Heeeello...

Et on repart dans la confrontation... ;)


Chapitre 12 : Pride and Prejudice

Harry resta assis là où il était, trop choqué pour faire autre chose que fixer Albus Dumbledore avec des yeux ronds. Les mots tournaient et retournaient dans sa tête sans qu'il parvienne à leur trouver un sens.

Et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut survivre tant que l'autre survit…

« Est-ce que ça va, Harry ? » demanda gentiment Dumbledore.

Clignant des paupières, Harry laissa son regard dériver jusqu'à la silhouette de l'homme en noir posté devant la fenêtre. Severus Snape regardait résolument à l'extérieur depuis le début de l'entretien. Il avait été contre le fait qu'on le mette au courant. Et pour une fois… Non, non, il n'était pas d'accord avec lui. Secouant la tête pour se remettre les idées en place, le garçon se passa une main sur le visage.

Une heure plus tôt, il avait été tranquillement installé dans la bibliothèque en compagnie de Ron et d'Hermione quand un Serdaigle de première année était venu l'avertir qu'on l'attendait dans le bureau dictatorial. Il s'y était rendu d'un pas résigné, peu surpris de trouver Snape à son arrivée. Non pas qu'il ait eu une quelconque intention de se rendre en potions le lendemain matin, mais il avait promis de lui laisser jusqu'à vendredi, or il était jeudi soir.

Mais Dumbledore l'avait très vite éclairé quand à sa présence dans son bureau. Rien à voir avec Snape et des cours qu'il aurait manqués. Le vieux sorcier voulait juste le prévenir que le Ministère était sur le point de tomber. Ce n'était plus qu'une question de jours et après cela, il n'était pas certain de ce qui arriverait à Poudlard… Et il avait des révélations à lui faire. Snape avait protesté qu'il n'était qu'un gamin mais un geste de Dumbledore l'avait plongé dans un mutisme hostile.

Harry avait donc écouté, avec attention et incrédulité, l'histoire que lui raconta le Directeur. Son histoire. Comment sa vie et son avenir avaient été décidés par une prophétie seize ans plus tôt… Comment son existence et celle de Neville auraient pu être échangées… Comment un espion de Voldemort avait rapporté le début de l'information à son Maître…

Un espion…

« Qui était-ce ? » La question passa ses lèvres brutalement, sans qu'il ne cherche à la retenir.

« Qui cela, Harry ? » demanda Dumbledore avec compassion, une lueur étrange brillant dans ses yeux bleus.

Mais le garçon avait la désagréable sensation que le Directeur avait parfaitement compris la question et cherchait juste à noyer le poisson.

« Le salaud qui a tout rapporté à Voldemort. » rétorqua-t-il avec une colère froide. Il n'avait même pas élevé le ton. « C'est sa faute. Sans lui, Voldemort ne serait pas venu cette nuit là. Sans lui, mes parents ne seraient pas morts. »

Il y eut un bruit étouffé du côté de la fenêtre et du Professeur de Potions mais il était trop furieux pour se préoccuper de Snape maintenant. Ce n'était pas le même problème. Et ce problème là pouvait attendre.

« Harry… » commença Dumbledore en redressant ses lunettes en demi-lune. « C'est Voldemort qui a fait ce choix… C'est lui qui est respon… »

« Non. » coupa le garçon avec brutalité, et un coin de son esprit s'étonna que Snape ne l'ait pas encore rappelé à l'ordre. « Celui qui a rapporté la Prophétie à Voldemort est coupable. Il les a condamnés. Il aurait aussi bien pu les tuer lui-même. »

« Harry… » tenta d'apaiser le Directeur, et ça ne fit qu'attiser la colère et la rancœur du Survivant. Non content d'avoir gardé le secret de la Prophétie toutes ces années, Dumbledore allait à présent refuser de lui livrer l'identité de celui qui avait provoqué le meurtre de ses parents ?!

« Non ! » cria-t-il, se levant d'un bond du fauteuil sur lequel il était assis. « Je refuse d'écouter. J'exige de savoir qui les a tués. Qui je dois haïr. »

« Harry… » soupira le vieux sorcier. « C'est le Seigneur des Ténèbres qui… »

« C'était moi. » coupa la voix grave et pourtant douce de Snape. « C'était moi, Potter… »

Harry se tourna vers l'homme qui n'avait même pas eu l'honnêteté de lui faire face. Son dos s'offrait à lui, légèrement vouté. Un élan de haine comme il n'en avait encore jamais connu parcourut son corps, le laissant tremblant de la tête aux orteils.

« Severus. » intervint Dumbledore. « Vous n'êtes responsable de rien. Harry, c'est Voldemort qui a tué tes parents. Pas le Professeur Snape. C'est à cause de leur mort qu'il a changé de camp, parce que… »

« Parce que coucher avec une Sang-de-bourbe, mariée et membre de l'Ordre du Phoenix faisait désordre chez les proches de Voldemort ? » ironisa le garçon sans se soucier de baisser la voix.

Il hurlait et alors ? Qu'on l'entende jusqu'aux cachots ne le dérangeait pas.

« Quoi ? Harry, qu'est ce que tu… Severus ? » bredouilla Dumbledore, déstabilisé pour la première fois depuis qu'Harry l'avait rencontré.

Mais la question resta sans réponse. D'un mouvement presque trop rapide pour être suivi à l'œil nu, Snape s'était tourné et toisait Harry d'une fureur sans nom. Comme quand il avait affronté Pétunia, des vagues de magie puissante irradiaient de sa personne. Il n'avait pas dégainé sa baguette mais il était proprement terrifiant. Il était regrettable qu'Harry soit trop enfoncé dans sa haine et son ressentiment pour s'en rendre compte.

« Ne l'appelez plus jamais comme ça ! » tonna-t-il. « Ne vous avisez plus jamais de parler d'elle de cette façon ! »

« Et pourquoi pas ?! » rétorqua Harry avec hargne. « C'est bien ce qu'elle était pour vos amis Mangemorts ?! Et n'agissez pas comme si vous en aviez quelque chose à faire ! »

Furieux, le garçon remarqua à peine que les objets mystérieux sur les étagères avaient commencé à trembler. Certains se fracassaient au sol, sans qu'il puisse déterminer qui, de Snape ou de lui, était responsable. Et Dumbledore, planté au milieu de la pièce, observait sans trop bien comprendre son bureau partir en ruine, et les deux personnes qu'il considérait comme des fils prêts à se sauter à la gorge.

« Elle a donné sa vie pour sauver la tienne, sale gamin ingrat ! » cracha Snape avec rage « Elle n'aurait pas dû mourir ! Elle n'était pas censée mourir ! »

« Vous l'avez tuée ! » hurla Harry par-dessus les cris de son professeur.

« SILENCIO ! »

Le hurlement brutal et inattendu du Directeur les prit de court et ils mirent plusieurs secondes avant de réaliser qu'ils criaient en silence. Harry ouvrit et ferma la bouche, énervé que Snape ne puisse pas entendre toutes les insultes qu'il avait en réserve. En face de lui, le Maître des Potions leva les yeux au ciel et sortit sa baguette, ce en quoi Harry s'empressa de l'imiter, rageant de ne pas savoir utiliser les sortilèges informulés.

« Ce n'était pas nécessaire, Albus. » déclara plus calmement Snape au bout d'une seconde.

« Et moi je crois que si, Severus. » rétorqua le Directeur avec un petit sourire, avant de se tourner vers Harry. « Si je lève le sort, cesseras-tu de hurler, Harry ? »

Pour toute réponse, le garçon foudroya le Mangemort du regard. Dumbledore poussa un soupir las, mais Snape donna un léger coup de baguette.

« Vocare. »

Aussitôt, le garçon attaqua. « Endoloris ! »

« Harry, non ! » s'interposa Dumbledore et le sort s'écrasa sur un bouclier rouge brillant.

« Il a tué ma mère ! » explosa Harry. Etait-il donc le seul à voir ça ? Etait-il le seul à comprendre qu'après l'avoir obligée à trahir James, il l'avait tuée ? « Elle a trompé mon père avec lui ! Ils… Ils… » mais il ne trouvait plus ses mots et le Directeur le dévisageait comme s'il était devenu fou.

Lentement, Dumbledore ouvrit la bouche, apparemment peu sûr de ce qu'il devait dire, mais la voix de velours de Snape le soulagea de sa peine.

« Ecartez-vous, Albus. » exigea-t-il avec une fermeté dont il n'avait jamais fait preuve avec le Directeur en sa présence.

« Harry, Severus n'es pas responsable de ce qui s'est passé, comprends-tu ? » expliqua calmement Dumbledore sans bouger de là où il se trouvait entre Snape et lui.

« Je comprends qu'il a tué mes parents. Je comprends que je dois le tuer. » rétorqua Harry avec assurance.

Tout était clair maintenant. Limpide. Tout était la faute de Snape. Même pas Voldemort. Snape. Un schéma se mettait lentement en place dans son esprit. Une explication. Lily avait mis fin à leur liaison, il n'avait pas supporté alors il avait guidé le Seigneur des Ténèbres jusqu'aux Potter…

« Tu n'es pas de ceux qui assassinent les… » commença Dumbledore pour être immédiatement coupé par la voix de Snape.

« Tu as le droit de réclamer ma vie. » déclara le Professeur des Potions en contournant lentement le Directeur, levant la main quand celui-ci voulut intervenir. « Il est vrai que d'une certaine façon, j'ai tué tes parents. Néanmoins, il est important que tu comprennes que je n'ai pas voulu leur mort. Je n'aurai jamais fait de mal à Lily. »

Il avait perdu sa morgue et ses sarcasmes. Ca irrita Harry plus encore que le reste. Il ne devait pas se rendre, il devait se battre. Il devait résister, se défendre…

« Vous mentez ! » répondit Harry dans un cri de rage. « Vous avez voulu vous venger ! »

« Me venger de quoi, Potter ? » rétorqua Snape, levant les deux mains devant lui quand Harry redressa sa baguette, adoptant une posture offensive. « Je n'aurai certainement pas touché au fils de Lily Evans. Ton père, c'est effectivement un problème différent mais… »

« NE PARLEZ PAS DE MON PERE ! » tonna Harry, si fort qu'il s'en arracha la gorge.

« Harry… »

Dumbledore fit un pas en avant, dans l'intention évidente de s'interposer une nouvelle fois. Un bouclier doré apparut, nimbant le bureau d'une douce lueur et les isolant, Snape et lui, du reste du monde. Il n'avait pas vraiment voulu faire ça. Et pourtant il savait qu'aucun sort ne passerait le bouclier tant qu'il le maintiendrait. Et le contrôler ne demandait aucun effort.

« Ca aurait été plus impressionnant si vous aviez eu l'intention de le créer. » railla Snape.

Il semblerait que le bouclier soit insonorisé parce que Dumbledore s'égosillait en silence de l'autre côté, remuant sa baguette dans un ballet captivant sans pour autant obtenir de résultat.

« Je vais vous tuer. » annonça-t-il avec fermeté.

Snape haussa nonchalamment les épaules. « Je suis déjà mort. »

Harry refusa d'accepter ce qu'il insinuait. Il refusa d'accepter les larmes qui lui piquaient les yeux. Il refusa d'accepter toute idée de sentiments entre Snape et sa mère.

« Taisez-vous ! Vous l'avez salie ! A cause de vous elle a trompé… »

Il s'arrêta. Des étincelles rouges jaillissaient à l'extrémité de sa baguette et il sentait ses pouvoirs qui crépitaient à l'intérieur de lui, luttaient pour se libérer… pour frapper… pour tuer.

« Potter… » gronda Snape « Lily n'a jamais… »

« La ferme ! » rétorqua Harry. C'était trop. Il avait beaucoup trop de mal à gérer ses pouvoirs. Trop de mal à endiguer la violence qui explosait en lui.

« Non. » répondit simplement le Mangemort. « Tu as deux solutions… Harry. Soit tu me tues et ta colère s'apaisera… Du moins pour quelques temps. Soit tu te calmes et tu accepte de m'écouter. »

Tuer… Tuer, déchiqueter, réduire en charpie… Venger son père. Venger cette traitresse de Lily…

Faire un pas vers Voldemort.

« La mort n'est jamais une solution, Potter. » déclara la voix calme et pénétrante de Snape.

Harry prit une grande inspiration. Sa main tremblait et la baguette s'agitait en tout sens, projetant des étincelles rougeâtres un peu partout. Et brusquement, il réalisa. Ce qu'il avait été sur le point de faire. Ce qu'il avait failli faire.

« Tu n'es pas un meurtrier. »

Encouragé par la sérénité paisible qu'affichait Snape, Harry abaissa lentement sa baguette. Immédiatement les murs dorés qui les entouraient disparurent.

« Harry, par la Barbe de Merlin ! Severus, vous allez bien ? Pourquoi ne pas avoir sorti votre baguette, par l'enfer ! Vous auriez pu le désarmer ! »

Les mots du Directeur passaient au dessus de lui. Ils passaient apparemment également au dessus de Snape. Le regard rivé l'un à l'autre, ils attendaient. Quoi, Harry n'en était pas certain, mais ils attendaient.

« Je n'ai jamais eu de liaison avec votre mère durant son mariage, Potter. »

Le garçon nota que le Directeur avait cessé de parler pour les fixer à nouveau avec inquiétude.

« Vraiment, Sev ? » ironisa Harry, prenant plaisir à voir l'éclat de douleur passer subrepticement sur le visage de Snape. « Ce n'est pas ce qu'elle disait pourtant ! »

« Je suppose que l'on peut dire que je suis responsable de sa mort. Mais je vous jure que… »

« Vous n'êtes pas responsable. » coupa Harry, et les mots lui soulevèrent l'estomac. Mais il savait, au fond de lui, que c'était la vérité. Il savait que Snape n'avait rien fait pour provoquer la mort de Lily. Il l'avait lu dans ses yeux. Il l'avait aimée... Mais ce n'était pas pour ça qu'il allait les pardonner. « Pas de leurs morts. »

Les yeux de Snape se fermèrent une seconde, mais très vite, il vrilla à nouveau son regard noir dans le sien.

« Harry Potter… » gronda le Professeur. « Je n'ai jamais… »

« Vous me dégoutez. » l'interrompit-il une nouvelle fois, ignorant le bruit réprobateur qu'émit Dumbledore. « Vous me dégoutez… » répéta-t-il plus doucement. « Mais ce que vous avez fait… Je peux comprendre. Pas accepter ou pardonner, mais comprendre. Mais elle… Elle était mariée… Elle… Elle me dégoute. » cracha-t-il. « Plus que vous. Plus que… J'ai honte. J'ai honte d'être son fils. »

Sans attendre une réponse qu'il ne voulait pas entendre, Harry se dirigea vers la porte et la claqua bruyamment derrière lui.

Severus Snape était figé, incapable, pour la première fois depuis des années, de prendre une décision quelconque. Sa vie dépendait de sa capacité à prendre des décisions… Sa vie… Mais qu'était sa vie ? Il n'avait pas menti. Sa vie s'était arrêtée à l'instant où Lily Evans… Lily Potter avait cessé de respirer. Fracassée, sa pitoyable existence déjà bien vide… Envolés, les rêves qu'un jour elle verrait la raison et reviendrait à lui…

« Severus ? » appela Dumbledore avec inquiétude. « Pourriez-vous m'expliquer ce qui vient de se passer ? »

Mais Severus n'était pas en état d'expliquer quoi que ce soit. Sev… Cela faisait des années qu'il n'avait pas entendu ce surnom… Depuis elle. Cette douleur dans les yeux du gamin… Dans ces yeux verts… Les yeux de Lily… Il ne supportait pas de lire de la souffrance dans ses yeux… Il ne supportait pas l'idée que…

Sans plus prêter attention à Albus qui tentait d'attirer son attention, il se lança dans l'escalier en colimaçon, à la poursuite de l'adolescent. Fou qu'il avait été… Tout était sa faute bien entendu… Il avait refusé de voir avant que le fils de James Potter était également celui de Lily Evans… Il avait maudit ce regard vert dans ce visage tant haï… Mais Pétunia… Pétunia et ses remarques… C'était la raison pour laquelle il avait ressorti cette vieille lettre… Là qu'il avait réalisé l'ampleur de ses divagations…

La glisser dans un livre parce que le Maître des Ténèbres l'avait appelé en urgence n'était pas sa première erreur. Non… La première erreur qu'il avait faite était de ne pas avoir offert au garçon ce que Lily l'aurait obligé à lui donner si elle avait toujours été parmi eux. Il l'avait protégé certes… mais comme un fardeau que l'on porte…

Arrivé en bas de l'escalier, il se planta face à la gargouille.

« Par où est-il parti ? »

« Aile ouest. » répondit la créature de pierre.

Ouest… La Tour des Griffondors… Sans plus attendre il se remit en route, marchant si rapidement qu'il semblait voler, ses robes claquant dans son sillage. Il connaissait des raccourcis… Un coup de baguette souleva une tapisserie, révéla un passage…

Il ne pouvait pas le laisser penser… C'était mal vis-à-vis de Lily… Lily avait toujours été droite, fidèle… Lily était le bien incarné…

Il émergea dans un couloir et sans surprise, quelques secondes plus tard, déboula Harry Potter. Le garçon s'arrêta et le fixa quelques secondes les yeux écarquillés. Des yeux verts noyés de larmes…

« Potter… » commença-t-il sans bien savoir ce qu'il allait dire. Rien ne convaincrait cet insupportable gamin… Il était têtu, quand il avait une idée dans la tête… Comme sa mère.

« Non ! » cria le Griffondor et Severus grimaça, il allait réveiller le château entier s'il continuait de hurler de la sorte. « Laissez-moi tranquille ! »

« Evitez de vous égosiller, Potter. Cette discussion n'a pas besoin de faire la une de la Gazette du Sorcier. »

« Foutez-moi la paix ! » répliqua le garçon, semblant retrouver sa contenance en même temps que sa colère.

Snape soupira, luttant pour garder intacte sa patience fragile. « Il est nécessaire que nous ayons une explication, Mr Potter. »

L'éclat de rire amer le prit au dépourvu. La lueur haineuse qu'il vit briller dans les yeux verts le blessa plus qu'il n'aurait cru possible.

« Qu'y a-t-il de plus à dire, Monsieur ? » railla Potter avec un cynisme dérangeant pour un enfant de son âge. « Ma mère était une garce et… »

Le temps qu'une pensée cohérente se soit formée dans l'esprit de Severus, son corps avait déjà agi. Quand il réalisa ce qu'il était en train de faire. Potter était plaqué contre le mur et sa main enserrait fermement sa gorge. Il le relâcha bien évidemment sur le champ et recula, choqué de son propre geste.

« Heureusement que vous ne lèverez jamais la main sur un enfant, parce que l'espace d'une seconde, j'ai eu peur. » grogna Harry en se massant la gorge.

Severus ouvrit la bouche, prêt à s'excuser platement bien que cela fasse des années depuis qu'il avait présenté des excuses à qui que ce soit, mais ce fut un gémissement douloureux qui lui échappa. Plié en deux, il agrippa son avant bras, soufflant bruyamment. Jamais l'appel n'avait été aussi fort… Jamais… Se mordant la lèvre jusqu'à ce que le gout familier du sang imprègne sa bouche, et que la douleur supplante celle de la marque, il se redressa autant qu'il le put et planta son regard dans celui de Harry.

Le garçon l'observait avec surprise et… crainte. Se forçant à reprendre une respiration calme et régulière, il tenta de garder une voix aussi neutre que d'ordinaire.

« Préviens… Dumbledore. Je… dois… transplaner. »

Harry hésita puis fit un pas vers l'homme et tendit un bras. Il détestait Snape mais il n'allait pas le laisser s'effondrer en plein milieu d'un couloir désert…

« Je ne suis pas sûr que l'idée soit… »

« Obéis-moi. » coupa Snape, rejetant le geste qu'il avait fait pour le soutenir. Péniblement, laborieusement, le Mangemort fit un pas en avant et un autre. Décidant que s'il voulait se tuer à la tâche, ce n'était pas son problème, il partit dans la direction opposée. Il sprinta jusqu'au bureau du Directeur, et monta les marches deux par deux.

« Monsieur ? » appela-t-il en pénétrant dans la pièce.

Dumbledore, planté devant la fenêtre, se retourna immédiatement à son entrée.

« Harry ! » s'exclama-t-il avec soulagement. « J'espérais que tu reviendrais… Nous devons discuter de… »

« S'il vous plait, Professeur. » coupa Harry aussi poliment qu'il le put, avant de résumer la scène dont il avait été témoin. Quand il eut fini, Dumbledore hocha lentement la tête avant de tourner son regard vers l'extérieur.

« Retourne dans ton dortoir, Harry… » demanda le vieux sorcier d'un air las.

Le garçon s'arrêta sur le seuil du bureau et jeta un coup d'œil au vieillard fatigué qu'était devenu le Directeur. La gravité avec laquelle il l'avait dévisagé quand il avait parlé de la souffrance claire de Snape, les questions qu'il avait posées… Cela voulait-il dire que Voldemort avait trouvé la Boîte ?

« Monsieur ? »

Dumbledore tourna à peine la tête. « Oui, Harry ? »

« Il… va revenir, n'est ce pas ? »

Immédiatement après avoir posé la question, il leva les yeux au ciel. Snape avait essayé de le tuer pas plus tard que dix minutes auparavant et il se préoccupait de sa santé ? Décidemment, il était trop tendre.

« Je ne sais pas… » répondit le Directeur avec une tristesse évidente. « Je ne sais jamais. »

Comprenant qu'il voulait être seul, Harry descendit l'escalier pour la deuxième fois de la soirée. Il repartit plus calmement vers la Tour des Griffondor, se moquant pertinemment de briser le règlement. Ni Rusard, ni Miss Teigne ne croisèrent son chemin et il en fut légèrement déçu… Il aurait aimé évacuer cette colère résiduelle…

« Courage. » marmonna-t-il en arrivant à la hauteur de la Grosse Dame. Le portrait pivota sans discuter.

Il traversa la salle commune sans vraiment faire attention, perdu dans ses pensées.

« Harry ? » appela la voix endormie d'Hermione.

Il tourna la tête et aperçut ses amis devant la cheminée. La jeune fille avait, sans surprise, un classeur ouvert devant elle, alors que Ron dormait à point fermé dans son fauteuil. Un coup de coussin bien placé réveilla le roux, qui se redressa prestement. Son regard tomba sur Harry.

« Hé, mon pote ! Alors que voulait Dumbledore ? »

Le garçon soupira. Par où commencer ?


Une ptite rewiew?