Et OUIIIII ! La suite arrive (enfin), encore désolé pour cette terrible attente, mais me voilà prêt à reprendre cette histoire, j'ai eu le temps de bien planifier et je me suis laissé guider pour ce nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira, et que le temps que j'ai à présent me permettra de continuer vite à écrire sur cette histoire !

Je remercie infiniment ! (rien que ça ^^) Gaenouchka pour son super commentaire (et merci pour l'OST)Oui, le chapitre est particulier, mais cette écriture très descriptive et contemplative, on la retrouvera à la fin, c'est certain ! Même si ce n'est pas forcément narratif, c'est essentiel pour les personnages et l'histoire de manière générale ;)

ainsi que Dina-chan, cela fait toujours plaisir, voilà la suite ! J'espère que le suspens est pas trop maladroit en tout cas ;)

Bonne lecture à toutes et tous, et à bien vite !


AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD

12 : Lambeaux d'espoir

L'horloge sonne les six heures, les dernières émanations d'encens partent dans un tourment de vapeurs et les voix se succèdent dans un écho lourd pour finir la prière. Messes basses, on se lève et on entame des conversations plus tranquilles ou l'on se lie par deux ou trois pour porter de l'eau à la stèle de l'Hydre au fond de la chapelle, sous le regard bienveillant de Tarik, plus que jamais fier de voir ses membres continuer de le suivre.

- A plus tard Armin. N'oublie pas de dire à Béa qu'une nouvelle page de manuscrit arrivera demain soir.

- Entendu…

Un de ses voisins de prière le quitte en faisant une petite révérence. Il rejoint rapidement les autres qui sortent de l'église pour aller discuter ailleurs.

Armin place d'ailleurs ses yeux tout particulièrement sur le manche qui dépasse de la ceinture du maître des lieux. Tarik porte ce qui ressemble à une petite épée, ou à un canif depuis peu, il n'était pas là avant la disparation de Jean. Ce pourrait-il que Tarik ait une sorte… de peur ? De crainte depuis peu ? Au point qu'il doive porter cette arme sur lui ? Au fond de lui, Armin prend chaque détail comme la plus importante des choses, il a appris à le faire ici, à prendre en compte chaque élément, et surtout l'eau.

D'ailleurs, devant lui, là-bas près de la stèle, il y a trois fontaines qui coulent, imperturbables. Elles ont quelque chose de rassurant, Armin va souvent dans ce coin pour s'abreuver de cette eau dont on dit maintenant qu'elle protège des mauvais esprits qui pourraient roder dans les landes. Mais ce qui l'intéresse par-dessus tout lorsqu'il va boire à la fontaine, c'est plus la stèle que les fontaines qui l'accompagnent.

Parce que cette stèle est… particulière.

Plus il passe de journées ici, plus il sent comme cette structure est à la fois crainte et protégée. Que peut-elle bien cacher ? Tarik qui vient de s'en aller laisse la voie libre au jeune blond pour venir la toucher, la voir de plus près. Les autres ne font pas attention, il fait mine de simplement prier devant elle.

Et après tout… Armin… devenu un des gérants de la bibliothèque de l'Hydre… personne ne pourrait mettre en doute ses actions au sein du culte désormais. Personne.

Il délaisse la stèle si mystérieuse et part de la salle. Ses pas feutrés font à peine remuer les volées de fumées qui lévitent dans l'air, il a commencé à beaucoup aimé cette atmosphère, par moment il s'imagine qu'il est en train de marcher sur le sable, dans une réelle brume de mer. Il a lu tant de choses sur le ressac, sur les effets de la mer sur les gens, sur la bonne santé qu'elle procure, l'air qui y est vivifiant. Il frissonne.

Arrivé dans les quartiers de la bibliothèque, il finit par perdre son petit sourire et redevient neutre en croisant des visages qu'il ne reconnait que très peu souvent. Les membres de l'Hydre, tous encapuchonnés, passent et repassent comme des fantômes dans les dédales sombres et les livres qu'ils tiennent en main ne portent presque que des figurés symboliques à la mémoire du culte.

Écouter: Dungeon Keeper - Mystic Tunnels

Il parvient finalement dans sa pièce préférée, sa seconde chambre, là où il a maintenant passé beaucoup de nuits, perdus entre les grimoires qu'on lui autorisait à lire et ceux qu'il avait caché, sans l'autorisation de personne pour les lire en toute tranquilité. Il entra avec une petite clef qu'on lui avait donnée tout spécialement pour lui et referma rapidement, avant de pousser un cri de stupeur.

- Bonsoir… Armin.

- B… Bonsoir… Répond le jeune troublé par la présence de Béa, entourée de livres et de manuscrits de toutes les couleurs et de toutes les tailles.

- Je… je peux tout t'expliquer.

- Ce n'est pas la peine… Il n'y a rien de mal à ce que tu fais.

Le visage de Béa, toujours caché dans l'ombre de sa capuche, vient d'être découvert, dans un mouvement simple et élégant. Elle révèle son petit sourire entaché de sa fidèle cicatrice rougeâtre :

- Je savais depuis un moment que tu prenais des livres sans autorisation. Je ne t'en tiens pas rigueur… Elle se pencha vers lui. Je dirais même que cela me fait plaisir. Je découvre enfin un Armin… comme il est… sans fioritures ni cachoteries… C'est ainsi que les membres de l'Hydre doivent se parler Armin...

Elle déposa un livre à la couverture bleue sur une petite table de lecture où une bougie soufflait encore un peu de vie :

- J'ai d'ailleurs trouvé ceci dans mes livres personnels il y a peu. Je sais que tu as toujours aimé lire, et je j'en suis persuadé maintenant que tu aimes ce que tu fais à la bibliothèque… Mais je sais que ce livre en particulier devrait intéresser…

La couverture paraissait très ancienne, comme battue par des flots et des mers avec force pendant des années, puis séchées tout autant de saisons. Un vieil ouvrage bosselé mais lisible, au titre des plus étonnants :

« Océans. »

Armin entrouvrit sans sen rendre compte sa petite bouche et s'approcha, ni surpris ni inquiet, simplement aimanté par l'ouvrage. Béa, tenant encore le livre en main, lui sourirait :

- Comme tu parles sans arrêt de la mer, des expéditions que tu ferais si tu étais libre, je me suis dis qu'un jeune homme comme toi, si friand de l'eau, de l'océan… ne peut être qu'intéresser par ça.

- C… C'est gentil Béa… Armin sourit. Comment veux-tu que je te remercie ? Armin hésite à tutoyer sa supérieure, mais sa soudaine clémence lui réchauffe le cœur. Quelque part il a besoin de lui parler ainsi.

- Mais il n'y a pas besoin, le plaisir est aussi pour moi. Tu me remerciera plus tard, après l'avoir lu.

Armin s'empare du livre, mais la main de Béa le retient encore :

- A une condition.

Un silence pesant s'empare des deux membres du culte. Armin fait un petit pas sur le côté, comme pour éviter le regard soudain inquiétant de Béa :

- Quoi donc… ?

- Je souhaite que tu me dises pourquoi tu es si triste Armin… Je veux savoir ce qui s'est passé avant que vous ne vous retrouviez ici.

- Tu ne sais donc pas… ?

- Nous savons très peu de choses, nous les cultistes. Seuls les gardes ou les membres armés de l'Hydre ont accès à ce genre d'informations. Et comme le silence doit régner entre nous… Je n'ai jamais eu vent de votre récit.

Armin perdit son sourire lui aussi, comme blessé, relâchant le livre :

- Pourquoi est-ce que cela t'intéresse… ?

- Parce que… maintenant que tu fais définitivement partie de notre confrérie et que nous sommes plus proches, que nous allons le rester, j'ai envie d'en savoir plus sur toi… et de te comprendre.

Le blond fait un pas en arrière et se tourna dans une grimace.

- Je ne fais pas partie de votre confrérie… Jamais je n'en ferai totalement partie. Jamais je ne serai cultiste comme vous.

- C'est pourtant ce que tu deviens un peu plus chaque jour, en portant l'uniforme et en ayant ce comportement si irréprochable envers nous. Quelque part tu travailles autant que moi, qui suis là depuis un moment déjà.

- Jamais tu m'entends ?! Jamais je ne travaillerai pour vous !

Le regard d'Armin est soudain chargé de colère. Il révulse ses yeux devant ses choses que Béa lui dit avec tant d'évidence et de simplicité, ces choses qu'il ne peut accepter.

- Tout ce que je fais ici, depuis mon arrivée, c'est d'en apprendre plus sur l'Hydre, pour le démanteler plus facilement plus tard, avec les autres compagnons que j'ai avec moi. Je n'ai jamais eu l'intention de vous servir ou de faire quelque hose en vote faveur ! Jamais ! Pas après ce que vous avez fais à nos compagnons. Jamais ! Pas après tout ce massacre ! Je ferai en sorte de venger la mort de tout ce monde en arrêtant les dirigeants de l'Hydre et en les livrant aux bourreaux de Trost ! Comme ils le méritent !


Mikasa serre de toutes ses forces l'étoffe. Elle est devenue une précieuse toile mêlée de rouge sang et de noire suie. Toute la belle matière est intacte, là, sur quelques centimètres, tous les souvenirs depuis la première rencontre jusqu'à ce soir, là maintenant, tout ce qui l'unie avec Eren et Armin est contre elle.

Elle ferme les yeux, décidée plus que jamais à sortir tout le monde de cet enfer.

Il y avait déjà eu bien trop de morts ici. Beaucoup trop d'épisodes désastreux et Mikasa redoutait le pire quant à ses amis - si bien sûr ils étaient encore vivants. Elle était recluse, quelques échappées éphémères dans la cour, quand les autres n'y sont pas, quelques entrainements dans sa chambre, mais rien de plus, on l'a mettait à l'écart, elle ne pouvait voir personne. Elle n'avait pas d'informations sur les autres membres de l'équipe. Alors tout était à craindre.

Mais si les membres de l'Hydre avait fait du mal, ne serait-ce qu'à l'un de ses deux compagnons de toujours, elle ne pourrait pas le supporter. Dans quelle colère sourde cela pourrait la mettre, aucune idée, mais il valait mieux pour ces gens que rien ne leur soit arrivé.

Maintenant, il faut réfléchir. Trouver un moyen de libérer l'équipe et de s'enfuir, très loin. De retrouver la ville, si possible, ou au moins de s'enfuir vivant, c'était déjà pas mal.

On finirait par les retrouver, non ? On enverrait des patrouilles d'exploration ? Pour les chercher, pas vrai ? Après tout, Lévi était de la partie, et Lévi était connu comme étant le plus grand des guerriers que l'élite avait connu… S'il disparaissait, que feraient les dirigeants de la ville ? Ou au moins Erwin ? Que ferait-il ?

Enfin, là n'est plus la question. Ils doivent s'en aller. Partir d'ici au plus vite avant de nouveaux drames. En espérant qu'Armin et Eren ont eut des tuteurs moins fous que ce Coco…

Elle se redresse d'avantage, prête à s'attaquer à la moindre menace.

Trouver les deux autres, et peut-être, avec eux, libérer l'ensemble de l'équipe – du moins, ce qu'il en reste.

Mais ne pas attirer l'attention…

Mikasa n'a jamais porté de tenue de l'Hydre, jamais. Elle ne s'est pas laissé faire, et même quand on lui avait fait porté pendant son sommeil, ou après l'avoir assommé, elle l'a retirait, à chaque fois. Elle ne supportait pas le contact du tissu noir sur elle.

Mais Coco en a une. Il a ce fameux vêtement sur lui, il est très large certes, mais… cela ferait l'affaire. C'est toujours mieux que rien.

Elle le revêt, essayant de faire abstraction de la terrible odeur que le vêtement portait avec lui dans son sillage. La seule chose était… qu'il était vraiment beaucoup trop large pour elle. Elle se sentait oppressé et écrasée par cette grande tenue qui avait due être taillée spécialement pour ce monstre. Elle soupire, se disant qu'elle finirait par trouver mieux pour se vêtir dans les locaux de l'Hydre.

Elle se lève doucement et examine la pièce une dernière fois, se remettant de le tenace humeur âcre de la mort de Coco qui a envahit la pièce. La fumée noire continue de saupoudrer d'un étrange voile semi-visible ses cheveux. Elle sent cette épaisseur funèbre sur elle et ne tarde plus à partir, ouvre la porte et accueille la nuit rafraichissante avec un grand soupire de soulagement.


Sur le moment, une si petite chose parait tellement importante, tellement intense.

Courir, bondir, sauter au dessus des haies. Jusqu'à l'entrée qu'elle a emprunté il y a peu avec la grande masse de muscle. Cette fois, elle ne tremble presque plus, elle devient peu à peu confiante, elle passe la petite porte de bois et la referme derrière elle, reconnaissant immédiatement les encens que les membres de l'Hydre utilisent le plus souvent pour parfumer les lieux. Emmitouflée dans sa grande cape de L'Hydre, elle parvient à se frayer un chemin vers l'est, là où elle sait que les quartiers de l'administration et des gardiens se trouvent. Elle a entendu beaucoup de choses à sa porte, beaucoup de chercheurs venaient demander de l'observer dans sa cellule, mais toujours et à chaque fois l'accès de personnes étrangères lui était refusé à un moment – « trop violente » disaient les soldats qui la couvaient. Maintenant qu'elle avait Coco, on lui laissait plus de marge, elle avait pu voir Armin… elle aurait pu rencontrer Eren avec le temps, elle aurait pu si elle avait attendu un peu plus sans doute, mais toute seconde qui passe est maintenant un nouveau danger pour le triangle que forme leurs trois âmes.

- Tu as entendu parler de cet accident ce matin… ? A la clairière ?

- Ouais, un peu que je l'ai entendu, c'était une sacrée histoire. Jean c'est ça ? Mort sur le coup ?

- Comme le dernier…

- Tout ça crée plus de morts que de solutions…

- Disons que ça n'arrange rien.

Deux voix de femme, paisibles, probablement toutes les deux dans une chambre de repos commencent à se faire entendre au travers de portes en bois.

- Oui, ouais, l'air est calme par ici.

- C'est la belle vie.

- Et puis un appel.

- Y'a pas d'autres mots.

- Ton frère, qu'est-ce qu'il lui est arrivé déjà ? C'est lui ?

- Mort. Il s'est dévoué y'a une semaine...

- On va commencer à manquer d'air.

- Et puis tout le monde va se jeter sur tout le monde.

Tout un couloir, bordé de séries d'entrées toutes identiques, à l'exception des noms inscrits sur des petits panneaux argentés, couronnés de trois têtes partant d'une base circulaire. L'insigne de l'Hydre coiffe ainsi toutes ces pièces qui doivent abriter des membres peu importants et à priori non-armés du culte. Mais malgré toutes ces théories, Mikasa doit rester silencieuse, et se procurer une tenue à sa taille, se couvrir la tête, et profiter du temps où personne ne s'inquièterait de son absence prolonger, et du non-retour de Coco. Elle ouvre délicatement une porte derrière laquelle personne ne parlait.

C'est une petite pièce, avec deux lits de camp, et le chatoiement craintif d'une flamme qui vacille lorsqu'elle ouvre la porte. Mikasa passe un coup d'œil rapide aux alentours et aperçoit une tenue d'Hydre pendue à un crochet au fond sur le mur obscur. Alors qu'elle fait quelques pas en avant, la main tendue, elle remarque tout à coup sur son côté, une forme légèrement bouger, dans un froissement de tissus.

Une main vient de sortir de sous des draps. Là… Mikasa n'avait pas remarquée ce petit être blotti dans les couvertures et qui venait apparemment de se mouvoir. Elle recule d'un pas, tout en douceur, avant de prendre le temps de maitriser sa respiration, en inspirant et expirant doucement.

Si elle le réveillait, s'en était finit.


Armin se retourne, courroucé, les lèvres sur le bord de déverser encore plus de mots sur les yeux de Béa. Il aurait envie de la renverser au sol, de tout détruire autour de lui, de fuir très loin avec les autres, si seulement tout était plus facile. Mais maintenant ça n'avait plus d'importance, il finit par se calmer… légèrement, se rendant compte qu'il venait d'avouer un plan à Béa, elle-même membre du culte, elle-même une de ses ennemies donc. Il recule d'un pas, sentant son être se refroidir d'un coup violent.

Qu'est-ce que j'ai fais… ?

Elle va me dénoncer.

Je suis fichu.

Morts.

Ils vont tous êtres morts par ma faute…

Armin recule à nouveau et tente d'échapper au regard intrigué de Béa, sur le point de se lever, il s'apprête à partir, à fuir loin, il voudrait se tuer maintenant, tout de suite plutôt que de prendre le risque de voir ses amis souffrirent par sa faute.

- Armin…

- Non, Armin fait demi-tour et commence à partir comme un fou vers la porte de sortie de la réserve.

Partir !

Fuir !

Plutôt mourir que…

En se mettant à courir trop vite, il fait un faux mouvement et lance son pied droit contre sa jambe gauche. Il tombe sur le sol dans un nuage de poussière et gémit, ivre de terreur. Il se protège la tête avec ses mains, prêt à parer une attaque dans son dos, ne sait plus quoi faire, tremble comme un fou contre la pierre froide, étalé de tout son long, incapable de se relever.

Il va être tué, c'est certain.

Il peut entendre les pas lents et mesurés de Béa sa supérieure qui avancent vers son corps chétif qu'il ne peut plus contrôler. Un soupire de tétanie lui échappe, comme si toute sa conscience venait d'être aspirée dans un au-delà, tellement la peur le tenaillait. Il se mets à crier, faiblement, comme pour laisser sa plainte aller dans des tons plus aigus et libérer toute sa crainte, prêt à encaisser un choc sur la tête. Il peut entendre Béa prendre un livre sur une pile et s'approcher encore lus près de lui, avant que ses pieds ne touchent les siens et qu'il se sente alors soulevé par des bras.

Béa le redresse sur ses genoux et s'assied en face de lui, avant de poser le livre bleu contre le cœur d'Armin.

Puis elle s'avance avec une lenteur infinie, et vient serrer le jeune homme dans ses bras ouverts. Elle referme ses bras dans son dos et ferme les yeux, avant de soupirer.

Armin ne comprend plus, les yeux béants dans la petite lumière des bougies, mais il ressent parfaitement la chaleur apaisante que Béa porte avec elle, et à travers les pages du livre qui les sépare, il peut deviner les battements de cœur réguliers de cette femme qui s'est accroupie pour lui.

Il sent alors les larmes lui venir à nouveau, et accepte l'étreinte dans un mouvement de relâchement totale.

Il se met à pleurer et progressivement, gagne le calme, après tant d'émotions fortes. C'est bien la première fois qu'il peut serrer ainsi un membre de l'Hydre, y trouver du réconfort, mais surtout ce contact lui rappelle sans nul doute possible celui qu'il a eu avec Mikasa auparavant dans sa chambre, il pourrait presque entrevoir les yeux d'un noir profond l'observer encore dans sa chambre si peu éclairée. Il voudrait bien savoir comment elle va à présent… Mikasa…

- Merci… Murmure-t-il dans un soubresaut.


- … D'abord Connie, puis Berthold, puis Sasha, et après Jean est mort dans ce champ avec ce Titan que personne n'a réellement vu mais qu'on pouvait simplement deviner, Lux… mais j'imagine que… Annie aussi a peut-être eu des soucis… comme Lévi. Je n'ai pas vu ces deux là depuis un bout de temps… Tu comprend… Béa… ? Tu comprend ? Nous étions dix au début de l'aventure ! Dix ! Et je ne peux supporter d'en prendre encore d'autres… mais nous sommes fichus ici…

Armin s'effondre dans les bras de Béa pour de bon et tente de reperdre son souffle, la voix guidée par la colère et la fureur de ce qu'il a vécu. Des flashs sanglants lui reviennent, il ne peut plus les éviter. Tout cela entrecoupé par les têtes de ses amis, des compagnons de route, leurs sourires, leurs yeux fatigués par les routes interminables comme leur émerveillement ou leur tristesse, tous y passent, et les visages grimaçants des Titans, qui ont hanté ses cauchemars biens des fois et se sont introduits dans une réalité bien trop... réelle, tous ces chocs picturaux se rassemblent de nouveau en lui pour lui piquer la gorge et faire couler les larmes.

- Non… je ne comprends pas… désolée…

Armin peut sentir que la jeune femme contre lui est plus que touchée par son récit, presque aussi abattue qu'il ne l'est.

- Jamais je ne pourrai comprendre vraiment Armin… Mais je suis avec toi… De tout mon cœur.

Elle le serre encore plus fort, frottant sa paume droite dans son dos pour le calmer.

- Je sais que je suis intègre à moi-même… jamais je n'aura de mot à redire sur mes convictions… J'ai toujours cru que l'Hydre était une maison pour moi… Qu'ils m'y avaient accueilli comme on accueil un enfant. Se sont eux qui m'ont élevé quelque part… J'ai toujours eu l'espérance de voir un jour cette guerre sans fin entre les Titans et les Hommes se terminer. C'est cet espoir que l'on m'a transmise ici… au fil des années. Tout le monde avait des projets, tout le monde parlait de sauver les villes de la colère des Titans. Et nous étions intouchables, insensibles, reclus dans les forêt de l'est… Personne ne viendrait nous déranger pour mettre notre plan à exécution, c'est comme ça que nous l'avons toujours… prit.

- Comment n'avez-vous pu rien voir ? Demanda Armin, sa voix chevrotante, redoublant d'effort pour articuler. Ils ont fait du mal à tant de personnes pour en arriver là

- Je n'en avait aucune idée Armin ! Et je pense que personne n'en a la véritable idée. Personne… Surtout pas les membres sans grades, surtout pas eux. Je ne sais pas si les autres" volontaires" que l'on voyait se faire broyer un à un par les Titans étaient réellement volontaires. Peut-être qu'il y en avait une partie qui souhait vraiment aider… ou peut-être qu'aucun n'a jamais tenté de risquer sa vie pour la notre.

Armin se redressa un peu, libérant l'espace entre leurs deux ventres et faisant tomber le livre sur leurs genoux :

- Alors… tu n'es pas des leurs…

- Si, Béa lui sourit timidement, je suis plus jamais l'une des leurs, j'ai mais raisons. Mais je ne pensais pas que je cautionnais sous silence de telles pratiques, je ne le savais pas…

- Et si tu l'avais su… ?

Le visage d'Armin était méconnaissable, perdu dans le brouillard de larmes. Mais il avait l'esprit clair et vif, il voulait savoir. Savoir pourquoi tant de mystère avait été fait au cœur de l'entreprise Hydre, et pourquoi son groupe à lui avait été ainsi persécuté… alors que les autres étaient laissés pour compte.

- Si j'avais su…

Béa laissa cette dernière phrase retomber sur le sol, comme le livre, avant de baisser la tête et d hocher lentement, tristement. Après tout… qu'est-ce que sa parole aurait joué, dans la balance qui faisait tenir l'Hydre debout ? Pas grand-chose.

- Tu aurais pu en informer d'autres personnes, tous les autres membres qui n'étaient pas au courant !

- … nous ne sommes pas tant que cela… Si je me souviens bien… L'Hydre compte une vingtaine d'occupants qui ne sont ni gradés… ni armés… ni scientifiques… ni autre chose… comme nous deux. Pour avoir ces privilèges, il faut patienter.

- Depuis combien de temps l'Hydre a été crée ?

- Depuis… un sacré bout de temps, Béa sourit de nouveau, avant de tendre le livre à terre au jeune blond. Mais cessons de parler de tout ça… prends ce livre, et décide de ce que tu dois faire… Elle rejeta une mèche de cheveux en arrière, révélant de nouveau son visage entamée par de sérieuses brulures. Je n'ai pas d'ordres à recevoir de gens aussi fous que ces membres de l'Hydre. Même s'ils ont été tout pour moi…

Armin accepte l'ouvrage et le plaça contre son cœur dans une poche large de sa tenue où l'on range des ouvrages autorisés en temps normal. Mi-conscient des gestes qu'il fait, il se remet de ses émotions avec l'esprit maintenant apaisé :

- Comment ça… tout pour toi ?

Béa lance un regard plein d'amertume vers le jeune homme en face d'elle :

- Tu ne dois pas croire que je suis là par simple plaisir… Peut-être que j'ai joué à être intéressée à tout ceci… mais au fond de moi j'ai toujours voulu une chose : la mort des Titans. Je les déteste… aussi bien que je déteste n'importe quel tueur. Je méprise et hais tous les êtres qui sur cette Terre prendront la vie aux autres. Je trouve l'acte de tuer… immonde… tu n'as pas idée de ma répulsion… quand je vois ces têtes sortir d'entre les arbres pour nous regarder de leurs gros yeux vitreux… je voudrais…

Béa relève ses manches et presse ses doigts contre le poitrail d'Armin qui vacille un peu en arrière. Elle tord la robe noire de L'Hydre avec ses ongles et pousse un gémissement :

- Je voudrais les faire disparaitre si je le pouvais… Les tueurs ne méritent pas de vivre. Ils méritent d'êtres enfermés… à tout jamais.

- Est-ce que… cette haine a un rapport avec… ces marques à ton visage ?

- Je… Je, Béa se mit à trembler, tout en poursuivant son récit, elle continuait de frôler dangereusement l'état d'hypnose, elle était comme prise sous transe. Je crois que j'ai vécu quelque chose de terrible, un jour avec mon père, alors que nous étions dans la forêt. Je ne sais plus… je ne connais plus les circonstances de notre venue dans ces bois, à cette heure-ci – il pleuvait beaucoup –, mais je sais qu'il n'y avait pas que nous deux… Il faisait froid, et je me souviens… de mon père qui proposait que l'on rentre… et puis encore plus de froid. Toujours plus de froid. Je me souviens d'avoir les doigts glacés, rouge de frimas…

Armin ouvre ses yeux à mesure que Béa avance l'histoire, non seulement il peut ressentir pleinement ce qu'elle raconte alors, mais en plus il commence à mentalement faire des liens entre plusieurs éléments.

- Mon père a finit par devenir fou… complètement fou… Il a voulut me tuer. Je m'en souviendrai toute ma vie, ce visage délirant, les cheveux dans le vent qui retombaient sur son nez sans arrêt, et les mots incohérents qu'il prononçait… je me souviens de tout ceci… et de sa voix, venue du fond des âges…

- Où était-ce ? Armin semble soudain terrorisé, par la possible signification de tout ceci, les échos de sa mémoire rendent les déductions bien pires qu'il n'avait pu l'imaginer. Où étiez-vous à ce moment là ? Dans quelle forêt ?

- Celle qui entoure le manoir de L'Hydre ! Nous vivions dans les bois, il y a bien longtemps maintenant, nous avions… une maison je crois…

Le visage d'Armin retombe au sol, livide, il continue la phrase, sans émotion :

- Une petite cabane… en bois ?

- Oui… Oui ! Béa relève les yeux et la tête, pleine d'images retrouvées. Oui, c'est ça ! Une petite cabane où nous vivions ! Et la forêt qui l'entourait est encore debout, c'est la même qu'aujourd'hui !

- Alors… alors ton père… a fui dans la forêt, n'est-ce pas ?

- Oui… il m'a abandonné…

Béa se recroqueville dans un coin de la pièce, laissant Armin à ses pensées :

- Il m'a abandonné comme personne n'aurait dû le faire. J'étais encore bien jeune à l'époque. Peut-être huit ans… peu importe, il m'a laissé dans cette forêt et riait à mort quand il partait dans le brouillard. Une fois qu'il avait totalement disparu, j'ai senti de nouveau un grand froid, très intense, et à un moment... je me suis rendu compte que le saignais, que mon père avait du tenté de me tuer avec un couteau ou autre chose de pointu... peu importe. Et finalement... j'ai eut encore plus froid, je ne me souviens que de vague visages et puis... de grandes formes, d'une sorte de caresse... je me souviens juste de ça...

- Et ces gens… ces gens qui t'ont retrouvé.

- Oui, c'était eux… C'était la première fois que je voyais ces insignes blanches sur les capes noires… celles de l'Hydre. Jamais je n'aurais imaginé toute cette route que cette rencontre le ferait prendre, et vers quoi je tends aujourd'hui…

Puis elle relève la tête, posant une main sur celle d'Armin au sol :

- Ni les horreurs que tu viens de me raconter…

- Il faut… il faut que je te dise quelque chose alors… Le visage d'Armin était cloitré dans une expression sérieuse à présent, larmes séchées, il faut que je te dise que nous avons retrouvé ta maison… en venant jusqu'ici…

- C'est vrai ? Bien vrai ? Béa était plus qu'émue.

- Et… elle était apparemment encore entretenue. Encore en bon état…

Elle fit un large sourire, humidifié par des larmes qu'elle avait du mal à contenir à présent :

- J'aimerais bien revoir cette vieille bicoque, rien qu'une fois… cela me ferait plaisir je l'avoue…

- Mais… la voix d'Armin avait de nouveau changé, il paraissait maintenant retenir quelque chose de très lourd, il en tremblant. Mais je crois que… nous avons aussi retrouvé ton père… Il lança un regard ombragé à Béa, de plus en plus perturbé. Nous l'avons retrouvé et nous l'avons tué…

Le visage de Béa s'arrêta de trembler, elle reste muette, la bouche écartée comme prête à se refermer d'un coup sec.

- Comment… ?

- Ton père était apparemment encore fou lorsque nous l'avons rencontré… Il a tué l'une des membres de notre escouade… Sasha… c'est elle qui s'est fait tué… par le seul humain que nous avons croisé dans la forêt. L'œil grand ouvert, tendant une hache dans sa main, essayant de nous tuer…

- Soudain Béa se couvre les yeux, ne faisant plus un geste, arrêtant ses pleurs. Elle se fige ainsi quelques instants.

- Mon… père…

- Les cheveux blancs, longs, la mâchoire tordue par je ne sais qu'elle… malédiction… ce n'était plus le même homme. Et je crois savoir pourquoi il était comme cela…

- Mon père… mort… pour de bon…

Armin ne sait pas si cette nouvelle a déclenchée une nouvelle vague d'effroi chez sa supérieure, ou bien si au contraire elle en est soulagé. Lire sur cette tête cachée derrières ces bras était plus que difficile, et ses mots ne portent plus aucune émotion, ils semblent sortis d'un néant.

- Ton père… n'était plus ton père en quelque sorte… Il est devenu fou… et je crois que j'ai compris pourquoi… Béa ? Béa tu m'entends ?

- Oui…

La femme se redresse enfin et adresse à Armin un regard morne, sombre :

- Mon père… j'avais presque cru qu'il était déjà mort… qu'il avait finis par mourir dans cette forêt…

- Il semblerait qu'il ait tenu le coup dans les bois, qu'il ait continué à vivre, d'une manière ou d'une autre sans toi, seul dans la forêt… Peut-être qu'il a cessé d'être mentalement dérangé pendant un certain temps, nul ne le sait, mais… je pense que je peux expliquer son état… nous avons eu de cas similaires chez nous, dans notre équipe.

- Vraiment ? La curiosité de Béa fait disparaitre son visage meurtris, elle presse Armin de continuer en se rapprochant de lui. Vraiment Armin ? Dis-moi… ! Qu'est-ce que tu as compris ?

- Est-ce que… il pourrait exister un livre sur les Terres de L'est. Il n'y en avait aucun de valide dans les bibliothèques que j'ai connu à Trost. Tous les ouvrages étaient pauvres ou ne faisaient qu'évoquer brièvement ces landes… Tout ce que l'on en savait, c'était les températures et les climats… changeants. Et la présence de Titans dangereux que personne ne connaissait encore vraiment… Mais est-ce qu'il y aurait ici, dans les locaux de l'Hydre, un livre, n'importe quoi d'écrit sur ces Terre, et qui pourrait appuyer ce que je pense… ?

- Surement… ! Il y a des chercheurs ici, quelques scientifiques qui étudient non seulement les Titans mais aussi les environs… Béa essuie ses larmes, soudain prise par l'adrénaline. Mais dis-moi ! Dis-moi bon sang !

- Je pense… que les lieux… les Terres de l'est sont parfaitement reliées à la présence des Titans, et que ces Titans sont eux aussi reliés aux lieux, qu'ils s'influencent mutuellement…

- Oui, cela parait évident mais ensuite !?

- Je crois avoir compris… il y a peu… que le centre même de leur puissance… venait de...


Un morceau de papier, humide, craquelé, qui gratte contre sa jambe, fait des petits bruits étranges quand il marche.

Eren retourne finalement dans sa cellule, Hélio a visiblement décidé de le gratifié de son calme et de sa ténacité : il a déposé une petite boite ouverte d'où le jeune brun peut voir dépasser des sachets bleutés. Eren reconnait ces petits bombons sucrés qu'il a mangé avec tant d'avidité quand il était encore dans le quartier de Trost, dans la grande ville, peut-être même avant qu'il n'apprenne l'existence des titans en ce fameux jour de l'attaque, et surtout bien avant toute cette aventure désastreuse.

Voir ces petites boules bleues, se souvenir de la sensation qu'ils procurent, quand on les fait lentement fondre sur la langue, le picotement qui nous serre la gorge et l'envie de boire qui suit, tout cela repasse dans la bouche d'Eren.

Mais là, maintenant, rien ne fait plus mal que de voir ces bombons, parce qu'il comprend l'attachement étrange que ces friandises nouent entre lui et Armin. Après tout, ils étaient les premiers à en manger à l'époque. Et sur le port, quand Armin parlait de bateaux pour voyager ou de mer à explorer, il y avait toujours un sachet de la sorte posé entre leurs deux mains d'enfants. Sur la boîte en petits caractères, il y a écrit :

« A notre liberté. »

Eren sait que c'est son supérieur, Hélio qui a écris ses mots, quelque part, il trouve cela presque beau… C'est un mot qu'il n'a pas lu ou entendu depuis longtemps et il résonne en lui d'une manière toute à fait surnaturelle. Liberté

… La seule chose qu'il entrevoit en pensant à ce nom… c'est une sorte de plage immense, où la mer recouvre de liberté le sable. C'est la présence de ses compagnons à côté de lui…


Des larges collines bleues entourent une baie maintenant secrète

De petites tours mauves encadrent les sables et dessinent les vagues

L'écume grignote paisiblement les galets de la plage claire

Le ciel immense et beau de rayons couvre en cachette le coin perdu

Tour respire calmement et simplement le sel des marées

Sur les hauteurs, les cadrans solaires indiquent un sud sans fin

Les tunnels des crabes se sont finis dans les flaques lumineuses

Où prêchent les poissons d'eau douce, en attende de montée

Quelques coquillages éloignés, gravent au sable leurs motifs les plus précieux

Le doux soleil s'est mis à caresser les carapaces et à faire briller les grains

La petite chaleur des sables et des eaux a comme endormie le lieu

Et tout en flânant entre les marres, le corps évidé, l'esprit apaisé

Vous vous êtes endormi


Mais quelle liberté a-t-il aujourd'hui ?

Eren donne un coup sec dans la boite immonde et elle se retrouve au sol, les boules bleues s'en échappent dans une envolée frivole et le tout retombe et roule sur la pierre dans un tintamarre dont personne ne fait plus attention. Eren rage.

Quelle liberté ?

Être libre ce n'est pas pouvoir se balader comme on le souhaite dans un dédale infâme où chaque personne vous dévisage avec indifférence, où l'on risque sa vie chaque jour pour des gens monstrueux, et tout cela dans un lieu qui n'est finalement plus qu'une grande prison.

Les yeux morts de ses compagnons défilent, les uns après les autres, et ceux de Jean s'y ajoutait, à contrecœur. Malgré toute la stupidité qu'il lavait pu sentir chez lui, l'arrogance, le mépris dont Jean lui avait fait échos, Eren ne pouvait que le respecter. Pour avoir tenu ainsi tête au Titan ce matin, comme pour ne pas avoir laissé l'Hydre totalement le submerger. Eren peut entrevoir son visage, lorsqu'il se préparait à partir, lors de la cérémonie dans la chapelle, et les plaintes lancinantes de ses yeux, ravagés par la peur. Jean révélait son véritable visage, son apparence d'homme sûr de lui et ingrat était une belle façade, comme tout le reste.

C'est alors que dans un mouvement lent et maladroit, il sortit le morceau de papier si étrange de sa poche droite et le déplia, avec la plus grande délicatesse. Dessus, à l'encre noire et parfaitement dessinée, il y avait ce qui apparaissait comme une carte…

Eren ouvrit large les yeux.

Où avait-il trouvé ça ?

Où l'avait-il ramassé ?

Il ne s'en rappelait pas !

C'était une carte de l'Hydre ? De ce putain de labyrinthe ?

Eren fut hébété pendant plusieurs minutes, incapable de dire la provenance de cet objet, il inspectait ses contours tandis que sa mémoire tentait de percer où, quand et comment il avait pu entrer en possession d'un si important item.

Sans vraiment se contrôler, un sourire apparut sur son visage. Et pas un sourire volé, forcé, un véritable sourire. Avec cela en main, il restait un espoir. Ou plutôt, un espoir était né, inespéré…

En bas, il y avait l'écriture fine et délicate de quelqu'un… Quelqu'un avait griffonné sur la carte, tout en bas, comme une note prise à la va-vite :

« Sous-sols, à l'est, cellule de Lévi, Zoé gardienne possède clés. »

Eren ne put s'empêcher d'accentuer son sourire lorsqu'il lu le nom de Lévi dans cette courte phrase abrégée et réduite à une simple liste d'information. Donc… la clef qui devait retenir les cellules de Lévi était sous la protection de Zoé… Cette même femme qui avait drogué Eren et l'avait emmené ici…

Quelque part, l'idée de prendre une revanche sur elle était vraiment loin d'être désagréable.

Eren s'assied à son lit, avant de se frotter le visage, pensif. Maintenant qu'on lui avait accordé plus de confiance, que même Tarik semblait faire de lui quelque chose d'important, qu'il était respecté même, Eren, avait toutes les cartes en main. Sa première tentative d'évasion a tourné à l'échec – il était seul après tout. Mais il devait bien y avoir un moyen de sortir d'ici. Aucune citadelle, aussi parfaite soit elle dans sa construction et son élaboration n'était impénétrable, aucune ne pourrait donc les retenir. Et même s'ils n'étaient plus que… lui, Armin…


- L'eau…

La jeune femme se mets à genoux, face à Armin, écoutant attentivement tous ses propos, n'en perdant pas une miette. Elle entre-ouvre encore ses yeux, prêt à entendre quelque chose de terrible :

- L'eau ?

- Oui… L'eau semble être au cœur de la vie des Nécros… Ces Titans ne vivent que dans les Terres de l'est, pas vrai ?

- Oui, c'est dans cette région uniquement que l'on connaît leur présence… du moins avec les données que nous avons aujourd'hui en géographie…

- Alors… comme ces Terres sont connues pour êtres très humides… et fortement touchées par les pluies, je me suis dis que l'eau était déjà en relation avec le milieu de vie des Nécros, c'était un premier pas…

- Oui…

- Et puis… plus tard, je me souviens avoir commencé à perdre la boule quand je buvais… l'eau de ma bouteille. J'ai commencé à avoir une forte fièvre, et à lutter pour respirer. Et je me souviens… Oui…

Armin a un flash, il se voyait en train de marcher dans la boue, la pluie continuait de goutter. C'était juste avant de se poser au campement, ils remontaient une longue et pénible colline quand Annie avait soudain perdue toute conscience. Mais juste avant cela… quand elle marchait de son côté, Armin se souvient l'avoir vu boire l'eau de pluie…

- L'eau… l'eau de pluie est mauvaise… elle semble transporter quelque chose. Et plus tard… Jean m'a raconté que j'avais de nouveau été malade, et cette fois-ci j'aurais raconté des choses insensées, devant lui, comme si j'avais été possédé… Moi aussi, apparemment, j'ai perdu tout esprit, et je me souviens, qu'encore une fois… j'avais bu de cette eau auparavant…

- Mais… Armin, Béa avait l'air de croire à cette théorie, mais elle se grattait les veines de sa main droite, perdue, Armin, comment veux-tu que nous ne soyons pas malade constamment, dès que nous sortons de l'Hydre… ?

- Je ne sais pas trop… peut-être qu'il faut la boire directement… peut-être que ce n'est que l'eau de pluie qui est dangereuse, et pas l'eau souterraine… Que les eaux du sol que l'on draine pour boire ici sont filtrées et qu'elles perdent leur pouvoir… je n'en ai aucune idée… mais voilà les faits… Et cela pourrait expliquer comment ton père a finit, et pourquoi lui, et pourquoi pas vous deux…

- … Il aurait juste… ouvert la bouche et bu cette eau… ? Béa n'en revient pas. Juste ça ?

- Apparemment, les effets de cette eau se dissipent… mais… peut-être en avait-il reprit après coup… et qu'il avait finit par sombrer définitivement à force de s'exposer, je n'en sais pas plus… tout cela est une hypothèse pour l'instant.

- Mais elle se tient… Béa reste un moment à réfléchir à toutes les implications possibles. Mais… et les Titans dans tout ceci… qu'on-t-il à voir avec cette lande qui rend les personnes démentes.

- … Je ne sais pas vraiment… Peut-être rien de particulier… peut-être qu'ils ne peuvent vivre qu'ici, en zone très humide, apparemment aussi, ces Titans sont comme des versions contraire des Titans qui attaquent nos villes à l'ouest… ils vivent et se nourrissent la nuit, dans les forêts. Et ils sont froids… au contraire de nos Titans habituels. Ils semble plus difficiles à approcher... moins palpables.

- Oui, ça nous le savons tous…

- Alors je me demande… pourquoi ces Titans ne pourraient pas nous attaquer la nuit… chez nous, qu'est-ce qui les en a empêché ? Après tout ces forêts ne sont pas si loin pour eux… A échelle humaine il s'agit de jours de marches… mais pour eux… De quoi peuvent-ils bien se nourrir ? Personne ne vit dans les environs !

- C'est bien vrai…

La simplicité de ces remarques fait trembler la jeune femme, maintenant en tailleur, captivé par le discours d'Armin.

- Pourquoi étiez-vous dans cette forêt ? Dans cette cabane ? Il n'y avait pas de village à l'époque, dans cette région ? demanda Armin en tenant les mains de Béa dans les siennes.

- Non… pas de village… Mon père voyageait beaucoup… je crois bien qu'il était marchand… je ne sais plus trop. Mais nous récoltions des choses dans la forêt, c'est peut-être cela que nous faisions… avant qu'il ne perde conscience…

- Alors… vous étiez à priori les seules personnes qui pouvaient vivre dans ces bois…

- Probablement, Béa ne pleure plus, elle regarde simplement Armin en face d'elle, perdue toujours mais impressionnée, probablement que oui.

- Dans ce cas… comment ont-ils pu survivre… ? Les Titans ne se nourrissent que des êtres humains… non ?

- …

Béa ne dit plus rien, elle reste au sol, l'esprit embrouillé. Heureusement, Armin finit par se relever, et d'un geste il la redresse aussi :

- Je dois y aller… Il faut absolument faire part de tout ceci à Eren dans sa chambre, avec un peu de chances, ils me laisseront le voir… J'ai besoin de lui parler de tout ça, peut-être que nous sommes sur le chemin de la liberté… Peut-être que toute cette horreur va cesser...

- Attends…

Béa lui envoi un regard de supplication :

- Je t'aiderai… je t'aiderai je te promets… Armin. Depuis que je t'ai rencontré, je t'ai tout de suite apprécié... Je ferai ce que t uveux, tant que je peux garder ma couverture. Je sais que c'est lâche quelque part, que personne ne devrait agir ainsi, à moitié caché dans l'ombre, mais je t'en prie fais mois confiance... Tout ce que tu fais, j'ai l'impression qu'il s'agit des choses les plus importantes qui se sont produites à l'Hydre depuis longtemps... Je chercherai tout ce que je peux sur Terres de l'est. Je te promets…

Armin sourit en retour et essuya les dernières traces de larmes sur ses joues, avant de pose sa main sur le front humide de la femme accroupie :

- Merci Béa.


Mikasa et moi enfin. Tout cela prendrait un jour fin, même à quatre, tout était possible, après tout… non ?

Lévi venait de passer son quart d'heure habituel de coups et d'insultes. Cela devenait un rituel, presque nécessaire, son corps avait finit par s'habituer aux châtiments de Pétra, et son esprit s'en fichait maintenant plus que royalement. Avec attention, le regard tourné vers la lune blanche qui le regarde depuis les cieux d'un bleu plus que mystérieux, il tire cérémonieusement sur un de ces cheveux et le dépose dans sa main, le contemplant avec une sorte… d'envie.

Puis il le mets contre le mur, dans un petit recoin de sa petite cellule où les petits murs étaient légèrement creusés, là, il y avait la formation d'un agglomérat de cheveux qu'il avait entreposé avec témérité, et son habituel brin d'humour, en toute circonstance.

Le tas.

Et puis il regarde cet amoncèlement avec l'idée qu'un jour il puisse éventuellement l'emporter avec lui, comme souvenir, s'il le pouvait. Un filet de sang dévale le long de son nez et atterrit à quelques centimètres de son œuvre, il s'empresse de reculer, avant de s'allonger pour voir la lune tomber sur lui. De cette façon, la tête en arrière, il pourrait regarder les étoiles et s'endormir dans son petit paradis sans se tacher du sang quotidien.

Il réfléchis un long moment aux évènements flous qui avaient décidé de leur sort et de leur placement ici, rien n'était plus étrange et désordonné. Pourtant tout avait une continuité apparemment logique puisque c'était ça qui s'était passé, et pas autre chose. Alors, quand bien même c'était incroyable… ces Nécros… il y avait pourtant de la vérité dans leur action ici. Et comme Eren semblait être accepté maintenant… peut-être qu'il pourrait participer à une découverte importante… qui sait ?

Qui sait… ?

Après tout l'Hydre, aussi démesurées leurs méthodes peuvent êtres… il y avait l'intention d'élucider bien des mystères, non ?

A ce moment il entendit des pas au dessus de sa tête, ça bougeait, et même avec précipitation. Qu'est-ce qui pouvait bien agiter les deux gardes près de son entrée. L'escalier était semble-t-il attaqué puisque l'on entendait des coups de lames s'entrechoquer et des portes se fermer vivement, puis des cris.


- Eren…

Son petit appel lui fait presque peur. Sa voix avait considérablement changé avec tout ce temps passé à ne plus rien dire. Il s'humidifie les lèvres et recommence à appeler, dans l'espoir qu'on l'entende.

Après quelques nouvelles plaintes dans le vide, enfin, la prote en fer de sa cellule s'ouvre avec fracas et des pas font échos dans la prison, accompagnés par les tintements d'une lame qui s'écrase contre les marches toutes les deux marches. Il pourrait reconnaitre ces sons distinctifs sans problèmes. C'est Pétra qui descend, avec un sourire étrange au visage, mêlée à une certaine surprise :

- Ah… Ne t'affole pas trop blanc-bec, il s'agit juste d'un petit contretemps.

- Comment ça… ? Lévi parvient à extorquer quelques mots livides à sa bouche.

Sa geôlière passe un rapide coup d'œil dans la cellule, histoire de s'assurer que tout est en ordre et puis s'assoit, soufflante :

- Eh bien… tes petits amis ont vraisemblablement perdus leur temps. Ils ont voulu te libérer mais… encore une fois… ils vont devoir payer le prix de leur incompétence. Zoé en haut se charge d'eux… et tu n'es pas prêt de revoir ton petit Eren… c'est moi qui peut te l'assurer.

Un rire sonore accompagne cette succession de phrases toutes plus angoissantes les unes que les autres… Mais un détail suggère à Lévi que quelque chose s'est passé, que la situation a changé :

Mes… petits amis.

Ils sont donc plusieurs à êtres libres en ce moment ?

A le rechercher… ?

A peut-être le libérer plus tard ?

Ils ne sont donc plus dispersés… enfin !

Entre temps, Pétra s'approche de la cage et regarde avec une once de pitié l'animal qui y est prostré depuis un certain temps :

- Tu es le pire d'entre tous, et ils se ruent sur toi pour te libérer… c'est à n'y rien comprendre, dit-elle en faisant glisser sa lame contre le sol. Vous les simples d'esprit… pires que nous.

- … Pourquoi est-ce que j'ai… l'impression que tu es tendue… Pétra… ?

- Tss…

La file s'approche de lui en lui lançant un regard de défi :

- Crois ce que tu veux, Lévi souillé et pourri comme tu es, mais rien de ce qui sort de ta sale bouche n'a d'influence sur moi. Tu pourras dire et affirmer tout ce que voudras, je ne flancherai pas. Nous avons des expériences que tu ne peux pas comprendre petit merdeux, personne ne m'empêchera d'aider Tarik à les conduire à leur finalité. Personne !

Pendant qu'elle parle, avec de plus en plus de certitude, Lévi a remarqué à quel point la femme se retient de trembler. Cette impression est encore plus évidente lorsqu'il penche la tête pour observer la main droite de Pétra, à moitié cachée dans son dos, gigotant.

Un sourire moite apparait sur la face terreuse de Lévi. Le capitaine déchu se redresse, dan un effort qui devait défier toute force humaine. Après être resté des jours et des jours planté sur le sol, à se faire tabassé, il sortait de son état de stase et se relevait lentement, inspirant profondément, contrôlant le mouvement de ses muscles et sentant tout son corps se contracter, tous ses muscles se raidir. Une onde sans fin d'insecte parcours ses bras et ses jambes, ne le lâche plus, le sang recommence enfin à circuler.

Pétra, observant la manière ridicule et trop accentuée avec laquelle Lévi se redresse sur ses pieds, peu à peu, ne peut que lâcher un autre rire sardonique. Elle fait un tour sur elle-même en chancelant et imite le capitaine avec des mouvements encore plus marqué, prêt à s'effondrer de rire.

Lévi, hors de la torpeur et des mondes enfouis sent enfin toutes ses forces progressivement lui revenir, il peut entendre tous ses os craqueler alors qu'il tend les genoux pour propulser ses jambes en hauteurs et ainsi remonter à la surface. D'un simple pivot, étendant son cou qu'il n'avait que trop vissé entre ses deux épaules pour se protéger de Pétra, il reprend sa taille normale.

Il est surpris de se trouver d'un coup si grand.

Et devant, la jeune femme, toujours souriante dans un noir abyssal ne voit pas.

Elle ne voit pas la figure exaltée d'un être qui n'a plus rien à perdre.

Qui a tout a gagné sur cette fraction de seconde.

Elle ne voit pas la furie dans son œil révulsé.

Elle ne voit pas dans son dos un éclat de jade qui s'apprête à transpercer le néant pour la fendre béante.


FIN DU DOUZIÈME CHAPITRE