- Chapitre XII -

Les Quileutes (2)

Edward frappa timidement à la porte de la chambre de Bella, mais n'obtint pas de réponse. Il songea un instant qu'elle était peut-être partie et la panique l'envahit. Il entra sans y avoir été invité et tout de suite, il la vit. Elle ne s'était pas retournée et se tenait, raide comme un piquet, devant la baie vitrée, apparemment indifférente à sa présence. Il toussota mais n'obtint pas davantage de réaction.

- Je suis désolé Bella. Je t'ai mal parlé et je le regrette…

- … Non. Tout est ma faute, l'interrompit-elle. Tu n'as pas à t'excuser.

« Allons bon, se dit Edward, interloqué. Qu'est-ce qu'elle est allée s'imaginer ? ». Il tenta de répondre à cette question en sondant, une fois de plus, son esprit et naturellement, se heurta à un mur. Il n'osa pas lui demander de se retourner, mais en cet instant, il aurait bien aimé voir son visage.

- Je ne peux pas deviner tes pensées Bella, murmura-t-il. Dis moi ce que tu as derrière la tête, je t'en prie.

Sa voix était suppliante et Bella se décida enfin à lui faire face. Le regard qu'elle lui adressa lui fit mal, c'était un coup de poignard. Comment avait-il pu lui causer autant de peine, lui qui ne voulait que la protéger ?

- Je sais très bien que je ne suis pas comme vous. C'est tout à fait normal que vous ne me fassiez pas confiance. J'ai voulu me mêler de vous aider, mais c'est parce que je me sens tellement responsable ! Et vous avez eu peur que je ne provoque encore davantage de problèmes en vous mettant les Quileutes à dos. Tu vois, je comprends tout. Même si je sais que ce que vous craignez ne serait jamais arrivé…

La voix de Bella était calme, empreinte de fatalisme, mais son visage était grave. Il l'avait blessée au point qu'elle n'avait même pas envisagé qu'Edward ait pu piquer une crise pour des raisons bien plus personnelles.

- C'est tout le contraire, défendit-il. Nous avons totalement confiance en toi et les autres m'envoient te dire qu'ils sont d'accord pour que tu rencontres les loups et que tu leur parles.

S'il avait eu l'espoir de la réconforter, celui-ci ne se réalisa qu'à moitié. Elle approuva tout d'abord ce qu'il dit puis se mit brusquement à secouer la tête négativement.

- Mais pas toi, accusa-t-elle.

Elle en était revenu au point de départ sauf que ce coup-ci il n'y en avait plus que pour lui. Normal, après tout c'était lui qui l'avait agressé.

- Si j'ai réagi comme ça, c'est parce que je me sens très… protecteur à ton égard.

- Non, la vérité c'est que tu ne me fais pas confiance, affirma-t-elle.

- Je t'ai déjà dit que j'avais toute confiance en toi, répéta-t-il patiemment et pour la seconde fois de la journée.

- Tu as menti.

Mais bon sang comment lui faire comprendre ? Il n'allait tout de même pas se jeter à ses pieds et lui dire qu'il était fou d'elle, que l'idée qu'on puisse lui faire du mal le rendait malade d'angoisse ! Il plongea ses yeux de miel dans l'écarlate de ceux de Bella, espérant lui faite passer silencieusement, son message d'amour. Elle n'y était pas insensible, il le voyait. Elle aussi était attirée par lui, il ne pouvait pas se tromper ! C'était seulement qu'elle était… ailleurs. Peut-être en France, quelque part avec ce Jason qui l'obsédait au point qu'elle s'imaginait le reconnaître à travers Jacob. Il l'aurait bien prise dans ses bras et embrassée avec passion, mais ce n'était pas le bon moment et il allait lui falloir se montrer patient, de peur de la perdre pour de bon.

- C'est égal, ajouta-t-elle, apparemment insensible à son charme. Je vais aller leur parler.

« Et je te prouverai que je ne raconte pas n'importe quoi ! », garda-t-elle par devers elle. Ca faisait deux fois en moins d'une heure qu'elle se perdait dans ses yeux et si ce coup-ci, un peu préparée, elle avait mieux su résister au prodigieux attrait qu'ils exerçaient sur sa personne, ça avait été à deux doigts qu'elle ne lui sautât au cou pour l'embrasser furieusement. Elle y avait résisté elle ne savait comment, mais un jour fatalement… elle ne saurait s'en empêcher. Sensément, elle se recommanda donc d'éviter à l'avenir de le regarder en face. Elle ne voulait pas s'exposer, en plus de se faire parler comme à son chien, au risque de prendre un coup de pied quelque part. Ces maudits vampires avaient décidément bien trop de charme… et le mot était faible. Un peu réconfortée par le fait que le reste de la famille Cullen ait décidé de lui faire confiance, elle descendit les escaliers sans plus le regarder, le laissant con.

- Oh Bella ! S'exclama Alice en sautillant vers elle. Nous sommes tous tellement embarrassés. Edward s'est montré très maladroit mais il ne voulait que te protéger, il a dû te le dire. Nous sommes d'accord pour que ce soit toi qui mette les Quileutes au courant de la situation. Après tout, tu t'es déjà très bien débrouillée avec eux tout à l'heure et je crois qu'ils t'ont à la bonne.

- Ouais, approuva Emmett, ça doit faire partie de tes talents cachés, mais tu es une fille très sympa. Ca donne envie de t'aider.

- Je les ai prévenu et ils nous attendent, déclara Carlisle. L'hypothèse d'Emmett est intéressante, faudra qu'on en reparle à l'occasion. Tu es… passionnante, Bella. Vraiment.

Il tenait son épouse enlacée contre lui. Quel couple magnifique ils formaient ! Bella eut une vision d'elle-même, blottie contre Edward, un même amour les unissant. « N'importe quoi ! Se gronda-t-elle. » Elle jeta néanmoins un regard derrière elle pour tenter d'apercevoir ce dernier. Il se tenait un peu à l'écart des autres et ne semblait pas participer à la détente générale, non plus que Jasper d'ailleurs. Celui-ci était dans son coin, les bras croisés, une expression inquiète sur le visage. « En fait ils sont deux à n'avoir aucune confiance en moi », conclue-t-elle avec une vague contrariété.

Ils remontèrent dans les voitures et se rendirent au même endroit que le matin même. Les Loups étaient là qui rôdaient nerveusement de leur coté de l'invisible frontière, qui séparait leur territoire respectif. Elle s'approcha d'eux sans hésiter, un mouvement derrière elle attira son attention. Emmett venait de saisir Edward par les épaules et tentait de l'empêcher d'avancer.

- Ils sont drôlement nerveux les sangsues, constata Sam qui venait de se transformer. Qu'est-ce que tu peux bien avoir à nous raconter qui les mettent dans un état pareil ?

- Salut Bella, lança joyeusement Jacob. Je n'espérais pas te revoir si vite, c'est un plaisir.

Confrontée, une fois de plus, à l'extraordinaire ressemblance entre lui et Jason, elle fut prise d'une forte émotion qui la fit flageoler sur ses jambes et elle réussit l'exploit de trébucher. Sam la rattrapa de justesse.

- Ben dis donc, tu m'as tout l'air d'un sacré vampire toi ! Commenta-t-il, presque amusé.

Bella bredouilla une excuse. Elle s'astreint à chasser toute pensée parasite et se concentra sur la meilleure façon de faire passer ce qu'elle avait à dire. Par quoi allait-elle bien pouvoir commencer ? Patient, Sam se contentait de la regarder attentivement, sans troubler sa réflexion. Il avait déjà compris que l'histoire qu'elle s'apprêtait à lui servir était sacrément embarrassante.

- J'ai de gros ennuis, avoua-t-elle, en soupirant.

- Vraiment ? Railla-t-il gentiment, comme s'il avait pu ne pas s'en rendre compte.

Le visage rieur de sa mère investit l'imagination de Bella. « Tu as toujours des ennuis ! », l'entendit-elle répéter comme un leitmotiv. Elle secoua la tête pour chasser ce souvenir de son esprit.

- Allez vas-y racontes, l'encouragea Sam, commences par le commencement.

Et elle raconta… tout. Sa dernière soirée, la mort de Jason, sa transformation, sa fuite à travers l'océan, puis dans les forêts nord américaines, jusqu'à sa rencontre avec Laurent qui la conduisit à Forks pour la mettre sous la protection des Cullen. Concentré, Sam ne disait rien, il écoutait. Puis elle enchaîna sur ce que Carlisle lui avait appris de Liam, son don particulier de localiser ses proies par un simple effort de concentration, celui de les immobiliser au contact de ses mains pour pouvoir ensuite les tuer sans qu'elles puissent se défendre. Sam hocha la tête mais ne fit encore aucun commentaire. Il attendait la suite.

- Les vampires ont… certaines obligations, se décida-t-elle à avouer. Il y a une famille, très puissante et qui vit en Italie ; elle est chargée de maintenir l'ordre. Ce sont les Volturi. Liam a eu un contentieux avec eux et ils lui avaient retiré le droit de transformer quelqu'un, sous peine de… mort.

Sam poussa un gros soupir et se prit la tête dans les mains. Jusque là, l'arrivée d'un seul vampire, aussi dangereux soit-il, ne l'avait pas trop inquiété, mais la mention de toute une famille de sangsues, c'était une autre paire de manche.

- Dis-moi Bella, ils ne vont quand même pas tous se pointer ici pour lui régler son compte ?

- Oh non, le rassura-t-elle. Seulement trois d'entre eux. Deux combattants et une dénommée Jane. Elle est très puissante et peut faire se tordre de douleur n'importe qui sans le toucher. C'est pourquoi c'est elle qui a été choisie. J'ajoute qu'eux ne se nourriront pas sur le territoire, ça on peut t'en faire le serment. Ce qui n'est pas le cas de Liam, malheureusement.

- Est-ce que tu te rends compte de ce que tu es en train de me dire, gronda Sam.

Bella baissa piteusement la tête.

- Je suis désolée. Si tu veux, je peux m'en aller. J'attendrai Liam de l'autre côté de la réserve et je l'entraînerai plus loin. Les autres n'auront même plus besoin de venir jusqu'ici, affirma-t-elle le plus sérieusement du monde.

- Ne me tente pas.

Un concert de protestations s'éleva dans le rang des Quileutes et pour les faire taire, Sam dut s'y reprendre à plusieurs fois.

- Je plaisantais, bien sûr ! On ne va pas laisser ce gros naze de Liam s'en prendre à toi Bella, encore que je n'ai pas très bien compris ce qu'il avait l'intention de te faire, ajouta-t-il.

Bella prit une grande inspiration et lâcha du bout des lèvres.

- Je pense qu'il est décidé à… m'imprégner.

- Ça marche aussi chez les vampires ce truc là ? S'étonna Sam.

- Je ne sais pas comment ça se passe pour vous, mais en ce qui nous concerne, l'imprégnation est… sexuelle, bredouilla-t-elle en faisant mine de se passionner pour le brin d'herbe qu'elle faisait jouer entre ses doigts… Dans mon cas ce serait un viol.

On aurait entendu une mouche voler. Aucun commentaire, pas un murmure, un geste ; les Quileutes étaient suspendus à ses lèvres. Puis Sam se décida enfin à ouvrir la bouche.

- Chez nous, l'imprégnation n'est pas une question de sexe… c'est une histoire d'amour. Elle est toujours réciproque et personne n'en meurt.

- Chez les vampires aussi le détrompa-t-elle. Cette méthode n'est employée que lorsque l'un des deux est humain. Il est d'abord transformé et ensuite seulement, le nouveau-né est imprégné.

- Ça laisse peut de place au libre arbitre, désapprouva-t-il.

Bella réfléchit à cette assertion, effectivement et à cause de ça, c'était souvent une expérience ratée, mais quelquefois pourtant, ça se passait bien.

- Je suppose que lorsque le créateur a choisi la bonne personne, il y a consentement mutuel. C'est alors le début d'une très belle histoire d'amour, comme tout le monde rêve d'en vivre une un jour.

- De mon point de vue, il y a d'abord l'amour et ensuite seulement, le sexe.

Tous les Quileutes hochèrent la tête silencieusement. Ces êtres, privés de libre arbitre à cause de leur soumission aux règles strictes de la meute, étaient épris de liberté. L'imprégnation, quand ils y étaient confrontés, ne regardait qu'eux… dans tous les cas, les autres devaient la respecter ; l'intéressé fut-il épris de la fille qu'ils détestaient le plus au monde.

- Il me tuera plutôt que de renoncer à moi, poursuivit-elle. C'est déjà ce qui s'est produit avec la fille des Volturi. Voilà pourquoi ils ont envoyé trois personnes à mon secours ; ils sont ravis que je leur offre enfin l'occasion de se venger de Liam.

Sam hocha la tête, il comprenait. Un long silence s'installa. Bella ne savait que penser. Sam réfléchissait et rien ne laissait présager de ce que serait sa décision. Il reprit sa forme de loup et les autres en firent autant. Une communication silencieuse s'établit entre eux et pendant de longues minutes, plus personne ne prêta attention à Bella. De son côté, celle-ci tenait déjà pour acquis que la trêve ne serait pas rompue. Restait à savoir comment les Quileutes comptaient gérer l'arrivée de Liam et des Volturi. Sam reprit forme humaine et renfila son bas de survêtement du temps que Bella détournait pudiquement le regard

- Bon, tu peux appeler les autres, lâcha-t-il finalement, on va devoir discuter de comment on s'organise, pour être le plus efficaces possible, sans se marcher sur les pieds.

Ils avaient choisi la collaboration ! Soulagée, Bella s'avança dans la prairie, rejoindre les Cullen qui attendaient près de leurs véhicules. Comme elle affichait une mine satisfaite, ils se détendirent à leur tour et Alice se mit à sautiller joyeusement autour d'elle, avant même de savoir ce qui s'était dit exactement.

- Sam aimerait discuter avec vous du moyen de nous organiser. Je crois qu'il est d'accord de coopérer, annonça-t-elle en observant plus particulièrement la réaction d'Edward.

Celui-ci affichait un certain sourire et son regard n'était pas dépourvu de fierté, comme si elle venait de réussir un examen. Bella se tourna ensuite vers Jasper, ce dernier semblait encore sur ses gardes. Elle supposa que la proximité des Quileutes le stressait. Il attrapa Alice par la main de façon à ce qu'elle ne s'éloignât pas de lui. « Les Cullen sont-ils toujours aussi protecteurs ? » se demanda Bella fasciné par la tendre attention que celui-ci témoignait à sa compagne. Elle reçut une sorte de réponse à sa question puisqu'Edward l'attrapa à son tour par le bras et l'empêcha de devancer tout le monde, comme elle en avait eu l'intention.

- C'est à nous de prendre la relève maintenant, déclara-t-il d'un voix contenu.

Il avait dit ça d'un ton qui sous-entendait clairement qu'elle en avait assez fait et Bella fut tentée de protester, mais les circonstances ne s'y prêtaient pas. Elle se dégagea donc doucement de son emprise et grommela un « comme tu veux » peu enthousiaste qui attira sur elle un adorable petit sourire en coin, qu'elle lui aurait volontiers fait rentrer dans la gorge, en plantant ses crocs dedans.

Pour l'occasion, les Quileutes étaient sortis de leur territoire et avaient investi la prairie. Les vampires se joignirent à eux et Carlisle, après avoir salué courtoisement ses cinq interlocuteurs, attendit que Sam prenne la parole. Celui-ci entreprit d'abord de se faire donner le maximum de précision sur Liam et le Docteur Cullen s'exécuta, allant même jusqu'à lui faire une description physique détaillée du traqueur. Il tenta ensuite d'obtenir leur accord de laisser les Volturi ainsi qu'eux-mêmes, pourchasser Liam sur leur territoire si ça s'avérait nécessaire. Sam approuva sous réserve qu'il aurait été mis au courant au préalable et que sa meute participerait également à la poursuite. Carlisle trouva la proposition raisonnable à condition qu'ils ne se mettent pas inutilement en danger et qu'ils acceptent de se rendre à une stratégie commune qu'ils élaboreront par la suite, lorsque les Volturi seront arrivés. Alice confirma leur présence pour le lendemain en fin de journée. Jusque là, Carlisle et Sam convinrent de patrouiller de manière conjointe sur leur deux territoires réunis afin de limiter les risques que Liam ne passe entre les mailles du filet, dans l'hypothèse improbable où il serait là avant les Italiens. Cette dernière suggestion inspirait beaucoup les jeunes indiens ainsi qu'Emmett et même Jasper. Ils étaient tout excités à l'idée de se colleter avec un vampire, aussi puissant soit-il. Ils élaboraient des stratégies abracadabrantes pour le neutraliser avant qu'il ne les touche. Jacob était particulièrement enthousiaste et se vantait d'arriver à lui sauter à la gorge et à le décapiter avant que Liam ait eu le temps de réagir. Carlisle tenta vainement de calmer leur ardeur et Bella que leur inconscience révoltait, finit par péter un câble en entendant les dernières assertions de Jacob.