Hey ! Me voilà, comme prévu !

Par contre, je ne sais pas vraiment si je pourrais poster le prochain chapitre samedi prochain parce que... je pars en vacance ! :D

En tout cas, voilà le nouveau chapitre !


Chapitre 7

That Princess, surmulot

J'entendis les derniers élèves regagner leurs dortoirs en discutant. Je pouvais toujours crier, ils ne m'entendraient pas. Les cachots étaient trop profond et les murs devaient faire un mètre cinquante d'épaisseur. Monsieur Agarès... ce vil chacal ! Il allait me laisser moisir là trois jours !... C'était un pari risqué avec un vampire une course contre la soif. Je n'aurais pas aimé être la personne qui ouvrirait ma cage. Je n'avais jamais passé tant de temps sans boire de sang ou, au moins, prendre des pastilles sanguines... Avec un peu de chance, quelques rats viendraient me dire bonjour.

Il se passa plusieurs heures avant que la nuit ne tombe tout à fait. Plusieurs heures durant lesquelles je m'étais couchée sur la planche de bois qui me servait de banc et de lit et avait fixé le sol sans jamais cligner des paupières, l'oeil vide. Les mots du vice-principal tournaient en boucle dans ma tête.

« Un être à l'apparence humaine qui n'aurait jamais du exister. »

Je me griffais la peau des bras, me pinçais le cou, me mordais les lèvres pour attirer mon attention sur autre chose.

« Un monstre, donc... »

Pourquoi avais-je mal ? Pourquoi souffrais-je tant à cause de simples paroles ? Était-ce si mal d'être différente ?

« Une aberration de la nature. »

Mais la ferme ! criait mon esprit.

« Un monstre »

Je serais les dents...

« Un monstre »

… me pris la tête entre les mains...

« Un monstre »

… compressait de toutes mes forces...

« Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre » « Un monstre »

… et frappais mon crâne de toutes mes forces contre le mur.

« MAIS TAIS-TOI ! » hurlais-je.

J'observais deux secondes le creux craquelé à présent incrusté dans le mur. Je me recroquevillai sur moi-même en tremblant et murmurant sans cesse : « Tais-toi... Tais-toi... La ferme... »

Tu es pathétique, se moquait ma conscience.

Tu as le droit d'exorciser ta douleur et ta colère comme tu veux ! contredisait mon cœur.

Ma conscience vampirique et mon coeur humain... quelle belle contradiction j'étais !

Quelque chose remua de l'autre côté des barreaux. Je me redressais, intriguée. Malgré ma vision nocturne parfaite, je ne vis d'abord pas ce qui avait bougé, puis autre chose gigota sous le banc. Je montais dessus, sentant la méfiante et la peur monter en moi. C'était le genre de peur qu'un enfant éprouve la nuit, quand il entend doucement le parquet craquer. C'était le genre de peur qui donne de l'adrénaline et empêcher de fermer les yeux. Je sentis la pression de mes pouvoirs me picoter le bout des doigts j'étais prête à affronter ce qui se présenterait.

Soudain d'énormes masses noires fondirent sur moi ne même temps : c'était des centaines de rats ! J'eus une exclamation de surprise en les sentant enfoncer leurs griffes dans ma peau pour grimper sur mon corps. J'envoyais des coups de pieds et de mains dans le vide pour essayer en vain de m'en débarrasser. Certains volaient mais se remettaient tout de suite sur pieds pour repartir à la charge. Je frissonnais de dégoût en sentant leurs poils chauds, sales et gras se frotter contre mon uniforme et ma peau. Plus ils gagnaient du terrain, plus je paniquais. Je fus un peu dépassée par les évènements quand leur poids me fit tomber du banc, m'écraser violemment sur le sol et qu'ils envahirent mon visage. Appeler au secours n'aurait servit à rien, je me contentais donc de me débattre comme je pouvais et gémissant de terreur. Ils me mordaient partout, c'était insupportablement agaçant.

Mais sers-toi de tes pouvoirs ! me cria ma conscience.

L'instinct animal prit le dessus. J'écarquillai vivement les yeux en même temps que mes pupilles se dilatèrent au maximum. Celles-ci se rétractèrent aussitôt en se fendant très légèrement à la verticale, brillant dans le noir absolu comme deux phares sanglants, comme deux yeux de...

« monstre »

Un sourire cruel fendit mon visage alors qu'une onde-choc parcouru les sous-sols, envoyant des rats contre les murs et au sol. J'entendis quelques os se briser et ça me grisa jusqu'au bout des ongles. Toute conscience humaine avait disparue de mon être, l'animal en moi beaucoup trop excité par l'odeur et la vue du sang qui giclait des arts que je mordais, broyais, fracassais, dépeçais, démembrais tour à tour avec le sourire. Je ne crois pas m'en être nourri je jouais juste avec de la manière la plus sadique qui soit. Je ne réfléchissais pas : j'étais devenue une bête sauvage, féroce. Plus rien ne pouvait m'arrêter. Je ne sais pas combien de temps il se passa avant que je ne les ai tous anéanti mais j'essayais de les garder en vie le plus longtemps possible. Quand j'eus fini, j'embrassai la scène du regard. Des centaines et des centaines de rats d'égouts décédés éparpillés dans tous les cachots, des tâches de sang dégoulinantes sur les murs, des flaques du même liquide visqueux parterre, et moi, couverte de la tête au pieds, en passant par les cheveux, la bouche et les mains, du rouge le plus sombre. Je ris comme la démente que j'étais devenue puis je m'écroulai entre les corps raides de mes camarades, rivaux s'étant battus vaillamment dans le but de m'éliminer.

Monsieur Agarès me trouva ainsi le lendemain. Il me crut d'abord morte et paniqua. Il se précipita de m'ouvrir pour prendre mon pouls. J'ouvris sur lui des yeux vitreux et il soupira à la fois de déception et de soulagement. Je voyais trouble et mon crâne était lourde. Il me porta pour m'amener à l'infirmerie à grandes enjambées. Je me rendormi avant que ma tête douloureuse ne touche le coussin moelleux et doux du lit blanc.

Quand je rouvris les yeux, j'étais entourée de mes camarades de chambre au complet et de Cheslock.

« Yo, la rebelle ! » me salua-t-il quand il vit mes paupières papillonner.

« Salut... » dis-je d'une voix pâteuse.

« ALB-CHAN ! » s'écria Adèle, les larmes aux yeux. « TU NOUS AS FAIT SIIII PEUR !

- Bonsoir », dit jute Clothilde, complètement blasée.

« Mmh, salut... » dit Lace qui semblait avoir envi d'être n'importe où sauf là.

Je les regardai avec étonnement, ne m'attendant pas à trouver des gens à mon chevet.

« Pourquoi as-tu fait l'insolente ?! » me gronda la rousse avec un faux air sévère.

« Ta légende a fait le tour de Weston avant que tu n'aie pu cligner des yeux ! Tu sais comment on te surnomme maintenant ? « Le phénomène » ! » ricana Cheslock.

« Oh ! » m'exclamais-je avant de baisser les yeux sur mes pieds, au bout du drap. « Je suis désolée d'avoir ainsi sali la réputation de la Violet House...

« Tu plaisantes ? » s'étonna Cheslock. « C'est énorme !

- Brillant ! Renchérit Adèle.

- Et puis honnêtement, ce n'est pas notre honneur que tu as sali mais plutôt ton uniforme », ajouta Lace.

Je remarquais à ce moment que j'en portais un autre et que j'étais étonnamment propre.

« Quoi mais... ?! Qu'est-ce que... ?! Quand... ?!

- C'est l'infirmière qui t'a lavé et changé quand tu es arrivée, tôt ce matin. C'est aussi elle qui nous a fortement incité à passer te voir.

- On l'aurait fait de toute façon ! » dit Adèle.

« Et oui, c'est là le dur métier d'infirmière... » dit une voix au fond de la salle.

Nous nous tournâmes vers la personne qui était une femme d'âge mur aux cheveux bruns retenus en chignon lâche et aux lunettes ovales tombante de façon à ce que son regard brun en amande passe par-dessus les verres – quel était l'utilité des lunettes alors ? Elle portait une blouse blanche, ce qui me fit deviner son poste. Mais algré tout, quelque chose clochait... son décolleté beaucoup trop ouvert sur sa grosse poitrine, sa robe s'arrêtant au niveau des fesses ou ses bas haut lui donnant un parfait physique de nymphomane, peut-être ?!

« Et, honnêtement, ton corps est très bien fait, Albane », continua-t-elle avec un petit sourire rêveur en prenant directement la familiarité avec les élèves, me glissant un petit clin d'oeil.

« VOUS N'AVEZ PAS HONTE DE DIRE ÇA ALORS QUE VOUS ÊTES PROF ? » m'indignais-je au centuple, rouge comme une tomate, remontant le drap jusqu'à mon nez.

« Hé hé hé... » fit-elle en disparaissant derrière la porte, qui resta entrouverte, laissant dépasser un œil brun qui nous observait.

« Euh... Nous vous voyons toujours madame... » fis-je remarquer.

Elle se décala encore un petit peu, ne laissant dépasser cette fois qu'une mèche de cheveux.

« Encore », dit Adèle.

Alors l'infirmière disparut complètement derrière la porte, ne nous enlevant pas le doute de sa présence.

« Complètement tarée, celle là », fit remarquer Cheslock en se tapant la tempe de son index.

Tout le monde approuva d'un hochement commun de tête. La porte laissa passée au bout d'une trentaine de secondes un Edward visiblement gêné et énervé. Il ferma doucement la porte dans un petit claquement, bomba le torse dans une grande inspiration et commença à s'avencer vers moi. Tous mes nouveaux amis s'étaient tournés vers lui avec un œil mauvais – sauf Adèle qui avait rougit comme une pivoine et s'était retournée en essayant de se faire toute petite.

« Qu'est-ce que tu fous ici, toi ?! » demanda méchamment Lace.

« Tu ne devrais pas aller faire un petit jogging pour prendre l'air frai ? Tu pompes le nôtre ! » dit Cheslock avec une moue mauvaise.

Il les ignora royalement et continua à se diriger vers moi, plus déterminé qu'à son entrée.

« Albane », m'appela-t-il.

« Edward... » soufflais-je en détournant les yeux.

« J'ai entendu parler de ta « dispute » avec le vice-principal – comme tout le monde. J'en suis très... déçu. Je pensais que tu étais plus sérieuse et respectueuse... Je me suis trompé on dirait. Te mettre une des personnes les plus importantes de l'établissement à dos dès le premier jour était tout sauf... sérieux et respectueux, alors... » dit-il en me regardant dans les yeux, le regard cherchant parfois les mots parterre.

J'avais souri tristement, m'attendant à ce discours. J'attendais fatidiquement le « Ce n'est pas contre toi mais je préfèrerais qu'on ne se fréquente plus. »

« ARRÊTE DE DIRE ÇA ! » le coupa Adèle, écarlate, le regard attiré par ses chaussures.

« Pardon ? » sursauta Edward.

« TU N'Y ÉTAIS PAS ! MOI J'AI VU : ALBANE A ÉTÉ HÉROÏQUE ! MONSIEUR AGARÈS TENAIT DES PROPS HORRIBLES ET ELLE L'A CONTREDIT JUSQU'AU BOUT !

- Ah bon ? » demanda Edward surpris après un silence, cherchant la vérité sur nos visages.

Lace admirait sa manucure noire, Adèle-tomate et Clothilde opinaient du chef alors que je faisais des signes négatifs avec la tête.

« Non, c'est toi qui as raison Edward », avouais-je. Ce n'était que de la provocation à l'état pur. »

La porte s'ouvrit d'un coup, nous faisant sursauter. Le principal entra, l'infirmière derrière lui avec un sourire.

« Les enfants, sortez un moment, s'il-vous-plait », demanda-t-elle.

Mes amis réagirent avec une seconde de retard, les yeux exorbités par le choc. Quand tout le monde fut sorti, le principal vint s'assoir sur mon lit et me regarda avec ce sourire que j'avais vu toute ma vie sur la visage de ma mère, que j'avais finit par traduire par : « Tu n'es rien qu'une petite crotte sur ma route, mais une petite crotte avec un costume de clown. »

« Bonsoir... Je peux vous appeler Albane ?

- Seulement si je peux vous appelez James », lui dis-je avec un sourire provoquant.

Il se renfrogna aussitôt.

« Johan Agarès vous a retrouvé couverte de sang ainsi que la cellule... Vous pouvez me décrire ce qu'il s'est passé, miss Fastitudo ? »

Tien ! Il a laissé tomber le « princesse » on dirait ! remarqua ma conscience.

Tant mieux, ça nous met à égalité avec les autres, dit mon cœur.

« Vous étiez au courant qu'il m'avait enfermé ? » M'étonnais-je.

- Sachez que je suis au courant de tout ce qui se passe dans cette école.

- Vous enfermez beaucoup vos élèves pour les punir, principal ?

- Pas depuis des décennies.

- Quel honneur dans ce cas ! » ironisais-je.

Il eut l'ombre d'un sourire en coin tout en sortant une petit boîte métallique d'une poche intérieure.

« Bonbon au citron ? » Me proposa-t-il.

- Merci », dis-je en en prenant un.

- Alors ? » Demanda-t-il.

« Très bon.

- Pas les bonbons. Les évènements de cette nuit.

- Oh ! Eh bien, les rats sont tous devenus fou.

- Fou ? » répéta-t-il avec un pli soucieux entre les sourcils.

« Oui. Ils se sont tous jetés sur moi en même temps !

- Hum.. Peut-être ont-ils senti les ondes vampiro-négatives que vous émettez... ou bien, il y a autre chose. »

Je lui lançais un regard appuyé qu'il me rendit. Puis il eut un drôle de sourire narquois en se penchant légèrement vers moi.

« Un voyante ?

- Grumpht ! J'ai paniqué, c'était une situation de crise !

- Pff ! Vous auriez dû dire que je vous l'avais dit », se moqua-t-il.

« Mais il vous en aurait voulu et aurait démissionné et...

- Et alors ? » Demanda-t-il avec un sourire en coin et un sourcil désabusé levé. « Quelqu'un d'autre aurait sauté sur l'occasion. Je ne suis pas à un bouffon lécheur-de-bottes près. »

Je me réfugiais dans un silence boudeur une seconde, avant de céder à la crise de rire. Tous mes malheurs avaient un goût aigre-doux sur ma langue. Il hocha la tête avec satisfaction avant de se lever.

« Bien, je ferais un rapport au Maître... »

Il se tourna vers moi avec un sourire indescriptible.

« Je ne regrette pas de vous avoir accepté. Vous êtes vraiment aussi amusante que m'avait décrit votre mère !

- Hum... merci ?

- Ne me dîtes pas merci, puisqu'à la fin c'est moi qui y gagne.

- Vous y gagner mon humour ?

- Non... J'y gagne la suspicion des autres à votre égard.

- Je vous demande pardon ?

-... Vous apprendrez bien vite qu'il n'y a pas que le sang qui nourrit un vampire... Les émotions négatives, les rêves, les espoirs perdus... tout ça sont des éléments délectables... Les penseurs sont des humains ayant des descendants vampires, donc certaines de leurs aptitudes... pour devenir plus fort, ils peuvent aussi manger la même chose qu'eux. Imaginer le délice... de toutes les rumeurs qu'alimenterons nos conversations... de tous les mystères qui vous entourent... de vos amis qui vous suspecterons et se retournerons contre vous peu à peu à cause des non-dits... J'en salive d'avance.

- Mais... ! Je ne comprends pas... Nous ne sommes pas des démons... Nous descendons d'un Dieu et... !

- Ignorante. Les démons eux-mêmes descendent des Dieux. Vous avez descidement beaucoup de choses à apprendre... »

Il ouvrit la porte et cinq pré-adolescents et une adulte tombèrent sur le sol dallé blanc de l'infirmerie. L'infirmière se releva pour partir, confuse, alors que Edward, Cheslock, Adèle et Clothilde se confondaient en excuses. Il y eut une seconde de malaise où le principal les regardait en haussant les sourcils. Puis Adèle serra ses petits poings en se redressant d'un coup.

« Vous n'avez pas le droit de la punir ! L'attitude de monsieur Agarès hier était clairement de l'abus de pouvoir ! » clama-t-elle avec une attitude ressemblant à un chef de rébellion.

Une goutte coula le long de mon front et tout le monde la regarda avec des yeux ronds. Le principal fut le premier à réagir en éclatant d'un rire grave et en tournant les talons, ignorant consciencieusement la rousse. Il referma la porte dans un petit claquement. Tous mes ami se tournèrent vers moi d'un même mouvement.

« Je suis désolée, Abe-chan ! J'ai fait ce que j'ai pu pour... » dit Adèle avec les yeux de verres et une voix larmoyante.

« Adèle... Il n'a jamais été question de me punir !

- Hein ?! » s'exclama tout le monde – excepté Clothilde qui haussa juste les sourcils et Lace qui ne fit rien.

« Bah sinon elle ne se serait pas bidonné comme ça, bande de cornichons ! » gronda cette dernière.

« Vous avez écoutez aux portes... » remarquais-je avec un sourire figé et la goutte au front.

« Ouais mais on a entendu que dalle ! » dit Cheslock avec une moue qui disait « Vous auriez pu faire un effort ! »

C'est parce qu'il n'y avait rien à entendre ! pensais-je, ma mâchoire mentale atteignant le sol et les yeux exorbités.

« Albane... » dit Edward.

Oh ! Je sentais arriver un autre discours... ! Culpabilité. Doute. Compassion. Tout ça piquait le nez !

« Je suis désolé pour ce que je t'ai dis tout à l'heure...

- Ce n'est rien, tu avais raison !...

- Mais non ! Tes... nouveaux amis m'ont raconté ce qu'il s'est passé et...

- Edward », le coupais-je. « Ce n'est absolument pas grave, tu sais ?

- Mais...

- Stop.

- Bel...

- Chut. »

Il se tut enfin et me souris.

« On est amis, hein ? » demanda-t-il.

« Bien sûr », dis-je en lui rendant son sourire.

Chesock se racla la gorge en haussant un sourcil.

« C'est fini les retrouvailles niaises ? » demanda-t-il. « Non parce que ça va bientôt être l'heure du dîné et j'ai une de ces faim ! »

Je me rendis compte que j'avais moi aussi faim... et soif.

« Tu as raison ! » m'exclamais-je en me levant d'un coup. « Rentrons dans nos dortoirs. »

L'infirmière entra brusquement en me criant : « Hors de question, miss Yagari ! Vous avez reçu de nombreuses morsures et avez de grandes chances d'avoir contracté plusieurs maladies graves !

- Je vous assure que je vais bien ! » dis-je en me retenant de lever les yeux au ciel. « Je suis en bonne santé !

- Mais vous...

- De toute façon, le principal m'a dit que je pouvais sortir », mentis-je en sortant ma dernière carte.

Elle referma la bouche, hésita une seconde puis souris en disant que je pouvais partir puisque le principal m'y avait autorisé. C'était vraiment les mots qui ouvraient toutes les portes dans cet établissement !

Nous nous séparâmes d'Edward et rentrâmes à notre dortoir. Cheslock se moqua de moi presque tout le trajet, Adèle fixait pensivement le sol et Clothilde et Lace discutaient des derniers opéras à la mode.

« C'était un mensonge, pas vrai ? » demanda-t-il avec un air narquois.

« Comment as-tu deviné ? » demandais-je faussement avec un sourire en coin.

« Que veux-tu ? Je suis formidable ! »

Mais je ne dînais pas tout de suite en rentrant, puisque deux personnes m'attendaient. Une fille et un garçon de dix-huit ans me firent signe de venir à eux sur le perron. J'abandonnai mes amis pour venir vers les préfets la tête basse.

« Je suis désol...

-Nous ne t'avons pas demander de venir pour parler de ça. » coupa la préfète d'un air sévère en fronçants ses sourcils et croisant les bras. « Le Principal et le vice-principal se charge de ton cas, Nous n'avons rien à dire. »

La bicolorité de son maquillage des yeux donnait un effet à la fois clownesque et impressionnant. Cette fille était intimidante au-delà de son apparence. Je ne pus m'empêcher de passer un œil sur elle. Ses cheveux étaient bouclés en anglaises, multicolores par teinture, ses yeux était bruns en amandes, encadrés de longs cils, ses pommettes étaient haute, sa peau, blanche. Son nez était petit et partait en trompette. Sa bouche était grande et pleine, d'un couleur rosée claire. Un fossette marquait son menton. Son corps était filiforme, tout en longueur, même si la fille n'était pas particulièrement grande. Je n'arrivais pas vraiment à dire si elle était belle ou non.

« Euh... alors pourquoi m'avez vous fait venir ? »

La préfète ouvrit la bouche, mais fut aussitôt coupé par le préfet masculin.

« Ne sois pas trop sévère, Dupont. Keep calm. Je vais lui expliquer. »

Elle referma la bouche d'indignation et je crus qu'elle allait tuer le préfet avec les yeux. Mais il n'en fut rien, et un léger rougissement perça même sa pâle peau.

« Vas-y, Gaylord* » fit-elle en détournant les yeux avec presque pudeur.

Celui-ci lui sourit de toutes ses dents avant de se retourner vers moi avec une lueur maline brillant dans son regard brun. Je le détaillai vivement : des cheveux blonds ondulés, des yeux en amandes bruns, un corps très maigre – presque à en faire peur – avec des jambes démesurées, comme une grue. Il était très grand, plus d'un mètre quatre-vingt-dix, je pensais.

« Est-ce que tu as déjà entendue parler du cricket ?

- Euh... l'animal ?

- Non, non. Le sport.

- Alors non.

- C'est normal, les filles n'en jouent pas, même au Weston College. Les matières sportives sont réservées aux garçons... c'est pour ça qu'il n'y a aucune fille à la Green House. »

Je hochais la tête.

« Chaque année, un tournoi est organisé à l'intérieur de l'école, où les différentes maisons s'affrontent sur ce sport... et donc, de ce fait, chaque maison compose une équipe de joueurs, dont le préfet masculin et son fag.

- Et... ? » demandais-je, commençant à comprendre où ils voulaient en venir.

« Et on voudrait que tu intègre l'équipe !

- Oh. Mais... la rentrée était hier, ce n'est pas un peu tôt pour ça ?

- Mieux vaut prévenir que guérir ! » cita la préfète avec mauvaise humeur (pourquoi me foudroyait-elle du regard alors qu'elle était calme intérieurement?) « Tu n'as jamais jouer, un an ne sera pas de trop pour que tu devienne notre meilleur atout.

- Ouais ! » confirma le préfet. « C'est vraiment incroyable, la force dont tu as fait preuve hier soir, aussi bien mentalement que physiquement. Ce serait cool si tu acceptais.

- En fait, tu n'as pas vraiment le choix », corrigea la préfète.

Okkkkk...

« Bien entendu, je veux bien ! » m'exclamais-je en souriant.

Les deux préfets me sourirent ensemble à leur tour, sûr de la prochaine victoire des violets.

Je me couchais avec la ferme idée d'aller découvrir les lieux cette nuit. J'attendis une demi-heure avant d'enfin me lever. Adèle ne l'entendis pas de cette oreille puisqu'elle chuchota mon nom dans l'obscurité à ce moment.

« Oui ? » demandais-je, exaspérée.

« Je peux venir dans ton lit cinq minutes ? »

J'eus une seconde d'hésitation avant de soupirer de résignation. Je devais encore retarder mon exploration, Adèle allait me tenir la jambe encore deux heures.

« Alb-chan, je peux te poser une question ? » demanda-t-elle quand elle fut dans mes draps.

« Ce n'est pas ce que tu viens de faire ? » interrogeais-je, goguenarde.

« Une question sérieuse ! » s'énerva-t-elle à mi-voix.

« Calme, c'étais du second degré.

- Oh... Désolée...

- Alors cette question ? »

Elle prit une couleur écrevisse, baissa les yeux et se mit à bégayer.

« Ce... c'était... pour savoir... le garçon qui est venu te voir à l'infirmerie toute à l'heure... quelle relation entretenez-vous ?

- Edward ? » m'étonnais-je. « Nous sommes amis d'enfance, pourquoi ? »

Elle ouvrit de grands yeux avant de se rétracter d'un coup en s'écriant en chuchotant : « Oh, merci mon Dieu ! »

Puis elle releva les yeux vers moi, pleine d'espoir.

« Donc tu ne l'aime pas ?

- Je ne pense pas, non... » dis-je en pesant mes mots.

Son visage se fendit d'un immense sourire illuminé.

« Mais toi, oui ! » remarquais-je.

J'avais voulu prendre un ton dégagé mais je ne comprenais pas pourquoi j'y percevait une certaine dureté. Adèle ne la ressentit manifestement pas puisqu'elle rougit en souriant bêtement et baissant les yeux.

« Je crois, oui... »

Je repensais à toutes les fois où Chetser m'avait laminé durant les entraînement. À chaque fois, je me retrouvais couverte de boue, de bleus, de courbatures. J'étais sale, douloureuse, humiliée. Étonnamment, ce souvenir fut plus encré sur ma peau, dans mon esprit que jamais, comme si l'elfe à la balafre était au dessus de moi, fantomatique, à me regarder avec tout le dédain du monde. J'eus un sourire amère en écoutant les explications d'Adèle, sentant la présence de plus en plus appuyée.

« Je ne sais pas comment... Ça a commencé après la répartition... Je ne sais pas... J'ai croisé son regard... et c'est comme si tout ce qui était autour s'était évaporé !... Tu crois au coup de foudre ?

- Non.

- Moi j'y crois. Quand nos yeux se sont mêlés, j'ai su instantanément qu'il m'étais destiné !... Et je prends le destin très au sérieux », dit-elle d'un ton important.

« Hin-hin... » répondis-je en l'écoutant à peine.

« Tu... tu crois que j'ai une chance ? » me demanda-t-elle avec des yeux hésitants.

« Bah, si vous êtes vraiment destiné l'un à l'autre, tu n'as pas à douter », dis-je avec un faux sérieux.

« Alb-chan ! » s'énerva-t-elle. « Qu'en penses-tu sérieusement ? »

Je les imaginais alors dans dix ans, majeurs et mariés. Ils se souriaient, entrelaceraient leurs doigts, s'embrasseraient amoureusement... Je ressentis un drôle de vide dans l'estomac à cette image mais la trouvait réaliste. De toute façon, qu'est-ce que j'espérai ? J'allai mourir à mes vingt-et-un an, à quoi ça me servirai de briser les idéaux des autres personnes qui avaient toute la vie devant eux ? C'est étrange, je n'y avais jamais pensé avant... Ceux que je rencontrais à présent deviendraient adultes, aurons surement des enfants puis deviendront de vielles personnes qui regardent les plus jeunes avec sagesse et bienveillance ou avec aigreur et dégoût... tandis que moi... j'aurais disparu corps et âme...

« Alb-chan, ça va ? Tu as les yeux de verre... » s'inquiéta Adèle.

« Très bien ! » fis-je en essuyant rapidement mes paupières humides d'un revers de manche. « J'ai du oublier de cligner des yeux trop longtemps !... Tu irais très bien avec Edward. Vous êtes aussi niais l'un que l'autre.

- Hé ! Ne te moque pas ! »

Je gloussais avant que la voix grave et lourde de Lace ne cingle : « Taisez-vous les looser, y'en a qui essaye de dormir ! »

Nous nous confondîmes en excuses qu'elle n'écouta sans doute pas et Adèle retourna dans son lit. Je ne partis pas en expédition mais ne fermais pas non plus l'oeil de la nuit, me repassant en boucle le destin presque certain de mes amis et connaissances, comme si l'esprit solitaire que j'avais senti plus tôt me clouait au lit avec mes sombres pensées.


À suivre...


*Gaylord : pour info, « gay » n'a rien à voir avec une quelconque homosexualité du personnage. C'est juste un prénom hébreu. Sous-entendu que ce personnage est juif.


RÉSUMÉ DU PROCHAIN CHAPITRE (PAR ADÈLE) :

Ah- euh- vous êtes sûr ? C'est à moi ? Bon, bah, euh... À oui, le prochain chapitre... (En arrière plan, Cheslock : « Dépêche-toi, gourdasse ! ») Aaaah ! Pardooooon ! (Lace : « C'est vrai que cette timidité maladive est vraiment lourde, à la fin. » - Albane : « Bon, il se passe quoi dans le prochain chapitre ?! ») Et bien, euh... HEIN ? MAIS C'EST TROOOOOP TRISTE ! (Lace : « Quoi donc ? » - Cheslock : « Si ça se trouve, quelqu'un se pisse dessus. ») OUIIIIN ! (Lace : Mais quoi ?! » - Cheslock : « Puisque je te dis que quelqu'un se pisse dessus. » - Albane : « La classe, Cheslock. » - Cheslock : « Bah quoi ? » - Albane : « Rien. Je disais juste : la classe. ») Snif ! (Lace : « Donc on va pas savoir ce qui se passe ? » - Albane : « Bah, ce sera la surprise ! » - Clothilde : « En bien ou en mal ? »)


Donc, voilà ! :D Verdict ?

N'hésitez pas à commenter, c'est ma seule paie pour mes textes ! ;)

À bientôt alors !

PS: Pour info, j'ai commencer à écrire l'arc 3 (celui sur le Campania).