LA VOIE DES NOMBRES
TOME I
XI
Le Dramaturge
« Folie: désertion à l'intérieur »
Pierre Véron
ooooo
Là, voilà. Ça commence enfin à être amusant, tu ne trouves pas, Black ?
Tu as enfin compris. Tu as enfin reçu mon message. Ce n'était pas si difficile, n'est-ce pas ? Après tout, j'avais laissé tous les indices à ta porté. Mais là encore, mon petit Black, tu me déçois. Car qu'on se le dise d'homme à homme ; sans ta chère Isabella, tu marinerais encore dans les eaux troubles. Et ça me déçoit terriblement.
Mais vois-tu, pour ta défense, il est vrai que je m'appliquais pour le moment à observer Isabella plutôt que toi. À suivre ses moindres faits et gestes pour pouvoir frapper de manière graduel, à la voir peu à peu se retourner quand elle marchait dans la rue. Voir son côté le plus vulnérable prendre le dessus de ses instincts. Qu'elle farce !
C'était tellement euphorique de vous voir prendre conscience du danger qui vous guettait ! De te voir, Black, posé des yeux effrayé sur ta coéquipière, imaginant déjà des manières de la protéger. Sachant pertinemment qu'elle serait la première cible si tu étais visé.
Car oui, mon petit Black, ta seule vulnérabilité de flic repose finalement sur une amie. Une amie dont la faiblesse suie de tout son être aux moindres regards posés sur elle.
Ah, l'extase !
Tu dis que je suis un schizophrène ? Un être contaminé par le désir de tuer ? Mais tu es tellement loin de la vérité, mon cher ! Et aussi si prêt ! Si prêt de me découvrir, de connaître mon secret, de comprendre ce que je suis réellement.
Oui, je suis peut-être atteint de cette maladie, qui sait ! Quelle importance, quand mon but reste celui de te détruire de manière constante, se réduisant peu à peu à rien. Juste la folie pure avant d'avoir la bonté d'arrêter et de te tuer.
Le vide, Black. Rien que le vide. Le noir total.
Plus d'entourages, plus de famille, plus d'Isabella. Le néant. Rien que pour toi.
Œil pour œil, dent pour dent.
Oui, ce n'était bien que ça, la clé du mystère, Jacob Black! Une pure vengeance. Une simple revanche pour le mal que ta famille m'avait causé.
Laquelle ? Bien sûr que tu l'ignorais ! Comment se pouvait-il en être autrement, d'ailleurs ? Ton père n'aurait jamais eu l'audace de te l'énoncé.
Non, bien sûr que non. On ne révèle jamais ce genre de chose à son enfant, après tout. Bien trop honteux. Bien trop sombre. Tu n'aurais pas compris ; la petite Swan non plus.
Mais voilà les faits, pour que tu puisses comprendre ma motivation et que tu arrêtes de me traiter de dégénéré. Je te donne une date, de simples chiffres : 15 juin 2012. Cela ne te rappelle rien, Black ? Et si je dis 15 octobre 2013 ?
Aller, réfléchis un peu, Jacob ! Ne soit pas bête ; la clé se trouve pourtant dans ces chiffres.
Ce jour-là, rappelle-toi, l'agent Billy Black était en mission, pendant que tu te pavanais avec ton amie dans les rues de Manhattan. Et ce jour-là précisément, la mission qu'avait commodité Swan avait tourné à la tragédie ; une dizaine d'agents, une trentaine de civils... et une demi-douzaine de tués. Dont ma famille.
D'où mes actes. D'où mes motivations. D'où ma haine à ton égard !
Voilà, le principal est dit, mon petit Black. À toi de faire le reste, avec ton équipe de bras cassés ! Mais je te rappelle encore une fois quelque chose : c'est moi qui créés les règles ! Alors c'est bien moi qui déciderais quand le dramaturge se fera capturer.
Pas avant, pas après.
Tiens-toi prêt, Black. Je suis de nature impatient, crois-moi. Alors je ne risque pas d'apprécier ton inefficacité.
Cherche-moi ! Dépêches-toi ! Ou tu risques de voir très vite défilé des cadavres à l'image de ta chère Isabella...
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