Ceci est une fiction inspirée du manga de TOBOSO Yana et de l'animé écrit par OKADA Mari

Chapitre 12

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Il ne reste qu'une simple cicatrice, la plaie s'est complètement refermée. La peau devrait reprendre sa forme initiale sous peu. Sebastian soupira faiblement. Il fixa la poignante blessure qui déformait son flanc. Il était assis sur le petit lit simple et dur qui trônait dans la pièce contigüe et étroite qui leur servait d'appartement. Ciel était coincé avec une jeune demoiselle vivant sur le même pallier que les deux démons et discutait devant l'entrée. Elle avait réussi à l'interpeller alors que Sebastian montait des sacs de charbon dans leur minable demeure. Le majordome en profita pour analyse la plaie autrement que discrètement au travers de ses vêtements. Le dernier combat qui avait impliqué les démons avait légèrement mal tourné puisque Spears et sa blonde homologue étaient plus sévèrement préparés que lors de leur précédente rencontre. La faux des shinigamis laissait de profondes blessures qui guérissaient néanmoins rapidement; du moins, quand le démon est en santé...

Sebastian suivit la marque rouge et crevassée du bout de son doigt glacé et sentit quelque chose d'étrange, comme une vibration aigüe qu'il ne connaissait pas. L'entaille restait sensible, pourtant c'était la première fois qu'une mutilation prenait autant de temps à guérir, son manque de nourriture commençait à altérer ses mécanismes de guérison.

L'enfant n'avait agi qu'en fardeau lors de l'affrontement. Il avait si mal réagi quand il eut pris la vie du baron qu'il craqua sur le champ, coutant à Sebastian cette taillade grotesque sur la pureté de sa peau afin de protéger le jeune démon.

Les blessures de Ciel s'étaient envolées dans les minutes qui suivirent leur apparition. Sa digestion lui avait permis une régénération quasi instantanée. Le domestique restait tout de même satisfait de leur péripétie, ses hypothèses se révélaient de plus en plus plausibles : Ciel commençait à avoir des combats intérieurs résolument violents.

la blessure en a valu la peine

Sebastian replaça sa chemise gracieusement malgré la pauvre qualité de ses haillons. Il s'esclaffa doucement en revoyant les yeux de l'enfant, fébriles, apeurés, quand il avait essayé de se déchirer la poitrine après avoir ingéré l'âme tordue et cruelle de Lester. Il y avait décidément un espoir que son humanité gagne le combat. Il n'y avait qu'un humain pour croire qu'il aurait pu venir à bout de la carcasse démoniaque et éternelle qui le forçait à vivre. Car le corps est plus fort que la raison, ce qu'un humain ne pourrait comprendre. Les démons vivent avec leur corps.

Ciel est encore trop immature pour le ressentir; ou peut-être que ce manque de perception est la clé menant à son humanisation...

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Abraigh était un ange en comparaison au baron, cet animal cireux. Animal n'était pas le bon mot pour désigner la bête qui sommeillait en cet homme. Les animaux sont prévisibles si on les observe convenablement. Lui, ce fébrile homme, était complètement désaxé.

Il avait commis les crimes les plus insensés. Ne faisant rien pour de l'argent, ni par vengeance, ni pour quelque intérêt personnel ou même faveurs sexuelles. C'était un pur manipulateur, déformant la réalité au point où lui-même ne pouvait la reconnaître. Son esprit était si défait que la simplicité et le vide constant l'empêchaient même d'éprouver quelque rancune. Il tuait sous impulsion. Il vivait son présent d'une manière si forte que c'en était troublant. Il réfléchissait, pourtant. On aurait même pu, d'une certaine manière, penser que ce maniaque relevait du génie. Il planifiait ses coups suivant une logique dure et si appliquée que chaque bifurcation impliquait nécessairement une conséquence grave. Avide de tenue, il aurait décapité une foule entière pour avoir changé ses plans. La planification de ses meurtres et sa manie de l'ordre laissait transparaître une forte tension reliée à l'angoisse latente dans laquelle Lester vivait nerveusement. Ses hommes étaient choisis en fonction de leur habileté à s'en tenir au plan.

Ciel qui était si réfléchi, orienté vers la patience malgré les obstacles, qui savait saisir une vue d'ensemble, ne pouvait supporter l'existence de cet homme en lui. Lester ne supportait que son alimentation se touche, qu'il manque un bouton à l'une de ses manches, qu'un de ses lacets ne se cassent. Il aurait, plutôt avait, éventré un homme pour un simple concours de circonstances : son pantalon s'était abimé après une chute et l'homme en question qui travaillait sous ses ordres se permis de sourire, dévoilant des dents dépareillées. Ce désordre était insupportable.

Ciel essayait tant bien que mal d'imposer sa structure cérébrale sur les souvenirs de l'homme afin de digérer le mieux possible ce détraqué qui le rendait confus. Ciel avait beau repasser les images de sa mémoire en boucle pour trouver quelque chemin pour organiser l'humain et le faire taire, mais il ne voyait aucune concordance entre ses angoisses, ses choix, ses actions.

Ciel n'eut jamais envie de mourir, sauf à cet instant. Les personnalités conflictuelles qui s'empilaient à l'intérieur de lui l'étouffaient et le rendaient cinglé. Il n'avait jamais été aussi confus, rongé d'obsessions sur lesquelles il n'avait aucun contrôle.

Il se découvrait également lui-même sous un autre angle. Alors que l'anxiété de Lester lui rongeait l'âme déjà alourdie de la solitude mordante d'Abraigh.

Ciel repassait les souvenirs des deux humains qu'il avait ingérés afin de trouver une concordance entre les trois pensées qui se fracassaient l'une contre l'autre. Il arrivait facilement à tricoter ses idées avec l'Irlandais qui vivait simplement, enivré dans une solitude comparable à la sienne. Abraigh avait peut-être choisi de vivre en marge de la société parce qu'il voulait éviter le mensonge? Ciel l'avait évité à sa manière, peut-être que Lester l'avait fait également. Dès que le baron eut pénétré en lui, l'enfant démon paniqua en se gavant des mémoires du criminel. Ciel tremblait, hyperventilait. Rien de fonctionnait, rien n'était en contrôle et plus il le perdait, plus le Lester en lui paniquait également. Ciel vécut une crise d'anxiété si forte que tout tournoyait autour de lui alors qu'il entendait vaguement les échos de la voix de son majordome qui l'interpellait alors que lui s'effondrait à genoux dans la ruelle suffocante. L'héritier Phantomhive avait perdu toute crédibilité quand il se mit à se griffer puis s'arracher des lambeaux de peau en toussant, la gorge étouffée de sanglots qu'il tentait de réfréner.

Il en était venu à la conclusion qu'il devait dorénavant se nourrir d'âme plus pure.