Titre en vo : The Green Blade

Auteure : Verityburns (/u/2494960/verityburns)

Traductrice : Falyla

Paring : Sherlock Holmes/John Watson

Rating: T (pas de slash)

État de la fic en vo : complète. 15 chapitres.

Disclaimer : Rien n'est à moi. Sherlock Holmes et ses comparses appartiennent à l'univers de Sir Arthur Conon Doyle. L'intrigue m'a été aimablement prêtée par la merveilleuse auteure qu'est Verityburns. Je ne mets que mes modestes talents de traductrice à votre service pour vous faire découvrir cette histoire.

Sommaire : Un tueur en séries fait les gros titres, une police au désespoir, la prochaine victime déjà choisie, la confiance placée en Sherlock Holmes au plus bas, cette affaire va pousser la loyauté dans ses derniers retranchements…

Note de la traductrice : Il semblerait que malgré mes rectifications lorsque je mets le chapitre en ligne, les étoiles qui séparent les paragraphes n'apparaissent pas toujours, ce qui n'aide pas à la compréhension du texte. Désolée de ne pas l'avoir remarqué et merci de me l'avoir signalé, je tente de mettre des o à la place, on verra bien…

Un énorme merci à toutes celles qui prennent la peine de me laisser un message. C'est vraiment gentil et j'apprécie.

Bonne lecture.

La lame verte

Chapitre 12/15 Les règles ont changé

- Pourquoi tu ne vas pas au lit ?

La voix de Sherlock sortit John de la légère somnolence dans laquelle il était tombé et il remua maladroitement.

- Ça va. Continue.

- Continue quoi ? Je suis étendu sur le canapé et j'essaie de réfléchir malgré la distraction que provoque le craquement de ta colonne vertébrale.

- Désolé.

John se redressa et fit rouler ses épaules en baillant ouvertement. Sherlock soupira et balança ses jambes pour se mettre en position assise.

- Écoute, j'apprécie ce que tu fais mais tu ressembleras à une épave demain à ce tarif. Il est hautement improbable que le meurtrier frappe une nouvelle fois de sitôt.

Les lèvres de John se pincèrent avec entêtement.

- Tu as dit que les règles avaient changé.

Sherlock le dévisagea avec curiosité.

- Ça t'ennuie vraiment, n'est-ce pas ? Même un si petit mensonge, il pèse sur ta conscience comme une masse de plomb.

- Je ne le regrette pas, promit John. Mais, oui, je préférerais répondre la vérité la prochaine fois. Que Dieu me garde qu'il y ait une prochaine fois, ajouta-t-il.

Sherlock le fixa pendant une bonne minute.

- D'accord.

Il se mit sur pieds et se dirigea vers sa chambre à coucher d'où une variété de claquements en émergea. Après quelques minutes, il l'interpella.

- Viens, alors.

- Quoi ?

John était encore plutôt confus mais il reconnaissait une sommation quand il en entendait une et il s'avança d'un pas tranquille jusqu'à la chambre de Sherlock. Il s'arrêta sur le seuil de porte et le découvrit en train d'enlever sa chemise.

- Quoi ? répéta-t-il, en examinant machinalement la silhouette de Sherlock et fut soulagé de ne pas la trouver aussi décharnée qu'il le craignait – il semblait bien que le nourrir par la ruse portait ses fruits après tout.

Sherlock prit un T-shirt de sa penderie et le passa avant de changer son pantalon de pyjama. Il agita sa main en direction du lit qui était maintenant libre de tout désordre.

- Je peux aussi bien réfléchir ici, dit-il. Installe-toi.

John songea brièvement au sens des convenances mais le concept paraissait totalement étranger à Sherlock et, après l'armée, partager une chambre était un problème trivial. Il s'effondra sur le côté droit du lit. Sherlock s'enveloppa dans sa robe de chambre puis s'étendit à ses côtés. Après un moment, John étira la main.

- C'est inutile si tu peux t'en aller sans me réveiller, fit-il observer. Je peux ?

Il referma ses doigts sur le poignet de Sherlock. Il entendit le mouvement que fit la tête de Sherlock en tournant.

- Je suis en train d'envisager de t'offrir des menottes, dit-il. Tes doigts peuvent se relâcher dans ton sommeil.

John sourit dans la semi obscurité, en se rappelant les longues nuits qu'il avait passées, armé et prêt au combat.

- Je suis bien sûr que non.

Ce ne fut que plusieurs heures plus tard qu'il se réveilla et se découvrit étendu sur le côté, pressé contre Sherlock, une de ses jambes jetée en travers de son corps. Sherlock essayait de dégager son poignet et John le lâcha immédiatement avant de rouler sur le dos.

- Désolé.

- On va juste prétendre que c'est ton flingue, d'accord ?

Le ton de Sherlock avait l'air contraint.

- Hein ?

John était perdu puis il comprit et ricana.

- C'est mon téléphone, crétin.

Il le sortit de la poche de son jeans et l'agita sous le nez de Sherlock.

- Dieu soit loué.

John se mit à glousser et, après un moment, le rire profond de Sherlock se joignit au sien.

Finalement, ils se calmèrent. Sherlock fixa le plafond, ses yeux pétillaient encore d'amusement.

- Tu sais, je crois que tu es la seule personne qui arrive à me faire rire de moi-même, dit-il.

John tourna la tête.

- C'est parce que tu sais que je ris de la plaisanterie, pas de toi, expliqua-t-il.

Quelque chose dans la situation permettait à ses pensées de laisser échapper ce qu'il gardait normalement pour lui.

- Tu es conscient que bon nombre des références populaires te passent au-dessus de la tête et ce n'est pas que tu t'en soucies mais ça te met sur la défensive. Parfois tu rembarres les gens parce que tu as peur qu'ils se foutent de toi, alors que ce ne serait peut-être pas du tout le cas.

Il regarda le visage de Sherlock s'adoucir.

- Des rides d'expression, fit John. Ce sera mon cadeau pour toi – c'est ce que tu obtiendras de cette relation.

Il lui offrit un sourire triste.

- Tandis que moi j'aurais des cernes sous les yeux et une éternelle expression inquiète.

Ils restèrent silencieux pendant un moment puis Sherlock parla à nouveau.

- Relation ?

John ferma les yeux, il sentait le sommeil s'emparer à nouveau de lui.

- Eh bien, peu importe comment tu veux l'appeler.

- L'alibi que tu m'a donné est plutôt ambigu, commenta Sherlock. Surtout depuis que Mrs Hudson y a mis son grain de sel.

- Hmm.

- Et tu ne peux plus le retirer, même lorsque le cas sera résolu. J'ai essayé de limiter les commérages mais les gens vont parler.

John haussa les épaules.

- On se fout de ce que les gens pensent. Ils peuvent croire ce qu'ils veulent. Ils le feront de toute façon.

Il bailla et étendit sa main en travers du lit.

- Tu ferais bien de me donner ton poignet avant que je pique du nez. Et pousse-moi si je recommence à te grimper dessus.

Sherlock hésita.

- Alors ce n'est pas quelque chose que tu… Je veux dire : comme j'ai accepté l'alibi, certains pourraient dire que j'ai une dette… Non, ce n'est pas le mot – je veux dire que peut-être je devrais t'offrir…

Il laissa mourir la fin de sa phrase. John roula sur le côté et le regarda à travers l'obscurité.

- Mais, bon sang, qu'est-ce que tu racontes ?

Il y eut une audible déglutition sur sa gauche puis Sherlock lui prit la main mais cette fois pour enlacer leurs doigts.

John se figea, brutalement pleinement conscient tandis que la compréhension se faisait. Il resserra son emprise un instant pour en ôter toute marque de rejet puis, doucement, dégagea sa main.

- Mais tu ne veux pas ça, dit-il, et moi, non plus.

Il put voir le soulagement de Sherlock à l'angle de son cou lorsqu'il exhala.

- Tu es capable de lire chacune des expressions qui traverse mon visage – comment as-tu pu croire que… ?

John fronça les sourcils, confus.

- Ce n'est pas le cas, répondit Sherlock en regardant toujours le plafond. Du moins, pas depuis notre première conversation chez Angelo il y a des mois de ça, ajouta-t-il. Mais je… tu semblais… t'en soucier. Et je ne suis pas accoutumé à analyser l'affection quand elle est dirigée sur moi. Il se pourrait que j'aie mal interprété…

Il remua, mal à l'aise.

- Comme je l'ai dit : ce n'est pas vraiment mon rayon.

John n'était pas sûr de savoir que faire de cette offre étrange mais la solennité du discours de Sherlock démontrait son haut degré d'incertitude. Il semblait que c'était le bon moment pour quelques éclaircissements et une franche conversation.

- Sherlock, sois attentif, d'accord ? Parce que je ne vais le dire qu'une seule fois.

Il attendit que Sherlock roule pour lui faire face.

- Je… Eh bien…

Il grinça des dents, et, pour une fois, regretta d'être si foutument anglais.

- Je t'aime, okay ? lâcha-t-il finalement. D'une manière tout à fait platonique et asexuée. Tu es mon meilleur ami.

Sherlock ouvrit la bouche puis la referma une nouvelle fois.

- Quoi ? demanda John.

- Tu m'as corrigé quand je l'ai dit. Tu as dit collègue à Seb.

John en resta bouche bée.

- Bon sang, c'était il y a des lustres ! Je croyais que tu avais effacé les futilités afin de ne pas encombrer ton disque dur ?

Sherlock se vexa.

- Tu peux difficilement être classé dans les futilités, fit-il remarquer. Je vis avec toi.

- Et alors ? Tu te souviens de tout ce que j'ai dit ? C'est ridicule.

Sherlock ne répliqua pas et John soupira.

- Écoute, je ne voulais rien dire par-là. Le truc avec Seb, qui est un crétin fini, de toute façon… je voulais juste préciser que j'étais là pour aider… à travailler, pas juste pour…

- … faire joli ? suggéra Sherlock qui affichait un sourire moqueur à cause du crétin fini.

- Oh, la ferme.

John se rappela à quel point Sherlock avait été prudent depuis lorsqu'il le présentait et se demanda si cette unique correction l'avait vraiment dérangé tout ce temps.

- Ça t'a ennuyé tant que ça ?

La pause qui s'en suivit tandis que Sherlock se débattait avec une réponse fut courte mais assez longue pour faire de toute autre réponse un mensonge.

- Oui.

- Nom de dieu, tu me demandes la prochaine fois, d'accord ? exigea John. Bon sang, on est amis, non ? Tu ne baisseras pas dans mon estime si, occasionnellement, tu me demandes de t'expliquer le seul 1% de l'information que tu n'as pas déduit par toi-même.

Sherlock se remit sur le dos mais son sourire s'entendait dans sa voix.

- Alors, on est au clair.

- Oui.

- Bien. C'est bien.

Ce fut silencieux pendant un moment puis Sherlock soupira.

- Tu peux demander, dit-il. Tu ne t'endormiras jamais si tu réfléchis aussi fort.

- Désolé, s'excusa John. Mais je suis un peu sidéré, là. Je n'ai même jamais pensé que tu… Je veux dire, je suis ici depuis dix mois et il n'y a jamais eu personne, je m'étais imaginé que tu n'étais tout simplement pas intéressé par… ce genre de choses.

- En effet, confirma Sherlock. Mais ça ne signifie pas que j'en suis incapable.

- C'est vrai.

- C'est juste que… c'est pénible et inutile. Je n'en ai pas besoin.

Il jeta un bref coup d'œil à John puis se détourna.

- Spécialement maintenant.

- Pourquoi spécialement maintenant ? s'enquit John, jamais effrayé de poser une question évidente.

Sherlock souleva ses deux bras et se frotta les yeux avec les pouces.

- Je suis vraiment en train de parler de ça ?

- Rien ne t'y force, le rassura John. Je veux dire que je ne peux pas nier que je suis curieux mais je n'insisterai pas si tu es mal à l'aise.

Il étudia Sherlock couché là, l'air inhabituellement vulnérable.

- Mais… tu ne parles à personne, non ? Je veux dire… tu peux me faire confiance. Si c'est ce que tu veux.

Sherlock émit un rire de gorge tandis qu'il abaissait ses mains. C'était le moins qu'on puisse dire ! Une vraie litote britannique, fit-il. Sherlock Holmes peut accorder sa confiance à John Watson.

Il tourna la tête.

- Je le sais bien.

John prit une profonde inspiration pour contenir sa fierté et Sherlock lui sourit puis secoua la tête.

- Que signifie tout ça ? demanda-t-il. On ne parle pas de ça normalement.

John lui rendit son sourire.

- On est au milieu de la nuit, fit-il remarquer. Il fait sombre. On est dans ta chambre à coucher, dans une situation étrangement intime survenue de manière purement circonstancielle. Les choses n'ont pas l'air tout à fait réelles.

- Intéressant, reconnut Sherlock.

Il se repositionna sur le côté en plaçant une main sous sa joue.

- Deux fois, j'ai essayé d'être…

Son visage se froissa un peu.

- … plus normal.

Il articula l'adjectif comme si c'était un secret honteux.

- Je… Ce n'était pas…

- Ce n'était pas ce que tu voulais ? devina John.

- Je… Non, admit-il. Je jouais un rôle parce que je voulais qu'ils m'acceptent… qu'ils m'apprécient.

Sa lèvre s'ourla de dégoût pour lui-même.

- Mais plus je les trompais, moins leurs opinions importaient, jusqu'à ce que je ne m'en soucie plus assez pour m'en donner la peine.

- Est-ce que l'un d'eux était marié ? demanda John. C'est juste quelque chose que tu as dit à propos d'être un coupable secret, expliqua-t-il devant l'expression de Sherlock.

- Pas le moment dont je suis le plus fier, admit-il.

- Mais c'est ce que tu étais en train de m'offrir, n'est-ce pas ? s'enquit John en essayant d'exclure le fait qu'il était blessé de sa voix. Une adhésion au club exclusif des gens qui se sont envoyés en l'air avec toi puis que tu as méprisé ensuite ?

- Non !

Sherlock semblait stupéfait.

- Tu n'es pas… Non. Jamais. Je voulais juste dire que j'aurais pu le faire si c'était ce que tu voulais. Je veux dire, je ne suis pas innocent ou quoi que ce soit, ce ne serait pas nécessairement un gros problème pour moi. Quand je le faisais, il y a eu… je veux dire…

Il haussa les épaules en détournant le regard.

- J'en ai effacé la plus grande partie.

John fronça les sourcils.

- Mais tu es si irritable et… tu ne supportes pas qu'on pose la main sur toi, dit-il. Tu as presque bondi d'un kilomètre quand je t'ai enlacé l'autre jour.

Sherlock parut mal à l'aise.

- Je n'étais pas prêt, fit-il. C'est toi qui m'as enlacé, pas… je n'étais pas préparé pour ça.

- Préparé… répéta John, ciblant le mot-clé avec sa perspicacité habituelle. Et comment tu te prépares ?

Il n'y eut pas de réponse.

- Tu veux dire par-là que… tu t'éteins, d'une manière ou d'une autre ? Tu te distancies de toi-même ?

Les cils de Sherlock papillonnèrent.

- Distancier est le mot exact, reconnut-il. Je suis là mais je suis essentiellement absent – je m'arrange avec la douleur de la même façon. Rien de physiquement déplaisant.

John le fixa un long moment.

- Ne fais jamais ça avec moi, lui ordonna-t-il farouchement. Tu n'es pas obligé de me donner une accolade si tu n'en as pas envie ou même de me toucher. Sois toi-même, tu m'entends ? Toi-même, d'une manière complète et absolue. Je ne veux pas d'un demi Sherlock.

Il tendit instinctivement la main mais recula brusquement son bras.

- Promets-le-moi, insista-t-il.

- Je te le promets.

La voix profonde avait l'air un peu sidérée.

- Bien.

- Tu ne veux pas me classer dans une catégorie ? s'enquit Sherlock. Asexuel, célibataire, gay, hétéro – tu n'as même pas demandé à propos des deux personnes que j'ai…

John secoua la tête.

- Les étiquettes sont faites pour les gens qu'on ne connaît pas, rétorqua-t-il. Utiles pour les statistiques ou les diagnostics cliniques. Les amis ne rentrent pas dans des cases.

Il sourit.

- Tu es Sherlock, tu es unique et tu es très bien comme tu es.

Il fit une pause.

- Même mieux que ça. Bien que tu as l'air fatigué.

Ses yeux se plissèrent tandis qu'il se mettait en mode médecin.

- Pourquoi tu ne dormirais pas une heure ou deux ?

- Je pourrais, concéda Sherlock.

Il tendit le bras et souleva la main de John, refermant les doigts autour de son propre poignet.

- Ne t'inquiète pas, je serai encore là quand tu te réveilleras.

John réprima un bâillement en pliant ses doigts.

- Alors c'est bon ? demanda-t-il.

- Oui.

Les yeux de John se fermèrent d'eux-mêmes mais il les ouvrit encore une fois.

- Tu es toujours ? vérifia-t-il. Je veux dire, tu n'es pas… absent.

- Je suis totalement présent.

- Bien.

- Bonne nuit, John.

O o O

- Tu vas leur dire pour la perruque maintenant ? s'enquit John, le matin suivant alors qu'ils pénétraient dans Scotland Yard.

- Aucun intérêt.

Sherlock secoua la tête.

- Tout ce que j'en ai retiré, ce sont deux ou trois de mes propres cheveux accrochés dans la doublure, ce à quoi on pouvait s'attendre puisque le meurtrier voulait qu'on la trouve.

- Ça doit vraiment l'emmerder que tu ne te sois pas fait arrêter, raisonna John. Je parie qu'il pensait que c'était dans la poche, après la carte et la perruque.

- Exactement, approuva Sherlock. D'où le déménagement de Mrs Hudson puisqu'il semble se concentrer sur moi. Espérons que sa colère le conduise à faire des erreurs.

John se prit les pieds dans l'escalier.

- C'est pourquoi tu ne t'es pas plaint que je te suive comme ton ombre ? demanda-t-il abruptement. Est-ce que je te protège, toi ou tu me surveilles, moi ?

- Ça ne peut pas être les deux ? s'enquit Sherlock, par-dessus son épaule. Allez, John, l'incita-t-il, en descendant d'une marche pour tirer sur son avant-bras jusqu'à ce qu'il se mette à nouveau en mouvement. D'une pierre, on tue deux oiseaux [1] – où est le problème ?

John monta à pas lourds.

- Je ne veux pas être un foutu oiseau, grommela-t-il. Je veux plutôt être une pierre.

- Mais on est tous les deux des oiseaux [1bis], fit remarquer Sherlock en ouvrant la porte de la cage d'escalier.

De l'autre côté, Lestrade sembla stupéfait par cette déclaration mais décida visiblement de ne pas demander.

- Eh bien, bonjour, fit-il. Je venais justement à votre rencontre.

Il agita la main en direction de son bureau en indiquant le dossier qu'il tenait.

- On est en train de vérifier les criminels qui ont une dent contre vous, autre que Moriarty. Entrez et dites-moi ce que vous en pensez.

- Inutile, fit Sherlock.

- Quoi ?

Lestrade regarda autour de lui, distrait par la soudaine toux de John.

- J'ai dit : c'est gentil.

Ils étaient à mi-chemin de la pièce lorsque Sherlock s'arrêta brusquement et se tourna vers deux femmes qui discutaient autour du distributeur d'eau.

- Qu'est-ce que vous venez de dire ? exigea-t-il de savoir en d'adressant à la plus grande, qui le dévisagea, paniquée.

- Je… rien ! On ne parlait même pas de vous ! se défendit-elle. N'est-ce pas, Linda ?

Linda secoua la tête tandis que John et Lestrade échangeaient un regard. Sherlock balaya son excuse.

- Répétez vos paroles, insista-t-il.

- Allez, Heidi, l'encouragea Lestrade en hochant la tête.

- On parlait de la prochaine Quiz Night, lui dit Heidi. C'est la deuxième fois que Sally se défile pour l'organiser. C'est son tour mais elle n'est nulle part.

Sherlock sortit son téléphone.

- Elle devrait être là à cette heure-ci ?

Il pivota vers Lestrade qui vérifia sa montre.

- Eh bien… en principe, oui, reconnut-il. Mais elle pourrait être en train de travailler sur quelque chose ou en bas à remplir…

Sherlock pressa sur les touches puis colla le mobile à son oreille. Son expression était sérieuse et Lestrade recula d'un pas abrupt puis se tourna pour faire face à la pièce.

- Est-ce que quelqu'un a vu le sergent Donovan ce matin ?

Il parla fort et les têtes pivotèrent dans leur direction mais personne n'acquiesça.

- Sally Donovan, répéta-t-il, une fois que la pièce fut silencieuse. Est-ce que quelqu'un a vu ou a eu des nouvelles de Sally ?

Leurs expressions demeurèrent vides et il reporta son attention sur Sherlock, qui secoua la tête.

- Son mobile est éteint, indiqua-t-il.

Lestrade pâlit.

- Elle est peut-être juste occupée, suggéra John. À conduire ou un truc comme ça. Ou elle a peut-être oublié d'allumer son téléphone ce matin ?

- Sally n'éteint jamais son portable, répondirent Sherlock et Lestrade à l'unisson.

Ils s'entreregardèrent.

- Donnez-moi cinq minutes, exigea-t-il en levant une main puis il se dirigea vers son bureau et attrapa le téléphone fixe.

- Envoyez la voiture la plus proche de son appartement, lui dicta Sherlock. Maintenant.

John fronça les sourcils.

- Heu… ce n'est pas un peu prématuré pour paniquer ? demanda-t-il. Elle pourrait être n'importe où.

Sherlock le fixa.

- Sally n'éteint jamais son mobile, répéta-t-il. Tu as sûrement entendu Anderson s'en plaindre, non ?

Il se mit à marcher de long en large tandis que Linda et Heidi s'en allaient précipitamment, en promettant de vérifier auprès de leurs collègues.

- C'est pour ça que je lui ai envoyé un texto plutôt que de l'appeler en septembre, ajouta-t-il. Elle oublie toujours de le mettre sur silencieux et elle était partie vérifier une piste. Je ne voulais pas risquer d'attirer l'attention sur elle avec un appel si elle était dans une situation compromettante.

Il tourbillonna une nouvelle fois en marmonnant pour lui-même.

- Mais… attend une minute.

John luttait pour se mettre à jour.

- C'est pour cette raison-là que tu n'as pas téléphoné ? Mais bon sang, pourquoi n'en as-tu jamais rien dit ?

Il le dévisagea, médusé.

- Tu les as laissé te bannir !

Sherlock agita son bras d'une geste dédaigneux.

- Ça n'aurait fait aucune différence, dit-il. Je la blâme, elle me blâme – la famille est toujours morte. De toute façon, c'est sans importance maintenant.

Il interrompit son va-et-vient et resta immobile un instant.

- Comment ai-je pu ne pas le prévoir ? demanda-t-il en élevant sa main jusqu'à sa tempe. Dès que j'ai entendu ces femmes, ça a fait tilt. Je suis stupide. Stupide !

- Eh, tenta de l'apaiser John, plutôt étonné par son agitation. Elle va probablement bien. D'accord, normalement, elle n'éteint pas son téléphone mais les choses ont été plutôt fiévreuses ces derniers temps – peut-être qu'elle a oublié de le mettre en charge ? Ou peut-être qu'elle l'a… je ne sais pas, laissé tomber dans les toilettes ou un truc du genre ?

- Non, non… tout concorde.

Sherlock se détourna une nouvelle fois pour jeter un regard noir à travers le mur vitré du bureau de Lestrade et tapoter sa montre d'une manière significative. Lestrade était encore au téléphone mais il hocha la tête et tendit un doigt pour signifier : encore une minute.

- Qui m'a parlé sans détour ces derniers mois ?

Sherlock posait la question de manière rhétorique.

- Qu'on aurait pu facilement voir me rendre visite et entendre hurler vendredi dernier ? Celle qui est mon obstacle le plus évident - dont la mort conduirait immédiatement la police à conclure à une vengeance.

Il secoua la tête.

- Elle correspond même à ce foutu profil de victime grâce à ce satané incompétent dont elle ne veut pas se débarrasser.

Il marcha à grands pas jusqu'à la vitre et la frappa.

- ALLEZ !

Lestrade émergea un instant plus tard.

- Bon, elle était là tard hier soir, annonça-t-il. Elle est rentrée aux alentours de vingt heures mais a pris du travail avec elle. Personne n'a plus eu de nouvelles depuis, bien que je n'ai pas encore atteint Anderson. Une voiture devrait être chez elle dans dix minutes mais je crois que nous…

- Allons-y, approuva Sherlock.

Ils étaient en train de traverser le foyer principal lorsque Anderson se rua hors de l'ascenseur.

- Que s'est-il passé ? exigea-t-il de savoir. Quelqu'un m'a dit que Sally avait disparu – c'est vrai ?

Lestrade fit des gestes d'apaisement avec les mains.

- Nous ne savons encore rien. Nous allons vérifier sur place maintenant. Quand l'avez-vous vu la dernière fois ?

- Pas depuis vendredi, répondit-il anxieusement. J'étais en congé hier et parti pour la journée et puis les week-ends… eh bien, généralement, on ne se…

Il ne termina pas sa phrase.

- Vous l'avez appelée ?

- Son mobile est éteint, fit Lestrade.

- Je viens avec vous.

O o O

Il n'y avait deux officiers en uniforme devant le pas de porte de l'appartement de Sally mais aucun signe d'activité.

- Il n'y a pas de réponse, Monsieur, reportèrent-ils tandis que le groupe de Lestrade approchait. Et la porte est plutôt solide – nous aurons besoin d'aller chercher un bélier si vous voulez l'enfoncer.

Lestrade regarda Sherlock.

- Je suppose que vous ne pouvez pas…

Il semblait embarrassé en indiquant la porte.

- Eh bien, oui, je pourrais, rétorqua Sherlock. Mais ça me semble injustifié puisque Anderson a probablement une clé.

Il se tenait sur le côté tandis qu'Anderson sursautait et commençait à tapoter ses poches pour finalement obtenir un résultat.

- Vous me donnez cinq minutes avant que tout le monde ne piétine toutes les preuves ? suggéra Sherlock.

Son regard parcourut le couloir dès la porte s'ouvrit mais Lestrade secoua la tête.

- Après ce qui s'est passé hier ? Je ne vous laisserais pas hors de ma vue dans cet appartement – et c'est aussi pour votre propre bien, ne me regardez pas comme ça.

Il suivit Sherlock de près dès que ce dernier passa la porte.

- Les autres, vous attendez ici, ordonna-t-il par-dessus son épaule.

Ils ne trouvèrent rien du tout : pas de Sally, pas de trace de lutte ni de perturbation, en fait, rien n'indiquait que quiconque était entré là. Lorsque Lestrade annonça qu'il n'y avait rien à signaler, les autres pénétrèrent à l'intérieur, Anderson regarda autour de lui, incrédule, comme s'il s'attendait à ce qu'elle apparaisse à tout moment.

- Tout ça, c'est de votre faute, accusa-t-il soudainement Sherlock. S'il arrive quoi que ce soit à Sally, ce sera parce qu'elle est votre ennemie.

Sherlock ourla sa lèvre.

- Sally n'est pas mon ennemie, espèce d'abruti fini !

Il pivota vers Lestrade.

- Il nous faut ses enregistrements téléphoniques.

- On est déjà dessus.

Lestrade avança vers le canapé et prit la pile de notes que Sally avait visiblement emmenée chez elle pour travailler.

- Ce sont des affaires en cours alors ça la place définitivement ici hier soir, indiqua-t-il. J'ai requis un enregistrement des trajets effectués avec sa carte Oyster [2] mais ça prendra un moment pour l'obtenir.

John observa Sherlock commencer à faire les cent pas, il crépitait littéralement sous la tension… et quelque chose qui ressemblait à de l'indignation.

- Donc, tu penses que le tueur s'en est pris à Sally ? en déduit-il. Comment a-t-il pu faire ça ? Je veux dire, Sally n'est pas quelqu'un qui se laisse facilement faire.

Il y songea.

- Cependant, je suppose que si quelqu'un se présentait à la porte avec un flingue…

- Non, non, démentit Sherlock en secouant la tête. Tu n'as pas vu la chaîne de sécurité ? Elle n'aurait pas ouvert à un étranger. Et personne n'est entré ici – le tapis du couloir a des poils épais, on peut voir dans quel sens elle a passé l'aspirateur. Les seules empreintes de pieds qu'on voyait avant que nous ne pénétrions étaient en taille 39 [3] et si le meurtrier fait ma hauteur, il n'y a pas moyen que…

Il se retourna et marcha dans l'autre direction.

- Non, elle rentrée chez elle…

Il regarda en direction de la porte.

- … elle a déposé son travail sur le canapé…

Ses yeux suivirent le trajet qu'il décrivait comme s'il se représentait les mouvements de Sally.

- Les dossiers sont posés sur le coussin du milieu et celui du bout semble être son siège habituel…

Il jeta un œil à Anderson qui acquiesça.

- Alors elle est allée se préparer un verre, continua Sherlock, en voyant un dessous de bouteille en bout de table qui arborait une marque circulaire. Elle a enlevé ses chaussures…

Il observa le tapis, se souvenant sans doute des marques de pieds avant qu'il ne soit foulé.

- … puis elle s'est pelotonnée et a commencé son travail…

Il recula d'un pas en rassemblant ses paumes dans un mouvement familier.

- … Et à un moment ou un autre, elle est sortie… et n'est pas revenue.

Anderson émit un bruit étranglé mais Sherlock l'ignora.

- Il n'y a aucun signe des vêtements qu'elle portait hier, ni dans sa chambre, ni dans le panier à linge, alors elle ne s'est pas changée, ce qui suggère hier soir plutôt que ce matin. Aucune indication de repas préparé ou de boîtes de nourriture à emporter dans la cuisine, alors probablement tôt plutôt que tard.

- Donc, elle est allé vers lui ? demanda John. Mais pourquoi aurait-elle fait ça ?

- Et pourquoi irait-elle où que ce soit sans renfort, sans même donner un coup de fil ? ajouta Lestrade depuis le canapé.

Son portable sonna, il sortit un bloc-notes et un stylo en répondant.

- Oui, allez-y.

Il leva les yeux et articula enregistrement téléphonique puis se mit à noter des heures et des numéros.

Sherlock regarda par-dessus son épaule pendant qu'il écrivait et pointa immédiatement son doigt sur la première ligne.

- Une seconde, fit Lestrade dans le téléphone puis il leva les yeux. Qu'y a-t-il ?

- C'est un numéro redirigé, expliqua Sherlock en indiquant un code 070 en tête de liste. C'est le dernier numéro qu'elle a composé ?

Lestrade hocha la tête.

- Je suis désolé mais c'est quoi, un numéro redirigé ? s'enquit John.

- Un numéro de téléphone qui masque vos coordonnées, expliqua Lestrade. Les appels sont automatiquement transférés mais l'appelant n'a aucun moyen de découvrir le vrai numéro. Sally a appelé celui-ci à vingt-et-une heures quinze hier soir, elle est restée en ligne pendant presque quatre minutes.

Il regarda Sherlock qui composait le numéro.

- Déconnecté, reporta-t-il.

Lestrade parla à nouveau dans son téléphone.

- Trouvez la compagnie qui a masqué ce numéro 070, ordonna-t-il, et découvrez où il a été redirigé.

Il raccrocha puis grimaça.

- Ça ne sera pas rapide.

- Vraisemblablement inutile de toute façon, fit Sherlock. Ça n'est qu'une tactique pour nous retarder – il a sans doute utilisé un mobile jetable.

- Alors vous croyez que c'est le tueur ? questionna John. Elle a appelé le tueur et il l'a… quoi ? convaincue de sortir d'une manière ou d'une autre, de son propre chef, sans le dire à quiconque – puis il l'a enlevée ?

Il fronça les sourcils.

- En mettant de côté tout le reste, comment a-t-elle eu le numéro ?

- Exactement, approuva Sherlock avant de se tourner vers Lestrade. Il y a une liste de messages là-dedans ?

Il indiqua la pile de notes de Sally.

- Des appels à retourner ?

Lestrade vérifia la pile.

- Non, et c'est un peu bizarre, reconnut-il. J'aurais pensé qu'il y en aurait.

- Elle a peut-être… les interrompit Anderson et tout le monde se tourna vers lui. Si c'était juste un bout de papier et qu'elle le tenait en marchant de long en large, en parlant au téléphone – vous savez, comme le fait toujours…

Les autres acquiescèrent et il déglutit.

- … parfois, elle met des choses derrière la pendule.

Sherlock fut devant le manteau de cheminée en deux grandes enjambées et en sortit une poignée de documents qu'il parcourut rapidement puis les remit en place en secouant la tête.

- Rien, dit-il. Elle l'a probablement pris avec elle.

- Mais, comme l'a dit John, intervint Lestrade, pourquoi, bon sang, y était-elle allée ? Bon dieu, qu'est-ce qu'il a bien pu lui dire ?

Sherlock jeta un coup d'œil à Anderson, qui maintenant, fixait tristement le néant.

- Peut-être quelque chose qui se rapporte à moi, suggéra-t-il, la bouche pincée. Si quelqu'un avait clamé qu'il avait des preuves contre moi – des preuves que j'ai menti ou que j'étais dans un endroit où je n'aurais pas dû être – Sally aurait bondi dessus. Particulièrement après les recherches d'hier.

- Et elle n'aurait pas voulu que je le découvre alors que je lui ai spécifiquement ordonné de laisser tomber, reconnut Lestrade. Pas avant qu'elle ait quelque chose de concret en tout cas. Mais elle l'aurait sûrement dit à quelqu'un, non ?

Tout le monde fixa Anderson qui parut revenir brusquement à la réalité.

- Quoi ? demanda-t-il puisqu'il n'avait pas du tout suivi la conversation.

- Vous êtes certain que Sally ne vous a pas téléphoné hier soir ? s'enquit Lestrade. Ou envoyer un message, sous n'importe quelle forme ?

Il secoua la tête.

- Non, j'ai emmené ma femme en sortie pour la journée et nous sommes revenus tard. Sally savait qu'elle ne devait pas appeler.

Lestrade se leva et dévisagea Sherlock.

- Bon, alors on ne sait pas où elle est et on ne sait pas qui l'a enlevée mais vous pouvez essayer de… [4]

Il s'interrompit tandis que tout le monde tressaillait au choix de ses mots.

- Je veux dire : pourquoi ? D'accord, je suppose qu'elle correspond au profil des victimes…

Il ne regarda pas Anderson.

- … mais tout le reste est faux – ce n'est pas le week-end, ils ne sont pas chez elle, il n'est pas venu ici… qu'est-ce qui se passe ?

- Les règles ont changé, murmura John et la tête de Lestrade se tourna brutalement vers lui.

- J'ai bien peur que le tueur ne soit passé directement à la fin de son jeu, fit Sherlock.

- À quoi pensez-vous ? demanda Lestrade.

Sherlock grimaça.

- Je pense que si l'idée est de tuer Sally et de me faire endosser le crime alors soit elle est reste en vie tant que je suis publiquement visible, soit…

- Soit ?

- Soit elle est déjà morte.

NdT :

[1] et [1bis] Two birds with one stone en vo. Ce proverbe se traduit en français par : faire d'une pierre deux coups. Mais l'auteure reprend ensuite le terme de bird pour faire un jeu de mot impossible à traduire. Lorsque Sherlock dit : « Mais on est tous les deux des oiseaux », Lestrade se méprend sur le sens du mot bird qui signifie aussi : nana, petite amie, gonzesse ou meuf.

[2] Oyster card en vo est une carte magnétique à puce qui permet d'utiliser les transports publics londoniens. La carte doit être validée sur une borne prévue à cet effet au début et à la fin de chaque trajet.

[3] taille 6 UK en vo

[4] to have a stab en vo dans ce contexte signifie : faire une tentative, essayer quelque chose mais a stab signifie aussi : un coup de couteau.

À suivre…

Merci d'avoir lu jusque-là. Ça vous a plu ? Déplu ? Vous avez d'éventuelles questions ? Un pronostic, peut-être ? Je suis là pour accueillir vos commentaires.

Bises

Falyla