Chapitre 12
- Bonjour, madame! Que puis-je faire pour vous?, demanda la coiffeuse d'un ton jovial.
Je m'étais toujours demandé quel sens avait cette question, et comment elle réagirait si je lui répondais "un couscous". Mais là n'était pas la question.
- Une couleur, s'il-vous-plaît. Et une coupe.
- Bien sûr! Suivez-moi, par ici!
Elle m'emmena laver mes cheveux, puis me fit avancer jusqu'à mon siège. Elle regarda mes cheveux dans le miroir et tenta de capter mon regard.
- Vous êtes sûre que vous voulez changer de couleur de cheveux? Parce que, vous savez, des milliers de femmes rêveraient d'avoir vos cheveux!
- Oui, je suis sûre.
- Bon. Alors, qu'est-ce que je vous fais?, fit-elle, résignée.
Je pris un catalogue au hasard, et feuilletais rapidement. Je tombais sur une coiffure qui me convenait et je lui désignais mon choix. Elle soupira doucement, et s'exécuta. Elle semblait avoir envie d'entamer une discussion, mais sentait que c'était la dernière chose dont j'avais envie.
- Est-ce que...est-ce que je pourrais être dos au miroir, s'il-vous-plaît?
Elle fronça un peu les sourcils, formant une expression inquiète, mais elle acquiesça et tourna mon fauteuil. Elle commença son travail et je m'efforçais de penser à autre chose. Mais à quoi? Finalement, je pensais à Hortensia, à son expression réjouie quand elle s'était endormie la veille... Cette pensée m'apaisa. La coiffeuse posa les mains sur mes épaules au bout d'un moment.
- C'est terminé, madame. Est-ce que vous voulez voir?, demanda-t-elle.
- ...Oui.
Elle retourna mon siège vers le miroir. Je contemplais mon visage dans la glace. Ou plutôt, je contemplais le reflet qu'il me donnait de moi. J'étais devenue blonde, avec quelques mèches plus foncées, j'avais une longue frange qui tombait juste sur mes paupières. Mes cheveux étaient plus courts. Avant, ils tombaient presque sur mes hanches. A présent, ils frôlaient mes épaules. Je fermais les yeux une seconde pour m'empêcher de pleurer. La coiffeuse avait l'air désespérée, effrayée d'avoir fait une erreur. Je la remerciais pour lui retirer toute culpabilité. J'allais payer et sortis sans vraiment savoir vers où aller. Je voulais retarder le moment où je rejoindrais ma vie passée. Dans les alentours, je repérais une boutique où l'on vendait des lentilles de couleur. J'avais l'impression que mes yeux me trahiraient, ainsi, je pris le parti de les changer, et de verts, ils devinrent noisette. En me regardant une nouvelle fois dans le miroir, je ne me reconnaissais plus. Un visage extrêmement banal, qui ne gardait rien de son apparence passée. Finalement, je trouvais une ruelle vide: je regardais partout autour de moi pour vérifier que personne ne me verrait. Assurée d'être seule, je transplanais vers les Trois Balais. J'entrais lentement dans le bar, prenant garde à ce que personne ne me remarque, quand soudain je bousculais une chaise.
- Ahoy, ya!, dit un homme assis à la table d'un ton fort. Faites donc attention!
J'avais peur que tout le bar se soit retourné vers nous, mais il n'en fut rien.
- Désolé, balbutiais-je.
- Bah alors qu'est-ce c'est qui te fait peur? J'vais pas t'manger! Assis-toi!, dit-il en m'indiquant une chaise.
Je pris donc une place à côté de lui, espérant qu'il puisse répondre à mes questions sans qu'il se doute de quoi que ce soit. Il commanda quelque chose pour moi, malgré mes protestations. Il me raconta ses problèmes conjugaux, et je fis mine de l'écouter, pensant qu'il valait mieux le mettre en confiance. J'allais lui poser une question, quand une montagne entra dans le bar. Hagrid. Je voulus me précipiter à sa rencontre quand je me souvins. Il y avait un petit garçon à côté de lui, qui me faisait dos. Hagrid parla au serveur de manière indistincte, mais le serveur, lui, prononça des paroles qui me glacèrent le sang.
- J'y crois pas! C'est Harry Potter!
Toute la salle tourna la tête vers lui et le silence se fit. Mes yeux s'écarquillèrent, et mon souffle s'arrêta, quand le petit garçon frêle se retourna pour nous faire face. Il paraissait aussi étonné que moi. C'était le portrait craché de son père. Sauf les yeux. C'étaient les miens. Harry. Ils s'éloignèrent vers l'arrière-boutique après que plusieurs lui aient serré la main, pour aller vers Diagon Alley.
- Alors ça c'est que'que chose, hein?!, dit l'homme à mes côtés, me bousculant légèrement.
- Hum.. Qu'est-ce que vous voulez dire?, lui répondis-je comme d'une voix venue d'ailleurs. Les yeux fixés sur l'endroit où s'était tenu mon fils.
- Eh ben..., fit-il, sceptique. C'est le garçon qui a survécu, enfin!
Le garçon... qui a survécu? Je lui demandais alors tout ce qu'il savait sur lui. Même s'il me toisait d'un air suspect, il ne se fit pas prier: c'était l'occasion de parler un peu plus.
- Il y a dix ans, Vous-Savez-Qui est allé chez les Potter pour les tuer. Il a tué Lily et James, mais quand il a jeté le sort sur le p'tit gars...
Il s'interrompit et fit un grand geste avec ses mains.
- ...il a disparu. En laissant là le p'tit qui pleurait avec une cicatrice en forme d'éclair sur le front. Alors Dumbledore a décidé de le placer dans une famille moldue après ça. Chez la soeur d'la mère, j'crois. Mais maintenant qu'il a onze ans... bah il va à Poudlard!
Comme pour conclure son discours, il but une gorgée de whisky Purfeu. Je restais interloquée, tentant de digérer ce que je venais d'apprendre. Mon fils était en vie. Il avait vécu toutes ces années et je n'étais pas là. Voldemort avait disparu. La guerre était finie. Je ne savais pas ce que je devais faire. Je me levais en m'excusant à demi-mot et me dirigeais vers la sortie. J'avais décidé de me rendre à l'hôtel pour réfléchir un peu. Une fois arrivée à la chambre, je sentais toute ma colère monter en moi. Ma fille qui était une sorcière, Pablo qui me haïssait, le souvenir de James mort sans moi (l'avait-il seulement su?), mon fils que j'avais laissé seul... Toute ma vie n'était que ruine. Je sortis ma baguette de mon sac et la serrais au creux de ma main.
- Wingardium Leviosa.
Le poste de télévision se souleva lentement et flotta dans les airs quelques secondes. Puis je dirigeais ma baguette violemment vers la droite, et le poste alla s'écraser contre le mur, sur lequel se plaquait un gigantesque miroir. Lequel explosa de même sous le choc. La pièce fut recouverte en un instant de débris de glace, et des étincelles jaillirent du poste éclaté, gisant sur le sol. Mes voisins de chambre furent sans nul doute alertés par le bruit avaient prévenu des responsables de l'hôtel, et ils tambourinaient à la porte.
- Collaporta!, criais-je, ma baguette pointée sur la porte.
Puis me retournant, je fis exploser les ampoules du lustre, qui vint s'écraser sur le lit, déchiquetant au passage les draps et oreillers. Je me jetais alors vers ce lit, et déchirais à mains nues ce qu'il restait de draps, hurlant toute ma fureur et ma rage, hurlant mon désespoir et mon impuissance. Mon élan de colère passé, je tombais au sol au milieu des éclats de verre, dos au mur, à côté de ma baguette. J'entendais encore les hurlements et les coups donnés à la porte, alors je jetais un dernier sort pour m'épargner le bruit extérieur. Quand je n'entendis plus que les battements de mon coeur qui ralentissaient peu à peu, seulement là, je respirais.
