me jettent toujours des coup d'œils, compatissante. Elles ont du comprendre que tout ne tourne pas rond avec Jacob. Elles évitent désormais de me demander des nouvelles de lui. Embry et les autres Quileute continuent de dire qu'il est souffrant, et que ça s'avère plus grave que prévu, l'obligeant à rester cloué au lit. Je me demande bien pendant combien de temps cette comédie va durer. Je ne comprends pas pourquoi il refuse de revenir en cours. Il n'a qu'à m'éviter du mieux qu'il pouvait. La possibilité que me voir le fasse souffrir me traverse l'esprit. Non, il doit juste vouloir éviter que je lui pose des questions.

Mais j'ai compris la leçon. Je ne compte pas le harceler. Je n'en ai pas besoin, je trouverai seule s'il ne peut pas me parler de lui et de ses… capacités hors normes. Il sera bien obligé, de toute façon, de revenir au lycée. Il ne peut pas louper tout le reste de l'année à cause d'une simple humaine. S'il pense que je vais repartir à Phoenix, il se trompe. Je ne peux tout simplement pas dire à mon oncle que je veux rentrer chez moi, et obliger mon père à revenir. Il reviendrait, c'était certain, mais je m'en voudrais toute ma vie. Les rares fois où je l'ai au téléphone, il semblait tellement heureux d'être libre comme le vent, de ne plus avoir d'obligations.

Heureusement, il ne parle jamais de Jacob. Rien que penser à lui me donne mal au cœur. Il me manque tellement. Ses bras puissants, ses lèvres au goût si exquis, son parfum, son sourire pétillant, tout me manque chez lui. Même son sourire sarcastique et ses moqueries constantes me manquent. Je voudrais retourner des semaines en arrière, quand je ne savais encore rien de tout ça, quand je me contentais d'être près de lui, sans essayer d'en savoir plus. Bien sûr, cette époque est révolue. Je ne peux pas faire comme si je m'en fichais. J'ai besoin de savoir, maintenant.

Et pour ça, je dois vraiment me rendre à Port Angeles. C'est certainement la seule chance d'avoir des réponses à mes questions.

-Je me disais, si vous voulez, qu'on pourrait aller faire un tour ce week-end. Faire les boutiques, tout ça, je leur propose d'un air gêné.

Elles ont un peu de mal à comprendre que je refuse de leur parler de mes problèmes avec Jacob. Surprise, elles me dévisagent un instant. Les garçons, eux, restent à l'écart, blaguant entre eux.

-Je sais, ça peut paraître un peu surprenant, j'ajoute. C'est juste que j'aimerais bien, prendre un peu l'air, vous savez…

Julie me fait un sourire plein d'empathie.

-Tu sais, tu peux nous en parler. On voit bien que ça ne va pas. On ne dit rien pour ne pas te brusquer, mais… Avoue qu'on est un peu surprise que tu nous proposes ça, alors que ça fait plus d'une semaine que tu parles à peine.

-Jacob et moi, on a rompu, je lâche alors.

Le dire me brise le cœur. J'ai essayé de me dire que notre dispute devant chez lui ne nous avait pas mené à cette conclusion, mais c'est le cas. Il a rompu avec moi. Il m'aime toujours, je le sens, mais il s'oblige à s'éloigner de moi, à cause de sa véritable nature, à cause du secret qu'il ne peut pas partager avec moi. J'ai peut-être encore une chance de le faire changer d'avis, mais, pour le moment, nous ne sommes plus ensemble. L'idée de ne plus jamais me blottir dans ses bras ou de ne plus jamais sentir ses lèvres contre les miennes m'emplit de désespoir.

Les filles se lancent des regards surpris, avant de me faire des petits sourires tristes.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? demande Mercy.

-C'est… compliqué, j'élude.

-Compliqué à quel point ? Nous sommes sûrement capables de comprendre.

Je remarque soudain Bradley qui regarde dans notre direction. A-t-il entendu ? Il sort avec Julie, désormais, mais il doit certainement exulter, se dire qu'il m'avait prévenu que Jacob n'était pas fait pour être avec moi. Je me frappe mentalement de penser ça de Bradley. Il ne veut que mon bonheur, et il est amoureux de Julie, vu la façon dont il la regarde et l'embrasse, c'est flagrant. Il détourne la tête, semblant gêné d'avoir surpris notre conversation. Une boule dans la gorge, je réponds :

-Nous n'étions apparemment pas faits pour être ensemble.

-Mais, c'est lui qui a rompu ?

Je hoche la tête en me triturant les mains, ne touchant plus à mon assiette.

-Je ne comprends pas, réplique Khristie. Vous sembliez être tellement bien tous les deux !

-On l'était, je murmure en baissant les yeux. Écoutez, les filles, je ne compte pas vous donner de plus amples explications. Je ne sais pas si c'est mort entre nous, ou s'il y a encore une chance pour que…

Je ne termine pas ma phrase.

-Dans tous les cas, j'ai besoin de prendre l'air, de quitter un peu cette ville.

-Quitter la ville ?

-Je pensais qu'on pourrait aller faire un tour à Port Angeles, ce week-end.

Je relève la tête. Elles me regardent avec pitié, ce qui m'agace au plus haut point. Je n'ai pas besoin de leur compassion !

-C'est une super idée, finit par avancer Khristie, mais ce week-end, ce n'est pas possible, j'ai de la famille qui nous rend visite. On ne les voit pas souvent, alors…

-Ce n'est pas grave, je la rassure avant de me tourner vers les autres.

Je sens à leur regard qu'elles ne pourront pas se libérer non plus.

-Je suppose que tu veux y aller samedi…

-Oui, dimanche, tout sera fermé.

Dont la librairie.

-J'ai l'anniversaire de ma cousine, je suis désolée, Bella, dit alors Julie.

-Ça tombe mal. On devrait y aller un autre week-end, mes parents ont prévu des projets pour ce week-end également, ajoute à son tour Mercy. On pourrait y aller le prochain week-end, on aurait le temps de s'y préparer.
Je secoue la tête. Je ne peux pas attendre deux semaines, ça non.

-Vous inquiétez pas, j'irai toute seule.

Je sens à leur regard qu'elles culpabilisaient.

-C'est pas grave, j'insiste en essayant de faire un semblant de sourire. Je veux juste prendre un peu de recul, et je dois aussi aller à la librairie, c'est important.

-A Port Angeles ? Tu ne peux pas y aller ici ?

Je hausse un sourcil.

-A la librairie de Forks ? Ils n'ont pas ce que je cherche, c'est certain.

-C'est vrai qu'elle n'est pas très florissante, admet Julie, qui adore lire et qui ne trouve pas souvent son bonheur dans cette petite bourgade.

-Mais ça ne te dérange pas d'y aller seule ? C'est une grande ville quand même.

-Je viens de Phoenix, je leur rappelle. Je pense que Port Angeles ne représente même pas la moitié de Phoenix, alors, ça ne me fait pas peur, non, je plaisante, mais le cœur n'y est pas.

Je vais devoir m'y rendre seule. Au moins, elles ne me poseront pas trop de questions. Mais je dois maintenant convaincre John et Mary. Vu mon état ces derniers temps, ils risquent d'être réticent.


-Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, marmonne John en aidant Mary à débarrasser la table.

-J'ai l'habitude des grandes villes, John, je proteste en ramenant mes couverts à la cuisine.

-C'est pour la voiture que je m'inquiète. Je ne sais pas si elle tiendra tout le trajet. Je t'aurais bien prêté la mienne, mais je ne suis pas là samedi.

-Et moi, je travaille, ajoute Mary. Je n'aime pas t'imaginer aller seule là-bas. C'est quoi cette soudaine lubie ?

-Je veux juste prendre un peu l'air, et je dois aller faire un tour à la librairie. C'est pour les cours. Un livre important, j'en ai besoin pour la semaine prochaine.

-Alors, trouve quelqu'un avec qui y aller.

-Les filles ne sont pas disponibles, tout le monde a quelque chose de prévu.

Je m'appuie contre la table de la cuisine.

-Allez, vous savez bien que je suis prudente. Je ne rentrerai pas tard, je resterai dans les grandes rues et je m'arrêterai souvent sur la route.

-Et si ta voiture ne tient pas ?

-Elle tiendra, j'affirme. Elle ne me lâchera pas comme ça.

-Tu ne l'as pas beaucoup utilisé ces dernières semaines.

-Oui, mais je vais au lycée avec tous les matins depuis quelques jours, et elle fonctionne très bien ! Et puis, j'aurai un téléphone. Si jamais j'ai un problème, je trouverai bien quelqu'un pour m'aider.

-Je croyais que Jacob et toi vous étiez disputés, remarque John.

Je le fusille du regard, et Mary lui donne un coup de coude dans les côtes.

-Excuse-moi, se rattrape-t-il.

-Il n'y a pas que Jacob. Brad s'y connaît en mécanique, lui aussi. Écoutez, il n'y aura pas de problème. Je dois vraiment y aller ce week-end.

Ils se consultent du regard. John soupire.

-Très bien. Mais avant, je vais jeter un coup d'œil à ta camionnette. J'ai moi aussi quelques connaissances en mécanique.


NA: Et voilà pour ce nouveau chapitre! J'espère que vous n'êtes pas trop déçus, elle n'a toujours pas appris la vérité, mais ça ne saurait tarder je vous l'assure! Dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre! J'ai voulu faire un petit parallèle avec la scène où Bella et Jacob sont sous la pluie, juste après qu'il soit entré dans la meute et qu'il la rejette, vous en pensez quoi?

A dimanche prochain, merci encore à tous ceux qui lisent et commentent ;)

Réponses aux reviews précédentes:

-b: Merci pour ton commentaire! En effet, Paul a un peu le même rôle que Rosalie, celui de foutre la merde, il faut le dire ^^ Non, plus sérieusement, il s'inquiète juste pour la meute, et qui sait, peut-être que d'autres raisons le poussent à détester Jacob? Il a des secrets ha ha xD C'est une bonne idée en effet qu'elle lui parle des vampires, vraiment je n'y avais pas pensé! Je vais réfléchir à essayer de l'insérer dans un des prochains chapitres ;)

-Berenice:Tu avais raison, il ne veut plus l'approcher! Maintenant, son souci va être de le faire changer d'avis, parce que monsieur ne lui dira jamais la vérité ^^ Merci pour ton commentaire, j'espère que cette suite t'a plu!