- Tu débloques Connor …

Kyle le dévisageait incrédule. Il regarda les autres membres de l'équipe rassemblés autour du T-800 fraîchement abattu. La plupart semblait aussi surpris que lui de la proposition de John.

- Je ne débloque pas du tout. Il faut attaquer d'autres camps immédiatement !

- Si Connor le dit, moi je vote pour ! dit Martin.

- Et s'il se trompe ? demanda Éli.

- Je ne me trompe pas ! C'est pour ça que la sécurité n'a pas été renforcée ! Skynet veut qu'on libère les prisonniers. C'est la meilleure façon pour que ce T-800 puisse s'infiltrer. Il voulait qu'on le ramène à la base pour qu'il y fasse Dieu sait quoi. C'est sa stratégie. On peut donc être sûr qu'il y a des T-800 dans tous les camps des environs et que par conséquent, on les fera tous sauter les doigts dans le nez ! Ils ne nous tireront même pas dessus. On a une longueur d'avance sur Skynet, on a l'avantage. On prend l'hélico qui est là-bas, et on fait le tour. Impossible d'imaginer une meilleure situation. C'est une vraie chance !

- Tu connais un pilote toi ? demanda Alisson.

- Il y en a un. Il me l'a dit quand je l'ai libéré de la salle d'interrogatoire. Je lui ai demandé qui il était. Un ancien pilote des forces. Il est à peine amoché, dit Yan.

- Bon, d'accord admettons que tu as raison, dit Kyle. Skynet s'attend peut-être à ça pour un camp mais pas pour vingt. S'il se rend compte qu'on les démolit à la chaîne, il va certainement se douter de quelque chose. Si on avait ramassé ce machin, il nous laisserait démolir tous ses copains tu crois ?

- Il n'a pas de copains. Il n'a qu'une mission, nous infiltrer; et il aurait démoli les camps avec nous question qu'on ne se doute de rien. C'est un T-800, un infiltrateur ! Rien à voir avec ces cons de T-600. Demain, ce serait suspect parce que normalement, notre ami ici devrait avoir accompli sa mission mais aujourd'hui, je suis sûr qu'il nous laissera faire. Du point de vue de Skynet, ce n'est pas trop cher payé pour se débarrasser de la base centrale, de ses dirigeants et surtout, faire des prisonniers pour réussir à savoir comment on s'est procuré les armes au plasma.

Les combattants se regardèrent, presque convaincus.

- Un sauvetage de cette ampleur, Perry ne pourra pas ne pas l'apprendre, dit Kyle en regardant Derek.

- On lui rapportera tellement d'armes qu'il ne pourra pas trop nous en vouloir, dit John.

- Ne parie pas là-dessus, dit Derek.

- D'accord. Imagine que Perry c'est toi, dit Martin. Entre te faire obéir au doigt et à l'œil ou t'approprier une tonne des armes les plus efficaces que tu aies jamais possédé, plus un hélico. Tu choisis quoi ?

Derek dévisagea sa compagnie qui semblait trépigner d'impatience dans l'expectative d'un carnage de métal. Il hocha la tête en pinçant les lèvres puis leur lança un regard décidé.

- Okay … On prend le risque.

Les soldats étaient plus que prêts à en découdre encore avec ces foutu machines et ils se dispersèrent aussitôt. Ils rapatrièrent le pilote et finirent de répartir les prisonniers qui s'enfuirent en hâte dans les blindés. Ils confièrent leur camion à la surveillance d'un médic devenu inutile, fixèrent un point de rendez-vous puis montèrent tous dans l'hélico militaire en souhaitant qu'il démarre. Non seulement il démarra mais le doux ronflement du moteur indiquait que l'appareil avait pu bénéficier de nombreuses améliorations. Il s'éleva vigoureusement dans les airs et la compagnie disparut dans le ciel sombre.

Lorsqu'ils furent en vue du premier camp, un CT décolla dès qu'il perçut la présence de l'hélico et se précipita à leur rencontre. Il fut descendu avant même d'avoir pu tirer un seul projectile dans leur direction. Le second qui arriva aussitôt en renfort, fut plus chanceux et réussit à leur tirer dessus avant de s'effondrer au sol. Le pilote encore tremblant se posa à deux cent mètre du camp et les soldats sortirent au pas de course.

- Comment il a pu nous manquer ce salaud !? dit Éli certaine qu'elle aurait dû être morte.

- T'as pas compris encore ? Ils ne veulent pas nous descendre. Ils veulent nous infiltrer ! dit John en attendant les ordres de Derek.

- Ok, on tire dans le mur et on attend qu'ils sortent, ordonna ce dernier en arrivant à leur hauteur.

Ainsi firent-ils et six terminators furent réduits en miettes le temps de le dire. Les deux derniers se postèrent dans l'ouverture afin de tirer sans pour autant sortir du camp. Ils subirent le même sort et la compagnie courut s'abriter contre le mur d'enceinte. Restait la vigile qui veillait sur les prisonniers.

- Comment on entre avec le dernier qui monte la garde ? demanda Alisson.

- Vous avez encore besoin de preuves ? dit John.

Il s'avança devant le trou sans se soucier du terminator.

- JOHN NON ! cria Alisson.

Une pétarade terrifiante fit sauter des éclats de mortier tout autour de lui mais aucun ne le toucha. Il leva son arme et tira deux fois. L'infernale déflagration cessa aussitôt.

- Vous me croyez maintenant ? demanda John tandis que les autres le regardaient avec un mélange de crainte et d'admiration. Allez, on n'a pas que ça à faire !

Ils se secouèrent et procédèrent comme la première fois pour libérer les prisonniers, les répartir en équipes et leur distribuer des armes. Aussitôt, un homme tout à fait crédible, à l'exception près qu'il semblait être le parfait jumeau de l'autre T-800, les approcha avec un message urgent. On fit grand cas de lui et on lui assura qu'il pourrait venir avec eux puis trouvant un prétexte pour l'éloigner de quelques mètres, on le descendit d'un coup de laser en pleine tête. La compagnie s'empressa de récolter les armes intéressantes puis on passa à un autre camp.

De camp en camp, ils améliorèrent leur technique si bien que le septième et dernier nécessita à peine vingt minutes de travail pour se rendre maître du camp, remplir les camions de survivants et les laisser filer dans la nuit. Il restait une heure avant l'aube et la compagnie ivre de victoire, s'empressa de gagner le lieu de rendez-vous où le blindé les attendait sagement. Ils posèrent l'hélico et prirent le temps de le dissimuler de leur mieux sous divers déchets et branchailles avant de monter dans le camion et disparaître.

En tout, ils avaient abattus quatorze CT, soixante-trois T-600, sept T-800, réussi à libérer presque un millier de prisonniers et s'approprier quarante-cinq armes de gros calibres. Jamais aucun d'eux n'avait ne serais-ce qu'imaginé pareille victoire et malgré la fatigue, l'ambiance était à la fête dans le réduit. Après que Derek eut beaucoup insisté, les soldats cessèrent de chahuter pour se concentrer sur ce qu'ils allaient raconter.

- On ne peut pas dire qu'on avait tout prévu depuis le début, dit Kyle. Perry va péter un plomb.

- Il faut que ça ait l'air d'un hasard, dit Yan.

- Il faudrait s'excuser peut-être ? dit John qui en avait marre de devoir se battre avec les gens pour réussir à les sauver.

- Tu proposes quoi ? demanda Alisson qui le regardait les yeux brillants.

- On négocie.

- Négocier quoi ? dit Derek.

- On négocie la formation d'une unité spéciale. S'ils refusent. On part de notre côté avec nos armes et on fait cavalier seuls.

- Hahaha ! Il est quelque chose ce gamin pas vrai ? rigola Yan en lui filant une tape sur l'épaule.

- Je suis sérieux. On n'a pas besoin d'eux. Ce sont eux qui ont besoin de nous.

- Et c'est qui nous ? demanda Kyle en le fixant.

- Nous. La résistance. Ceux qui ont démoli ces putains de machines, vous les connaissez peut-être ?

Les soldats se regardèrent en souriant, fiers de leur prouesses.

- Et c'est qui le chef ? Toi ? demanda Derek en l'observant de son regard perçant.

Spontanément, John failli dire non. Il y avait des soldats plus aguerri que lui. Plus compétents aussi. Puis le sens commun lui revint et il dût s'avouer que ça ne pouvait être personne d'autre. Il songea à sa mère qui avait tout sacrifié pour qu'il parvienne à ce moment et revit son regard décidé lorsqu'elle lui parlait de son futur. Toute sa vie avait tendue vers ce but. Aujourd'hui, il devait devenir ce fameux John Connor dont tout le monde parlait. Il n'était certainement plus temps de reculer.

- Oui. Moi. … Moi et mes commandants. Des combattants décidés à gagner cette guerre à tout prix. Des soldats qui me font confiance et qui veulent me suivre.

Il les regarda tous et tous soutinrent son regard.

- Vous comprenez l'importance de ceci ? Il n'y aura pas d'autre chance, pas d'autre espoir, dit-il avec autorité. Je n'ai pas le temps de jouer au bon soldat avec le conseil militaire et je me fous complètement de Perry,

Tous l'observaient sans souffler mot.

- Il peut faire le bon choix et accepter de crée une unité spéciale qui nous donne une liberté d'action satisfaisante mais s'il me met des bâtons dans les roues, je l'abandonne. Il y a une seule chose qui importe. C'est de combattre Skynet. Rien ne peut être plus important, affirma John avec conviction.

Il leur jeta un regard de défi.

- Si je pars, qui vient avec moi ?

- Je viens, dit aussitôt Martin.

- Moi aussi, ajouta Éli.

Les autres regardèrent leur chef qui semblait absorbé dans ses pensées. Derek songeait aux implications d'une éventuelle défection. Il avait toujours eu un fort sentiment de loyauté envers Perry. Il n'aimait pas l'idée de le trahir. Cependant, si Connor disait vrai, et il en doutait de moins en moins, cette loyauté n'avait que peu d'importance en comparaison de la mission à laquelle il était appelé. Probablement que dans une situation normale, Derek eut longuement hésité mais l'éclatante victoire qu'ils venaient de vivre faisait battre son cœur. Un cœur qui ne s'était emballé pour rien ni personne depuis très longtemps. Un cœur qui ne s'était pas rempli d'espoir depuis des lustres. Un cœur qui ressentait plus que jamais, le désir de se battre enfin pour quelque chose.

- J'en suis, dit-il en hochant la tête.

Les autres le suivirent aussitôt et plus tôt qu'il n'aurait pu le croire, John se retrouva à la tête de la résistance, entouré de ses généraux.

- Alors, quels sont vos ordres Monsieur ? demanda Kyle juste pour le plaisir de se foutre un peu de sa gueule.

- Oublie le monsieur d'accord ? dit John en souriant. Voilà ce que je pense faire. On se rend à la base 19. Vous vous souvenez le passage avec la porte caché derrière le panneau électrique ? Les machines ne l'ont pas trouvé. On planque les armes, on se terre là-bas pour passer le jour ensuite on revient à la base centrale. On va directement voir Perry et on exige la création d'une unité spéciale.

John observa Derek. S'il était devenu le chef, l'expérience était du côté de son oncle et il allait de soi qu'il avait droit de veto.

- Oui… mais on ne va pas voir Perry. On demande plutôt une réunion du conseil militaire et on leur expose les faits. C'est avec eux qu'on négocie. Perry aura plus de pression, dit Derek.

Tous se mirent d'accord et le blindé fonça afin d'atteindre la base 19 au plus vite. Ils enfilèrent dans le stationnement et cachèrent le camion puis se faufilèrent dans les couloirs déserts. Ils dissimulèrent toutes les armes et prirent un peu de repos puis dès que la nuit fut tombée, ils filèrent à la base. Aussitôt arrivé à la 132em, Derek leur dit qu'il devait aller faire son rapport à Perry et qu'il en profiterait pour demander la réunion du conseil. Il revint une demi-heure plus tard et leur annonça la tenue d'une assemblée le lendemain à la première heure.

- Ça n'a pas été trop difficile à obtenir ? demanda Yan.

- C'est mon affaire, dit Derek avare de commentaires, mais son air sombre laissait entendre que Perry ne lui avait pas rendu les choses simples.

- Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Joan.

- Bha rien. On l'a bien mérité tu crois pas ? dit Rich en riant.

- Moi je sais, on va bouffer, s'exclama Martin en réalisant qu'il était temps de déjeuner. Connor, tu serais mieux de rester ici, on te rapportera quelque chose. Phil a dit que la nouvelle de ton retour a filtré et que les dingues font le pied de grue devant la 132em.

- Pfffft … Mare de ces tarés ! dit John excédé.

- C'est la rançon de la gloire, vieux. Allez à tout à l'heure.

La résistance sortit en chahutant, encore euphorique de l'orgie de destruction dont elle s'était rendue coupable. Seule Alisson resta assise sans faire mine de sortir.

- Tu ne vas pas avec les autres ? demanda John.

- Non. Il y a un projet que j'ai trop hâte de mettre à exécution.

- Quoi ?

- Tu ne devines pas ? rétorqua-t-elle en lui adressant un sourire suggestif.

John la dévisagea sans être sûr de bien comprendre mais le regard sans équivoque qu'elle lui adressa, lui fit réaliser soudain de quoi il était question.

- Ah ! … Euh … Ça…

- Je te veux. Maintenant, dit-elle en retirant sa veste. Tu m'as fait bien trop attendre.

John ressentit un élan de panique à cette idée. Vraiment, il n'avait pas du tout la tête à ça, et encore moins envie d'affronter le sujet.

- Écoute … peut-être plus tard, là en ce moment, je sais pas …, tenta-t-il.

- Foutaise ! rétorqua-t-elle en se levant. Après déjeuner, c'est exactement ce qu'ils vont tous faire. Rien de tel après une bataille. Tu savais pas ? demanda-t-elle en s'approchant tout en débouclant son ceinturon.

- Alisson, écoute, franchement …, dit-il en reculant, Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

Il recula jusqu'à ce que le mur l'empêche de fuir plus loin et Alisson s'avança jusqu'à presque le toucher.

- Je ne te plais pas ? demanda-t-elle simplement.

- Pourquoi tu ne vas pas avec quelqu'un d'autre ?

- Parce que toi tu me plais, alors je voudrais bien coucher avec toi. C'est normal non ? dit-elle comme deux et deux font quatre.

Une bouffée de chaleurs monta aux joues du jeune homme.

- Alisson … je crois pas que je peux …, dit-t-il en tournant la tête.

- Pourquoi ? demanda-t-elle comme si elle parlait d'une besogne quelconque.

John envisagea différentes réponses possibles puis opta pour la vérité.

- Parce que je ne peux pas faire ça si tu ne m'aimes pas, voilà pourquoi.

- Il faudrait que je «t'aime» ? dit Alisson en plissant le nez d'incompréhension.

- C'est dingue hein ? Mais c'est comme ça. Alors comme on sait que ça n'arrivera pas, restons-en là tu veux ? dit-il sans pour autant faire mine de partir.

- Qu'est-ce que ça a à voir ? Pourquoi il faudrait que je «t'aime» ? demanda Alisson qui semblait sincèrement chercher à comprendre.

John la regarda. Elle était si belle … Si accessible. Offerte. Puis il se secoua. Coucher avec elle, c'était carrément du suicide.

- Parce que je suis comme un foutu pré tu comprends ? Je ne pourrai pas m'empêcher de m'attacher à toi. Alors toi tu me trouveras insupportable, tu seras furax, tu vas m'engueuler, me lancer des injures. Tu iras avec d'autres et je deviendrai fou. Franchement, j'ai pas tellement besoin de ça dans le moment.

Alisson sourit devant l'étalage de tant de malheurs. Elle ne pouvait pas croire qu'il puisse être un tel débile. C'était exclu. Il était beaucoup trop jeune. Il sauterait peut-être un câble ou deux au début mais il finirait par agir normalement. De toute façon, pour se le faire, elle était prête à endurer quelque temps ses conneries de pré … le temps qu'il se place.

- Alors tu as tout prévu hein ? dit-elle amusée.

- Je vois pas tellement d'autres futurs possibles.

- Peut-être que tu as torts, dit-elle en s'approchant de son visage. Peut-être que tout se passera bien.

- Alors tu veux faire un couple avec moi ? demanda-t-il en utilisant à dessein le pire mot possible.

- T'es barge, dit-elle avec un sourire incrédule.

- Tu vois … J'ai pas tors du tout.

Elle l'observa et réfléchit un instant.

- Mais … Je ne comprends pas. Qu'est-ce que … qu'est-ce que ça donnerait ?

- Et bien … J'imagine que je deviendrais spécial pour toi et toi pour moi.

Elle l'observa comme s'il était un vrai grand mystère.

- Alors si je deviens tellement spéciale et que je me fais descendre par un CT, tu deviendras encore plus fou que si je suis furax, que je t'engueule et que je vais avec d'autres gars. T'as encore moins besoin de ça, tu ne crois pas ?

John ne put s'empêcher de sourire devant une logique aussi imparable.

- Tu ne te feras pas descendre d'accord ? Mais ouais, c'est vrai. Alors on en revient au même point. Tu me feras devenir dingue de toute façon. Donc, mieux vaut en rester là.

- Tu es trop bizarre, dit-elle tout contre lui en jouant avec la poche poitrine de sa veste. Tu crois que je ne te vois pas faire ? Tu ne regardes jamais les filles, encore moins les gars. Pourquoi tu te prives ?

- Je ne me prive pas, j'ai autre chose à penser. On a une guerre à remporter ... Tu te souviens ?

- Tu sais, baiser ça détend, dit-elle en délaissant sa poche pour poser sa main sur sa poitrine.

John soupira. Le désir qui montait en lui à la sentir tout près, contre son jeune corps se fit soudain impérieux. Une part de lui ne souhaitait que succomber mais l'autre, la plus intelligente sûrement, envoyait maintenant des signaux de danger.

- Alisson, arrête. Je t'ai déjà expliqué ... Laisse-moi d'accord.

Alisson entendit parfaitement le oui qui se cachait derrière le non et elle se pressa doucement contre lui.

- Alisson …

John n'eut pas le courage de la repousser ainsi que l'exigeait le plus élémentaire des bons sens. Il avait plutôt envie de la laisser se serrer contre lui encore une seconde puis … il s'en irait. Mais elle se pressa encore d'avantage contre son ventre et un élan de volupté grimpa tout le long de son dos. John ferma les yeux … la sensation était tout bonnement délicieuse. Non ! Il ne devait pas se laisser aller ! La jeune femme leva la tête et le regarda, les yeux mi-clos, lèvre offerte. Elle frôla son nez avec le sien et soudainement il se sentit happé par un désir aussi puissant que millénaire. Impossible de résister… Il fallait qu'il l'aime. Il barricaderait son cœur de son mieux et advienne que pourra. ÇA VA PAS ! DÉGAGE DE LÀ ! Je la veux … DÉGAGE DE LÀ CONNARD ! DÉGAGE MAINTENANT !

Écartelé entre sa conscience et son désir, John succomba soudain au plus fort des deux. Il l'entoura de ses bras et s'empara de sa bouche comme un noyé cherche l'air. Il l'embrassa avec toute la passion qu'il n'arrivait plus à contenir. Il s'abandonna à elle de tout son désir, s'abandonna à l'amour, tout en sachant parfaitement qu'il se livrerait aux pires tourments. NE FAIS PAS ÇA MERDE !

Plus rien n'importait, sinon la douceur de ses lèvres, ses bras qui le tenait enlacée, sa langue qui courait sur son cou en laissant dans son sillage, des frissons délicieux. Il la poussa contre le mur en l'embrassant passionnément et sentit ses sens s'enflammer. Elle avait raison. Il y avait une parenté incroyable entre le feu du combat et celui du désir. Il poussa son bassin contre le sien et ses gémissements lui firent tourner la tête. Il sentit ses mains qui s'agrippaient à son ceinturon et en défaisait la boucle….

TU NE PEUX PAS FAIRE ÇA JOHN. TU ES TROP IMPORTANT. La voix de sa mère résonna dans sa tête. Cette mise en garde qu'il avait entendu toute sa vie lui fouetta les sangs. Il ne savait que trop bien dans quel merdier il se retrouverait s'il la laissait déboucler sa ceinture. Il avait besoin de toute sa tête. Ils comptaient tous sur lui. Ils dépendaient tous de lui. S'arrachant aux délices qui l'enflammaient, il la repoussa, pour la fixer, éperdu.

- Pardonne-moi. Je ne peux pas, dit-il dans un souffle.

Sans lui donner le temps de protester, il la contourna, sortit comme une flèche et disparu dans le couloir sombre.

Alisson le regarda partir sans y croire. Mais non, elle ne rêvait pas. Il avait osé la planter là après un baiser pareil ! … Elle secoua la tête pour reprendre ses esprits avec l'impression troublante d'avoir été enivrée par son étreinte. Elle caressa ses lèvres de ses doigts. Elle sentait encore la ferme douceur de sa bouche contre la sienne. Vraiment trop bon. Quelle plaie qu'il soit parti ! Il n'y avait rien à comprendre à ses effarouchements bizarres … Il ne pouvait pas être un vrai pré à son âge. Il se contait juste trop d'histoires. N'empêche, il l'avait mise en feu avec tout ça ... Alisson soupira, frustrée. Elle passa ses doigts dans ses cheveux pour les placer un minimum, remit sa veste de combat froissée et sortit à la recherche d'un quelconque remplaçant, sans autre forme de procès.

Finalement, il lui en fallu deux. Le premier s'avéra être un rapide mais le second, un réfugié qu'elle ne connaissait pas, était si incroyablement beau qu'il aurait été stupide de ne pas tenter sa chance. Tout à fait coopératif, il la mena dans un coin discret. Cependant, malgré sa bonne mine, Alisson n'en obtint pas satisfaction. Avant même qu'elle ait enlevé sa veste, le bellâtre la saisit à la gorge avec une poigne d'acier et serra jusqu'à ce qu'elle perde conscience.

Lorsqu'elle reprit ses esprits, elle réalisa qu'elle se trouvait à l'extérieur, qu'il faisait presque jour et qu'un endosquelette de T-600 la transportait sur son épaule comme un sac.

Alisson, paralysée par la terreur se persuada qu'elle ne pouvait que faire un atroce cauchemar. La dernière chose dont elle se souvenait c'était …. Le gars qui l'avait emmené dans un coin puis … étranglée ? Oui. Il l'avait étranglée le salaud ! Elle regarda autour d'elle pour tenter de se localiser. Au loin elle distinguait des lumières et elle plissa les yeux pour mieux voir. Elle reçut soudain un coup au cœur. Même si elle ne l'avait vu que sur des photos floues, elle ne pouvait s'y tromper. La machine la menait directement au camp de travail central. Le pire de tous. Elle hurla, pleura et se débattit de toute ses forces, sans aucun résultats. Un cauchemar, pas de doute possible, c'était un cauchemar …

Indifférent aux CT qui le survolaient en faisant trembler la terre, le terminator traversa en terrain découvert, marcha jusqu'aux fortifications et passa les portes du camp. Il s'arrêta devant les deux T-600 qui gardaient l'entrée et leur remit sa prisonnière.

- Mission spéciale JB-09. Prise prioritaire. Connait la position du camp de base. Sous les ordres de Robert Perry et John Connor. Faire suivre à la centrale, dit le terminator de sa voix neutre.

Une fois son message donné, la machine tourna le dos à ses collègues et repartit d'où elle était venu tandis que les dénégations paniquées d'Alisson s'interrompaient brutalement. Le terminator traversa les champs minés des abords du camp et continua jusqu'aux ruines des quartiers environnants. Dès qu'il fut hors de vue, il se décomposa pour prendre la forme d'un étrange serpent d'argent qui disparut comme un éclair en se faufilant dans une bouche d'égout.