Bonsoir,

Mille excuses pour ce retard, j'ai eu quelques contre-temps... J'espère que ce chapitre vous plaira.

Lola : Je te remercie et j'espère que les personnages resteront tout aussi crédibles par la suite. Et merci de suivre cette histoire !

Bonne lecture !


Newt avait été incapable de penser à quoique ce soit durant le trajet du retour. Sa tête, à la fois vide et débordante, était dénuée de pensée cohérente ; seuls quelques rares mots, des images, apparaissaient soudainement. Mécaniquement, le lycéen avait mis ses écouteurs, et, à l'instant même où une chanson s'achevait, il aurait été incapable de nommer la musique écoutée à l'instant.

Le blond était comme déconnecté, absent. Pourtant, il n'était pas anxieux, ce n'était pas le stress qui lui faisait prendre pied à la réalité. Il était juste exténué. Si fatigué de sa confrontation avec Gally, que le moindre geste devenait mécanique.

Il ne comprenait pas ce qu'il venait de se passer. Plus Newt se forçait à se remémorer leur discussion, plus il s'énervait. Tout était si nébuleux.

Ce fut d'un pas lourd qu'il arriva enfin chez lui, et presque aussitôt, la voix de sa mère s'éleva depuis la cuisine.

« Eh bien, tu rentres tard mon chéri ! »

Lentement, il se dirigea vers la pièce où les odeurs commençaient à s'élever. Son esprit était d'un silence inquiétant. Newt se sentait léger.

Arrivé dans la pièce, il vit sa mère préparer un plat de lasagnes prêt à être enfourné.

« Désolé, j'ai oublié de prévenir. »

La femme eut un sourire avenant, mais Newt savait qu'elle s'était inquiétée. Les habitudes rompues étaient une source d'inquiétude constante pour elle.

« Je peux faire une sieste ? »

Il était huit heures du soir.

« Je te réveille quand c'est prêt ?

- S'il-te-plaît, oui. »

Sa voix était basse, comparable à celle d'un enfant. Il avait cruellement l'impression d'abuser de la gentillesse de sa famille, celle de sa mère en premier. La culpabilité le rongeait encore un peu plus. Fils indigne, encore une fois.

Dans sa chambre, il délaissa sur son bureau veste et sac pour s'allonger au plus vite sur son lit. Un soupir de bien-être s'échappa de ses lèvres tandis qu'il enserrait son oreiller entre ses bras. Cela lui semblait faire une éternité qu'il n'avait pas été si fatigué.

Malgré la somnolence, l'image du regard perçant de Gally persistait.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, son réveil affichait 2h07. Il les frotta et observa à nouveau l'heure, il n'y avait pas d'erreur. Péniblement, il se redressa et se massa le visage pour se réveiller. Il avait dormi d'un sommeil lourd.

Il remarqua alors un mot sur la table de chevet, il y avait dessus l'écriture de sa mère.

« Impossible de te réveiller la marmotte, une assiette est prête dans le frigo. Bisous. »

Newt n'avait aucun souvenir de la venue de sa mère. Seule une vague sensation d'une main dans ses cheveux restait en mémoire. C'était furtif, presque fantomatique.

Furtivement, le lycéen sortit de sa chambre, tout le monde dormait bien évidemment. Évoluant dans l'obscurité, il descendit les escaliers. Comme promis, une part généreuse de lasagnes se trouvait dans le frigo, à sa vue, son ventre émit des gargouillements.

En faisant réchauffer l'assiette, il sortit son téléphone de sa poche. Aucun message. Il alla dans son répertoire et appuya sur HappyGreenSark, puis sur « modifier ». Il effaça le nom, et lentement, il y écrivit « Gally ». Pendant plusieurs secondes, son regard s'attarda sur le prénom. Gally se trouvait à présent dans ses contacts. C'était irréel.

Le bip du micro-onde le sortit de sa contemplation. Ne prenant même pas la peine de s'installer à table, il mangea debout, adossé au plan de travail.

Il avait fait sa nuit, il ne risquait pas de se rendormir de sitôt. Il allait devoir attendre le matin pour aller au lycée. Mais à présent qu'il avait l'esprit plus clair, il se remémorait sa discussion avec Gally. Cela leur avait coûté à tous les deux d'exprimer une part infime de leurs émotions.

Et les larmes lui montaient aux yeux, car, pour la première fois de sa vie, Newt avait verbalisé ses peurs. Ava Paige ne comptait pas. Et puis, il y avait eu le regard inquisiteur de Gally sur lui, brûlant de colère, alors que ses mots s'écoulaient de sa bouche avec un détachement qui glaçait le sang de Newt.

À ce moment-là, Newt avait vu son double, il s'était vu en son camarade. Le cynisme de Gally avait été le sien. Et comme Gally, Newt se souvenait à quel point il n'avait plus craint la mort pour en parler avec une telle aisance. Gally lui avait avoué à demi-mot une tentative de suicide avec tant de détachement que cela avait fait mal à Newt.

Enfournant sa dernière bouchée, il reprit son téléphone qu'il déverrouilla. Il se dirigea vers le salon où il s'installa en tailleur sur le fauteuil. Durant plusieurs secondes, puis durant plusieurs minutes, il fixa l'écran, incertain.

Newt à Gally – 2h39 :

Tu dors ?

Gally à Newt – 2h46 :

Sérieusement ? Je croyais que tu n'étais plus insomniaque

Newt à Gally – 2h47 :

Quoi ? C'est une question légitime

Gally à Newt – 2h47 :

Je ne pensais pas que t'allais porter tes couilles et me contacter mais je t'en remercie

Newt à Gally – 2h50 :

Ce passif-agressif

Gally à Newt – 2h52 :

Il est trois heures du mat et je n'arrive pas à dormir, tu crois que je vais t'inviter à boire du thé et à discuter Shakespeare ?

Newt à Gally – 2h54 :

Quels clichés sur mon pays… Encore des cauchemars ?

La réponse tarda à arriver, Newt savait qu'il s'aventurait sur un terrain glissant. Il fit craquer ses doigts, n'ayant rien de mieux à faire.

Gally à Newt – 3h03 :

Ouais

Newt à Gally – 3h03 :

Je me demande… La personne que tu as perdue, c'était qui ?

Durant leurs discutions passées, son camarade de classe évoquait toujours la perte d'un membre de sa famille, sans jamais en dire davantage. Newt ne pouvait que deviner qu'il s'agissait d'un être cher et que sa perte était l'une des causes de l'état de Gally et de ses cauchemars. Des cauchemars à répétition. Alors, le blond ne pouvait s'empêcher d'être piqué par la curiosité ? Qui était réellement Galileo ?

Lorsqu'il reçut un sms, Newt déverrouilla fébrilement son téléphone.

Gally à Newt – 3h08 :

C'est qu'on devient intime joli-cœur, qu'est-ce que ça changerait de savoir ça ?

Newt à Gally – 3h09 :

Je veux comprendre

Gally à Newt – 3h10 :

Comprendre quoi ? Comment le cerveau peut dérailler autant ?

Newt à Gally – 3h10 :

Non, je veux comprendre qui tu es

Gally à Newt – 3h13 :

Ha ? Tu veux peut-être savoir comment j'étais avant ? Au collège avant la dépression, c'est ça ? Désolé de te décevoir mais, dépression ou non, je suis à peu près le même

Newt à Gally – 3h17 :

Je ne te connais qu'à travers tes conneries avec Thomas, ce n'est pas représentatif

Gally à Newt – 3h19 :

C'est très noble de ta part de t'imaginer qu'au fond de moi se cache une bonne personne ou je ne sais quelle connerie. Je ne suis pas tendre, Newton.

L'anglais ferma les yeux et prit une longue inspiration. Qu'est-ce que c'était difficile de communiquer avec lui ! Cela n'allait nulle part. Ils tournaient en rond.

Et pourtant, il y avait toujours cette chose au fond de lui, contradictoire et obsédante qui le poussait inlassablement à essayer de comprendre ce qui échappait à sa logique. Car Newt voulait toujours tout comprendre.

Gally échappait à sa logique, ça lui retournait le cerveau.

Newt à Gally – 3h25 :

Je n'ai jamais dit que tu l'étais

Le lycéen essaya de trouver autre chose à dire, cependant rien ne lui vint en tête. Il envoya le message tel quel et soupira. Gally était une personne rude, brusque, c'était certain. Mais tout ce que lui avait raconté HappyGreenShark traduisait une sensibilité. Et cela, ce n'était pas cause de la maladie. Cette sensibilité avait toujours été présente en Gally, Newt en était sûr. La dépression et l'anxiété n'avaient fait que l'exacerber.

Gally à Newt – 3h32 :

C'était mon frère, Chuck.

Newt à Gally – 3h33 :

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Gally à Newt – 3h34 :

Je te dirais peut-être un jour

Alors, Newt eut un très léger sourire, car c'étaient les mêmes mots qu'il avait dits au café tout à l'heure. Il était temps de clore ce sujet en douceur.

Newt à Gally – 3h36 :

Tu vas pouvoir dormir ?

Gally à Newt – 3h37 :

Je ne pense pas, Teresa m'écrase depuis tout à l'heure

Newt à Gally – 3h39 :

Cette Teresa… Elle est intimidante

Gally à Newt – 3h41 :

Tu n'as encore rien vu, une véritable furie quand elle s'y met

Newt à Gally – 3h43 :

C'est ta meilleure amie ?

Gally à Newt – 3h44 :

Quelque chose comme ça, ouais. Allez, je t'abandonne joli-cœur.

Newt à Gally – 3h44 :

Va chier Galileo

L'anglais rangea son téléphone dans sa poche, l'esprit étrangement apaisé. Durant le reste de la nuit, Newt regarda vaguement des émissions de télé-réalité pour passer le temps.

Un nom revenait régulièrement en tête : « Chuck ». Un nom débordant de secrets qui attisait encore un peu plus la curiosité de Newt.

Quelques heures plus tard, lorsque le soleil se leva enfin, le lycéen se prépara pour aller à l'école. La journée serait bien longue. Il retrouva ses deux amis dans le hall et le trio se dirigea vers les casiers.

Thomas n'avait pas manqué de souligner la pâleur du blond alors que Minho insistait sur l'importance d'un bon sommeil combiné à une activité physique régulière.

« On devrait se refaire un peu de course.

- Pitié… Tu ne vas pas recommencer Min'… » Se plaignit Newt.

- Ça ne t'a pas tué la dernière fois !

- Allez, quoi, moi aussi je veux être de la partie ! » Renchérit Thomas.

« Si vous êtes sages, putain… »

Les deux bruns s'esclaffèrent et se firent un check. Newt n'avait pas besoin de les regarder pour savoir qu'ils devaient sourire de satisfaction. Il renferma son casier. Et, sans réellement savoir pourquoi, peut-être une intuition, il tourna la tête. Il vit, à une dizaine de mètres de lui, Gally en train de l'observer. Comme interpellé, Newt maintint le regard. Gally avait suspendu ses gestes devant son propre casier ouvert. Le contact fut interrompu par une voix puissante et enjouée qui proclama dans le couloir :

« Vous savez quoi ? Notre grand champion Minho est pédé ! »

Le brouhaha ambiant disparut brutalement. Certains regardaient le capitaine de rugby qui venait de crier ; la majorité des élèves, cependant, fixaient le trio. Newt vit son meilleur ami pâlir.

X

Gally était exténué et ce n'était pas le demi-litre de café noir que lui avait fait boire Teresa avant de partir qui allait y changer quelque chose. Il avait à peine fermé l'œil de la nuit, trop obsédé par sa rencontre avec Newton, puis par leur dernier échange téléphonique. Il n'avait pas encore réussi à digérer tout cela. Et ce matin, alors qu'il dormait debout, il ne pouvait s'empêcher d'observer de loin le blond en train de sourire et de rire avec ses amis. Il ne le comprenait pas.

Newt était à première vue une personne prévisible depuis qu'ils étaient au lycée. Le premier de la classe ne lui avait jamais paru aussi nuancé. Il n'y avait pas de juste-milieu, il se donnait tout entier, se laissait consumer par ses émotions : de la terreur à l'empathie ; du dédain à l'adoration… Newton débordé de paradoxes violents dissimulés sous un visage à la fois candide et marqué par la maturité. C'était pour cette raison que Gally ne cessait de chercher du regard Newt, comme il le faisait actuellement.

« Vous savez quoi ? Notre grand champion Minho est pédé ! »

L'exclamation avait fusé dans le couloir, provoquant un silence de mort parmi les élèves. Gally fronça les sourcils, cherchant celui qui avait parlé. Il découvrit rapidement le capitaine de l'équipe de rugby, encadré par d'autres membres du club, qui souriait, fier de son annonce.

Spontanément, il avait fini par regarder Minho qui semblait subitement plongé dans un mutisme déconcertant. Personne n'allait croire en une telle absurdité, sauf peut-être Ben qui ne resterait pas sourd à cette rumeur. Minho, et Dieu savait à quel point Gally ne se l'encadrait pas, suscitait la jalousie de bon nombre d'élèves à raison. Il fallait être de mauvaise foi pour ne pas reconnaître que l'asiatique était brillant.

Gally attendit donc que l'athlète prenne la parole et sorte une de ses répliques sarcastiques. Mais les secondes passaient et les chuchotements commençaient à prendre de l'ampleur dans le couloir.

Le capitaine de l'équipe de rugby, un certain Manson si sa mémoire était bonne, s'avança vers le trio avant de reprendre la parole.

« Alors ? Tu perds ta langue maintenant ? Veux-tu que je raconte ce que j'ai vu hier aux vestiaires ? » Provoqua le jeune homme d'une voix forte pour que tout le monde l'entende.

De là où il était, Gally était incapable de savoir si le brun lui répondait. Prudemment, il s'approcha de quelques mètres.

« Ouais, tu vois de quoi je parle. C'est plutôt risqué de faire tes cachotteries dans les vestiaires.

- Va chier Manson. » Cingla alors Thomas en le bousculant pour l'éloigner.

« Par contre, je suis vraiment curieux de savoir qui est l'autre élève avec qui tu faisais tes cochonneries.

- Tu vas fermer ta gueule ? Tu cherches quoi avec tes mensonges ?! »

Thomas s'échauffait de plus en plus tandis que l'asiatique et le blond restaient silencieux.

« Je crois qu'embrasser un autre mec quand on est à poil n'est pas très hétéro, non ? »

Les chuchotements augmentaient autour d'eux alors que Gally serrait les dents, son corps tremblant imperceptiblement.

« C'est quoi la prochaine étape ? La sodomie dans les gradins ? Attention, tes temps vont baisser si tu te fais trop défoncer le cul régulièrement. »

Gally ferma les yeux un court instant, dans l'espoir de réprimer ses tremblements. Qu'importe si Minho, l'élève qui transpirait l'hétérosexualité de tous les pores de sa peau, était gay ou non, Gally enrageait.

Il s'avança davantage, bousculant quelques élèves sur son passage. Il continua jusqu'à faire face à rugbyman.

« Wood.

- Manson. » Répondit-il d'une voix contenue.

Seulement à cet instant, le trio d'amis réalisa sa présence. L'asiatique restait figé alors que Newt et Thomas le regardaient étrangement. Il n'y prêta pas attention, trop occuper à fixer l'air narquois de Manson.

« Quelque chose à rajouter peut-être, Wood ?

- Va te faire foutre. »

Gally saisit le capitaine par la nuque afin de le projeter contre les casiers. Le bruit métallique dû à l'impact fut étouffé par les exclamations et les cris des élèves. Alors que Gally le maintenait de tout son poids contre les casiers, le rugbyman se dégagea violemment et le frappa au visage. La cohue se renforça mais ne les empêcha pas de continuer ; à tel point que les deux élèves se ruaient à présent de coups à même le sol, crachant chacun un flot d'insultes. Tous deux d'une carrure impressionnante, la confrontation prenait des allures impressionnantes. Il fallut toutefois attendre de longues minutes avant que deux pions n'arrivent jusqu'ici.

« Wood, Manson ! Dans le bureau du proviseur immédiatement ! » Cria le premier sans que personne ne l'écoute.

« Arrêtez tout de suite ! » Tonna plus fortement le second, osant lui, s'approcher des deux sportifs pour les écarter.

Il avait saisi Gally sous les bras pour l'écarter du rugbyman. Ce dernier, le nez en sang, avait un regard haineux.

« Vous êtes bon pour l'exclusion. Chez le proviseur, maintenant ! Vous autres, il n'y a plus rien à regarder, allez en cours. »

Difficilement, les lycéens trop curieux se dispersèrent.

X

Les trois heures de cours de la matinée se passèrent dans un silence oppressant pour les trois amis. Bien que voisins de tables, aucun des garçons n'avait osé aborder l'intervention de Manson. Minho se montrait étrangement studieux ce matin-là, bien loin de ses rêveries habituelles. Thomas, lui, observait sans cesse l'asiatique, tentant de parler mais il se ravisait à chaque fois. Quant à Newt, il faisait semblant de prendre des notes, se concentrant davantage sur les évènements de la matinée.

Tout semblait se contredire, déjà parce qu'il savait son meilleur ami pas attiré par les hommes. Les insultes de Manson ne devaintt être qu'une frasque parmi d'autres afin de discréditer Minho. Les sportifs du lycée étaient toujours les premiers à se rabaisser entre eux pour une question de popularité.

Il ne fallait donc pas écouter les affabulations du rugbyman. Toutefois, après dix ans passés aux côtés du coréen, Newt s'inquiétait de la réaction de son ami. Parce que, tout dans cette réaction, témoignait de la peur du jeune homme. Il connaissait Minho, il savait qu'il adorait les joutes verbales avec les autres élèves. Minho prenait plaisir, et il le revendiquait, à déstabiliser les gens au travers des mots.

Minho était taquin, moqueur, un brin provocateur ; Minho n'était certainement pas muet et facilement ébranlable. Minho draguait, il flirtait à la moindre occasion, il raffolait des regards admiratifs qui se posaient sur lui lorsqu'il foulait la piste de course.

Se pouvait-il que son meilleur ami soit gay ? Seule sa réaction imprévisible pouvait confirmer les insinuations de Manson.

Et puis, il y avait Gally, toujours Gally, il semblait à présent être partout dans le quotidien de Newt. Ce que ce dernier ne comprenait pas, c'était sa réaction. Pourquoi attaquer l'élève ? Pour défendre Minho ? C'était tout bonnement impossible. Il savait que Gally avait la main leste, ses altercations avec Thomas en témoignaient. Mais son comportement du matin restait inexplicable.

La sonnerie retentit et les élèves rangèrent leurs affaires pour aller à la cantine, Minho le fit précipitamment, prêt à se sauver de la salle de classe. Le voyant faire, Thomas prit le reste de ses livres sous le bras sans prendre le temps de les ranger dans son sac, tout comme il ne prit pas le peine d'enfiler sa veste. Newt l'imita afin de suivre l'asiatique.

« Hey, tocard ! Tu crois filer où comme ça ?! » S'écria Thomas une fois dehors.

Dans le couloir, Minho ralentit sans pour autant se retourner vers eux.

« Avec Newt, on prévoyait de sécher la philo de cet aprem, tu viens avec non ?

- Hein ? » Releva intelligemment le blond.

« Ouais, parce que quatre heures, c'est la mort. On va au parc ? »

Les yeux de Newt s'agrandirent au fur et à mesure que son ami parlait.

« Qu'est-ce que tu racontes encore ? » Répondit cette fois Minho.

« Fais chier, après on dit que je ne suis pas subtile… Je n'ai pas envie d'aller en cours et toi non plus, alors on va sécher.

- Je ne…

- Ho ta gueule Newt, tu viens et tu n'as pas ton mot à dire. »

Vexé, Newt referma sa bouche mais suivit néanmoins Thomas dans son projet d'école buissonnière. Ses parents allaient le tuer.

Mais de toute évidence, il était nécessaire de parler des évènements de la matinée, chose totalement impossible à l'intérieur de l'établissement. La rumeur s'était propagée à une vitesse ahurissante, si bien que les élèves ne pouvaient s'empêcher de jeter des regards sur le sportif.

Les trois amis se dirigèrent vers le parc qu'ils fréquentaient parfois après les cours et, une fois de plus, Thomas rompit le silence :

« Tu cherches à rivaliser avec Newt ou tu vas parler de ce qui s'est passé ce matin ?

- Il ne s'est rien passé… » Maugréa le coréen.

« Ce n'est pas comme si Manson t'avais insulté devant tout le monde, que tu n'avais rien répondu, et que Gally – bon Dieu de merde – avait défoncé Manson. Pardon. Sérieusement, c'est quoi cette histoire de vestiaire et de baiser ?

- Rien.

- Arrête de faire ta tête de mule, tu ne peux pas détrôner Newt.

- Quoi ? Je…

- La ferme Newtie, tu vois bien que je tire les vers du nez de ce tocard. »

Pour la seconde fois, Newt se tut. Il revaudrait ça au brun. Mais à l'heure actuelle il devait se préoccuper de Minho.

« Es-tu gay ? Ou… bi ? Je ne sais pas moi. » Reprit le brun face au silence persistant.

Un silence qui dura encore de longues secondes où ils marchèrent côte-à-côte. Minho était nerveux, tête baissée et les mains dans les poches. Newt et Thomas tendaient l'oreille, à l'affût.

« Ouais.

- Ouais, quoi ?

- Je… Putain, ok, je suis gay. »

Thomas accueillit la révélation calmement, semblant réfléchir ; tandis que Newt se mit à réfléchir à toute allure, déstabilisé.

Déstabilisé non pas par l'homosexualité de son meilleur ami, mais parce que, après dix ans d'amitié, jamais Minho n'en avait parlé.

« Bah voilà, on y arrive, ce n'est pas la mer à boire. » S'exclama Thomas avec entrain, ce qui perturba un instant Minho, il reprit : « J'ai une raison de plus pour frapper Manson la prochaine fois !

- T'es con… » Souffla Minho.

On devinait toutefois un semblant d'amusement dans sa voix.

« Pourquoi tu ne l'as jamais dit ? »

La voix de Newt, elle, vacilla. Minho le regarda, gêné comme il l'avait été rarement.

« Personne ne le sait. Mais c'est un peu raté maintenant. »

Cette réponse ne suffisait pas à amoindrir la jalousie de Newt, alors qu'il allait demander plus d'explication, son portable vibra dans sa poche. Il le sortit et vit un message de Gally.

Gally à Newt – 12h45 :

C'est parti pour une semaine d'expulsion

Newt à Gally – 12h45 :

Pourquoi t'a fait ça ?

Gally à Newt – 12h46 :

J'ai cassé le nez de ce bâtard, c'est satisfaisant

Newt à Gally – 12h46 :

Ça ne répond pas à ma question

En écrivain le message, le blond entendit vaguement Thomas prendre la parole :

« Mais ça veut dire qu'on va pouvoir fêter la fin de ton célibat ? Tu sors avec quelqu'un ? »

Gally à Newt – 12h47 :

J'ai oublié mon drapeau LGBT dans mon placard… Sérieusement Newton, il te faut une raison ?

Minho marmonna, puis répondit faiblement, presque craintivement :

« Ben. »

À l'entente de ce nom, Thomas s'exclama tandis que Newt relevait subitement la tête vers son meilleur ami.


Enjoy.