Merci encore à Eunolie & Isabel Pearl pour leur review & jolierosedu68 (j'ai failli louper ta review tu l'as posé y'a quelques minutes xD, dans tous les cas, la suite arrive maintenant ! Et t'inquiète, j'adore écrire sur Wil & Nella, je ne risque pas de les oublier !)

Bonne lecture !


"Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres."

La Rochefoucauld


Le week-end était enfin arrivé, emportant avec lui les dures affres de la semaine et laissant entrevoir une brève sérénité avant la dernière semaine d'octobre qui amènerait avec elle les vacances. En attendant, tout le monde ne parlait que du banquet d'Halloween et l'excitation était de mise, des plus petits aux plus âgés.

Si le banquet était aussi attendu, c'est parce que c'était l'une des seules animations annuelles à Poudlard avec les matchs de Quidditch et l'occasion de savourer des mets plus délicieux les uns que les autres sous des formes, parfois, très étranges.

Personne ne se déguisait vraiment tout au plus portait-on un peu de maquillage noir ou orangée et, chez les plus hardis, les cheveux assortis. On ne sortait pas sa plus belle robe, au grand damne de Joana Mayer, car on ne savait jamais ce qui pouvait arriver entre les petits fours explosifs et les tartelettes régurgitantes. Par contre, on n'était pas obligé de porter l'uniforme car c'était le week-end et beaucoup appréciait d'être débarrassé de sa jupe ou de son pantalon noir et de sa chemise étriquée.

Mais ce n'était pas parce que le banquet d'Halloween n'avait rien à voir avec un bal mondain qu'on ne se préparait pas soigneusement et durant des heures pour certaines personnes.

- SORS DE LA SALLE DE BAIN ! hurla Dominique Weasley en tambourinant à la porte.

Trempée, crottée, la jeune Poufsouffle n'aspirait qu'à se laver tranquillement après l'un des plus éprouvants entrainements de Quidditch qu'il lui ait été donné d'animer et ses joues s'étaient teintées d'un rouge dépitée lorsqu'elle s'était rendue compte que quelqu'un d'autre avait été plus rapide.

Et puis Molly était passé devant elle en chantonnant, Camille était venue lui emprunter son manuel de Sortilèges et elle savait qu'Isabel avait pris sa douche dans les vestiaires, comme d'habitude.

La colère avait déformé ses traits lorsqu'elle avait compris que l'occupante de sa précieuse salle de bain n'était autre que Joana Mayer, qui pouvait y rester des heures.

- TU ENTENDS CE QUE JE TE DIS ?

Seul un petit sifflement effronté lui répondit et Dominique poussa un gémissement abattu, certaine de ne pas réussir à se laver avant de descendre dîner. Parfois, elle détestait Joana et son chromosome qui la faisait rester des heures dans une salle de bain, tout ça pour se remettre trois touches de poudre ou se vernir les ongles dans une énième teinte différente parce que les douze autres ne lui avaient pas plu.

- Tu n'avais qu'à aller dans les vestiaires, lui fit remarquer, à juste titre, Camille qui étudiait tranquillement, allongée sur son lit, parfaitement coiffée, habillée et parfumée.

Dominique laissa dériver son regard sur son amie, tout en se laissant tomber contre la porte de la salle de bain, appliquant une quantité non négligeable de boue dessus. La jeune fille n'avait pas vraiment changé grand-chose à son apparence, si ce n'est qu'elle portait une jolie robe moldue noire en laine qui lui arrivait en dessous des genoux et des souliers assortis. Ses courts cheveux noirs étaient laqués et elle avait mis un peu de maquillage, du crayon et du mascara, ce qui choqua un peu la jeune Weasley car Camille ne se maquillait jamais, tout comme elle d'ailleurs.

- Trop froid, mentit-elle.

En réalité, les douches communes lui donnaient des frissons dans le dos rien que d'y penser. Bien évidemment, les filles étaient séparées des garçons mais cela ne l'empêchait pas d'abhorrer l'idée de montrer son corps aux autres. D'ailleurs, si certaines comme Isabel ou Emmeline Carter, la Poursuiveuse, n'avaient jamais eu aucun problème à se déshabiller devant les autres, la jeune Carrie rougissait à la vue des corps de femmes des deux autres.

Elle se sentait différente Dominique en surprenant les seins gonflés d'Isabel ou Emmeline -et cette dernière n'avait pourtant pas quinze ans-, leurs hanches développées et leurs cuisses rendues fermes par le Quidditch. Et elle, elle n'avait toujours pas besoin de soutien-gorge. A dix-sept ans, cela en disait beaucoup.

- Au fait je crois qu'Isabel …, commença Camille en changeant de conversation.

Mais Dominique ne sut jamais ce qu'avait fait Isabel car la porte de la salle de bain s'ouvrit soudainement, tapant contre son dos et elle se redressa d'un bon. Pimpante et guillerette, Joana en sortit en tournant sur elle-même, saluant un public imaginaire.

- Alors, c'est comment ?

- C'est … comme d'habitude, grinça Dominique en contemplant le jean noir et le petit pull marron de sa camarade. Non mais vraiment !

Et elle bouscula la pauvre Joana qui eut l'air profondément dépité et claqua la porte de la salle de bain avec vigueur.

OoOoOoOo

- Arrête de bouger, ordonna sèchement Gemma Lysenko tout en essuyant une espèce de pâte orangée qui avait glissé sur l'oreille de Mervin Kalls.

Ce dernier opina du chef, sans pour autant arrêter de tordre le cou pour pouvoir admirer le résultat dans un miroir posé sur la table.

Gemma avait le sentiment de s'être, une nouvelle fois, fait avoir par le premier année, lorsqu'il était venu lui demander de lui maquiller le visage avec de grands yeux brillants. Lorsqu'elle avait accepté, elle était loin de se douter que les sept autres premières années étaient inclus dans la préparation. For heureusement pour elle, Nella Flint avait accepté de l'aider et dessinait consciencieusement une araignée sur le visage orange d'une petite blonde à l'air ravi.

Malgré elle, elle ne pouvait s'empêcher de sourire face à tant d'enthousiasme alors que le banquet d'Halloween n'était, somme toute, qu'un banquet. Malgré elle, car elle n'avait pas vraiment de quoi rire en ce moment, entre ses heures de retenues, les cours de duels qui se passaient toujours aussi mal même si aucun incident n'avait été à déplorer et les tours de garde avec Potter qui étaient un calvaire pour elle.

- Et voilà, déclara-t-elle finalement, une bonne grosse citrouille !

Et effectivement, elle n'était pas si ratée que ça sa citrouille pour quelqu'un qui n'avait aucun talent artistique et recouvrait admirablement le visage de Mervin de noir et d'orange. Le gamin sauta sur ses pieds et un grand sourire se nicha sur ses lèvres lorsqu'il vit le résultat.

- Trop bien, les autres vont tous être jaloux, s'exclama-t-il en la serrant brièvement dans ses bras.

Du moment qu'ils ne se moquent pas, songea affectueusement la jeune Préfète-en-Chef en empêchant un sourire idiot de s'afficher sur son visage. Pour cacher sa gêne, elle se tourna vers la bande des premières années qui étaient tous parfaitement maquillés puis vers Nella qui venait de finir l'araignée de la petite blonde et lui fit un petit sourire.

- Hé Aurore, tu ne veux pas te teindre les cheveux en noirs pour l'occasion ? s'écria Mervin en s'approchant d'une rouquine qui secoua la tête d'un air effaré.

- Pauvre gosse, la plaignit Nella alors que le Serdaigle s'amusait à la poursuivre dans toute la salle commune et, ce, même si ladite Aurore riait aux éclats.

Heureusement, pour une fois, personne n'avait le cœur à calmer les ardeurs des fauteurs de troubles pas même Louis Weasley qui était assis dans un canapé un peu plus loin et leva à peine les yeux lorsque Mervin trébucha devant lui. Peut-être qu'Halloween adoucirait les mœurs ? C'aurait été vraiment paradoxal, après tout, c'était la fête des monstres ce soir, même si on n'était pas encore le 31 qui tombait le jeudi suivant, juste avant les vacances.

Moulée dans son plus beau jean clair et vêtue d'un long pull gris pailletée, Nella s'était apparemment mis sur son trente et un, ce que Gemma n'avait pas l'intention de faire, habillée d'un jean déchiré et d'un pull noir difforme qui avait l'avantage de dissimuler ses formes. Tout au plus, avait-elle accepté de ressortir son vieux chapeau pointu, obligatoire lors de sa première année mais qu'elle n'avait plus porté depuis sa troisième année, ne faisant plus parti de son uniforme, décision de McGonagall, motivée, sûrement, par la manie qu'avait l'accessoire de tomber dans les chaudrons, de se perdre ou de se déchirer facilement.

- J'ai décidé de rester pendant les vacances, murmura Nella en évitant son regard. Si je dois passer la semaine à étudier pour rattraper mon retard à cause des retenues, autant que ce soit ici. Bien évidemment, c'est aussi pour profiter de la bibliothèque, mon père n'a que des livres sur le Quidditch, tu sais bien et puis … Et puis je n'ai pas vraiment envie de rentrer. Enfin, tu sais bien que …

- Nel ? Merci, chuchota Gemma en lui lançant un regard ravi.

Gemma qui avait pendant longtemps appréhendé cette semaine où elle croyait être seule dans cette immense château, avait au moins une raison de se réjouir maintenant. Bien sûr, elle n'était pas dupe et certaine que Nella ne restait que pour elle car, même si l'ambiance laissait à désirer pour cette fille unique, cela faisait près de deux mois qu'elle n'avait pas vu ses parents. D'ailleurs, ceux-ci, loin de la décrier pour l'ensemble des retenues dont elle avait écopé, lui avait promis d'envoyer un hibou salé à McGonagall. Il n'avait eu aucun effet et ses retenues ne s'arrêterait qu'à la fin du mois, soit jeudi prochain, mais Nella avait été soulagée, elle qui avait parfois peur du caractère colérique de son père, un ancien de Quidditch à la retraite réputé pour ne pas être tendre avec ses adversaires.

- On en profitera pour apprendre l'Histoire du Quidditch, grogna Gemma en faisant référence aux affreux devoirs techniques que leur donnait cette vieille chouette de McGonagall, semblant se délecter de la souffrance qu'elle occasionnait par là.

- Brrr, frissonna Nella en adoptant une tête effarée. Tu crois qu'elle pourrait nous forcer à monter sur un balai ?

- Si elle veut détruire le château, pourquoi pas ? s'amusa Gemma.

Elles riaient encore quand Mervin Kalls fit tomber un tableau du mur de la salle commune, qui passa à quelques centimètres de la jeune Aurore et fit finalement hurler de rage le placide Louis Weasley, dont la patience avait atteint ses limites.

oOoOoOoOoOo

- N'oublie pas de parler des orties séchés, marmonna Isaac Nott en relevant le nez. C'est quand même plus important que les limaces cornues cuites et tu as fais deux paragraphes dessus.

Heather Moorehead hocha distraitement la tête, en relevant néanmoins le ton hautain avec lequel Nott s'était adressé à elle et récupéra son devoir en tendant la main. Comme il avait accepté d'y jeter un coup d'œil après moult supplications, elle ne pouvait décemment pas le remettre à sa place.

Cela faisait plusieurs heures que les septièmes années s'appliquaient à leurs devoirs et la fatigue commençait à se faire sentir. Pour preuve, Harriet Moorehead était retournée dans leur dortoir quelques minutes auparavant et Ayling regardait d'un air envieux un groupe de sixième année rire aux éclats devant un jeu de cartes explosifs.

- Ca se voit qu'ils n'ont pas vraiment d'examen à la fin de l'année, râla la jeune sorcière. OHE ! Vous allez baisser d'un ton nom d'un troll ?

- On est samedi, fit remarquer, à juste titre, Thomas Ayling en la regardant d'un drôle d'air. Et tu n'es pas la plus studieuse d'entre nous, si je ne me trompe.

Le visage d'Heather se renfrogna et elle détourna légèrement le visage, satisfaite de constater que, même s'ils n'avaient pas l'air ravi, les sixièmes années avaient obtempéré sans protester.

La plume à la main, elle reporta son attention sur son devoir, même si ses yeux avaient une légère tendance à devenir vitreux au bout de quelques secondes. A vrai dire, elle s'en fichait totalement de ce devoir, seule son altercation avec Dewi la veille occupait toutes ses pensées. Bien sûr elle n'était pas dupe, elle savait très bien que toutes ses promesses ne voulaient rien dire.

Elle croyait Dewi quand elle disait vouloir le dire mais elle savait pertinemment qu'elle ne pouvait pas.

C'était très égoïste de la part de la Gryffondor d'ailleurs, avait-elle pensé à ce qu'elle pouvait ressentir ? Et puis, cette manière de se cacher, comme des parias, c'était bon pour le dernier des Poufsouffle ça. Elle aurait aimé pouvoir partir Heather, elle avait même été à deux doigts de le faire la veille lorsque, penchée sur la nuque chaude de Dewi, elle avait réalisé que, de la même façon que cette dernière n'arrivait pas à en parler, elle n'arriverait pas à la quitter. Et pourtant, elle y songeait depuis longtemps, presque depuis le début en fait. Huit mois, six mois, elle ne savait plus trop bien. Peut-être un peu moins, oui voilà, la veille des examens de leur sixième année, c'était bien ça.

Un sifflement aigu la fit sursauter et elle fusilla Thomas Ayling du regard avant de tourner la tête vers ce qui semblait autant lui plaire. Harriet, sa sœur, était finalement redescendue et il paraissait clair que son aller-retour au dortoir n'avait d'autre but que de se changer pour profiter de ce stupide banquet d'Halloween tout juste bon à faire frissonner les premières années à Poufsouffle.

Harriet et Heather n'étaient pas très différentes physiquement au premier abord. Les cheveux courts, qui tombaient un peu en dessous des oreilles, châtains, la mâchoire carrée et les yeux marrons. Malgré tout, très vite, on réalisait qu'Harriet était la souriante, l'effacée, la douce et qu'Heather était plus dure, moqueuse et décidée. En cette fin d'après-midi, sa sœur avait jugé bon de troquer l'uniforme des Serpentard contre une robe claire, presque blanche se superposant à sa peau déjà très pâle.

Le regard d'Heather se fit plus dur, détaillant de haut en bas l'habillement de sa sœur, d'un air circonspect tandis que cette dernière s'appliquait à tourner la tête, faisant mine de l'ignorer.

- Carrément …, commença Ayling alors que même Isaac Nott abordait un mince sourire appréciateur.

- Vulgaire, compléta Heather. Va te changer.

Les mains d'Harriet se crispèrent imperceptiblement et ses pommettes devinrent rouges tandis qu'elle baissait honteusement la tête. Sa bouche s'ouvrit et elle hésita à répliquer mais Harriet Moorehead ne discutait jamais. Elle obtempérait.

- Tu exagères, s'exclama Ayling d'un air choqué. Ta sœur est b…

- Vas-y, je t'écoute, rétorqua Heather. Ma sœur est quoi ? Tu vois Harriet ce que les gens vont penser de toi ? C'est ça que tu veux ? Tu ne pourras pas dire que je ne t'ai pas prévenu.

- Je la trouve jolie moi, murmura finalement Harriet en relevant le menton.

- Bien sûr qu'elle est jolie, se radoucit Heather. Mais il y a cette robe que tante Holly nous a offert pour notre anniversaire, la noire. Elle sera très bien et beaucoup moins …

Mais Harriet avait déjà tourné les talons et traversait la salle commune d'un pas vif, alors que la plupart des regards étaient fixés sur elle, peu habitué à la voir se permettre ce genre d'excentricité. C'était bien ce que disait Heather, tout le monde allait la prendre pour une dévergondée dans ce genre de tenue. Malheureusement pour elle, sa sœur jumelle n'avait aucune idée de ce qui était bon pour elle.

- Quoi ? lâcha-t-elle, agressive, en surprenant le regard réprobateur d'Ayling et celui, plus incisif de Nott.

- Tout ça pour … une robe ? s'enquit ce dernier en haussant un sourcil.

Et, comme cela arrivait parfois, Heather avait la soudaine et désagréable impression que ce grand garçon, un peu sombre, toujours sérieux, était en train de lire ses pensées avec une aisance déconcertante. Agacée, elle ferma rapidement son manuel de Potions et rassembla ses parchemins à la va vite.

- Des fois, vous m'emmerdez vraiment tous les deux, lâcha-t-elle en tournant les talons à son tour.

OOoOoOoOoOO

- Quelque chose m'échappe, marmonna Wil Jordan à l'oreille de Dewi Karlson. Comment fais-tu pour être aussi jolie alors qu'on dirait qu'on dirait que tu n'as pas dormi ou mangé depuis trois jours ?

Cette dernière ne put s'empêcher de sourire, calant sa tête dans le cou du métis. Son bras était passé autour de ses épaules et les deux jeunes gens descendaient à la Grande Salle, bien mérité selon Wil. Il avait retrouvé Dewi et son air un peu perdu qui l'accompagnait toujours ces derniers temps et avait du longuement parlementer pour la convaincre de venir dîner. Cela avait été compliqué, il n'avait pas la finesse et la tchatche de James, qui avait disparu depuis le début de l'après-midi, et peut-être n'était-il pas très convaincant étant donné qu'il n'avait pas trop envie d'y aller lui-même.

- C'est naturel chez moi, répondit-elle, néanmoins peu convaincue.

- Je commence à le penser. Non mais regarde-moi cette chevelure ! s'exclama-t-il en passant sa main dans les cheveux très épais de son amie.

- C'est sûr que la tienne, elle est juste bonne à râper des carottes.

Dewi faisait référence à ses courts cheveux crépus mais, mieux encore, elle paraissait se détendre réellement. Ils passèrent le reste du trajet à se taquiner, bras dessus dessous et il fut réellement content lorsqu'elle éclata d'un rire véritable en arrivant dans le hall. Là, il la reconnaissait, souriante, moqueuse, et sûre d'elle lorsqu'elle regardait le reste de l'école. Ce n'était pas cette Dewi abattue, triste et qui sautait des repas parce qu'elle oubliait de manger.

- AHAH ! J'ai trouvé ! s'exclama la voix de James Potter derrière lui et, lorsqu'il se retourna, un doigt accusateur était pointé sur son torse.

- Qu'est-ce que tu as trouvé ? répondit-il, légèrement éberlué.

- Ton cerveau ? murmura Dewi d'un air dépité.

- Très drôle ! Non j'ai trouvé ce que vous me cachez tous les deux …

Le visage de la jeune Gryffondor se fit plus pâle encore et tout trace de sourire, même infime, en avait disparu. Wil sentit ses membres se crisper à ses côtés et toussota vaguement, un peu gêné. Il ne savait pas comment James avait pu découvrir tout ça mais, dans tous les cas, il n'avait pas l'air fâché. Tout au plus un peu taré avec ses grands yeux et sa bouche légèrement entrouverte. Peut-être qu'il était temps que tout cela se termine, non ?

- Après plusieurs semaines d'enquête, il ne reste qu'une seule solution. Vous sortez ensemble ! s'exclama James en désignant leurs bras entremêlés. Et vous avez eu peur de me le dire pour ne pas que je sois jaloux. C'est vrai quoi, si vous sortez ensemble, on se verra moins, mais vous savez … je peux me débrouiller tout seul, vous avez ma bénédiction.

- Mon pauvre petit Potter, soupira Wil d'un ton compréhensif tout en passant son bras libre autour de son épaule. Aller viens mon pote, on va manger au lieu de dire des bêtises. Tu verras, tout ira mieux après.

Et Dewi, soulagée, se moqua elle aussi de bon cœur de son meilleur ami tout en ayant la désagréable impression qu'un étau invisible était en train de se refermer sur elle.

oOoOoOoOo

La bande des septièmes années de Poufsouffle avaient décidé de se rendre ensemble à la Grande Salle et descendait les étages en riant, pouffant et criant parfois. Ils étaient au complet, c'est-à-dire qu'Isabel était avec eux alors qu'elle trainait beaucoup avec Ayling ces derniers temps sans que personne n'ait osé lui en faire la remarque -surtout pas Dominique qui se souvenait de leur dernière altercation- et même Molly et Arthur s'étaient "séparés", la première discutant avec panache avec Joana, le second trainant un peu les pieds à l'arrière du groupe.

Dans tous les cas, cela n'arrangeait pas Dominique qui devait se rendre à l'infirmerie de toute urgence.

Il fallait savoir que la jeune fille ingurgitait de nombreuses potions chaque jour, augmentant ou diminuant les doses à sa guise, comme elle avait appris à le faire des années auparavant. Elle détestait ses potions qu'elle cachait sous son lit en les désillusionnant et remettait toujours au lendemain le moment de retourner voir Mrs Pomfresh qui en recevait régulièrement de Sainte Mangouste. Même si ces potions ne soignaient pas son mal, elles parvenaient à la stabiliser, sans pour autant empêcher certaines crises étant donné son début d'année mouvementé. Et elle n'en avait pas avalé depuis hier au soir, le manque commençant à se faire sentir. A vrai dire, sans manquer d'air, elle sentait bien qu'elle avait plus de mal à respirer et que c'était totalement stupide de sa part de ne pas être allé à l'infirmerie plus tôt.

Et puis entre Camille, son entrainement de Quidditch et le fait d'attendre que la salle de bain se libère, le temps de prendre une douche et de confirmer à Molly que, oui, sa robe était vraiment très belle et que la teinte citrouille lui allait à ravir -en réalité, cela jurait un peu avec ses cheveux roux-, elle n'avait pas eu une minute à elle aujourd'hui. Peu importe, elle avait une excuse toute trouvée.

- Vous croyez qu'on va pouvoir danser ? s'enquit Joana à voix haute, alors que la petite troupe arrivait finalement dans le hall d'entrée.

- On n'a jamais pu danser, marmonna Molly en bousculant amicalement la jeune fille. Alors ne rêve pas trop.

- Ce serait plutôt un cauchemar, grogna Dominique.

Danser ? Se trémousser devant tout le monde en ayant l'air ridicule ? Elle le faisait déjà assez aux entrainements de Quidditch lorsqu'elle criait sur ses joueurs, elle n'allait pas en rajouter non plus. Alors que le petit groupe s'engouffrait déjà dans la Grande Salle, la jeune Weasley attrapa par le bras la personne qui se trouvait le plus près d'elle, à savoir Camille, et murmura :

- J'ai oublié une lettre de mes parents que je devais donner à Louis. Je vais faire l'aller-retour, m'attends pas.

Camille allait lui proposer de l'accompagner mais sa teigneuse meilleure amie était déjà partie en courant, remontant les premières marches d'escaliers avec une forme olympique. Un petit sourire se nicha sur son visage, qui s'effaça bien vite en remarquant qu'elle était seule avec Arthur qui attendait de pouvoir rentrer dans la Grande Salle alors que les autres étaient sûrement déjà attablés.

Au même moment, une troupe de Serdaigle enragés menée par un gamin avec une citrouille dessinée sur la tête la bouscula légèrement, et une petite dizaine de premières années s'engouffra à l'intérieur.

- Pas commodes pour des piafs, remarqua simplement Arthur.

Camille lui adressa un sourire entendu, avant de hocher la tête. Arthur l'enjoignit à entrer, surveillant avec une théâtralité feinte qu'une deuxième horde de premières années ne viennent pas les bousculer.

- Je voulais m'excuser pour la dernière fois, murmura Arthur en ralentissant un peu le pas devant la table des Gryffondor, j'ai pas été très cool.

- Non pas vraiment.

- C'est juste que …, il hésita un instant et remonta ses lunettes sur son nez. Oh non, laisse tomber.

Au même moment, le gamin à la citrouille dessinée sur le visage, le Serdaigle, se mit à hurler "FLINT, FLINT", debout sur le banc de la table de sa maison et l'amie de Lysenko, qui n'était pas très loin d'eux et qu'elle n'avait pas vu avant, parut mourir de honte et lança un regard derrière elle, hésitant probablement à s'enfuir en courant. Ses joues avaient pris une teinte prune particulièrement seyante et qui ne la faisait même pas paraitre moins jolie. Finalement, elle choisit de rejoindre sa table à grands pas mais dispensa le gamin d'un tape sur la tête, ce qui parut le calmer, un instant du moins.

- C'est pas la maison des érudits ? s'enquit Camille en laissant échapper un gloussement, tant la scène lui parut incongrue. Vas-y, continue.

- Tu sais très bien ce que je veux dire. On en parle plus pour l'instant mais c'est inévitable et tu le sais bien.

Camille se retrouva bien contente que l'espèce de tension qui s'était installée entre eux puisse prendre fin et surtout, surtout, qu'il accepte de ne plus parler de ça, pour l'instant du moins. C'était le principal pour la jeune fille.

oOoOoOoOoOo

Avec un glapissement aigu, Gemma retint son amie Nella par le bras lorsqu'elle remarqua la petite bande de Poufsouffle qui, dans le hall, allait rentrer dans la Grande Salle. Hors de question de se faire remarquer ou de donner l'occasion à Weasley de pourrir sa soirée. D'ailleurs pourquoi diable cette dernière, au lieu de suivre bien sagement ses amis, se précipitait vers l'escalier, où les deux jeunes filles se trouvaient ?

La fatalité étant le nouvel état d'esprit de la Serdaigle, elle décida de faire face plutôt que de chercher à s'enfuir, elle n'était pas la dernière des Serpentard après tout, mais visiblement Weasley ne les avait même pas vu et se contenta de passer devant elles, grimpant les escaliers quatre à quatre en soufflant comme un phoque.

Nella lui adressa un regard étrange, se demandant elle aussi à quoi cela rimait, puis ses traits devinrent soulagés. Il était évident qu'elle n'était pas contre un peu d'accalmie. Quant à Gemma, elle regardait le haut des escaliers, où Weasley venait de disparaitre, une boule dans l'estomac.

Elle ne pouvait pas manquer cette occasion. Ainsi, quand Mervin et les autres premières années déboulèrent dans l'escalier, elle se tourna vers Nella, un petit sourire contrit aux lèvres.

- Je viens de me souvenir que j'ai oublié de rendre des livres à la Bibliothèque … Aujourd'hui c'était le dernier délai et tu connais la vieille Pince. Ne m'attends pas, vas-y avec le gamin, je fais au plus vite.

Et elle laissa plantée là une Nella Flint plutôt déconcertée qui mit quelques instants à prendre conscience qu'elle devait avoir l'air stupide, plantée toute seule dans un escalier, et descendit les dernières marches. Elle hésita néanmoins à attendre Gemma, n'ayant aucune envie de subir la compagnie de Kalls plus que de raison. Le premier année avait beau être très attendrissant et plutôt sympathique, il était épuisant au quotidien et les catastrophes s'enchainaient lorsqu'il était dans les parages. Il n'y avait qu'à voir l'immense tableau qui avait failli tomber sur Aurore Marin, une jeune rouquine de sa classe aux origines françaises, l'après-midi même.

Néanmoins, il était tout aussi désespérant pour elle d'attendre seule et, au bout de secondes d'attente, elle préféra rejoindre la Grande Salle. Effectuant un bref demi-tour, son bras cogna brutalement dans celui d'une autre personne et elle ravala sa salive en remarquant Thomas Ayling, le Serpentard, entouré de sa bande d'amis. Mal à l'aise, autant par sa bourde que de se retrouver face à eux, même si, après tout, ils n'avaient rien à lui reprocher, elle tira légèrement sur son immense pull argentée, baragouinant de pauvres excuses.

- Tu pourrais faire attention, grogna Heather Moorehead qui avait l'air d'une humeur exécrable.

Et Nella savait que ce n'était pas inhabituel, étant donné qu'elle avait l'immense chance d'avoir Heather comme binôme en potions. Et, bizarrement, ce n'était pas son caractère qui déplaisait à Nella, plutôt la peur qui lui dévorait les entrailles dès qu'elle était obligée de s'adresser à elle. C'est vrai quoi, Heather était tellement … étrange et semblait capable de retourner le monde d'une pichenette si elle le voulait. Alors elle subissait plus qu'elle n'appréciait les cours de Potions mais n'en avait pas parlé à Gemma, cette dernière ayant déjà bien assez de problèmes comme ça.

- Et ça recommence, soupira Ayling en lui offrant, à sa plus grand surprise, un grand sourire. N'écoute pas cette sauvage Flint, elle n'a aucun sens des conventions. Après-toi !

Il lui fit un grand clin d'œil, l'invitant du bras à passer devant lui et elle ne discuta pas, pressée de s'éloigner au plus vite du groupe de Serpentard. Le comportement d'Ayling était de plus en plus étrange. Il avait une certaine proportion à apprécier la plupart des personnes, et pas que de sa maison, ce que Nella n'avait pas l'habitude. En vérité, pendant les cours de Duels, il parlait autant avec Bensberg -de Poufsouffle- qu'avec son ami Nott, et les saluait toujours, Gemma et elle, depuis l'incident de la dernière fois. Et puis, il y avait eu leur rencontre dans la Volière avec sa petite-amie et les deux Serdaigle n'en revenait toujours pas de l'empathie que cette dernière avait eu envers Nella.

C'était compliqué et Nella n'avait pas vraiment envie de songer à tout ça ce soir, elle qui n'imaginait pas que quelqu'un d'autre que Gemma puisse s'intéresser à elle, mais, lorsque Mervin Kalls se mit à hurler son nom dans toute la Grande Salle, elle s'en mordit les doigts.

Mortifiée, la jeune fille ramena doucement ses cheveux devant son visage avant de lancer un regard vers le hall. Malheureusement, ce fut ce moment que Jordan choisit pour bouger légèrement la tête et elle ne put que croiser son regard. Jordan qui l'ignorait de son mieux depuis qu'elle le lui avait demandé même s'il lui avait évité un coup supplémentaire lors du fameux cours de duels. Nella poussa un grand soupir avant de détourner la tête et de rejoindre la table de sa maison à grands pas, ne pouvant s'empêcher de taper Kalls sur la tête, tout en lui demandant poliment de la fermer.

oOoOoOoOo

Gemma Lysenko jubila intérieurement lorsqu'elle vit Weasley rentrer dans l'infirmerie.

Cachée derrière une vieille armure, la Poufsouffle avait failli la voir lorsqu'elle avait éternué à cause de la poussière et Gemma n'avait eu que le temps de s'accroupir. Ses neurones fonctionnant à toute vitesse, elle se releva au moment même où la petite blonde refermait la porte et traversa le couloir en courant. Et maintenant ? Allait-elle avoir l'audace de coller son oreille contre la porte ? Elle hésita un centième de seconde et le fit, puis se décala, l'air déçu : elle n'entendait rien. Et ce n'était pas parce que Weasley ne parlait pas étant donné qu'aucun bruit, même de pas ne filtrait.

Gemma hésita ensuite à redescendre mais la curiosité était la plus forte. Reprenant sa place derrière son armure poussiéreuse, elle attendit que Weasley ne se décide à sortir, ce qui était fichtrement idiot étant donné que cela pouvait prendre des heures et que Nella allait commencer à se poser des questions.

La chance était avec elle car Weasley ressortit quelques minutes plus tard, les poches de sa cape remplies.

Une minute. Sa cape ?

La Poufsouffle n'avait aucune cape en entrant, seulement une robe en laine. Et ce qui dépassait de ses poches ressemblait à des petites fioles. Non c'était des petites fioles en fait. Intriguée, Gemma la regarda passer devant elle sans qu'elle ne s'aperçoive de sa présence, les lèvres pincées.

Comment avait-elle pu récupérer ces fioles sans que Pomfresh ne dise rien ? L'infirmière était-elle là ou Weasley était-elle entrée en cachette ? Où allait-elle maintenant ? Que comptait-elle faire de ses fioles ?

Lorsque la Poufsouffle fut hors de vue, Gemma sortit de sa cachette et se précipita vers le couloir où elle venait de disparaitre, se rendant compte qu'elle revenait sur ses pas. Effectivement, Weasley descendait les escaliers quatre à quatre.

Elle pouvait au moins répondre à l'une de ces questions. Il n'était pas sept heures et Pomfresh était toujours, toujours et toujours dans son infirmerie.

La laissant prendre plusieurs étages d'avance mais sans la quitter des yeux grâce à la grande rambarde ouverte, la jeune fille reprit son étrange course moins d'une minute plus tard. Elle commençait à se demander si Weasley n'allait pas rentrer dans sa salle commune lorsque celle-ci lui donna raison, tournant directement à droite une fois arrivée dans le hall. Là, Gemma abandonna. Il lui paraissait certain que la jeune fille n'allait pas s'aventurer dans les cachots et la salle commune des Poufsouffle était à deux pas.

Néanmoins, si cette course poursuite avait été très intéressante, Gemma n'était pas plus avancée qu'avant.

- Bonjour Professeur, murmura-t-elle doucement, perdue dans ses pensées.

Wiertz la salua gentiment, l'invita à entrer avant lui dans la Grande Salle d'un geste de la main tandis qu'il allait rejoindre Lastek, le professeur de Soins aux Créatures Magiques, qui discutait avec son professeur d'Aritmancie, Miss Joly, qui portait d'ailleurs très mal son nom avec son nez en forme de groin et ses cheveux touffus.

A quoi tout ceci rimait ? s'interrogea fermement Gemma en s'asseyant à la table des Serdaigle. Réfléchis.

Mais à part un quelconque trafic de médicaments, elle ne voyait pas ce que Weasley pouvait faire avec toutes ses fioles. Et elle la voyait mal avoir besoin d'argent, après tout, sa famille était très connue. Quoique. C'était peut-être pour ça qu'elle avait menti sur la raison de sa présence à l'infirmerie la dernière fois, parce qu'elle avait été victime de représailles. Sauf que si son intuition était bonne, cela ne tenait pas debout car Pomfresh était toujours à l'infirmerie et jamais elle n'aurait laissé quiconque lui voler quoi que ce soit.

Alors il n'y avait plus qu'une solution.

- Et bien, ça en a prit du temps pour quelques malheureux livres, grogna Nella Flint, la tête posée entre ses mains, louchant d'un air pas franchement amical sur Mervin Kalls.

- Oui Pince a tenu à contrôler qu'ils n'étaient pas abimés. Comme si, moi, franchement, j'allais abimer des bouquins. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Oh, non rien, je commençais à avoir faim, répondit la jeune Serdaigle en lui octroyant un sourire. Tiens sers-moi de ce qu'il y a dans ce plat là-bas et qui ressemble à des araignées.

C'étaient en fait de la friture de poulet arrangée par les mains habiles des elfes de maisons et les deux amies trouvèrent que cela avait très bon goût, malgré l'apparence répugnante des mets.

Alors qu'elle reposait le plat, elle croisa le regard de Weasley qui, par un malheureux hasard, s'asseyait juste en face d'elle sur le banc des Poufsouffle. Cette dernière l'avait vu aussi et elle lui octroya un visage dur et, sûrement, l'un de ses plus beaux regards noirs. Gemma ne se gêna pas pour lui répondre de la même manière et ce duel aurait pu durer encore longtemps si, sans faire exprès, Nella ne l'avait pas distraite en renversant maladroitement son verre de jus de citrouille sur les genoux de Mervin Kalls qui se mit à brailler.

Un petit sourire se nicha sur le visage de Gemma tandis que le première année se donnait en spectacle, comme d'habitude, gémissant d'une voix larmoyante contre l'épaule de son amie Aurore la rouquine. Parce qu'il ne restait qu'une solution : ces potions étaient pour Weasley.

- Récurvite, lança-t-elle distraitement alors le pantalon du garçon redevenait propre et sec.

oOoOoOoOo

A la table des Serpentard, l'ambiance était tout autre.

Heather Moorehead boudait, Harriet Moorehead lui jetait de temps en temps quelques regards timides avant de détourner la tête, très vite, si cette dernière avait le malheur de l'avoir vu, Thomas Ayling baillait entre chaque bouchée de son repas et Isaac Nott aimait bien le silence, alors il n'y voyait rien à redire.

- Est-ce que tu … peux me passer une part de tarte ? finit par lui demander poliment Harriet en baissant les yeux.

Ce qu'il fit sans répondre et n'entendit pas ses remerciements.

Oui, l'ambiance n'était pas folichonne chez les Serpentard mais à vrai dire ils n'étaient pas de ses personnes qui puisent leur amitié entre deux éclats de rire, même si Ayling était un vrai boute-en-train -malgré tout, il n'avait pas été réparti à Serpentard par hasard-. Car, aussi étrange à dire qu'à entendre, ses quatre là étaient amis, à leur manière.

Toujours calme, presque pédant, Isaac Nott était la tête pensante du groupe. Sans s'en rendre compte, c'était toujours vers lui que se tournaient en premier les trois autres, même s'il avait une façon horrible de vous faire sentir inférieur à lui. Heather était la fonceuse, la peste, qui n'avait pas sa langue dans sa poche et aimait bien dire tout ce qu'elle pensait même si, à l'instant, elle paraissait aussi renfermé qu'un Veracrasse. Harriet était la douce, l'aimable, qui aimait rendre service à tous ses camarades et se serait fait marcher sur les pieds s'ils n'avaient pas été là et Ayling apportait la touche d'humour qui leur faisait ressembler à des adolescents normaux.

Et, même si Harriet était affreusement mal à l'aise, même si Thomas s'ennuyait à mourir, même si Heather avait envie de secouer Dewi Carlson comme un prunier et que seul Nott semblait dans son élément aucun d'entre eux ne songea un seul instant à écourter le repas. Les amis, c'était fait pour ça.

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- Arrête de rêver, répéta Camille pour la seconde fois en passant sa main devant les yeux de Dominique qui semblait sur le point de tuer Lysenko, assise en face à la table des Serdaigle. Surtout qu'il y a beaucoup trop de témoins.

- Vous n'iriez pas me dénoncer ? grogna la jeune fille en plantant rageusement sa fourchette dans un bout de dinde.

- Nous non, répondit-elle un peu pensive, mais les quatre cents autres élèves présents, je ne crois pas qu'ils hésiteraient un seul instant.

- Traitres.

Camille laissa échapper un gloussement et, malgré elle, un sourire se dessina sur le visage de Dominique. Bien décidé à oublier la face de troll de Lysenko et à profiter du repas, elle parvint à se plonger dans la conversation du petit groupe et, bientôt, ils s'amusèrent à citer la destination de leur rêve.

Dominique manqua recracher son verre d'eau lorsqu'Anatole parla d'escalader les volcans en Islande, ricana méchamment lorsqu'Arthur cita le Groenland et Molly une île paradisiaque et réfléchit sérieusement lorsqu'on lui demanda son avis. C'est vrai ça, jamais elle n'avait pensé à ce genre de choses. Où voudrait-elle aller, après les ASPICS, si l'occasion se présentait un jour ? Pas un pays froid en tout cas, l'hiver l'avait toujours rendu d'humeur maussade. Loin ? Oui, loin, c'était très bien.

- L'Argentine, s'écria-t-elle quelques secondes plus tard, je crois que j'aimerais bien aller là-bas.

- Oh, mon oncle y a vécu pendant des années avant de divorcer de sa troisième épouse, révéla Joana. Il parait qu'il y a tout un côté sorcier, comme à Londres et que beaucoup de personnalités vivent près de la côte. Par exemple, Lee Evensdeen le chanteur des Patat'citrouilles …

- Des … quoi ? s'étrangla Camille, l'air franchement interloquée. Ne me fait pas croire qu'il existe un groupe de musique avec un nom aussi pourri ! Les sorciers sont vraiment trop bizarres.

- C'est un très bon groupe, affirma Molly tandis que Dominique hochait la tête, les yeux brillants.

Les trois jeunes filles tentèrent de la convaincre pendant de longues minutes puis abdiquèrent, se moquant néanmoins de Camille qui refusa tout net d'écouter une seule de leurs chansons à cause du nom qu'ils avaient choisi.

- Vous savez quoi ? lança-t-elle quelques minutes plus tard alors que tout le monde -sauf Arthur qui ne connaissait pas non plus ce groupe- continuait à la taquiner, comme vous n'avez visiblement aucun goût, je crois que je vais changer de groupe d'amis.

Pour appuyer ces dires, la jeune fille se releva et se passa une main dans ses cheveux courts tout en regardant autour d'elle d'un air pensif. Finalement, ses yeux s'arrêtèrent à la table des Gryffondor, sur un cinquième année assez bizarre qui trainait toujours seul et portait continuellement des chapeaux. Chez les Poufsouffle, il était bien connu pour avoir tenter d'embrasser Molly un soir où elle rentrait tranquillement à la salle commune et n'avait rien demandé à personne, sans même lui avoir jamais adressé la parole. Depuis, toute la bande l'évitait comme la peste et Molly avait toujours les larmes aux yeux lorsqu'on reparlait de cette histoire.

- Dexter Holtz, s'exclama-t-elle en levant le bras en l'air. Voilà mon nouveau meilleur ami !

- J'ai toujours pensé que c'était toi qui avait très mauvais goût, déclara calmement Isabel en levant les yeux de sa part de tarte. On a la confirmation maintenant.

- N'insulte pas mon nouveau meilleur ami, ricana la brune tout en lui assenant une tape sur la tête.

La tablée rigola joyeusement pendant encore quelques minutes où Camille se lâcha à loisir, apparemment de très bonne humeur. A vrai dire, elle avait beau nier, elle était tout aussi théâtrale que Dominique, n'était pas timide et adorait se donnait en spectacle devant ses amis. La où la blonde n'avait aucune limite, Camille avait un minimum de bon sens et de politesse.

- Trêve de plaisanterie, il faut que j'aille envoyer un hibou à ma mère, déclara finalement la jeune fille tout en faisant craquer ses doigts. Je n'ai toujours pas répondu à sa dernière lettre.

- Celle où elle menaçait de t'enfermer dans un placard à balais pendant toutes les vacances si tu prenais encore une retenue ? ironisa Dominique.

- J'adore ta mère, assura Molly en se pinçant les lèvres pour ne pas éclater de rire.

- Celle-là même, répondit Camille en même temps, tout en tapotant la poche de sa robe où un parchemin dépassait. Qui m'aime me suive !

Ils gardèrent tous la bouche fermée en évitant son regard et la jeune fille prit un air vexé et tourna les talons sans même les saluer. Lorsqu'ils furent sûrs qu'elle était trop loin pour les entendre, ils éclatèrent de rire.

- Trop froid, se justifia Dominique.

- Trop fatigué, affirma Anatole en baillant d'un air grandiloquent.

- Il faut que je finisse mon devoir de Sortilèges, continua Molly.

- Moi j'ai mon hippogriffe à nourrir.

Cette dernière boutade d'Isabel, si elle ne volait pas très haut, les fit tous rire aux éclats même le calme Arthur.

Aucun d'eux n'avait la moindre idée de la suite des évènements.