Chapitre 11 – Tâchons de rester zen
PDV Heiwana, 20 au 23 septembre 1995
Deux semaines. Deux longues semaines sans qu'elle ne m'adresse la parole. Elle en est même venue à m'éviter. Je suis d'une humeur de chien, et seul Drago peut me supporter. On est devenus proches lui et moi, après tout partager non pas un mais deux secrets, cela crée des liens. Je lui ai raconté mon histoire avec Hermione depuis le début, il a fait de même avec Potter. Pour lui, tout a commencé en première année. Même si à l'époque il n'en était pas vraiment amoureux. Parce que oui, Malfoy a des sentiments pour le survivant. La première fois qu'il l'a vu, dans le Poudlard Express il a tout de suite été fasciné par ce garçon. Puis il a appris à le haïr, leur répartition dans des maisons ennemies n'ayant pas aidé. Mais comme dit un proverbe, de l'amour à la haine, il n'y qu'un pas. Et Malefoy l'a franchi lors de la première tâche. Quand il a cru que Potter s'était fait dévorer par le dragon, il a senti son cœur se compresser dans sa poitrine, il a eu envie de partir en courant, achever lui-même le reptile. Alors petit à petit une pensée nouvelle a fait son chemin dans son esprit, et si toutes ces années à le haïr, à ne pas réussir à se le sortir de la tête, si tout ça n'était que le résultat d'une tout autre émotion ? Et la réalité s'est imposée à lui. Au début, il a été horrifié. Un sang pur n'est pas homosexuel. Et un Malefoy n'est pas attiré par un Potter. Puis un jour, il a entendu Harry rire avec ses amis, et il n'a pas pu empêcher de vouloir vivre ce genre de moments avec lui. Alors il a arrêté de lutter. Il a choisi de sauver les apparences, mais il ne désespère pas. Il s'est promis d'être plus courageux et d'avouer ses sentiments au balafré avant la fin de Poudlard. Tant pis s'il se fait rejeté, au moins il pourra avancer. Aller de l'avant.
Après m'avoir conté son histoire, il m'a demandé quand est ce que j'avais réalisé mes sentiments pour Granger. Je lui ai ri au nez. Je n'ai pas de sentiments pour elle. Il a eu un sourire bizarre. Bah les mecs sont bizarres.
Aujourd'hui je ne sais pas comment faire pour qu'elle vienne me parler. Juste deux mots même. Mais son regard refuse résolument de croiser le mien. C'est pour ça que je grommelle à moitié devant mon assiette de pommes de terre. Pour ça et pour le fait que nous avons cours de métamorphose dans vingt minutes. La vieille McGo me déteste. Tout ça parce que j'ai transformé sa chaussure en rat l'année dernière. Je l'avais même pas fait exprès en plus et je serais bien incapable de recommencer. Mais depuis elle s'acharne sur moi à chaque cours.
Et ça ne manque pas cette fois.
- Miss Selwyn, pouvez-vous me dire quel est le sortilège à utiliser pour métamorphoser une chenille en allumette ?
- Je ne sais pas professeur.
- Et pour transformer un papillon en clef ?
- Je ne sais toujours pas madame
- Je vois. Si vous aviez fait vos devoirs vous sauriez Selwyn
Je rage intérieurement. J'ai essayé de réviser. Mais comment voulez-vous que je reste concentrée sur un putain de bouquin alors que soit je suis à la bibliothèque les yeux fixés sur la porte en attendant qu'elle rentre, soit dans ma salle commune bruyante ? Je vois Weasley me lancer un sourire moqueur et je sers les poings sous la table. Rogue m'a déjà réprimandé pour ma sortie intempestive en Divination et j'ai eu une heure de retenue où j'ai dû nettoyer des chaudrons, je n'en ai pas besoin d'une deuxième. Mais le professeur McGonagall n'en a pas fini avec moi puisqu'elle demande à me voir à la fin du cours. Elle demande également à Granger de rester. Pourtant c'est son élève préférée. Sûrement un truc en rapport avec ses devoirs de préfète. Le cours prend fin et j'attends en silence. Elle va sûrement me retirer des points pour ne pas avoir su les réponses. Ou pire, une retenue. Génial, déjà que la semaine commençait bien.
- Selwyn ?
- Oui ?
- Vos résultats dans ma matière sont affligeants, et ce depuis l'année dernière. Pourtant vous vous en sortiez plutôt bien au début de vos études, que s'est-il passé ?
- J'ai dû perdre le coup de main.
- Ou alors vous ne travaillez pas assez. C'est pourquoi j'ai décidé de vous attribuer miss Granger comme tutrice. Le temps que vous retrouviez un niveau raisonnable dans ma matière.
Je vois au regard que me lance Hermione que j'ai intérêt de refuser.
- Je n'ai pas le temps. J'ai des choses à faire. Puis c'est injuste, Londubat est un nul dans toutes les matières et on ne lui attribue pas une aide de force à lui !
- Vous n'avez pas le choix Selwyn.
Je pars en fulminant. De quel droit cette veille peau s'immisce dans ma vie ! Elle n'est pas ma mère ! Il est hors de question que j'accepte ! Et dès demain j'irai me plaindre à Rogue. Et si jamais ça ne suffit pas, j'écrirai à mon père ! Ou pas. Mais je pourrais. Quelle école de merde. Je bouscule un élève dans ma hâte d'aller me coucher. Je ne m'excuse pas et fonce. Pas de chance, c'était Weasley qui me hurle de me retourner, le visage rouge. Je l'ignore, et un sortilège me passe au dessus de l'épaule. Bordel Weasmoche, j'espère pour toi que tu n'as pas osé m'attaquer alors que j'avais le dos tourné. Je sors ma baguette et sans réfléchir, je comble les quelques mètres qui nous séparent, ne laissant qu'une trentaine de centimètres entre nous. Il me lance un expelliarmus et ma baguette retombe plus loin. Très bien. Je me jette sur lui et lui décoche un coup de poing au niveau du visage. Je l'entends grogner de douleur et alors que j'allais vraiment m'énerver sur ce tas de graisse rousse et puante, notre professeur de métamorphose débarque, suivie d'Hermione, toutes deux alertées par les cris.
- Selwyn ! Vingt points de moins pour Serpentard ! Et deux heures de retenue !
- Allez vous faire foutre ! Allez tous vous faire foutre ! C'est lui qui m'a lancé un sort alors que je rentrais dans mon dortoir, il est hors de question que je paye pour ça !
Je ramasse ma baguette et je pars en courant. Tant pis pour le manque de respect, tant pis pour avoir hurler sur un professeur. Je veux juste que tout redevienne comme avant. Je veux juste revenir à février dernier, quand tout allait bien.
Je rentre dans la salle commune et me jette dans mon lit. Qu'ils aillent tous au diable, Weasley le premier. Qu'il tombe de son balai en plein match de Quidditch, que le Lord Noir s'occupe personnellement de lui, je m'en fous, tant qu'il a mal comme il n'a jamais eu mal. Je hais ce type.
Je reste tout le week-end prostrée dans mon lit. Tracey Davis essaie bien de m'en sortir mais je l'envoie bouler. Je veux juste crever dans ce pieu.
Un hibou toque à la fenêtre. Je décide de l'ignorer, mais il devient de plus en plus impatient et donc de plus en plus bruyant. En râlant, je lui ouvre. Il me tend un petit colis avant de me mordre l'index et de repartir. Il semblerait que je ne sois pas le seul être vivant ronchon du château.
J'ouvre le paquet, et j'y trouve un muffin aux myrtilles ainsi qu'une lettre. Je suis tentée de la déchirer, mais je reconnais l'écriture. Enfin, elle m'adresse la parole. Sûrement pour me dire que je ne suis qu'une personne horrible pour avoir frappé son ami et que je peux toujours attendre pour qu'elle me donne des cours. Je déplie religieusement le bout de papier.
"Heiwana,
Je suis désolée. Désolée pour mon comportement, mais aussi pour celui de Ron. McGonagall lui a tiré les vers du nez et il a reconnu t'avoir attaqué sans raison. Les points ont été rendus à ta maison et ta retenue annulée. Les cours sont cependant toujours d'actualité. Je t'attendrai à la bibliothèque, lundi à 17h30. Je tiens vraiment à te présenter mes excuses de vive voix. Viens s'il te plait.
Hermione".
Bon sang. Ce n'est pas croyable. Elle croit quoi, que je vais rappliquer comme un petit chien parce qu'elle m'envoie mon dessert préféré et une lettre d'excuses ? Je vaux bien mieux que ça ! Il est hors de question que j'y aille, elle peut toujours courir. Et si elle veut que je lui adresse la parole un jour elle va devoir se mettre à genoux. Hors de question que je lui pardonne. Vraiment.
Je suis faible. Mais pas trop. J'ai un amour propre. C'est pour ça que j'arrive avec cinq minutes de retard, ça lui apprendra. Je souris toute seule en l'imaginant se triturer les mains dans l'espoir de me voir venir. Je suis sure qu'elle fixe la porte avec angoisse, viendra, viendra pas ?
Non mais c'est quoi ça ? Elle n'est même pas là ! Elle m'a posé un lapin. Elle s'est bien foutue de ma gueule. Tu es stupide Selwyn, vraiment ! Je suis sûre que c'est le rouquin qui a écrit la lettre ! Alors lui quand je vais l'attraper, il va passer un sale quart d'heure.
Bon peut être que je me suis emballée. Parce qu'elle déboule en courant, la respiration erratique, les joues rouges.
- Désolée, retard, Gobe-Planche..
- Un truc de plus pour lequel tu vas devoir t'excuser Granger.
J'essaie de rester le plus froide possible. Je ne veux pas qu'elle sache à quel point je suis heureuse qu'elle soit venue. Je lui désigne une table de la tête et nous nous y asseyons. On reste comme ça, à se fixer en chiens de faïence, quand elle prend la parole.
- Je sais pas par où commencer. J'aurais jamais du t'éviter comme ça. C'est juste qu'Harry est mon meilleur ami. Et tout le monde le croit fou, alors qu'il a vécu cette expérience traumatisante. Il ne ment pas, Tu-Sais-Qui est de retour.
- Comment le sais-tu, l'as-tu vu ?
- Non, je..
- Je ne crois que ce que je vois. Et puis, s'il était de retour on le saurait. La gazette n'en a pas parlé, par contre elle n'a pas cessé d'incriminer Potter.
- Justement !
- Granger, je croyais que tu devais t'excuser, pas me raconter des salades !
- Je ne mens pas.
- Tu l'as dit, Potter a été traumatisé. Il est normal qu'il ait des séquelles.
- Harry n'est pas fou.
Je la regarde, sans rien ajouter. Ce débat est stérile. Je ne peux pas lui dire que je la croie, elle ne peut pas penser que son ami déraille. Elle se lève, furieuse.
- Tu aurais pu faire mieux comme excuses. Mais disons que je te pardonne et travaillons. Plus vite je capterai quelque chose à ce cours stupide, plus vite tu seras libre te reprendre ta vie et de ne plus me fréquenter.
Elle part chercher un livre dans les rayonnages et le pose avec force devant mes yeux. Elle m'indique de le lire page 125 à 137. J'acquiesce. Je commence ma lecture dans un silence pesant. Au bout de vingt minutes, je lui annonce que j'ai fini. Elle me pose quelques questions d'un ton sec, et mes réponses doivent lui convenir puisque c'est la voix un peu radoucie qu'elle me dit de reprendre ma lecture. Ce petit jeu dure une heure de plus, jusqu'à que j'abandonne. Je n'en peux plus. Je m'endors à moitié sur la page que je suis en train de lire. Et je ne sais pas si c'est parce que je risque de baver sur le bouquin en m'assoupissant ou parce qu'elle ne veut pas que je passe la nuit là, qu'Hermione me secoue doucement en murmurant mon prénom. Je bafouille une réponse inaudible et elle colle sa bouche contre mon oreille en m'intimant de me lever. Meilleur réveil de ma vie. Je me relève avec un peu de mal, et je réunis mes affaires pendant qu'elle range l'ouvrage. Elle revient vers moi et me demande moitié sérieuse moitié riant si je vais retrouver mon chemin jusqu'à ma salle commune. Dans un bâillement, je lui lâche qu'au pire un élève me trouvera bien sur son chemin et me ramènera. Elle me propose de me raccompagner mais je refuse. Elle me sourit alors, et m'offre de se retrouver ici demain, à la même heure. J'accepte, et avant que je puisse aller retrouver mon lit adoré, elle me serre dans ses bras en me disant que je lui ai manqué. C'est avec un sourire niais que je rentre dans ma Salle Commune, et c'est toujours avec un sourire idiot étalé sur le visage que Drago me retrouve allongée sur un canapé en rentrant du dîner. Il me sort de ma léthargie et je lui raconte vite les informations avant de me traîner jusqu'à mon lit avant de m'endormir pour de bon cette fois.
