La Prophétie

21 heures, 13 minutes et 49 secondes.

John n'avait jamais été quelqu'un de très à cheval sur les horaires « souvent en retard, parfois en avance, rarement à l'heure » définirait peu ou prou sa relation au temps. Mais pas cette fois, cette fois, il comptait chaque seconde, chaque minute depuis -- il serra les poings, jusqu'à ce que ses ongles s'enfoncent dans la chair, la douleur une agréable distraction à celle plus grande que ressentait son cœur.

21 heures, 13 minutes et 52 secondes depuis la disparition de Rodney.

L'alerte était venue de Halling, le responsable de leur écurie. PJ avait disparu. Comme le cheval avait pris l'habitude de suivre McKay un peu partout (même jusque sous sa tente), ils avaient tout simplement pensé qu'ils étaient ensemble. Sauf que Rodney s'était révélé lui aussi introuvable.

John, flanqué de Teyla et de Ronon, avait fouillé tout le camp. Rien, aucun signe de Rodney ou de PJ. Jusqu'à ce que Ladon trouve le plan. C'était en fait juste un gribouillis fait à la hâte sur une feuille déchirée avec en lettres capitales « cristaux bleus » en face d'une petite flèche dessinée en rouge.

John avait explosé de rage ! Une fois encore, cet entêté de Canadain avait défié son autorité en sortant du camp en pleine nuit pour mener à bien ses recherches, et il avait bien entendu soudoyé ce pauvre PJ (John savait très bien où disparaissaient SES Pancakes).

John, accompagné de Lorne, de Cadman et de quelques soldats s'étaient rendus à l'endroit indiqué sur le plan : ils avaient trouvé les cristaux mais aucun signe de Rodney ou de PJ. Ils avaient alors exploré un peu les environs et ils avaient trouvé quelque chose, quelque chose qui avait glacé le sang de John. Il était presque certain que son cœur s'était arrêté de battre quelques secondes, un voile rouge était apparu devant ses yeux et puis plus rien, juste Lorne qui l'appelait d'une voix anxieuse.

Oh, oui, ils avaient trouvé quelque chose, quelque chose de sinistre.

Un autre petit mot attaché à la branche d'un buisson.

La retrouverez vous à temps … ?

Et c'était signé : Commandeur Acastus Kolya.

John le savait, il aurait du le tuer ce jour là, sur la route. Débarrasser le monde de cette ordure. Mais il l'avait laissé vivre et Rodney allait payer cette erreur de sa vie.

Cela faisait maintenant plus de deux heures que John fixait le message de Kolya posé sur sa table de travail, ressassant ses idées noires (et notamment, tous les scénarii possibles et imaginables pour éliminer Kolya) lorsque Teyla fit une entrée inattendue dans la tente.

- John, il faut que vous veniez avec moi MAINTENANT.

Il n'y avait pas d'angoisse dans la voix de la jeune Athosienne, juste de la fermeté et un je ne sais quoi d'impatience. John prit le message de Kolya et le froissa, imaginant qu'il s'agissait du cou de Kolya, puis il suivit Teyla dehors.

oOo

- Bien Teyla que se passe t-il ? Ronon et les éclaireurs ont trouvé quelque cho--

John ne termina pas sa phrase et fixait ce qui se trouvait au beau milieu du camp.

- Et bien, je ne dirais pas tout à fait qu'ils ont trouvé quelque chose mais plutôt que quelque chose les a trouvés, précisa Teyla.

- Bonjour à toi, John Sheppard, annonça la femme qui se tenait auprès du petit groupe d'hommes que John reconnaissait parfaitement : il s'agissait de la pathétique escorte Canadaienne de Rodney.

- Hu ? Fut tout ce que John parvint à répondre.

La femme avança vers lui, sa longue robe rouge traînant derrière elle.

- Je suis Elisabeth la Rouge, Gardienne des trois Royaumes, Sorcière du pays de Weir, Grande prêtresse de --

John, revenu de sa surprise, fit un geste irrité en direction Caldwell.

- MAIS QU'EST-CE QUE VOUS FOUTEZ LA, VOUS !

Elisabeth soupira : John l'avait interrompue dans sa présentation exactement au même endroit que Meredith ; elle devrait peut-être abandonner cette partie de sa présentation …

- CE QUE NOUS FAISONS LA, SHEPPARD ?! MAIS PEUT ETRE TOUT SIMPLEMENT CE QUE VOUS N'AVEZ PAS ETE FICHU DE FAIRE : LA PROTEGER !

Oula, Elisabeth se dit qu'il était temps de stopper les deux hommes avant qu'ils n'en viennent aux mains.

- SILENCE ! Cria t-elle, le tout sur roulement de tonnerre et ciel noir (elle était une sorcière du pays de Weir après tout !). Tous les visages étaient désormais tournés vers elle. Bien, ajouta t-elle, un sourire aimable sur le visage, je crois qu'il est temps que nous ayons une petite conversation en privé.

oOo

Rodney suivait Todd et Michael dans les coursives du vaisseau. Il était pris entre son désir de toucher les parois de cet extraordinaire vaisseau et celui, non moins ardent, de prendre ses jambes à son cou et de ficher le camp de là !

Il avait fait son choix (si tant est que l'on puisse appeler cela un choix : mourir ou … mourir !) : il allait aider les Wraiths Blancs … même s'il ne voyait absolument pas en quoi il pourrait leur être utile.

Ces êtres maîtrisaient le voyage dans l'espace alors que les humains se déplaçaient encore en carrosse ! Que pourrait bien leur apporter Rodney ? Même s'il était un génie, il ne connaissait rien à l'incroyable technologie qui se déployait sous ses yeux (allant de la création de lumière sans feu à celle de l'utilisation de placard comme moyen de transport …). Pour la première fois depuis des décennies, il se sentait … stupide.

Tout à ses pensées, Rodney faillit rentrer dans les deux wraiths lorsque ces derniers s'arrêtèrent soudainement. Michael passa sa main devant une espèce de serrure et la porte s'ouvrit avec un chuintement étouffé.

- Voilà vos quartiers pendant votre séjour parmi nous, annonça Todd d'un air guilleret. Michael viendra vous chercher un peu plus tard lorsqu'il sera prêt. C'est le scientifique de notre petite famille, je suis certain que vous vous entendrez à merveille.

Le Wraith poussa gentiment Rodney à l'intérieur de la cellule. Ce dernier remarqua qu'il y avait quelque chose comme de la sève sur le rebord de la porte. Puis il se retrouva seul.

Hum, l'endroit était spartiate : un lit, une petite table, ce qui ressemblait à des toilettes (un simple trou en fait). Home sweet home, pensa Rodney en se laissant lourdement tomber sur le lit. Et maintenant, petit génie, tu fais quoi, hein ? Lui demanda son cerveau sur un ton goguenard. Je trouve un moyen de m'évader et fissa, fut sa réponse.

Oui, il fallait qu'il trouve un moyen de sortir d'ici et vite, avant que Todd et ses frères ne comprennent qu'un humain ne leur était d'aucune utilité sur le vaisseau … sauf en cuisine.

oOo

Elisabeth La Rouge faisait face à Sheppard. Aux côtés du renégat se trouvaient ses amis et bras droit, Teyla Emmagan, Evan Lorne et le docteur Carson Beckett ; Elisabeth quant à elle était flanquée du Commandeur Caldwell. Ce dernier fulminait et si ses yeux avaient été des armes, sans nul doute le pauvre Sheppard ne serait plus qu'un petit tas de chairs sanguinolentes. Elisabeth soupira … et dire que tout avait si bien commencé, ils avaient été si près de réussir !

Seulement voilà, l'âme humaine est bien souvent imprévisible. En sa qualité de Sorcière, Elisabeth avait souvent eu à déplorer ce fait. Les humains ont la fâcheuse tendance à faire exactement le contraire de ce que vous attendez d'eux. Sheppard en était la parfaite illustration. Et pourtant, la Prophétie était si limpide, si évidente, si -- raaaah, ces humains lui gâchaient sa Prophétie !

Après tout, c'est elle qui devrait être furieuse, depuis le temps qu'elle était assignée à la réalisation de cette fichue Prophétie ; elle avait même refusé un poste chez les Réplicateurs (un groupe de sorciers éminents quoiqu'un peu sectaires) tout ça pour rester avec … avec ces bouseux, même pas capables de tomber amoureux correctement !

Parce que franchement, je vous le demande, est-ce que si difficile que ça de tomber amoureux, hein ? C'est à la portée de tout le monde, non ? Le moindre quidam y parvient au moins une fois dans sa vie ! Mais noooooooooooon, il avait fallu qu'elle tombe sur deux idiots incapables de voir ce qu'il y avait sous leur nez, à savoir, le Grand Amour. Elle détestait les humains, mais alors, vraiment, elles les détestaient … Bref, elle allait devoir faire quelque chose si elle voulait un jour se voir confier une autre mission ! Ca faisait maintenant 5000 ans qu'elle attendait ça alors screugneugneu, ces humains allaient devoir filer droit et tomber amoureux quand elle leur disait de tomber amoureux ! Enfin, plus exactement, quand la Prophétie le leur disait et d'ailleurs, il était peut-être temps d'y venir à cette foutue Prophétie.

Elisabeth prit une large inspiration (ainsi que quelques gorgées du thé à la Rose que Teyla avait gentiment préparé) et se lança.

oOo

Il y a de cela des milliers d'années, Janus, un savant, est réapparu brusquement après des jours d'absence. Il expliqua sa disparition ainsi que son soudain retour par un voyage … dans le temps.

Janus était un génie mais la plupart de ses contemporains déclarèrent qu'il était devenu fou. Même ses pairs, un peu par jalousie, le tournèrent en dérision. Et Janus quitta le royaume de Canadain. Il trouva refuge dans une petite communauté religieuse et en devint rapidement le chef de file, quoique bien involontairement, je le crains.

Il laissa derrière lui, des théories tellement en avance sur son époque, que beaucoup sont encore à l'heure actuelle, inexpliquées. La plupart des grandes Académies des Sciences ont aujourd'hui redonné à Janus la place qui aurait toujours du être la sienne, celle d'un génie. Et nombreux sont ceux qui travaillent sur ses théories et projets inachevés … comme Meredith, je crois …

Elisabeth observa la réaction de John au prononcé du prénom de l'héritier du trône de Canadain. Et elle sourit en constatant que le visage de son héros du jour était dévasté par le chagrin : ohoho, il était amoureux en fin de compte ?

Mais ce que beaucoup ignore, c'est que de son étrange voyage, Janus n'a pas ramené que des théories scientifiques : il a aussi fait le récit de qu'il avait vu dans le futur. Ce récit fut ensuite traduit sous la forme d'une Prophétie … Ooooh, non John Sheppard, ne levez pas les yeux au ciel car cette Prophétie vous concerne au premier chef, en fait vous en êtes le cœur, vous et … Meredith.

Et voilà, encore un léger tremblement des épaules, quelque chose de fugace dans le regard. Entre colère et désespoir. Définitivement amoureux. Parfait.

Cette Prophétie annonce la fin du règne du Wraith Blanc et le début d'une ère nouvelle pour toutes les Provinces de Canadain. Y compris, les Géniis. Cette Prophétie la voici :Lorsque celle qui n'est pas rencontrera celui qui n'est plus,
Leurs deux cœurs unis pour la recherche de ce qui fut autrefois perdu,
Sera le seul rempart contre le Mal invaincu,
Leur amour brillera d'un feu jusqu'alors inconnu,
Et enflammera l'espace, témoin de la disparition de l'ennemi combattu,
Pour qu'enfin au firmament, brille le témoignage de leur vertu !

Elisabeth se tourna vers John.

- Alors, avez-vous compris ? dit-elle d'un ton suppliant.

- Euh, qu'est-ce qu'il y a à comprendre au juste ? répondit John, sur un ton sarcastique. A part que votre ami Janus n'était pas très doué pour la poésie ; toutes ces rimes en u, c'est un peu --

- Confus ? Proposa Lorne sur le même ton. Il perdit cependant toute couleur sous l'effet du regard assassin qu'Elisabeth lui lança. Oui, enfin, ce que je veux dire c'est que pour écrire ce genre de truc, il faut vraiment être un peu --

- Tordu ? Termina John, un sourire malicieux sur les lèvres.

- Oh, Bloody Hell, John, ne soyez donc pas si obtus -- Carson porta la main à sa bouche en réalisant qu'il venait une fois encore de prononcer un mot en u. Oh, je suis désolé, dit-il en souriant nerveusement à l'encontre d'Elisabeth, ce n'était vraiment pas --

- Voulu ? Le taquina John.

- ASSEZ ! Explosa Elisabeth (Dieu qu'il lui tardait de rejoindre le rang des Réplicateurs, elle en avait plus qu'assez des pitreries humaines !). Vous, vous et surtout vous, dit elle en pointant successivement du doigt Lorne, Carson et John. Taisez vous et écoutez plutôt ! Celle qui n'est pas, est bien entendu Meredith, qui comme vous le savez, n'est pas une femme ; celui qui n'est plus, c'est vous John Sheppard, qui n'êtes plus rien depuis que le Roi Cowen vous a dépossédé de tous vos biens ; Et cet amour dont parle la Prophétie est le votre. Oseriez vous le nier, John Sheppard ? Nierez vous ici être amoureux de Meredith Rodney McKay, 721ème du nom ?

A suivre …