Merci à Melior, Hachi Osaki et Cihanesthyste pour leurs reviews ! Merci aux autres lecteurs anonymes qui ont mit cette histoire en favoris et en follow.

Je vous souhaite une bonne lecture !


«Vous ne savez pas ce qui est important pour vous jusqu'à ce que vous le perdez réellement. » Gandhi


Lorsque les orcques commencèrent à se retirer et à disparaître dans les ombres de la forêt, Pippin et Merrin, furent les premiers à le remarquer.
« Hey ! S'exclamèrent-ils soudainement. Ils s'en vont ! !
- Et ils ont pris Hermione, Harry et Ron ! » Cria Frodon, courant à toute allure afin de les rejoindre, suivi de Sam.
Impuissants, les deux hobbits avaient été témoins de la capture des jeunes sorciers. Aussitôt Boromir porta son cor à sa bouche et le fit résonner d'un souffle puissant, qui porta loin à travers la forêt. Un appel que perçu Legolas par-dessus le fracas des épées. Abaissant son arc, l'elfe se tourna en direction du fond de la combe, plissant le regard. Apercevant alors les hobbits gesticuler en pointant l'autre versant de la colline, il comprit aussitôt :
« Les orcques se replient ! » S'exclama-t-il. « Aragorn ! »
L'interpellé, en train de combattre, acheva son adversaire d'un coup d'épée, puis releva la tête. Voyant les quelques Orcs retardataires s'enfuir dans les bois, le rôdeur sentit alors un vent de panique s'emparer de lui. Car ce soudain repli ne pouvait signifier qu'une chose.
«Non, non non !»
Arme à la main, il s'élança alors comme un cerf à la poursuite des orcques. Legolas et Gimli s'engouffrèrent aussitôt dans son sillage.


Ils les poursuivirent durant deux jours et deux nuit. Habitué à se déplacer à vive allure, Aragorn se sentait pourtant éreinté. Ne trouvant la force de continuer que dans l'espoir de rattraper le groupe d'Urk-haï qui avait enlevé les jeunes sorciers. Toutefois, les hobbits ne pouvant maintenir une telle endurance, le rôdeur avait été forcé à contre cœur de ralentir, même si par-dessus son épaule, il ne cessait de les enjoindre à continuer d'avancer.

« Allons !Il faut se hâter !»
Paroles qui excéda une fois de plus Pippin, à bout de souffle.
«Il exagère... ! Il pourrait nous accorder un peu de répit. Voilà deux jours que nous courrons !
-...Il est inquiet, expliqua Frodon dans un murmure, gardant un œil vigilent en direction du rôdeur. Si nous ne les rattrapons pas à temps, Hermione, Ron et Harry risquent d'être tués.
-Peut-être, mais cela ne nous fera pas avancer plus vite qu'on ne le fait déjà !» Rétorqua sombrement Merrin.

D'autant plus la forêt semblait comme se moquer d'eux, toujours plus sombre et s'il n'y avait pas nombre d'indices laissés par la troupe - traces de sang et branches rompues, empreintes de pas dans la terre fertile- nul doute que la compagnie se serait depuis longtemps égarée dans les ombres de Fangorn.

« Ne vois-tu donc pas qu'il est amoureux ?»
La remarque avait fusé, et Frodon, sous le regard médusé de ses compagnons, regretta aussitôt que le fruit de ses réflexions eût franchi le barrage de ses pensées. Toutefois, ses paroles eurent le mérite d'instiller en ses compagnons plus de compréhension vis-à-vis de l'empressement du rôdeur. Même si Merrin se rembrunit et et ne pus s'empêcher de soupirer. Un soupir tout aussi pesant qu'un non-dit et que l'expression assombrie de son visage.
« Vous feriez la même chose si un être cher aurait été capturé par une banque d'orques sans cervelles !» Glissa subtilement Sam.

Pour sa part, et avec circonspection, Frodon lança un regard en direction d'Aragorn. Il était certain que le rôdeur avait parfaitement entendu ses paroles. Pourtant, rien dans son apparence et sa démarche ne trahit une quelconque réaction. Pas même son expression indéchiffrable, lorsque celui-ci se tourna à demi vers eux:

« Il y a deux jours, avant de nous lancer dans cette course, j'ai déclaré que le choix serait difficile, et que ceux qui souhaitaient rester en arrière, et prendre une route plus sûre, le pouvaient, leur rappela-t-il. Vous avez choisi de poursuivre sans hésiter...De cela, je vous suis reconnaissant. Néanmoins, je vous demande humblement de tenir bon, et de ne pas perdre espoirs. Nous finirons par les rattraper...»

Et ces mots valaient également pour lui-même. Alors qu'il reprenait la marche, il réfléchit ensuite aux paroles de Frodon. S'était-il épris de la jeune sorcière ? Il ne le savait guère. Toujours est-il qu'il était sûr d'une chose ; il était furieux contre lui-même. Furieux de ne prendre depuis le début que de mauvaises décisions. Sans doute, aurait-il mieux fait de passer par la Lothlorien et de faire confiance aux Elfes. Ce chemin aurait été bien plus sûr, et ainsi, la capture d'Hermione aurait pu être évitée. De plus, il ne cessait de repenser aux paroles de la jeune femme. À ses cris sous la tente. Ne m'appelez pas comme ça ! Morwen est morte ! À son expression douloureuse et désespérée, si pâle, tandis que son regard ambré était voilé par les larmes. Oui, la petite fille avait bel et bien disparue dans l'incendie, songea-t-il amèrement. Fou qu'il avait été de vouloir croire le contraire. Espoir des peuples libres et homme, mais qui lui-même n'en a point, s'était amusé Gandalf. Oh combien ses paroles lui semblèrent justes en cet instant. Brisant définitivement ses illusions. Et d'autant plus cruelles que désormais, c'était Hermione qu'il risquait dorénavant de perdre...


Lorsqu'ils atteignirent enfin la lisière sud de Fangorn, ce fut pour faire face à un paysage aux plaines désertiques, taillées par les vents et les rochers. Et alors qu'ils courraient à présent à flanc d'une colline escarpée, Aragorn remarqua au sol une paire d'empreintes de pas, plus petites que ce qu'ils suivaient jusqu'à présent, qui se démarqua soudainement et qui s'écartât de la piste, filant sans raison vers l'Ouest.
« Attendez !» s'écria-t-il soudainement, s'immobilisant aussitôt, le regard rivé au sol.

Il s'agenouilla, et posa sa main. Mesurant la longueur ainsi que sa profondeur. Notant les lignes étranges, qui formaient des motifs rectangulaires parfaitement imprimés dans la terre. Si différentes des autres, grandes et plus profondes, lisses et vierges de tous motifs. « Elles ne datent que de quelques heures, nota-t-il, le cœur battant. Il doit certainement s'agir de Ron ou de Harry ! »

L'un des jeunes hommes avait apparemment réussi à fausser compagnie à ses ravisseurs, mais n'était pas allé cependant très loin, sa trace bien vite interrompue par celles des Orques. Plus en avant, Legolas qui avait continué de remonter la piste, se pencha soudainement et ramassa quelque chose qui était dissimulé parmi les hautes herbes, puis revint en courant. «Aragorn, regardez ceci...»

Il lui tendit un objet qui scintilla au soleil. Un médaillon d'argent, sur lequel une étoile et des entrelacs étaient ciselés avec finesses, que le rôdeur reconnu aussitôt. Il s'agissait de celui d'Hermione.
«Il n'a pas dû tombé par hasard, dit-il d'un air soucieux. Hermione nous a assurés qu'il était enchanté contre l'usure, et afin que personne ne puisse le lui retirer sans son consentement…
-Croyez-vous que l'un d'eux ait tenté de faire diversion afin qu'elle puisse s'en défaire et le jeter à notre intention ? Demanda Boromir.
-Si c'est le cas, cela prouve qu'ils étaient vivants, dit Gimli. Et que notre poursuite n'est pas encore vaine..»
À ces mots, Aragorn serra avec le force le médaillon, puis passa vivement la chaîne autour de son cou. Étonnamment, le bijou était bien plus léger qu'il ne le laissait paraître, diffusant une étrange chaleur contre sa poitrine. Puis reportant son attention sur les empreintes, il sentit les doutes qui obscurcissaient son esprit se dissiper.

« Hâtons-nous ! Nous avons encore une chance de les rattraper…!» dit-il, se remettant à courir au grand désespoir des hobbits.
«Courage mes amis !» fit Legolas, avant de s'élancer à son tour à la suite du rôdeur.


Ils avancèrent pendant un peu plus d'une heure. Jusqu'à atteindre la vallée de Dunland. Et du haut de la falaise, découvrirent non sans effrois, le domaine d'Isengard. Pour nombre d'entre eux, ce fut la première fois qu'ils aperçurent la tour d'Orthanc et les hauts murs d'enceinte qui l'entouraient. Mais la vision la plus accablante fut sans doute, l'armée massive d'un millier d'Orques, répandu sur tout le domaine, et les fumées noirs qui s'échappaient des cavernes de l'Isengard, porteuses des murmures sourds des machines de guerre.

« Trop tard... » Murmura Aragorn, glacé. « Nous arrivons trop tard... »

Car le petit groupe d'Uruk-haï qu'ils poursuivaient depuis deux jours, atteignait à l'instant les portes noirs de l'enceinte.

Le visage défait, le rôdeur se sentit alors soudainement vaciller, et tomba à genoux, ses yeux gris s'embuant de larmes contenues. Il avait échoué. Une fois encore, il était arrivé trop tard. Ne pouvant empêcher l'inévitable. Affligé, et dans une expression douloureuse, il ferma les yeux et baissa la tête. Legolas posa une main sur son épaule, tandis que tous à ses côtés, partagèrent la même peine, atterrés et incapable de détourner le regard de l'aiguille d'obsidienne qui semblait se jouer d'eux. Car qui étaient-ils pour vouloir se lever contre son pouvoir ? Contre une armée entière, ils n'étaient que neuf.

Pourtant, une voix s'éleva. Celle de Frodon qui, étrangement gardait espoir. « Tout n'est pas perdu. Ils sont certainement encore en vie... Dit-il. Et tant, qu'ils le sont encore, nous devons tout tenter pour les sauver…. »

Aragorn se tourna vers le hobbit, le dévisageant avec étonnement.

« Mr Frodon à raison, déclara Sam. Nous n'avons pas fait tout ce chemin pour les abandonner à leur sort ! Nous devons aller les sauver… ! »

À ses côtés, Merrin et Pippin hochèrent vivement la tête, la flamme de la détermination s'illuminant à nouveau dans leurs yeux. Et il était de même pour Boromir, qui sourit étrangement, de même Gimli et Legolas.

« Cette fois, c'est à vous de choisir, fit joyeusement Pippin. C'est à vous de nous suivre ou non... »

Le rôdeur se se redressa, puis gravement, observa les hobbit un à un. Il avait oublié combien les hobbits pouvaient être plein de surprise. Et ce moment en était un, car même au milieu des ténèbres, ils percevaient encore un éclat d'espoir. Un sourire étira alors doucement son visage, et il hocha la tête.

« Très bien, dans ce cas, partons à leur secours ! »


Hermione était agitée par un sombre cauchemar ; il lui semblait entendre sa propre voix, qui résonnait sans fin dans les ténèbres de son inconscience, comme un appel : Aragorn ! Aragorn ! Mais au lieu du visage rassurant du Dunedain, lorsqu'elle ouvrit les yeux, ce fut pour voir ceux grimaçants et bestiau des Uruk-Haïs, qui s'agitaient tout autour d'elle. Puis avec soulagement, ceux de Harry et de Ron à ses côtés, blafards et marqués par de profondes cernes, creusés par la crainte et la fatigue. Remarquant qu'elle les observait, le visage de Harry se fendit toutefois d'un mince sourire, en dépit de la plaie sanguinolente qui lui barrait le front : «Tu es réveillée… »

Elle fronça les sourcils. Puis sa mémoire reconstruisit les derniers événements ; leurs captures deux jours plutôt, ainsi que la course interminable, où ligotés et privés de leurs baguettes, ils avaient été portés par leurs ravisseurs en travers du dos comme des sacs. La jeune femme se souvint s'être évanouie à plusieurs reprises, trop épuisée pour pouvoir rester consciente. Sans compter son mal de tête lancinant qui ne cessait de l'élancer, suite au coup qu'elle avait reçu à la tempe. Se redressant légèrement, et malgré l'obscurité, la jeune femme remarqua alors que la troupe se trouvait en lisière de forêt.

«Où sommes-nous ? Demanda-t-elle.
- Plus très loin du terminus, murmura sombrement Ron. Ils comptent nous faire marcher... » Et disant cela, il désigna un grand orque noir qui déambulait parmi la troupe.

À sa peau cuivrée et à son visage peint à l'expression féroce, Hermione ne put s'empêcher de frémir. Il s'agissait du meneur, Lutz. Lorsqu'il s'avança vers eux et qu'il vit qu'elle était éveillée, sa bouche cruelle s'étira soudainement dans un sourire torve.

« Fini de dormir et assez de vous trimbaler, fit-il d'une voix caverneuse. Va falloir vous servir de vos jambes, jeteurs de sort ! »

Puis ne leur laissant pas le temps de réagir, il se pencha vers Harry, lui dénouant ses liens et le saisissant durement par les cheveux. Le jeune homme voulu aussitôt crier de douleur, mais n'en eut pas le temps, car Lutz lui fourra brusquement un flacon entre ses dents, et lui versa un liquide brûlant dans la gorge. Le voyant se débattre, plusieurs Uruk-haïs ricanèrent. L'orque le relâcha avec rudesse. Ron et Hermione subirent le même traitement. Toutefois aussi désagréable sois l'étrange breuvage qui manqua par ailleurs de les étouffer, celui-ci les enveloppa néanmoins d'une étrange chaleur, et la douleur de leurs jambes s'évanouit. Ils purent se tenir debout, débarrassés de toute fatigue et un éclat farouche brilla dans les yeux de Ron, en dépit de son visage dangereusement pâle.

«Et maintenant avancez ! » Leur ordonna l'Uruk-hai, poussant les garçons avec rudesse. Puis d'un rugissement, ordonna au reste de la troupe de se remettre en marche.

Comme le devinera Aragorn quelques heures plus tard, ce fut sous les premières lueurs de l'aube et que la plaine était baignée de brume que Ron tenta de s'échapper. Non pas, pour fuir, car le garçon savait que cela lui serait impossible, mais dans l'espoir de laisser quelques traces à l'intention du rôdeur, sans savoir cependant si ce dernier était toujours vivants. Bien entendu, il fut rattrapé et c'est à coups de fouet qu'il fut ramené dans les rangs. Cependant, la diversion donna le temps à Hermione de laisser tomber son médaillon au sol et de l'enfouir d'un mouvement de pieds sous les hautes herbes. Se séparer du dernier souvenir de ses parents lui était difficile, mais c'était l'unique moyen de laisser quelque chose de leur passage. Échangeant un regard avec Harry, la jeune femme ne put que sourire tristement alors qu'ils se remettaient en marche.


Lorsqu'ils atteignirent Isengard, le soleil était désormais haut dans le ciel. Et jamais par le passé son éclat de leur parut aussi sinistre, se reflétant sur les murs d'obsidienne de la tour qui s'érigeait de toute sa puissance vers le ciel.

Franchissant l'enceinte, Hermione fut traversée par une vague de souvenirs ; celle d'un jardin paisible et luxuriant, et d'une tour qui était autrefois synonyme de savoir et de partage ; son rire et ceux des autres enfants, fils et filles de seigneurs, qui déambulaient paisiblement. Elle se souvenait d'un lieu de vie et de connaissance infinies. Et non pas, comme elle le constatait à présent, d'un lieu transformé pour la guerre, désertique et souillé par l'armée de créatures qui foulaient son sein. Défiguré par le métal et la pierre, par le feu des forges et par les armes.

Arrivés au pied de la tour, Lutz la saisit par le bras. Et tandis que d'autres se chargeaient de Ron et Harry, on les amena en amont de la troupe, les forçant à s'agenouiller dans la boue et le sang.

« Voici les jeteurs de sort mon seigneur... » Clama-t-il avec force.

Hermione releva la tête. Et croisa le regard sombre de Saroumane. Le visage impassible, celui-ci la dévisagea. Puis étudia les garçons, qui soutinrent son regard avec défiance. Le magicien sourit froidement, puis ses yeux noirs, glissèrent à nouveau sur la jeune femme.

« C'est un plaisir de te retrouver, Morwen... » Au son de sa voix, grave et dangereusement envoûtante, la jeune femme se sentit frémir. « La dernière fois que je t'ai vu, tu n'étais qu'une enfant… »

Le ventre de la jeune femme se serra douloureusement. La dernière fois qu'elle l'avait vu, il s'avançait, au milieu d'une salle en flamme, enjambant le corps de sa mère, son regard d'obsidienne aussi insondable qu'un puits sans fond. Il était l'être qui avait habité une partie de ses cauchemars, l'ombre menaçante qu'elle avait tant redouté. La forme qu'avait prit l'épouvantard lors des cours de défense contre les forces du mal, causant nombre d'interrogations parmi ses camarades.

« Et il aurait mieux valu pour toi et tes compagnons de rester dans ton monde d'adoption... » Susurra-t-il calmement.

Oh oui...Elle le savait parfaitement, songea-t-elle avec désespoir, déglutissant avec peine. Une pensée que sembla entendre le magicien, sa barbe se fendant d'un sourire mince et inquiétant.

« Emmenez-les à l'intérieur » ordonna-t-il, sans la quitter du regard.

Lutz grogna et alors qu'ils furent poussés en direction des escaliers, Hermione leva les yeux vers le sommet de la tour, plus menaçante et sinistre que jamais.

Oh, dieux, pensa-t-elle. Sauvez-nous...


« Qu'est-ce que c'est que ça ? » Demanda Merrin.

Le soir était tombé et sous les dernières lueurs du crépuscule, la compagnie errait, ne sachant comment entrer en Isengard. À l'interrogation de Merrin, tous s'immobilisèrent. Et entendirent effectivement comme un roulement de tonner, loin dans les collines.

« Ce sont des chevaux » fit Legolas. Il se dressa sur un rocher et tenta d'apercevoir les arrivants. « Des rohirrims ! Annonça-t-il. Ils arrivent droits sur nous ! »

Et effectivement, quelques secondes plus tard, le groupe de cavalier apparu, longue file d'hommes en cotte de maille, rapides et terrible à voir. Leurs chevaux étaient grands et puissants ; leurs robe luisante et les crins nattés. Piaffant avec vigueur et s'accordant à ceux qui les montaient, hommes de hautes tailles, aux membres allongés, souples et agile, l'expression dure et ardente. Alors qu'ils remontaient la plaine dans la direction de la compagnie, le cavalier de tête leva un bras vers le sud. D'un seul mouvement, la horde se scinda en deux. L'une se dirigea aussitôt dans la direction désignée, tandis que l'autre se mit au pas. Le cavalier de tête était parmi eux, puis contre toute attente, se dirigea seul à grand galop, en direction de la compagnie.

« Il s'agit d'Eomer ! » Les informa alors joyeusement Legolas, reconnaissant l'homme au long panache blanc qui pendait de son casque.

À cette nouvelle, les tous se détendirent. Et accueillirent chaleureusement le cavalier lorsque ce dernier sauta à bas de sa monture.

« La chance est décidément avec vous ! Déclara-t-il en ôtant son casque. Les rumeurs ne cessent de parcourir le territoire et on dit que les magiciens ont envoyé des troupes vous pourchasser. Vous retrouvez ici, si près de l'ennemi, relève soit du miracle, soit de la folie.

- Un des deux sans doute, répondit Boromir, dans un pâle sourire. Mais nous sommes malheureusement porteurs de mauvaises nouvelles… »

Le regard d'Eomer parcouru l'ensemble de la compagnie. Notant l'absence des trois jeunes sorciers, puis l'air sombre d'Aragorn.

« Que s'est-il passé ? Demanda-t-il.

- Une embuscade, répondit le rôdeur. Nous traversions la forêt de Fangorn lorsque Gandalf nous y a surpris, avec une compagnie d'Uruk-Haï. Il y a de cela trois jours… »

Une expression consternée se dessina sur le visage du Rohirim.

« C'est assurément une terrible nouvelle...

- Nous cherchons un moyen d'aller les libérer, intervint Merrin, ses yeux brillants d'un éclat féroce. Nous aiderez-vous ? »

Eomer dévisagea avec surprise le hobbit, puis le reste de la compagnie. Cependant, face à leur gravité, le Rohirim fut forcé de constater que les propos du semi-homme n'avaient rien d'une plaisanterie.

«Il est certains que les magiciens ne les tuerons pas tout de suite, déclara Boromir. Pas avant d'avoir fait savoir qu'ils ont mis la main sur Morwen afin de briser définitivement tout espoir de soulèvement.

- Morwen ? S'exclama Eomer, avec surprise. La jeune fille ? En êtes-vous bien certains ?

- Oui, répondit sombrement Legolas. Et c'est pourquoi nos nouvelles sont si terribles à entendre. Et pourquoi nous sommes désespérés à l'idée que leurs jours soient comptés…

- Alors dans ce cas, rétorqua le Rohirim. Le Rohan est fin prêt à rentrer définitivement en guerre. Lors de mon retour à Medulsed, Théoden s'est décidé à chasser Grima-Langue-de-Serpent. Depuis, nous lançons régulièrement des riposte éclairs contres les troupes de Saroumane qui traversent nos frontières et parcourent librement le pays… » Il regarda Aragorn et son visage se durcit. «Nous ferons ce quel nul homme n'a osé de tenter jusqu'à présent, déclara-t-il. Il est temps de frapper le nid de serpent... Nous vous aiderons à libérer Morwen... »


« Mon seigneur, pourquoi m'acquitter de cette tâche ? Les orques, ne peuvent-ils donc pas continuer de s'en charger ? »

Émergeant des ombres tel un spectre, le visage livide de Grima Langue-De-Serpent, dont les yeux pâles imploraient l'indulgence de Saroumane. En vain, puis qu'avec colère, le magicien se retourna vers lui.

« Suffit lâche couard ! Cesse tes jérémiades ! »

La silhouette sombre de Grima se courba aussitôt d'une humilité feinte qui ne trompa personne. Cependant le magicien n'en fit peu de cas, connaissant le personnage qui lui faisait face à sa juste valeur. Laquelle se résumait aux invective citée quelques instants plutôt. Cependant, il admettait que fut un temps, où l'homme qui le suivait telle une ombre désincarné avait eut son utilité, étant les yeux et les oreilles des magiciens au sein du royaume du Rohan, allant jusqu'à même empoisonner l'esprit de son roi Théoden par la crainte et le chantage, assurant ainsi sa soumission totale.
En apparence du moins, car sitôt Eomer de retour, et ce, malgré son bannissement, portant avec lui les rumeurs l'apparition de trois jeunes sorciers, Theoden l'avait aussitôt chassé de la cité. « Et dîtes à vos maîtres que le Rohan ne se courbera plus sous la menace ! Nous payerons désormais le prix fort, comme nous l'avons toujours fait par le passé ! Ainsi sera, le prix de notre liberté ! » Une nouvelle qui avait évidement fort irrité les magiciens. D'autant plus, que les raides menés par Eomer ne faisait qu'attiser leur irritation.

« Mais mon seigneur, êtes-vous certains qu'ils sont ..
- Leur baguette sont en ma possession, reprit Saroumane froidement. Et sans elles, ils ne sont rien. De plus, ce ne sont encore que des adolescents… C'est donc une tâche à la hauteur de tes aptitudes... À moins que ta couardise ne soit plus grande que je l'avais imaginé ?
- Non mon seigneur, répondit Grima en s'inclina de nouveau, l'expression cette fois insondable.
- Dans ce cas, déclara le magicien, assure-toi qu'ils soient enfermés, et que Morwen soient séparée de ses compagnons. Nous aviserons de leur sort plus tard…
- Il en sera fait comme vous le souhaitez...»

Et Grima se fondit de nouveau dans les ombres auxquelles il appartenait, sa silhouette glissant silencieusement le long des couloirs. Au fil de ses pas, l'homme s'interrogea sur leurs prisonniers et les rumeurs qui courraient à leur sujet, ses pensées tournoyant entre mépris pour ces inconnus si facilement maîtrisés -puisque Saroumane semblait détenir la source de leur pouvoir- et la crainte face à la menace qu'ils semblaient pourtant représenter aux yeux des magiciens.

Toutefois, lorsqu'il arriva dans la salle où étaient maintenu les sorciers, ses pensées jusqu'alors tout aussi tortueuses que les corridors qu'il arpentait, se figèrent à la vue d'Hermione. Et l'image d'une jeune femme à la chevelure d'or l'emplit tout entièrement, se superposant sur celle de la jeune fille. Grande et pâle, aussi belle et froide qu'un pâle matin d'hiver. Altère et fille de roi. Une femme qu'il avait longuement désirée, hantant ses pas tel le spectre qu'il était, sans oser pourtant la toucher. À la vue d'Hermione, le souvenir de cette femme qu'il avait si longtemps révéré, se teinta soudainement d'amertume. Le souvenir chéri se flétrit, et la saveur de l'amour, se changea en celle de l'amertume et de la vengeance. Celle qui lui faisait face était pourtant bien différente. Bien plus jeune, la chevelure fauve et emmêlée, le regard de biche sombre et ourlé d'une longue frangée de cils, elle était d'une beauté troublante, à la fois innocente et sauvage. Semblable aux elfes des bois qu'il imaginait enfant, lors des récits que sa mère lui contait près du feu. Êtres primaires et issus du fonds des bois, des âges. Et les traces de sang sur son visage pâle, ne firent que renforcer cette impression, le troublant malgrés-lui.

« On ne m'avait pas dit que vous étiez aussi belle...» Laissa-t-il tomber d'une voix traînante, son regard glissant sur la gorge, puis les longues jambes fuselées de la jeune fille.

Sous la caresse de son regard, Hermione sentit son ventre se creuser brusquement. Pressentant ce qu'elle n'osait encore imaginer ou même concevoir, elle échangea un regard angoissé avec Ron et Harry, lesquels avaient également pris conscience du danger. Une peur visible, que flaira aussitôt le serpent. Ses yeux se plissèrent et un air calculateur se dessina sur son visage.

« N'espère rien d'eux, ni de personne, susurra-t-il, en s'avançant avec une lenteur mesurée. Ils seront tout aussi impuissants que toi…
- Ne la touchez pas, espèce de sale pervers ! Cracha aussitôt Ron, en dépit de la poigne puissante de l'Uruk-Haï qui le maintenait immobile.
- Emmenez-les aux cachots, ordonna Grima dans un sourire cruel. Sauf sa Majesté... Je compte lui témoigner mes hommages les plus sincères…
- Non ! Cria Harry.
- Ne la touchez pas… ! Hermione !» hurla Ron.

Ignorant les cris des deux garçons, Grima se rapprocha dangereusement d'Hermione. Si prés qu'il sentit le souffle erratique de la jeune fille sur son visage.

« Vois, susurra-t-il, ses yeux pâles la dévorant toute entière du regard. Il n'y a personne pour te porter secours…»

Il décela tout au fond de ses yeux sombres et effrayés, un doux reflet cuivré. À nouveau, le souvenir de l'autre femme le traversa. Une seconde seulement, avant qu'il ne l'enfouisse définitivement. S'il n'avait pu obtenir la première, par peur d'éteindre sa lumière, il ne se retiendrait en aucun cas avec celle-ci. Âpres tout, qu'importait alors aux magiciens qu'il dispose d'elle comme il s'apprêtait à le faire ? Son sort, n'était-il pas de bientôt mourir ? Cette pensée le fit sourire. Le serpent n'avait plus qu'à gober sa toute nouvelle proie.

«Tu es à moi... » Termina-t-il, dans un souffle jubilatoire.


« C'est bon, on peut les avoir ! »

Cachés dans l'ombre du mur, Aragorn et Gimli cherchaient un moyen d'éliminer furtivement le groupe d'Orques postés au-dessus de la porte. Celle-ci libérée, ils pourraient faire ainsi entrer la horde de cavaliers qui attendait silencieusement dans la nuit.

« Ils sont très loin… » L'informa calmement Aragorn.

Un air hésitant se dessina sur le visage de Gimli. Il lança un regard incertain au rôdeur, puis après une seconde de silence, souffla finalement : « Lancez-moi…

- Pardon ? Aragorn, le regarda dubitatif.

- Je ne peux sauter aussi loin, alors lancez-moi... » Précisa nerveusement le nain.

Aragorn jaugea son compagnon, qui le regard fuyant semblait comme peser le pour et le contre de ses paroles. Toutefois, la détermination reprit le dessus, et il se tourna de nouveau vers le rôdeur. « Ah, et euh... Ne le-dîtes pas aux autres...Hein ? » Son orgueil risquait sinon d'en prendre un sacré coup. Surtout face aux cousins Merrin et Pippin, qui ne manqueraient pas de faire quelque plaisanteries à ce sujet.

«Pas un mot » répondit calmement le rôdeur, posant dans le même temps une main ferme sur l'épaule de son compagnon.

Puis ne lui laissant guère le temps de se préparer, le souleva et le jeta par-dessus le vide. Le nain atterrit sur le chemin de ronde dans un grand cri, surprenant les gardes. Ils n'eurent pas le temps de réagir que déjà, d'un revers de hache, Gimli en fit basculer deux par-dessus le mur. Aragorn se joignit aussitôt à lui, perçant les autres de coups d'épée. En contrebas, chevauchant à grand galop le long du mur, Legolas se chargeait d'éliminer les quelques orques susceptibles d'être ameutés par le combat. Puis se redressant sur le dos de sa monture, l'elfe bondit souplement dans les airs, et avec la légèreté propre à ceux de sa race, gravit le mur afin de rejoindre ses compagnons.

En quelques secondes, la troupe fut entièrement décimée, et Aragorn se saisit aussitôt d'un flambeau, l'agitant aux dessus de sa tête. Un instant plus tard, au cœur de la nuit, une lumière naquit en réponse.


«Non !...Non ! Non ! »

Ses cris retentissaient dans la pièce. Se heurtant au silence. À son rire grave et hystérique. Dément.

« Oui ! Défends-toi, petite sauvageonne... Remue, tortille-toi ! » S'écria-t-il.

Hermione rampait, le manteau arraché, traînant au sol à coté d'elle. Sa chemise à moitié déchirée. Une main la retourna et un poids l'écrasa au sol. Elle leva les mains, tentant d'atteindre le visage blafard qui la surplombait, presque verdâtre sous la lumière des chandelles.
Il lui saisit les poignets, les plaquant au sol et tenta de nouveau de l'embrasser. Elle détourna la tête, criant et se débattant. Sentant avec effrois et dégoût la traînée chaude et humique de sa langue contre sa joue, et l'une de ses mains glaciale glisser le long de ses bras, pour lui pétrir un sein, malgré la faible protection de son soutien-gorge. Main qu'elle parvint à saisir et à repousser, dans un cri apeuré.

« Non ! »

Geste qui lui valu une gifle soudaine. D'une violence telle, qu'elle lui fendit la lèvre inférieure. Sidérée, elle s'immobilisa et Grima en profita pour se redresser, le souffle court, clairement agacé. Il ne s'attendait guère à autant de résistance. Au tout début du moins, car la lutte était divertissante. Et plus encore le désespoir qui finissait par submerger sa proie, au point que la résignation ne la saisisse à son tour, l'obligeant à abandonner la lutte, vaincue par la peur.
Or, avec celle-ci, les choses étaient différentes. Elle était forte, et cette force inattendue commençait à irriter sa patience. De plus, il n'avait que peu de temps et le lâche en lui, craignait de perdre cette occasion.

Avec fébrilité, ses yeux fous se levèrent en direction de l'établi. Il y avisa une dague, et dans sa tête, des idées tout aussi malsaines que son être germèrent.


« Trouvez-la ! » Ordonna Aragorn.

À sa suite, les hobbits, Legolas et Gimli. Ainsi qu'une poignée d'hommes menés par Eomer. Ils étaient entrés à grands fracas dans la tour, tandis qu'au-dehors la bataille faisait rage. « Fouillez-toute les pièces ! » Ordonna le rôdeur, sa voix résonnant avec force dans le grand hall.

Ils s'apprêtèrent à se séparer lorsqu'à l'étage, retentit soudainement un cris déchirant. Aragorn leva aussitôt la tête, le visage livide.

« Par là ! » Indiqua Legolas, désignant les escaliers.

Le rôdeur s'y précipita. Oubliant soudainement tout ce qui se passait tout autour de lui. Guidé uniquement par les cris qui retentissaient à l'étage. Arrivé à la pièce, il ouvrit la porte d'un coup de pied furieux. Et puis là, avec effrois, il la vit. Étendue au sol et à moitié dévêtue, le ventre et les bras lacérés à coup de couteau. L'homme au-dessus d'elle, tourna la tête. Apercevant le rôdeur, ses yeux pâles s'écarquillèrent de terreur.

« Aragorn... »Murmura-t-il, livide.

Il se redressa, et n'eut à peine le temps de faire un pas, que déjà, dans un cri de fureur, Aragorn couru à lui, et le heurta de plein fouet, le plaquant au sol.

« Aragorn ! Cria Legolas, en pénétrant dans la pièce, suivit par les hobbits.

- Non, laissez-le moi ! » Intervint Gimli d'un air mauvais. Il s'approcha et tandis que le rôdeur se redressait, il posa un pied sur la poitrine de Grima. « Et si j'étais vous, murmurat-il sombrement, je me tiendrais tranquille... » Raffermissant en guise d'avertissement, sa prise sur sa hache.

Se détournant sans un regard pour le traîte, Aragorn s'approcha alors d'Hermione et s'agenouilla à ses cotés. Le visage dangereusement pâle, la jeune femme semblait inconsciente.

«Hermione...Souffla-t-il, posant avec appréhension sa main au creux de son cou.
- Est-elle vivante ? » Interrogea Frodon avec inquiétude.
- Oui... » Répondit le rôdeur, sentant de faible pulsations contre ses doigts.

Cependant, cela était loin de l'emplir de soulagement, tant les lacérations sur les flans de la jeune femme ne cessaient de le mortifier. Son œil expert avisa néamoins qu'elles n'étaient pas mortelles, même s'il ne pouvait ignorer le risque qu'elles ne s'infectent.

« Il me faut de quoi panser ses blessures, informa-t-il.
- Aragorn, nous n'avons que peu de temps, l'avertit Legolas
- Je sais...»

À ces paroles, Pippin fouilla la pièce du regard, puis avisa le sac d'Hermione qui traînait au sol. Avec fébrilité, il s'en saisit et se souvenant de la manière dont la jeune femme avait plongé son bras pour y attraper ce dont elle avait besoin, il fit de même, priant afin de parvenir à saisir ce dont il avait besoin. Comme par magie, ou comme si les dieux l'avaient entendu, il en sorti un étrange flacon. Le même que celui que la jeune femme avait utilisé afin de guérir les blessures et entailles faîtes après la bataille des mines de la Moria.

«Je crois...Avoir ce qu'il faut ! » Annonça-t-il sans hésitation. Il s'agenouilla aux côtés de Legolas et du rôdeur, leur montrant sa trouvaille qu'il se chargea ensuite d'appliquer lui-même. Quelques secondes plus tard, les lacérations qui ornaient les flans de la jeune femme, se refermèrent d'elles-mêmes, ne laissant derrière elles plus que d'infimes marques violacée. Cependant, Hermione ne réagit pas.

« Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ? » S'inquiéta Merrin.
- C'est une excellente question » grogna Eomer, qui jusque-là, était restés en retrait. Avisant Grima, maintenu par Gimli au sol, il s'approcha et le souleva brusquement, le plaquant dos au mur. « Que lui as-tu fait, Serpent ? » Une question inutile, car il n'eut pour seule réponse qu'un gémissement étranglé. « Si elle meurt de ses blessures, sache que je te transpercerais sans hésitation de mon épée ! »

Ignorant le tumulte de la bataille qui faisait rage à l'extérieur, ainsi que les imprécations d'Eomer. Aragorn se pencha alors sur la jeune femme, lui caressant doucement la joue. Essuyant du pouce le sang qui maculait ses lèvres tendres.

«Hermione, murmura-t-il tristement. Hermione, revenez moi... »

Une prière désespérée, presque inaudible. Le visage défait, le rôdeur contempla la jeune femme étendue, qui semblait définitivement perdue. Cependant, contre toute attente sa voix, aussi mince qu'un filet s'éleva faiblement, se mêlant à son expiration. Semblable à un soupir. « Aragorn...»
Le rôdeur sentit des larmes de soulagement lui poindre aux yeux. Et voyant ceux de la jeune femme s'ouvrir dans un battement de paupière hésitant, il baissa la tête.

« Oh dieux merci ! » S'exclama-t-il dans un souffle.

Eomer saisit le visage de Grima entre ses doigts, le forçant à le regarder. « Tu es chanceux, Langue-de-Serpent » cracha-t-il. «Peut-être devrais-je te tuer maintenant, mais heureusement pour toi, je préfère laisser cela à tes maîtres. Ils sauront parfaitement récompenser le traître que tu es… ! »

L'expression jusqu'alors douloureuse de Grima se changea en peur. L'homme devant lui avait raison. Quand les sorciers découvriraient que Morwen aura disparu, et que cette attaque n'avait pour but que de faire diversion afin de la libérer, ils deviendraient furieux. Et le tuerait. À cette pensée, son regard pâle glissa en direction de la jeune femme et il sentit l'amertume l'envahir. Lui qui au fond, n'avait désiré qu'une seule chose, et qui, faute de ne point l'avoir, avait préféré la destruction pour vengeance. Il n'aurait rien de tout cela. Ni amour, ni haine. Seulement l'injustice et la mort. Toutes issue de sa propre lâcheté.

« Hermione, pardonnez-moi... » Aragorn saisit le visage de la jeune femme entre ses mains. Ses yeux étaient embués de larmes. « Je vous ai mis en danger ...Pardonnez-moi...»

Incapable de parler, Hermione ne pus que lui rendre un regard rempli de tristesse. Il n'y avait rien à pardonner. Elle-même était fautive. N'avait-elle pas su lui faire confiance, après-tout ? Su qu'elle ne pourrait éviter éternellement son passé, et que ce dernier ne l'oubliant pas, viendrait d'une manière ou d'une autre la retrouver ? L'ignorer et le fuir, avait été une erreur. C'était au contraire à elle de s'excuser.

Avec fébrilité, et ignorant la douleur de ses avants bras, elle leva une main et la posa sur la joue du rôdeur. Tentant de lui transmettre tout cela par l'intensité de son regard, avec force et émotions. Contemplant son visage, ses yeux gris, sa barbe de plusieurs jours qui piquaient légèrement contre la paume de sa main. Souhaitant qu'il comprenne, entende ces mots qu'elle ne pouvait pour l'instant lui dire.

Sous ses doigts, l'expression d'Aragorn s'apaisa. Avec douceur, il se pencha alors sur elle et pressa tendrement ses lèvres sur son front. Un baiser rempli de respect et d'allégeance. De promesses. Dans sa poitrine, elle sentit son cœur vaciller. Et lorsqu'elle tourna la tête sur le coté, apercevant Grima Langue-de-Serpent l'observer avec amertume, la jeune femme su que plus aucun mal ne lui serait fait. Et qu'il était temps pour elle, de devenir enfin celle que tout le monde attendait.