Gundam Wings n'appartient ni à Sunhawk, qui a néanmoins écrit cette fabuleuse histoire, ni à moi, qui ne suis que l'humble traductrice. Hélas…
Avertissements : POV Duo, yaoi, angst, langage cru
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Hello tout le monde !! Déjà deux mois depuis ma dernière update… Eh oui, j'ai repris le boulot, et ça ne me laisse pas des masses de temps. Mais ça valait la peine d'attendre, croyez moi, surtout que je vous offre 46 pages d'un coup !! Grosse update donc. Cette seconde partie va nous faire avancer un peu, mais s'il vous plait, nourrissez moi de reviews car il va me falloir du courage !!! (allez, y'a eu une petite baisse au chapitre précédent, rectifiez moi ça, au nom du yaoi, du NC17, du 1x2, et de tout ce qu'on adôôôôôre !!!) Bisous !
RAR : pour une fois, je vais faire très rapide, une sorte de réponse collective à vous toutes (et tous ?) qui m'avez envoyé vos messages adorables : nushan ynis ; Cyndie ; Hélière ; ptite clad ; Native ; nyo ; Kelidril ; Catirella ; Eiwazenh ; Otite la Frite ; marnie02 ; Egwene Al' Vere ; JustShadows ; Black Sharne ; vanilly ; ElangelCaido ; Niano ; Angel Soya ; Noan ; White Damon, je vous adore et je vous remercie de tout cœur pour ves reviews. J'espère pouvoir vous offrir toute cette année un chapitre par mois (on peut rêver…)
Titre : Obligations (Ion Arc 5)
"Eh bien mon amour," il soupira, "Relena a accepté de faire le voyage avec nous hier soir."
Je levai la tête brusquement et le dévisageai de mes yeux incrédules. "Quoi ?! Bordel, pourquoi tu ne me l'as pas dit ?"
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Il rigola doucement. "J'ai pensé que la nouvelle ne t'aiderait pas à dormir."
Je considérai pendant un instant la possibilité de le frapper, mais finis par décider que sa remarque était probablement vraie. On ne devrait jamais frapper ceux qui disent la vérité. Même si c'est très tentant.
Merde. Ça allait arriver. Ce plan mutant, irraisonné et à demi préparé, avait finalement été accepté. Bordel, mais qu'est ce que j'avais déclenché ?
Ma cervelle passa à la vitesse supérieure, et je m'éjectai hors de la couchette. "Est-ce que vous avez déjà décidé d'une date ? Merde… combien de temps est ce que j'ai ? Il va falloir que je remplisse la cambuse… Je peux difficilement nourrir la Reine du Monde avec des rations militaires, bon Dieu. Est-ce qu'on sait qui elle amène avec elle ?" Je cherchai mes fringues à tâtons tout en parlant, sautant à cloche pied en luttant pour enfiler mon pantalon, et me retournai pour le trouver, toujours allongé au lit, avec le pire sourire que j'ai jamais vu sur son visage.
"Quoi ?" je claquai.
"Du calme," me dit-il. "Je lui ai expliqué que ça prendrait quelques jours."
"Jours ?" J'en restai bouche bée. "Je n'ai que quelques jours ?"
Son expression changea pour devenir légèrement perplexe. "Pourquoi aurais-tu besoin de plus de temps que ça ?"
Je levai les yeux au ciel et positionnai mes mains sur mes hanches. "Dieu, Heero… Nous ne sommes plus au milieu d'une foutu guerre. Tu ne peux plus foncer tout simplement au moment où tu le choisis ! Ça prend 24 heures, juste pour prendre contact et faire accepter son plan de vol !"
Cela servit au moins à ramener mes pensées vers les tâches à accomplir, et je me dirigeai vers le poste de pilotage ; il était temps de se mettre au boulot.
Le plan de vol était top prioritaire, alors je m'assis et tapai cette requête en premier, l'envoyant au 'contrôle du trafic' avant de passer rapidement un coup de fil vers leur bureau. Ça ne fait jamais de mal d'utiliser une petite touche personnelle pour être sûr que les choses se passent sans heurts.
Je fus vaguement conscient que Heero venait de s'installer dans le siège du co-pilote.
Mon écran video s'illumina et je ne pus m'empêcher de sourire lorsque apparut l'image ennuyée d'un homme osseux, qui cligna des yeux pendant un moment avant de s'écrier 'Maxwell !'
"Hey, Smitty !" Je rayonnai, tandis qu'il pivotait son siège hors de l'écran.
"Eh, les gars ! Regardez ! Duo est de retour !"
Il y eut instantanément trois visages rassemblés autour du moniteur.
"Hey ! Bon retour, salopard !" s'exclama le coéquipier trapu de Smitty, Bernstein.
"Gaffe à ce que tu dis, Bernie !" Je ricanai en faisant signe de la main au monitor.
"C'est bon de te revoir, Duo," ajouta Havers, le plus modéré de leur petit groupe, en souriant.
"Alors, les gars, on ne vous a pas mis au chômage, sans moi autour pour vous tenir occupés ?" J'avais rencontré ces trois mousquetaires lorsque j'avais, lors d'un boulot ennuyeux, ajouté la ligne 'deux jours d'arrêt au Pays Imaginaire' à la fin de mon itinéraire. Le plan de vol, approuvé, me revint avec la ligne raturée et l'annotation que 'le Pays Imaginaire était fermé pour la saison, mais qu'on pouvait me rediriger soit vers l'Eldorado, soit vers Atlantis si j'avais un jour supplémentaire à prendre. La plupart de mes plans de vol, après ça, inclurent des destinations fantaisistes. Ça devint un jeu entre nous, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus s'empêcher de se rencontrer face à face. C'était là un bon groupe de gars, et je dois admettre que ça aidait d'avoir des amis dans le bureau de 'contrôle du trafic'.
"Tu sors pour un boulot, Maxwell ?" demanda Smitty, mais je secouai la tête.
"Pas encore…" je leur répondis en espérant qu'ils aient manqué mon léger rougissement. "Encore trop tôt pour ça," mais je souris en tendant le bras pour tapoter le tableau de bord devant moi. "Ma fifille devenait jalouse de mon lit d'hôpital ! Alors je l'emmène faire un petit tour."
Il y eut quelques reniflements grossiers, et Smitty murmura quelque chose qui poussa Bernstein à lui foutre une claque à l'arrière du crâne. Je leur fis un grand sourire.
"Alors… est ce que vous pouvez accélérer les choses pour moi ?"
Bernie me retourna mon sourire. "On devrait pouvoir faire ça." Il regarda par-dessus son épaule, puis revint vers moi me faire un clin d'œil. "Le devoir m'appelle… j'dois y aller. C'est bon de te revoir, Duo."
On se déconnecta. Mes mains étaient déjà en mouvement pour envoyer une requête pour un remplissage complet des réservoirs, lorsque j'entendis Heero soupirer à mes côtés. Je lui jetai un coup d'œil et le trouvai en train de m'observer avec un sourire étrange.
"Eh bien… je me sens complètement inutile." Son sourire se transforma en un demi rictus. "Est-ce qu'il y a quoi que ce soit que je puisse faire ?"
"Actuellement," je lui répondis, détournant les yeux maladroitement, "je peux m'occuper de la préparation du vaisseau… mais je n'ai aucune idée de comment gérer Relena."
"Qu'est ce que tu veux dire par là ?" demanda t-il doucement.
"Elle n'est pas… une Spacer, Heero." Je soupirai. "Elle va nous faire une crise, à faire une sortie spatiale sur une navette qui est beaucoup moins bien que la première classe à laquelle elle est habituée."
Il grogna et m'adressa un petit sourire tendu. "Est-ce que ça ne fait pas partie du voyage… de lui montrer comment vit l'autre partie de l'humanité ?"
Je secouai la tête. "Le but est de lui prouver que des enfants comme Becca et Eel existent." Mes doigts parcouraient le clavier tandis que nous parlions, et je commençai un téléchargement des données météorologiques de la région pour les 4 prochains jours. "Elle me hait. Elle va se persuader que tout ce dont elle 'souffre' pendant qu'elle est à bord est de ma faute. Elle va s'attendre de ma part à ce qu'elle ferait si elle était à ma place."
Il me regarda attentivement pendant quelques minutes, digérant ça. "Ce n'est vraiment pas une mauvaise personne."
"Je… sais ça," je lui dis, levant les yeux de mon écran de travail. "Mais s'il y avait jamais eu la moindre chance qu'on apprenne à s'entendre, je crois que cette fresque l'a tuée."
Il sembla vaguement coupable, d'ailleurs je suppose qu'il le devrait quand on y pense bien. S'il ne s'était pas mêlé de ce qui ne le regardait pas, je suis à peu prêt certain que j'aurais fini par dire à Miss Angie Masters d'aller se faire foutre, et Relena n'aurait jamais eu à venir voir cette foutu peinture.
Ça me rappela cette stupide interview, et je sortis la carte de la journaliste ; y accordant un moment de réflexion. Est ce que je lui donnais son interview, ou pas ? Il était hors de question qu'elle obtienne les images qu'elle voulait. Peut être que sans elles, elle ne serait plus intéressée ? Je décidai de coincer sa carte de visite sur mon tableau de bord ; et de décider plus tard.
Quand je reportai à nouveau mon attention sur Heero, je vis qu'il s'était levé du siège de co-pilote, et était debout devant moi. Je lui souris d'une oreille à l'autre. "Je te charge de prendre soin et de nourrir nos passagers."
Il se pencha pour m'embrasser. "Oui, Cap'taine," murmura t-il contre mes lèvres, m'arrachant un rire.
"Elle devra partager ses quartiers avec son chaperon, aussi !" je lui braillai alors qu'il quittait le poste de pilotage. "Il n'y a qu'une seule cabine pour les invités !"
Il ne me répondit pas, et je fus heureux de ne pas avoir à discuter ce point précis. Je mis ma musique en route dès qu'il fut parti.
Il me fallut chaque minute des trois jours qui suivirent pour remplir les réservoirs de ma navette, l'approvisionner, et le rendre prêt à décoller. Elle était resté à quai pendant des mois, alors absolument tout devait être inspecté et vérifié. C'était un travail long et ennuyeux, mais bizarrement… réconfortant. C'était familier. Chaque soir, quand je grimpais dans ma couchette, j'étais épuisé mais je me sentais bien. En revanche je devais absolument faire sortir de mon esprit les raisons pour lesquelles je préparais ce voyage, et me concentrer sur le boulot à accomplir. Pour la première fois, j'eus l'impression que ma vie allait peut être redevenir normale, un de ces jours.
Il était prévu que nous partions jeudi matin. Le mardi soir, j'envoyai un email à Miss Masters pour lui dire qu'elle pouvait avoir sa foutue interview, à condition qu'elle ne la ramène pas à propos des images, et qu'elle se démerde avec seulement les photos que je lui permettrais de prendre. Sans argumenter, ou bien je la foutrais hors de mon vaisseau à coup de pied dans le cul.
J'eus une réponse dans les 5 minutes qui suivirent, et elle accepta instantanément. On plaça l'interview le mercredi matin, parce qu'elle ne pouvait pas se permettre d'attendre que je revienne de L2. J'insistai pour que Heero reste dans le coin, juste pour être sûr que l'astucieuse demoiselle Masters n'essaie pas de me rouler. Ils seraient deux : elle et son photographe, et comme ça au moins je pouvais être certain qu'il y aurait quelqu'un d'autre que moi pour surveiller ces deux là. Je ne voulais pas qu'elle m'arnaque.
Fidèle à sa parole, elle arriva à bord ce matin là, son photographe à la queue de cheval sur ses talons, et ne demanda à aucun moment à prendre des clichés que je n'autorisais pas. Je les laissai photographier les autres fresques dans la soute à cargaison, la cambuse et ma cabine. Finalement, c'était la peinture de l'église Maxwell qui avait impressionné l'ami de son frère, et c'était également celle qui l'intéressait le plus. Allez comprendre. Elle voulait des photos de moi, encore un truc que je n'avais pas anticipé, mais auquel j'aurais dû m'attendre. Alors je dus me plier à une séance photo au milieu de ma cabine constellée d'étoiles. Dirk, le photographe, se trouva être un amateur d'astronomie, et il repéra que les murs, plancher et plafond couleur nuit de ma cabine étaient une représentation exacte des cieux vus depuis la Lune. Depuis le seul endroit et à la seule date dans l'année où toutes les colonies sont visibles en même temps. J'étais même allé jusqu'à représenter L5 dans mon propre ciel nocturne. Son attention me prit par surprise ; personne n'avait jamais remarqué jusqu'à présent.
Lui et moi, nous nous mîmes à palabrer là dessus pendant quelques minutes, et ça servit au moins à me mettre un peu plus à l'aise pendant qu'il prenait ses foutus photos.
Je surpris Heero à m'observer deux ou trois fois, avec son fameux sourire à la Mona Lisa.
Lorsqu'ils eurent finis, je les conduisis vers la cambuse, la seule pièce où l'on pouvait tous s'asseoir un peu confortablement. Angie… oui, bon dieu, j'avais finalement craqué et commencé à l'appeler Angie ; La ferme là dessus. Angie hésita dans le corridor, regardant l'étrange spectacle que donnait l'alignement de mes morts.
"C'est pas que je veuille outrepasser mes limites," elle me fit un sourire, "mais qu'en est-il de ceux là ? Vous n'aviez pas mentionné cette fresque."
Je dus me tourner et regarder pendant que je réfléchissais à ça. Mes entrailles me hurlaient 'Bordel, non !' C'étaient mes morts ; je ne voulais même pas avoir à y penser. Mais pendant une seconde, je pus voir dans mon esprit Solo se tourner vers moi en clignant de l'œil.
" Bordel de dieu," il aurait sourit en coin. "P't être ben qu'on aurait ben voulu avoir not' photo d'prise aussi."
J'étais sans doute la dernière âme vivante à se souvenir de ces personnes. Mes yeux parcoururent la ligne ; ç'avait été à moi de tous les protéger… et pour tous j'avais échoué. Tous ceux que j'avais laissé mourir. Ce serait en quelque sorte comme… comme de les rendre immortels. Non pas que les gens qui verraient ces visages dans les pages d'un quelconque magazine les connaîtraient vraiment… mais… eh bien, je pense que Solo aurait vraiment prit son pied avec cette idée.
"D'accord," me retrouvai-je à dire, et Angie fit bouger Dirk rapidement, avant que je n'ai le temps de changer d'avis.
"Puis-je demander qui ils sont ?" dit-elle doucement.
"Etaient," je la corrigeai sans y réfléchir.
"Pardon ?" questionna t-elle, intriguée.
"Ce sont mes morts," je lui expliquai, me tournant pour lui faire face enfin. Je réalisai alors que l'interview avait commencée pendant que j'avais l'esprit ailleurs. Je soupirai ; Oh, joie.
"Votre famille ?" demanda t-elle calmement.
Je secouai la tête. "Pas… pas dans le sens où vous l'entendez," je me retrouvai à dire. "Je suis orphelin."
Je tournai délibérément le dos jusqu'à ce que Dirk ait terminé, puis les conduisis dans la cambuse. J'avais bien appris ma leçon sur l'usage de boisson comme camouflage, et en offrit donc à la ronde. Heero et Angie déclinèrent, mais Dirk accepta et j'allais chercher des bulbes de jus de fruit juste pour nous deux.
Comme je m'y étais attendu, Angie s'interrogea sur l'utilisation des bulbes et je me lançai dans des explications sur l'effet de la Gravité zéro sur les objets liquides. Cela m'amena à justifier pourquoi, dans une navette, tout devait être attaché.
"La plupart des nôtres, dans le commerce spatial, passent une grande partie de son temps à bord de leur vaisseau, et parfois même vivent à bord. Nous ne pouvons pas décorer de la même manière que vous autres, Terre-bo…" je m'interrompis, mais trop tard.
"Terre-bornés ?" sourit-elle en coin.
Que pouvais-je faire d'autre, mis à part sourire en retour ? "Vous avez bien appris votre leçon."
"Vous autres, Spacers, semblez bien élitistes," lâcha t-elle.
Je haussai des épaules. "Pas vraiment. C'est juste une manière de parler. Un argot. Ça se développe dans n'importe quelle culture qui doit trouver des mots nouveaux pour des choses qui n'ont jamais existé avant."
Elle ne sembla pas convaincue, relevant l'un de ces sourcils parfaitement épilé. Je lui souris largement en retour. "Oh, dites moi qu'il n'y a pas des dizaines de mots que vous utilisez dans votre bureau, et qui n'auraient aucun sens pour moi."
Elle ouvrit la bouche et eut la décence de rougir. "Ok… ok… je vous accorde que vous n'avez pas tort à propos de ma remarque sur les terre-bornés."
"Je la saluai avec mon bulbe de jus de fruit.
"Vous faites beaucoup de travaux de commande," remarqua t-elle. "Dites moi comment ça s'est fait."
Je vis Heero changer de position, là où il s'appuyait dans l'encadrement de la porte, tel un espèce de putain de Garde Impérial.
Je ravalai mon souffle et y réfléchit. "On ne peut pas accrocher des photos ou épingler des papiers comme vous le faites," j'expliquai en bataillant avec mes mots. "Au début, j'ai peint des choses… et des gens que j'avais peur d'oublier."
"Comme dans le corridor ?" demanda t-elle très tranquillement, et j'acquiesçai.
"Ou…" Du bras qui tenait mon jus, je désignai le ciel bleu autour de nous, "comme ici… juste pour égailler un peu l'atmosphère. On passe beaucoup de temps dans ces vaisseaux. Parfois ça devient…" J'hésitai, songeant au bon terme.
"Isolé ?" suggéra t-elle lorsque ma phrase resta inachevée.
Je haussai des épaules, évasif. "Et… silencieux. Et monotone." Je lui fis un sourire jusqu'aux oreilles pour dissiper l'ambiance mélancolique. "Super ennuyeux, voilà comment ça d'vient ; alors on peint des trucs comme ça !"
Elle s'assit et attendit que je revienne à sa foutue question de base, et je dus passer une seconde à retracer toutes mes étapes mentales, pour essayer de retrouver où je voulais bien en venir. "Il semblerait que je sois doué de quelque… talent," je continuai en grimaçant, "alors quand mes amis ont commencé à me demander de leur peindre des trucs…" Je haussai encore une fois des épaules. "Comment aurais-je pu refuser ?"
Elle me regarda; un peu surprise. "Vous ne vous faites pas payer ?"
Cela me fit rire. "Au début non, mais ça prit une telle ampleur que je n'avais plus le temps de rien faire d'autre, alors j'ai commencé à demander à être payé, juste pour couper court au nombre de demande que je recevais. J'avais quand même un boulot de Récupération à faire tourner, après tout.
Elle m'adressa un sourire étrange, et me dit, "Vous êtes très talentueux… Vous le savez, n'est ce pas ?"
Je grognai et lui fis un signe de rejet. "Je peux reproduire les merdes que je vois dans ma tête… ça fait pas d'moi un Rembrandt ou un Picasso."
Elle renifla en retour. "Vous êtes un type plutôt humble, monsieur Maxwell."
Je combattis la rougeur qui menaçait de me monter aux joues, et bus une gorgée de mon jus de fruit.
Lorsqu'elle n'obtint aucun commentaire, elle secoua la tête et continua. "Que peignez vous pour les autres ?"
"Je pensais que vous aviez dit avoir vu certains de mes travaux ?"
"C'est le cas," admit-elle. "J'étais juste curieuse de savoir d'où ça vous venait. Est ce que vous choisissez ? Est ce qu'ils ont des demandes ? De quel genre ?"
Je soupirai et y réfléchis, penchant un peu ma tête pour regarder le 'ciel'. "Ça dépend. Parfois ils me donnent juste de vagues idées." Je lui souris largement, alors que certaines des choses qu'on m'avait demandé de peindre me revenaient en tête. "D'autres fois, c'est très spécifique ; il y a un gars sur L3 qui a maintenant un portrait de son ex petite amie en chute libre au dessus de sa couchette."
Dirk manqua de peu de recracher son jus sur ses genoux, et je ne pus m'empêcher de rigoler.
"Ex petite amie ?" demanda Angie avec un soupçon de désapprobation dans la voix.
"Oh, ce n'était pas son ex lorsque je l'ai peinte," mon sourire ne montrait aucun remords. "En fait, il m'a même demandé de venir pour le retoucher, pour que ça ressemble à sa nouvelle petite amie."
Il y eut un petit son, venant de la direction de Heero, qui aurait pu être un gloussement ; je ne l'entendis pas bien à cause de l'éclat de rire soudain d'Angie.
"Je peins ce qu'ils me demandent… parfois c'est…" De ma main, je désignai les murs autour de nous, "parfois c'est aussi simple que ça. D'autres fois, c'est plus… personnel."
"Vous appelez ça simple ?" marmonna Dirk, s'attirant un regard sévère d'Angie.
"Plus personnel… dans quel sens ?" demanda t-elle lorsqu'il se tut.
J'y songeai pendant quelques secondes. "Parfois, je peins les morts des autres," leur dis-je franchement. Elle resta assise, à cligner des yeux envers moi pendant une bonne minute.
"Est ce que vous gardez une trace de ce que vous avez peint ?" demanda t-elle brusquement. "Prenez vous des photos ?"
"Parfois," répondis-je, sur mes gardes. Je n'étais pas certain de savoir où elle voulait en venir.
"Pourrais-je en emprunter certaines pour l'article ?" sollicita t-elle ensuite ; c'était à peu près ce à quoi je m'attendais.
"Non," dis-je platement.
Elle se mordit un peu la lèvre. "Pourquoi pas ?" tenta t-elle enfin, décidant peut être qu'elle avait assez d'éléments pour pouvoir écrire son article, si jamais je la foutais dehors.
"Ce sont les demeures d'autres personnes," lui expliquai-je. "Je peux vous donner une liste de gens à contacter, mais la décision de savoir s'ils veulent que vous voyez les peintures dépend d'eux. Elles ne m'appartiennent pas."
"Mais vous les avez peintes," remarqua t-elle.
"C'était des cadeaux… elles ne m'ont jamais appartenu." Ça commençait à devenir fatigant.
"Des cadeaux ? Je croyais que vous aviez commencé à demander une rémunération ?" dit-elle doucement.
" Je ne fais pas casquer mes amis pour peindre des portraits de leurs morts... de leurs souvenirs," lui répondis-je un peu agressivement. "Je ne peins jamais rien d'aussi personnel pour quiconque, sauf pour mes amis."
Elle m'observa, un peu surprise, et murmura, "D'après ce que j'ai vu… vous avez beaucoup d'amis."
"Est ce que vous avez assez de renseignements, maintenant ?" demandais-je, brusquement assez malade de ce petit jeu. Elle commençait à fureter autour de choses dont je ne voulais vraiment pas parler.
Sur son visage passa un air étrange, pressé, comme si elle réalisait qu'elle était presque à court de temps. "Eh bien… j'étais assez curieuse de comprendre votre relation avec monsieur Yuy, ici présent…"
Mon regard se tourna vers Heero, et je vis l'éclat irrité qui apparut dans ses yeux, "Je pensais que vous m'aviez dit travailler pour le 'Le Courrier Eclairé', pas pour 'Potins Magazine'," lui assénai-je froidement. "J'ai du mal à comprendre en quoi monsieur Yuy à quoi que ce soit à voir avec l'interview que vous avez demandée."
Elle fit machine arrière si vite que je crus qu'elle allait tomber de son siège. "Je suis désolée, monsieur Maxwell… Vous avez tout à fait raison ; ce ne sont pas mes affaires."
Pour sûr que c'était pas tes affaires, je pensais furieusement, me forçant à garder mes émotions invisibles sur mon visage. Je n'avais aucune idée de ce que Heero ressentait à l'idée de voir notre relation étalée à la vue de tous. Il avait une position assez élevée chez les Preventers, et de voir placarder partout qu'il était engagé dans… ce truc qu'on avait entre nous et que je ne savais pas comment nommer… ne serait peut être pas très bon pour sa carrière.
Il n'y eut pas grand-chose d'autre après ça. Elle me posa encore quelques questions sans importance, puis ils quittèrent enfin mon vaisseau. Je dus attendre qu'ils soient complètement sorti du hangar avant de pouvoir respirer tranquillement.
"Je suis tellement désolé d'avoir fait ça," me murmurai-je à moi-même. Heero vint me prendre dans ses bras.
"Tu vas bien ?" demanda t-il doucement, tandis que ma tête venait reposer sur son épaule.
"Oui, je vais bien," lui répondis-je, "je pensais juste… que ç'avait été une incroyablement mauvaise idée."
"Je crois que ça s'est bien passé," me rassura t-il, ses mains bougeant de haut en bas dans mon dos de manière apaisante.
"Je suis inquiet de ce qu'elle va écrire," confessai-je. "Elle m'a désarçonné avec cette… question."
Inutile de lui préciser de quelle question je parlais. Sa main vint lever mon menton pour qu'il puisse me voir. "C'était pas ses affaires," me dit-il, me renvoyant en écho mes propres pensées. "Mais je veux que tu saches que… ça ne me dérange pas. Si tu veux…" il hésita et je peux jurer devant Dieu que je le vis rougir. "Ça ne me pose pas de problème que les gens sachent, à propos de nous deux," me dit-il précipitamment.
Je penchai la tête sur le côté, et l'observai attentivement. "Heero, ça ne serait pas très bon pour ta carrière…"
Il m'interrompit. "Ma vie est plus importante que mon putain de boulot," me dit-il doucement, sans quitter mes yeux des siens, "et tu es ma vie."
Je ne pus que rester debout, à le dévorer des yeux. Je ne savais pas quoi répondre, alors nous restâmes là à nous serrer dans les bras l'un de l'autre. Je ne faisais pas vraiment confiance à ma voix.
"Tu m'as dit," continua t-il doucement, avec hésitation, et je compris que nous allions parler de l'une de ces choses que j'avais laissé échapper et dont je ne me souvenais pas. "que tu sentais que tu ne méritais pas… d'être aimé. Que tu ne… me méritais pas." Il me regarda intensément et je sentis mon visage s'enflammer. "Je veux que tu saches que c'est l'inverse ; c'est moi qui ne te mérites pas. Tu es… si vivant… si talentueux et si magnifique… Je…"
J'enfonçai mon visage dans son cou pour échapper à ce regard brûlant. "Heero…" je chuchotai, essayant de l'arrêter.
"Je sais que ce voyage va être… difficile," me confia t-il tendrement contre mon cou. "Je ne veux pas que tu la laisses te piétiner. C'est toi qui a raison ; elle va être mesquine parce qu'elle t'en veut pour toute cette affaire, et elle se voit comme une victime. Mais je ne veux pas que tu doutes de toi. Je ne la laisserai pas te faire sentir…" Il hésita, cherchant le bon mot.
"… comme un sale rat d'égout ?" je continuai avec un sourire, "comme un répugnant, difforme…"
"Arrête !" éclata t-il, et ses mains empoignèrent mes épaules jusqu'à presque me faire mal, alors qu'il me repoussait pour pouvoir voir mon visage.
"Holà, Heero !" je l'interrompis, choqué par sa véhémence. "Je plaisantais !"
Les émotions qui se bousculaient dans ses yeux étaient difficiles à déchiffrer, mais il se calma rapidement. "Je… je suis désolé…"
"Heero," lui dis-je en souriant doucement, "quand vas-tu apprendre enfin à me parler clairement ?"
Un profond soupir lui échappa, et il relâcha un peu sa poigne, baissant la tête et rougissant un peu à son tour. "Je t'aime. Je suis fier de toi. Ça me blesse de te voir souffrir. Je n'aime pas la manière dont elle te traite. J'aime encore moins voir qu'une part de toi écoute ce qu'elle dit." Il releva un peu la tête en la penchant sur le côté, m'observant au travers de ses mèches indisciplinées. "Est-ce que c'est assez clair pour toi ?"
Je ricanai. "Largement assez clair… mais il me semble bien que c'est elle qui a besoin d'entendre ce discours."
Il ouvrit la bouche, puis la referma avec une légère grimace. "Tu as raison… encore une fois."
"Bien," je souris. "Maintenant embrasse moi, bordel, et retournons bosser."
Il me sourit chaleureusement, et m'attira contre lui pour faire exactement ça. Et d'une manière assez bruyante, merci beaucoup.
Aucun message dans le dos ne m'aida à dormir le mercredi soir, et lorsque l'aube se leva le jeudi, je me sentais prêt à dégueuler.
Parfois, je regrette vraiment les emmerdements que ma grande gueule me cause. J'avais à peu près autant hâte de faire ce voyage que de me faire faire une lobotomie frontale. Sans anesthésie.
Je sortis du lit assez tôt, laissant Heero dormir pendant que j'allais me récurer sous la douche. Oui, bon Dieu ! Je n'avais jamais vraiment réussi à dépasser le truc du 'tu sens mauvais' qu'on m'avait balancé à l'époque de mon passage à l'Eglise Maxwell, d'accord ? Peu importe ce que m'avait dit Sœur Hélène, ces critiques s'étaient infiltrées en moi et seraient probablement là jusqu'à ma mort. Ça m'inquiétait toujours, surtout quand je savais que j'allais être autour de gens comme Relena, dont l'assistante allait sûrement la conduire d'urgence à l'hôpital si par malheur elle émettait une goutte de sueur.
Dieu, c'était une mauvaise idée par tant de côtés. Je devais apparemment être une petit bâtard crétin et masochiste. Mais il était trop tard pour reculer maintenant.
En attendant que Heero se réveille, je passai le temps en parcourant le vaisseau une dernière fois, inspectant les jauges et les joints, vérifiant à double reprise les scaphandres. Je ne l'avais pas dit à Heero, mais j'avais dû sortir un paquet de fric pour en acheter deux de plus. Je n'en avais jusque là possédé que deux. Et ça avait fait mal financièrement. Ces machins là ne sont pas donnés.
Je me retrouvai finalement dans le poste de pilotage, relisant ma checklist et vérifiant les rapports météos une dernière fois.
Pour dire la vérité, ce qui m'angoissait, c'était plus que Relena. Ça allait être mon premier vol depuis l'accident, mon premier retour en selle. Je crois que ça aussi, ça me bouffait. Je ne l'aurais confié à personne, même sous la torture, mais j'étais nerveux comme pas possible. On aurait pu croire que c'était ma première fois dans un siège de pilote. J'avais une trouille mortelle de perdre mes nerfs. Si jamais ça arrivait, je pouvais dire adieu à mon boulot. Heero avait bien essayé de m'expliquer à quel point j'étais bousillé, lors du voyage de retour de la Ceinture d'astéroïdes, juste avant que je ne tombe si malade. Mais si je possède un unique, vrai grand talent, c'est le déni. Et je pense qu'à force de mentir à tout le monde en prétendant que 'tout allait bien' pendant si longtemps, même Heero avait fini par y croire.
J'étais assis là, les yeux sur mes écrans de contrôle, regardant le hangar dans lequel rien ne se passait, et débattant intérieurement pour savoir si je devais lui dire que, peut être, je n'allais pas si bien que ça après tout, lorsqu'il sortit de la cabine.
"Duo ?" appela t-il, une note d'inquiétude dans la voix. Ce ton suffit à me décider ; si jamais je suggérais que je n'étais pas certain d'être prêt, il n'hésiterait pas à annuler tout le voyage.
"Ici," je répondis, et il suivit le son de ma voix jusqu'à la cabine. Il se pencha pour me donner mon baiser du matin.
"Depuis combien de temps es-tu debout ?" demanda t-il, soupçonneux, ses yeux ayant noté mes cheveux humides.
"Quelques heures," j'admis penaudement, et je vis l'inquiétude se transformer en un air complet de mère poule désapprobatrice.
"Duo, mon amour," murmura t-il doucement, "si ça doit te retourner tellement que tu ne peux même pas dormir, alors il vaut mieux que j'annule tout dès maintenant.
Pour lui, je me forçai à sourire largement. "Heero, je me lève toujours tôt les jours de lancement." Je remarquai un mouvement dans l'écran face à moi, alors que cette ignoble bagnole rose entrait dans le hangar. "Par ailleurs, c'est un peu tard maintenant," et je lui indiquai l'image.
Il se tourna pour regarder, son air désapprobateur changeant subtilement, jusqu'à ce qu'il y ait plus d'irritation que d'inquiétude. Ça me surprenait de voir que plus on passait de temps ensemble, plus je devenais capable, lentement, de lire la moindre de ses expressions. Je me souvenais encore d'une époque où j'avais pensé qu'il n'avait absolument aucune putain d'expression.
"Heero," continuai-je doucement, sentant un léger froncement sur mon propre visage. "Relena est ton amie… S'il te plait, ne laisse pas le fait qu'elle et moi, on ne s'entende pas avoir une influence là-dessus. Ce que nous pensons l'un de l'autre ne devrait pas changer ce que tu ressens pour chacun de nous."
Il se détourna de l'écran de contrôle pour me dévisager avec un sourire confus. "Qu'est ce que tu essaies de faire exactement," demanda t-il, "poser ta candidature pour devenir un saint ?"
Je grognai et rougis un peu. "Ne devrions nous pas aller accueillir nos passagers ?"
Il prit la tête et je le suivis, tardant un peu juste pour avoir un moment pour toucher l'épaule de Solo en passant à côté de son portrait sur le mur. C'était l'une de mes habitudes avant chaque lancement, de toucher Solo pour qu'il me porte chance.
"J'pensais qu'tu m'avais oublié, rat-boy," aurait-il maugrée.
"P't-être bien que j'devrais laissé tomber l'habitude, King-rat," je murmurai. "Ça m'a pas porté chance la dernière fois."
Ça l'aurait fait rire à gorge déployée, ça.
Relena attendait, près de l'horrible voiture, avec une autre femme, pendant que son chauffeur… quel était son nom déjà ? Paragon ? Quelque chose de ce genre. Pendant que Paragon sortait les bagages du coffre. Ma première pensée fut : Seigneur Dieu, est ce qu'elle a apporté absolument tout ce qu'elle possède ? Ma seconde pensée fut : pourquoi diable est-ce le vieil homme de plus de 60 ans qui sort ces lourdes valises du coffre ? Je soupirai et passai devant les deux femmes avec un cordial 'Bonjour'.
"Attends voir, Paragon," dis-je au vieil homme. "Laisse moi prendre ça."
Il m'accorda un regard surpris, mais fit un pas en arrière pour me laisser faire. J'étais certain qu'un domestique jeune et costaud avait chargé les bagages dans le coffre, au domaine des Peacecraft, mais personne n'avait songé au pauvre vieil homme qui allait se filer une crise cardiaque, à essayer de décharger tout ça.
"Merci bien, jeune homme," dit-il doucement, et je jure devant Dieu que je vis le dos de Relena se raidir.
Heero lui parlait, à elle et à son chaperon, ce pour quoi je lui fus éternellement reconnaissant, bien qu'il vienne ensuite prendre quelques sacs pour nous éviter de faire deux voyages. Heero avait deux valises. J'avais deux valises, et Paragon portait plusieurs petits sacs. Je secouai la tête avec un sourire tordu ; de combien de tenues une Reine avait-elle besoin pour un voyage de 5 jours ?
Heero conduisit les deux femmes au travers de la porte ouverte de la soute ; je ralentis mes pas pour les assortir à ceux de Paragon, pour que le vieil homme ne soit pas laissé à la traîne derrière. Il me surprit encore lorsqu'il traversa la soute. Il s'arrêta pour regarder la peinture murale, et je me retrouvai à m'attarder là, rouge comme une pivoine, attendant d'entendre ce qu'il avait à dire.
"Alors, c'est donc çà, la… chose infernale ?" il sourit et je me retrouvai à étouffer un rire. "Monsieur Yuy a raison, vous êtes un jeune homme bien talentueux." Il observa la fresque pendant un long moment, avant de revenir vers moi avec une expression absolument impénétrable. "Je vous souhaite bonne chance, monsieur Maxwell."
Je soupirai, et répondis, sans pouvoir m'en empêcher, "Ouais, je pense que je vais en avoir bien besoin."
Il rit tout bas, et nous suivîmes les autres.
J'arrivai dans la cabine des invites juste à temps pour entendre la fin d'une conversation : "… difficilement ce que j'appellerais spartiate, Relena." disait Heero, d'un ton qu'on utilise généralement avec les enfants de 5 ans lorsqu'ils font des caprices.
"Dieu, mais vais-je en avoir besoin," je murmurai, et j'entrai dans la cabine pour y déposer les bagages, avec un large sourire.
"Bienvenu à bord de mon vaisseau, Rel… Mademoiselle Peacecraft." L'accueillis-je, ignorant délibérément l'air glacial qui aurait pu tout couvrir de givre dans un rayon d'un kilomètre autour de cette fille. Je me tournai vers la seconde femme, et lui adressai l'un de mes sourires brevetés. "Je ne crois pas que nous ayons été présenté ?"
C'était une femme d'âge moyen, plus petite que n'importe qui d'autre dans la pièce, avec des cheveux sombres striés de gris et un visage qui semblait d'avantage habitué à sourire qu'à porter ce froncement qu'elle arborait en ce moment. Je fus persuadé qu'on l'avait prévenu que j'étais le diable incarné.
"Je suis… Chezarina." répondit la dame, prenant ma main à contre coeur lorsque je lui tendis.
"Grecque ?" je demandai avec un sourire, et je vis que je l'avais surprise. Elle m'adressa un sourire presque timide, et acquiesça.
"Bienvenu à bord, Chezarina," lui dis-je chaleureusement, puis je me tournai pour inclure Relena à nouveau. "Est-ce que vous vous êtes installées, mesdames ? Nous décollons dans une heure ; vos affaires aurons besoin d'être arrimées."
Je pouvais voir Relena grincer des dents, et portant mon regard vers Heero, je vis qu'il avait l'air amusé. "Heero… est ce que tu voudrais bien t'occuper de les aider, pendant que je raccompagne Paragon et que je commence à tout fermer ?"
Un étrange sourire joua sur ses lèvres mais ne sortit jamais vraiment complètement. "Oui Cap'taine."
Je lui lançai un large sourire puis quittai la cabine.
Paragon ne parla pas, jusqu'à ce que nous atteignons la rampe de sortie et soyons presque dehors. "C'est une bonne petite fille, monsieur Maxwell," dit-il doucement. "J'aurais seulement pu espérer que les Darlians ne la gâte pas tant."
Nous nous arrêtâmes, nous regardant un moment sans rien dire, puis je laissai échapper un soupir. "Je dois vous dire que je n'ai aucune idée de comment tout ce bazar a commencé. J'avais fermement l'intention de refuser cette interview…" je lui souris piteusement ; je n'avais aucun doute qu'il connaissait déjà toute l'histoire.
Il me répondit par un sourire grimaçant. "Je ne crois pas que ça ait beaucoup d'importance, la manière dont c'est arrivé, monsieur Maxwell… J'espère juste que vous et monsieur Yuy pourrez ouvrir un peu les yeux de ma petite Relena."
Il s'en alla, et je restai là, à cligner des yeux de surprise pendant au moins une minute. Dieu tout puissant… ce vieux l'aimait comme s'il était son grand père, et elle le traitait comme un putain de domestique. Je secouai la tête, tournai les talons pour remonter à bord, et commençai les procédures de fermeture.
20 minutes plus tard, tout était scellé et prêt à partir, mais je continuai à vérifier doublement des choses qui n'avaient pas besoin de l'être, jusqu'à ce que j'admette enfin, même à moi-même, que j'essayai d'éviter de retourner dans cette cabine. Ce fut finalement ma culpabilité pour avoir laissé Heero là bas tout seul avec elles qui me fit y diriger mes pas.
J'hésitai en approchant la porte ouverte, entendant la voix irritée de Relena, "Je n'arrive toujours pas à croire que tu approuves ce… kidnapping !"
La voix de Heero était un modèle de patience. "Relena, ce n'est pas un kidnapping ; tu as toi-même accepté ce voyage."
"Sous la contrainte !" claqua t-elle sèchement.
J'entendis le son de Heero qui rangeait les valises, et il y eut une pause avant que je l'entende dire, "Pourquoi ne peux-tu pas laisser une chance à Duo ?"
Elle ne semblait pas avoir de réponse préparée, et Chezarina ajouta doucement, "il semble être un jeune homme charmant, Miss Relena."
"Ne laisse pas ce… cet extérieur suave te tromper !" explosa Relena. "Ce n'est rien d'autre qu'un vulgaire criminel !"
La voix de Heero commençait à devenir dure. "Relena," la réprimanda t-il, "Duo n'a pas grandi avec les mêmes facilités que toi… alors oui, il a peut être volé pour survivre, mais ça ne fait pas de lui un criminel."
"De là où je viens," répondit Relena avec arrogance, "voler est un crime."
Je décidai qu'il était temps que je mette le holà à cette situation, avant qu'elle ne réussisse à enrager vraiment Heero. Bien que cela continue encore à m'étonner, j'avais découvert qu'il était très protecteur vis à vis de moi, et malgré la joie que j'aurais eu à entendre Relena se faire botter les fesses, je savais que Heero se sentirait mal plus tard.
Je reculai de quelques dizaines de mètres, et entrepris de m'approcher à nouveau de la cabine, mais cette fois ci en me faisant délibérément entendre. La conversation stoppa dans la cabine. J'y passai la tête et leur souris joyeusement. "Tout est rangé ? Parfait ! On devrait monter au poste de pilotage et aller s'attacher. Le lancement est pour dans 20 minutes, ils sont sur le point de venir nous tracter jusqu'au champ de tir."
Je laissai le regard furieux de Relena rebondir sur la cuirasse de mon sourire, et offris mon bras à Chezarina. "Votre altesse ? Par ici je vous prie ?"
Si je n'avais presque aucune chance de charmer Relena, alors autant reporter mon attention sur son chaperon.
Chezarina prit mon bras, et je la fis descendre le corridor jusqu'au poste de pilotage. Elle m'offrit un petit sourire, une fois que nous fûmes hors de vue de Relena, et je lui répondis par mon sourire à 100 watt. Elle dévisagea ouvertement les portraits de mes morts, s'arrêtant une seconde pour contempler le visage baigné de larmes de la petite Becca.
"Pauvre petite puce," murmura t-elle, mais elle ne demanda rien. La pause me donna l'occasion de frapper doucement sur l'épaule de Solo. Cela faisait parti de mon rituel de lancement, et ça me réconfortait de pouvoir le faire sans que personne ne le remarque vraiment.
J'installai Chezarina dans l'in des trois sièges pliants, au fond du cockpit, et m'assurai qu'elle savait comment s'attacher toute seule. "Déjà été dans l'espace ?" je lui demandai gentiment, et elle rougit légèrement.
"Suffisamment pour savoir que je n'aime vraiment pas les lancements," me répondit-elle avec une grimace. Je l'observai d'un peu plus près, remarquant la légère tension autour des yeux et la fine couche de transpiration sur son front. Je m'accroupis devant elle avec un froncement de sourcil.
"Qu'est ce que…" je murmurai. Heero et Relena devaient avoir continué leur conversation, car ils ne nous avaient pas encore rejoint. "Pourquoi diable Relena vous aurait-elle choisi pour l'accompagner si vous avez un problème avec les voyages dans l'espace ?"
Elle tapota ma main, là où je l'avais posé sur l'accoudoir. "Je doute qu'elle le sache," me dit-elle doucement. "Ne vous inquiétez pas pour ça. Je trouve juste les lancements un peu… dérangeants. Après ça, je suis d'habitude tout à fait bien."
L'irritation me fit grogner ; Relena devait être l'être humain le plus insensible qu'il m'ait été donné de rencontrer… à égalité avec notre chère Commandant Une, avant qu'elle n'aille faire une thérapie.
"Attendez une minute," lui dis-je en bougeant pour aller fouiller dans la trousse médicale de secours. Je pris l'un des patchs anti-nausée et retournai m'accroupir devant elle.
"Ces patchs sont standard dans toutes les trousses de secours," je la rassurai. "Beaucoup de gens ont du mal à supporter les forces gravitationnelles lors du lancement, ou encore la gravité zéro. Il y a un très léger sédatif là dedans, et quelque chose qui aide contre la nausée. Pas assez fort pour vous endormir, mais suffisamment pour vous aider à vous relaxer. Une bonne partie des problèmes que les gens expérimentent viennent de la nervosité."
"Oh… Merci," rayonna t-elle, et je l'aidai à appliquer le patch sur son bras.
On terminait juste avec les harnais lorsque Heero amena Relena. Je le laissai l'aider à s'installer, et allai prendre ma place dans le siège de pilotage pour répondre au bip de la radio.
Je vérifiai mes écrans de sécurité, et constatai que mon camion de remorquage était arrivé. Je pressai la touche 'reçu' et attendit de voir qui était dans le camion en bas.
"Maxwell !" fit la voix bourdonnante de Dusty dans les hauts parleurs. "Tu vas m'laisser attendre là toute la journée ?"
Je rigolai et ouvris le micro. "C'est moi qui ai failli m'endormir en attendant qu'tu ramènes ta carcasse, vieux fou !"
Ça le fit rigoler à son tour. "Tu t'portes pas trop mal, à c'que je vois."
"Faut plus qu'un p'tit astéroïde pour me faire quitter le métier," le taquinai-je en jetant un coup d'œil à Heero qui s'installait dans le siège du co-pilote. Il me sourit, et je lui rendis son sourire au centuple.
"C'est bon de te voir revenir, gamin," dit Dusty, me prenant par surprise. Je jetai un œil à l'image vidéo du camion, et le vit assis là, à attendre.
"Hey…" risquai-je après un moment de réflexion, "je croyais que tu ne bossais pas les jeudis ?"
"Parce que tu croyais que j'allais quelqu'un d'autre traîner ton tas de ferraille rouillé pour son premier vol depuis plus de 5 mois ?"
Je grognai. "Bordel, Dusty…" commençai-je, mais il m'interrompit avec un ricanement.
"Ceci étant dit, faudra p't-être que t'évites ma femme pendant quelques temps. Elle avait prévu de me faire nettoyer le garage aujourd'hui. J'crois qu'elle t'en veut un peu."
Je rejetai la tête en arrière en éclatant de rire. "Oh c'est trop fort !" grondai-je, "Elle ne m'inviteras plus jamais à dîner maintenant, et pourtant j'adorais son putain d'pain à la viande !"
Ce fut à son tour de grogner et de murmurer quelque chose à propos de moi et du chien étant bien les seuls.
"Dusty, mon pote," je finis par dire au bout d'une minute, "autant j'adorerais rester là à papoter… mais t'as l'intention de me remorquer un d'ces 4 ? J'ai comme qui dirait un horaire à respecter."
Il y eut un silence étrange, puis il dit, hésitant, "Duo… est ce que tout va bien là dedans ?"
"Quoi ?" je demandai bêtement. "De quoi tu parles ?"
"Où est la musique ?" demanda t-il. Je restai assis là à cligner des yeux pendant une minute, et dus résister à l'envie de me retourner pour regarder Relena.
"Uhmmm… Dusty… Je peux pas…" commençai-je mais il semblait déterminer à ne rien laisser passer.
"J'ai remorqué tes p'tites fesses sur le pas de tir depuis près de 3 ans, chaque fois que t'es dans cette partie du globe," m'assena t-il fermement. "On a un rituel, Maxwell… et j'ai pas envie de prendre des risques avec la chance du spacer.
Je rigolai en sentant mon visage s'enflammer. Un coup d'œil en direction de Heero me le montra avec un sourire désorienté.
"Ok… ok… j'abandonne," concédai-je, "qu'est ce que tu veux écouter ?"
"Pourquoi pas 'Trip across the mountain ?" suggéra t-il, et je soupirai de soulagement, car il n'avait pas demandé certains des trucs qu'on était connu pour laisser jouer.
J'allais mettre en marche la chanson, un morceau de violon qui commence doucement mais qui aurait eu le temps de s'accélérer, le temps qu'on soit sorti sur le champ de manœuvre. Je le laissai jouer sur les hauts parleurs extérieurs au volume normal, c'est-à-dire assourdissant, mais baissait le son dans le poste de pilotage. "Voilà, t'es content maintenant, Ô conducteur exalté ?"
"T'as ta croix ?"
"Bein sûr."
"L'ours est dans le siège du co-pilote ?"
J'avais oublié ça, et déviai mon regard vers Heero avec un sourire canaille. "Eh bien… en quelque sorte."
"Maxwell," me prévint Dusty.
Je roulai les yeux vers le ciel et ouvris ma bouche pour lui mentir, quand je vis Heero se pencher autour de son siège, et revenir avec l'ours en peluche informe que le gamin de Dusty m'avait offert pour Noël une année, afin que j'ai un second à bord. On l'avait baptisé Co-pilote Fuzzy-butt, et il avait occupé le siège de co-pilote sur tous mes voyages avec ma Demon depuis.
"L'ours est à sa place," je confirmai en regardant, avec une incrédulité totale, Heero coincer l'ours à son côté. Derrière nous, j'entendis Chezarina glousser. "Est-ce qu'on peut y aller, maintenant ?"
"Pour sûr !" ricana Dusty et j'entendis le 'clang' lorsqu'il se connecta et commença à nous faire bouger.
"J'avais eu l'intention de te poser la question, à propos de ça," murmura Heero alors que Dusty nous remorquait avec expertise en dehors du hangar.
"Denver, le fils de Dusty, pensait que j'avais besoin d'un co-pilote… alors il m'en a acheté un." Je lui souris, me perdant un instant dans cette camaraderie réconfortante, "Heero… je te présente Fuzzy-butt ; Fuzzy-butt… je te présente ton remplaçant."
Il y eut un instant de silence, puis Heero murmura, "je voudrais pas prendre des risques avec la chance du spacer."
Je perdis l'image des caméras de sécurité en sortant du hangar, et passai sur mes propres caméras extérieures. Tandis que nous bougions, je fis le tour une dernière fois de ma checklist, et je ne prêtais donc pas vraiment attention aux écrans de contrôle. Ça me prit donc un peu par surprise lorsque Dusty m'appela tranquillement.
"Hé, Maxwell… Pince moi, je rêve ; semblerait qu'on soit l'événement du jour."
"Quoi ?" je dis en regardant pour voir tous les pilotes sortir de leurs hangars et s'aligner. "Oh merde," je chuchotai.
"Allons, Duo… on peut faire mieux que 'Trip across the mountain'… dit-il, et je n'eus aucun mal à discerner le large sourire dans son ton.
"Je… je…" je restai abasourdi devant l'écran où les spacers s'alignaient le long du chemin, et je dus déglutir pour faire passer la boule coincée dans ma gorge. "T'as une suggestion à me faire, mon pote ?" je chuchotai presque.
"Hey… pourquoi pas 'Rocket Ride' ?"
Il aurait pu proposer 'The Coachman', et j'aurais sans doute accepté. Plus tard en y repensant, je ne pourrais qu'approuver son choix. Mais à ce moment précis, mes doigts bougèrent de leur propre chef.
'Nowhere to run…nowhere to hide ('Nulle part où aller… nulle part où se cacher)
nothin' worth doin' that I haven't tried, (Rien d'utile à faire que je n'ai déjà essayé,)
there ain't no livin' on planet-side, (Y'a nulle part où vivre de ce côté de la planète,)
come on with me baby on a rocket ride….' (Viens avec moi bébé pour un voyage en fusée…')
Le changement de musique laissa les pilotes éparpillés savoir qu'ils avaient été remarqués, et ils commencèrent à gesticuler et applaudir. Et mes putains d'yeux se mirent à s'embrouiller. Mon visage était si brûlant que j'avais envie de m'éventer avec ma main. Et je souhaitais plus que tout avoir une boisson forte. Bordel.
Je sursautai quand Heero tendit le bras pour toucher ma main. Je me tournai vers lui, arrachant mes yeux de l'écran et, par le large sourire qui décorait son visage, je sus que je devais avoir l'air sacrément stupide, avec mes yeux exorbités, ma bouche ouverte et mon visage Dieu seul sait de quelle couleur.
"Avais-je négligé de te préciser que tu avais… manqué à quelques uns ?" se moqua Dusty.
"Je… crois bien que ce n'était pas venu dans la conversation," je marmonnai, et il éclata de rire face à mon évidente consternation.
"Et bien c'est pourtant le cas, gamin."
J'eus l'impression qu'on se retrouvait sous un feu roulant. Heero pressa mes doigts au bout d'une minute, et lorsque je reportai mon attention sur lui, il me murmura doucement, "Tu as l'intention de t'harnacher ?
Cela servit à me faire retourner à la réalité, et je m'efforçai de laisser derrière mon état de choc. "Je suppose que c'est pas une mauvaise idée."
Il lâcha ma main avec un petit rire, et j'entrepris de me sortir la tête du cul. J'attachai mon harnais, et pris une grande respiration pour essayer de calmer mes nerfs ; ç'avait été bien émouvant tout ça, mais cette petite mise en scène avait seulement servi à me déséquilibrer encore d'avantage. Je passai ma langue sur mes lèvres desséchées alors qu'on tournait vers le champ de tir. Au moins, on serait hors de vue des hangars. J'arrivais pas croire la sensation de papillons que j'avais dans l'estomac ; et je devais sans cesse m'essuyer les paumes des mains sur mes cuisses.
Heero sembla réaliser tout d'un coup que ça allait être ma première fois depuis l'Accident, et sa voix s'éleva, basse et pleine d'inquiétude, "Duo, est ce que tu vas bien ? Est-ce que tu as besoin que je…"
Je lui adressai un sourire, espérant qu'il n'apparaissait aussi blafard que je le sentais. "Je vais bien, mon amour," lui murmurai-je en retour en commençant à ramener mon vaisseau à la vie.
Dusty nous manoeuvra avec facilité et expertise sur la rampe de lancement, et j'initialisai le processus de décollage.
"On s'voit au retour, Maxwell !" beugla Dusty tandis qu'il dégageait son camion de la piste à toute vitesse. On était un peu en retard sur l'horaire.
"Toutes mes excuses à ta femme, trouduc !" je lui lançai en retour. On se disait jamais au revoir ; ça faisait parti du rituel.
Puis, ce fut juste moi et ma Demon. Je laissai la musique jouer ; et au diable Relena. Je laissai la musique m'emplir et me faire oublier, et je découvris que, malgré mon estomac qui faisait des bonds, mes mains et ma tête connaissaient leur boulot. Je me synchronisai avec la tour de contrôle, et nous commençâmes le compte à rebours. J'amenai les moteurs à plein régime et vérifiai les jauges de température en quête de fluctuations.
"Ok, Demon, ma fifille…" je murmurai, "tu te souviens comment on fait ça, pas vrai ?"
La Tour m'annonça le dernier 'ok' à une minute du lancement, et je vérifiai une dernière fois les indicateurs de verrouillage, obtenant des lumières vertes partout. Je sentis le grondement lorsque la chaîne de traction s'enclencha à 30 secondes du lancement.
"S'il vous plait veuillez remonter vos plateau en position fermée et ne pas quitter vos sièges ; mesdames et messieurs nous sommes sur le point de quitter l'atmosphère," fis-je sans vraiment m'écouter moi-même.
La chaîne s'engagea à – 15 secondes, et nous nous mîmes à grimper. Il y eut un petit son derrière moi, mais je n'avais vraiment pas le temps de m'inquiéter pour Chezarina. J'étais déjà trop occupé à souhaiter pouvoir ôter la sueur de la paume de mes mains. Les lancements par rampe sont… vraiment rapides. Nous atteignîmes la fin de la rampe verticale, et je mis en route les réacteurs. Il y eut ce grondement familier des moteurs, et la pression invisible de la main de Dieu sur ma poitrine, Tom Smith continuait à chanter 'Rocket Ride'…
'…I want a bubble helmet matting down my hair, (… je veux un casque rond couvrant mes cheveux)
the ground giving way to the open air, (le sol laissant la place à l'air pur)
the joy and wonder as I head out there (la joie et l'émerveillement alors que je quitte ici bas)
and I know I can have it if I only dare…' (et je sais que je peux avoir ça si seulement j'ose…')
Les commandes vibrèrent, telle une chose vivante dans mes mains, et je les tins aussi serrées que possible tandis que nous combattions pour échapper aux entraves de la gravité. "Allez, Demon-girl… les étoiles nous appellent", je murmurai à ma Dame, autant pour calmer mon propre cœur martelant que pour le sien. Je n'avais pas pris en considération l'effort que les forces G feraient subir à mes muscles encore affaiblis ; pendant une horrible minute, je crus que j'allais devoir demander à Heero de prendre le relais depuis le siège de co-pilote, puis nous fûmes dans l'espace, et libre, l'éclat lumineux disparu des écrans visuels, et je coupai les réacteurs. La pression se relâcha sur ma poitrine, et j'entendis un soupire de soulagement derrière moi. "Tout le monde va bien là derrière ?" j'appelai, et Chezarina pouffa doucement.
"Je crois que nous avons survécu, monsieur Maxwell." Sa voix était assez assurée, et je pris un moment pour me tourner vers elle.
"Hé, passons un accord," lui dis-je. "Vous m'appelez Duo au lieu de monsieur Maxwell, et moi je ne vous appellerai pas M'dame."
Elle réussit à rire. "D'… d'accord ; accord conclu."
"Pouvez vous couper cette insupportable chanson, maintenant ?" interrompit Relena.
"Pour sûr, Miss Peacecraft." Je lui souris aussi en tendant la main pour couper la musique. Le silence soudain me frappa comme un boulet, et je soupirai ; ça allait vraiment être une trèèès longue putain d'semaine.
Mon plan de vol avait déjà été programmé, mais je devais l'allumer et le mettre en branle. Je m'occupai avec ça pendant que mes passagers se détachaient et commençaient à bouger. "Il y a des boissons dans la cambuse, si quelqu'un veut quelque chose," leur dis-je distraitement, alors que mes mains et une grande partie de mon attention était sur mes claviers de contrôle. Mes entrailles avaient beau être nouées par ce voyage… ça m'avait quand même bien manqué.
Je laissai la programmation et les ajustements mineurs m'occuper. Les activités courantes m'imprégnèrent, et pendant un court espace de temps, j'en arrivai à oublier que ce vol était différent des milliers d'autres que j'avais déjà fait. Lorsque je repris conscience de mon environnement un peu plus tard, je portai mon regard sur le siège du co-pilote, et n'y trouvai que Fuzzy-butt qui me regardait. Pendant le temps d'un battement de cœur, la peur submergea ma poitrine. Peur que j'ai rêvé tout ça… que ce soit à nouveau juste Fuzzy-butt et moi et mes fantômes à bord de ma Demon.
"Hé," la voix calme de Heero appela doucement derrière moi, me laissant savoir qu'il était là. Il entra pour venir se tenir à mes côtés quand il vit qu'il avait mon attention. "Comment vas-tu, chéri ?" demanda t-il tranquillement.
Je grognai, m'apercevant soudain à quel point mes épaules étaient tendues, combien mes muscles tremblaient. "J'ai lancé une navette spatiale, Heero… j'ai pas subi une chirurgie du cerveau."
Il rigola doucement mais passa quand même doucement ses doigts dans mes cheveux. "Tu m'as fichu un peu la trouille," admit-il gentiment. "Tu semblais avoir du mal à… trouver ta concentration."
Je laissai ma tête retomber en arrière sur le siège, et mes yeux se fermer. "Eh bien… peut être un peu."
"Est-ce que tu as fini ici ?" demanda t-il.
"Ouaip," je confirmai sans ouvrir les paupières. "On est sur notre trajectoire, et en route. L'autopilote s'occupera du reste pendant les deux jours à venir."
J'ouvris les yeux quand je sentis ses mains prendre les miennes et tirer tendrement. Je le laissai me mettre debout et me prendre dans ses bras. "Tu sembles… chancelant." Il fronça les sourcils.
"Chancelant…" je souris largement. "Ouais… je crois que ça résume bien la situation."
"Duo, mon amour," soupira t-il près de mon oreille, tentant de garder ça privé je pense. "Je suis désolé… j'étais tellement pris dans les comment et les pourquoi que je n'ai pas vraiment réfléchi au fait que ce serait ta première fois dans l'espace depuis…" Il s'interrompit.
Je me redressai pour m'écarter un peu de lui, et sourit. "Qu'est-il advenu du 'ne pas mâcher ses mots' ? Je croyais qu'on avait décidé de parler franchement ?"
Il grogna et me rapprocha de lui. "Comment vas-tu mentalement ?" Puis il esquissa un sourire, "et le parler franc marche dans les deux sens."
Il réussit à m'arracher un rire, et je secouai la tête. "Chancelant… résume bien mon état. Un peu déséquilibré, un peu nerveux. Ça m'fait… réfléchir un peu… mais je vais bien."
Ses mains glissèrent de haut en bas dans mon dos. "Tu es tendu."
Je ricanai. "Ça, c'est moitié la frousse du lancement, moitié… Relena."
Il me serra fort à nouveau, et je me permis de m'épauler sur sa force pendant une minute. De laisser ses bras dissiper les derniers lambeaux de terreur indicible, que tout ça ne soit pas réel… que je l'ai rêvé. Que je nous ai rêvé.
"Je suis là pour toi," souffla t-il dans mon oreille, et je frissonnai.
"Ça signifie… tout pour moi," je chuchotai en retour.
Nous partageâmes une dernière étreinte forte, puis nous nous séparâmes.
oOoOoOo
"Où sont-elles ?" demandai-je avec un sourire sardonique, qu'il me retourna en roulant des yeux.
"Dans la cambuse." Il soupira et nous fîmes notre chemin dans cette direction. "Redis moi ce qui t'avait fait pensé que c'était une bonne idée ?"
Je grognai et lui balançai un coup pour rire. "Je crois bien que c'était toi, qui avait insisté."
"Ce n'est pas tout à fait ce dont je me souviens," me taquina t-il. Nous étions trop proches de la cambuse, alors tout ce que je pus faire fut de lui lancer un regard mortel.
Relena et Chezarina étaient assises à la table de la cambuse avec des bulbes de je ne sais pas trop quoi dans leurs mains. Relena fronçait les sourcils, et sa compagne semblait juste très mal à l'aise.
"Mesdames !" m'exclamai-je lorsque nous entrâmes dans la pièce, puis j'allai me chercher mon propre bulbe. Je considérai brièvement prendre un soda, mais décidai qu'une boisson protéinée serait sans doute un meilleur choix. "Alors comment ça se passe ?"
Chezarina me renvoya mon sourire. "Oh, monsieur… Duo…" Elle se reprit sur le nom en rougissant un peu, "Je ne sais pas comment vous remercier pour le patch ! La différence était énorme ! C'est le premier lancement que je subis où je n'ai pas l'impression que je vais vomir !"
Relena la dévisagea sévèrement. "Quel patch, Chezarina ?" demanda t-elle, suspicieuse.
"Juste un patch anti-nausée," je l'informai.
Chezarina semblait ne pas avoir vu le regard sévère, occupée qu'elle était à remonter sa manche pour montrer l'objet du délit. "Quand devrais-je l'enlever ?" me demanda t-elle.
"Ce sont des patchs de 12 heures," lui répondis-je, "mais si vous n'avez pas de problème normalement après le lancement, vous pouvez l'ôter dès que vous le souhaitez."
Relena fronçait maintenant les sourcils contre moi, et je m'efforçai de conserver mon sourire innocent fermement en place. "Monsieur Maxwell," commença t-elle froidement, "vous n'êtes pas médecin, je ne sais pas si…"
Heero la coupa assez poliment avant que j'ai eu la chance de le faire moi même. "Relena, ce sont des dispositifs de base sur n'importe quel vol. C'est un remède sans ordonnance… Ils peuvent même être utilisé pour les enfants."
Elle l'accepta parce que ça venait de lui, mais je pouvais voir que ça lui restait sur le cœur. Ça la tuait qu'il continue à prendre ma défense. Je réfléchis à ça pendant un moment, et me rendis compte que ça n'allait pas arranger mes affaires si Relena avait l'impression d'être harcelée.
"Je suis désolé, Miss Peacecraft," je murmurai, contrit. "J'aurais probablement dû vous le mentionner d'abord, mais cela prend quelques minutes pour agir… et nous étions un peu à court de temps."
Chezarina sembla remarquer également que quelque chose se passait, elle me regarda, puis regarda Relena. "Miss Relena, ne soyez pas en colère contre lui s'il vous plait… c'était plutôt gentil à lui de remarquer mon inconfort, au milieu de tout ce qu'il avait à faire d'autre."
Je vis l'air ennuyé s'effacer sur le visage de Relena, et réalisai que cette femme avait visiblement une certaine influence sur les émotions de la jeune Reine. Elle n'eut pas le courage de me regarder dans les yeux, mais annonça tranquillement, "Je… comprends. Merci, monsieur Maxwell, de vous en être occupé."
Je lui adressai un sourire mega-watt. "Pas de problème. Si l'une de ces dames a besoin de quoi que ce soit… faites le moi juste savoir."
Sur ce, je décidai de m'éclipser un peu ; je tenais là ce qui ressemblait le plus à une phrase civilisée de la part de cette fille depuis… eh bien depuis toujours en fait. Je préférai ne pas pousser ma chance et m'excusai donc. Derrière moi, j'entendis Relena murmurer doucement, "Chezarina, pourquoi ne m'as-tu jamais dit que les voyages dans l'espace te rendaient malade ?" Elle semblait un peu blessée, actuellement.
L'autre femme lui répondit chaleureusement. "Ne vous inquiétez pas de ça, Miss Relena… Ce n'est vraiment pas grand-chose."
Je secouai la tête ; mais qu'est ce qui, chez cette fille, inspirait une telle loyauté ? Moi, elle ne m'inspirait rien d'autre que de l'irritation.
oOoOoOo
Je passai le reste de ma matinée à m'occuper avec des choses insignifiantes qui n'avaient pas vraiment besoin d'être faites, juste pour éviter Relena jusqu'à ce qu'elle ait eu un peu de temps pour se calmer. J'espérais qu'elle ne serait pas capable de maintenir ce niveau d'énervement pendant 5 jours entiers. J'étais pas prêt à parier de l'argent dessus… mais j'espérais. Je passai la majorité de mon temps dans le poste de pilotage ou dans ma cabine, donnant à Heero la chance de les mettre à l'aise. J'étais dans le poste de pilotage, Fuzzy-butt en main, essayant de déterminer quoi faire de lui maintenant que quelqu'un allait prendre sa place dans le siège du co-pilote, lorsque Chezarina vint me chercher.
"Monsieur Maxwell ?" appela t-elle depuis l'encadrement de la porte. Je me retournai et lui sourit malicieusement.
"Oui… M'dame ?"
Elle gloussa aisément. "Je suis désolée… Duo. Le 'monsieur' est difficile à oublier quand vous avez mon genre de carrière."
Je remis Fuzzy-butt dans son siège. "Eh bien, dans mon genre de carrière, vous n'êtes pas un 'monsieur', sauf si vous êtes trop vieux pour piloter et que vous devez prendre un boulot côté Terre."
"Je suis venue vous prévenir que le déjeuner est prêt," m'annonça t-elle alors, et je lui souris avec reconnaissance ; je n'avais pas été capable d'avaler de petit déjeuner, et je commençais à être vraiment affamé.
"Fantastique !" m'exclamai-je. "Montrez moi le chemin !"
Nous sortîmes dans le corridor et elle avança en direction de la cambuse, mais soudain elle s'arrêta. Je la surpris en train de regarder à nouveau la fresque sur le mur.
"Duo…" me dit-elle après un moment d'hésitation, "Pourquoi cette petite fille pleure t-elle ? Ça me secoue à chaque fois que je la vois."
Je m'arrêtai et laissai mes yeux parcourir la ligne de mes morts. "C'est Becca," lui dis-je doucement. "C'était l'une des rares parmi nous orphelin qui savait son nom de baptême. Elle connaissait même sa date d'anniversaire… on pensait tous que c'était incroyable." Je donnai à Becca un petit sourire mélancolique. "Elle se souvenait de ses parents, alors c'était plus dur pour elle. Elle pleurait beaucoup." Je haussai les épaules. "Je suppose que c'est juste la manière dont je me souviens d'elle."
Ses yeux étaient dilatés et elle essayait de décider si elle devait regarder Becca, ou moi. "Oh Seigneur… c'est si triste. Que… que lui est-il arrivé ?"
"Elle est morte lors de la peste," lui répondis-je simplement, essayant de la faire bouger vers la cambuse. Mais elle n'en avait pas fini avec ses questions.
"Vous voulez dire par là que Duo Maxwell n'est pas votre nom de baptême ?" Elle clignait des yeux, face à moi, et je jure que pendant un instant, je crus qu'elle allait se mettre à chialer.
Je lui balançai un sourire. "Non. Avant d'être Duo, ils m'appelaient Dodger. Et avant ça, pendant très longtemps, j'ai cru que mon nom c'était 'Hétoi'."
J'essayai de la jouer désinvolte et drôle, et je réussis à la faire rire en même temps que moi, même si c'était assez faible.
"Allons, Madame," je la pressai, "Je suis affamé !"
Elle prit le bras que je lui offrais, et lorsque nous nous tournâmes vers la cambuse, je vis Heero dans l'encadrement de la porte, avec une expression indéchiffrable sur le visage.
C'était une chose tellement étrange de rentrer dans ma cambuse… avec mon ciel bleu et mon herbe verte… et de sentir l'odeur de la vraie nourriture. La table était mise avec de vraies assiettes et tout. Je levai les yeux à Heero et sourit. "Hé, Ô grand chef… si tu peux cuisiner, comment se fait-il que ce soit moi qui soit coincé à le faire tout le temps?"
Il rit avec moi alors que je menai Chezarina jusqu'à son siège. "J'ai eu un peu d'aide," me dit-il et j'essayai de voir vers laquelle des deux il regardait.
"Heero," le réprimandai-je gentiment, "ces dames sont nos invités… tu ne peux pas les faire cuisiner et nettoyer."
Chezarina éclata de rire, et je sus sans l'ombre d'un doute que c'est elle qui avait presque tout fait dans la cuisine. Relena était complètement effacée, et je me demandai à quoi ils avaient bien pu passer leur matinée à discuter.
Le repas commença assez facilement, on maintint la conversation au 'passe moi ci', 'passe moi ça' pendant un moment, et bien entendu il y eut les compliments pour la cuisinière. C'était vraiment très bon, un simple ragoût avec des pommes de terre et du poulet émincé.
Puis, quelque chose sembla se mettre en branle entre Heero et Chezarina, et cette dernière se tourna vers moi avec un sourire étrange. "Alors… tous ces portraits sont ceux de vraies personnes ?"
Je rougis et songeai un instant que j'allais m'étouffer avec mon repas. "Heuuu… Ouais," je confirmai après avoir réussi à avaler.
"Qui sont le Prêtre et la Bonne sœur ?" demanda t-elle, et je jure devant Dieu que l'air qu'elle se donnait était trop innocent pour être honnête.
"Père Maxwell et Sœur Hélène," chuchotai-je en essayant de forcer Heero à me regarder, mais il était soudain très occupé à contempler son assiette. "Ils s'occupaient de l'orphelinat où j'ai… passé quelques années." Je poussai mes patates autour de mon assiette, priant qu'elle ne demande pas ce qui leur était arrivé, car je ne voulais vraiment pas aller par là.
"Maxwell ?" questionna-t-elle vivement. "Est-ce que c'est de là que vous avez pris votre nom ?"
"O… oui," confirmai-je, mon estomac noué alors que j'attendais avec anxiété la prochaine question. Je ne savais vraiment pas si j'étais capable de rester assis là à parler du massacre.
"C'était un homme grand et imposant," commenta t-elle. C'était tellement éloigné de ce que j'attendais que cela me fit rire.
"Eh bien… je soupçonne que, peut être, il n'était pas aussi grand que ça," lui répondis-je en souriant. "Mais quand on était gosse, il nous apparaissait comme un géant !"
"Il avait un visage bienveillant," remarqua t-elle. Je réalisai soudain que Heero et elle essayaient de transformer mes portraits en véritables personnes pour Relena.
"Il était sacrément effrayant à regarder quand on s'fichait dans les ennuis," rigolai-je, décidant d'entrer dans leur jeu. "Je crains qu'à l'époque, j'ai eu le chic pour me retrouver impliqué dans des bagarres, et ça finissait généralement avec comme punition de polir les grilles en laiton." J'oubliai volontairement de mentionner que dans ces bagarres, j'essayai bien souvent de protéger les plus petits du monde entier. Essayant de mettre mes pas dans ceux de Solo.
Chezarina s'exclaffa, avec les yeux brillants. "J'imagine que c'étaient les grilles les plus brillantes de L2 !"
Elle m'arracha un rire authentique, et en levant les yeux, je finis enfin par pouvoir accrocher le regard de Heero ; il me fit un signe imperceptible de la tête en guise d'encouragement. "Oui, j'imagine aussi," gloussai-je. "Ce que notre Père ne comprenait pas, c'était que ça ne me dérangeait pas vraiment de les polir, parce que Sœur Hélène aimait les voir brillantes et bien lustrées." Mon sourire, bien malgré moi, devint mélancolique. "On l'adorait tous… on aurait fait n'importe quoi pour la voir contente." Je reniflai, "c'est un peu bizarre quand on y pense ; on craignait le regard désapprobateur de Père Maxwell… et le sermon bien sûr. Mais après qu'on ait terminé notre punition, on avait droit à des câlins de Sœur Hélène." Je secouai la tête pour chasser les souvenirs, continuant à pousser mes patates.
"Que… qu'est ce qui leur est arrivé ?" La question me frappa comme un coup de poing dans l'estomac. D'autant plus que j'avais baissé ma garde, persuadé que Heero avait prévenu Chezarina de ne pas demander. Je ne me souvenais pas avoir jamais raconté cette histoire là à Heero, mais dans un sens, avec toutes les autres choses que je lui avais révélé lors de ma fièvre délirante, je me doutais bien qu'il en connaissait au moins l'essentiel. Ils avaient cependant oublié de prendre en compte Relena lorsqu'ils avaient cuisiné ce petit plan pour me… dé-bâtardiser. Je vis le visage de Heero se figer, et il ouvrit la bouche pour parler, mais je l'interrompis d'une main levée.
"C'est ok, Heero," lui dis-je doucement ; son regard me disait pourtant qu'il voyait sur mon visage que ça ne l'était pas. Oui, eh bien… ce n'était pas sa faute à elle ; ils avaient commencé ce petit jeu. Personne n'avait dit à Relena que cette question là était interdite.
Je levai les yeux vers elle, et vit seulement une curiosité prudente sur son visage. "Il y avait des… escarmouches partout sur L2 à cette époque." Je pris une gorgée de mon jus parce que ma gorge était soudainement très sèche. "Des rebelles sont entrés de force dans l'Eglise et elle a été… détruite quand la Fédération les a poursuivi. Ils… ont été tués pendant les combats."
J'entraperçu une étincelle de ce qui paraissait être de la sympathie dans ses yeux, et je bougeai le bras pour prendre et tapoter sa main. Elle tressaillit et je me reculai sans la toucher ; j'avais oublié mes cicatrices.
"Je suis… désolée," murmura t-elle, poussant à son tour ses pommes de terre autour de son assiette. Ça ne se passait pas du tout comme prévu, je supposais.
Chezarina semblait complètement misérable, et Heero avait une expression accablée sur son visage. Je ne savais pas ce que pensait Relena. Quelque chose enserrait douloureusement ma poitrine.
"Vous savez…" dis-je après un moment inconfortable, "Fuzzy-butt est un co-pilote assez honnête, mais il faut toujours le surveiller de près, sinon il dévie la trajectoire. Il a cherché à aller vers la Grande Ourse toute l'année passée." C'était un commentaire absolument nul. Dans un meilleur jour, j'aurais pu arranger les choses bien plus facilement, mais après la dernière douzaine d'heures, c'était vraiment un peu trop. Trop d'émotion à fleur de peau. Trop de souvenirs, certains anciens, et d'autres pas tant que ça. Je m'excusai et me dirigeai vers le poste de pilotage pour 'prendre la relève' de Fuzzy-butt. Je laissai mes mains traîner sur les murs en passant, laissant mes doigts caresser les images de mes morts En atteignant la porte du poste de pilotage, passant devant Solo, j'entendis l'écho de sa voix, "Fous toi un coup'pied au cul, Rat-boy."
"J'essay', Rat-king," je marmonnai en entrant dans l'espace relativement privé du cockpit pour essayer de faire juste ça.
"T'es sage, Fuzzy-butt ?" murmurai-je en attrapant cette putain d'peluche pour la serrer contre moi. Diable, j'avais été complètement aveuglé. J'aurais dû réaliser que toutes ces peintures et ces images allaient générer des questions. Je suppose que j'avais été tellement préoccupé par la très récente fresque incriminée qui décorait ma soute à cargo, que j'en avais oublié toutes les autres. Je frottai ma joue contre la fourrure usée et familière, et soupirai. Fuzzy-butt et moi, on était de vieux compagnons de réconfort. Il était pas meilleur orateur que ma 'Demon', mais il savait écouter comme personne.
Il y eut soudain des mains chaudes sur mes épaules, et la voix tendre de Heero près de mon oreille. "Je crois bien que c'est mon boulot qu'il est en train de faire, là."
Il me prit la peluche des bras et la jeta dans son siège, me tournant et m'engouffrant dans une étreinte passionnée. "Je suis si désolé, chéri… ça ne nous était pas venu à l'esprit que Relena entrerait dans la conversation."
J'étouffai un rire dans son épaule. "Eh bien ; est ce que ça ne révèle pas un foutu paquet de choses sur notre situation actuelle ?"
Il m'enveloppa encore plus puissamment dans ses bras, nous moulant ensemble jusqu'à ce que j'aie l'impression qu'il était l'unique chose qui me faisait tenir debout. Je fermai les yeux et me permis de m'accrocher à lui. "Tu câlines vachement mieux que Fuzzy-butt," lui murmurai-je, lui arrachant un petit rire.
"Je suis tellement désolé," me répéta t-il une seconde fois. "Je savais qu'ils étaient morts mais je ne savais pas que c'était arrivé… comme ça."
Je ricanai, mais il n'y avait aucun humour dedans. "C'est pire que ça, mon amour," lui chuchotai-je, sentant la douleur familière ressurgir. "C'était ma faute."
Il ne parla pas, se contentant de passer la main dans mes cheveux et de me tenir fermement.
"Un de ces jours," je soupirai," quand nous aurons un peu de temps seuls ensemble… peut être que je me soûlerai assez pour pouvoir t'en parler."
"Oh seigneur, Duo," s'exclama t-il d'une voix enrouée, "je suis tellement mauvais à tout ça."
Je le serrai fort, là où mes bras étaient enroulés autour de sa taille. "Non, tu ne l'es pas," lui dis-je fermement. "Câlins, ok. Toucher, ok." Je levai la tête de son épaule pour lui offrir un sourire. "Et arrête de t'excuser."
"Je ne veux pas te faire souffrir," me déclara t-il doucement, et je sus reconnaître cette écharde qu'il traînait sous sa peau.
Je l'arrêtai avec un baiser léger. "Ce n'est pas le moment pour ça, mon amour."
Il soupira mais acquiesça en signe d'acceptation.
Je me retirai à contre cœur de son étreinte. "Je devrais probablement aller parler avec Chezarina. Elle avait l'air… un peu affligée."
Le sourire de Heero était plein de regrets. "Je me sens vraiment mal pour cette pauvre femme ; j'ai eu l'occasion de parler un peu avec elle. Elle t'apprécie vraiment, et je pense qu'elle aimerait bien faire changer Relena d'avis. Elle se sent vraiment prise entre deux feux."
Je dus réprimer un rire à l'image mentale que ce commentaire faisait naître, et je lui racontai un petit bout de ce que le vieux Paragon m'avait dit dans la soute à cargo.
Il grogna et secoua la tête. "Pas de pression à part ça." Puis il regarda sa montre et soupira. "Est-ce que ça t'ennuie si j'utilise la radio ? Je veux contrôler avec Wufei certaines choses que j'ai laissé en suspend."
Je lui jetai un regard moqueur. "Heero, tu sais très bien que tu n'as pas besoin de me demander la permission pour utiliser cette stupide radio." Je me tournai pour quitter le poste de pilotage et jetai un coup d'œil au dernier moment pour le voir s'installer dans le siège du pilote. "Et dis bonjour à Wufei de ma part."
Il me sourit par-dessus son épaule.
Je trouvai Chezarina dans la cambuse, en train de faire la vaisselle, et je jurai intérieurement.
"Hé, Milady," je plaisantai en entrant dans la pièce, "vous êtes une invité à bord de mon vaisseau ; c'est déjà assez honteux comme ça que vous ayez fait à manger… je ne veux pas vous voir faire la vaisselle en plus."
Elle me retourna un sourire faible. "Ça ne me dérange pas, ça m'occupe l'esprit," murmura t-elle, m'observant comme si elle voulait dire quelque chose d'autre.
Je la rejoins et la poussai d'un coup de hanche de l'évier pour l'emmener s'asseoir à table. "Je ne suis pas un tel mufle que je doive vous kidnapper pour vous condamner aux travaux forcés !" entonnai-je avec arrogance, en prenant sa place pour nettoyer.
"Duo…" essaya t-elle après m'avoir regardé travailler un moment, "Je suis tellement désolé… Nous voulions juste…"
Je l'interrompis avec un sourire. "J'avais très bien compris ce que vous deux, comploteurs, aviez en tête ; vous n'avez vraiment pas à vous excuser."
"Nous aurions dû vous en parler d'abord, pour que ce ne soit pas une telle surprise." Elle fronça des sourcils, repensant à la conversation, j'en suis certain.
"Non," je soupirai, souhaitant juste ne plus avoir à parler de tout ça. "Si j'avais eu le temps de penser à ce que j'allais dire… ça aurait probablement ressemblé à un discours répété et calculé. C'est moi qui devrais m'excuser ; d'habitude, je ne suis pas aussi susceptible à ce propos. C'est juste que ces derniers jours ont été rudes…"
Je rangeai les dernières assiettes dans le meuble, les verrouillant dans leurs systèmes de blocage ; elle resta silencieuse jusqu'à ce que je finisse. Je me tournai pour m'appuyer sur le comptoir, face à elle, lui donnant ainsi la chance de dire tout ce qu'elle avait sur la conscience. Autant en finir le plus tôt possible, bordel.
"Rude ?" demanda t-elle gentiment.
Je soupirai et passai ma main sur mes yeux fatigues. "Ecoutez Chezarina… je ne sais même pas comment je me suis arrangé pour nous coincer dans cette situation infernale. Je n'ai jamais eu l'intention d'accepter cette stupide interview." Je n'avais aucun doute qu'elle connaissait tous les détails croustillants de cette affaire sordide. Heero n'arrêtait pas de me pousser… et avant que je ne réalise ce que ma grande gueule était en train de faire, j'avais donné mon accord, sous la condition que Relena dise que c'était ok de publier des images de cette fresque triplement maudite." Je laissai tomber ma main de mon visage et fixai mes paumes balafrées pendant une minute. "Mais… quand Relena est venue à bord et qu'elle a vu le truc… elle l'a attaqué. Elle a dit que j'avais imaginé les enfants…" Je m'arrêtai et la regardai. "Ça m'a foutu tellement en colère…"
Elle se leva et vint poser une main sur mon bras, "Je suis tellement désolée, Duo."
Je grognai doucement, et tentai de ramener le fantôme d'un sourire sur mes lèvres. "Ai-je déjà mentionné que ma grande gueule a tendance à me plonger assez souvent dans les emmerdes ?"
Elle pouffa. "Et je parie qu'elle vous en sort à peu près aussi souvent qu'elle vous y met," observa t-elle, caustique, ce qui me fit secouer la tête.
"Elle n'est vraiment pas comme ça d'habitude," continua t-elle doucement. "C'est une jeune femme douce et pleine de compassion. Son père l'a surprotégée… Il y a tant de choses qu'elle ne connaît pas."
"Je sais ça." J'expirai, ramenant mon regard sur mes mains. "Heero tient à elle. Et j'ai confiance en son jugement… S'il croit en elle, alors je crois en elle." Je laissai mes lèvres s'étirer en un large sourire, pour essayer d'alléger l'atmosphère. "Elle ne rend pas vraiment les choses faciles cependant."
Elle gloussa, probablement en partie pour me faire plaisir, et délibérément, l'une de ses mains vint prendre une des miennes. L'une de mes pauvres mains déformées. Je la regardai dans les yeux, surpris. Elle ouvrit la bouche pour parler, mais alors il y eut un son dans le corridor qui nous informa que nous n'étions plus seuls, et elle se contenta de sourire.
"Je pense que je vais retourner dans notre cabine," m'annonça t-elle, un peu trop gaiement. "J'avais emporté quelques livres, et je pense que j'ai envie de m'asseoir tranquillement pour lire."
"Ça me semble une idée bien agréable," j'admis, et elle donna à ma main une dernière caresse avant de se tourner et de se diriger vers la porte.
Je restai là une seconde, à écouter le bruit de… rien du tout. J'avais vraiment envie de faire jouer ma musique. Quand j'étais dans l'espace pour un boulot, la musique ne s'arrêtait jamais. Jour et nuit, il y avait toujours un fond musical qui passait. Ça me servait à ajuster mes humeurs, je l'utilisai aussi pour me soutenir quand les souvenirs venaient me pourchasser, je m'en servais pour couvrir le silence.
Peut être qu'il était temps que j'aille moi aussi un peu dans ma cabine ; J'avais toujours les mots de Kipling qui m'attendaient, après tout.
Je ne sais pas exactement ce qui m'a fait regarder à droite en passant la porte. Je ne sais vraiment pas. Plus tard, je me retrouverais incapable de dire si j'avais entendu quelque chose, ou si mes yeux s'étaient simplement égarés dans cette direction. Ce que je vis me glaça le sang, et j'étais déjà en train de courir dans cette direction, alors même que mon cerveau s'enclenchait et que je hurlais, "Relena ! Ne touche pas à ça !"
oOoOoOo
... Tamtamtâââm !!
Voilà, je crois que le décor est posé. Duo et Relena sont bel et bien enfermés ensemble, et je crois que si on était dans un Western, on les entendrait tous les deux dire 'cette navette est trop petite pour nous deux' (insérez musique de Ennio Morricone)
Navrée (enfin non, pas navrée du tout) pour le cliffhanger : à votre avis, quelle est la bêtise qu'est en train de faire Relena ? Et quel va être le résultat ? Hé hé, je pense pas que quelqu'un va trouver la réponse à cette question là…
Bisouilles mes enfants, RDV dans 1 mois ou 2…
oOoOoOo
Les musiques citées dans cette partie (il faudrait que je les cherche, savoir si Sunhawk a bon goût en matière musicale) :
'Trip across the mountain' (balade dans la montagne)
'Rocket Ride' de Tom Smith (voyage en fusée)
'The coachman'
