Merci à Vronik et Mondeparallele pour leurs reviews !
Bonne lecture.
LA VIE AVANT TOUT 2
Partie 12
Face à mon superviseur en chef, je me détends, il a bien compris la situation et vient de m'accorder les congés que je lui ai demandés.
-Prenez le temps nécessaire, insiste-t-il.
Je n'aime pas le ton qu'il emploie. De toute façon tout m'énerve depuis un certain temps. Je le remercie à nouveau et je me lève pour quitter son bureau. Je sens son regard peser sur mon dos, je m'y suis habitué mais je n'aime pas cet air désolé que je croise sans arrêt ici ou à l'extérieur. Je me hâte vers le vestiaire. Je quitte le boulot tôt. J'ai pu aménager mon temps de travail pour pouvoir emmener Jaimie à l'école et le récupérer. Toutes ces années où je n'ai pas pris de vacances, toutes ces années où j'ai économisé… maintenant tout cela a un sens, et ça me permet de m'occuper de ma femme et d'adoucir la fin de sa vie.
Je m'assois un instant sur le banc face à mon casier. Je dois me changer et aller chercher mon fils mais je me sens tellement las. Je dors peu, préférant veiller Maggie, angoissé à l'idée qu'elle s'en aille durant son sommeil.
-Allez !
Je me frotte le visage et je m'active.
Devant l'école, je me mets en retrait mais ça ne change rien, je me sens être le point de mire. Je guette la grille, fébrile, car je sais que cette pesanteur sur mon cœur diminuera en voyant mon p'tit gars. Dès qu'il m'aperçoit son visage s'illumine, il court vers moi, saute dans mes bras. Je le serre fort, peut-être un peu trop.
-Papa tu m'étouffes, rit-il.
Je n'ai jamais vu un enfant si heureux de vivre. Je le relâche à contrecœur.
-Alors ta journée ?
Il me relate sa journée tandis que nous rentrons tranquillement à pied jusqu'à la maison malgré la petite trotte que ça fait. Il est chez les grands, fini la maternelle. Il en est enchanté, ce que je peux comprendre car il manifeste un vif intérêt à tout ce qui l'entoure et a une soif d'apprendre qui nous sidère encore parfois sa mère et moi. En plus, il se démarque par sa grande taille et cela a facilité son intégration. Du haut de ses six ans on pourrait facilement lui en donner huit ou neuf. Les plus âgés lui cherchent rarement querelle.
-J'ai faim papa.
Je sors un goûter de ma poche qu'il attrape avec gourmandise. Il ne pense qu'à manger, un vrai gouffre.
Une fois devant la maison, il me lâche la main pour faire le tour et regagner le jardin. En général, sa mère y est. J'enfonce la poignée lourdement, l'infirmière est déjà en train de venir dans ma direction et me salue. Je dépose mes affaires et lui souris comme je peux.
-Votre femme est installée dans le jardin, elle a relativement bien mangé et dormi. Son amie est passée la voir une petite heure et M. Stone a appelé vers une heure et ils ont discuté un moment.
Je hoche la tête.
-Je vais vous laisser, je vais chercher Al.
Al est son fils, il a quasiment le même âge que Jaimie.
-Attendez un instant.
Elle prenait déjà son manteau sur la patère à l'entrée. Elle revient vers moi, surprise.
-Quelque chose ne va pas ?
-Je dois vous prévenir que j'ai pris des congés indéterminés pour m'occuper de Maggie. Je n'aurai plus besoin de vos services.
Même si elle tente de le cacher, je vois bien que c'est un coup dur pour elle. Depuis un an qu'elle travaille ici, elle s'est habituée à ce rythme de vie plus confortable qui lui permet de s'occuper de son fils et de passer plus de temps avec lui.
-Et bien, je comprends, c'est normal.
-Bien sûr, je vais vous régler votre mois complet ainsi que le mois suivant en dédommagement.
-Dois-je comprendre que c'est mon dernier jour ?
-Oui.
Elle encaisse plutôt bien, elle regarde sa montre.
-Je n'ai pas le temps de récupérer toutes mes affaires, je pourrais passer lundi dans la matinée ?
Il est vrai qu'en un an, elle a accumulé des petites choses dans la maison. Un gilet par-ci, un livre par-là…
-Oui, sans problème. Vous pourrez dire au revoir à Maggie tranquillement.
Elle acquiesce et au moment de quitter les lieux, elle se tourne légèrement vers moi sans vraiment me regarder.
-Je suis désolée M. Hawthorne.
Elle referme doucement la porte sur elle, me laissant complètement abattu par ces quelques mots. Je vais dans la cuisine; par la fenêtre, je la vois s'installer au volant de sa voiture mais elle ne démarre pas.
Elle pleure.
Et je sais que ce n'est pas parce qu'elle n'a plus de travail. Je me détourne de cette vision qui ne m'aide pas et je me lave les mains avant d'aller voir Maggie. Elle est sur son fauteuil roulant, en peignoir, la tête bien calée. Elle rit des acrobaties de son fils. J'embrasse son front, et je m'agenouille en face d'elle.
-C'est tout ?
Je me redresse un peu, frôle ses lèvres.
-Oh les amoureux, ricane Jaimie.
Il est gêné à vrai dire. Cependant, je ne pense pas à lui, je ne ressens que le plaisir de ce contact que je prolonge. Je m'agenouille à nouveau, elle m'observe avec affection.
-Alors ta journée ?
Elle a du mal à parler depuis quelques semaines. Elle souffre parfois de douleurs inimaginables, ce qu'elle appelle des crises. Elle ne marche plus depuis plusieurs mois et ses bras sont de moins en moins réactifs. Lors de sa dernière visite à domicile, son médecin m'a pris à part :
-Les choses se dégradent rapidement, il faut commencer à vous préparer.
Le choc a été effroyable.
-Alors ? Me rappelle-t-elle dans la réalité.
-Et bien, j'ai vu mon superviseur, je lui ai demandé des congés.
Elle perd son sourire.
-Pourquoi ?
-Tu sais pourquoi.
-Tu es en vacances papa ! S'exclame Jaimie en sautant sur mon dos.
-Oui, oui.
Il est heureux, je voudrais l'être aussi mais l'air accablé de Maggie m'en empêche.
-Va dans la cuisine prendre un verre de lait et un fruit, je dois parler à maman.
Il s'éloigne sans discuter. Nous avons l'avantage d'avoir un enfant docile, ce qui tient du miracle étant donné nos caractères.
-Ramène-moi dans la chambre.
-Maggie…
-Je suis fatiguée.
-Ne te braque pas, je veux être près de toi, pourquoi tu te fâches ?
-Je ne suis pas fâchée. Je suis déjà un fardeau pour vous deux mais au moins tu pouvais encore travailler.
-Tu n'es pas un fardeau.
Elle soupire.
-Que vas-tu faire ? Passer tes journées à jouer aux infirmiers ? Tu comptes aussi me laver, nettoyer mon derrière et bientôt changer mes couches, car tu sais c'est ce qui m'attend, les couches !
Ma bouche devient sèche.
-Oui.
-Non !
Elle a crié mais ça n'y ressemble pas.
-Je suis ton mari, j'ai accepté tout ça en t'épousant, nous savions que…
-Je m'en fous !
Elle essaie de cacher son visage entre ses mains sans résultat.
-Je vais devoir aller à l'hôpital maintenant, s'effondre-t-elle.
Mon cœur tombe au sol.
-Pourquoi ?
-Hors de question que …
Elle a du mal à respirer, elle pleure.
-Hors de question que…
Elle n'arrive pas à terminer sa phrase. J'attrape ses mains, je les serre. Elle essaie de me repousser.
-Calme-toi.
-Laisse-moi !
Je m'éloigne, je vais lui chercher un mouchoir, je prends mon temps pour revenir, qu'elle ait le temps de se calmer. Après quelques minutes, je sens qu'elle va mieux, je veux l'aider à se moucher mais elle refuse. Je la soulève avec précaution et elle cale sa tête dans mon cou.
-Je m'en veux si tu savais.
C'est reparti pour la culpabilité qu'elle s'impose quotidiennement, ça fait trop longtemps que je lutte contre elle, je ne veux pas qu'elle ressente ce sentiment. Je monte lentement les marches et pousse la porte de la chambre de mon pied. Une fois sous les couvertures, elle me regarde m'asseoir sur le rocking-chair avec un air qui me désole. Je devrais m'allonger près d'elle mais j'ai besoin de réfléchir, et si je m'allonge je vais m'endormir…
OoooO
-Jaimie ?
-Il est dans sa chambre.
Maggie ouvre des yeux hagards, allongée dans notre lit. Elle croise les miens. Elle me sourit avec toute la force qu'il lui reste.
-Tu es là…
-Où voulais-tu que je sois ?
Je quitte le rocking-chair pour aller m'asseoir à ses côtés. Elle essaie de lever sa main, je glisse la mienne entre la sienne. Je n'ose pas serrer, je me contente juste de lui caresser le dos de sa main.
-Il est quelle heure ?
-Pas loin de vingt heures. Tu as faim ?
-Pas vraiment.
Ça fait plusieurs semaines qu'elle mange de moins en moins. Son médecin voulait qu'elle soit hospitalisée mais elle a refusé. Alors je lui prépare des choses riches en vitamines ou en protéines.
-Allez, un peu de soupe, pour me faire plaisir, insisté-je.
-Si tu veux.
Elle dort beaucoup, est très affaiblie, elle se lève seulement pour aller aux toilettes et il faut l'aider. Elle a refusé la sonde, elle a refusé les perfusions, elle a refusé de poursuivre son traitement…
-J'arrive, je ne serai pas long.
Dans la cuisine, je m'active comme un automate. Je suis si fatigué, je dors peu, je mange moins aussi. J'essaie de ne pas me laisser aller, de trouver la force de lui offrir un environnement serein, sans mélancolie mais c'est dur.
Quand je remonte, Jaimie est près d'elle, ils discutent.
-Tu es tellement grand mon chéri.
-Je serai aussi grand que papa quand je serai grand.
Je n'ai aucun doute là -dessus.
-Laisse-moi un peu de place, je vais aider maman à manger sa soupe.
-Je peux encore manger ma soupe toute seule, râle-t-elle.
-Je peux l'aider ! S'éclaire Jaimie.
J'hésite. Il sent qu'il n'aura pas gain de cause alors il se tourne vers sa mère :
-Maman ? S'il te plait…
Il fait son air de chien battu, elle rit. Ce son illumine ma journée, me redonne confiance. Elle est tellement belle même dans cet état de faiblesse comme si tout glissait sur elle, comme si la maladie n'avait pas d'emprise sur elle, comme si la vie était merveilleuse. Comme si elle n'allait pas nous quitter bientôt…
-D'accord mon lapin. Tu sais que je ne peux rien te refuser.
Je cède mais je veille au grain non loin.
Jaimie sait que sa mère va mourir. Ils en ont beaucoup discuté malgré ma désapprobation mais, au final, elle a su le rassurer. Moi j'en étais incapable. L'idée de la perdre me tue lentement depuis plusieurs mois. Depuis que l'on a saisi que l'inéluctable arrivait à grands pas, trop vite, trop tôt. J'aurais aimé qu'il aille chez sa grand-mère pour les grandes vacances, mais il refuse de quitter sa mère. J'en ai parlé avec un professionnel qui m'a conseillé de le laisser passer du temps avec elle.
Dehors, le ciel s'assombrit, nous avons eu une belle semaine ensoleillée pour un mois de mai très pluvieux. Maggie a fêté ses vingt-huit ans il y a une semaine. Toute la famille s'est réunie à cette occasion. Elle est descendue au salon exceptionnellement, et je l'ai installée dans son fauteuil roulant qu'elle n'utilise presque plus. Nous avons passé une très belle après-midi, nous avons même ri…
Je les entends rire, mon esprit revient vers eux. Jaimie est maladroit mais il tente de se rattraper et j'essaie de lui faire confiance. Leurs rires sont contagieux et pendant quelques instants, j'oublie la cruauté de la vie.
-Raconte-moi une histoire, lui demande-t-elle quand ils ont terminé.
Il me redonne le plateau et court dans sa chambre. Je retourne en cuisine, je fais la vaisselle (nous avons déjà diné), je l'essuie, je la range, et puis je m'assois sur la chaise la plus proche. Dire qu'elle refuse que je sois là en continue, dire que je me sens déjà tellement inutile en temps normal, dire que finalement elle me manque déjà. Je ne maitrise plus rien, je me sens largué. Oppressé, je me balance lentement d'avant en arrière, les yeux dans le vague.
Je perds la notion du temps…
-Papa ?
Je sursaute en sentant une main sur mon épaule. Jaimie m'observe avec inquiétude. Il a le même regard que moi, les mêmes traits, la même couleur de peau, les mêmes cheveux bruns. Une réplique miniature de moi-même et pourtant, en cet instant, rien n'est plus flagrant que sa ressemblance avec sa mère dans cette façon de me détailler avec cette intensité souvent dérangeante.
-Tu as fini de lire ton histoire à maman ?
Il hoche la tête sans pour autant perdre cette expression soucieuse.
-Il faut aller prendre ton bain maintenant, il est bientôt l'heure d'aller au lit. Demain tu vas…
-Je peux rester dormir avec vous ? Me coupe-t-il.
-Tu sais bien ce que j'en pense.
Il ne se braque pas comme je l'aurais pensé, il se contente de faire glisser ses doigts sous mon œil puis sous l'autre. Je n'ai pas remarqué que je pleurais. Je me détourne, gêné.
-Papa ?
Impossible de le regarder. Il se rapproche, entoure ma nuque de son bras et m'attire contre son torse. Il est menu mais je sens sa force et je ne lutte pas, ou plutôt je ne lutte plus.
-Tu ne seras pas seul papa, je serai là pour toi.
OoooO
On sonne à la porte de bonne heure, Jaimie court dans les escaliers sous mes réprimandes. Il ouvre la porte alors que je descends à sa suite.
-Tonton !
Il se jette dans les bras de son oncle Colin, excité. Ils doivent passer le weekend ensemble et il a prévu un programme négocié avec son neveu. Je viens le saluer, Jaimie toujours dans ses bras. Dès que ses yeux se posent sur moi, je ressens le poids de sa douleur.
-Maggie dort ?
-Non, elle a hâte de te voir.
Il redépose Jaimie en lui demandant de récupérer ses affaires et de l'attendre avec moi devant sa voiture. Il grimpe déjà les marches, Colin se tourne vers moi.
-Comment elle va ?
-Elle est très fatiguée.
-Elle devrait aller à l'hôpital.
Je ne réponds pas. Il soupire, hésite à monter les marches puis s'y résigne. Jaimie est déjà en train de revenir avec son sac à dos.
-Dépêche-toi tonton !
Colin lui gratouille la tête en passant. Face à moi, mon fils me détaille avec attention.
-Tu as dit au revoir à maman ?
-Ben oui. On y va ?
Je vérifie son sac une dernière fois, je pose une casquette sur sa tête, je décroche sa veste en jean de la patère.
-Voilà, tu es paré.
Adossés à la voiture de Colin, dans une même posture, nous surveillons la fenêtre de ma chambre. Il tarde à revenir.
-Tonton il est triste.
Je me détourne de la fenêtre, me concentre sur mon fils, son enthousiasme est redescendu, il est soucieux.
-Oui, il est triste, c'est normal.
-Pourquoi je suis pas triste, papa ?
Une question épineuse qui me retourne le cerveau car je ne sais vraiment pas quoi lui répondre. Je prends le temps d'y réfléchir.
-Tu es triste, je pense, c'est juste que tu arrives à reprendre le dessus.
Il ne comprend pas ce que je lui dis. Moi-même je ne suis pas sûr de comprendre et de lui dire ce qu'il faut. Maggie est plus douée que moi là-dessus.
-Tu vis des choses tristes mais aussi des choses qui te rendent heureux et tu sais mettre de côté ce qui te rend triste pour profiter de ce qui te rend heureux.
Il hausse les sourcils, perplexe.
-Tu es sûr ?
-Pourquoi tu me demandes ça ?
-Je croyais… que c'est parce que je n'aimais pas assez maman.
Je suis interloqué, sous le choc, il fixe le sol, mal à l'aise.
-Maman, elle dit toujours que j'en ai que pour toi.
-Elle plaisante quand elle dit ça, tu le vois bien que ça la fait rire.
-J'en suis pas sûr.
-Tu penses que tu m'aimes plus que tu aimes maman ?
-Je sais pas. On fait tout ensemble, maman je fais pas beaucoup de choses avec elle.
-Elle est malade.
-Je sais.
-Mais c'est pas pour ça que tu l'aimes moins. Tu dois t'enlever ça de la tête et profiter de ton weekend avec ton oncle.
Colin apparait à ce moment-là.
-On y va champion !
Il est pâle comme la mort. Heureusement, Jaimie n'y prête pas attention, trop occupé à grimper à l'arrière. Je choppe le bras de mon beau-frère. Surpris, il me fait face. Je pose mes deux mains sur ses épaules que je presse, et puis je le serre contre moi dans un besoin viscéral et je tapote son dos.
-Je vais m'occuper d'elle, essaie de passer un bon moment avec ton neveu.
Il ne réagit pas, je le laisse partir avec mon fils, et une horrible sensation d'amputation grimpe en moi. Après un dernier signe dans leur direction, je rentre dans la maison. Je monte à l'étage, prépare un bain pour Maggie et quelques serviettes. Sur notre lit, Maggie est surélevée et tente de rédiger une lettre.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Je signe une décharge pour ne pas être réanimée en cas problème.
Je me sens vaciller. Pourtant nous en avons déjà parlé mais, là, cela me semble être un abandon imminent.
-J'ai bientôt fini.
Je me penche au-dessus d'elle, son écriture est peu lisible, il y a peu de chance que cela puisse être pris en compte. Elle plie la feuille et me la tend.
-Garde-la avec tes papiers. Quand j'aurai pris mon bain, emmène-moi dans cet endroit que m'a conseillé mon médecin.
Son ton ne tolère aucune contestation. Je lui en veux mais je ne dis rien, anéanti par son rejet. Je procède machinalement, la déshabillant et la déplaçant avec précaution jusqu'à la salle de bain pour qu'elle se détende dans ce bain bien chaud.
-Viens avec moi.
-Où ça ?
- Viens prendre ce bain avec moi. Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas fait.
Je cède, un bon bain ne peut pas faire de mal. Et peut-être que j'arriverai à la faire changer d'avis, une fois moins stressé.
Seulement, voilà, une fois mon corps collé au sien, je suis au supplice. Je me rappelle de cet amour charnel que nous avons partagé et qui me fait tellement défaut depuis des mois. Son corps sublime est devenu inaccessible. Elle est allongée sur moi, sa joue sur ma poitrine. Je caresse malgré moi son épaule, sa taille, ses hanches. Elle soupire, sa main posée sur mon cœur tremble par à-coup.
-Je vais te le redire une énième fois mais tu as le droit de prendre du plaisir ailleurs. Je ne t'en voudrais pas.
Je ferme les yeux, malheureux parce que je sais très bien ce qu'elle va me dire ensuite.
-Et puis je veux que tu me promettes de trouver une femme à aimer quand je serai plus là.
-Je n'aimerais jamais personne d'autre.
-Tu as déjà aimé quelqu'un avant moi, tu aimeras encore après moi.
Cette discussion est intolérable. Je presse sa main sur mon cœur, elle doit comprendre ce qu'elle me fait subir. Il est prêt à éclater de douleur. Elle n'ajoute plus rien. Le temps s'étire et son silence me tue.
-J'ai froid, murmure-t-elle enfin après une éternité.
Je n'ai pas remarqué que l'eau est froide. Je m'en veux et je m'active pour la sortir de là et la réchauffer en la séchant. Dans son peignoir de bain, elle retrouve des couleurs. Face à l'armoire, elle parvient à choisir ce qu'elle veut mettre. Quand elle est prête, je cherche quoi me mettre. Mes doigts tremblent tant que je n'arrive pas à fermer les boutons de ma chemise. Je vois son reflet dans le miroir, assise sur le rocking-chair, elle me dévisage, des doutes plein les yeux.
-Ne pars pas.
Je tente un ultime essai pour la convaincre de me laisser une chance de l'accompagner jusqu'au bout. Je vois sa conviction vaciller.
-Donne-moi une bonne raison.
J'ai presqu'envie de sourire. Cela me ramène à d'autres souvenirs. Je termine de m'habiller et je m'assois sur le rebord du lit pour être en face d'elle. Elle patiente, anxieuse.
Je n'ai pas le choix. Je soupire parce qu'elle aura finalement gain de cause.
-Je te promets de ne pas rester seul.
La suite bientôt.
Le prochain chapitre traitera de sa rencontre avec Katniss
