Une fille, Deux pères

Disclaimer: Si j'étais vraiment JKR, croyez moi, la fin de HP7 ne serait pas ce qu'elle est.

Avertissement: Un jour, mon priiiiince viendraaaaa, il me defleureraaaaaaa. Mais pas aujourd'hui. (gomen nasai tout le monde)

Note de l'autrice: Coucou! Ne me haissez pas, ce chapitre est long. Bon, vous allez me detester (sans doute) de faire trainer les choses en longueur mais... La suite sera plus motivante, je le jure. Et... Dans trois chapitres, je crois (peut-être juste deux), il y aura un chapitre flash-back (ca vous manque non? lol) Oui, enfin, sinon, l'histoire part dans tous les sens, c'est terrible. J'ai trop d'idées (juste pas le temps de les mettre sur le papier. Ah oui, et je m'excuse platement pour ne pas avoir repondu aux reviews du chapitre 10. Merci infiniment pour tous ceux qui ont pris le temps de m'en laisser une, infiniment. Je prendrai ma journée demain pour répondre à tout le monde et à toute les questions, promis!

Petite note sur l'histoire (ou l'avancement de l'histoire) : Euh, le chapitre 13 (le chapitre maudit) fait actuellement cinq pages. Mais ca va venir, pas d'inquiétude. Mais je vais peut-être vraiment devoir publier un chapitre toutes les deux semaines. Ou alors vous préférer un demi-chapitre toutes les semaines? (nan, surement pas lol). Verrai bien comment ca se passe cette semaine.

Note à la rien à voir ou presque: Si il y a ici quelqu'un qui a actuellement lu le chapitre 33 de HP7, je lui lance un joyeux et tonitruant: JE LE SAVAIS!!! MOUHAHAHA! (en passant, avec l'histoire de Kreattur, ce doit être les deux seuls passages que j'ai vraiment aimé dans ce livre... Mais passons)

MERCI à toutes les revieweuses, à toutes les lectrices silencieuses et à ma bêta Cyzia!

Liste des OC (ou Original Characters) secondaires :
Chez les Serpentards:
Narcisse Longbottom: Fils de Luna et Neville Longbottom. A les yeux bleus et le caractère de sa mère et les cheveux noirs de son père. Ami de Lily. Première année.
Lacus Gaunt: Parents encore inconnus. Longs cheveux noirs, yeux violets. Fourchelang timide. Amie de Lily et Narcisse. Surnommée Hyaline. Première année.
Camélia Nott: Fille de Romilda et Théodore Nott. Cheveux bruns et yeux vert terne. Bête et méchante (selon Lily comme toujours). Ennemie de Lily. Première année.
Catherine Crabbe: Fille de Milicent et Vincent Crabbe. Armoire à glace binoclarde et garde du corps de Camélia. Première année.
Nirvana Johansson: Prèfete et capitaine de l'équipe de Quidditch. Cheveux argentés, yeux dorés. Fille de Remus Lupin et Johane (une elfe). Cinquième année.
On a aussi Kevin Sanders, un sang-mêlé en cinquième année et les jumeaux Alexandre et David Vance qui sont dans la même année que Lily. Et enfin, Meredith Junius, une amie de Nirvana.
Chez les Gryffondors:
Altaïr Weasley: Fils de Ron et Hermione Weasley. Cheveux auburn et yeux noisette. Un rien craneur. Cousin et meilleur ami de Séléna. Première année.
Pollux Weasley: Fils de Fred Weasley et de sa femme. Roux, yeux marrons. Doté du caractère de son père et de son oncle. Troisième année.
Samuel Weasley: Fils de... Suspence... Bill et Fleur Weasley. Physique particulier (mais mignon). Capitaine de l'équipe de Quidditch. Ennemi de Nirvana. Cinquième année.
Paris Jordan: Fils d'Angelica et de Lee Jordan. Noir, petites dreads locks, yeux bleus. Dom Juan. Ami de Pollux. Troisième année.
Mais aussi Heidi Crivey, Jonesy Federer, Izual Li, Lana Finnigan et Nereïde Valpierre, les autres premières années chez gryffondor.
Ailleurs:
Markus Snape: Le petit frère de Severus, voisin des Weasley. Moldu? Sorcier? Tueur en série? Cet homme est toujours un point d'interrogation.
Arcturus Black, un serdaigle en quatrième année de naissance encore inconnue (mais je vous laisse hypothétiser)


Vendredi 28 Octobre.

Dans la salle surchauffée et bourdonnante d'animation qu'était la rédaction de la Gazette du Sorcier, Draco, rédacteur en chef de la rubrique nécro, peinait à garder les yeux ouverts sur la version finale de sa double page qui paraîtrait le dimanche suivant. Il avait passé une longue, très longue nuit. A boire du rhum. Avec Potter.

Et bon sang, il n'avait pas la moindre envie de repenser à ça. Il essaya de reprendre sa lecture, se passant la main sur le front pour se donner du courage.

C'était tout de même incroyable le nombre de conneries faussement élogieuses qu'on pouvait raconter sur une véritable mégère une fois qu'elle avait passé l'arme à gauche. Prenez le mort de la semaine, Abercombrie Junius. Cent cinquante six ans à harceler sexuellement ses employées, à piquer dans la caisse des fonds de pensions du ministère et à louvoyer entre les habituels éméchés du Chaudron Baveur pour leur extorquer de l'argent. Ce type était un rapia et un salaud fini. Sa femme n'avait pas réussi à le supporter plus de cinq ans de mariage, juste assez longtemps pour pondre un sale rejeton arrogant et débile et, pourtant, son éloge faisait soixante-deux lignes.

Soixante-deux lignes à vanter les minuscules bienfaits d'un monde avec ce vieux Junius. Si ce n'était pas du talent pour l'hypocrisie, ça… Draco avait presque envie de se décerner un prix pour sa performance. C'était tout de même de l'art. Et du travail, malheureusement.

La seule chose rassurante dans cette rubrique nécrologique, c'est que lorsque Draco mourrait, on lui écrirait une véritable ode sur ses talents pour être poli et courtois spécialement quand il ne le pense pas. On dirait de lui qu'il était un héros de la guerre, aillant risqué sa vie pour informer le bon camp, ami des Potter et des Weasley dans sa jeunesse, virtuose sur un balai, doux, calme, un puits de gentillesse toujours rempli. On vanterait ses talents de père pour avoir donné naissance à la première femme ministre de la magie (oui, il avait des ambitions pour Lily) et d'ami. Peut-être même que Potter serait encore en vie à ce moment-là et qu'il ferait semblant de verser une larme en racontant combien Draco était bon.

Bon au pieu, voilà ce que Potter entendrait par là. Ce type n'avait jamais été intéressé que par son corps. Mais il ne le dirait jamais, évidemment. Quelle honte si jamais on apprenait qu'ils avaient été amants un jour ! Pauvre Potter ridiculisé à jamais comme la première véritable icône gay de ce monde à l'esprit fermé qu'est la société sorcière…

Il était sérieusement temps d'arrêter de penser à Potter. Surtout après hier soir.

Il reposa les yeux sur la pré-impression de demain et soupira devant la longueur du texte.

Le blond posa le journal et en prenant de l'élan avec son pied, fit glisser sa chaise jusqu'à la porte de son pseudo bureau. Le boucan était épouvantable à une demi-heure du bouclage. Tout le monde courrait et hurlait après tout le monde comme dans toute salle de rédaction digne de ce nom. Il avait l'impression d'être dans une fourmilière mal organisée. Et pourtant, seuls cinq employés travaillaient pour lui.

Il repéra la petite nouvelle, une brunette un peu squelettique et tellement complexée qu'il l'avait prise en pitié et engagée. Ça ne faisait qu'un petit mois qu'elle était là et même si elle était tout simplement incapable de s'imposer, elle écrivait des comptes-rendus très utiles. Il n'arrivait jamais à se rappeler son nom. Seules ses initiales, qu'elle notait en fin de chaque rapport étaient restées gravées dans sa mémoire. A.G.

- AJ ! cria-t-il pour qu'elle l'entende malgré le brouhaha général. (1)

Elle releva immédiatement la tête de la pile de parchemins qu'elle relisait et se tourna vers lui, l'air catastrophée que le « patron » lui parle. Il eut un sourire rassurant qui n'eut visiblement aucun effet sur la nervosité habituelle de la jeune femme.

- Tu pourrais m'apporter un café ? Serré, s'il te plait.

Elle hocha vigoureusement la tête et se leva immédiatement sans broncher. Ce n'était pas son travail, elle n'était pas sa secrétaire, mais il était courant qu'il lui demande ce genre de petits services malgré tout. Elle ne s'en plaignait pas. D'un autre côté, elle n'oserait sûrement jamais. Elle n'avait pas protesté non plus quand il l'avait renommée AJ dès le premier jour. Ni quand les quatre autres scripteurs, rédacteurs et photographes de sa rubrique l'avaient imité.

Parfois, il se sentait un peu coupable. Mais la plupart du temps, il n'avait pas l'occasion de remédier à ce manque de considération.

Draco glissa vers son bureau à nouveau et prit la copie du journal en essayant de trouver un renouveau de volonté. Il avait juste envie de dormir pendant vingt-quatre longues heures et était tout simplement désespéré à l'idée de ne pas avoir l'occasion de le faire.

Lily revenait de Poudlard aujourd'hui et s'il ne passait pas un peu de temps avec elle ce soir, il n'aurait certainement plus l'occasion de l'avoir à lui tout seul pendant les vacances tant ils étaient invités partout. Elle avait le don de se faire des connaissances, son petit ange. Entre l'invitation de Remus, où le loup comptait bien révéler à la blonde qu'il était son parrain, la soirée d'Halloween avec Blaise et sa clique et le fameux dîner chez Fred Weasley, il était bien parti pour se gaver de caféine toute la semaine.

Surtout que Ginny lui avait envoyé une lettre ce matin pour qu'ils se voient dans le but d'échafauder un plan pour éviter que Séléna et Lily ne se sautent à la gorge pendant ce dîner.

Lorsqu'il l'avait croisé à l'hôpital en ce jour maudit où sa fille avait failli mourir et qu'elle avait sous-entendu qu'elle voulait qu'ils se revoient à l'occasion, il avait sincèrement pensé qu'elle plaisantait. Juste pour être polie à la limite, mais qu'elle ne le pensait pas vraiment. Et ça arrangeait parfaitement Draco qui n'avait pas très envie de se taper la crise de conscience habituelle chaque fois qu'il parlait à Ginny.

Mais apparemment, elle le pensait avec sa putain de gentillesse à la con. Elle ne pouvait pas simplement être une sale hypocrite détestable ? Histoire que les remords, qu'il ressentait depuis leurs « retrouvailles » et encore plus depuis hier soir, s'envolent ?

Non. Evidemment que non.

Soudain, le dispositif d'alerte de sa cheminée se mit à sonner, signe que quelqu'un voulait communiquer avec lui via la poudre de cheminette. Paresseux et fatigué, il ne prit pas la peine de s'approcher de la cheminée et leva sa baguette pour autoriser la personne à apparaître dans les flammes. La tête de Pansy sortit de nulle part, surprenant Draco.

- Chérie ? s'étonna-t-il.

- Coucou, fit-elle avec un mince sourire. A quelle heure le train de Lily arrive-t-il ?

Draco jeta un regard à l'horloge sur l'autre mur et répondit :

- Dans une heure, pourquoi ?

Il aurait largement fini de travailler à cette heure-là, contrairement à Pansy qui devait toujours bosser jusqu'à six, sept heures du soir. Il était prévu qu'il aille la chercher seul et, quelque part, il préférait ça.

- J'aimerais aller avec toi, dit rapidement la brune.

- Tu pourrais ? demanda le blond en réprimant une grimace contrariée.

- Non. Mais, je peux demander un demi-jour de congé. Il s'en sortira sans moi.

Elle parlait du ministre, l'espèce de paniqué compulsif pour qui elle travaillait en tant que secrétaire en chef et qui ne pouvait pas s'empêcher de l'appeler toutes les heures pour vérifier que tout allait toujours bien. Ce type était un bon à rien et Pansy s'esquintait trop à la tâche. Un autre jour, il lui aurait directement dit de prendre congé de cet abruti fini, mais aujourd'hui…

- Chérie, il ne peut pas vivre sans toi, ironisa Draco. Je peux très bien aller prendre Lily comme prévu, je t'assure.

- Je t'ai dit que je voulais venir, insista-t-elle, soudainement agacée. Mais ça te dérange peut-être ?

Oui.

- Tu sais très bien que non, soupira-t-il en chipotant à sa paperasse. Mais tu ne trouves pas ça ridicule de prendre un congé, alors que tu la verras deux heures plus tard ?

- Elle me manque, répondit-elle froidement avant d'ajouter avec un rien de colère : Et je veux m'assurer qu'elle ne passe pas une seconde avec Potter.

Et voilà. Il le savait. Potter viendrait certainement chercher Séléna et Pansy flippait. Il n'avait pas envie de commencer une autre dispute maintenant, au travail et à quelques minutes du retour de Lily.

- Je m'en assurerai.

- Je ne te fais pas confiance, répliqua-t-elle directement.

Il lui jeta un regard noir et détourna le regard vers le côté pour essayer de contrôler l'accès de colère qu'il sentait monter en lui. Il tourna finalement à nouveau la tête vers elle, pas plus calmé qu'avant, mais au moins pourvu d'une expression moins furieuse.

- Bien. Fais comme tu veux.

Elle ne répondit pas et sa tête disparut des flammes. Il regarda un moment l'espace où elle se trouvait un instant auparavant, essayant d'oublier cette conversation le plus vite possible.

C'était comme ça depuis l'accident de Lily. Ou plutôt, depuis le moment où Pansy les avait vu, Lily, Potter et lui, dans la chambre d'hôpital. Ils faisaient tous les deux des efforts pour ne pas s'emporter l'un contre l'autre, mais à chaque fois que le sujet Lily entrait dans la conversation, le sujet Potter se profilait et elle pétait un plomb.

Il ne comptait pas le nombre de fois où ils s'étaient engueulés cette semaine. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle ne l'avait pas habitué à ça. D'habitude, ils étaient sur la même longueur d'ondes. Ils ne se disputaient que très rarement, pour se réconcilier aussitôt. Il n'avait jamais expérimenté la guerre froide et sournoise du couple avec elle.

Néanmoins, il était rodé à l'exercice. Potter l'avait largement initié à la guerre froide amoureuse. Enfin, amoureuse… Tout dépendait du côté derrière lequel on se plaçait, bien entendu.

- Cesse de penser à Potter, marmonna-t-il soudain, furieux contre lui-même.

- P… Pardon ?

Il pivota sur sa chaise et découvrit AJ dans l'encadrement de la porte, l'air mal à l'aise comme toujours. Elle portait une vieille robe noire élimée et rapiécée qu'aurait pu porter Remus de temps à autre. Sauf que le raccommodage était nettement mieux fait et presque artistique. Cette fille devait se donner du mal pour que ça ait l'air si naturel.

- Rien, rien. Entre.

Elle avança avec hésitation. Elle portait un mug rempli de café dans une main et une enveloppe dans l'autre. Elle posa la tasse de café sur le côté et il la remercia, puis elle lui tendit la lettre :

- Un hibou a déposé ce… Cette lettre pour vous.

- Merci AJ, fit-il à nouveau, essayant de la mettre à l'aise.

Elle partit comme un courant d'air, très pressée de sortir de là en dépit de tous ses efforts. Autant pour lui. Il faudrait quand même qu'il lui demande son nom un jour…

Il but une gorgée de café brûlant, impatient de se sentir boosté par la caféine, puis décacheta la lettre sans ambages. C'était une écriture féminine…

Cher monsieur Malfoy,

Je tenais à vous remercier personnellement pour l'éloge que vous avez écrit sur mon mari, Kingsley, dans la Gazette du Sorcier. J'ai trouvé vos mots forts et touchants. Mais ce n'était rien en comparaison de l'émotion qu'a provoqué en moi, cet autre article qui, je le sais de source sûre, est également de vous, publié dans cet honteux torchon qu'est « Le Saviez-Vous ? ». Vous semblez être d'une virtuosité incroyable dans l'art de jouer les doubles jeux, monsieur Malfoy. Avec de la chance, peut-être vous sentirez-vous aussi inspiré lors de votre appel en cours du Magenmagot pour diffamation. J'ai moi-même été porter plainte ce matin et, vu vos états de service passés, j'espère sincèrement, pour votre propre bien, que votre avocat est talentueux.

Au plaisir de vous revoir à la cour.

Katarin Shaklebolt.

Draco regarda le parchemin d'un air abasourdi, partagé entre l'envie d'éclater de rire et celle de définitivement péter un plomb.

Ce n'était pas la première fois qu'on entamait des poursuites judiciaires contre lui pour un article peu élogieux qu'il avait écrit pour Le Saviez-Vous. Il s'était toujours débrouillé pour obtenir un non-lieu.

Relativisons.

Cette fois-ci ne serait pas différente.

Il se contenta donc de soupirer et reposa la lettre avant de se lever pour se diriger vers sa cheminée. Il prit un peu de poudre de cheminette dans le petit récipient blanc sur le manteau de la cheminée et le jeta dans les flammes avant de se passer la tête à travers. Quelques secondes plus tard, il avait devant lui le bureau d'avocats P&P. Officiellement, personne ne savait ce que signifiait le nom du cabinet et tout le monde supposait que c'étaient les initiales des deux associés qui dirigeaient le groupe d'avocats.

Draco était bien placé pour savoir que ça n'avait aucun rapport. P&P signifiait simplement Padma & Patil. Ou Padma Patil, le nom de son avocate favorite.

- Oh, salut Draco ! fit joyeusement cette dernière dans son sublime et immense bureau avec vue sur la Tamise.

Pourquoi n'était-il pas devenu avocat ?

Elle était assise sur son bureau en chêne poli, les jambes repliées sous elle, quelques papiers en équilibre sur ses genoux et une barre de chocolat dans la main. Il leva un sourcil étonné :

- C'est comme ça que tu bosses ?

- Je réfléchis sur mon futur plaidoyer. C'est comme ton boulot d'écrivain à la manque en mieux payé. Juste une question d'inspiration et de talent.

- Je t'emmerde, poussin, fit-il avec un sourire.

Elle sourit au surnom et lui demanda d'un ton gentiment moqueur :

- Tu viens pour avoir une idée de costume ?

Non, il ferait ça avec Lily dimanche soir. Il n'avait pas le choix, puisque c'était la seule soirée où sa mère était « disponible » et elle les tuerait tous les deux si jamais ils confectionnaient les costumes d'Halloween sans elle. A se demander ce qu'elle faisait de ses nuits, elle. Tout ce qu'il demandait, c'est que ça n'ait rien avoir avec Severus. Pour sa santé mentale, vraiment.

- Je suis poursuivi, avoua-t-il avec un soupir.

Padma leva les yeux au ciel avant de balancer ses jambes en avant pour se relever.

- Encore ?

- C'est… Un peu différent cette fois.

- Dis-moi que ce sera difficile, fit-elle avec un sourire carnassier. J'adore les défis.

.oO°Oo.

Un peu plus d'une heure plus tard, il arrivait en urgence à la gare de King Cross, essoufflé d'avoir couru pour être à l'heure. Sa discussion avec Padma avait pris plus de temps que prévu, comme les rectifications à faire sur la preview de sa page nécro. Il repéra immédiatement Pansy assise sur un banc en train de griffonner quelque chose sur ses espèces de parchemins instantanés qu'on vendait un peu partout. A tous les coups, c'était pour son ministre. Il ne la rejoignit pas immédiatement et jeta un regard aux alentours pour chercher des têtes connues…

Ok, pour chercher Potter.

Il le repéra quelques mètres plus loin debout près du quai en train de parler avec Ginny. Il leva les yeux au ciel, ressentant pour la première fois depuis longtemps la déception que seul Harry Potter pouvait donner à Draco Malfoy.

Foutu hypocrite.

Il finit par rejoindre sa femme, essayant d'avoir l'air au moins un rien content de la voir. Elle ne lui adressa pas la parole, concentrée sur son parchemin à la con et il finit par s'adosser contre le mur avec un soupir.

Et soudain, il vit Luna apparaître dans la foule. Une longue plume de paon rouge plantée dans ses cheveux pour les faire tenir par miracle en chignon, une robe blanche et bleue pale tout à fait particulière et cette démarche calme et rêveuse qu'il pourrait reconnaître entre mille. Il la dévisagea de loin, notant les changements du temps. Les années lui avaient enlevé assez de sa candeur pour qu'elle ait l'air de faire son âge, mais l'excentricité était toujours présente, bien ancrée dans le regard lointain, le sourire improbable et des boucles d'oreilles qui ressemblaient à s'y méprendre à des macaronis en torsade. Des vrais, à tous les coups.

Luna tourna soudainement la tête dans sa direction comme si elle avait senti son regard et Draco se retourna aussitôt, pris de panique. A vrai dire, il n'avait pas vraiment envie qu'elle le voit.

- Qu'est ce que tu fais ? demanda Pansy d'un ton agacé sans pour autant lever la tête de cette espèce de version sorcière du Palm Pilot moldu.

- Je discute avec un troll, répondit Draco avec sarcasme.

A sa surprise, elle eut un petit rire et posa définitivement son parchemin amélioré pour le regarder :

- Sérieusement, qu'est ce que tu fais, là ? répéta-elle plus aimablement en jetant un regard moqueur à sa position.

Il était face à face avec le mur, recroquevillé et pathétique. Il ouvrit la bouche pour lui expliquer la chose, mais quelqu'un le prit de vitesse :

- Il m'évite.

Draco soupira, puis s'autorisa à se retourner pour faire face à Luna avec une sensible impression de déjà-vu. Il rétorqua immédiatement :

- Pas du tout ! J'essayais de lire un graffiti sur le mur.

- C'est vrai ? fit-elle avec un mélange tout à fait impossible de naïveté et de moquerie. Montre-moi !

Ils se tournèrent tous les deux vers le mur et Draco pointa une minuscule tache noire parmi des millions d'autres sur ce mur tout simplement sale.

- C'est très petit, expliqua-t-il en retenant un rire.

Luna fronça les sourcils et se pencha contre le mur au point que son nez frôle la paroi. Elle resta ainsi un instant avant de se relever :

- Je sais ce que c'est !

- Le nid d'un lilliputien ? ironisa Draco.

- Les lilliputiens n'existent pas, répliqua Luna en levant les yeux au ciel comme si il venait de dire une absurdité absolue.

- Si, intervint soudain Pansy sans relever pour autant la tête. Ils existent.

Luna la regarda en secouant la tête comme si cette nouvelle l'attristait tout à fait :

- Les lilliputiens sont une invention du ministre de la magie pour expliquer les phénomènes étranges et minuscules qui se produisent un peu partout dans le monde.

Draco regarda sa femme, secrétaire du ministre, ouvrir la bouche pour protester, indignée par les propos de la blonde :

- Pourquoi le ministère inventerait-il une chose pareille ?

- Pour cacher l'existence des extraterrestres, expliqua Luna comme si c'était parfaitement logique.

Draco pouffa de rire, amusé. Pansy, elle, lui jeta un regard interloqué, lui demandant en silence qui était cette femme bizarre. Il décida qu'il était temps de faire les présentations :

- Pansy, tu te souviens de Luna Lovegood ?

Cette dernière fronça les sourcils de la même façon que la Pansy Parkinson de dix-sept ans l'aurait fait.

- Qui ?

- Moi, fit Luna de son éternelle voix posée et mélodieuse. J'étais dans une année en dessous de celle de Draco.

Comme Pansy ne semblait toujours pas voir qui elle était, Luna ajouta :

- J'ai été la commentatrice d'un match de Quidditch, un jour. Apparemment, j'étais très drôle. C'était juste avant que Draco ne décide de faire fermer Poudlard.

Ce dernier retint un grognement. Luna n'écrirait jamais son éloge. Elle était trop honnête pour le job. Pansy, elle, sembla enfin voir qui était la jeune femme et hocha la tête. Puis, elle jeta un regard interloqué à Draco, signifiant clairement que même si elle savait qui c'était, elle ne comprenait toujours pas. Luna, à qui rien n'échappait jamais, cru bon d'ajouter :

- Quand il a repris ses esprits, nous sommes devenus meilleurs amis.

Mauvaise idée. Pansy fusilla Draco du regard, certainement furieuse de ne pas avoir été mis au courant plus tôt et il secoua la tête. Il lui expliquerait plus tard. Sa femme ne sembla pas satisfaite et après avoir jeté un froid « Ravie de te revoir » à Luna, elle se replongea dans son espèce de Palm Pilot moldu en signe de protestation. Luna reprit la parole :

- Ginny m'a dit que vous étiez mariés.

- En effet.

- Vous êtes heureux ? demanda-t-elle sans ambages.

- Oui, répondit immédiatement le blond. On est heureux.

En tous cas, ils avaient l'habitude de l'être il y a encore quelques semaines. Mais ça allait s'arranger. Fatalement.

- Alors, je suis contente pour toi, fit Luna avec un sourire.

Ils se dévisagèrent un moment en silence. Draco avait des tas de questions à lui poser et beaucoup d'autres choses à lui dire, mais le Poudlard Express fit son apparition avant qu'il n'ait le temps d'ouvrir la bouche à nouveau. Il y eut une ruée sur le quai, tous les parents se bousculant pour se rapprocher du train dans le but d'être les premiers à voir leurs enfants. Luna et Draco, sans se consulter, prirent le même chemin tandis que Pansy ne bougeait pas, écrivant encore quelque chose. Il se détourna d'elle, vexé par son attitude et rejoignit la foule de parents pressés de retrouver leur progénitures.

Deux minutes plus tard, les deux adultes étaient littéralement coincés dans une émeute, poussés et oppressés de tous les côtés. Draco cria :

- C'est ridicule ! Ils ne se rendent pas compte que non seulement c'est inutile, mais qu'en plus, ils empêchent les enfants de sortir du train ?!

Luna éclata de rire :

- Je te signale que tu fais exactement la même chose.

- Si on me pousse, je pousse, se justifia le blond avec mauvaise foi en essayant de se rapprocher un peu plus des portes.

Difficilement, les premiers élèves commençaient à sortir et Draco attrapa la main de Luna pour ne pas la perdre. Elle lui sourit tendrement :

- Vous m'avez manqué, Draco Lucius Malfoy.

Il la dévisagea un moment avant de répondre.

- Toi aussi, Luna.

- Je croyais que ta fierté t'empêcherait de l'admettre, répondit-elle avec un sourire plus éclatant encore. J'admets que je n'ai pas été très compréhensive la dernière fois que nous nous sommes vus.

- En effet, répliqua-t-il avec un sourire. Mais j'ai été con aussi.

- En effet, répéta-t-elle avant de continuer sur un ton plus sérieux. Je ne suis toujours pas d'accord avec toi, mais les choses changent. Je crois que je suis capable de supporter tes stupidités maintenant.

Draco s'arrêta de pousser ses voisins pour la dévisager, complètement surpris. Elle sourit :

- Passe à la maison vendredi prochain. Narcisse a déjà invité Lily et je veux que tu l'accompagnes.

Draco hocha la tête avant de comprendre que vendredi prochain était une date toute particulière. Il lui dit, sincère et touché :

- Tu peux compter sur moi, cette fois.

Ils se sourirent avant de se remettre à se battre pour une meilleure place pendant deux bonnes minutes. Luna rigolait en suivant Draco dans sa bataille acharnée contre le reste des parents et ce dernier pestait à tort et à travers sur la connerie exemplaire des participants à cet empressement inutile. Alors qu'il s'apprêtait à abandonner la bataille et à retourner à l'écart, deux enfants se présentèrent devant eux et Draco mit un léger moment à comprendre que sa fille était l'un d'entre eux.

Il aurait eu des difficultés à la reconnaître autant de près que de loin. Lily, loin de son souvenir, arborait maintenant des cheveux d'un rose fuchsia criard et pleurait sans retenue en tenant précautionneusement un petit pot rempli de cendres contre sa poitrine.

Quoiqu'il se soit passé, il avait le sentiment que ça n'allait pas du tout lui plaire.

.oO°Oo.

Une demi-heure plus tôt.

- On arrive, on arrive, fit Lily d'une voix surexcitée le nez collé à la vitre, impatiente autant de revoir ses parents que de sortir enfin de ce train surpeuplé et surchauffé.

Des élèves de quatrième année particulièrement désagréables et portant, par dessus tout, l'écusson de Poufsouffle, s'étaient incrustés sans vergogne dans son compartiment à elle et Narcisse plus tôt dans la journée et n'avaient pas arrêté de parler à tort et à travers d'histoires prosaïques sans intérêt avec un enthousiasme tout à fait déplacé qui avait tôt fait d'agacer la blonde. Avec patience, elle avait supporté leur piaillement, passant ses nerfs sur de malchanceuses chocogrenouilles sous le regard vaguement amusé de Narcisse.

Ce dernier, évidemment, était resté d'un calme olympien tout la durée de leur voyage (six longues et pénibles heures à entendre les détails de la vie frivole d'une certaine Angela QuelqueChose), se contentant de faire une remarque toutes les demi-heures et dessinant le paysage particulièrement monotone d'Angleterre le reste du temps.

Si seulement il avait été aussi ennuyé qu'elle par leurs colocataires de compartiment, ils auraient pu monter une coalition et virer les inopportuns. Mais bien sûr, Narcisse restait Narcisse. Calme, pacifique et désespérément inutile quand il s'agit d'agir. Et la blonde, bien qu'universellement reconnue comme téméraire, n'était pas assez insensée pour menacer un groupe de quatrième, quand bien même ils soient de Poufsouffle.

Sans parler du fait que McGonagall était dans le train pour Salazar savait quelle raison et que son compartiment, avec les autres professeurs, n'étaient qu'à quelques mètres du leur. Inutile de préciser que Lily n'en savait rien quand elle avait élu ce compartiment-là comme le meilleur du train. Sa vision des choses avait nettement évolué depuis que la directrice était passée sept fois devant leur porte en lui jetant des regards soupçonneux. Pas mesure de précaution, elle avait caché son phénix perché comme toujours sur son support derrière un tas de valises. Elle avait cru juste de lui expliquer pourquoi quand il s'était mis à protester avec indignation. Finalement, il avait semblé accepter son sort mais elle aurait juré voir de la rancoeur briller dans ses petits yeux noirs.

Elle soupira. C'était définitif, même si elle n'avait jamais expérimenté que deux fois le voyage en Poudlard Express, ce trajet-ci était de loin le pire de sa vie.

- Lily, c'est au moins la douzième fois que tu me dis ça en dix minutes et nous ne sommes toujours pas arrivés. Assieds-toi et lis un truc en silence, s'il te plait.

- Je te dis qu'on arrive ! insista-t-elle en lui jetant un regard agacé. Je vois Big-Ben !

Comme il ne relevait pas la tête de son dessin, elle lui pinça l'épaule légèrement pour le forcer à regarder l'espèce de construction qui se dessinait au loin. Avec mauvaise volonté, Narcisse jeta un regard par la fenêtre, puis se mit à rire doucement :

- C'est un clocher, ça.

- Et alors ? C'est pas une espèce de clocher Big Ben ?

- Non.

- Il y a une horloge, fit-elle butée en plissant les yeux pour mieux voir.

- Ce n'est pas Big Ben. Tu as déjà visité Londres, Lily Furie ?

Lily fit la moue, peu désireuse de répondre que non, elle n'avait en réalité jamais vraiment visité Londres, n'avait jamais vu Big Ben autrement qu'en photo et ne s'était jamais baladée sur Trafalgar Square de toute son existence. En dépit de tout ce que la société pouvait penser, sa famille ne roulait pas sur l'or et les seuls voyages qu'ils s'étaient autorisés pendant les onze d'existence de la blonde s'étaient fait au prix de nombreuses économies et dans des pays lointains, pour qu'au moins, ça vaille quelque chose. Enfin, si on oublie son petit voyage en métro le jour de la rentrée. Mais ce n'était pas comme si elle avait pu admirer beaucoup de choses sous terre.

L'intérêt de visiter la capitale anglaise n'avait jamais vraiment frappé Lily non plus, puisqu'elle avait maintes et maintes fois parcouru le Chemin de Traverse et visité en coup de vent le Ministère. Ce n'est que récemment qu'elle avait appris que Londres ne se résumait pas à ces deux lieux stratégiques.

- Evidemment, répondit-elle finalement. J'ai même arnaqué un conducteur de taxi.

- Etonnant de ta part, nota le garçon. Je ne pensais pas que tu étais une voleuse.

- Je ne le suis pas, répondit-elle avec un calme qui l'étonna. Mais les circonstances… Enfin…, hésita-t-elle.

Narcisse releva la tête de son dessin et lui demanda avec un sérieux surprenant :

- Tu veux m'en parler ou pas ?

Lily le fusilla du regard.

- Je déteste quand tu fais ça, marmonna-t-elle.

- Quand je fais quoi ? demanda l'autre d'un air innocent qu'elle aurait presque (presque) pu croire sincère.

Quand il lui faisait un reproche sans en avoir l'air. Comme maintenant, sous-entendant clairement derrière sa question bizarre si elle comptait lui parler un jour ou l'autre, non pas de sa visite à Londres, mais de sa dispute avec Lacus. C'était dans l'air depuis une semaine. Bien qu'il n'ait jamais mis le sujet sur le tapis clairement, il semblait lui demander des explications en permanence…

Elle décida qu'il était temps de tordre le cou à cette vieille habitude de garder tous ses secrets pour soi.

- Pour Lacus et moi… commença-t-elle avec un soupir déprimé.

A cet instant, la porte du compartiment s'ouvrit et la dernière personne que Lily avait envie de voir au monde (après McGonagall peut-être) apparut.

- Tiens Malfoy ! fit-elle d'une voix joyeuse et surprise en portant immédiatement son regard sur cette dernière.

Lily grimaça en reconnaissant la crinière de Potter et se tendit légèrement en réalisant que c'était la première fois qu'elles se croisaient depuis l'incident de la lettre et surtout depuis que Potter avait appris cette "petite" blague à propos des cuisines. Narcisse, qui était au courant de son entrevue avec la directrice, se pencha vers elle pour lui murmurer d'un ton amusé :

- Je peux la retenir pendant que tu sautes du train en marche. Tes chances de survie seront meilleures.

- Que ferais-je sans toi Narcisse ? murmura-t-elle avec cynisme avant de se tourner vers Potter et de lui lancer, regard noir à l'appui : Qu'est ce que tu veux, Potter ?

Elle n'était quand même pas entrée dans son compartiment par hasard. Peut-être qu'elle voulait se battre ? Lily était définitivement prête pour un duel. Depuis l'entrée de Potter dans l'équipe de Quidditch, sa haine avait un peu repris du poil de la bête.

Mais contrairement à tous ses pronostics, la rousse ne lui demanda pas de sortir pour s'expliquer baguette à la main. Elle haussa les épaules et sourit avec un air presque gentil en disant :

- Papoter.

Lily écarquilla les yeux d'incrédulité en voyant Potter refermer la porte du compartiment derrière elle et s'incruster sans la moindre gène entre la blonde et Narcisse.

- Mais… Mais qu'est ce que tu fous ? beugla la blonde, hallucinée.

Potter l'ignora et se tourna vers Narcisse pour lui dire d'un ton froid :

- Bonjour Narcisse. Comment va tante Luna ?

Tante Luna ?

- Bien, répondit Narcisse avec autant de sympathie.

Potter hocha la tête et tourna son regard vers Lily. Et ne dit rien. Les deux jeunes filles se fixèrent un moment en silence et la blonde put presque sentir l'électricité parcourir le compartiment. Finalement, Potter cilla et prit la parole :

- Ok, Malfoy, je croyais que je pourrais être gentille et tout, mais ça ne marche pas. Alors je vais juste te proposer un truc, tu vas l'accepter et je vais partir d'ici, d'accord ?

Lily fronça les sourcils, désarçonnée, puis finit par répondre avec mauvaise volonté :

- Je t'écoute.

- Il faut qu'on fasse la paix.

Quoi ?

- Quoi ?

- Juste pour le dîner chez mon oncle, ajouta-t-elle immédiatement. Mes parents n'apprécieraient pas trop que ça tourne au règlement de comptes et je suppose que les tiens non plus, alors... On ne pourrait pas faire semblant de s'apprécier juste le temps de cette soirée ?

Lily regarda Potter en fronçant les sourcils et se mit à réfléchir à toute vitesse. Bon, elle ne pouvait pas nier que la proposition de Potter de simuler une bonne entente entre elles était une aubaine inespérée. Elle avait passé un bout de temps à réfléchir à la façon dont elle pourrait se faire bien voir par Harry si elle passait toute la soirée à se disputer avec sa fille sans trouver le début d'une solution. Concrètement, si Potter voulait également conclure une paix pour ce dîner, c'était parfait.

Absolument parfait.

- Et pourquoi je te ferais cette faveur, Potter ? demanda la blonde avec un petit sourire.

C'était juste histoire de taquiner un peu la rousse. Potter sembla réfléchir un instant avant de déclarer :

- Je suis sûre que tu n'as pas envie qu'on apprenne de qui tu es secrètement amoureuse, Malfoy.

Cette dernière piqua instantanément un fard et détourna la tête en se traitant mentalement de tous les noms. Premièrement, parce qu'il n'y avait absolument aucune raison de rougir pour des sentiments qu'elle n'avait pas. Et deuxièmement, parce que maintenant, quoiqu'elle dise, elle convaincrait définitivement Potter de son pseudo "amour" pour son cousin en acceptant.

Par l'enfer! Tout ça pour avoir voulu jouer avec les nerfs de Potter.

Alors qu'elle était encore en train de se traiter d'idiote, elle entendit soudain un nom connu. C'était une des filles de Poufsouffle, qui n'avaient pas arrêté leur petit papotage sans intérêt depuis l'entrée de Séléna.

- D'accord, Samuel Weasley est, de loin, le plus beau des gryffondors, dit l'une d'elle avec un air extatique. C'est pas normal qu'il n'ait pas de petite amie !

- Eh bien, l'interrompit une autre avec un air assez fier, il y a des bruits qui courent comme quoi l'autre soir, Samuel aurait été en compagnie d'une fille, toute la nuit.

- Quoi ? firent les autres, choquée par la nouvelle.

Comme Lily. Alors, ça y est, Samuel avait réussi à conclure avec Nirvana ?! Vraiment, vraiment ? Malgré elle, elle se pencha pour mieux entendre leur conversation et cilla en découvrant que Séléna l'imitait. Elles se dévisagèrent un moment avant de revenir à la conversation des poufsouffles.

- Je tiens ça d'une fille de l'équipe de Quidditch de gryffondor. Apparemment, samedi passé, Samuel ne serait pas venu à l'entraînement et le lendemain matin, il avait l'air très fatigué.

- C'est pas depuis cette nuit qu'il est si bizarre ? demanda l'une d'elle.

- Qu'est ce que tu veux dire ?

- Ben… Il nous aide toujours au club de Bavboules. Quand il est venu hier, il était juste bizarre. Il oubliait des trucs, voire même le nom des gens et il semblait juste… Perdu.

- Oui, fit une autre. J'ai entendu Tonks dire au professeur Lupin qu'elle l'avait trouvé absent cette semaine. Apparemment, il est complètement détraqué.

- Hey ! Ce serait pas lui le gryffondor qui est entré dans un dortoir de filles en prétendant avoir oublié où était le sien ?

Les poufsouffles rigolèrent :

- Ouais, à mon avis, le type est juste pervers.

Potter se rabattit soudain en arrière et déclara, assez fort pour être entendu de tout le monde :

- C'est vraiment de la connerie.

Les Poufsouffles la dévisagèrent, outrées, avant de décider de l'ignorer et de reprendre leurs commérages sur quelqu'un d'autre. Lily, elle, fronça les sourcils en se remémorant la visite de Samuel à l'infirmerie. Elle dit, plus à elle-même qu'à quelqu'un en particulier :

- Mais il avait l'air absent aussi quand il est venu me voir.

Aussitôt, Potter s'exclama :

- Il est venu te voir ?

Le ton était agressif. Lily défia la rouquine du regard et répondit avec le plus de calme possible :

- Oui. Qu'est ce que ça peut te faire ?

- Pourquoi mon cousin viendrait te voir à l'infirmerie, Malfoy ? répliqua Potter avec moquerie. Vous ne vous connaissez même pas !

- Actuellement, si. On se connaît.

Potter sembla soudain carrément furieuse et Lily haussa un sourcil en se demandant vaguement pourquoi ce fait énervait autant Poil de Carotte.

- Tu n'en as pas marre de coller ma famille ? rugit cette dernière.

- Je te demande pardon ? s'insurgea la blonde.

- Pollux, mon parrain, Remus, Altaïr, mon père et maintenant Samuel ?! Arrête d'essayer de t'incruster dans ma vie, Barbie. Tu n'es pas la bienvenue !

Lily écarquilla les yeux d'ébahissement avant d'éclater de rire. C'était du pur délire.

- T'hallucines ! Qui voudrait s'incruster dans ta vie, Potter ?

- Oh, arrête, depuis que tu es ici, tu n'arrêtes pas de m'imiter tout le temps. Au fond, t'es juste jalouse, hein Malfoy ?

Cette dernière vit rouge en entendant cette phrase et sortit sa baguette, plus furieuse que jamais. Que Potter ose insinuer qu'elle essayait de copier cette… Cette conne ! Mais pour qui elle se prenait à la fin ?! A peine avait-elle pointé sa baguette sous le nez de Potter que cette dernière avait pris la sienne. Elles se regardèrent furieusement quelques secondes, se fichant bien que les Poufsouffles les regardent en espérant avidement une bataille. Narcisse décida d'intervenir :

- Lily, ça ne vaut pas la peine. McGonagall…

- Mêle-toi de tes affaires ! claqua la rousse.

- Reste en dehors de ça, Narcisse, fit la blonde en même temps.

Le garçon leva les yeux au ciel et se rassit en les traitant ouvertement d'idiotes. Les deux filles en revinrent à leur combat visuel et au bout d'un moment, la blonde dit avec mesquinerie :

- Avoue qu'en fait, c'est toi qui es jalouse parce que ta famille m'aime plus que toi.

Séléna rougit et fit un mouvement brusque vers elle. Lily réagit instinctivement :

- Furonculus !

- Jambencoton !

Le train fit une embardée et les sorts ratèrent leurs cibles, mais il était trop tard. A peine Lily avait-elle repris son équilibre qu'un sort fusait à deux centimètres de sa tête. Elle répliqua avec fureur jusqu'à ce que le compartiment complet résonne de sorts en tous genres.

Sortilèges du Levicorpus, Petrificus Totalus, Rosa Fixis et une dizaine d'autres se succédèrent à toute vitesse, ricochant sur les fenêtres et les parois, brisant la vitre de la porte et menaçant les autres passagers.

Narcisse s'écarta sensiblement tandis que les filles de Poufsouffle sortaient en trombe du compartiment, l'une d'elle couverte d'énormes furoncles. Prongs lui, poussa un cri plaintif avant d'aller se percher sur la valise de sa maîtresse, à l'abri.

Quelques secondes ou quelques minutes plus tard, Lily n'aurait su dire, quelque chose prit soudainement feu. Les deux filles tournèrent la tête vers les bagages où avait débuté l'incendie, mais il n'y avait plus rien à voir. Avant qu'elles ne comprennent, la porte du compartiment coulissa sur elle-même avec fracas, et une voix stridente et furieuse résonna :

- Peut-on me dire ce qu'il se passe ici, par Merlin ?

Lily qui avait maintenant un nez tellement long qu'il pendait jusqu'à son ventre et Potter, qui dansait sans le vouloir (ce qui ne l'empêchait pas de pointer encore sa baguette sur la blonde) se tournèrent et dévisagèrent la directrice avec effroi. Cette dernière les regarda à tour de rôle, son vieux visage crispé avant de sortir sa propre baguette et de marmonner :

- Finite Incantatum.

Potter arrêta instantanément de danser et quelques secondes plus tard, Lily eut à nouveau un nez de taille normale. McGonagall les regarda furieusement avant de déclarer d'un ton sec :

- Cinquante points de moins pour Gryffondor et Serpentard et une semaine de retenue. Je commence à en avoir assez de vous deux ! Melle Potter, retournez à votre compartiment et vous ! fit-elle avec fureur en se tournant vers Lily qui recula en craignant le pire. Vous avez intérêt à vous tenir TRANQUILLE, est-ce que c'est clair ?!

Lily hocha la tête fébrilement. Elle avait cru, l'espace d'une seconde que la directrice allait la renvoyer. Potter, l'air honteuse, sortit rapidement du compartiment sous l'œil furieux de McGonagall, puis la directrice sortit à son tour.

Lily resta un moment debout, le cœur battant à tout rompre et le souffle court. Elle se tourna vers Narcisse, choquée.

- Woh, fit simplement ce dernier.

Elle ne pouvait pas nier. Elle se laissa tomber sur le siège à côté de lui :

- J'ai rien compris, fit-elle dans un souffle en se repassant la scène.

Les sorts avaient fusés de partout et… Dieux, quel carnage. Elle passa la main dans ses cheveux avec un soupir avant de réaliser qu'ils n'étaient plus tout à fait blonds. Elle regarda une mèche rose vif un instant, interloquée avant de rugir :

- Je vais la tuer !

- Je crois qu'elle ressent la même chose, fit Narcisse avec un sourire. A mon avis, tu peux dire adieu à ton traité de paix avec Potter.

Lily grimaça en pestant encore un moment. En dépit du fait qu'un traité de paix aurait été le bienvenu, elle ne se sentait plus du tout d'humeur à faire une fleur à Potter. Qu'elle crève !

Soudain, elle se rappela du feu. Prise d'une intuition, elle grimpa sur son siège pour regarder par-dessus ses valises et ses pires doutes furent confirmés. Elle sentit une boule naître dans sa gorge quand elle vit qu'un gros tas de cendres trônait sur le dessus de sa valise, juste là où s'était tenu Prongs quelques minutes plus tôt.

.oO°Oo.

- Je crois qu'il s'est sacrifié pour ne pas que McGonagall le voie, fit Narcisse une fois qu'elle eut fini son récit. Pour pas que tu ais plus d'ennuis que maintenant.

Lily renifla en silence en regardant le tas de cendres qu'elle avait mis dans un petit pot juste après en priant que Prongs renaisse sans problème. Elle ne l'avait jamais vu mourir et ne savait pas si c'était normal qu'il reste sous forme de cendres aussi longtemps. Peut-être qu'un phénix qui se suicide ne peut pas renaître ? Ou peut-être qu'il lui faut toutes ses cendres. Or, Lily était sûre de ne pas avoir réussi à tout réunir.

Elle se remit à sangloter, se sentant coupable comme jamais. Son père, lui, semblait partagé entre l'envie de lui faire un sermon et celui de la consoler pour la perte de son phénix. Qu'il la sermonne, elle l'avait bien mérité. Elle avait carrément tué son phénix…

En plus, c'était elle qui avait commencé à lancer un sort en croyant que Potter allait l'attaquer... Enfin, il parla :

- Tu ne me laisses pas le choix, Lily. Plus de balai, de balades dans le village moldu, pas de radio, pas de livres et contrairement à tous les ans, tu ne dormiras pas chez les Zabini pour Halloween.

Lily était trop accablée pour protester à cette avalanche de punition et se contenta de hocher la tête en reniflant. Puis elle réalisa quelque chose :

- Pas… Pas de livres ? répéta-t-elle aberrée. Mais qu'est ce que je vais faire ?

Son père eut un sourire limite machiavélique :

- Ta grand-mère a besoin d'aide pour redécorer le patio. Et le salon de l'aile l'Ouest. Je suis sûr que passer des heures à comparer des motifs de carrelages te comblera.

La blonde grimaça, mais n'osa pas répondre. Une partie de son esprit hurlait que c'était de l'exagération totale, mais l'autre était presque contente d'être punie. Comme si ça pouvait un peu alléger sa culpabilité. Elle baissa la tête un peu plus et murmura :

- Je suis désolée, Prongs.

Puisque Draco semblait en avoir fini avec sa fille, Luna s'agenouilla aux côtés de Lily et lui dit d'une voix douce :

- Je suis sûre qu'il va ressusciter.

La blonde oublia un moment son phénix décédé pour observer la mère de Narcisse qu'elle rencontrait enfin. Elle était moins bizarre que Lily ne l'aurait cru. En fait, elle semblait même tout à fait normale si on oubliait cette drôle plume rouge dans ses cheveux. Lily s'était imaginé un personnage haut en couleurs et très farfelu, mais, apparemment, la mère de Narcisse, même si elle racontait des histoires abracadabrantes, était quand même humaine. Elle était rassurée.

C'est en croisant ses yeux d'un bleu intense que Lily comprit d'où Narcisse tenait son étonnante perspicacité. Elle se sentit littéralement mise à nue sous les yeux de cette femme tellement son regard était fixe et perçant. Gênée, la blonde remua sur place, intimidée au point d'hésiter à se cacher derrière son père quand, sans prévenir, la mère de Narcisse lui ébouriffa les cheveux avec un rire :

- Mais elle est toute mignonne ! fit-elle joyeusement.

Lily sourit à son tour jusqu'à ce que Luna ne se mette à l'observer sous toutes les coutures. Elle se laissa faire passivement en jetant un regard inquiet à son père. Il riait. Comme Luna le lui demanda, elle tourna sur place, exposa chaque facette de son visage, se sentant rougir de plus en plus. Au bout d'un moment, Narcisse intervint :

- Maman… Ça ne se fait pas.

Luna eut un petit rire et tapota à nouveau le crâne de la blonde qui n'était plus certaine d'apprécier autant la chose.

- Mais si, protesta-t-elle avec sérieux. Elle est comme ta petite sœur, tu sais ?

Narcisse et Lily la regardèrent tous les deux avec étonnement. Oui bon, ils étaient amis, mais de là à avoir des liens de parenté imaginaires. Son père, qui avait apparemment enfin arrêté de rire, leur donna une légère explication :

- Vous jouiez souvent ensemble, tout petits.

Luna se releva, des étoiles dans les yeux :

- Ils étaient trop mignons, à se battre pour un hochet…

Son père hocha la tête avec conviction et Lily dévisagea Narcisse, hallucinée. Il semblait autant, si pas plus, choqué qu'elle. De toute évidence, ceci venait s'ajouter à la liste des choses qu'on avait pas jugé utile de lui dire. Elle regarda son père, légèrement agacée, mais il était visiblement trop plongé dans ses souvenirs pour le remarquer. Elle glissa à Narcisse, sarcastique :

- Un jour, on va apprendre qu'en fait, on est frère et sœur, tu sais ?

- Sans façon, Lily Furie, fit le garçon soudainement. Je suis un garçon trop fragile pour avoir une sœur comme toi. Je suis sûr que tu étais déjà violente dans le bac à sable.

- Oui et je te piquais toujours ton hochet, rigola-t-elle.

- Ça explique pourquoi je suis un enfant si perturbé…

- Non, Narcisse. Ça n'explique rien du tout.

Leurs parents parlèrent encore un petit moment avant que Draco ne fasse signe qu'ils y allaient. Après un au revoir à Narcisse et à sa mère, qu'elle reverrait la semaine prochaine, elle prit la main de son père. Tandis qu'il la guidait à travers le quai, elle lui demanda avec un rien de mécontentement :

- J'ai encore des choses à apprendre ?

- Oui, rigola son père.

- Tu vas me les dire ? fit-elle avec enthousiasme.

- Non.

Il s'arrêta soudain en regardant au loin.

- A propos, on ne va rien dire à ta mère pour l'histoire du train. Et je veux une promesse, une vraie promesse, insista-t-il, que tu vas te tenir loin de Séléna Potter et des ennuis dès ton retour à Poudlard.

- J'te le promets, grommela-t-elle d'un ton lugubre. Mais n'empêche, j'ai le droit de savoir certaines choses !

Son père grimaça, l'air contrarié avant de se tourner vers elle pour lui demander, l'air sincère :

- Et qu'est-ce que tu veux savoir ?

Vraiment ? Vrai de vrai ? Lily se retint de sautiller sur place et s'empressa de dire, pleine d'espoir :

- Mon autre…

- Non, l'interrompit-il avec un sourire. Tu es toujours trop jeune.

Elle fit la moue et il finit par éclater de rire.

- Quelque chose d'autre ?

- Harry Potter, déclara-t-elle à la seconde sans vraiment réfléchir.

Elle vit son père ciller, puis écarquiller les yeux comme s'il n'arrivait pas à y croire. Elle ouvrit la bouche pour s'expliquer, se sentant étrangement honteuse, mais quelqu'un l'appela soudain. Lily releva la tête pour voir sa mère devant elle et, oubliant un instant sa conversation avec son père, l'enlaça avec empressement. Quelques secondes plus tard, elle entendit sa mère murmurer à son père derrière elle :

- Les cheveux roses ?

- Oh, elle se rebelle, répondit Draco avec nonchalance.

Après les retrouvailles, son père appela Tipy et ordonna à l'elfe d'emporter les valises de Lily et ils se rendirent tous les trois au Manoir, par voie de cheminette cette fois. Une fois au Manoir, Lily, qui était plus que ravie de retrouver sa maison adorée, dîna avec toute sa famille, Severus et sa grand-mère les ayant rejoints. Entre les récits de ce qu'il s'était passé en l'absence de la blonde et les aventures de Lily à Poudlard, la blonde oublia un peu ses questions sur Harry Potter et la condition de Prongs qu'elle traînait toujours avec elle.

En plein milieu du dessert, Narcissa jeta un énième regard au bol rempli de cendres et demanda finalement :

- Est-on obligé de manger au côté d'un phénix mort ?

- Mère, grommela Draco. Un peu de tact.

- Ça ressuscite les phénix, répliqua la blonde en levant les yeux au ciel. Mais tant qu'il est mort, sincèrement Lily, tu ne pourrais pas juste le mettre dans ta chambre ?

La petite fille répondit brusquement :

- Non ! Et s'il se réveille tout seul ? Il ne connaît pas ma chambre, il serait perdu.

- Je suis sûre qu'il comprendra, fit sa mère avec un sourire.

- Peut-être, admit la blonde. Mais je veux voir comment il ressuscite.

- Oh, pitié, soupira Severus. Il sort juste du tas de cendres. C'est très laid à voir.

- Il n'y a que toi pour être blasé d'un phénomène magique aussi exceptionnel, fit son père d'un ton moqueur.

Severus pesta :

- J'ai passé trop de temps aux côtés de Fumseck. Ce sale oiseau ne manquait pas une occasion de me mordre...

- Y a-t-il des jours où tu es heureux de vivre, Severus ? demanda Narcissa avec un rire.

- Non.

- Bien, fit cette dernière. A propos, Lily, cette couleur rose… Ça ne va pas avec tes yeux.

La petite blonde rougit et jeta un regard inquiet à son père. Ce dernier se tourna vers Severus qui sembla saisir l'appel à l'aide et détourna la conversation :

- Comment t'as eu ce phénix, à propos ?

- Je te l'ai dit, c'est un cadeau.

Tous les regards se tournèrent vers elle et elle finit par s'expliquer :

- C'est un elfe qui me l'a donné. Voilà, pas de quoi en faire toute une histoire.

Les adultes se jetèrent des regards éloquents.

- Un elfe lui a donné, répéta Severus avant d'éclater de rire. Pourquoi on s'étonne ?

- Tu sais Sev, intervint Pansy, j'ai lu quelque part que les elfes ont l'habitude d'offrir des présents aux sorciers de temps à autre. C'est une façon de maintenir la paix entre leurs peuples.

- Cet elfe-là devait être dérangé s'il a vraiment cru obtenir la paix de Lily.

Cette dernière jeta un regard noir à son oncle qui rigolait encore.

- Mais Lily va faire des efforts pour être plus calme, n'est-ce pas mon ange ? fit son père en lui jetant un regard soutenu.

- Oui, grogna la blonde.

Narcissa claqua des doigts et son plat se remplit à nouveau d'un dessert à la fraise et à la chantilly. Lily la regarda manger avec empressement, un peu étonnée. C'était la première fois qu'elle voyait sa grand-mère manger un dessert.

- C'est tout à fait déplorable. Les aventures de Lily étaient distrayantes…

- C'est nettement moins drôle en direct, répliqua oncle Sev avec mauvaise humeur.

- Il ne va pas s'en remettre, rigola Draco.

- Non. Le sucre est mon antidépresseur, ma drogue, ma raison de vivre !

Ils éclatèrent de rire et Lily déclara :

- Je suis vraiment désolée de t'avoir privé de ton support psychologique, oncle Sev.

Pour prouver ses faux remords, elle lui tendit sa part de gâteau intacte dans son assiette. Elle n'en voulait pas. Severus haussa un sourcil avant de prendre le dessert de la blonde sans gêne.

- Mais j'hallucine, s'exclama Draco, choqué. Rends-lui son gâteau, espèce d'égocentrique boulimique !

- Mais elle me le donne ! protesta oncle Sev en serrant l'assiette contre lui. Elle me le donne !

- Oui, oncle Sev. Ça me fait plaisir, insista la blonde, morte de rire.

- En fait, continua Narcissa comme si elle n'avait pas été interrompue. Je devrais écrire un livre sur ma petite-fille… Ce serait un best-seller.

- Si c'est comme pour ton idée de créer une ligne de vêtements, on peut encore attendre, déclara son père en gratifiant une nouvelle fois oncle Sev d'un regard meurtrier.

La grand-mère de Lily lui jeta un regard noir et dit avec enthousiasme :

- En réalité, ça tombe bien que tu m'en parles, fils parce que contrairement à ce que tu insinues, je prends ce projet très au sérieux. J'avais l'intention de…

Le dîner se termina sur ce sujet et, finalement, Lily prit congé de sa famille, fatiguée par le voyage. Elle traversa les nombreux couloirs jusqu'à sa chambre avec un plaisir infini et fut surprise en entrant dans celle-ci. Tipy avait déjà rangé toutes ses affaires, le perchoir de Prongs gisait dans un coin et les quelques photos que Narcisse, Lacus et elle avait prises pendant ces deux mois-ci, étaient posées un peu partout dans la pièce. Elle remarqua également avec tristesse que tous ses livres avaient été retirés de sa chambre.

Après avoir déversé les cendres de son phénix dans le fond du perchoir, elle s'arrêta devant la cheminée pour regarder le dessin que Narcisse avait fait de Lacus et elle l'autre jour.

Il l'avait dessiné à la bibliothèque et avait réussi à l'animer un rien. Lacus lisait un livre avec un sourire timide aux côtés de la blonde qui était concentrée sur un dictionnaire des plantes, les sourcils froncés. Lily ressentit un pincement au cœur et détourna le regard. Elle mit son pyjama avant de se glisser dans ses draps avec un plaisir indicible.

A peine avait-elle posé la tête sur son oreiller que quelqu'un frappa à la porte. Elle se redressa aussitôt, un large sourire aux lèvres et dit :

- Tu peux entrer, papa !

Comme de juste, Draco entra dans la chambre et s'assit sur le rebord de son lit. Il avait l'air au moins aussi fatigué qu'elle et elle soupira :

- T'es pas assez en forme pour qu'on reprenne notre conversation ?

Son père sourit, l'air un peu lointain.

- Si. Je crois me rappeler qu'on s'est arrêté à Harry Potter, dit-il d'un air contrarié.

Lily se tordit les mains, légèrement mal à l'aise :

- C'est que… Je crois que je suis en train de devenir fanatique.

- Fanatique… D'Harry Potter ?

Elle hocha la tête avec dépit, s'attendant bizarrement à un sermon, mais son père lui ébouriffa les cheveux avec un sourire :

- Je ne suis pas surpris.

- Moi, je le suis ! rétorqua-t-elle. C'est pas dans mes habitudes de…

- Il t'a sauvé la vie, mon ange, c'est logique que tu t'intéresses à lui maintenant.

Lily resta silencieuse. Il n'y avait pas que ça, mais elle ne savait pas trop comment l'expliquer à son père, qui faisait sûrement un effort pour ne pas s'énerver qu'elle soit fan de son grand ennemi.

- Ça me fait penser à Ginny. Potter l'a sauvé quand elle avait ton âge et elle a fini par l'épouser…

Lily eut un sourire incrédule :

- Il a sauvé la vie de la mère de Séléna ? Et ils sont tombés amoureux ?

Elle n'était pas fan de la chose, mais elle trouvait ça furieusement romanesque. Lacus en aurait des étoiles plein les yeux si elle entendait ça. Son père, lui, n'avait pas l'air de trouver ça génial, ni même un tant soi peu intéressant. Il grimaça :

- Et ils vécurent heureux et n'eurent qu'un seul enfant, blablabla.

- Oh, fit-elle suppliante. Tu veux pas me raconter ? S'il te plait, s'il te plait !

Il la dévisagea un moment avec un air indéchiffrable et Lily se sentit rougir. Elle avait le sentiment d'avoir dit quelque chose de mal sans comprendre pourquoi. Mais finalement, son père soupira et lui dit avec un sourire moqueur :

- Tu es vraiment fanatique de Potter…

- C'est pas ma faute, gémit-elle.

On ne pouvait pas dire plus vrai. Elle ne pouvait rien faire d'autre que s'intéresser au Survivant et espérer que son père et lui redeviennent amis à nouveau pour qu'elle le voie plus souvent. Sans qu'elle comprenne pourquoi c'était si important.

- Alors ? Tu veux bien me raconter ?

- Pourquoi pas ? fit son père au bout d'un moment. Ils n'ont pas l'histoire la plus simple, mais je peux toujours essayer.

Avec une mauvaise volonté évidente, il commença :

- Tout a commencé à cause d'un journal ensorcelé… Il était caché dans l'une des caves de cette maison, mais pour une raison ou une autre, un jour, ton grand-père décida de le vendre, mais ne réussit pas à en tirer un bon prix. Sachant que l'objet était dangereux, il le jeta dans le sac de la fille de son grand ennemi Weasley.

Lily hocha la tête, peu surprise par les actes de son grand-père.

- Ginny trouva le journal et commença à l'utiliser comme un journal intime. Elle parlait de ses premières journées à Poudlard, de Harry Potter, ce grand héros ami avec son frère dont elle était follement amoureuse. Ce qu'elle ignorait, c'est que plus elle se livrait au journal, plus son âme se faisait aspirer par l'objet maléfique. Elle finit par être possédée par un… Un démon.
Ce démon l'enferma dans une chambre secrète gardée par un Basilic, la condamnant à mourir tôt ou tard. Potter, qui déjà à l'époque, ne pouvait pas s'empêcher de sauver la veuve et l'orphelin à tout bout de champ, vint la secourir avec l'aide de l'épée de Godric Gryffondor. Il vainquit le Basilic, tua le démon et sauva la jeune fille.

La blonde eut un petit rire en voyant les mimiques de son père qui semblait considérer cette histoire comme purement répugnante. Sa grand-mère aurait sans doute eu la même réaction. Lily, elle, était hallucinée que l'histoire d'amour de Harry Potter ressemble tellement à un conte de fées.

- Elle était comme une princesse de contes de fée, mais malheureusement son prince charmant ne l'aimait pas. Il sortit avec une autre fille et au bout de quelques années, elle l'imita. Je dois dire, pour ma part, qu'elle est sortie avec pas mal de garçons en un laps de temps très court. Cinq ou six en une année.

Il se tourna soudain vers Lily qui l'écoutait toute ouïe pour lui dire, extrêmement sérieux :

- Ce ne sont pas des choses à faire.

Elle le regarda avec des yeux ronds, choquée :

- Je n'ai pas l'intention de sortir avec des garçons ! fit-elle indignée.

Dégoûtant.

- Parfait, fit son père avec un large sourire. Où en étais-je ? Oui donc, au bout d'un moment, Potter se rendit compte qu'il aimait quand même bien Ginny et après avoir prit son courage de gryffondor à deux mains, il lui demanda si elle voulait sortir avec lui et ils devinrent enfin un couple. Mais pas très longtemps. Dumbledore mourut et Poudlard ferma.

Lily l'interrompit soudain, choquée :

- Mais alors, tu es le méchant ! C'est toi qui as fait fermer l'école, non ?

- C'est récurrent, soupira son père en se pinçant l'arête du nez. Oui, je suis le méchant de cette histoire. Tu me détestes ?

- Oui, fit-elle sans le penser le moins du monde. T'empêches les amoureux d'être heureux !

- Mon ange, s'il n'y avait pas des gens comme moi dans les histoires, elles seraient tout simplement ennuyantes, répliqua le blond d'un ton vexé.

- T'es quand même un méchant.

Son père se redressa soudain et jeta un regard à une montre qu'il ne portait pas :

- Dieux, Lily, tu as vu comme il est tard ? Il est temps de…

Elle s'accrocha à son bras pour le forcer à se rasseoir et dit très rapidement :

- Non, non, non ! D'accord, les méchants sont indispensables. T'es presque le personnage principale de cet histoire, papa et je suis super fière, plaida-t-elle. Tu me racontes la suite ?

Il se rassit avec un petit rire et elle leva les yeux au ciel. Les parents, sérieusement…

- La guerre débuta et Potter fut très occupé à essayer de sauver le monde. Ginny, elle, devint volontaire à l'hôpital Ste Mangouste et la guerre dura tellement longtemps qu'on finit par lui donner un travail permanent sans qu'elle ait à passer son diplôme. Mais c'est secondaire. Potter avait rompu avec Ginny, car il craignait que l'infâme Voldemort ne s'en prenne à elle puisqu'elle lui était si proche.
Et pendant une année entière, ils firent semblant de ne pas s'aimer et vécurent loin de l'autre presque sans le moindre contact. Puis, alors que la situation semblait désespérée, ton père, ce terrible méchant, vint donner un coup de main à Potter et ses amis et ils purent se rassembler à nouveau sans avoir à se cacher chacun de leur côté. Ils reformèrent tous un groupe qu'on appelait L'Ordre du Phénix et dans lequel, j'avais ma place.

- C'est là qu'ils se sont revus, dit Lily avec enthousiasme.

Son père hocha la tête avec un sourire :

- Absolument. Et ils finirent par ressortir ensemble. La suite, tu l'imagines toute seule. Potter tua le Seigneur des Ténèbres, épousa sa promise et eut un enfant d'elle. Et ils vécurent heureux jusqu'à ce qu'une petite blonde ne vienne martyriser leur progéniture adorée…

Lily protesta fortement :

- La progéniture me martyrise aussi !

Son père prit dans sa main une mèche de cheveux rose fuchsia et admit avec un sourire :

- Bon, j'admets qu'elle ne se laisse pas faire.

Lily hocha vigoureusement la tête et regarda son père sortir sa baguette et la pointer sur les cheveux de sa fille pour leur rendre leur aspect habituel. Elle le remercia, contente de retrouver sa blondeur quand, soudain, quelque chose poussa un cri perçant.

Lily et son père se tournèrent vers le perchoir et se levèrent d'un bond en voyant le tas de cendres remuer. Ils se précipitèrent au chevet de la créature et s'extasièrent en voyant Prongs, version oisillon, sortir sa petite tête du tas de cendres en poussant un cri plaintif.


(1) En anglais, A.G se prononce aidji, d'où mon idée, après une grande concertation entre moi-même et moi, de noter AJ pour que tout le monde lise bien aidji.

J'espère que ca vous a plu. Je SAIS que vous connaissez déjà l'histoire du Basilic et blablabla mais je ne pouvais pas l'abréger. Vous verrez pourquoi un jour héhé. Sinon, j'espère à dans une semaine! Vous adore!

Une tite review, pliiiize?