Ce chapitre est un peu plus léger, mais le chemin est encore long, parce qu'on ne peut pas réellement tout effacer avec un peu d'amour. Malheureusement, ça ne marche pas comme ça.

Merci encore, et bonne lecture!

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"Est-ce que tu es de garde, cette nuit?" demande Dean, alors que Castiel règle le débit de la perfusion qu'il vient d'installer.

"Oui, mais ça va sûrement être assez calme, alors je passerai quand j'aurai un peu de temps."

Dean lui adresse un sourire. "D'accord."

"Qu'est-ce que tu veux manger?"

"Mmh," en réfléchissant. "Sucré. Comme… du chocolat."

"Du chocolat, je devrais pouvoir en trouver," répond Castiel avant de rassembler les emballages de tout ce qu'il a utilisé pour refaire les pansements de Dean. "Tu es fatigué?"

"Non."

"Tu sais, Dean, les patients transfusés il y a peu de temps sont censés dormir."

Haussant les épaules, comme s'il se fichait pas mal de ce que les patients transfusés il y a peu de temps sont censés faire, Dean attrape la télécommande pour changer de chaîne. "Je vais regarder la télé."

"Est-ce que tu as peur?"

"Cas, s'il te plaît," élude-t-il, les yeux fixés sur l'écran.

"Tu peux me le dire, si tu as-"

"Je ne suis juste pas fatigué."

Castiel se mord l'intérieur de la joue, parce qu'il déteste ce que Dean lui montre quand il a décidé de rester sur ses positions. Quand il se referme d'un seul coup, sans lui laisser l'espoir de pouvoir avoir ne serait-ce qu'une vague idée de ce qu'il ressent. "Je reviens," capitule Castiel, en se retournant. Il sort de la pièce, pour ne revenir que quelques minutes plus tard. "Tiens."

Il pose une tablette de chocolat au lait devant Dean, qui sourit.

"Ça te va?" demande Castiel.

"Merci beaucoup," en déchirant doucement l'emballage, pour casser quatre carrés de chocolat. "T'en veux?"

"Non, mais c'est gentil de demander."

Dean penche la tête, les yeux sur Castiel, qui reste debout devant lui, sans vraiment bouger. "Tu dis que je ne dors pas, Cas, mais toi, tu ne manges que des trucs bizarres, avec des feuilles dessus."

"Des légumes, Dean," avec un petit rire. "Peut-être que tu devrais essayer."

"Oh, il y a beaucoup de choses que je devrais faire, mais que je ne fais pas."

"Ça, c'est sûr," acquiesce Castiel. "Bon, je devais aussi te dire que c'est le docteur Richmond qui est de garde toute la nuit, alors il devrait passer te voir, à un moment donné."

"Et?"

Castiel a une légère hésitation. "Essaie d'être… au moins… pas trop détestable, d'accord?"

"Je suis détestable par nature," réplique Dean, du chocolat plein la bouche.

"C'est faux, Dean, tu n'es pas détestable quand tu as décidé de ne pas l'être."

Dean hausse un sourcil. "Il me semble bien, si mes souvenirs sont bons, que tu as utilisé le mot détestable pour me décrire, quand Charlie te l'a demandé."

"Mais j'ai aussi utilisé le mot adorable."

"C'est vrai," admet Dean. "T'étais sûrement bourré."

"Dean," en levant les yeux au ciel.

Le petit sourire, sur les lèvres de Dean, le fait sourire aussi. Castiel soupire, et Dean finit par hocher la tête. "Je pense que si je ne parle pas au docteur Richmond, ça va. Si je ne dis rien, je ne peux pas être… détestable, hein, Cas?"

"Tes yeux parlent beaucoup, tu sais."

"C'est parce que j'ai le regard vif."

"On peut dire ça, oui," rit Castiel. "Essaie aussi de te reposer un peu, tu veux bien? Je sais que pour l'instant, tu n'as pas trop de symptômes de sevrage, mais-"

"Cas, je sais," en le coupant. "Laisse-moi profiter de maintenant."

Castiel hoche la tête. "Je repasserai," ajoute-t-il avant de sortir, laissant la porte ouverte.

Dean reste devant la télévision, termine la tablette de chocolat en guettant une envie de vomir qui ne vient pas. Ses mains tremblent beaucoup, et plus les minutes passent, plus il a chaud. Comme des vagues de chaleur qui ravagent l'intérieur de son corps. Il essaie de respirer doucement, mais sursaute légèrement quand le docteur Richmond tape contre la porte ouverte, un peu avant minuit. Dean lui jette un coup d'œil, et ne peut s'empêcher de pousser un soupir agacé.

"Je peux entrer?" demande le médecin, sa voix un peu trop douce.

"Comme si vous aviez besoin de ma permission."

Richmond s'approche du lit, presque timidement. "Je suis de garde, et-"

"Je sais," l'interrompt Dean.

"Dean, je ne suis pas seulement venu pour t'examiner," en s'appuyant sur la barrière métallique du bout du lit. "Je voulais m'excuser."

"Pour quelle raison?"

"Je suis désolé d'avoir été si peu… compréhensif, et de ne pas avoir cherché à réellement t'aider. D'avoir pensé que tu n'étais rien d'autre que-"

"Inutile de le dire," en détournant un peu les yeux. "Je sais très bien ce que vous pensez, parce que je le pense aussi. Et on a raison, vous savez. On a raison, tous les deux."

Dean a un petit rire, à la limite du sarcasme, puis se passe une main dans les cheveux, avale difficilement sa salive. "Je ne vous aime pas," reprend-il.

"Je sais," répond Richmond. "Mais peut-être qu'on pourrait quand même parler de ce matin."

"Je ne vais pas parler de ça avec vous."

"Tu te souviens de ce que tu as dit?"

"Non, mais peu importe, parce que de toute façon, ce n'était pas pour vous."

Richmond a un court moment d'hésitation, avant de s'asseoir sur le bord du lit, le plus loin possible de Dean, qui ouvre la bouche pour protester, mais finit par ne rien dire, pour se contenter de lever les yeux au ciel. "C'était pour ton père," reprend le médecin.

"Mon père," siffle Dean, sur un ton glacial. "Mon père est très bien là où il est."

"D'accord, tu ne veux pas en parler."

"Castiel a mis du temps, avant de réussir à me faire parler, et en plus, j'étais déchiré, alors vous croyez vraiment qu'il suffit que vous me disiez que vous êtes désolé pour que j'ai soudainement assez confiance pour vous raconter mon enfance merdique avec un père vraiment plus que merdique? Vous avez vraiment de l'espoir. Un peu trop d'espoir, peut-être, parce que vous êtes probablement une des dernières personnes avec qui je pourrais éventuellement avoir envie de parler."

Dean se détourne, et le docteur Richmond prend une inspiration. "Très bien," répond-il, avant d'attraper son stéthoscope. "Je peux quand même écouter ton cœur, s'il te plaît?"

"Mmh," grogne Dean.

Richmond se lève, et Dean le surveille du coin de l'œil quand il écoute attentivement les battements de son cœur. "Tu peux respirer profondément, plusieurs fois?" demande le médecin, en déplaçant le stéthoscope, sans gestes brusques. "C'est un tout petit peu rapide, mais rien d'alarmant."

Il recule pour regarder Dean, qui reste impassible, tout en continuant de respirer. Richmond remet le stéthoscope sur ses épaules. "Comment tu te sens?"

"J'ai très chaud."

"Tu as mangé quelque chose?"

"Une tablette de chocolat."

"La tablette en entier?" en haussant un sourcil.

"Oui."

"Tu penses que tu vas vomir?"

Dean secoue la tête. "Non, ça va," dit-il.

"Tu as dormi?"

"Non," soupire Dean, agacé. "Je vous dis que ça va."

"Tu es censé dormir, Dean," insiste Richmond. "Tu as perdu beaucoup de sang, et tu dois te reposer pour récupérer."

"Vous m'avez donné du sang tout neuf, et j'ai dormi, aujourd'hui."

"Tu as dormi sous sédatif, ce n'est pas-"

"Je vais très bien."

Richmond pousse un léger soupir de résignation. "D'accord, mais dis-le si tu ne te sens pas bien," conseille-t-il. "Je suis là cette nuit, mais si tu ne veux pas me parler, tu peux appeler Castiel, ou Jason, il est là aussi."

Dean agite la main sans répondre, et Richmond finit par quitter la pièce sans rien ajouter.

Les minutes continuent de défiler, et Dean se lève. Il sort dans le couloir, marche jusqu'au bureau des infirmiers, même si sa tête tourne un peu. Castiel, assis derrière une pile de dossiers, lève les yeux vers lui. "Tu es censé être-"

"Si j'entends encore une fois n'importe qui me dire ce que je suis censé faire, je vais péter un câble," le coupe Dean en se laissant tomber sur la chaise, en face de lui. "Et si je reste encore une heure dans cette chambre de malheur, je vais aussi péter un câble. Qu'est-ce que tu fais?"

Il fait un signe en direction des documents que Castiel a sous les yeux. "Je remplis des dossiers," répond celui-ci.

"Je peux t'aider?"

"Tu ne peux pas savoir ce que je dois noter dans les dossiers d'autres patients que toi," avec un petit rire amusé.

Le regard de Dean bifurque vers l'étagère collée contre le mur, à sa gauche. "Est-ce que mon dossier est là-dedans?" demande-t-il en se levant.

"Dean-"

"Ne te dérange pas, je vais le trouver tout seul," en commençant à parcourir les dossiers. Dean pousse un petit cri victorieux lorsqu'il trouve le sien. "Tu vois, Cas, j'ai trouvé."

Il retourne s'asseoir, en grognant, gêné par sa perfusion, et par ses mains trop tremblantes. Castiel penche la tête. "Tu sais que tu n'as pas le droit de lire ton dossier, et je suis sûr que tu sais aussi que tu n'as pas le droit d'être ici."

"Tu veux que je te donne un conseil, Cas?" rétorque Dean en ouvrant le dossier. "Arrête d'obéir aux règles."

"Ce n'est pas un conseil, ça, Dean."

"Mmh," en parcourant les documents des yeux. "Peut-être, mais tu devrais le suivre quand même."

Castiel n'a pas le cœur à protester, alors il se contente d'observer Dean. Celui-ci lit, fronce les sourcils, sourit un peu, a parfois un petit rire, des soupirs, puis relève la tête vers lui. "Je n'ai pas le droit de lire ça, mais il n'y a que des choses que je sais déjà," fait-il remarquer. "En revanche, il n'y a écrit nulle part que je suis… craquant. Passe-moi un crayon."

"Je ne vais pas te laisser écrire ça dans ton dossier médical, Dean," répond Castiel en secouant la tête.

"Mais si," avant de se pencher pour s'emparer d'un crayon, dans le pot près de l'ordinateur. "Craquant, c'est bien, ça veut dire mignon, et ça ne sonne pas comme… comme… Oh, et puis tu sais ce que je veux dire."

"Je sais."

Dean n'ajoute rien, essaie d'écrire, mais grogne en secouant la main. Il ferme les yeux, souffle pour ne pas s'énerver. Castiel tend la main. "Je vais écrire," propose-t-il.

"Non, ça-"

"Dean."

Dean renonce, puis lui tend le dossier, alors que Castiel remet le crayon à sa place pour prendre un feutre rouge, arrachant un petit rire à Dean. "Fais voir," demande celui-ci quand Castiel repose le feutre, avant d'obtempérer, sourire aux lèvres. "Là, c'est bien. Merci, Cas."

"Je vais avoir des problèmes pour ça, tu sais? Pour ça, et parce que tu es dans le bureau des infirmiers, aussi."

"Demande-moi de partir, dans ce cas," réplique Dean, l'air malicieux.

"Tu sais très bien que je ne vais pas te demander de partir."

"Mmh."

Sans prévenir, Dean attrape toute la pile de dossiers, posée sur le bureau, avant que Castiel puisse l'en empêcher. "Dean, non, tu ne peux pas lire ça," en essayant de récupérer la pile, sans succès.

"Je suis tenu au secret médical," s'amuse Dean.

Castiel lève les yeux au ciel. "Tu ne sais même pas ce-"

Dean lui fait signe de se taire, puis lève la main droite. Il prend une inspiration, l'air sérieux et concentré. Ferme les yeux. "D'accord, alors je jure de ne rien dire, à personne, de tout ce que je lirai. Promis, juré, et je ne vais pas parler du truc avec l'enfer, parce que, de toute façon, c'est probablement là que j'irai. Mais ça ne peut pas vraiment être pire qu'ici, alors-"

"Dean, s'il te plaît," en le coupant, soudain beaucoup moins enclin à sourire.

"Quoi?"

"Tu n'iras pas en enfer, si jamais l'enfer existe."

"Peu importe," finit par souffler Dean, avant de reposer les dossiers sur le bureau. "Je n'ai même plus envie de lire ça, ah… et puis putain, Cas, il fait super chaud, ici, et j'ai vraiment envie de boire. Du whisky, mais du whisky qui vient de passer toute une nuit dans le frigo, parce que j'ai-"

Prenant brutalement conscience de l'absurdité de tout ce qu'il est en train de dire, Dean s'arrête, puis soupire. "Donc je suis en train de perdre les pédales."

"Non," répond doucement Castiel. "Je ne peux pas te donner du whisky, mais par contre, je peux te donner des glaçons. Si tu les laisses sur ta langue, ça va te rafraîchir un peu."

"D'accord," en hochant la tête, alors que Castiel se lève pour aller jusqu'au frigo. Il prend un verre, met les glaçons à l'intérieur, puis le tend à Dean, qui lui adresse un regard reconnaissant. "J'ai quand même envie de boire, Cas. Je crois que je pourrais boire de l'alcool à quatre-vingt-dix."

"Je sais, mais ça va passer."

"Ah ouais, et si ça ne passe pas?" en haussant le ton.

"Tu es en train de t'énerver, Dean," lui fait remarquer Castiel.

"Oui, merci, je suis au courant."

Dean pousse un grognement de frustration, puis met deux glaçons dans sa bouche. "Je sais," reprend-il. "Mais je ne sais pas pourquoi je m'énerve, et oh, ça m'énerve. J'ai le cerveau en vrac, puis franchement, quel intérêt d'arrêter la drogue, si c'est pour me sentir comme ça?"

"Tu veux vraiment que je réponde à cette question?"

"Non," en serrant les dents.

"Alors, est-ce que tu veux que j'appelle le docteur Richmond?"

"Mais non, Cas, non, je ne veux pas que tu appelles qui que ce soit," s'emporte Dean, avant de se lever d'un bond.

Il se retourne, et tombe sur Jason, qui entre à ce moment-là. L'infirmier hausse un sourcil intrigué. "Je ne savais pas que-"

"Ne me dis pas que je n'ai pas le droit d'être ici, parce que je vais m'énerver."

"Mmh," fait Jason en le contournant pour passer derrière le bureau. "Tu as déjà l'air énervé, Dean, mais si tu veux, je ne vais rien dire. Principalement parce que-"

Dean éclate brutalement de rire, puis se rassoit. "Ouais," dit-il. "D'accord, arrête de parler, maintenant."

"Les sautes d'humeur font également partie du sevrage," dit Castiel. "Ça aussi, ça va passer."

"Tu as toi-même dit à Charlie que j'avais déjà des sautes d'humeur."

"La drogue fait cet effet-là, tu sais," intervient Jason, en s'asseyant sur la chaise à côté de celle de Castiel. "Ou peut-être que c'est juste que tu as un caractère de merde."

"Merci de ton intervention, mais mon caractère est super," avant de se tourner un peu vers Castiel. "Hein, Cas?"

Celui-ci se mord la lèvre, ne dit rien pendant un petit moment. Assez longtemps pour que Dean hausse un sourcil. "Très honnêtement, Dean, tout ce que je peux dire, c'est que tu peux parfois être… disons, agréable."

"Tu vas y aller, toi, en enfer."

Castiel et Jason rient en même temps, et Dean grogne. "Tu pourrais au moins avoir la décence de mentir, et me dire que je suis super."

"Je n'ai jamais dit que tu ne l'étais pas, mais reconnais que, pour reprendre les mots de Jason, tu as un caractère de merde."

"Peut-être," finit par admettre Dean, avant de reprendre son verre. "Je peux ravoir des glaçons?"

"Tu peux même avoir de la grenadine avec des glaçons dedans," sourit Jason.

Il disparaît par la porte des vestiaires, pour revenir avec la bouteille de sirop. "Tiens," dit-il en la tendant à Dean. Jason prend de nouveaux glaçons dans le frigo, et une bouteille d'eau, qu'il pose sur le bureau.

"Merci," fait Dean, au moment où le téléphone de Castiel sonne.

"C'est Richmond," dit-il en se levant. "Je dois y aller, mais… Dean?"

"Oui?"

"Tu ne veux pas dormir?"

"Cas," en levant les yeux au ciel.

"Il est presque deux heures du matin, et je pense que si tu ne dors pas, au moins un peu cette nuit, tu vas-"

Dean le fixe, tout en sirotant sa grenadine, et Castiel s'interrompt lui-même. "Tu ne m'écoutes même pas, n'est-ce pas?"

"J'écoute, mais ça ne veut pas dire que je fais attention à ce que tu dis."

"Tu vois," fait remarquer Jason. "C'est ce que je voulais dire, quand je parlais de ton caractère de merde, mais c'est vrai que c'était peut-être largement en-dessous de la réalité."

Castiel soupire. "Je peux vous laisser tous les deux ici?" demande-t-il, plus à Dean qu'à Jason.

"Cas, je te rappelle que j'ai vingt-huit ans, pas six."

"Je vais le surveiller, ne t'inquiète pas," surenchérit Jason, s'attirant un regard mauvais de la part de Dean, qui pourtant ne dit rien.

Castiel hoche la tête. "Je reviens dès que je peux."

Il quitte la pièce. Dean vide son verre, puis le repose sur le bureau pour remettre de la grenadine, de l'eau et des glaçons dedans. "Je peux te demander un truc, Jason?"

"Ça dépend ce que tu-"

"Ce que tu m'as dit, l'autre jour, quand j'étais sur le point de claquer," reprend Dean, sans attendre qu'il ait terminé. "Est-ce que c'était vrai?"

"Tu crois que j'aurais pu mentir sur quelque chose comme ça?"

"Les gens mentent," en haussant les épaules. "Même Cas, qui est un peu comme un ange tombé du ciel. Il ment aussi. Il m'a menti quand j'ai failli sauter du toit de mon immeuble, parce que… les gens mentent. Surtout quand ils pensent que c'est pour sauver quelqu'un qui s'apprête à mourir."

"Sur quoi est-ce qu'il t'a menti?"

"Il a dit que-" en prenant une inspiration qui lui laisse un goût amer dans la bouche. "Il a dit que je pouvais souffrir moins."

Jason penche la tête, et l'observe un moment, sans essayer de poser de questions, parce qu'il a le sentiment que Dean ne répondra pas. "Je ne t'ai pas menti, Dean," finit-il par dire. "Sarah était dépressive, et j'ai… vraiment essayé de l'aider, même si elle passait son temps à me repousser, à dire qu'elle allait bien, qu'elle n'avait pas besoin de tout ce que je voulais faire pour elle. Je l'ai aidée, j'étais là, mais ça ne suffisait pas. Ça n'a jamais vraiment suffit, et ça n'aurait jamais pu suffire, parce que je pense qu'elle savait déjà qu'elle allait se suicider. Elle voulait mourir, et peut-être que parfois, on ne peut pas l'empêcher."

"Alors pourquoi tu as dit que je-"

"Parce que j'ai été à la place de Castiel," en le coupant. "Je sais ce que c'est de se sentir si impuissant et de vouloir à tout prix sauver quelqu'un qui ne veut plus vivre. Je sais aussi ce que c'est, de perdre."

"Cas n'a pas perdu," souffle Dean, avant de détourner les yeux.

"Est-ce que tu l'aimes?" ose Jason.

"Je ne sais même pas ce que ça veut dire."

Dean a un petit rire, trop spontané mais en même temps trop forcé, puis passe ses mains sur ses avant-bras, en évitant ses bandages. Il se demande vaguement si Castiel n'a pas déjà perdu, finalement. "Je fais du mal à Cas," dit-il. "Je sais que je le fais souffrir, parce que je sais qu'il voudrait bien que je puisse promettre d'être encore là, dans un an, à la même heure, mais je ne peux pas. Je ne peux pas. Peut-être que je vais… vivre. Mais peut-être pas, et peut-être qu'il finira par arrêter d'être là."

"Peut-être que tu ne seras plus là dans un an, à la même heure, c'est vrai, mais, Dean, pour l'instant, tu es en vie, et je pense que Castiel n'attend rien d'autre de toi. Je pense qu'il sait que c'est très dur, et que tu tiens assez à lui pour-"

"Je n'ai pas tenu assez à lui quand je me suis ouvert les veines alors qu'il était dans la pièce d'à côté," l'interrompt Dean.

Et la culpabilité transperce dans sa voix.

La culpabilité fait vibrer tous les mots de Dean. Tous les mots, même ceux qu'il ne prononce pas. Ceux qui restent en suspens, dans le silence.

"Tu l'a fait parce que tu pensais qu'il pourrait te sauver?" demande doucement Jason.

"Non," un ton plus bas, les larmes aux yeux. "Je l'ai fait parce que je pensais que j'allais mourir, et qu'à ce moment-là, je me fichais de savoir à quel point vivre ça pourrait le briser. Je me fichais de savoir qu'il ne pourrait jamais s'en remettre, qu'il penserait que c'était sa faute."

"Et maintenant, est-ce que tu-"

"Je me déteste pour ça."