Bonjour à tous !
J'espère que vous me pardonnerez pour cette longue attente...
Louise Malone, Cissaspae, Eileen19, Cixy, Elena, Pitchoune-Bella, MiniMagiCcOlOurS et LaUteuz, MERCI pour vos gentilles reviews !
Elena, merci beaucoup pour ta remarque sur les caractères des personnages. J'y prends un soin particulier, alors ça me fait plaisir que tu apprécies. ça et les contradictions de Percy ! Et merci d'avoir reviewé "Condamnés" !
Bonne lecture !
CHAPITRE 12 : CETTE NUIT
- Severus, nous te croyions mort…
- C'est que je l'étais, répondit-il presque sèchement, entrainant un bref mouvement de recul chez la vieille femme.
- Monsieur Malefoy m'a exposé le plus gros de la situation, se reprit-elle aussitôt.
En quelques mois, Minerva avait presque perdu l'habitude de cette froideur piquante qui caractérisait si bien l'ancien directeur de la maison Serpentard. Severus la toisait de toute sa hauteur, les bras croisés contre sa poitrine et la mâchoire serrée.
- Je comprends que tu veuilles retrouver Hermione, continua t-elle. Cependant, il s'agit là d'un ancien rituel qui n'est pas sans risques…
- Et pour quelle raison crois-tu que je sois venu ici, si ce n'est pour en savoir un peu plus sur cette ancienne forme de magie ? Je sais que tu y es d'avantage familière…
- Et c'est pourquoi je te la déconseille fortement.
- Je n'ai pas le choix. C'est le seul moyen de la sauver. Diancecht est le dieu médecin. Si je parviens à le voir, il acceptera peut-être de guérir Hermione…
- Il ne le fera pas sans contrepartie ! s'emporta Minerva en levant les mains vers le ciel. Ce genre de magie ne s'opère jamais sans contrepartie ! Toi, mieux que quiconque devrait le savoir…
- La vie entière est faite de sacrifices, Minerva !
- Tu ne sais pas ce qu'il peut te demander ! C'est un dieu et depuis la nuit des temps, les dieux se jouent du destin des hommes ! C'est pour cette raison que cette magie est prohibée ! Le ministère réprouve totalement ces pratiques…
- Et quel ministre m'en empêchera ? Le Seigneur des Ténèbres ou feu Cornelius Fudge ! ironisa le Maître des potions.
L'ancienne directrice de la maison Gryffondor pinça les lèvres, visiblement contrariée, avant de répondre :
- Il n'y a évidemment personne pour t'en empêcher, mais l'ancienne collègue, celle qui te tient en estime, espère que tu ne le feras pas. Et pourtant, Merlin sait l'affection que je porte à Hermione…
- Je te demande juste de m'éclairer sur le sortilège qui invoquera la bansidh.
- Ainsi, il n'y a rien que je puisse dire pour te faire changer d'avis…
- Rien que tu puisses dire, effectivement.
Minerva le regarda d'un air grave, avant de tendre la main vers le rouleau.
- Dans ce cas, je n'ai plus qu'à examiner cette incantation, se résigna t-elle en déroulant à nouveau le parchemin, décidée cette fois à en tirer quelque chose.
- Sache que… j'apprécie ton aide.
La sorcière releva brusquement la tête et dévisagea presque son ancien collègue. Elle connaissait suffisamment l'homme pour savoir que ces paroles signifiaient beaucoup plus que ce qu'elles ne laissaient supposer. A mots couverts et à sa façon, Severus la remerciait…
- Le rituel doit avoir lieu aux premières lueurs de l'aube, poursuivit-elle en tentant de cacher son trouble. Tu devras appeler une bansidh en récitant sept fois cette incantation, continua la femme en cherchant du parchemin neuf et une plume d'aigle dans le secrétaire du bureau.
Elle déroula le papier et fit glisser dessus la pointe de la plume, traduisant la vieille formule celtique en latin. Pendant ce temps, Severus observait son ancienne collègue en arpentant la pièce de larges enjambées qui traduisaient son impatience. Puis, elle lui tendit la feuille dont il se saisit, presque fébrile.
- Cela me parait parfaitement réalisable, marmonna t-il en parcourant le parchemin des yeux.
- Oh, rien d'insurmontable en cela, claironna aussitôt Minerva. Un cinquième année serait capable de lancer correctement cette incantation ! Ce sont ses conséquences qui sont dangereuses…
- Que se passe t-il une fois le sort lancé ?
- Je ne peux rien affirmer, mais je pense que la bansidh s'incarne et teste ton cœur.
Severus arqua des sourcils en signe de perplexité.
- Comment fait-elle cela ? demanda t-il.
- Je ne sais pas, mais ce sont de puissantes magiciennes en ce qui concerne les affaires d'amour. Si la bansidh te croit sincère, elle t'emmènera avec elle dans le Mag Meld et interfèrera pour toi auprès de Diancecht. Encore une fois, je ne sais pas si c'est une très bonne affaire…
Ignorant les doutes de Minerva, le Maître des potions roula le parchemin dont l'encre avait à peine séché, et le glissa dans la poche de son pourpoint.
- Bonne ou mauvaise, tout se décidera demain…
ooOoOoOoo
Elle aurait voulu aller à sa rencontre calmement, sans que son visage affolé ne trahisse autant ses émotions. Au lieu de ça, elle s'était précipitée vers la bibliothèque en courant, et manquant plusieurs fois de tomber en se prenant les pieds dans l'épais tapis qui recouvrait le sol du couloir.
- Nymphadora, attends…
- Lâche-moi Remus, protesta t-elle en se dégageant de la main qui avait saisi son bras, alors même qu'elle s'apprêtait à entrer dans la pièce.
- Laisse-lui un peu de temps. Elle est épuisée par le voyage et par ces mois d'exode… Tu risquerais de la déstabiliser encore plus qu'elle ne l'est…
- Je ne…
- Elle a avant tout besoin de calme et de repos, trancha t-il.
Mais comment aurait-elle pu rester calme en un tel moment ? Comment ?
Ce n'était d'abord pas dans son caractère ! Elle n'avait jamais su tempérer ses sentiments et ne connaissait pas vraiment la demi-mesure… Merlin savait combien son tempérament avait pu lui créer de difficultés durant sa formation d'Auror ! Et puis, quelle personne normalement constituée, quelle sœur, ne perdrait pas ses moyens dans une telle situation ?
Et elle avait tant de choses à lui dire. Des questions qu'elle n'avait cessé de ressasser depuis l'attaque de Searing Moor. Des hypothèses, toutes plus farfelues les unes que les autres. Oui, elle voulait des réponses. Elle avait besoin de réponses. Et de la revoir, aussi.
- Je sais tout ça Remus, répondit-elle en relâchant les épaules, envahie d'une soudaine lassitude.
- Je suis avec toi… murmura ce dernier tout en caressant doucement son visage de son pouce.
Elle frissonna sous la légère pression qu'il exerçait sur l'arrondi de sa pommette. D'un mouvement presque instinctif qui trahissait la complicité qui les unissait, sa tête se pencha, de façon à mieux sentir le contact de sa peau chaude et légèrement rugueuse contre sa joue.
La voix douce et aimante de Remus, ses gestes tendres, ainsi que sa petite sœur qui était là, derrière cette porte, gonflèrent son cœur d'une émotion qu'elle eut toutes les peines du monde à contenir. Elle sentait les larmes poindre au coin de ses yeux et son cœur accélérer brusquement la cadence, battant la chamade dans sa poitrine.
Remus avait raison. Elle devait à tout prix se contenir et réprimer son envie d'étreindre Gabrielle en l'assaillant de questions.
Et puis, quelque chose au fond d'elle, un malaise qu'elle tentait d'ignorer mais qui se réveillait chaque nuit, dans les ténèbres, lui murmurait que rien n'était terminé… Non, sa joie de la savoir vivante, sa joie de la revoir, ne parvenait pas à étouffer sa douleur…
D'une main tremblante, elle poussa la poignée de la porte de la bibliothèque et pénétra dans la pièce.
Gabrielle était là, debout, promenant son index sur la tapisserie poussiéreuse qui retraçait l'ascendance de la famille Black. Interrompue dans sa rêverie, elle se retourna brusquement vers la porte, révélant une silhouette efflanquée, une poitrine trop maigre qui se perdait presque dans le décolleté de sa robe, un teint aussi pâle et terne que ses cheveux, et des traits si horriblement tirés que Tonks hoqueta de surprise.
- Gaby… murmura t-elle d'une voix éteinte.
Cette dernière trembla, fit un pas en avant, puis s'arrêta brusquement. Tonks remarqua immédiatement l'hésitation de la jeune fille.
- Je suis tellement désolée… si désolée… si tu savais comme je suis désolée…
- Tu n'as pas à être désolée, opposa t-elle aussitôt en faisant un pas vers sa petite sœur.
- Si seulement tu savais… Je crois que tu ne me pardonnerais jamais, gémit la jeune fille en se laissant glisser le long du mur alors que les larmes inondaient son visage. Jamais… Car moi, je n'y arrive pas.
ooOoOoOoo
- Es-tu sûr de ce que tu avances, Potter ?
- Presque. Mais de toute façon, nous avons épuisé toutes les autres pistes. Chaque objet qui pourrait avoir une signification pour Voldemort…
- Et ? interrogea le blond.
- Et rien ! Aucun n'était un horcruxe ! Alors, à moins que tu aies une brillante idée, Malefoy... ironisa t-il tout en faisant rouler sa baguette entre ses doigts.
- Je dis juste que ce n'est pas l'option la plus facile. Et je ne vois pas le Seigneur des Ténèbres accorder sa confiance à un être vivant, même s'il s'agit d'un stupide animal !
Harry ricana.
- L'option la plus facile ? répéta t-il narquoisement.
- Eh ! arrêtez, les gars… On est pas là pour se disputer ! La voix de Ron détourna l'attention des deux jeunes hommes qui avaient maintenant les yeux braqués sur lui.
- Je crois que Weasley a raison.
- Ecoute Malefoy…, reprit calmement Ron. Ce n'est pas si stupide que ça comme idée... Les serpents ont toujours eu une place importante dans la vie de tu-sais-qui. Harry a vu les souvenirs de Dumbledore lorsque le jeune Tom était à l'orphelinat. Il se vantait déjà de parler aux serpents !
- Et Salazar lui-même parlait aux serpents ! appuya Harry en hochant la tête.
- Sans compter que… hésita Ron en détourant les yeux de ceux de son ami.
- Que quoi ? s'impatienta le blond.
- Qu'Hermione avait déjà évoqué cette possibilité lorsque nous avons commencé la chasse aux horcruxes !
Ron vit Harry se rembrunir tandis que Drago affichait un sourire amusé.
- Dans ce cas, nous n'avons plus qu'à éliminer Nagini ! s'exclama ce dernier en se levant. Et en attendant que vous élaboriez un plan, je retourne à Poudlard...
- Et nous, nous allons de ce pas voir Macgonagall. Il faut réunir l'Ordre et travailler sur l'attaque, ajouta Harry, regonflé d'avoir su convaincre de la solidité de son plan.
ooOoOoOoo
- Demain ! s'exclama la voix de l'ancienne directrice des Gryffondor.
- Et qu'est-ce qu'il est censé se passer, demain ?
Un grincement de porte suivi d'une voix arrogante qu'il reconnut immédiatement détournèrent l'attention de Severus. Harry Potter venait de pénétrer dans le bureau. Il était accompagné de Ronald et Ginny Weasley.
- Potter, susurra t-il dédaigneusement.
- Rogue, répondit le morveux sur le même ton que lui.
- Ne vous a-t-on jamais appris à frapper avant d'entrer ! s'exclama t-il en fusillant le jeune homme du regard.
- Je n'ai pas pour habitude de frapper aux portes dans ma propre maison.
Sous la remarque cuisante, Severus ne put contenir le rictus qui déformait déjà ses lèvres depuis l'arrivée de la petite troupe.
- La maison de ce chien galleux, rectifia t-il avec verve.
- Je vous interdis de parler de Sirius ! Ne prononcez plus jamais son nom, s'emporta le jeune homme dont la baguette était déjà pointée contre sa jugulaire.
Il n'avait pas anticipé la réaction de Potter et ne l'avait pas vu sortir sa baguette. Et lorsqu'il réalisa enfin son geste, il était déjà trop tard. Cette petite démonstration, quoiqu'extrêmement désagréable, avait au moins le mérite de le renseigner sur les sentiments de Potter à son égard : la haine, loin de s'être atténuée avec le temps, semblait même avoir gagné en intensité !
- Baissez votre baguette, siffla t-il en posant la paume de sa main sur le bois tiède.
Le gamin le regardait dans les yeux avec une effronterie qui, dans un autre contexte, aurait eu le don de le faire sortir de ses gonds. Mais la gravité de la situation dépassait amplement l'animosité qu'il vouait au rejeton de James Potter !
- Ou bien quoi ? interrogea narquoisement le survivant.
- Monsieur Potter ! tenta l'ancienne directrice de Gryffondor. L'ennemi nous donne suffisamment d'occasions de risquer nos vies pour ne pas nous entretuer si près du but !
- Je n'ai pas le temps de jouer, Potter ! appuya t-il, agacé.
- Harry… laisse tomber… entendit alors marmonner Severus. Weasley venait de se rapprocher de Potter, sa main posé sur l'épaule de celui-ci.
- Et pourquoi est-ce que je devrais lui accorder ce plaisir ! Lui ne s'est pas privé pour m'en faire baver à Poudlard ! Il ne cessait de me rabaisser, de nous rabaisser ! Aurais-tu déjà oublié !
- Je n'ai rien oublié Harry, mais tu vaux bien mieux que ça…
Severus vit la confusion se dessiner sur le visage du jeune homme qui, au terme de plusieurs secondes d'hésitation, finit par abaisser sa baguette.
- Tu as raison, Ron, je vaux bien mieux que lui ! cracha t-il avec dégoût en rangeant sa baguette dans la poche de sa cape.
- Bien, veuillez nous laisser maintenant, s'impatienta Severus. J'ai à m'entretenir avec le professeur Macgonagall.
- Non, je ne partirai pas avant de savoir ce qui s'est réellement passé à Searing Moor et ce que vous comptez magouiller demain ! refusa catégoriquement le jeune homme.
- Cela ne vous regarde pas Potter !
- Tout ce qui se passe avec un membre de l'Ordre me regarde ! répliqua t-il avec une assurance qui étonna presque Severus.
- Minerva vous expliquera, répondit-il avec calme, s'étonnant lui-même de sa tempérance. Pour ma part, j'ai plus urgent à régler.
- Je ne vois pas ce qui peut-être plus urgent que Voldemort !
Severus ne put contenir le frisson de répulsion qui parcourut son échine en entendant le gamin prononcer le nom de son ancien Maître. Espérant que personne n'ait aperçu son trouble, il durcit le regard et prononça d'une voix sans failles :
- Hermione.
- Vous comptez vous jeter à bras ouverts dans l'antre de Voldemort ? Grand bien vous fasse !
- J'essaie de trouver une solution pour guérir ma femme ! s'exclama t-il en s'avançant vers la sortie du bureau, ignorant le regard des deux Weasley ainsi que celui de Minerva, maintenant braqués sur lui.
Les joues de Potter s'enflammèrent sous l'évocation du lien qui l'unissait désormais à Hermione.
- Un peu facile, après des mois de fuite, Rogue !
- Pardon ? interrogea t-il, les yeux noirs de colère, alors qu'il venait de passer la porte.
- Oui, où étiez-vous lorsqu'Hermione – et il sembla à Severus que le jeune homme peinait à prononcer son nom – s'est faîte enlever par les Mangemorts ?
- Je ne vous permets pas, espèce de merdeux ! Je ne vous permets aucune remarque sur ma femme ! Ma femme ! Vous entendez !
Il était hors de lui, furieux comme il ne l'avait plus été depuis longtemps. Si furieux qu'il avait dû se contenir de ne pas le terrasser de sa baguette ! Tellement furieux que – Bang !
Il n'eut pas le temps de s'énerver d'avantage, qu'un coup violent s'abattit sur son visage au point de le faire vaciller. Son dos se calla contre le mur du couloir alors qu'il tentait de contenir le flot de sang qui s'écoulait de ses narines. Son nez lui brûlait horriblement et sa pommette gauche, certainement éclatée, se mettait déjà à gonfler.
Potter venait de lui asséner un coup de point qu'il n'avait pas du tout vu venir !
Des « Severus… » et des «Harry ! » lui parvenaient vaguement aux oreilles, et lorsqu'il posa enfin les yeux sur la pièce, ce fut pour voir Ginny Weasley s'enfuir en pleurant, Potter à sa suite…
ooOoOoOoo
Les lames de parquet craquaient sous ses pas cadencés, attirant au passage l'attention des portraits accrochés au mur. L'elfe lui avait indiqué la dernière chambre au bout du couloir du troisième étage.
Immobile devant la porte, Severus hésitait, sa main posée sur la poignée en laiton. Inspirant profondément, il attendit encore quelques secondes puis tourna le bouton et pénétra dans la pièce.
La chambre semblait endormie depuis des mois. Une odeur de poussière et de confinement chatouilla ses narines alors que ses yeux s'habituaient progressivement à l'obscurité de l'endroit.
Il alluma les bougies d'un mouvement de baguette et promena son regard sur les meubles. L'antique commode flanquée d'un napperon jauni par le temps. L'épais tapis qui recouvrait le sol. Les lourdes tentures qui obstruaient l'unique fenêtre de la pièce. Le chandelier recouvert de cire. Le lit, haut et large. Les draps froissés que recouvrait un édredon à moitié défait. Les coussins encore creusés par cette nuit là.
Une étrange et désagréable sensation d'étouffement, de quasi noyade, le submergea. Il ne parvenait plus à respirer correctement, comme si l'air qu'il tentait désespérément d'inspirer n'allait pas jusqu'au fond de ses poumons. Mais que lui arrivait-il ? Etait-ce cette fatigue qui ne l'avait plus quitté depuis son départ d'Angleterre ? Etait-ce la conversation qu'il venait d'avoir avec son ancienne collègue ? Ou encore le poing de Potter sur son nez ?
Non ce n'était ni la fatigue, ni Minerva, ni Potter. C'était cette maison, ces escaliers, ce vieux parquet bruyant, cette pièce. Leur pièce.
Severus sentit ses jambes se dérober sous leur poids, manquant presque de le faire basculer pour la seconde fois de la journée. Il se retint de justesse à la commode et attendit quelques secondes avant de se rendre d'un pas chancelant dans la salle d'eau qui jouxtait la chambre.
Il ne devait pas se laisser envahir par ses émotions ! Il n'en avait pas le droit !
La main gauche en appui contre le lavabo, il observa son reflet dans le miroir. Le morveux l'avait bien amoché. Sa joue gauche ainsi que son nez étaient gonflés et le sang qui s'était écoulé de ses narines avait maintenant coagulé, créant un contraste presque effrayant avec la pâleur de sa peau.
Sans plus de complaisance, il tourna le robinet et aspergea son visage d'eau tiède. Un bref sentiment de bien être l'envahit. D'un geste machinal, il se saisit de la serviette éponge accrochée sur le mur, l'humecta et entreprit de nettoyer correctement son nez. Combien de fois avait-il répété ces gestes lorsqu'il était encore un espion et rentrait dans ses quartiers après une nuit au service du Lord ? Les punitions, les jouxtes entre Mangemorts et les attaques des Aurors ne l'avaient pas épargné…
La différence résidait dans le fait qu'avant, il n'aurait pas manqué de se soigner afin d'éviter d'attirer sur lui plus d'attention que nécessaire. Mais aujourd'hui, la situation était totalement différente. Il n'était plus un espion. N'avait plus à cacher ce qu'il était réellement, ce qu'il pensait, ses convictions profondes…
Refermant le robinet, il inspecta une dernière fois son reflet dans le miroir. Le côté gauche de son nez était gonflé et sa pommette commençait à bleuir, mais il était parvenu à faire disparaître toute trace de sang de son visage.
Severus inspira profondément avant de retourner vers le lit.
Il s'était toujours attendu à ce que Potter le défie. Après tout, Hermione l'avait quitté pour lui. Il imaginait parfaitement la peine et l'humiliation qu'avait pu ressentir le jeune homme en voyant sa fiancée s'enfuir avec un homme qu'il avait toujours ouvertement détesté. Non que cela lui ait travaillé la conscience outre mesure, non. Mais il avait attendu une réaction qui n'était pas venue. Pas avant ce jour, du moins.
Son poids, lorsqu'il s'assit, fit légèrement grincer les ressorts du sommier. Cela devait bien arriver de toute façon !
Il ôta sa cape de ses épaules, déboutonna son pourpoint, et les jeta sur le coffre en bout de lit. Puis, il déchaussa ses bottes et s'étendit sur l'édredon, encore habillé de son pantalon et de sa chemise. Les yeux fermés, il tenta de faire le vide dans son esprit. Demain serait une dure journée qui ne lui laisserait pas le droit à l'erreur.
Au terme de quelques minutes, il réussit à faire abstraction des principaux événements de la journée. Son départ précipité de Roumanie, les explications de Minerva, son altercation avec Potter… Mais elle, Hermione, ne le quittait pas. Et le vide auquel il était parvenu se remplissait d'elle, obstinément. Celle qui, plus que la cérémonie qui les avait unis par une nuit dans cette même chambre, était devenue sa femme.
Tout le ramenait à elle. Les draps froissés. La chaleur soudaine de ce lit. Son odeur qu'il croyait encore percevoir malgré le temps qui avait passé. Et il lui semblait même pouvoir la revoir, la toucher... Pauvre esprit malade !
Il lutta contre elle et contre lui pour chasser ces images de sa tête, mais en vain.
Hermione était là, au dessus de lui, la peau frissonnante perlant de sueur et les cheveux défaits… Elle était la tentation même, les yeux mi-clos et les joues rougies tant par le plaisir que l'émotion de cette première fois entre eux.
- Hermione, oui… s'entendit-il murmurer d'une voix rauque.
Elle bougeait doucement, lentement, et lui l'accompagnait, ses mains enserrant fermement sa taille… Dieu, il ressentait tout ! Chaque caresse, chaque frottement de peau, le frôlement de ses seins sur son torse lorsqu'elle se penchait pour prendre sa bouche.
Oh oui, sa bouche ! Ses lèvres et sa langue ! Y goutter avait fait de lui un esclave, dépendant de leur douce tiédeur et de ce goût sucré dont il ne se sentait jamais rassasié. Et ses seins ! Ses deux petits seins aux délicates pointes roses qui s'agitaient au rythme du mouvement de ses hanches, plus si lent et régulier depuis que lui-même, submergé de plaisir, ne contrôlait plus ses coups de reins.
Mais il avait besoin de la sentir d'avantage, d'aller plus profondément en elle, de se fondre en elle pour que leurs deux corps ne fassent plus qu'un. D'un mouvement souple, il roula sur lui-même, agrippa les draps et pressa son corps fiévreux contre le matelas.
Il l'écrasait de son poids, allait et venait en elle avec fougue, se faisait plus pressant, plus violent tant elle le suppliait. Ses reins lui brûlaient, ses veines étaient en feu. Et elle, était totalement abandonnée à lui. Si abandonnée, si confiante… Alors, il se laissa envahir par ce flot de sensations dévorantes, agrippa la couette à en déchirer le tissu, et étouffa sa jouissance dans l'oreiller, ivre de plaisir et le corps tremblant.
A plat ventre contre le lit, encore secoué de spasmes, Severus suffoquait. Il se sentait mal, écœuré du plaisir qu'il avait retiré de cette hallucination honteuse et malsaine. Cette honte qu'il se savait prêt à accepter de nouveau pour revivre, ne serait-ce qu'une fois, le bonheur de la serrer dans ses bras…
Tout lui avait semblé si réel… Si réel qu'il en avait mal. Mal à en crever.
Un cri de douleur, presque animal, sortit de sa gorge malgré lui. On aurait dit que la tension et le chagrin accumulés depuis des mois venaient d'éclater. Enfin. Le visage enfouit dans les draps, Severus pleurait de tout son saoul.
J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu...
D'avantage de conversations, mais avec ce retour en Angleterre c'était nécessaire, et un Severus qui se bat, espère et craque...
A bientôt,
BIZ
khalie
Merci d'avoir lu
