CHAPITRE 12 : JUGEMENT.

Stupéfait, Atem regarda son épée en morceau et la laissa retomber sur le sol. Le Comte se tenait maintenant au-dessus de lui, la lame de son épée pointée sur sa gorge.

« Et maintenant Atem ? »

Il avait perdu, il savait ce que cela engendrait.

« Vous avez gagné. Maintenant achevez-moi.
- Vous… Vous achever ? »

Heba était confuse. Elle l'avait vaincu, désarmée, il était à terre. N'était-ce pas suffisant ?

« Courage » lui murmurait le jeune Roi. Heba entendit également le Général Aknadin, hurler derrière elle, qu'elle devait le tuer, que c'était le jugement des dieux. Elle ne pouvait pas lâcher Atem des yeux.

Mahad s'approcha des deux combattants, il regardait son ami avec tristesse sachant très bien ce qui devait se passer.

« Comte, vous ne pouvez pas le laisser vivre dans un tel déshonneur. Bien que cela me coûte de le dire… Vous devez faire votre devoir. »

Heba, avait toujours le regard rivé sur les yeux d'Atem. Ces yeux grenat, était d'une grande douceur, cherchant à la rassurer. Le jeune souverain gardait néanmoins un léger sourire sur les lèvres, il sentait que son adversaire hésitait. Il appréciait sa compassion, mais ce n'est pas ce que le Comte devait ressentir à ce moment-là.

Atem, se concentra sur les yeux améthyste du Comte, se remémorant, la première fois où il avait vu ces yeux. Il ne pouvait pas être plus comblé, il allait mourir en admirant une dernière fois ces yeux dont il était tombé fou amoureux, oubliant complètement qu'ils pouvaient susceptiblement appartenir à un homme.

« N'ayez pas peur. Le vainqueur… Dois achever le vaincu. C'est comme ça que ça se passe. C'est la loi. » Continue à murmurer le jeune Roi à terre.

Heba, s'est de nouveau sentie fébrile. Elle ne savait plus quoi faire. D'un côté, elle entendait le Général lui hurler de le tuer, et de l'autre, son cœur au contraire lui disait de ne pas le faire. Quelque chose au fond d'elle semblait lui dire que si elle tuait Atem, une partie d'elle ne s'en remettrait jamais. Son Cœur s'emballait, la panique commençait à monter. De plus, plus elle regardait les yeux tendre d'Atem, plus son cœur se serrait.

« NON, JE NE PEUX PAS ! »

Les yeux aux bords des larmes, Heba jeta son épée loin du Roi et retourna rapidement à son cheval, pour s'en aller. Toutes les personnes présentes étaient choquées par le comportement du Comte. Bien que tous soit soulagé que leur souverain soit toujours en vie, ils ne comprenaient pas que son adversaire n'est pas accompli l'acte final de ce combat.

Lorsque le Comte de Thèbes fut à cheval, il croisant le regard assassin du Général Aknadin.

« Traitre ! Le Roi, sera informé de votre traîtrise, soyez en sûr Comte de Thèbes ! »

Heba, ne put que baisser les yeux de honte en suivant le Général en direction du Château. Sur le chemin, ils croisèrent le fameux soldat qu'Heba avait missionné. La princesse ne manqua pas de lui jeter un regard méprisant. Voyant le regard du Comte, le soldat savait très bien qu'à partir de maintenant, il devait dire adieu à son grand ami le vin.

Atem, quant à lui, toujours au sol baissait la tête de honte à son tour. Certes, il était en vie, mais il avait été humilié devant tous ses sujets. Mahad s'approcha de lui et le recouvrit avec sa cape. Ils échangèrent un regard silencieux durant plusieurs secondes, avant que Seto les rejoigne et met un terme à ce silence.

« Que comptes-tu faire maintenant ?
- Rendons-nous au château du Roi Salomon, nous devons lui rendre nos armes. »

Dans la forêt, sur le chemin du retour, Heba s'était un peu distancée du Général et des autres soldats. Elle cherchait à comprendre au fond d'elle pourquoi elle n'était pas allée jusqu'au bout. Qu'est-ce qui avait fait, qu'elle se sentit aussi hésitante et fébrile au moment d'achever son adversaire ? Puis elle se souvient du regard d'Atem, de la douceur que ses magnifiques yeux grenat dégageaient. Comment pouvaient-ils être si attendrissants alors que la mort était sur le point de l'accueillir à bras ouvert ? Elle repensa également à la manière dont son cœur s'était serré, à la manière dont elle avait réagi en voyant Atem torse-nu. Tout se chamboulait, pas seulement dans sa tête, mais aussi dans son cœur.

Puis soudain, une pensée lui est venue. Qu'allait-elle dire à son grand-père ? Comment allait-elle se justifier face à son Roi ? Comment allait-elle l'affronter, lui et ses sœurs qui comptaient sur elle ? Il fallait vite qu'elle trouve comment, car elle arrivait déjà au château. À son arrivé le Général à ordonner à ce que le Comte ait les mains enchaînées. Il le poussa devant lui pour qu'ils se dirigent vers la salle du trône, où le Comte serait jugé, pour sa traîtrise.

En remontant l'allée de la salle d'audience, Heba avait gardé ses yeux baissés sur le sol. Elle n'arrivait pas à regarder son grand-père et ses sœurs, droit dans les yeux, tellement la honte et la culpabilité la rongeait. Une fois face au Roi, le Général Aknadin, força le Comte à se mettre à genoux, en attendant sa sentence. Isis et Kisara étaient soulagées de voir leur petite sœur en vie, mais étaient également tristes de la voir dans un état aussi miséricordieux. Le Roi Salomon était lui aussi soulager de voir sa petite-fille revenir saine et sauve. Mais il devait se montrer ferme, car aux yeux de tous ceux ici présent, à part le Général et ses petites-filles, c'était le Comte de Thèbes qui était agenouillé devant lui pas la princesse Heba.

« Alors, on m'a rapporté, que notre vaillant champion était officiellement vainqueur du duel… Mais qu'il avait refusé d'achever son ennemi. Puis-je en connaître la raison ? »

Heba, leva lentement la tête pour finalement rencontrer le regard de son aïeul, elle déglutit avec difficulté, les larmes aux yeux et répondit en essayant de faire en sorte que sa voix tremble le moins possible.

« Je n'en sais rien Sir, je crois que… Je n'en ai pas eu le courage. Et je demande à sa majesté, que le châtiment, que je mérite, sois suffisamment conséquent, pour que je puisse oublier… La douleur qui ronge mon cœur ! Pardonnez-moi, votre majesté. Je vous en prie pardonnez-moi grand-père. J'ai failli à mon devoir, pardonnez-moi. Je sais à quel point, j'ai déçu vos espérances, j'implore donc votre pardon. »

Salomon, s'était levé et approché du Comte, il avait entendu la supplication de sa petite-fille de lui pardonner. Il était déchiré de voir la jeune femme si anéantie, il voulait la prendre dans ses bras, la bercer en lui murmurant que ce n'était rien, qu'elle avait fait de son mieux et surtout qu'il était fier d'elle. Mais comme il se l'est rappelé plus tôt, c'était le Comte qu'il devait juger, pas Heba.

« En reconnaissance de votre courage Comte de Thèbes. Nous ne pourrions, par conscience, vous soumettre… À la peine de mort. Cependant, nous vous condamnons à une vie d'exil et de réclusion en haut du donjon. Emmenez-le ! »

Alors que les gardes, relevèrent le Comte pour le conduire sur son lieu d'isolement, Kisara s'était approché du Roi.

- Mais grand-père… Lui murmura-t-elle.
- Chut, n'intervient pas ma sœur. Il faut se débarrasser du Comte de Thèbes si nous voulons récupérer Heba.
- Ta sœur à raison. D'ailleurs, Isis, va à sa rencontre et fait ce qu'il faut. »

La plus âgée des sœurs, s'inclina et ensuite partit à la poursuite des gardes qui ont emmené sa petite sœur. Le Roi, lui, porta son regard vers le Général Aknadin, qui était sur le point de se retirer ; il avait des comptes à régler avec ce dernier.

« Général, ne partez pas tout de suite. Je dois m'entretenir avec vous. »

Dans les couloirs du château, Heba était escorté par deux gardes, qui lui tenait ferment les bras. Elle entendit des pas au loin derrière elle, en pensant que c'était d'autres gardes. Mais en entendant la voix de la personne elle se rendit compte qu'elle se trompait.

« Gardes, arrêtez-vous et laissez-nous ! Je suis Isis, la petite-fille du Roi, et j'agis, sur l'ordre de sa majesté. Il souhaite me voir discuter avec le prisonnier un moment.
- Mais princesse, cet homme est un traître.
- Contrediriez-vous un ordre du Roi ?
- Euh… Non… C'est bon, allé-y princesse, mais faites attention, il pourrait tenter de s'enfuir.
- Ne vous en faites pas, tout ira bien. »

Isis, prends doucement sa sœur par le bras et l'éloigna des gardes.

« S'il te plaît, n'essaie pas de me sauver Isis, je mérite pleinement mon sort.
- Écoute, quand tu seras seule, je veux que tu avales cette fiole. Elle contient une potion qui te plongera dans un profond sommeil. Tellement profond que l'on ne pourra pas percevoir ta respiration, à tel point que tout le monde pourra penser que tu es morte. À partir de là, personne ne pourra te réveiller pendant trente jours. La rumeur courra que le Comte de Thèbes est mort, et ensuite toi, Princesse Heba, tu pourras réapparaître, comme si tu revenais de voyage.
- Mais c'est moi Heba, qui est commis une erreur, pas le Comte de Thèbes ! Lui, il n'a jamais à aucun moment failli à l'honneur de son Roi.
- Je sais petite sœur, je le sais. »

À l'entrée de l'enceinte du château, Atem, Mahad et Seto, furent arrêtés par l'un des vigiles.

« Halte ! Qui va là ?!
- Nous sommes des messagers de paix, et nous souhaitons parler à ton souverain. Je suis le Roi Atem.
- Bon, très bien, vous pouvez entrer. »

Les trois compagnons entrèrent dans l'enceinte du château, et s'orientèrent vers l'entrée principale, où ils descendirent de cheval et demandèrent à ce qu'ils soient annoncés auprès du Roi.

Pendant ce temps, dans la salle du trône, les plans du Général Aknadin étaient mis en pleine lumière.

« Vous avez tenté de nous bafouer par tous les moyens ; en corrompant les oracles du Roi, en subornant notre peuple, en lui faisant encore subir une longue et interminable guerre. C'est pourquoi nous avons décidé de vous condamner à…
- Je n'ai jamais trompé le peuple, alors que vous en revanche…
- Comment osez-vous dire cela ?!
- Ça n'a jamais été mon idée d'envoyer votre fille…
- Voici l'arrivé de sa Majesté le Roi Atem, accompagné du Baron Mahad, et du Baron Seto ! »

Le Général encadré de gardes, fut éloigné de l'allée principale, pour laisser place à nos trois compagnons. Entre temps Isis avait retrouvé sa place auprès de sa cadette en lui murmurant que tout était arrangé. Atem en tête de fil avançait vers le trône avec Mahad et Seto légèrement en retrait derrière lui. Arrivant face au souverain, Atem s'agenouilla en déposant son épée au sol, rendant les armes à son adversaire. Seto et Mahad suivirent la même action lorsqu'Atem s'est relevé en saluant le Roi.

« Sir Salomon. Je dépose les armes devant vous. Votre Champion, à remporter le duel. Nous vous prêtons maintenant allégeance, Majesté. Mon peuple et moi-même plaçons désormais notre destin entre vos mains. Je souhaiterais toutefois, solliciter votre clémence envers le Comte de Thèbes. Je souhaiterais qu'il ne soit pas traité comme un criminel et qu'il n'ait pas à souffrir de la vendetta des autres. En ce qui me concerne, vous pouvez faire de moi ce qu'il vous plaira, je n'ai aucun désir à être épargné.
- Il me semble que c'est à moi de prendre ce genre de décision, vous ne croyez pas ?
- Majesté, votre Champion, m'a humilié devant tous mon peuple, en refusant de m'ôter la vie. Roi Salomon, si vous le souhaitez, vous pouvez achever la tâche qu'il n'a pas accomplie. »

Sur ces dernières paroles, Atem s'était agenouillé, la tête baisser attendant sa sentence. Légèrement, en retrait à côté du trône, Isis et Kisara regardaient avec désolation le jeune Roi à genoux devant leur grand-père. En l'observant un peu plus attentivement les deux sœurs comprirent désormais pourquoi Heba n'avait pas pu se résoudre à le tuer. Leur ennemi était un très bel homme, avec beaucoup de prestance, de charisme et semblait être d'une telle gentillesse. Il n'y a pas qu'Atem qui avait hérité du gêne de la beauté, Kisara avait immédiatement flashé sur Seto et le fixait du regard avec un léger sourire séducteur. Isis, ne manqua pas de remarquer le comportement inapproprié de sa cadette :

« Tu ne devrais pas les regarder comme ça. Dois-je te rappeler que ces barons sont nos ennemis ? »

Malgré la réprimande qu'elle venait de faire à sa jeune sœur, Isis, ne put s'empêcher de rougir et de répondre au sourire charmeur de Mahad qui ne l'avais pas lâché des yeux depuis leur entrée. Remarquant cet échange de sourire, Kisara saisit l'occasion de pouvoir taquiner son aînée.

« J'ai l'impression que je ne suis pas la seule à m'intéresser à l'ennemi »

La princesse aux cheveux blancs, a eu du mal à retenir son gloussement face au visage rougissant de sa sœur, qui habituellement était imperturbable et irréprochable dans son comportement.

« Sachez Roi Atem, que le Comte de Thèbes a déjà été juger pour avoir manqué à son devoir. Et en ce qui vous concerne, j'aimerais vous dire que ma décision sera juste et réfléchi compte tenu des circonstances actuelles. »

Toute la cours, les princesses, Mahad, Seto et bien entendu Atem était tous en attente de connaitre la décision du vieux Roi.

« Puisque j'ai ainsi l'occasion de m'exprimer sur le sujet. Je tiens à vous dire jeune Roi Atem, que je vous estime digne de mon pardon, mais pas seulement. Je vous estime également digne de pouvoir continuer à régner sur votre peuple. »

Tout le monde fut estomaqué par la déclaration de Salomon, Atem le premier. Il pensait réellement que le souverain face à lui se serait lever, aurait dégainé son épée et lui l'aurait planté en plein cœur, abrégeant sa vie. Mais non. Au lieu de ça, le Roi Salomon, fut clément et généreux.

« Seulement, pour être sûr que cette paix entre nos deux royaume soit durable. Je souhaiterais que… Vous épousiez, l'une de mes petites-filles Sir. Si celle choisie y consent bien sûr. Voici donc mes conditions. Vous êtes libres de les refuser. Mais dans ce cas, je crains que nous ne soyons contraints de poursuivre cette guerre.
- Majesté. Votre générosité, est égale à votre grandeur. Je vous prie de me croire, quand je vous dis que je suis totalement contre cette guerre futile, et à mon sens injustifié. »

Le Général Aknadin, se dégagea des poignes des gardes et s'orienta vers Atem.

« Croyez-moi Altesse, cette guerre est plus que justifié au contraire. Vous voulez vraiment savoir, comment le Roi Salomon vous a vraiment humilié, plus que vous ne le pensez ? En Réalité, le Comte de Thèbes, n'est autre que la …. »

Le Général, n'eut guère l'occasion de finir sa phrase puisqu'il fut frappé par un éclair magique, le paralysant complètement et le transformant petit à petit en statue de pierre. Derrière l'ensemble de la cours, notre Change Cœur regardait son œuvre avec satisfaction.

« Adieu Général »

Il se retira, se changea en petite sourie pour sortir de la salle du trône, et se diriger maintenant vers le donjon.