Chères lectrices et commentatrices, voici l'ultime chapitre de cette longue saga. Je me sens triste comme à chaque fois qu'une histoire se termine. J'espère que vous avez éprouvé en la lisant, autant de plaisir que j'en ai eu à l'écrire. Je m'adresse maintenant à celles qui m'ont si gentiment laissé des traces de leur appréciation tout au long des chapitres ou encore une seule et unique fois, sachez que vous m'avez fait rire, réagir et surtout, vous m'avez donné de goût de continuer à écrire. De plus, sachez que ce n'est pas parce qu'une histoire est terminée depuis quelques temps qu'il faut renoncer à écrire un petit mot à son auteur. Sachez que sur le coup ou encore longtemps après, un commentaire c'est le plus beau cadeau que vous pouvez me faire. Alors sans plus tarder... voici la conclusion de Rhum & Coke. Miriamme.

Douzième partie

Une fois entrée chez elle, Élisabeth prit ses messages et s'empressa de retourner l'appel de Roseline. Celle-ci était très énervée. Fitzwilliam venait de lui confirmer que dans deux jours, elles devaient toutes les deux se rendre chez Sanchez en tant qu'employées de la compagnie de traiteurs. Elles établirent aussitôt un plan complexe qui leur permettrait d'être présentes toutes les deux. Roseline irait en tant qu'elle-même alors qu'Élisabeth personnifierait Cindy. Leur objectif ultime, permettre à Roseline d'explorer la résidence de Sanchez et de prendre des photos.

Lorsqu'elles se présentèrent en compagnie de tous les autres employés de la compagnie de traiteur à l'adresse indiquée par Abdel, Élisabeth réalisa qu'elle tremblait comme une feuille. Elle avait beau avoir lu et relu le long rapport des derniers entretiens entre Cindy et Sanchez et être retournée travailler au bar pendant deux autres soirées, elle craignait tout de même de faire une bévue et savait qu'une erreur, même minuscule pouvait leur être fatale. Heureusement pour elle, durant la première heure, aucune trace de l'homme en question. Élisabeth et Roseline en profitèrent pour installer leurs instruments et se familiariser avec les lieux. Elles inspectèrent la cuisine, le salon et la salle à manger. Le bar se trouvant partagé en deux lieux distincts, Abdel envoya Élisabeth tenir le bar dans le sous-sol alors que Roseline devint responsable de celui qui se trouvait au rez-de-chaussée. Pendant qu'elles s'entraidaient pour s'installer au rez-de-chaussée et au sous-sol, Élisabeth s'occupa de mettre les bouteilles et les instruments en place, permettant ainsi à Roseline de prendre des clichés discrètement.

Lorsque le Sanchez fit enfin son entrée, descendant du premier étage, vêtu d'un costard sombre qui mettait bien en évidence son teint basané, Élisabeth sentit son regard se poser directement sur elle et ne put se retenir de frémir. Roseline avait beau l'avoir prévenue que l'homme avait jeté son dévolu sur elle et qu'il avait même essayé de l'embrasser à deux reprises lorsqu'il était venu discuter avec elle près du bar, rien ne l'avait concrètement préparée à cette noirceur qu'elle découvrait en temps réel dans les prunelles dilatées de l'homme qui lui faisait maintenant face et qui la dévisageait avec convoitise.

-Merci d'être venue Cindy, lui susurra-t-il avant de lui saisir la main et la tirer vers lui pour lui glisser à l'oreille : J'espère que ma maison vous plait?

-Elle est parfaite, rétorqua Élisabeth en essayant de calmer les battements désordonnés de son cœur. Fidèle à son personnage, elle ajouta d'une voix mielleuse : Comme tout ce qui vous appartient d'ailleurs.

-Je dois aller accueillir mes invités, roucoula-t-il d'une voix rauque avant de poser sa bouche chaude et humide sur sa joue et lui confier dans un souffle à deux millimètres de son oreille : Je reviendrai vous voir plus tard.

Frissonnant de dégoût au moins autant que d'effroi en sentant sa main caresser son postérieur avant de partir, Élisabeth se détourna, essaya de se concentrer sur les hommes et les femmes qui déambulaient tout autour d'elle et réalisa rapidement qu'ils étaient tous du même acabit. Les hommes traitaient des affaires plutôt louches dans diverses langues (principalement en espagnol), tandis que les femmes, installées à l'écart, faisaient des allers et retours entre deux pièces d'où elles ressortaient les yeux rouges et vitreux. Un sentiment de déjà vu lui paralysa l'esprit faisant monter d'un cran la panique qui l'habitait depuis que Sanchez l'avait touchée.

Au terme de plusieurs voyages d'une pièce à l'autre, certaines femmes devinrent si «High» en raison de la cocaïne qu'elles se mirent à danser au centre de la pièce en retirant même certaines pièces de vêtements. Au début, leurs excès et leurs danses ne semblèrent pas intéresser les hommes, mais, dès que l'alcool eut assez coulé dans leurs veines et que leurs discussions d'affaires furent réglées, ces mêmes individus vinrent terminer de dévêtir ces danseuses énergiques. Élisabeth s'inquiéta tout à coup de ce qui pouvait se passer à l'étage supérieur et dont était témoin son amie Roseline.

Laissant la place à un collègue barman qui arrivait vers elle pour la remplacer pendant sa pause, Élisabeth remonta l'escalier tenant dans ses mains un alibi solide au cas où elle aurait à justifier sa présence au rez-de-chaussée (un plateau rempli de verres sales). Poussant la porte du salon en appuyant sur celle-ci à l'aide de son dos pour éviter d'échapper les verres qu'elle transportait, Élisabeth ne fut pas en mesure d'apercevoir à temps le signe discret que lui fit Roseline. Ce n'est donc qu'en se retournant qu'elle fut en mesure de comprendre que l'absence de bruit était dû au fait que six hommes d'affaires étaient attablés pour jouer une partie de poker et que les enjeux étaient si importants que personne n'osait parler. Sanchez figurait parmi les joueurs avec cinq autres messieurs qu'elle n'avait jamais vus. Ne voulant pas attirer davantage l'attention sur sa personne, elle posa le plateau sur une petite table et vint faire le pied de grue directement à côté de sa collègue à côté du second bar.

-C'est l'heure de ta pause… murmura-t-elle à Roseline espérant que celle-ci saurerait sur l'occasion et en profiterait pour aller prendre un maximum de photos.

Prenant la place de son amie tout en observant la partie qui se jouait devant elle, Élisabeth suivit des yeux le signe discret que lui fit l'un des joueurs en lui désignant son verre vide. Acquiesçant d'un léger signe de tête, Élisabeth croisa le regard de Sanchez que l'échange entre elle et le joueur avait distrait. Lorsqu'il sembla enregistrer qu'elle avait changé de place avec sa collègue, il fronça les sourcils. D'un geste impérieux, il lui fit signe d'approcher. Nerveuse et craintive, Élisabeth se dirigea vers lui, tout sourire.

-Où est votre collègue? Lui demanda-t-il à voix basse.

-Mon patron est venu me demander de la remplacer quelques minutes. C'est l'heure de sa pause.

-Très bien. Apportez-moi un autre verre, mais après le retour de votre collègue, vous retournez en bas, d'accord. J'irai vous y rejoindre après ma partie. Je vous promets qu'on va s'amuser tous les deux.

Sans dire un seul autre mot, Élisabeth repartit vers le bar et prépara une Margherita pour Sanchez et attendit avec anxiété le retour de sa collègue. Quinze minutes plus tard, lorsque Roseline revint vers elle en désignant discrètement la poche intérieure de son veston de service, Élisabeth comprit qu'elle voulait lui faire savoir qu'elle venait de prendre tout un lot de photos et que celles-ci étaient stockées dans sa poche. Sans plus attendre, Élisabeth alla ramasser son plateau de verres sales, alla les porter à la cuisine où des domestiques les prirent en charge et regagna le sous-sol. Lorsqu'elle arriva en bas, plusieurs couples avaient quitté la pièce centrale pour s'enfermer dans des chambres mises à leur disposition par leur hôte. Le cœur au bord des lèvres, Élisabeth retourna vers le bar et libéra son remplaçant. 30 minutes plus tard, après avoir craint plus souvent qu'à son tour que Sanchez ne descende à chaque fois que quelqu'un arrivait d'en haut, Élisabeth reçut un message texte de Roseline.

«Rendez-vous, 10 min, dehors.»

Devinant que les choses allaient se corser, Élisabeth fut à peine surprise d'entendre le claquement sec d'un coup de feu et se mit à craindre pour la vie de son amie.

Un long silence suivit, brisé ensuite par un second coup de feu, qui claqua encore plus près de l'escalier. L'estomac noué et la bouche sèche, la fausse rousse se concentra sur sa respiration, tandis que des bruits de pas se multiplièrent et que de faibles gémissements faisaient concurrence aux autres bruits ambiants. Ne sachant pas du tout quoi faire, Élisabeth attendit tout simplement que les minutes s'égrènent d'elles-mêmes, avant de remonter l'escalier en avançant lentement.

La première à l'accueillir fut Roseline. L'air de rien, celle-ci continuait à circuler dans la pièce, ramassant les verres vides et offrant de nouvelles consommations à tous ceux qui s'étaient entassés dans le salon. Comprenant que l'agente voulait ainsi avoir une occasion de s'éloigner vers l'entrée, Élisabeth l'imita et la suivit en marchant directement derrière elle. Lorsqu'elles passèrent devant la pièce où tout semblait s'être joué, Élisabeth s'étonna de découvrir que la partie de Poker n'était pas terminée. N'eut-été de la présence d'une domestique qui nettoyait une section de la table de poker en portant des gants et de Sanchez qui était au téléphone et parlait avec animation en espagnol, tout aurait pu sembler parfaitement normal.

Une fois dehors, Élisabeth attendit que Roseline abordât elle-même le sujet au cas où cette dernière ne serait pas en mesure de le faire.

-Il faut qu'on change de costume. Tu vas rentrer immédiatement. Je trouverai une excuse pour expliquer ton départ… heu, je veux dire pour expliquer mon départ.

-Mais non voyons, tu ne peux pas rester là Roseline. C'est trop dangereux.

-Élisabeth. Contrairement à toi, je suis entraînée pour ce genre de situation. Je sais quoi faire dans les circonstances.

-Je peux toujours rester et….

-Non, la situation est trop dangereuse. Il y a eu mort d'homme ne l'oublie pas. Tu ne peux pas rester ici. On va utiliser le camion de la compagnie pour se changer et tu vas retourner chez toi. En arrivant, tu vas appeler Fitzwilliam et tu lui expliqueras que je viens de lancer la phase 3 de la mission. Il sait ce que cela veut dire.

-Mais Roseline, Sanchez veut… il a l'intention de…

-Coucher avec Cindy… compléta-t-elle en souriant. Je l'sais Élisabeth. Mais crois-moi quand je te dis que puisque ma mission n'est pas terminée, je vais devoir composer avec ça…

-Tu iras jusqu'à coucher avec lui?

-Je ferai tout ce qu'il faut pour survivre… Mais vite, pressons-nous. Il faut à tout prix échanger nos costumes maintenant.

Une fois dans le camion, Élisabeth sentit la panique la gagner définitivement. Elle retira une première pièce de vêtement d'une main tremblante et la passa à sa collègue. Leurs morceaux passèrent de l'une à l'autre en prenant plus de temps que nécessaire à cause de l'énervement. Une fois habillées à peu près convenablement, les deux filles se serrèrent l'une contre l'autre une dernière fois avant de sortir du camion et se séparer.

-Prend ma voiture. Lui ordonna Roseline en lui lançant ses clés. Et ne traîne pas en chemin.

Une fois arrivée chez elle, Élisabeth stationna la voiture de Roseline sur le coin de la rue sachant pertinemment que le gardien de sécurité surveillait immanquablement ceux et celles qui tentaient de s'installer dans les espaces réservées de l'immeuble via la caméra et gravit les marches au pas de course plutôt que d'attendre l'ascenseur. Aussitôt entrée, elle réussit à composer le numéro de Fitzwilliam malgré le tremblement qui agitait toujours ses doigts. Le Colonel écouta attentivement le rapport paniqué que lui faisait la jeune femme puis, reprenant la parole, lui ordonna de bien cacher l'appareil photo miniature que Roseline avait pris le temps de lui refiler.

-Maintenant, Élisabeth, je ne veux pas vous faire peur, mais vous allez devoir quitter votre appartement. Si Sanchez est aussi bien équipé que je le pense, ses hommes ont déjà relevé le numéro de la plaque d'immatriculation de la voiture de Roseline et….

-Vous croyez qu'ils pourraient venir jusqu'ici? Paniqua-t-elle.

-C'est une éventualité que je me dois d'envisager, confirma Fitzwilliam.

-Mais où voulez-vous que j'aille?

-N'importe où, mais surtout, vous ne devez pas rester seule…

-Votre bureau?

-Non… il n'y a personne là-bas en ce moment. Réfugiez-vous dans un lieu public, cherchez un endroit où il y aura beaucoup de clients et attendez de mes nouvelles.

-Très bien.

-Rappelez-moi une fois que vous serez en sécurité, histoire que je sache où vous êtes.

Après avoir raccroché, Élisabeth ramassa ses effets personnels à une vitesse folle, enfila son manteau, ramassa son cellulaire, hésita quelques secondes en regardant l'appareil photo de Roseline qui reposait au creux de sa main, puis, mue par je ne sais quel instinct, le ramassa pour le glisser dans la poche intérieure de son veston.

«S'ils avaient des caméras dans toutes les pièces, ils ont certainement vu Roseline prendre des photos et c'est ce qu'ils voudront récupérer en venant ici.» comprit-elle en fermant la porte de son immeuble après avoir jeté un dernier regard à l'intérieur.

Regardant par la fenêtre minuscule qui se trouvait sur la façade avant de l'immeuble, juste à côté de l'ascenseur, Élisabeth remarqua alors une camionnette qui s'arrêta tout juste derrière la voiture de Roseline.

Sachant que si elle accélérait le pas, elle aurait peut être une chance d'atteindre le stationnement arrière sans que les passagers de ce véhicule ne l'aperçoivent, Élisabeth descendit les deux étages au pas de course et resta cachée quelques secondes avant de franchir les portes arrières de l'immeuble. Elle monta dans sa voiture, mit le contact et avança lentement vers la sortie du stationnement, en sachant qu'ainsi, elle passerait à la droite de la voiture de Roseline. Puisque la camionnette était toujours arrêtée à gauche, Élisabeth coupa le moteur de sa voiture, la plaça comme si elle était stationnée et se baissa suffisamment pour surveiller la camionnette tout en réfléchissant aux différentes options qui s'offraient à elle. Elle entendit les portières s'ouvrir et attendit de les entendre se refermer pour risquer un œil par la vitre. Elle remarqua alors qu'ils étaient cinq et tous armés de longues carabines, à moins qu'il ne s'agisse de mitraillettes.

«Qu'est-ce que j'en sais de toute façon.» paniqua-t-elle avant de se baisser à nouveau. Aussitôt qu'elle eut la confirmation qu'ils venaient d'entrer dans son immeuble, la jeune femme fit démarrer sa voiture, puis quitta le stationnement en essayant de ne pas attirer l'attention sur elle en accélérant trop rapidement.

Arrivée dans le parking arrière d'un restaurant de la chaine McDonald où elle avait l'avantage d'être entourée d'une trentaine d'automobiles, Élisabeth tenta de joindre Fitzwilliam, mais tomba sur sa boîte vocale.

Poussant un cri de rage tout en frappant sur son volant, elle retrouva son calme juste à temps pour lui laisser un message aussi incohérent que la tempête qui faisait rage dans son esprit.

«Et si j'allais à son bureau? Non, Idiote! Il a pris la peine de te dire qu'il n'y serait pas» se souvint-elle de plus en plus découragée.

Prenant tout à coup conscience de ses mains qui tremblaient sans arrêt, de sa chevelure emmêlée à force d'avoir été recouverte par la perruque rousse qu'elle avait portée toute la soirée et de son visage duquel s'écoulait le mascara et les couleurs voyantes qu'elle avait appliqués avant d'aller travailler, Élisabeth s'appuya confortablement contre le dossier derrière elle et laissa des larmes d'impuissance nettoyer ses joues mieux que ne l'aurait fait l'eau froide qu'on retrouve normalement dans les toilettes de ce type de restaurant.

Quelques minutes, plus tard, après s'être essuyé le visage pour la première fois, Élisabeth laissa son esprit dériver vers un moyen assez simple – malgré qu'il nécessitait plusieurs étapes – qui lui permettrait peut être d'obtenir l'adresse de la résidence de Fitzwilliam.

«Ça vaut la peine d'essayer» se convainquit-elle.

Sortant son portable, elle composa le numéro de son ami Lucas et lui demanda s'il pouvait lui donner le numéro de téléphone de Georgianna afin qu'elle puisse lui demander conseil pour une amie (fictive il va de soi) qui désirait aller étudier en Europe. Lucas, qui n'avait aucune raison de douter des paroles de son amie obtempéra et raccrocha aussitôt après qu'Élisabeth eut prétendu recevoir un autre appel important. Après s'être excusée une bonne dizaine de fois pour avoir réveillé Georgianna, Élisabeth prit finalement l'adresse de Fitzwilliam en note et s'y rendit en roulant le plus vite possible.

Arrivée dans son secteur, elle passa une première fois devant sa maison, puis décida de laisser son véhicule deux pâtés de maisons plus loin afin de ne pas prendre de chance. Elle descendit de son véhicule, marcha d'un pas rapide jusque chez lui puis appuya sur la sonnette après avoir vérifié une bonne trentaine de fois si elle était suivie.

Lorsqu'après ce qui lui paru une éternité la porte s'ouvrit enfin sur un Fitzwilliam franchement étonné, Élisabeth n'attendit pas qu'il réagisse, le contourna et lui fit signe de refermer la porte.

-Ils sont dans mon immeuble en ce moment même, lui apprit-elle d'une voix franchement énervée.

-Tu les as vus?

-Oui, ils sont armés et parlaient espagnol entre eux. Ils doivent être à la recherche des photos et comme elles étaient chez moi, enchaîna-t-elle le souffle court.

-Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Claqua alors derrière elle, une voix qu'elle aurait reconnue entre mille.

-Je suis désolée de débarquer comme ça… bredouilla-t-elle en guise d'excuse en direction de Fitzwilliam avant de hausser les épaules et ajouter en soupirant : Je ne vois pas ce que j'aurais pu faire d'autre…

-Ça va Élisabeth. Mais où sont les photos maintenant?

-Après t'avoir parlé… je m'apprêtais à les cacher dans un endroit sûr, mais quand j'ai vu la camionnette s'arrêter derrière la voiture de Roseline, j'ai préféré les garder sur moi… J'ai tenté de t'appeler, mais je suis tombée sur…

-Qu'est-ce qui se passe au juste? Insista William en entrant brusquement dans son champ de vision.

-Rien de grave William. Laisse-nous régler cela tout seul, prétendit Fitzwilliam avant de reporter son attention sur Élisabeth.

-Je parle d'un appareil photo qu'une employée de Fitzwilliam m'a demandé de lui remettre… expliqua-t-elle tout de même à William.

-Rien de grave? Ironisa William en dévisageant Fitzwilliam. Elle arrive ici à 11h00 du soir dans un état épouvantable, elle transporte un appareil photo auquel s'intéressent un groupe d'espagnols armés et tu espères me faire croire qu'il ne se passe rien de grave?

-William, tiens-toi en dehors de ça pour l'instant, intervint Fitzwilliam d'une voix ferme et autoritaire.

-Ne me dis pas que tu l'as embarquée dans ta dernière mission?

-Oui, voilà, tu es content? L'invectiva Fitzwilliam en haussant le ton.

-J'étais d'accord. C'est même moi qui ai insisté pour en faire partie, l'excusa Élisabeth en mettant les mains dans ses poches pour ne plus être dérangée par le tremblement qui les agitait.

-Laisse-moi faire mon travail maintenant, lui ordonna son cousin pressé d'en venir au fait et de se concentrer uniquement sur la situation qui le préoccupait. Il se tourna rapidement vers Élisabeth et s'enquit : Alors, où sont les photos en ce moment?

-Je les ai laissées dans la voiture, répondit la jeune femme en baissant les yeux.

-Vous faites tout ce chemin pour apporter des photos à Fitzwilliam et vous les oubliez dans votre voiture… s'exaspéra William comme s'il était content de prendre la jeune femme en défaut.

-Je ne savais plus quoi en faire, l'apostropha-t-elle en se retournant brusquement vers lui.

-Calmez-vous tous les deux! S'emporta le Colonel à son tour les prenant par surprise. Bon, voilà qui est mieux. Élisabeth, je dois absolument aller passer un coup de fil à mes patrons. Je veux que tu suives William jusque dans le salon – il va t'y conduire – ensuite, je veux que tu lui expliques ce qui se passe de A à Z. La voyant rouler des yeux, son ton se fit plus insistant : Nous devons penser à Roseline, le temps nous est compté maintenant. Je donne mon coup de fil puis je viens vous rejoindre.

Suivant William pas à pas tandis qu'il lui ouvrait le chemin pour la conduire jusque dans un salon qu'en d'autres temps elle n'aurait pas manqué d'examiner en détail, Élisabeth prit conscience de son apparence et tenta de remettre de l'ordre dans sa chevelure indisciplinée.

-Ça dure depuis combien de temps vous deux?

-Nous deux? Nous deux comme dans Fitzwilliam et moi? S'esclaffa Élisabeth croyant qu'il faisait allusion à une histoire d'amour.

-Je parle de la mission, voyons, la méprisa-t-il s'attirant une œillade assassine de sa part.

-Cinq semaines! Oui, à peu près cinq semaines… Mais je n'y ai jamais participé directement… enfin, pas jusqu'à tout récemment.

-Et où se passe cette mission?

«Oh, non, tout mais pas cette question» geignit-elle mentalement avant de lui répondre Dans un bar quelconque du centre ville en espérant qu'il ne chercherait pas plus loin.

-Lequel? Osa alors William jetant sur elle un regard soupçonneux.

«Allez, tu ne peux plus reculer ma fille…» s'encouragea-t-elle, sachant qu'elle ne pouvait plus rien faire pour éviter l'affrontement.Les déchaînéslâcha-t-elle d'une voix qui se voulait neutre, incapable de soutenir son regard.

Se voyant confirmer son pire cauchemar, William accusa le coup et se releva brusquement, propulsé par un trop plein d'émotion. Le suivant des yeux tandis qu'il marchait de long en large, Élisabeth sut avec certitude que la colère avait gagné sur tout autre sentiment lorsqu'elle le vit serrer les poings.

Laissant échapper un rire sec et cassant, William l'accusa vertement : Lorsque vous avez évoqué cette Roseline tout à l'heure, j'aurais dû comprendre tout de suite.

-Comprendre quoi? L'interrogea-t-courageusement, même si elle savait exactement où il voulait en venir.

-Que c'est vous qui l'avez entraînée. C'est ça hein?

-Oui, admit-elle d'une voix incertaine, mais tout de même soulagée.

Poussant un profond et bruyant soupir, William reprit son souffle, alla se placer devant la fenêtre et poursuivit son interrogatoire : Vous est-il arrivé de travailler avec elle?

«Nous y voilà!» se moqua une voix vengeresse qui lui appartenait. Une fois ou deux seulement… puisque Roseline travaille pour Fitzwilliam.

-C'est faux, Roseline travaille pour un traiteur, la coupa-t-il d'une voix hargneuse.

-Élisabeth te dis la vérité, William, intervint Fitzwilliam en revenant auprès d'eux. Roseline travaille pour moi. Élisabeth avait comme mission d'entraîner Roseline à devenir une barmaid convaincante. Et elle a bien réussi.

-Donc, lorsque Roseline s'est retrouvée à faire le service chez moi en compagnie d'une collègue, cela faisait partie de son entraînement?

-Bien sur, acquiesça Fitzwilliam.

-Et Roseline est en danger maintenant, précisa Élisabeth. Elle travaillait ce soir chez un homme que l'équipe de Fitzwilliam espionnait depuis quelques temps. Il semble que… les choses ont mal tournées.

-Bien, maintenant que tu sais tout William, laisse-moi travailler. Élisabeth, je viens d'envoyer des hommes chez toi. Et chez le client aussi, expliqua Fitzwilliam en dévisageant la jeune femme.

-Ils vont te rappeler pour faire leur rapport, j'espère? Lui demanda-t-elle.

-Tu travailles sur ce dossier depuis quand? L'interrogea également William.

-Ça fait des mois que mon équipe et moi y travaillons, mais Élisabeth vient tout juste de s'impliquer…

-J'aurais dû le savoir, explosa tout à coup William en s'écrasant sur le plus grand des deux fauteuils qui occupaient l'espace central du salon. Le corps penché par en avant, la tête entre les mains, il semblait en état de choc.

-Comprendre quoi? L'interrogea Élisabeth d'une voix anxieuse.

-Que c'était vous… Laissa-t-il sortir dans un souffle et sans même relever la tête.

Le téléphone portable de Fitzwilliam se mit à vibrer détournant l'attention d'Élisabeth quelques secondes. Lorsque ce dernier se fut éloigné pour y répondre, la jeune femme osa jeter un œil en direction de William. Ce dernier s'était redressé, mais avait gardé une main devant sa bouche. La tête penchée sur le côté, il semblait remonter le fil du temps et revoir différentes scènes impliquant la jeune femme en tant que Cindy.

Soudain, après avoir laissé sortir un petit rire de dépit, il la dévisagea à nouveau et remarqua : C'est pour ça que vous avez deviné aussi facilement ce que mes invités aimaient boire : le martini de Steve, la bière de Lucas. C'était facile pour vous puisque vous les connaissiez déjà. Tout comme mes propres goûts, comprit-il.

Incapable de soutenir son regard plus longtemps, ni même d'intervenir, Élisabeth s'était statufiée et souhaitait le retour de Fitzwilliam avec impatience.

-Sans compter que si vous ne pouviez pas accepter mon invitation c'est parce que vous jouiez dans la même pièce que moi, poursuivait le jeune homme plus pour lui-même que pour elle cette fois.

-Roseline n'est toujours pas rentrée, déplora Fitzwilliam en revenant vers elle après avoir raccroché. S'est-il passé quelque chose d'anormal ce soir pendant que tu étais là?

-Non, rien de plus que ce que je t'ai déjà dit : la partie de poker entre les 6 hommes et les deux coups de feu que j'ai entendus alors que j'étais au sous-sol.

-Fitz, je n'arrive pas à croire que tu aies pu être d'accord pour l'envoyer là-bas ce soir! S'exclama William en dévisageant son cousin, éberlué.

-Passe-moi les clés de ta voiture, je vais aller chercher l'appareil photo, lui demanda Fitzwilliam en ignorant volontairement la dernière pique de son cousin. Je vais devoir en extraire les images pour les transmettre à mes supérieurs. Nous croyons tous que Sanchez et ses hommes vont tenter de négocier la libération de Roseline. Tu as été très chanceuse de t'en tirer comme ça Élisabeth. Et tu as eu un excellent réflexe en venant ici.

-Heureusement que j'ai pensé à appeler Lucas. Il m'a donné les coordonnées de Georgianna. C'est elle qui m'a refilé ton adresse, lui expliqua-t-elle tout en lui remettant ses clés.

-Toutefois, tu ne peux pas rester ici non plus. Pas plus que toi, William. Je ne veux pas que vous soyez mêlés à la suite de cette histoire.

Toujours assis dans le fauteuil, William haussa les épaules et laissa échapper un autre petit rire sec en ayant l'air de dire : «Il est trop tard.»

-Élisabeth, je vais te faire réserver une chambre à l'hôtel Royal. Demain matin à la première heure, une équipe ira vérifier ton appartement et faire place nette s'il le faut. Quand à toi, William, rentre chez toi. De toute façon, le reste de mon équipe est déjà en route. D'ici quelques minutes à peine, ils vont débarquer ici.

-Je peux prendre ma voiture alors? Lui demanda Élisabeth pleine d'espoir.

-Non. Elle va monter dans la mienne, intervint William, On ne sait jamais. Se tournant vers la jeune femme, il ajouta pour essayer de le convaincre : Je me sentirais plus tranquille, si je vous savais en sécurité, bien que je ne cautionne pas vos mensonges, ajouta-t-il en les incluant l'un et l'autre.

-Je préfère me rendre à l'hôtel toute seule, réagit-elle en se tournant vers Fitzwilliam espérant le gagner à sa cause.

-Ce n'est pas à l'hôtel que j'avais l'intention de la ramener, précisa William en s'adressant à son cousin.

-Effectivement, si tu pouvais la garder chez toi le temps que les choses se tassent, ce serait beaucoup plus sécuritaire. Convint-il avec empressement avant de se tourner vers la jeune femme pour ajouter : Élisabeth, William a raison, à l'hôtel, ils auraient tôt fait de te retracer.

-C'est la meilleure solution. Insista William.

-Pas question, s'opposa Élisabeth.

-Vous n'aviez qu'à y penser avant. Rétorqua William.

-Élisabeth, quand Sanchez et son groupe verra que tu ne rentres pas chez toi, ils vont nécessairement poursuivre leurs recherches dans tous les hôtels du coin, plaida Fitzwilliam en espérant que ce serait suffisant pour finir de la convaincre.

-On dirait bien que vous ne me donnez pas le choix? S'enquit-elle en les englobant tous les deux.

-C'est la meilleure solution, crois-moi, conclut le Colonel en lui faisant un sourire contrit.

-Alors soit, mais tu m'appelles dès que tu as des nouvelles de Roseline?

-Promis.

Une fois dans la voiture, sagement assise à côté de William dont les gestes secs et brusques soulignaient les émotions bien plus clairement que ne l'eussent fait ses paroles, Élisabeth ressentit le besoin de se justifier.

-William, bien que les apparences soient contre moi, sachez que je ne voulais pas agir dans votre dos. Les choses ne devaient pas aller se passer comme cela. Le moins que l'on puisse dire c'est que je n'avais pas du tout prévu que la compagnie de traiteurs serait engagée par vous.

-Et me dire la vérité était trop difficile aussi, j'imagine?

-Vous auriez été contre ma participation à la mission.

-Et vous vous demandez pourquoi? Ironisa le jeune homme sans même poser les yeux sur elle.

-Écoutez William, je me suis déjà excusée, même si, je ne vous dois rien. Je suis libre de faire ce que bon me semble. Entraîner une jeune femme à devenir une bonne barmaid dans le but de lui sauver la vie, n'est pas un mauvais choix en soi.

-Sauf si le mensonge et la tromperie viennent avec! Argumenta William en lui jetant un bref regard réprobateur.

-Ça vous a blessé uniquement parce que Cindy vous plaisait et qu'elle vous a rejeté…

-Pfff! Se moqua William en la dévisageant de biais une seule seconde.

-D'ailleurs, je suis assez contente que vous ayez souffert à cause de son refus. Cela vous permettra de mieux comprendre ce que j'ai pu ressentir moi pendant le concours.

-Parce que vous croyez que vous tenir à distance ne m'a pas demandé d'efforts à moi aussi?

-Si tel est le cas, alors vous ne valez pas mieux que moi : vous aussi vous m'avez menti. Ce n'est rien de moins que ce que j'ai dû faire en tant que Cindy.

-Vous oubliez le motif.

-Le motif?

-Oui. Il faut toujours tenir compte de la raison laquelle on a été obligé de mentir.

-Bon, vous allez encore utiliser cette vieille excuse : vous étiez juge et moi concurrente

-Elle ne vous paraît peut-être pas bonne, mais croyez-moi, professionnellement parlant, si je n'avais pas mis un frein à mon désir… à mon envie de mieux vous connaître, nous y aurions perdu tous les deux. Sans compter qu'avec mon expérience et ma connaissance du métier, je n'ai fait que mon devoir en vous protégeant des complications qu'une telle situation aurait nécessairement engendrées.

-Je comprends votre point de vue, mais alors, accordez-moi le même bénéfice, essayez de voir les choses à ma façon: comment auriez-vous voulu que je supporte de vous fréquenter en tant que Cindy, alors que dans la vie vous m'ignoriez moi : Élisabeth Bennet? Alors que vous m'évitiez. Tant qu'à être aimée… je voulais que ce soit pour moi-même, pas à travers mon interprétation d'un personnage que j'aurais crée de toutes pièces… et que nous étions deux à jouer en plus. La première fois que vous êtes allé au bar, c'est Roseline qui était Cindy, pas moi.

-J'ai été intrigué par une différence étrange ce soir là. Votre voix, enfin la voix de Cindy n'était pas la même, mais j'ai mis ça sur le compte du bruit qui régnait dans le bar. J'ai vraiment été naïf. Sans compter que Fitz et ses hommes vous ont montré à la modifier.

Un silence lourd de sens régna pendant une longue minute.

-Je n'ai pas joué ce rôle le Cindy pour vous faire du mal William…

-Je sais. Ce qui est blessant c'est d'avoir été trompé… et ça je ne vous le pardonnerai jamais.

-Je n'ai que faire de votre pardon. Vous n'êtes rien pour moi…

Suite à cette dernière boutade d'Élisabeth, William garda résolument silence. Accotant sa tête contre la vitre froide afin de soulager la migraine qui gagnait du terrain dans sa tête, Élisabeth garda les yeux fermés. De son côté, William ne quittait par la route des yeux. Seule la brusquerie avec laquelle il changeait les vitesses témoignait de son irritation.

Lorsqu'il arrêta son véhicule devant sa résidence, Élisabeth ouvrit les yeux et sortit de la voiture très rapidement afin d'éviter qu'il vint lui ouvrir la portière. Une fois à l'intérieur, le jeune homme déposa les clés sur la petite table qui se trouvait dans l'entrée puis se tourna à moitié vers son invitée avant de s'adresser à elle en utilisant un neutre et froid : Vous n'avez qu'à utiliser la première chambre que vous trouverez à votre droite en haut de l'escalier. Vous y aurez votre propre salle de bain. Bonne nuit. Il termina son explication en lui indiquant l'escalier.

Le suivant des yeux tandis qu'il quittait la pièce, Élisabeth comprit qu'il se dirigeait vers le salon et monta à l'étage pressée de se retrouver seule. Après être entrée dans la chambre désignée par William, elle posa le veston de Roseline sur le lit et entra dans la salle de bain où elle se mit en quête d'aspirines. Heureusement pour elle, il y en avait un flacon dans la pharmacie. Elle avala deux cachets puis se fit couler un bain. Malgré l'heure tardive, elle tenait absolument à se détendre dans un bon bain chaud.

Une fois de retour dans la chambre, elle regarda autour d'elle et ouvrit le premier tiroir de la commode par curiosité. Celui-ci était plein de vêtements. Deux pyjamas et une robe de nuit trônaient sur le dessus. Saisissant le premier des deux pyjamas, elle retira ses vêtements et les plaça sur le fauteuil avant de s'allonger sur lit, complètement nue attendant patiemment que le bain se remplisse. Quelques minutes plus tard, une sonnerie familière se fit entendre. Se levant rapidement, elle fouilla dans la poche du veston qu'elle avait déplacé sur le fauteuil avant de s'allonger sur le lit et répondit à l'appel qui entrait sur son portable.

-Allô?

-Élisabeth, c'est Fitzwilliam. Mauvaise nouvelle, ma belle.

-Quoi? Soupira-t-elle en s'asseyant sur le lit.

-Ils détiennent effectivement Roseline et veulent qu'on leur envoie les photos en échange… mais ça, on s'en doutait, pas vrai?

-Oui, bien entendu. Qu'est-ce qui se passe alors?

-C'est à propos de ton immeuble. Il est en feu. Une violente explosion…

-Quoi? Se décomposa-t-elle en s'asseyant sur le bord du lit.

-Les pompiers ont beaucoup de mal à lutter contre les flammes.

-Mes voisins? Haleta-t-elle d'une voix étouffée.

-En fait, s'ils étaient chez eux, ils ne peuvent pas avoir survécu.

-Oh, non, s'effondra Élisabeth en sentant un barrage céder en elle. La vision de sa voisine enceinte et de son époux calcinés lui donna un haut le cœur.

-Je vais te trouver une cachette dès demain… laisse-nous simplement le temps de nous organiser. Mais il y a aussi une autre complication…

-Laquelle? Balbutia-t-elle tout en retenant son souffle.

-Ils savent qui tu es, ils connaissent ton identité…

Tandis que ses yeux se remplissaient de larmes et avant que Fitzwilliam n'ait le temps de la réconforter, quelques coups légers furent frappés à la porte de sa chambre.

-Fitzwilliam, attend. On frappe à ma porte. Oh, mon Dieu, le bain, réalisa-t-elle, hésitant entre les deux directions.

Jetant l'appareil sur le lit et dédaignant celui qui continuait à frapper à la porte, Élisabeth se dirigea vers la salle de bain pour fermer le robinet.

Exaspéré de ne pas obtenir de réponse alors qu'il savait très bien que son invitée ne dormait pas, William finit par oser ouvrir la porte et balaya la pièce du regard à partir du pallier, étonné de ne pas la voir. Intrigué par l'absence de la jeune fille et surtout par la voix éteinte qui semblait surgir du lit, William entra dans la pièce en marchant à pas feutrés. Arrivé près du lit, il baissa les yeux et découvrit le portable de la jeune fille d'où émergeait une voix de plus en plus audible qu'il reconnaissait.

-Fitz! C'est moi, William. Élisabeth n'est pas là.

-Elle m'a dit qu'elle devait aller arrêter l'eau. C'est donc toi qui frappais à la porte de sa chambre.

-Oui.

-Très bien! Je viens de lui apprendre de très mauvaises nouvelles.

-Lesquelles?

-Ils ont fait sauter une bombe dans son immeuble et ils nous font officiellement chanter avec Roseline. Mais, le pire, maintenant, c'est que depuis qu'ils ont fouillé son appartement, ils connaissent son identité.

-J'ai bien fait de la ramener ici sans sa voiture alors.

-Oh oui, tu as eu un excellent réflexe. En passant, j'ai donné des ordres pour qu'elle soit remorquée. Il va falloir jouer dur. Il faudrait qu'elle reste cachée quelques temps.

-Elle peut rester ici aussi longtemps qu'il le faudra. Je vais m'occuper d'elle. Occupe-toi de mettre Sanchez et son groupe sous les verrous.

-Merci William. Je savais que je pouvais compter sur toi.

Après avoir raccroché, William s'approcha de la salle de bain. Il interpela Élisabeth à trois reprises sans obtenir de réponse. Posant son oreille contre la porte, il distingua finalement les sanglots étouffés de celle-ci.

-Je vais entrer, Élisabeth… la prévint-il, la main sur la poignée.

Il ouvrit la porte et trouva la jeune femme accroupie sur le sol, les genoux appuyés contre la baignoire et remontés devant elle. La baignoire était pleine jusqu'au bord, mais le robinet ne coulait plus. Élisabeth laissait son bras zigzaguer doucement dans l'eau tandis que des larmes cascadaient le long de ses joues. Ému et attendri, William s'agenouilla derrière elle et vint s'appuyer dans son dos. Posant sa tête contre la sienne, il lui murmura des paroles d'apaisement dans l'oreille tout en la serrant contre son torse. Lorsqu'il la sentit enfin se détendre complètement contre lui, il la souleva lentement et la transporta jusqu'au lit, sans cesser de la rassurer en lui promettant de prendre soin d'elle.

S'asseyant sur le bord du matelas et tenant toujours la jeune femme contre lui, William réussit tant bien que mal à écarter les couvertures et à y déposer son précieux fardeau. Comme elle s'accrochait à lui fermement, William n'eut d'autre choix que de s'allonger à côté d'elle. Rabattant les couvertures sur eux, William laissa Élisabeth venir nicher sa tête dans son épaule tandis que ses sanglots diminuaient lentement. Au bout d'une quinzaine de minutes, il reconnut les signes évidents de son départ vers le sommeil, mais fut incapable de se détendre suffisamment pour s'endormir à son tour. Résigné à quitter la chambre pour regagner la sienne, William se dégagea lentement, puis réussit à se relever sans la réveiller. Une fois debout, il la recouvrit et quitta la pièce en marchant à tâtons.

Lorsque le soleil le réveilla le lendemain matin, William se leva aussitôt et se pressa de mettre en application ce qu'il avait décidé durant la nuit. Il contacta Nyeem au siège social de la compagnie et lui demanda de rayer Élisabeth Bennet de la liste des invitées de la première émission qui allait être enregistrée vers le milieu de l'après-midi. Il évoqua une maladie quelconque qui obligeait la jeune femme, non seulement à garder le lit, mais également à quitter la ville pour se retirer dans un centre de santé. Complètement paniqué devant la difficulté de trouver une vedette de remplacement aussi rapidement, Nyeem n'étira pas la conversation et raccrocha aussitôt. Satisfait du succès de sa démarche, William passa un coup de fil à Fitzwilliam, à sa sœur puis passa sa robe de chambre pour se rendre à la cuisine afin de préparer un déjeuner pour deux personnes. Quinze minutes plus tard, portant un plateau remplis d'un déjeuner copieux, il entrait dans l'ancienne chambre de Georgianna. Comme la jeune fille dormait encore, il posa le plateau sur la table qui se trouvait devant la fenêtre et s'approcha doucement du lit. S'asseyant précautionneusement sur le bord du matelas, il l'interpela à voix basse.

-Élisabeth?

-Hein quoi? Oh, mon Dieu, quelle heure est-il? Lui demanda la jeune femme en se redressant aussitôt.

-Seulement 10h00, j'ai préféré vous laisser dormir, lui expliqua William.

-Mais je dois être au studio pour 13h00. Il faut que je passe chez moi. Oh, non. Mon appartement? Mes affaires? Réalisa-t-elle en faisant un peu trop vite, tous les liens dramatiques dont son sommeil l'avait protégée.

-Ne vous en faites pas. J'ai annulé votre passage à l'émission…

-Pourquoi?

Tout en répondant à sa question, William se redressa et installa deux chaises autour de la table. Il ramassa une robe de chambre dans le garde robe et revint vers Élisabeth : Ils savent qui vous êtes maintenant. Je suis certain qu'ils avaient prévu faire surveiller le studio. Je vais devoir m'y rendre, mais vous, vous allez rester sagement ici.

-Et s'ils s'en prennent aux autres?

-Lorsqu'ils verront que vous ne participerez pas à l'émission, ils vont se rabattre sur la rumeur que j'ai déjà commencé à faire courir : vous êtes malade et vous vous soignez quelque part. Rien ne pourra les mener jusqu'ici…

-Je ne veux surtout pas vous déranger William, pas après…

-Ne vous en faites pas pour ça. Vous ne me dérangez pas.… En fait, je suis même plutôt content de vous avoir ici puisque cela me permettra de m'excuser pour mon comportement d'hier soir. Je vous ai dit des choses que je regrette vraiment.

-Idem pour moi! Rétorqua-t-elle quelques secondes avant de rougir violemment repensant à cette autre fois où elle avait utilisée la même expression pour copier l'affirmation véhémente qu'il avait laissé échapper pour la convaincre qu'il n'était pas amoureux d'elle. En fait, je n'aurais pas dû participer à cette mission. J'ai été stupide.

-Venez Élisabeth, prenons donc un bon déjeuner entre gens «stupides et repentants».

Après s'être levée et avoir passé la robe de chambre que William avait déposée sur le lit à son intention, Élisabeth s'exclama : J'ai vraiment de la chance que Georgianna et moi ayons la même taille.

-Oui. Parlant de vêtements, j'ai demandé à ma sœur de jeter un œil dans ses affaires afin de vous apporter quelques tenues. C'est elle qui viendra vous tenir compagnie lorsque je devrai me rendre au studio. Vous regarderez l'émission d'ici, toutes les deux. Si vous le souhaitez, bien entendu. Conclut-il d'un ton gêné.

-Bonne idée! Acquiesça-t-elle entre deux bouchées, avant de prendre un air horrifié pour s'exclamer : Oh, non, mes parents!?

-Oui, j'ai aussi discuté de ça avec Fitzwilliam, tôt ce matin. Il estime qu'il vaut mieux que vos parents ignorent où vous êtes. Mon cousin craint que Sanchez et ses hommes ne tentent d'obtenir des informations en passant par votre famille.

-Je pense comme Fitzwilliam, mais le problème c'est que mes parents vont écouter l'émission cet après midi. S'ils appellent à la station pour savoir pourquoi je ne suis plus au programme, ils vont nécessairement s'inquiéter lorsqu'on leur apprendra que je suis malade. Ça ou bien, c'est la syncope assurée si les informations présentent des images de mon immeuble en feu.

-Fitzwilliam a réussi à obtenir des médias qu'ils ne mentionnent pas l'adresse exacte de l'incendie et qu'ils passent votre nom sous silence.

-Vous avez vraiment pensé à tout. Quoique, en ne me voyant pas à l'émission, mes parents vont certainement tenter de m'appeler…

-Alors vous allez les devancer. Vous leur donnerez un coup de fil lorsque je serai parti. Vous n'aurez qu'à inventer une raison quelconque pour laquelle vous ne participez plus à l'émission. En fait, vous devriez dire que la compagnie préfère vous réserver pour la finale de l'émission. Oui, c'est ça. C'est mieux même que vous assistiez plutôt à la finale en tant que gagnante d'une autre année. Je proposerai cela à Nyeem.

-Est-ce à dire que je vais devoir rester cachée longtemps?

-Tant que Roseline ne sera pas tirée d'affaire et que le groupe de Sanchez ne sera pas hors d'état de nuire… Décodant la panique par l'expansion spontanée que prirent les pupilles d'Élisabeth, William changea de discours et enchaîna sur un ton qui se voulait nettement plus rassurant que réaliste: Élisabeth, avec les preuves que vous avez apportées sous forme de photos, les choses vont nécessairement évoluer rapidement.

-Puissiez-vous dire vrai.

Une fois le déjeuner terminé, William laissa Élisabeth seule afin qu'elle puisse prendre le bain qu'elle avait tant désiré prendre la veille. Se rendant dans sa propre chambre, William prit une douche, sa rasa de près et termina sa toilette avant de mettre le type d'habit qu'il passait toujours lorsqu'il se transformait pour devenir le plus sévère critique que l'émission American Idol ait jamais connue.

«Il me tarde d'en finir avec ça aussi, s'exclama-t-il en s'adressant à son reflet dans le miroir. C'est ta dernière saison mon bonhomme» répliqua-t-il n'attendant aucune réponse.

Lorsqu'il fut prêt à partir pour se rendre au studio, il repassa par le salon et s'étonna de découvrir Élisabeth assise devant la télévision. Elle passait d'une chaîne à l'autre sans prendre intérêt à aucune émission. Lorsqu'il apparût devant elle, elle sursauta puis laissa échapper un petit rire nerveux en prenant conscience qu'il était vêtu aussi cérémonieusement.

-Avoir su que le juge Darcy vivait ici avec vous… je ne vous aurais jamais suivi William.

Le rire de celui-ci se joignit au sien. Retrouvant son sérieux la première, Élisabeth eut toute les peines du monde à détacher son regard du visage harmonieux de son compagnon alors qu'il lui continuait à lui sourire chaleureusement. Lorsqu'il se tut à son tour quelques secondes plus tard, il déglutit, reprit son sérieux et lança : Faites comme chez vous en mon absence Élisabeth. Georgianna a sa propre clé. Elle devrait arriver d'ici une dizaine de minutes.

-Et vous, vous allez rentrer à quelle heure? S'enquit-elle incapable de camoufler totalement la panique qui la gagnait à l'idée de rester seule, même quelques minutes.

-D'après-moi, le studio nous libérera autour de 18h00. Je passerai un coup de fil à Fitzwilliam avant de rentrer comme ça j'aurai des nouvelles fraîches à vous donner en revenant.

-Très bien, merci pour tout William.

Puisqu'il devait passer derrière elle pour se diriger vers le garage, William en profita pour se pencher et déposer un léger baiser sur sa joue. Aussitôt redressé, il lui ébouriffa les cheveux qu'elle avait encore mouillés et se dirigea vers la sortie.

Restée seule, Élisabeth continua à «zapper» d'une station à l'autre, incapable de supporter le silence qui régnait dans la maison depuis le départ de William. Elle repensa alors à ses parents et se releva pour aller chercher son cellulaire qu'elle avait laissé à l'étage.

Elle était encore en ligne avec eux lorsque Georgianna fit son entrée. La jeune sœur de William attendit sagement qu'elle ait terminé sa conversation avec ses parents avant de s'approcher d'elle. Les deux jeunes femmes s'étreignirent affectueusement.

-Regarde donc si ce que je t'ai apporté fait l'affaire? Lui suggéra Georgianna en jetant un œil critique sur le vieux pyjama qu'Élisabeth avait passé sous son ancienne robe de chambre.

Après avoir attentivement examiné le contenu des deux gros sacs que Georgianna avait déposés dans l'entrée, Élisabeth leva les yeux vers la jeune femme : C'est vraiment parfait, mais il y en a beaucoup trop. Se moqua-t-elle en extrayant un pantalon noir et un chemisier bleu royal du sac. S'excusant ensuite auprès de la jeune femme, Élisabeth quitta la pièce pour aller se changer à l'étage. Georgianna mettait un terme à une conversation téléphonique lorsque la chanteuse redescendit quelques minutes plus tard.

-Fitzwilliam voulait que tu saches que personne n'est mort dans l'incendie de ton immeuble finalement. Tes deux voisins immédiats ont subi un choc nerveux en revenant d'une soirée à l'extérieur, c'est tout. Il m'a aussi dit qu'il a obtenu une confirmation de tes assurances, ils vont tout rembourser.

-Dieu merci! S'exclama Élisabeth en s'asseyant à côté de Georgianna.

Durant les deux heures qu'elles eurent à tuer avant que ne débute la nouvelle édition du concours, les deux jeunes femmes discutèrent des années d'études de Georgianna et de ses amours avec Lucas qui allaient très bien.

La nervosité gagna Élisabeth lorsqu'elle entendit le thème de l'émission. Elle se sentait aussi nerveuse que les candidats que Nyeem présentait les uns après les autres à l'aide d'une petite capsule vidéo.

-Ça fait vraiment étrange de suivre l'émission après être passée par là. Tu sais quoi Georgianna, je détestais tellement ton frère durant les premières semaines. En fait, il me mettait tellement en colère.

-Je me souviens de certaines de tes réponses à ses critiques. Toi aussi tu lui en as fait voir de toutes les couleurs. Il lui est arrivé très souvent de parler de toi, ici après l'enregistrement. Tu le faisais enrager toi aussi, crois-en ma parole.

-Bien fait pour lui.

-Pourtant, un beau jour, son discours a changé totalement. Du jour au lendemain, fini les sarcasmes. Plus rien. Ça s'est passé autour de la sixième semaine à peu près, enfin, je crois. Ce qui est sûr toutefois, c'est qu'à partir de ce moment là, il a totalement arrêté de parler de toi.

-La sixième semaine, vraiment? Sans le dire à Georgianna, Élisabeth savait à quel événement associer le changement survenu dans le comportement de William, il s'agissait de la semaine où elle était allée à cette fameuse soirée pour sauver Josie. Celle où William lui avait sauvé la mise et l'avait embrassée. Bof, ça correspond au moment où j'ai commencé à recevoir des menaces. J'imagine qu'il s'inquiétait pour le show, pour l'émission… supposa Élisabeth.

-Oui, Lucas m'a raconté à quel point William vous a aidés, comment il avait prévenu Fitzwilliam et tout ça…

-Personne à part nous deux ne doit savoir ce qui se cache dans ce «tout ça».

La suite de l'émission fut décevante. Georgianna et Élisabeth n'arrivèrent pas à déceler un talent marquant ni même une personnalité intéressante dont elles auraient le goût de suivre l'évolution durant les semaines à venir. Une fois le générique commencé, Élisabeth proposa à Georgianna de l'aider à préparer un bon repas pour William. Il faut dire qu'elle gardait un souvenir impérissable de la cuisine qu'elle avait déjà utilisée lorsqu'elle était venue travailler pour la compagnie de traiteurs.

Tout en racontant cet épisode amusant à Georgianna, les deux jeunes femmes en profitèrent pour fouiller dans les armoires et dans le réfrigérateur afin de choisir le plat qu'elles allaient préparer. Mettant la main sur des steaks et des pommes de terre, les deux complices se mirent en quête des condiments nécessaires pour préparer une salade qui pourrait accompagner leur repas. Très rapidement, les pommes de terre furent coupées en fines tranches par Élisabeth, puis mélangées avec tout ce qu'il fallait pour faire excellent gratin dauphinois. Pendant ce temps, Georgianna s'occupa de laver la salade, de la mélanger puis de la recouvrir d'une bonne rasade d'huile d'olive et de vinaigre de vin. Seuls les trois morceaux de steak assaisonnés attendaient dans une assiette l'arrivée de William pour être cuits.

Lorsque le juge arriva enfin vers 18h30, il surprit les deux filles en train de danser dans la cuisine sur un air de Jazz très entraînant. S'arrêtant sur le seuil pour les admirer, William fut subjugué par elles puis séduit par les odeurs alléchantes qui flottaient dans les airs.

L'apercevant enfin, Élisabeth le fit tourner sur lui-même afin de l'orienter vers le comptoir où reposait la bouteille de vin rouge qu'elle avait sélectionné pour l'occasion encouragée par Georgianna. Comprenant ce que la chanteuse attendait de lui, William s'exécuta avec entrain tout en surveillant les manœuvres exécutées par Élisabeth tandis qu'elle jetait la viande rouge dans la poêle chaude.

-Wow! C'est tellement rare que je rentre chez moi et qu'un bon repas m'attend.

-Tu n'as qu'à inviter des femmes plus souvent.

-Mais Georgie, un homme n'invite pas toujours une femme pour qu'elle lui fasse la cuisine. Se moqua Élisabeth.

William s'esclaffa en découvrant la rougeur qui colorait maintenant les joues de sa jeune sœur. Il répliqua finalement qu'il cuisinait lui-même très bien.

Le repas se déroula sous le couvert de la taquinerie et la joie. Au fil de la conversation, William confirma qu'il avait parlé avec Fitzwilliam et que les choses avançaient plus rapidement que prévu.

-Plusieurs hommes de Sanchez sont déjà sous les verrous et des indices sérieux pourraient les mener vers Roseline et le grand patron lui-même dès demain, si tout se déroule comme prévu, évidemment.

Élisabeth avait beau être soulagée puisqu'elle pourrait reprendre ses propres activités, elle comprenait aussi qu'elle n'aurait plus aucune raison valable de rester dans la maison de William.

Comme pour faire écho à cette triste pensée, Georgianna lui offrit spontanément de l'aider à se trouver un nouvel appartement et lui proposa également de l'accompagner lorsqu'elle irait magasiner pour se trouver des nouveaux meubles. William lui rappela alors qu'elle pouvait rester chez lui jusqu'à ce qu'elle se soit trouvé un nouvel appartement. Lorsqu'ils passèrent finalement au salon après avoir ramassé la table et rempli le lave-vaisselle, les trois étaient rassasiés, mais tout de même un peu fatigués.

En arrivant dans l'immense pièce où trônait un magnifique piano à queue, Georgianna alla immédiatement s'asseoir sur le banc qui était installé devant l'instrument et commença à jouer des mélodies tirées des cahiers qui étaient entassés sur le lutrin avant. Sans s'en rendre vraiment compte, Élisabeth commença à fredonner certaines mélodies au fur et à mesure qu'elle les reconnaissait. D'un signe de tête discret, Georgianna encouragea William à joindre sa voix à celle de la jeune femme qui s'était finalement levée pour aller se placer derrière la pianiste pour mieux lire les paroles. Le plaisir que la jeune femme tira de ce moment privilégié où sa voix se mélangeait à celle de William fut si grand qu'elle en vint à craindre de se mettre à pleurer. Au bout de la troisième chanson, toutefois, Georgianna s'arrêta subitement pour aller les embrasser l'un et l'autre.

-William! Élisabeth! C'est… C'est tellement beau! Vous devriez chanter ensemble plus souvent. Vos voix, elles sont absolument compatibles.

Au bout de quelques autres chansons durant lesquelles le plaisir fut constamment renouvelé, Georgianna finit par se déclarer trop fatiguée pour continuer.

Elle prit congé non sans avoir promis à Élisabeth de venir la retrouver dans l'après-midi du lendemain. Après avoir embrassé William et étreint une dernière fois la chanteuse, Georgianna ressortit par où elle était entrée.

Une fois seule avec William, mal à l'aise, Élisabeth poussa un grand soupir puis retourna prendre place devant la télévision. S'asseyant silencieusement à ses côtés, William brisa le lourd silence qui régnait depuis le départ de sa sœur pour lui demander ce qu'elle avait pensé de son émission.

-William, il y a longtemps que j'aurais dû vous demander cela, mais puisque l'occasion ne s'est jamais présentée…

-Me demander quoi?

-De qui vous venaient ces fleurs que vous receviez chaque semaine et que vous laissiez immanquablement trainer dans votre loge?

William rougit violemment à l'évocation des bouquets colorés qu'il recevait tous les vendredis soirs et qu'il avait détestés. Il garda le silence pendant quelques longues secondes avant de déglutir puis admettre : De Caroline, malheureusement.

-Caroline? Vous sortez avec Caroline depuis quand?

-J'ai fait la gaffe de sortir avec elle une fois l'an dernier, tout de suite après la clôture du concours et j'en ai payé le prix pendant quelques temps.

-Pauvre femme.

-Caroline n'est pas à plaindre. Maintenant, heureusement pour moi, elle a jeté son dévolu sur Nyeem.

-Vraiment?

-Oui.

Un long silence régna quelques secondes.

-William, il y a un autre sujet délicat dont il faut vraiment que je discute avec vous.

-Allez-y, je vous écoute.

-C'est à propos de George.

-Wickham? Compléta William, s'assombrissant instantanément.

-Oui. Ce qu'il y a c'est que… il m'a raconté une histoire assez troublante qui vous concerne et comme je n'ai jamais entendu votre version des faits…

-Je suis curieux d'entendre ça.

-Il affirme que vous lui avez délibérément nui lors du concours et que c'est à cause de vous qu'il aurait été éliminé.

-Ça ne m'étonne pas de lui. Et de quelle manière suis-je supposé m'y être pris pour lui nuire?

-Selon lui, vous lui auriez donné un titre de chanson erroné lors de la semaine des défis.

-Rien que ça? S'esclaffa William.

-Il affirme que c'est seulement deux heures avant l'enregistrement de l'émission qu'il a compris qu'il avait été trompé. Il a dû choisir une nouvelle chanson à la dernière minute.

-Bon. Et j'aurais fait ça pourquoi selon lui? J'imagine qu'il m'a trouvé un mobile aussi?

-Vous vous seriez disputés pour Anne Debourg, votre fiancée.

-Quoi?

-Wickham m'a dit qu'il était à l'origine de votre rupture.

-Je n'en reviens pas. Il a vraiment mêlé Anne à ça. Sincèrement, il m'impressionne. Il est fort. Vraiment fort. Mais Élisabeth, honnêtement, vous l'avez cru?

-Au moment où il m'a raconté tout ça, j'avoue que ça faisait mon affaire d'y croire. Admit-elle en rougissant. Oui, honnêtement, à ce moment là, j'y ai cru.

-Ne vous en faites pas. Je connais cet homme. George est passé maître dans l'art de déformer la réalité. Il est très convainquant ou en tout cas, il fait tout pour cela. L'excusa William.

-Toutefois, maintenant que je vous connais mieux, je sais que votre sens de l'éthique est trop développé pour avoir recours à la fourberie ou au mensonge.

-Oh, mais attention, ne me faites pas meilleur que je ne le suis. J'ai des défauts moi aussi. Poussant un profond soupir, William fronça les sourcils puis se frotta les yeux comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose de très important, mais qu'il n'arrivait pas à se décider.

-George devait avoir l'intention de coucher avec vous. Wickham utilise toujours le mensonge pour obtenir ce qu'il veut des femmes.

Prenant une grande inspiration, William se releva et alla s'installer devant l'une des grandes fenêtres, se tournant pour faire face à la jeune femme, il reprit enfin : Ce que George ne vous a pas révélé, et ça m'étonne d'ailleurs, c'est que nous nous connaissons depuis très longtemps. En fait, George a été adopté par mes parents à l'âge de 3 ans. Nous avons pour ainsi dire été élevés ensemble lui et moi.

-Quoi? S'exclama Élisabeth en se rapprochant spontanément de lui.

-J'avais cinq ans lorsque mes parents ont ramené George à la maison. Sans connaître tous les détails, je sais que mes parents avaient entamé des démarches pour adopter un enfant après avoir tenté sans succès pendant plusieurs années d'en concevoir un autre. À son arrivée, George avait donc deux ans de moins que moi. Sept années plus tard, toutefois, un miracle se produisit, ma mère tomba enceinte pour la seconde fois. Malheureusement, elle mourut en mettant Georgianna au monde.

Bien des années plus tard, lorsque je débutai ma carrière de chanteur et que je commençai à gagner ma vie en donnant des spectacles, mon père mourut des suites d'une sévère crise cardiaque. Georgianna venait tout juste d'avoir 14 ans et je venais de lancer mon troisième disque. Avec son héritage, George se paya des cours de chants et quitta le domicile familial. Il alla jusqu'à changer de nom afin de s'assurer qu'il ne serait pas associé à moi. Il ne voulait pas bâtir sa renommée comme étant le petit frère de William Darcy. Ce que je peux fort bien comprendre.

Pour faire une histoire courte Élisabeth, un an plus tard George avait dépensé l'importante somme dont il avait hérité et n'avait pas réussi à percer le marché américain. Les journaux locaux en ont parlé en long et en large. Pour ma part, j'étais en Arizona à ce moment-là. Il me restait deux jours avant de finir ma tournée. C'est alors je reçus un appel de l'hôpital. Un policier m'apprit que Georgianna avait été attaquée dans notre résidence et qu'elle reposait entre la vie et la mort. Je suis rentré sans perdre une minute… et je ne suis plus jamais reparti après cet incident.

Incapable de continuer, William pleurait maintenant à chaudes larmes, recroquevillé sur lui-même. Il revivait pour la énième fois ces pénibles instants simplement en les évoquant.

-Wickham? William, dites-moi qu'il ne s'agissait pas de lui?

-Je ne sais pas. À son réveil, les policiers ont eu beau interroger Georgianna, elle ne fut pas en mesure de les aider puisqu'elle n'avait pas vu le visage de son assaillant. Elle a dit qu'on lui avait bandé les yeux. Personnellement, j'ai l'intime conviction que George est derrière tout ça. Après tout, il était le seul à connaître la maison de fond en comble de même que l'horaire de travail des domestiques. En tout cas, toujours est-il que faute de preuve et parce que Georgianna a toujours refusé de porter plainte contre lui, George n'a jamais été embêté par la police.

-Avait-il dérobé quelque chose?

-Des bijoux d'une valeur inestimable de même qu'une importante somme d'argent. Mais tout cela n'est rien à côté de ce qu'il a fait subir à ma sœur. Il a lâchement abusé d'elle, précisa William d'une toute petite voix et sans quitter Élisabeth des yeux.

Se voilant le visage à l'évocation du viol de Georgianna, Élisabeth laissa échapper quelques larmes à son tour, puis accepta la boite de papier mouchoirs que lui tendit William.

-Merci… Balbutia-t-elle après s'être emparé de la boite.

-Ce qu'il vous reste à apprendre Élisabeth, c'est que Anne Debourg et moi nous n'avons jamais été fiancés. Elle ne s'est jamais intéressée à Wickham non plus. Et pour ce qui est de cette histoire de chanson, du défi truqué que j'aurais lancé à George et bien, sachez que les premiers défis furent instaurés il y quatre ans.

-Je ne sais pas quoi dire William, si ce n'est que je suis désolée….

-George aurait dû se faire acteur pas chanteur.

-Je n'arrive pas à croire que vous ayez été élevés ensemble. Vous êtes si différents l'un de l'autre. George arrange les situations au gré de sa fantaisie en autant que ça sert sa cause, alors que – pour ce que j'en sais - jamais vous ne cherchez à enjoliver les choses. Vous les exprimez toujours comme elles sont.

-Wow, ça ressemble presque à un compliment ça.

-J'ai toujours pensé ça, même pendant le concours.

-Merci, ça me réconcilie avec l'émission. J'avoue avoir souvent le goût d'étrangler Charles et Caroline tant je trouve qu'ils ne sont pas assez nuancés. Ils aiment toujours tout. Ils ne mentionnent que le bon côté des choses chez les candidats. Pourtant les jeunes chanteurs doivent aussi s'habituer aux mauvaises critiques.

-Comme dans la vraie vie…

-Au final donc, si vous vous êtes retiré de la scène artistique, c'est un peu à cause de George?

-Non… c'est pour Georgianna. Je n'ai pas été assez présent pour elle. Je suis certain que si je n'avais pas été sans cesse en tournée, rien de tout cela ne se serait produit.

-Comment avez-vous fait pour le côtoyer tous les jours pendant la production sans avoir le goût de lui donner un bonne raclée?

-Pourquoi croyez-vous que je partais si tôt?

-Je n'en reviens pas. En tout cas, merci de m'avoir fait suffisamment confiance pour me raconter tout ça.

-Ne vous en avais-je pas déjà fait la promesse?

-Oui, c'est vrai. Toutefois, vous ne devriez pas vous sentir coupable de ce qui s'est produit. Seriez-vous resté ici, auprès de votre sœur, que la même chose aurait pu se produire. Vous ne pouvez pas être partout à la fois.

-J'aimerais bien vous croire, mais malheureusement il n'en reste pas moins que j'étais presque toujours absent.

Un autre long silence régna pendant quelques secondes pendant lesquelles Élisabeth devint de plus en plus mal à l'aise. William quant à lui, semblait à mille lieux de là, perdu dans ses pensées. Que n'aurait-elle donné pour être assez proche de lui pour aller l'aider à se changer les idées? Elle lorgna une dernière fois dans sa direction avant de feindre un léger bâillement et le laisser saisir cette occasion pour lui proposer : Allez-donc vous coucher Élisabeth, vous tombez de sommeil. Je ne tarderai pas à faire de même. Je m'occupe de quelques courriels puis je me mets au lit.

Sans plus attendre, Élisabeth se leva, vint lui prendre la main qu'il avait toujours posée sur le dossier du fauteuil et la serra fermement. Passant derrière lui, elle monta les marches d'un pas légèrement lent – n'oubliant pas qu'elle avait prétendu être fatiguée et se rendit dans la chambre qu'il lui avait assignée la veille. Aussitôt entrée, elle gagna la salle de bain où la baignoire semblait la narguer. Elle ouvrit les robinets, ajusta la température de l'eau et repassa dans l'autre pièce pour fouiller dans le sac que Georgianna avait pris soins de lui apporter dans sa chambre avant de les quitter.

Une fois dans la baignoire, Élisabeth repensa à William, à Georgianna et même à George Wickham. Le fait de savoir qu'il était possible qu'il eut abusé de la jeune femme, changeait totalement le souvenir qu'elle conservait de l'instant où il s'était retrouvé nu devant elle dans son appartement.

«Ce n'était sans doute pas un accident?» Comprit-elle en se remémorant que le regard qu'il avait posé sur elle à ce moment là fut ce qui lui avait fait peur. En y repensant bien, elle estima que le réflexe qui avait été le sien et qui l'avait poussée à courir pour s'enfermer dans sa chambre avait dû prendre Wickham par surprise au moins autant qu'il lui avait sans doute épargné d'en être la victime.

Repensant ensuite à la jeune sœur de William, Élisabeth songea au fait que, malgré la présence de son frère dans la distribution de Notre-Dame de Paris, celle-ci n'était jamais venue assister au spectacle.

«Même après son retour d'Europe» Réalisa-t-elle en songeant que Lucas et Steve étaient venus deux fois la voir, mais jamais Georgianna.

Élisabeth repensa à cette courte conversation qu'elle avait tenue avec Lucas lors de sa deuxième visite en coulisse et à l'excuse inspirée qu'il lui avait lancée lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi Georgianna ne l'avait pas accompagné. Il s'était penché vers elle et lui avait soufflé tout contre son oreille : «Il y a une trop grande concentration de testostérone ici pour que j'accepte qu'elle vienne».

La chanteuse s'était contentée de rire, alors que maintenant, avec le recul, elle comprenait que Lucas essayait tout simplement de protéger son amoureuse.

«Et c'est pour ça aussi qu'il a refusé de se mêler à notre petite troupe lorsque nous sommes allés au bar». ès tout, comment aurait-il pu aller prendre un verre avec celui qui avait été soupçonné d'avoir violé Georgianna? Il avait tout simplement décliné leur invitation et avait entraîné Steve avec lui.

«Je ne pouvais pas savoir.»

Revenant au temps présent, la chanteuse s'empara du savon et se mit à chercher la meilleure façon de décrire la relation qu'elle entretenait avec William. En y réfléchissant bien, l'image qui s'imposa à son esprit fut le tango. Cette danse langoureuse par laquelle l'homme et la femme peuvent exprimer toute une série d'émotions complexes comme la domination, l'abandon, le désir et la peur pour ne nommer que celles-là. Élisabeth réalisa que toutes ces couleurs se mélangeaient en eux et teintaient leur relation depuis le début.

«Sucrée, salée!» Échappa-t-elle à voix haute tandis qu'elle s'extrayait du bain.

Autant il leur était arrivés de partager des moments extraordinaires, comme la fois où en parfaite communion d'esprit ils avaient travaillé conjointement sur une chanson (semaine des défis), autant ils avaient vécu des situations d'une telle complexité psychologique, que même avec le recul, Élisabeth n'arrivait pas les analyser convenablement.

«Pourtant je ne me sens vivante que lorsque je suis en sa présence…» S'avoua-t-elle en sentant son corps se couvrir d'une foule de petits frissons qui ne s'expliquaient pas uniquement par son extraction de l'eau.

Si Jane ne lui avait pas déjà mentionné comment son corps pouvait réagir à la seule présence de Simon dans une pièce et de quelle manière un simple effleurement du bout des doigts faisait frémir son épiderme, Élisabeth n'aurait pas su à quoi attribuer les papillons qui se chamaillaient dans son ventre lorsqu'elle pensait à William. Elle l'avait dans la peau et depuis très longtemps. Elle savait aussi qu'elle avait un certain pouvoir sur lui. Qu'elle était capable d'éveiller son désir.

Ne lui avait-il pas prouvé à quelques reprises? Comment expliquer alors qu'ils ne soient pas ensemble aujourd'hui? Depuis qu'elle était chez lui, mis à part la nuit de son arrivée où il l'avait tenue dans ses bras pour la consoler et l'aider à s'endormir, William ne se permettait plus aucun contact physique. Il était cordial, chaleureux même, mais n'initiait aucun rapprochement et ne semblait même plus rechercher sa compagnie. Alors qu'elle se languissait de lui à chaque instant.

Poussant un soupir d'exaspération tout en sortant de la salle de bain, Élisabeth passa une robe de nuit et grimpa sur le lit pour entrer sous les couvertures.

«Hors que question que je reste ici dans ces conditions» décida-t-elle.

Avant de s'endormir, elle se fit la promesse de trouver un moyen de partir de chez William quitte à aller s'installer temporairement chez Simon, Steve ou même Josie.

«Sans compter que Fitzwilliam aura peut-être une idée» Espéra-t-elle avant de fermer les yeux. «Je l'appellerai demain matin après le départ de William.»

À son réveil, le lendemain, elle constata que contrairement à la veille, elle était la première debout. Elle mit la cafetière en marche, plaça le couvert pour deux personnes, fit rôtir son pain, puis ramassa le journal qui était devant la porte d'entrée.

Elle était assise là depuis au moins 45 minutes lorsqu'elle entendit des pas dans l'escalier. William sortait de la douche et ses cheveux étaient encore mouillés. Il sursauta en la découvrant dans la cuisine, mais bifurqua pour venir s'asseoir à ses côtés lorsqu'elle lui fit comprendre que tout était prêt d'un geste de la main.

-Vous êtes matinale! Remarqua-t-il en s'installant à ses côtés.

Sans rien dire, Élisabeth lui passa le journal et lui versa une tasse de café.

-Page A7, on mentionne votre émission dans la section télé. Il y a une photo de tous les candidats avec une courte description. Je connais l'un d'eux personnellement, mais je ne l'aime pas particulièrement. Il est talentueux certes, mais refuse la critique. Vous aurez du fil à retordre avec lui. Bien plus qu'avec moi.

-Je garde plutôt un bon souvenir de nos échanges en directs… Protesta-t-il en prenant une gorgée de café.

-Tiens, tiens… qui l'eut crû?

-L'esprit, l'intelligence m'ont toujours convenus. Le manque de talent par exemple, ça peut me mettre hors de moi. Se justifia-t-il.

-Pourtant, vous pourriez mettre un peu de crémage dans vos jugements. Les enrober un peu. Ça se digérerait mieux.

-Sans doute, mais ce ne serait plus moi…

Dix minutes plus tard, William avait terminé de manger. Il prit congé d'Élisabeth pour aller téléphoner à Fitzwilliam. Lorsqu'il revint, Élisabeth enregistra immédiatement qu'il semblait de très bonne humeur.

-Tout est fini! Dès ce soir vous pourrez vous montrer à nouveau. Lui annonça-t-il tout sourire.

-Vraiment? Comment? S'enquit-elle en calquant son ton enthousiaste.

-Sanchez est sous les verrous. L'équipe d'intervention vient de remettre la main sur Roseline. La menace est donc définitivement écartée.

-Dieu merci. Enfin, je vais pouvoir rassurer mon agent. Il devait croire que j'avais disparu de la surface de la terre. Blagua Élisabeth en feignant d'être plus heureuse qu'elle ne l'était en réalité.

-Je vais m'ennuyer de vos bons petits plats… Blagua William à son tour en ramassant son couvert et en désignant les restes de leur déjeuner.

-Ah, vous avez eu votre chance maître Darcy! Maintenant c'est trop tard.

-Il n'est jamais trop tard pour bien faire…

Tout de suite après avoir lâché cette phrase énigmatique, William prit congé d'Élisabeth en s'excusant. Il regagna son bureau où il s'enferma pendant presque deux heures. De son côté, Élisabeth passa le maillot de bain qu'elle avait trouvé dans le sac de Georgianna et se rendit faire des longueurs dans la piscine chauffée qui se trouvait au sous-sol. Elle nageait depuis un bon moment lorsque Roseline apparut devant elle suivie de près par le Colonel Fitzwilliam. Dès qu'elle les découvrit, elle bondit hors de l'eau, ramassa sa serviette et sauta dans les bras de sa nouvelle amie.

-Roseline, Dieu merci tu es vivante!

-Grâce à toi surtout. Sans les photos que tu as eues le bon sens de garder sur toi, qui sait si je serais ici…

-Que s'est-il passé avec toi? Que t'ont-ils fait?

-Ouf, c'est une très longue histoire. Je te raconterai tout ça plus tard. Pour l'instant si je suis ici, c'est pour te proposer de venir habiter avec moi, le temps que tu t'organises autrement. J'habite quand même assez près du centre ville, pas trop loin de ton ancien appartement.

-C'est une bonne idée… Convint Élisabeth en sachant qu'elle venait de trouver une excellente solution au problème que lui causait le fait d'habiter chez William.

-Je peux t'aider à t'installer dès cet après midi si tu veux? Je peux même attendre maintenant le temps que tu rassembles tes affaires? Fitzwilliam doit discuter avec William pendant quelques minutes de toute façon. Ajouta-t-elle pour achever de la convaincre.

-Très bien. Donne-moi 15 minutes. Ça devrait suffire.

Élisabeth, Roseline et Fitzwilliam quittèrent le domicile quelques minutes avant le départ de William pour le studio. Lorsque la chanteuse lui fit ses adieux elle songea au fait qu'elle le voyait sans doute pour la dernière fois. Après l'avoir serré rapidement contre elle et lui avoir fait la bise, elle s'attrista de le voir l'air aussi heureux et satisfait de son sort. À croire qu'elle représentait un poids dont il était content de se départir. Le cœur lourd et en proie à une grande détresse, Élisabeth grimpa à l'arrière de la voiture de Roseline, déterminée à mettre le plus de distance entre elle et le jeune homme.

Les deux semaines qui suivirent furent tellement remplies qu'Élisabeth ne sut jamais où donner de la tête. Le jour elle répétait intensément la comédie musicale qu'elle allait bientôt tourner avec Steve alors que le soir et les fins de semaine, elle faisait des courses pour habiller son nouvel appartement. En effet, Roseline avait réussi à lui dénicher un charmant petit logement dans le même immeuble que le sien. Grâce aux achats qu'elle avait effectués avec l'argent des assurances, les lieux commençaient à lui convenir et à lui ressembler.

Au début de la troisième semaine suivant l'incendie de son immeuble, le tournage débuta enfin pour la plus grande satisfaction du producteur qui commençait à s'impatienter. En deux mois, le tournage fut bouclé, le réalisateur rassuré et les chanteurs épuisés. Pendant que le montage se réalisait et en attendant que ne débutât la période de promotion qui leur demanderait de participer aux émissions de grande écoute, Élisabeth et Steve durent se rendre en studio à quelques reprises pour enregistrer leurs chansons.

Parallèlement à ce travail exaltant, Élisabeth ne manquait aucune des transmissions de l'émission que l'avait fait connaître n'étant vraisemblablement pas capable de se passer de ces brefs moments où elle pouvait écouter et puis apercevoir William Darcy à l'écran.

«Pathétique. Je suis vraiment et irrémédiablement pathétique,» se jugea-t-elle sévèrement lorsqu'elle se retrouva rivée devant le petit écran pour regarder un groupe dont le talent n'était pas à la hauteur de la réputation de l'émission.

La magie finit tout de même par opérer puisque son anxiété augmenta au fur et à mesure que le concours approchait de la fin. Le fait de savoir qu'elle allait bientôt devoir y faire une courte, mais essentielle apparition en tant qu'invitée d'honneur n'était certainement pas étranger à l'état d'excitation qui la gagnait. Au cours des négociations qui se tinrent entre son agent et Nyeem, Élisabeth arriva à faire accepter aux concepteurs de l'émission qu'elle s'y présente avec Steve afin de profiter de leur passage pour faire la promotion du film dont ils avaient la vedette et qui allait incessamment sortir sur les écrans.

En arrivant au studio le jour J en compagnie de Steve, Élisabeth sentit que son cœur allait éclater. Elle déplora le fait que Steve n'arrivait pas à lui changer les idées bien qu'il fît de nombreux efforts en se sens. Une fois maquillée convenablement et prête à rejoindre Steve pour aller répéter avec les musiciens, Élisabeth discuta avec les deux finalistes masculins. Elle savait pour avoir suivi l'émission religieusement que les deux chanteurs étaient aussi dissemblables qu'ils pouvaient l'être deux artistes. L'un chantait du «country» alors que l'autre était un «rocker» émérite.

Une heure plus tard, le thème musical de l'émission débuta sans qu'Élisabeth n'ait eue la chance d'apercevoir William une seule fois. En contre partie, Charles et Caroline étaient tous deux venus les saluer en coulisse avant l'enregistrement. Elle trouva d'autant plus étonnant que William demeurât invisible. Même Nyeem s'était manifesté et avait pris le temps de discuter avec elle pendant quelques minutes. Selon ce qui était planifié avec les concepteurs, Élisabeth et Steve chanteraient à la toute fin, peu de temps avant de révéler le nom du grand gagnant. C'est d'ailleurs Élisabeth qui devrait désigner le vainqueur devant les caméras.

L'émission était déjà commencée depuis 30 minutes lorsque les deux candidats chantèrent seuls pour la dernière fois. Des coulisses, Élisabeth écouta attentivement ce que les juges leurs disaient. Encore une fois, elle ne fut d'accord qu'avec l'analyse de leurs prestations faites par William. Caroline et Charles ne livrant que des commentaires généraux et sans intérêt. Toutefois, réalisant à quel point son anxiété venait de grimper d'un cran simplement parce qu'elle entendait la voix de William, la chanteuse ne put que conclure qu'elle avait fait une erreur en acceptant de participer à la finale de l'émission.

«C'est pas ainsi que je vais arriver à l'oublier.» se gronda-t-elle tristement.

Réalisant qu'il lui serait impossible – même si elle le voulait très fort – de devenir insensible à sa présence et à sa voix, Élisabeth décida que désormais, elle l'éviterait totalement. N'avait-elle pas déprimé chaque semaine chaque fois qu'elle entendait le thème final de l'émission.

«Élisabeth, qu'est-ce qui se passe?» Lui avait même demandé Roseline deux semaines plus tôt lorsqu'elle l'avait vue fondre en larmes sans raison tout de suite après la diffusion de l'émission.

-J'aimais bien cette chanteuse là… avait-elle alors prétendu tout en se croisant les doigts en espérant que Roseline n'insisterait pas.

Bien camouflée par l'épais rideau délimitant les coulisses du studio, Élisabeth observait maintenant le va et viens des techniciens qui installaient les micros qu'ils allaient utiliser. Lorsque le thème recommença enfin et que Nyeem reprit la parole, les deux chanteurs invités furent appelés sur scène et firent leur entrée sous une impressionnante salve d'applaudissement. Nyeem les accueillit chaleureusement tandis que les applaudissements déclinaient. Lorsqu'ils commencèrent à chanter, les spectateurs se levèrent d'un bloc et se mirent à se trémousser avec euphorie. Dès que la chanson fut terminée, un long silence vint témoigner du profond respect que le public portait aux deux artistes qu'ils étaient devenus.

Nyeem revint devant en marchant intentionnellement lentement et s'approcha des juges afin de les questionner sur la performance que venait de livrer les deux anciens concurrents. Très bon public, ceux-ci se contentèrent de louer leur talent et souhaitèrent beaucoup de succès au film les mettant en vedette qui allait bientôt sortir sur les écrans.

Lorsque Nyeem demanda plus précisément à William ce qu'il avait à dire, celui-ci posa un regard moqueur sur Élisabeth avant de prendre la parole : Mademoiselle Bennet est excellente, comme toujours, mais comme je la connais mieux maintenant que nous avons partagé la scène dans la production Notre-Dame de Paris, je sais que comme Esméralda, elle possède le pouvoir de capturer l'âme de tous les spectateurs en même temps. Quand à vous jeune homme, je constate que grâce à la maturité, vous êtes devenu un grand artiste maintenant. Si vous pouvez tous tourner comme cela au terme de cette magnifique expérience, je serai aussi satisfait que ce soir.

-Wow!… Enfin une bonne critique… blagua Steve tout joyeux.

-Alors, sur ces belles paroles, Élisabeth, je vous demande de vous approcher pour nous donner le nom du grand gagnant de cette année.

-C'est un honneur que je céderais volontiers à une autre personne, mais puisque vous attendez tous impatiemment, je n'attendrai pas davantage n'en déplaise à votre animateur. Se tournant vers les deux candidats, Élisabeth s'adressa directement à eux : Messieurs, sachez que vous méritez de gagner tous les deux. Alors voilà, le gagnant de cette année est monsieur Grégory Janson-Payne.

L'hystérie collective qui régna dans la salle fut telle que la jeune femme dû s'éloigner avec Steve. Regagnant les coulisses, elle écouta Grégory tandis qui s'adressait à ses admirateurs, le regarda faire signe à sa famille de monter sur scène et reprendre son plus grand succès country de la saison. Dès que celui-ci eut terminé son tour de chant, Élisabeth fut très surprise de constater que Nyeem revenait à l'avant et faisait signe à la foule de se rasseoir.

-Mesdames et messieurs, ce soir est un soir spécial, vraiment très spécial même. En plus de couronner Grégory ce soir, vous aurez droit à une primeur. J'aimerais que vous accueilliez d'une manière toute spéciale le dernier invité de cette saison et j'ai nommé monsieur William Darcy.

La foule en liesse se mit à hurler à tue tête tandis que William prenait son temps pour quitter sa place afin de venir rejoindre Nyeem sur scène.

-William a pris une grave décision cette année. Il quitte définitivement l'émission American Idol. Après six ans de critiques scandaleuses, il accroche ses patins pour reprendre sa carrière là où il l'avait laissée. Je vous avoue avoir tout fait pour l'en dissuader, mais sa décision est irrévocable. Alors, cette année, exceptionnellement, le mot de la fin lui appartient.

-Merci mesdames et messieurs. Je vous remercie pour ces six années de joie et de bonheur. Puisque cette émission sert de plate forme aux talents, je voudrais vous quitter en vous interprétant une chanson que vous retrouverez dans mon tout prochain disque. Cette chanson a été composée par Charles Bingley lui-même et s'intitule «J'ai laissé passer ma chance».

L'éclairage descendit, la musique débuta, douce et lente. Figée par la nouvelle au moins autant qu'assommée par son retrait de l'émission, Élisabeth fut incapable de porter attention aux paroles de la chanson. Sa belle voix rauque provoqua l'émergence de cris stridents et de hurlements hystériques dans la salle. Lorsqu'il termina sur un décrescendo très lent, la foule se leva d'un bloc et l'applaudit à tout rompre. Nyeem vint lui serrer la main pendant que le générique défilait tout en projetant des images puisées à même ses six années de participation à l'émission. Toujours prisonnière des coulisses, Élisabeth eut besoin que Steve intervienne à quelques reprises avant d'accepter de redescendre vers les loges.

Une fois entrée dans la sienne, elle s'y enferma après avoir promis à Steve de le rejoindre à l'extérieur et s'accota contre le mur frais en fermant les yeux.

«C'est à n'y rien comprendre» s'exclama-t-elle en fixant son reflet hébété dans le miroir. Son téléphone se manifesta bruyamment la réveillant aussitôt. Elle s'empressa de répondre et engagea la conversation avec Roseline qui ne cessait de la harceler de question sur William et sur les raisons de son retrait de l'émission. Elle était toujours au téléphone avec elle lorsqu'on frappa à la porte de sa loge.

-Oui? Demanda-t-elle à Nyeem qui la fixait tout souriant.

Réalisant que son cellulaire était ouvert, l'animateur se pressa de lui demander : Je voulais savoir si vous alliez venir à la fête donnée à la villa?

-Heu, oui. Répondit-t-elle, plus pour avoir la paix que parce qu'elle le désirait vraiment.

-Tout le monde sera là, précisa-t-il. Essayez de convaincre Steve, d'accord?

-Je ferai de mon mieux. Lui promit-elle avant de remettre son portable sur son oreille pour engueuler son amie qui ne cessait de hurler depuis qu'elle avait répondu à Nyeem.

-Tu vas y aller Élisabeth. Promet-moi que tu vas y aller? Insista Roseline en même temps que Nyeem refermait la porte derrière lui.

-Comme si j'avais le choix, déplora Élisabeth en haussant le ton pour faire taire son amie.

Mettant finalement fin à sa conversation avec Roseline, Élisabeth termina de ramasser ses effets personnels et alla frapper à la porte de la loge de Steve.

Celui-ci était en ligne avec sa mère lorsqu'il ouvrit la porte. Dès qu'elle le put, Élisabeth lui demanda s'il avait l'intention de passer à la villa. Steve accepta aussitôt, termina de rassembler ses affaires et se rendit à sa voiture en compagnie d'Élisabeth.

Juste avant de monter à bord de la voiture de Steve côté passager, Élisabeth aperçut William debout à côté de la sienne. Il lui envoya la main de loin avant de lui demander d'une voix forte si Steve et elle iraient à la villa. Comme elle acquiesçait, William lui fit un signe de la main pour lui faire comprendre qu'il lui parlerait une fois sur place.

En entrant dans la villa, Élisabeth s'arrêta quelques minutes pour discuter avec les membres du personnel qu'elle connaissait bien et qu'elle avait appréciés lors de son séjour. Le garde de sécurité était particulièrement content de la revoir. Lorsqu'elle traversa la pièce principale quelques minutes plus tard, des souvenirs remontèrent à la surface, la forçant à ralentir le pas. Steve qui entrait de l'extérieur au même instant, vint la serrer contre lui.

-Ça m'a fait quelque chose à moi aussi. Allez viens. Les gens dansent déjà dehors. Sans compter qu'il y a aussi des invités de marque… n'a-t-on pas toujours besoin de bons contacts, insista-t-il en l'entraînant derrière lui en la tenant fermement par la main.

-De quelle personnalité parles-tu?

-Lady Catherine Debourg et sa fille…

-Anne Debourg est là?

-Lucas et Georgianna aussi… D'après ce que Georgianna m'a dit, William préparait sa sortie depuis quelques temps. Ils sont ici pour fêter ça.

Ah, bon… enregistra Élisabeth.

Arrivée de l'autre côté, la chanteuse scruta la foule des yeux à la recherche de Georgianna et de Lucas. Elle eut beau chercher partout, ils étaient introuvables. Par contre, elle repéra rapidement Anne Debourg qui était toute aussi élégante que dans son souvenir. Évidemment, elle était accrochée au bras de William comme une liane autour d'une branche de bambou. Le cœur serré en découvrant qu'ils étaient aussi près l'un de l'autre, Élisabeth demanda à Steve de la faire danser. Dans les minutes qui suivirent, Élisabeth décida qu'elle ne ferait rien pour parler à William.

«Pour une personne qui prétendait avoir quelque chose à me dire… il ne fait aucun d'efforts pour venir me voir…» constata-t-elle avant de céder du terrain à sa mauvaise habitude d'excuser son comportement : C'est la vedette de cette soirée… Il vient de rompre son contrat… Tous les journalistes en veulent un morceau…»

Fâchée contre cet «avocat du diable» qui cohabitait en elle et presque résignée à s'en aller, Élisabeth accepta toutefois de danser avec Charles curieuse de voir s'il allait lui demander des nouvelles de sa sœur.

-Alors, ça été un choc pour vous comme pour nous, hein? Lui demanda-t-il après quelques secondes, prenant totalement Élisabeth par surprise.

-Parlez-vous du départ de William? Lui demanda-t-elle.

-Oui. Elle a bien de la chance celle qui a su gagner son cœur… Commenta-t-il tout sourire.

-De quoi parlez-vous? Se risqua Élisabeth en haussant les sourcils.

-Vous ne savez pas? S'étonna-t-il en la dévisageant avec curiosité.

-Qu'est-ce que je devrais savoir?

-Je parle de la clause «célibat obligatoire» qu'on retrouve dans nos contrats… précisa-t-il.

-Qu'est-ce que c'est au juste?

-En tant que juges et actionnaires de l'émission, aucun d'entre nous que ce soit Caroline, William, Nyeem ou moi, n'avons le droit d'être en couple. Lorsqu'il constata que ses propos eurent l'effet escompté – Élisabeth le fixant bouche ouverte et yeux écarquillés – Charles poursuivit : Et oui, c'est écrit noir sur blanc dans nos contrats. C'est idiot, mais c'est comme ça. William a laissé l'émission pour pouvoir se marier, mais ça vous devriez le savoir… Conclut-il en lui faisant un clin d'œil aussi surprenant qu'inapproprié.

-C'est à cause de cette clause là que vous avez abandonné ma sœur? L'interrogea-t-elle préférant changer de sujet plutôt que de l'entendre parler du futur mariage de William avec Anne – après tout, celle-ci était la fille de la directrice de la maison de production qui était derrière toute la compétition.

-En partie, oui. Dès que mes employeurs ont compris qu'avec elle ça devenait sérieux… ils m'ont obligé à honorer mon contrat…

-Et vous avez accepté ça?

-Oui et non. OUI en prenant une pause – le temps de voir où me mèneraient mes sentiments et le NON c'est parce qu'au moment où j'ai revu votre sœur… dans les coulisses de Notre-Dame de Paris, elle m'a affirmé être amoureuse d'un autre. C'est à cause de ça uniquement que je me suis résigné.

-Comme c'est bête. Mais dites-moi Charles, comment ça se fait-il que vous ayez accepté de signer une clause comme celle-là?

-Le fait qu'on soit tous célibataire influence directement les cotes d'écoute de l'émission.

-Tant que ça?

-De longues études le prouvent. J'ai beau ne pas être d'accord, ne pas aimer ça… c'est un fait établi.

-Et bien! Le milieu artistique est bien plus complexe que ce que je croyais.

La musique se terminant, Élisabeth se rapprocha de Charles pour lui faire la bise avant de lui annoncer qu'elle allait rentrer : Merci pour cette danse Charles. Ça m'a rappelé de bons souvenirs. Oh et puis en passant, si vous voyez William, souhaitez-lui bonne chance de ma part.

-Bonne chance pour quoi? Lança derrière elle, la voix qui la faisait toujours et encore autant frémir. Elle se prépara à se retourner en plaquant sur son visage un sourire neutre qui se voulait presque naturel.

-Oh, vous êtes là?

-Vous m'accordez cette danse?

-En fait, non. Désolée William, mais j'allais partir.

-Sans même danser au moins une fois avec moi?

-Je saurai m'en passer. De toute façon, vous ne manquiez pas de partenaires que je sache… Alors que moi, je suis épuisée.

-Alors, attendez-moi. Je vais aller vous raccompagner.

-Non, ce n'est pas nécessaire. Je m'étais entendu avec Steve pour rentrer avec lui.

-Steve demeure tout près d'ici non? Pour aller vous reconduire, il devra faire un détour alors que moi, je passe directement devant chez vous.

-Mais n'avez-vous pas encore des gens à voir? La fête n'est pas terminée pour vous. C'est davantage votre soirée que la nôtre…

-Plus rien ne m'oblige à rester ici maintenant. Et plus d'ailleurs, j'ai à vous parler… Allez, venez donc.

-Allez-y Élisabeth. L'encouragea Charles en la poussant vers William.

Prise dans un tourbillon d'émotions contradictoires, Élisabeth se laissa fléchir et promit à l'ancien juge de le rejoindre dans l'entrée de la villa. Laissant là les deux hommes, Élisabeth alla saluer ceux et celles qu'elle connaissait très bien avant d'aller embrasser Steve et lui confirmer ce que Charles lui avait déjà appris c'est-à-dire que William s'était offert pour aller la reconduire chez elle.

-Oui, je sais. Ils sont venus me prévenir l'un après l'autre. Alors on se revoit à la première du film dans deux jours?

-Bien entendu.

Une fois dans la voiture, Élisabeth tenta de trouver un sujet de conversation qui serait sans danger pour elle, mais préféra garder le silence lorsqu'elle constata que William se concentrait sur la programmation de son GPS.

-Vous avez vraiment pris tout le monde par surprise ce soir William. Osa-t-elle finalement lui dire, pressée de briser le lourd silence qui régnait dans la voiture depuis leur départ de la villa.

-Ma décision était prise depuis quelque temps. J'attendais juste le bon moment.

-Charles m'a également parlé de la clause célibat obligatoire que vous avez tous signée dans vos contrats. Le célibat obligatoire… Comment peut-on exiger cela d'une personne? Et surtout mettre ça dans un contrat?

-En fait, honnêtement, ce n'était pas si pénible au début. Tant que notre cœur est libre, ça peut aller, vraiment. Mais quand on tombe amoureux, alors là, c'est la torture à chaque instant.

-J'imagine, oui.

-Alors imaginez à quel point ça peut être souffrant s'il s'agit d'une personne qui gravite autour du nous. Une personne qu'on doit côtoyer assez souvent. On est incapable de la prendre dans nos bras, on ne peut pas lui avouer nos sentiments…

Pensant immédiatement à Anne à cause de la description que William faisait de la situation, Élisabeth s'empressa de lui couper la parole : Je vous en prie William, épargnez-moi les détails, je n'ai pas de problème à imaginer à quel point ça peut être difficile…

-Quelques fois, il nous faut même repousser cette personne… tout faire pour la décourager… utiliser le mensonge…

-Je l'imagine fort bien…

-En tout cas, maintenant c'est terminé. Je suis enfin libre de faire ce qui me plaît…

-Elle doit être folle de joie… commenta Élisabeth en qui la curiosité l'emportait légèrement sur la peine qui lui serrait le cœur.

-Je le suis pour deux…

-Mon immeuble est là, le deuxième sur la droite. L'informa-t-elle en pointant son doigt à travers le pare-brise. D'après ce que Charles m'a confié, vous avez même l'intention de vous marier?

-Ça me plairait bien, en effet, admit-t-il en tournant le volant dans la direction indiquée par la jeune femme.

-Félicitations, c'est une bonne nouvelle. Convint Élisabeth d'une voix qui se voulait joyeuse.

-Mais attention, il ne faut pas ébruiter la chose. Elle n'a pas encore dit oui. La prévint William en lui faisant un clin d'œil.

-À la voir se promener à votre bras tout à l'heure, je dirais plutôt qu'elle agissait comme si c'était déjà fait… commenta Élisabeth incapable de ne pas laisser poindre une pointe de jalousie.

-C'est vrai? L'interrogea-t-il en la dévisageant intensément après avoir arrêté sa voiture devant son immeuble.

-En tout cas, difficile d'imaginer couple mieux assorti, concéda-t-elle en repensant à ce qu'elle avait ressenti en les voyant circuler ensemble dans la cour.

-Vous le croyez vraiment? Insista William.

-Oui, sans aucun doute. Ajouta-t-elle avant de s'enquérir : Voulez-vous monter prendre un café?

-Oui, j'aimerais bien…

-Alors passez à la droite de l'immeuble. J'ai une place pour mes invités dans le stationnement arrière.

-Roseline demeure dans le même immeuble que vous n'est-ce pas?

-Oui, c'est ma voisine. Oh, en passant, elle m'a fait promettre de vous transmettre un message. Se souvint Élisabeth en portant la main à sa bouche et en fronçant les sourcils à cause de l'effort qu'elle faisait pour se souvenir des mots exacts prononcés par son amie.

-Lequel? Lui demanda William en coupant le moteur.

-Elle m'a dit de vous féliciter. Répondit Élisabeth avant d'ouvrir la portière et s'extraire de la voiture. Pour être plus précise, elle m'a dit de vous dire que vous n'aviez pas besoin de chance. Ajouta-t-elle en refermant la porte derrière elle.

-Elle a vraiment dit ça? S'étonna William en la suivant de près tandis qu'elle franchissait la distance qui les séparait de l'entrée arrière de l'immeuble.

-Textuellement, oui.

-Avez-vous aimé ma nouvelle chanson Élisabeth? Lui demanda William tandis qu'elle arrivait devant la porte de l'immeuble. Oh, non, après vous, insista-t-il en la lui tenant ouverte. Alors, qu'avez-vous pensé des paroles? Insista-t-il en la suivant de près.

-Je ne saurais vous répondre puisque j'étais déjà redescendue dans ma loge, mentit-elle. «Pas question qu'il sache à quel point celles-ci m'ont émue…» songea-t-elle avant d'ajouter : Je n'ai pas vraiment porté attention aux paroles…. mais la mélodie me semblait vraiment très bien… lui apprit-elle en le voyant réprimer un sourire et fixer les portes de l'ascenseur qu'elle venait d'appeler en appuyant sur le bouton.

Leur court déplacement dans l'étroit habitacle se fit dans un silence total. Arrivée à son étage, Élisabeth fit signe à William de la suivre, inséra la clé dans sa serrure et l'invita à entrer dans son appartement d'un geste de la main.

-Alors, nous y voilà. C'est mon nouveau chez moi. Oh, c'est vrai. J'oubliais que vous n'avez jamais vu mon ancien logement…

-En effet… J'aime bien. Cet endroit vous ressemble beaucoup. C'est coloré.

-Faites comme chez vous William, le temps que j'aille mettre la cafetière en route.

-Puis-je mettre de la musique?

-Faites comme chez vous William… répéta-t-elle en lui offrant son premier vrai sourire de la soirée.

Lorsque la jeune femme revint au salon après être allée préparer le café, William était sagement assis sur le divan et tenait dans sa main la commande à distance de son lecteur de disques compacts.

-J'aimerais vous faire entendre ma chanson… si ça ne vous dérange pas évidemment? Lui proposa-t-il pendant qu'elle lui versait une tasse de café.

-Mais pas du tout, allez-y, l'encouragea-t-elle tout en lui tendant sa tasse.

Fuyant son regard dès que possible, Élisabeth s'occupa de sa propre tasse tout en écoutant les paroles de la chanson avec attention.

J'ai fermé la porte, tourné la page

Je veux effacer ton image

Vider mon esprit de tes mots, tes sourires

Effacer tous ces souvenirs

Comme un ouragan tu es arrivée

En moi tu as tout chamboulé

Je n'étais plus moi, pour la première fois

Et je ne pensais qu'à t'aimer

Je me suis imaginé, vivre à tes côtés

Mais l'homme que je suis n'a pas su s'abandonner

J'ai laissé passer ma chance

Et l'espoir de t'avoir à mes côtés

De pouvoir aimer, de pouvoir t'aimer

Avoir la vie dont j'ai toujours rêvé

Transformer ma vie si bien réglée

Que ta folie aurait su enchanter

J'avais beau t'aimer, j'ai beau t'aimer

Des murs devant nous se sont dressés

Ils n'étaient pas insurmontables

Mais moi, je les ai rendus infranchissables

Tant de gens nous attendaient au tournant

Et mon respect des règles a pris le devant

Ce respect renforcé par ma volonté de te protéger

T'aimer de loin me semblait assez

Mais au fond, ces conventions ne valent rien

Car sans toi, ici, je ne suis rien

J'ai laissé passer ma chance

Et l'espoir de t'avoir à mes côtés

De pouvoir aimer, de pouvoir t'aimer

Avoir la vie dont j'ai toujours rêvé

Transformer ma vie si bien réglée

Que ta folie aurait su enchanter

Regardez l'être stupide que je suis

Qui a voulu te protéger à tout prix

Rendre tes rêves possibles,

Et t'aimer me semblaient incompatible

Pitié, faites taire ce cri en moi,

Qui n'a de cesse de dire qu'il a besoin de toi

J'ai laissé passer ma chance

Et l'espoir de t'avoir à mes côtés

De pouvoir aimer, de pouvoir t'aimer

Avoir la vie dont j'ai toujours rêvé

Transformer ma vie si bien réglée

Que ta folie aurait su enchanter

La voix de l'homme en chair et en os qui était à ses côtés se joignit à la voix enregistrée pour conclure la chanson :

J'ai fermé la porte et pris mes clés

Je n'abonne pas, je ne t'abandonne pas

Mon amour, je viens te chercher …

Posant sa tasse d'une main tremblante, Élisabeth se tourna lentement vers William incapable de mettre de l'ordre dans ses pensées. Une telle confusion régnait dans son esprit. L'espoir et l'incertitude se battaient à mort dans sa tête déjà tourmentée. L'issue du combat étant son cœur, Élisabeth accrocha le regard de son vis et vis et se sentit fondre à cause de l'intensité avec laquelle il la dévisageait.

Un silence gêné se prolongea entre eux. Incapable de respirer adéquatement, Élisabeth paniqua davantage encore lorsqu'elle réalisa qu'il s'approchait lentement mais sûrement d'elle. Lorsque sa bouche ne fut plus qu'à quelques millimètres de la sienne, elle se recula et déglutit : Il vaudrait mieux que vous partiez.

-Oh, non… la prévint-il alors en fixant ses lèvres avec appétit.

-Mais vous devez pensez à Anne… lâcha-t-elle enfin en se raidissant. Après tout, c'est pour elle que vous avez renoncé à votre contrat…

-Élisabeth, il n'y a qu'une vérité dans ce que vous venez de dire… et c'est que j'ai renoncé à mon contrat… Ricana-t-il en lui soulevant le menton et en la dévisageant tendrement.

-Vous n'êtes pas amoureux d'elle? Lui demanda-t-elle une fois que l'idée eut fait son chemin dans son esprit fiévreux.

-Élisabeth, as-tu seulement porté attention aux paroles de ma nouvelle chanson? Lui demanda-t-il tout en posant un petit baiser sur sa paupière gauche.

-Oui, heu, honnêtement… non, pas assez, bégaya-t-elle. J'étais sous le choc… admit-elle d'une voix tremblante, réalisant qu'il venait de la tutoyer pour la première fois.

-Tu aurais dû. La gronda-t-il en l'embrassant un peu plus bas sur la joue. Ma chanson parle de celle que j'aime. Tu es la seule à ne pas avoir compris qu'il s'agit de toi.

-De moi?

-Même Roseline l'a deviné. Je le sais à cause du message qu'elle t'a demandé de me transmettre… Elle semble penser qu'il y a de fortes chances pour que tu veuilles de moi. Quittant sa joue gauche, les lèvres de William descendirent lentement vers la bouche d'Élisabeth en frôlant légèrement sa peau chemin faisant.

-Non! Protesta-t-elle en utilisant ce qui lui restait de volonté. Roseline se trompe totalement. Je refuse d'être responsable de ta démission…

-Élisabeth, ce qui est fait est fait. Je ne quitte pas l'émission pour toi. Je la quitte pour moi. Pour être libre de faire ce que je veux… et avoir le droit de t'aimer. Tenta de la rassurer William juste avant de fondre sur ses lèvres déjà consentantes.

-C'est impossible, tu ne peux pas être amoureux de moi? Lui souffla Élisabeth quelques secondes plus tard après avoir repris son souffle.

-Et pourquoi ça?

-Parce que tu es le grand William Darcy… et que moi… je ne suis qu'une vulgaire chanteuse à la noix…

-Élisabeth, tu es la plus belle femme que j'ai jamais vue de ma vie, admit-il en lui caressant le visage sans la quitter des yeux. Je suis tombé irrémédiablement amoureux fou de toi lorsque je t'ai vu asperger cet imbécile de musicien avec de la bière à Boston. Et si j'ai tout fait pour te décourager alors que tu étais encore là-bas c'est que je ne voulais pas avoir à composer avec toutes les complications que j'envisageais à cause de cela.

-Mais William…

-Chut! Nous avons assez parlé pour l'instant.

Joignant le geste à la parole, William tira Élisabeth vers lui et posa ses lèvres sur ses joues l'une après l'autre afin de recueillir les larmes qui coulaient abondamment depuis qu'il avait admis être amoureux d'elle. Lorsque ses lèvres s'entrouvrirent d'elles-mêmes, Élisabeth passa ses deux bras autour du cou de William afin de se rapprocher de lui. Sans plus attendre, William la força à se lever et la souleva dans se bras.

-Ma chambre est à gauche, première porte après l'escalier.

-Élisabeth, je te désire il est vrai, mais je peux attendre si c'est ce que tu souhaite…

-Non, protesta-t-elle. Il y a trop longtemps que j'attends ce moment. Toutefois, il faut que tu saches que je n'ai jamais fait l'amour de ma vie…

-Quoi?

-Je n'ai jamais eu d'amants… rougit-elle violemment en cachant sa tête dans son cou.

-Heu…

-Ça te pose un problème?

-Non… au contraire. Ce qu'il y a c'est que c'est plutôt rare de nos jours…

-Surtout dans le milieu artistique, je sais… mais que veux-tu? Je ne suis pas comme tout le monde!

-Je sais! Et c'est pour ça que je t'aime.

-Mais là… je suis prête… j'ai déjà trop attendu. J'ai été trop sage. Admit-elle en l'embrassant dans le cou.

-Nous pourrions aussi attendre d'être mariés…

-Et laisser un autre contrat dicter nos vies… Non, pas question!

-Très bien… patronne…

Arrivé dans la chambre, William déposa Élisabeth sur le lit. Sans plus attendre, il s'allongea à ses côtés. Ses lèvres virent explorer l'ensemble de son visage, lentement d'abord, puis de plus en plus passionnément. Lorsqu'il prit possession de sa bouche et qu'elle répondit à son baiser avec autant d'ardeur que lui, William comprit qu'il devait prendre le contrôle de la situation. Il recommença à l'embrasser doucement tout en l'encourageant à poser ses mains là où elle le désirait. Rapidement, il constata qu'elle cherchait à le dévêtir. Elle détacha ses boutons, fit remonter sa chemise, saisit la ceinture de son pantalon et commença à le détacher. William lui prit les deux mains et les lui fit remonter en haut en les plaquant sur le matelas.

-Pas si vite… il faut que tu ralentisses le tempo… la première fois… il faut savourer l'instant…

-Oui… mais ça fait tellement longtemps que je désire cet instant… c'est difficile d'attendre…

La faisant taire d'un baiser, William commença à la dévêtir lui aussi, convaincu que ce jour allait être le plus beau jour de sa vie et déterminé à ce que son amante éprouvât la même chose.

Au bout de quinze minutes, ni l'un ni l'autre n'avait entendu le téléphone portable d'Élisabeth vibrer, ni même les pas décroissants de la personne qui était venue sonner à l'entrée deux minutes plus tôt.

«J'en connais au moins un autre qui va être content…» songea Roseline juste avant de regagner son propre logement.

Quelques minutes plus tard, un verre de Rhum & Coke à la main, l'agent Clark écarta une dernière fois le lourd rideau qui couvrait la fenêtre de son salon, jeta un œil amusé à la voiture qui était stationnée à côté de celle de son amie, laissa le rideau retomber lentement et porta son verre à sa bouche. Juste avant de prendre une petite gorgée, elle entendit un bruit en provenance de la chambre et déclara à voix haute : Tu avais raison Fitzwilliam. Il est encore là. Qu'est-ce que tu veux boire mon amour?

Une voix endormie lui répondit indistinctement en direction de la chambre à coucher.

-Non… tais-toi! Je m'en souviens maintenant, tu n'aimes pas le Rhum & Coke…

FIN

Mesdames, une question pour vous... comme je l'ai mentionné au début du chapitre 11, j'ai deux autres histoires prêtes à être publiées. À vous de choisir: La première s'intitule : lettres de noblesse et se passe au Moyen-Âge dans un monde imaginaire (Élisabeth est une princesse alors que William est le général de l'ennemi); La seconde s'intitule: Le vieux grimoire et mélange Buffy contre les vampires et Orgueil et préjugés (Élisabeth est la tueuse de vampire alors que William est un... avec une âme... ). Les deux seront publiées, toutefois, faites-moi savoir par laquelle vous voulez que je commence...

Et si ce n'est pas trop vous demander, j'aimerais aussi savoir quel est votre bout préféré de Rhum & Coke...

Merci à l'avance...

Miriamme