Chapitre XII: Un espion?

Severus et Elena attendirent que la grande grille face à eux s'ouvre et ils pénètrent dans un Parc. Elena avait insisté pour l'accompagner comme si elle se doutait que ça allait être difficile pour lui. Ah, heureusement que sa sœur était toujours là pour lui comme lui était là pour elle. Par Merlin, Severus observa autour de lui. L'endroit était très joli et assez spacieux. Il y avait plusieurs bancs dans l'herbe du parc, un grand préau aux tuiles bleues pour protéger lors des jours de pluies, deux ballons abandonnés jonchaient le sol et de grands arbres permettaient de faire un peu d'ombre pour les jours ensoleillés qui malheureusement étaient rares ses dernières semaines. Un gros bâtiment Moldu de plusieurs étages s'élevait devant eux. Le bâtiment semblait vide ou alors très peu occupé. Il y avait une autre structure à la droite du principal, ce qui donnait un ensemble carré. Les deux bâtiments étaient en forme de cube, de couleur blanc. C'était l'Hôpital Tarkovski.

Bravant le vent, les deux Snape rejoignirent rapidement les portes de l'entrée principale. Celles-ci s'ouvrirent sur un Hall chaleureux et très… Moldu. L'accueil était fermé mais quelqu'un semblait savoir qu'ils venaient puisqu'une jeune femme arriva vers eux avec un large sourire. Elle était blonde avec de jolis yeux bleus. Chaleureusement, elle leur serra la main et les invita à la suivre à travers les couloirs. Malgré tous les efforts visibles par le personnel pour faire de ce lieu un endroit confortable avec de jolies décorations telles que des peintures et des dessins d'enfants, il était impossible de ne pas comprendre qu'on se trouvait dans un Hôpital. Les murs étaient blancs. Il y avait un grand tableau avec des jours, des horaires et le nom de Médicomage ou Infirmier pour leur apprendre où ils travaillaient durant la semaine ou ce qu'ils ne devaient oublier de faire.

-Je m'appelle Stella Zander. Je suis Infirmière à l'Hôpital depuis deux ans et je m'occupe des enfants en dehors de leurs cours ou pendant la nuit, annonça-t-elle avec un large sourire. Le directeur vous attend dans son bureau.
-Merci beaucoup, répondit Elena. Au revoir.

La jeune femme frappa à la porte d'un bureau qui s'ouvrit quelques secondes après. Le directeur la remercia et salua l'homme et la femme en les invitant à entrer. C'était un homme assez grand, massif mais pourtant, ses traits tiraient dans la gentillesse et la douceur. Severus supposa que c'était un homme brut au grand cœur. Il était habillé d'un élégant costume noir et blanc, soigneux. Par contre, le bureau était caché par des dizaines et des dizaines de dossiers, de parchemins volants, de plumes et même des stylos que les Moldus utilisaient. L'homme eut un regard gêné et leur proposa deux sièges.

-Bonjour Mr Snape et Mrs Snape, salua t-il d'un ton joyeux. Je suis le directeur de cet Hôpital: Ryan Tylor. Si j'en crois la lettre que j'ai reçue quelques jours auparavant, vous souhaitez inscrire votre fils dans cette école et cet Hôpital, Mr Snape?
-C'est cela, approuva l'homme. J'ai ramené tous les papiers que vous m'avez demandés: le certificat de naissance d'enfants Sorciers, ses résultats scolaires que j'ai pu récupérer. Ce sont des tests que le Professeur de Dumbledore lui a fait passés. Il y a son dossier médical.
-Merci beaucoup. Hum… il a eu des résultats moyens à ses tests. Beaucoup de nos élèves ont un niveau très bas en magie mais… Aleksandre semble avoir des facilités par rapport à la moyenne.

Severus acquiesça distraitement, ne sachant que répondre. Même après quelques semaines de vie avec Aleksandre, il éprouvait toujours des difficultés à mettre un niveau à ses compétences puisque les seuls points de comparaison qu'il ait, étaient des jeunes adolescents en pleine forme. À ses yeux, les capacités de son fils, que ce soit pour se débrouiller seul, réfléchir ou même s'exprimer était, par rapport aux autres, à un niveau très faible voire médiocre. Il pensait cela évidemment sans méchanceté mais avec rationalité. Mais serait-ce pareil pour des enfants comme lui?

Le bureau était plongé dans un silence léger durant lequel Mr Tylor feuilleta rapidement les différentes feuilles de parchemin que Severus avait amené. Le dossier n'était guère épais mais il y avait tout de même matière à réfléchir. Relevant les yeux vers Mr Snape et sa sœur, l'homme croisa ses doigts sous son menton, après avoir reposé le dossier à côté de lui. Il y eut un sourire rassurant puis se leva. Farfouillant dans un des tiroirs, il tira un épais dossier à remplir. Un dossier d'inscription. Lorsque l'homme lui donna, Severus sentit un poids s'ôter de son cœur: il avait enfin trouvé une école à Aleksandre.

-Je ne vois aucune raison qui me pousserait à refuser la venue d'Aleksandre au sein de notre école, précisa Mr Tylor. Votre fils est le bienvenu ici et ce dès le 31 Août. Dans ce dossier, vous y trouverez toutes les informations à savoir sur l'école comme les horaires ou les périodes de vacances qui sont différentes de Poudlard mais aussi le règlement qui concerne pour certains passages les enfants et pour d'autres les parents. Vous devez absolument prendre connaissance de ces parties.
-Bien sûr, assura Severus en le feuilletant rapidement.
-Un autre point à régler très important est le suivi de votre fils.
-C'est à dire? Demanda le Maître des Potions.
-Tous les enfants inscrits ici ne sont pas suivis par un psychiatre. Il est vrai que tous ont un psychologue ou alors un Parrain ou une Marraine qui va l'aider durant leur séjour. Certains ne restent que quelques mois. Toutefois beaucoup d'entre eux sont suivis quotidiennement par un psychiatre et restent au moins une année voire plus.

oOo

La Salle de Jeux était vide. Seul Aleksandre était installé devant la télévision et regardait un dessin-animé pour enfant qui le faisait rire. Il adorait cette émission qui racontait les aventures d'un jeune chiot fou qui s'évadait d'une pension. Ce chien se retrouvait en pleine ville et on le suivait dans toutes ses aventures. On était le vingt cinq août et c'était bientôt la rentrée scolaire. Alors que tous se préparaient avec une grande excitation à rejoindre Poudlard, Aleksandre attendait son Père et Elena qui s'étaient rendus à sa future école. Il voulait savoir quand il allait devoir partir d'ici. Malgré qu'il n'avait aucune envie d'aller à l'école-hôpital, sa curiosité était titillée et il voulait savoir comment était l'endroit où il allait apparemment finir ses études. Ça serait un enseignement très différent de Poudlard et Aleksandre n'aimait pas tellement les changements.

La porte s'ouvrit brutalement et Aleksandre tourna la tête vers celle-ci en sursautant. C'était Ronald Weasley qui venait de pénétrer dans la pièce. Seul. Le rouquin le dévisagea avec dégoût et Aleksandre sentit des frissons lui parcourir tout le corps. Avant, Ron était son ami mais maintenant le garçon semblait le détester et l'éviter le plus possible. Et il ignorait pourquoi! Il ne lui avait rien fait et quand le jeune Snape essayait de lui parler le rouquin l'envoyait balader. Se soumettant toujours face aux autres, Aleksandre détourna le regard pour le diriger à nouveau sur le petit écran qui fonctionnait malgré les nombreuses ondes magiques grâce à un sortilège puissant de son père. Ah qu'il était fort son Père.

-Pousses-toi, ordonna Ronald. Veux m'asseoir.

Précipitamment, Aleksandre se releva et sauta hors de la petite banquette. Encore, il se laissait faire. Le jeune garçon ignorait pourquoi il ne protestait pas mais dès que l'idée effleurait son esprit, une étrange boule se logeait au creux de son estomac, remontant jusqu'à lui donner la nausée. Il ferma les yeux et frissonna en s'imaginant en train de hurler sur le dernier garçon des Weasley. L'idée était vraiment tentante parfois mais heureusement qu'il avait appris à se contenir!

Ronald, lui, se jeta sur le divan et jeta un regard étrange à la télévision. Tout comme les autres membres de sa famille, il ne s'était toujours pas habitué à voir des objets Moldus fonctionner autour d'eux. Mr Weasley avait été extasié devant des objets comme la télévision et Hermione avait pris sa patience et avait entrepris de lui expliquer le fonctionnement. Oh Merlin, ça avait duré des heures et Aleksandre s'était enfui quand Mr Weasley avait commencé à citer plusieurs objets qu'il connaissait. Tous avaient rapidement suivi son exemple, le laissant seul avec Hermione.

Figé, le jeune garçon resta debout en se mordillant la lèvre. Il aurait aimé que Jonathan soit là comme la dernière fois où il avait pris sa défense devant tous les autres. Oh oui, Aleksandre était reste bouche-bée et si heureux de voir que son cousin lui prêtait un peu d'attention! Évidemment, sa joie avait été de courte durée quand il s'était aperçu que Jonathan recommençait à être distant avec lui. Le rouquin ne lui jeta plus un seul regard comme s'il n'était qu'un moins que rien et lut son livre de Quidditch. Ou du moins regardait-il les nombreuses illustrations. Les différents joueurs volaient sur la page pour rappeler des feintes, des actions magnifiques et inoubliables de l'histoire du Quidditch ou encore des schémas qui bougeaient, représentant des tactiques très célèbres.

En voyant qu'il se faisait encore écrasé par les autres, Aleksandre sentit ses yeux le picoter et il renifla lamentablement avant de baisser le regard sur ses chaussures. Ça ne servait à rien de pleurnicher lui disait souvent Oncle Vernon et il ne pouvait qu'approuver. Ronald lui jeta un regard noir comme pour confirmer ses pensées. Son ancien ami n'allait pas être attendri par ses larmes. Comment pouvait-il être aussi méchant, mesquin avec lui alors qu'ils étaient les meilleurs amis du monde? Pourquoi Ron devait se montrer aussi mauvais? Pourtant, il ne lui avait rien fait!

-Reste pas ici comme un imbécile! cracha Ron. Fais comme ton Père: va torturer quelqu'un.
-…Quoi? Ne dis pas n'importe quoi! C'est méchant ce que tu dis! J'dis pas ça, moi! Papa ne tortu…
-Bien sur que si, le débile. C'est un Mangemort! Alors évidemment qu'il torture les gens. Il les tue même!
-C'EST PAS VRAI!!
-RONALD WEASLEY!
-Mione?
-TU N'AS PAS HONTE?
-Mais…

Mais la jeune femme ne semblait pas d'humeur à entendre son ami se justifier encore stupidement. Ses poings serrés étaient posés sur ses hanches et ses yeux marron lançaient des éclairs. Ron eut au moins la décence de rougir mais haussa les épaules avec désinvolture. D'accord si Snape était réellement un Mangemort, il n'aurait pas accueilli tout l'Ordre du Phénix chez lui. Ou bien, et c'était encore bien plus pire dans ce cas là, Voldemort les aurait déjà attaqués et très certainement tué puisque Harry n'était plus là. -Tu t'es enfui comme un lâche, pensa amèrement Ron-. Donc, le Gryffondor était certain de la fidélité du Professeur Snape mais ce n'était pas cela qui lui donnait des points. Il était toujours le détestable Professeur de Potion aux cheveux gras et au nez crochu. L'irritable Directeur des Serpentards. Ses sales serpents de Mangemorts.

Aleksandre était figé sur place et fixait Ronald comme si c'était la première fois qu'il le voyait. Ce n'était plus une petite boule qui lui comprimait l'estomac, c'était carrément un poids énorme. Ses yeux se remplirent de larmes de colère envers le rouquin. Il disait vraiment n'importe quoi. C'était stupide. Il était juste jaloux de… de rien du tout mais il était quand même jaloux décida Aleksandre en grognant. Mangemort? Son Père ne pouvait pas être un Mangemort! C'était stupide. Tout d'abord parce que son Père était un héros. Et les héros ne sont pas des Mangemorts. Et s'il était vraiment un de ses horribles Mangemorts, l'homme l'aurait déjà amené auprès de Voldemort.

Hermione s'approcha de lui et posa une main sur son épaule. Le garçon se tourna vers elle. Ses yeux paraissaient légèrement brillants et étonnés. Il ne semblait rien comprendre à ce que l'autre garçon venait de lui dire. Ou alors, il… Et là… Merlin, Hermione comprit! Aleksandre ne savait pas que son Père agissait en temps qu'espion au sein des Mangemorts et près de Voldemort. Oh, Aleksandre ignorait tout du second travail de son Père. Sa main vola jusqu'à sa bouche puis Hermione fusilla Ron du regard avec colère.

-Ronald ne dit que des bêtises, il ne faut pas l'écouter, rassura t'elle d'une voix douce. Tu sais très bien que ton Père n'est pas un Mangemort. Ron est le premier lorsqu'il faut dire des âneries. Ne lui prête pas attention! Le Professeur Snape est loin d'être un Mangemort.
-Seulement un espion, grogna Ron de mauvaise foi. Dans quel camp, je l'ignore.
-Tu sais très bien que Snape espionne Tu-Sais-Qui pour Dumbledore! S'écria Hermione furieusement. Je ne crois pas qu'il doive encore nous le prouver! Et tu crois que c'est quelque chose à dire à Aleksandre? N'as-tu pas un peu de compassion pour lui? Et surtout que le Professeur Snape risque sa vie à chaque fois qu'il se rend auprès du Seigneur des Ténèbres. Alors, cesse de dire ses âneries!

Soudainement, Aleksandre sentit ses poumons se vider de tout air tant il était stupéfié. C'était incroyable. Rapidement, il quitta la Salle de Jeux et dévala les escaliers. Papa? Un espion comme dans les films que Dudley regardait à longueur de journée en se goinfrant? Non, pourquoi aurait-il pris le risque stupide de mourir en espionnant Voldemort? Est-ce que cela signifiait qu'il portait la Marque des Ténèbres? Le signe de Voldemort.

Aleksandre n'était pas stupide: il avait regardé un téléfilm Français la semaine précédente dans lequel un homme allait espionner son ennemi et il se faisait tuer!! Tuer! Et son Père ne pouvait pas mourir en faisant les espions! Tremblant à cette idée, le jeune garçon poussa la porte de la Cuisine. La plupart des regards, sauf celui de Mrs Weasley occupée à terminer un poulet juteux pour le dîner, se tournèrent vers lui et il croisa celui de Lucius Malefoy.

Parfait, c'était la personne qu'il cherchait. Rougissant, l'enfant s'approcha de lui sous le regard des autres. Il n'y avait que très peu de monde dans la pièce: Remus, Mr et Mrs Weasley et Sirius.

Le blond haussa un sourcil étonné mais sourit doucement à Aleksandre. Le gamin était resté paralysé lorsque Severus lui avait annoncé que Lucius était à présent comme son Parrain. Lucius avait essayé de discuter avec Aleksandre qui l'avait seulement regardé longuement avant de se réfugier dans les bras de Severus qui avait haussé les épaules, dépité. C'était tellement rare que Lucius échange des paroles avec le gamin que ça l'étonnait toujours lorsque cela arrivait. La dernière fois qu'il avait parlé à Aleksandre, ils étaient dans le bureau de son meilleur ami. Le garçon avait presque hurlé et sauté sur son Père pour s'éloigner de lui tant il avait été effrayé et surpris. Même Severus avait été pris de surprise par la réaction… vive de son fils. Le Maître des Potions avait essayé de lui assurer que Lucius n'allait rien lui faire mais en vain…

-Mr Malefoy, chuchota t-il en tirant sur sa manche, je peux… vous de… demander…un… hum… quelque chose?
-Bien sur, répondit Lucius tout aussi bas en se penchant vers lui. Tu veux qu'on aille dans le Salon? Il n'y a personne.

Aleksandre haussa les épaules avec hésitation puis Lucius se leva. Instinctivement, Aleksandre recula précipitamment avant de se reprendre alors que ses joues rosissaient de nouveau. Lucius s'excusa rapidement d'un signe de tête auprès des hommes avec qui il discutait. Sirius lui fit un bref sourire. Merlin, depuis qu'il avait rejoint l'Ordre du phénix avec sa femme, Lucius, Sirius et Narcissa se rapprochaient de plus en plus. Surtout les deux Black grâce à leur passé commun et leur enfance partagée ensemble. Mais Lucius, contrairement à avant, supportait la présence de l'ancien prisonnier pendant plusieurs heures et appréciait même de partager quelques fois des conversations avec lui. Au grand dam de Severus qui n'arrivait pas à comprendre comment « Black » et « apprécier » pouvaient aller dans la même phrase.

Une fois dans la Salon, effectivement vide, Lucius prit place dans un fauteuil et regarda Aleksandre qui hésitait entre s'asseoir et rester debout. Lorsque l'aristocrate lui proposa de s'asseoir, Aleksandre se jeta sur le fauteuil le plus éloigné de lui. L'aristocrate se retint de rouler des yeux en le voyant essayer de se fondre dedans pour échapper à son regard. Calmement, Lucius l'interrogea mais l'enfant semblait beaucoup moins sur de lui. Déjà qu'il était venu lui parler qu'avec très peu -voire pas du tout- d'assurance, Lucius imaginait très bien l'état d'esprit de son filleul. C'était très étrange à penser. Jonathan avait toujours été son seul filleul. Merlin, pourquoi Severus n'était pas là? Lui, obligatoirement, comprendrait quel était le problème de son fils! Dès qu'Aleksandre ou Jonathan allaient mal, Severus le savait et le ressentait et quand c'était Drago, Lucius s'en rendait immédiatement compte.

-Papa… papa est…, commença Aleksandre avec hésitation. Hum… il…
-Severus est quoi? Demanda Lucius en fronçant les sourcils.
-Un… espion? Murmura l'enfant tout bas.

Les yeux de Lucius s'écarquillèrent de surprise tandis que son masque d'impassibilité se retrouvait chamboulé. Petit à petit, l'aristocrate se reprit. Il se redressa et croisa ses longs doigts blancs en dessous de son menton en le fixant. Comment Aleksandre avait-il pu le deviner tout seul? Pour son bien mais aussi par sécurité s'il venait à le révéler par mégarde, Dumbledore, Severus, Elena et Lucius avaient décidé de ne pas lui révéler cette information. Ils avaient fait partager cette condition à Drago et Jonathan qui avaient accepté de garder le silence, bien que déstabilisé par cette requête. Ils n'avaient pas compris pourquoi il fallait cacher une telle information à Aleksandre avant d'imaginer les différentes raisons et les relier à son problème mental.

C'est alors que Lucius se demanda s'ils n'auraient pas du prévenir les autres enfants… Comment pouvaient-ils être aussi stupides parfois?

Effrayé à l'idée d'avoir dit une bêtise, Aleksandre recula au fond de son fauteuil en cuir espérant ainsi échapper à la possible colère du Maître des Malefoy. Il ferma doucement les yeux puis les rouvrit au bout de quelques instants lorsqu'il se rendit compte que le silence se prolongeait. Lucius le fixait avec étonnement. L'enfant sentit son cœur se serrer nerveusement pendant qu'il se retenait de partir en courant pour s'enfermer dans sa chambre. Ses dents mordillaient si fort sa lèvre inférieure qu'elle vira au rouge et manqua de saigner. Ce fut à ce moment-là que Lucius redevint impassible, ferma quelques courtes secondes ses yeux et il adressa seulement un sourire rassurant à l'enfant. Cela sembla l'apaiser légèrement mais sans le détendre totalement. De toute manière, Aleksandre n'était jamais totalement détendu et rassuré en sa présence.

-Où as-tu entendus cela? Demanda finalement Lucius.
-Hum… C'est Ronald. Il voulait que je me lève et que je parte. Alors je l'ai laissé la place.
-Tu t'es levé pour lui?
-Bah oui, Monsieur. C'est normal.

-'Non. Pas vraiment, pensa Lucius en fronçant les sourcils'-. Si ce misérable gamin profitait de l'évidente faiblesse et obéissance d'Aleksandre, il allait amèrement le regretter. Pour le moment, Lucius ne devait pas s'attarder sur ce point désagréable mais sur le suivant encore plus mauvais. D'un geste de la main, il l'invita à continuer. Oh, alors Granger et Weasley s'étaient encore disputés après que le rouquin ait encore dit une raillerie sur Severus et la jeune fille avait accidentellement révélé que son Professeur de Potions était un Espion. Et en plus -par Salazar!-, Aleksandre attendait impatiemment qu'il lui donne une réponse! Que pouvait-il dire? Lucius grogna intérieurement et voulut à son tour se sauver pour ne pas avoir à soutenir ce regard noir et vert si intense.

oOo

Severus serra poliment la main du nouvel arrivant qui souriait tout aussi joyeusement que son patron. Le Maître des Potions se demanda si c'était une maladie dans cette école mais il ne fit pas part de ses pensées à voix haute. À son tour, Elena serra la main de l'homme. Mr Tylor le salua d'un large sourire et lui tendit une tasse de thé à la menthe fumant. Une agréable odeur se répandit dans le bureau et tous, inconsciemment, inhalèrent la senteur de menthe. L'homme accepta la tasse chaude, s'assit à côté d'Elena et passa une main dans ses cheveux bruns que le vent avait indisciplinés. Le Directeur lui présenta le couple qui venait inscrire leur fils. Quelques secondes plus tard, il apprit que la femme n'était pas la mère mais la tante du garçon. Puis, toujours aussi chaleureux, il ouvrit la bouche pour se présenter.

-Ivan Petrovitch, je suis psychiatre depuis plusieurs années et je vais très certainement m'occuper de votre fils puisque je suis ici, annonça t-il avec un sourire. Alors, pour quel raison nécessita t-il une scolarisation comme l'école offre?
-Il est atteint de retard mental grave, déclara Severus d'une voix grave en se demandant si l'homme n'était pas complètement stupide avant de se raviser: il avait l'air très intelligent et concerné par son fils. Il a l'âge mental d'un enfant de neuf ans alors qu'il en a quinze ans.
-Bien. Habituellement, les enfants passent une heure avec moi chaque jour. Votre fils… Aleksandre, c'est ça, oui. Bien, alors il aura une séance d'une heure avec moi tous les jours au début. Si tout se passe bien, nous réduirons le nombre de séances ou dans le cas contraire, nous ajouterons une deuxième heure certains jours. Je suis ici non seulement pour l'aider à évoluer dans l'école mais aussi dans la vie. Nous serons donc très souvent en contact. Dans le dossier d'inscription vous trouverez plusieurs cases à remplir où il faudra indiquer des lieux où vous joindre. C'est indispensable que je le sache. Si besoin, Aleksandre et moi retracerons toute sa vie pour trouver le point de départ exact de son retard car je vois qu'auparavant… il n'avait aucun problème.
-Non, en effet, approuva Severus. Auparavant, il était très intelligent même.
-Est-ce qu'il y a des informations capitales qui pourraient expliquer la raison de ce renfermement ou même un de ses comportements ou quelque chose chez lui auquel nous devrons faire face?
-Hum…
-N'hésitez pas, assura Mr Petrovitch avec sympathie. Beaucoup de mes patients sont des jeunes enfants malades et des gens profitent de leur infériorité pour les dominer ou pour leur montrer leur supériorité mentalement sur eux.
-Il habite avec moi depuis le mois de juillet avant il était chez son oncle, expliqua Severus.

Une vingtaine de minute plus tard, Severus et Elena avaient fini de narrer une partie de l'histoire. Notamment, les points les plus importants qui avaient marqués la vie d'Aleksandre. Durant tout le récit, Mr Petrovitch n'avait cessé de noter des informations sur Aleksandre. Ses sourcils s'étaient froncés au fur et à mesure qu'il en apprenait bien que Severus était resté très vague: une mère morte à un an, une vie difficile chez son Oncle accompagné de… maltraitance et de sévices corporels. La plume que Ivan tenait, s'était presque cassée tellement il l'avait serré. S'il y avait bien une chose qu'il ne supportait pas c'était qu'un enfant souffre autant que Aleksandre Snape semblait avoir souffert. Malgré cela, l'enfant ne présentait aucune maladie, aucun régime spécial ni de réactions violentes en dehors de ses cauchemars assez fréquents. Ivan encadra cette information. Selon lui, les cauchemars et les rêves disaient beaucoup de chose sur quelqu'un.

Ivan les remercia pour leur sincérité même s'il se doutait qu'ils étaient restés à la surface des sujets. Il lui faudrait entrer dans les détails avec Aleksandre dès la rentrée. Après tout, c'était son travail. Ivan commença à leur donner plus de détails sur la vie quotidienne des enfants internes à l'Hôpital et le Directeur qui intervenait de temps à autre. Il était évident que le psychiatre connaissait et aimait son dur métier puisqu'il rassura Severus en lui promettant qu'il ferait de son mieux pour aider Aleksandre et qu'il était pressé de le rencontrer. Ce dernier partagerait certainement sa chambre avec un autre enfant du même service que lui, ce qui devrait l'aider à se développer. Isoler un enfant n'était pas une bonne idée, voilà pourquoi ils étaient le plus souvent deux par chambre. La rentrée avait lieu un jour avant celle de Poudlard donc Severus pourrait l'accompagner. Cette information le soulagea autant qu'elle l'effraya: c'était bientôt la rentrée.

Alors qu'ils quittaient l'Hôpital raccompagné par Ivan, Severus pensa qu'il ne faisait pas une erreur en envoyant Aleksandre dans cet établissement. Ça allait être difficile pour eux au début mais finalement, le garçon se sentirait bien. Severus en était certain. Aleksandre allait être encadré, suivi et en sécurité au milieu de cet endroit. Ivan leur avait demandé si Aleksandre semblait traumatisé par tous ses évènements ou s'il le cachait. Sans hésitation, Severus affirma: son fils était complètement instable car il ne savait jamais comment réagir avec quelqu'un de peur que celui-ci ne le frappe ou ne le touche à des endroits incorrects.

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Lorsque la porte d'entrée s'ouvrit doucement, Aleksandre se tourna pour voir son Père et Elena rentraient. Il se leva d'un bond et faillit glisser sur le tapis en courant. Lucius le regarda, soucieux mais le laissa faire. Quelques secondes plus tard, le frère et la sœur rentraient dans le Salon. Severus eut tout juste le temps d'hausser les sourcils en voyant Aleksandre et Lucius dans la même pièce, seuls qui plus est, qu'un poids s'écrasa contre lui. Il mit quelques instants à réaliser que c'était Aleksandre qui s'était jeté sur lui avec force. Ses bras s'enroulèrent machinalement autour du corps d'Aleksandre et le soulevèrent. Oh, qu'il aimait son fils. Il aurait l'air d'un stupide Poufsouffle si quelqu'un entendait ses pensées mais c'était juste la vérité. Lucius lui jeta un regard lourd de sens.

-Tu me l'as même pas dit! Reprocha soudainement Aleksandre. Pourquoi? Pourquoi, tu m'l'as pas dis?
-Mais quoi donc? S'étonna Severus en le gardant contre lui.
-Que t'es un super-héros!
-Un quoi?
-Bah ouais, comme Killy quand il va espionner le méchant!! Toi, tu vas espionner le méchant! C'est cool mais tu peux te faire… mourir. Hein? Parce que Killy y meurt à la fin! Tu vas pas mourir toi, hein? Papa!!
-Oh, Aleksandre, comment est-ce que tu sais ça?

De nouveau, l'enfant raconta comment il l'avait appris à cause de la dispute des deux Gryffondors quelques minutes avant qu'ils ne reviennent de leur rendez-vous à l'Hôpital. Elena sentit son cœur se serrer en voyant Severus devenir livide d'inquiétude. Merlin, que Aleksandre connaisse sa position pouvait être très dangereux, principalement s'il venait à en parler avec qui que ce soit d'autre qu'à un membre de l'Ordre du Phénix. Doucement, Severus voulut poser le garçon au sol mais celui-ci resserra ses bras autour de son cou de manière explicite sans prononcer un mot. Acceptant sa requête silencieuse, le Maître des Potions lui promit qu'il lui raconterait tout ce soir quand ils iraient se coucher. Ce serait la petite histoire du soir. Et Severus en profiterait pour le mettre en garde sur l'importance de garder ceci secret.

Avec excitation, Aleksandre acquiesça et Severus lui annonça que c'était bientôt l'école! Aleksandre grimaça et serra un peu plus le cou de son Père qui sourit doucement.

Tous quatre se rendirent dans la Cuisine où tous les habitants du Manoir Snape étaient regroupés autour de la table. Ron et Hermione frissonnèrent lorsqu'ils se reçurent trois regards noirs provenant de Severus, Elena et Lucius. Deux Snape et un Malefoy furieux étaient assez effrayants pour retenir ses stupides Gryffondors de s'excuser ou même de s'expliquer. Jonathan détourna le regard en voyant son cousin dans les bras de son Oncle. Personne n'osa dire quelque chose à la vue d'un enfant de quinze ans se blottir de cette manière contre son Père mais la question leur brûlait la langue. C'était évident. Elena accepta un verre de jus de citrouille et en proposa un à un Aleksandre rougissant et retrouvant le plancher.

-Bientôt Poudlard les enfants! Annonça joyeusement Elena. Prêts à bien travailler, consciencieusement tout au long de l'année? Pour la plupart vous passez vos BUSES au mois de juin!
-Ouais! Scandèrent-ils en chœur.
-Tu penses aller dans quelle maison? Demanda Hermione.
-Je ne sais pas. Soit Serdaigle ou Serpentard, répondit Jonathan.
-Oh ne te fais pas de soucis, si tu intègre Serpentard, tu y auras toute ta place, assura Lucius en cachant un sourire, avec l'éducation que Severus t'a donné.
-Et toi Aleksandre, tu vas à Poudlard? Demanda Sirius avec curiosité. Il ne me semble pas que tu ais acheté des affaires pour l'école quand vous avez été au Chemin de Traverse.
-Non, répondit l'enfant calmement. J'vais à l'Hôpital. C'est ça, Papa? Mais, j'sais plus le nom.

Comme il jouait avec son verre et le liquide à l'intérieur, le garçon ne fit pas attention au silence soudain qui s'abattit dans la Cuisine et à tous les regards qui se tournèrent vers Severus. Celui-ci resta d'une impassibilité froide étonnante. Il faillit rouler des yeux tant leur réaction était prévisible. Tous s'étaient tournés vers lui, la bouche grande ouverte. Oui et alors? Hôpital? Merlin, c'était très étrange. Très peu d'enfants sorciers étaient envoyés dans des Hôpitaux. Si l'apprenti sorcier ne pouvait intégrer Poudlard, il faisait son apprentissage au sein même de la maison familiale. Hermione et Ginny échangèrent un regard: elles n'avaient même pas à poser la même question, Sirius s'en était chargé. Mrs Weasley se racla la gorge, gênée par ce soudain silence et Severus répondit à son fils par un acquiescement. Fouillant dans sa mémoire, Aleksandre leva les yeux vers lui et l'interrogea du regard.

-Comment s'appelle l'Hôpital? Demanda t-il. C'est un prénom bizarre.
-On dit un nom, murmura Severus bien que tous l'entendirent. Et c'est Tarkovski.
-Hum… et pourquoi, tu vas dans un Hôpital? Interrogea Remus, mal à l'aise mais tout de même brûlant de curiosité: le comportement déplacé d'Aleksandre s'expliquant donc par là…
-Bah… je suis malade, chuchota Aleksandre en baissant le regard sur la table. J'ai pas vraiment quinze ans. Enfin, c'est ce qui dise. J'ai raison papa?
-Oui, répondit son Père d'une voix sereine et posée pour ne pas angoisser encore plus son fils. En réalité, Aleksandre a un déficit mental. Mais je suppose que vous l'aviez plus ou moins compris.


Merci pour toute vos reviews!! !J'espère que vous avez aimé ce chapitre! Le prochain chapitre sera la rentrée d 'Aleksandre dans son école!! lol. Ce sera un peu -beaucoup- triste mais il faut bien passer par là, non? Merci encore à tous!!!

-- QUESTION IMPORTANTE: Si vous deviez voir Aleksandre tomber amoureux de quelqu'un, qui veriez-vous (garçon/fille aucune importance):
-Quelqu'un de son école?
-Un enfant de l'Ordre? Tout le monde sauf Ginny! lol
-Autres?

A mercredi prochain (N'hésitez pas à lire ma seconde fic ^^

Info: Chapitre corrigé par Mounette -ma bêta- remis en ligne le 10/05/09