Merci 'Skaya' pour cette première review publique, qui m'a fait très plaisir d'autant que je ne m'y attendais pas :)

Bon, ben sur fond de Janne Da Arc, j'ai écrit ce chapitre 11 (comment ça Janne n'a rien à faire là ?… C'est le bien, d'abord ! :D)… Bref qu'est-ce que je disais ? Ah oui ! Que je vous remercie de toujours me suivre sur cette fic (et d'autres, pour certaines ) ) et parce qu'il me semble ne jamais l'avoir fait « en public » : merci Solène, pour tes reviews toujours longues, détaillées, qui appellent à plein de réponses à grands coups de mp XD…

Chapitre 11

Et comme convenu, plus tard dans la journée, Tetsu faisait le pied de grue devant ce même endroit, dans sa voiture cette fois. Sans cesse il se répétait qu'il ne fallait pas s'emballer, que ce n'était probablement rien et qu'il avait tort d'y croire comme cela… Mais c'était plus fort que lui. Pas question de parler d'intuition cette fois, non, c'était juste un besoin. Un besoin obsessionnel, quasiment maladif, d'y croire. De penser que quelque chose pouvait être fait, qu'une piste pouvait être remontée… Désormais, il ne pouvait plus s'arrêter. S'arrêter et faire le point, cela l'aurait perdu. Il fallait qu'il bouge sans cesse, réfléchisse, agisse, même de façon dérisoire… afin de le retrouver, celui qui par son absence, le plongeait dans une solitude jamais connue encore.

Tetsu savait bien qu'il avait tort de se croire seul. D'abord parce que Hyde devait probablement l'être bien plus que lui… Et ensuite parce qu'il y avait Ken, Yukki, Sakura… Ses parents qui téléphonaient tous les jours pour être tenus au courant… Et même de simples anonymes qui parfois, témoignaient de leur soutien… Tetsu n'était absolument pas seul. Mais il se sentait seul, pourtant. Seul dans un désespoir qui ne ressemblait pas vraiment à celui de ses amis… Quand Ken disait qu'il avait hâte de revoir le visage souriant de Hyde, Tetsu lui, pensait qu'il voulait le serrer dans ses bras plus que tout. Quand Yukki ou Sakura disaient que Hyde leur manquait, lui il aurait rajouté « à en crever ». Il lui manquait atrocement. Ce que cela voulait dire, c'était sans aucune espèce d'importance. Il savait juste que personne ne pourrait comprendre cela. Personne à part le concerné, qui avait toujours eu assez de sensibilité et d'altruisme pour pouvoir tout entendre. Et tout comprendre, aussi.

Les mains crispées sur son volant, attendant que la jeune fille sorte et vienne le rejoindre, Tetsu inspira profondément, comme pour se détendre après ces pensées peu optimistes… Ou pour éviter de craquer, carrément. Il avait sommeil et c'était clair que s'il ne faisait pas une bonne nuit ce soir, demain il ne tiendrait jamais debout. Il avait les nerfs à fleur de peau, mais là il comptait bien passer pour un gentil garçon poli et respectueux, afin d'éviter de faire peur à cette jeune fille et qu'elle ne change d'avis… Son fameux sang-froid que beaucoup lui enviaient allait encore marcher cette fois-ci, hein ? De toute façon il le fallait, il n'y avait pas d'autre option possible. C'était souvent, que Hyde le taquinait là-dessus. Comme le chanteur était d'un caractère moins patient, moins posé, il arrivait qu'il hausse le ton. Rarement, mais déjà plus souvent que Tetsu. Et lorsque cela arrivait et que le bassiste restait parfaitement calme et souriant, qu'il avançait posément ses –nombreux, en plus !- arguments, Hyde avait parfois envie de lui filer des baffes juste pour le plaisir de l'énerver. Parce qu'il n'existe rien de plus agaçant, lorsque l'on est en colère, qu'une personne très calme en face de soi. Mais du coup, Hyde tentait parfois de le faire sortir de ses gonds, en bon chieur de base qu'il savait être. Il le chatouillait, alors que Tetsu détestait cela… Il lui disait pile ce qu'il fallait pour l'énerver… Il faisait même des bêtises, la fin justifiant les moyens… Le tout avec un sourire goguenard montrant bien qu'il cherchait les embrouilles… Et il finissait par y parvenir : Tetsu était réellement énervé au bout du compte ! Cela n'avançait à rien, c'était juste… Ces petites choses, ces moments réguliers qui régissent une vie, une relation… Ces choses d'une futilité consternante, qui manquent horriblement quand on n'y a plus droit. Tetsu passa rapidement son avant-bras sur ses yeux qui commençaient à s'humidifier un peu trop… et fort heureusement, la jeune fille toqua à la vitre côté passager, demandant ainsi la permission de monter, ce qui l'obligea à se reprendre immédiatement. Elle ne pouvait pas mieux tomber.

Merci d'être venue, mademoiselle…

J'ai peur de ne pas vous être très utile… s'excusa-t-elle par avance, tout en montant dans la voiture. Mais je dois au moins essayer, vous aviez raison.

Je ne vous en demande pas plus. Et ne vous inquiétez pas, j'ai prévenu le commissariat que l'on vienne vous attendre : nous ne rentrerons pas ensemble, afin que cela ne vous cause aucun problème.

Vous arrivez à penser à moi, même maintenant… s'étonna-t-elle. Merci.

C'est normal. Je ne veux pas vous ennuyer plus.

Là-dessus, ils roulèrent dans un silence complet jusqu'au commissariat. Tetsu s'était méchamment fait taper sur les doigts une heure ou deux auparavant lorsqu'il avait expliqué au policier en charge de l'affaire, qu'il y avait un témoin qui souhaitait donner une description… Il avait interrogé certes quelqu'un qui n'était –pour le moment- pas un témoin primordial dans l'enquête, mais tout de même… Le policier avait accepté de la recevoir, ne pouvant bien évidemment pas se permettre de laisser filer ce témoignage, peu importe de quelle façon il l'avait obtenu… Mais il avait clairement signifié à Tetsu qu'ils en reparleraient, et pas en termes fleuris… Le bassiste entendait déjà les cloches sonner à ses oreilles, tant cet homme avait eu l'air remonté… Mais très franchement, il s'en fichait royalement. Peu importe le moyen et ce qu'il risquait, tant que l'on avançait…


Le ravisseur revint dans la pièce quelques heures plus tard, apportant à Hyde son repas. Comme souvent, il alluma en entrant et la petite ampoule pendant à nue du plafond éclaira faiblement l'endroit. Dans un premier temps il ne vit pas Hyde, alors que ces derniers jours il était tout le temps recroquevillé sur le lit. Surpris, il posa le plateau par terre et avança pour le trouver. Le chanteur était en fait assis par terre contre le lit, mais du côté du fond de la pièce cette fois, d'où pourquoi il ne l'avait pas vu tout de suite. Il contourna le lit, prêt à l'asticoter comme à son habitude –et pourquoi pas, à s'amuser un peu encore-… Mais il s'arrêta net en voyant le chanteur en train de se livrer à un curieux manège… En effet, Hyde versait méthodiquement de l'eau –provenant du verre qu'il avait eu plus tôt- sur ses mains… Il les frottait fort l'une contre l'autre et recommençait par petites doses… Il les lavait, en quelque sorte ? Sans savon, bien sûr… Bizarre…

Tu fais quoi ? demanda l'homme, réellement curieux.

Ho, je te parle !

Je dois me laver… répondit Hyde sans relever la tête.

C'est bon, elles sont trempées tes mains…

Je suis sale…

C'est pas grave, tu as bien vu que tu me convenais même comme ça !

Cela ne faisait rire que lui, cette plaisanterie… Mais Hyde ne releva même pas le sadisme de la situation. On aurait pu croire que la prochaine fois qu'il le verrait après ce qu'il lui avait fait, Hyde serait écœuré, plein de rage ou apeuré… Mais c'était pire que tout cela : il n'avait aucune réaction. Il avait cessé de réfléchir et il pouvait juste depuis plusieurs minutes, continuellement verser cette eau sur lui de temps à autres et se frotter les mains puis la bouche inlassablement… Comme si tout allait disparaitre ainsi. Tout ce qu'il arrivait encore à concevoir à ce moment précis, c'était qu'il était sale, repoussant même… Et qu'il devait effacer cette salissure comme il le pouvait. C'était tout ce à quoi il pouvait penser. Tout ce qu'il pouvait faire…

Il sentit alors quelque chose sur sa joue mouillée… Le revers de la main de cet homme qui lui avait pris le plus important, passait doucement sur sa peau… Presque délicatement, même. Les yeux de Hyde s'agrandirent d'effroi, d'instinct, à ce contact qu'il jugeait répugnant. Il bougea faiblement la tête par réflexe, pour s'écarter de ce contact et articula très faiblement :

Arrêtez…

J'étais passé t'apporter à manger… Ce soir, je n'ai pas le temps de rester plus que ça ! lança l'homme, décontenancé par son attitude amorphe, limite flippante.

Ah mais tu sais, j'ai entendu dire que ton ami se faisait taper sur les doigts !

Quoi ?

Ah je t'intéresse, là ! fanfaronna-t-il, voyant que Hyde s'était levé et attendait la suite. Ouais, ton leader est un acharné qui veut faire mieux que les flics… Et ça, ils n'aiment pas trop tu vois. Il va se faire boucler, s'il continue.

Car les nouvelles vont vite parfois. Trop vite, même. Et sans entrer dans les détails, il n'avait pas échappé aux médias que le leader se mêlait un peu trop de l'enquête… On avait rapporté qu'ainsi, le chef de la police l'avait sérieusement sermonné aujourd'hui, sans toutefois –et fort heureusement- évoquer un éventuel témoin. L'homme avait entendu cela dans la voiture, en venant. Et pour tout dire, il était bien un peu surpris, quand même. Il était tenace on dirait, ce bonhomme tout sec, tout maigre… D'un côté cela l'énervait, de voir rien qu'avec le regard qu'il avait quand il parlait face aux caméras, qu'il aurait pu faire n'importe quoi pour Hyde. Cela, le ravisseur n'avait aucun mal à le deviner : il avait déjà vu ce type de regards avant. Mais… Qu'est-ce que tout le monde lui trouvait, à ce chanteur à la fin ? Si les gens pouvaient le voir tel qu'il était maintenant, pathétique et misérable, ça, ils l'aimeraient moins, tout de suite ! En attendant, et parce qu'à chaque fois, les réactions de Hyde étaient distrayantes, il avait évoqué Tetsu avec un amusement certain. Le regard de Hyde brilla de la même façon que lorsqu'il regardait la vidéo… Et d'ailleurs c'était ce qui l'avait fait sortir de sa position prostrée par terre… Là, le ravisseur tenait quelque chose. Il n'était pas fou au point d'ignorer qu'il ne pourrait pas garder Hyde comme cela indéfiniment… Il faudrait bien une fin. Et puisque de la façon dont il voyait les choses, il avait tout perdu à cause de Hyde… Pourquoi est-ce que tout cela ne finirait pas en apothéose ? Un juste retour des choses, en somme. Se venger n'est pas une mince affaire. Si on le fait, c'est parce que l'on veut que la personne souffre au moins autant qu'on a souffert. Plus, même. Et il faut du temps, pour trouver ce qui pourrait produire un tel effet…

Tet-chan… murmura Hyde, dans un soupir résigné.

Tu sais que tout à l'heure, tu as prononcé ce nom ?

Non…

Oh que si. J'ai bien entendu, affirma-t-il, visiblement irrité. Et tu le fais quand tu dors aussi… Alors quoi, tu es avec lui ?

Non ! s'exclama Hyde faiblement.

Mais tu voudrais bien.

Non…

Tu veux dire qu'il ne t'intéresse pas ? demanda-t-il en le regardant droit dans les yeux pour y déceler la preuve de son mensonge.

Oui.

Très bien. Donc je suppose que je peux tenter ma chance avec lui, alors.

Que… ? s'étrangla Hyde, qui en eut des suées, tant il n'osait voir où il voulait en venir…

Je plaisante, voyons ! fit l'autre, éclatant de rire. Comme s'il m'intéressait ! Mais par contre, ça me donne une idée… On pourrait jouer… Ce serait amusant.

Jouer ? répéta Hyde, presque en tremblant.

Tu aimerais le revoir, ton ami, hein ?

Oui… avoua-t-il malgré lui.

A priori lui aussi… Alors on pourrait s'arranger ! Donne-moi son numéro.

Le cerveau de Hyde faisait le lien à toute allure… Car même s'il détestait cette idée, depuis le temps qu'il était là, il commençait à comprendre comment son ravisseur fonctionnait. Ce qui l'énervait, ce qui l'amusait, ce qui le rendait violent… Hyde commençait à le comprendre. Et là, malgré le dégoût qu'il lui inspirait chaque fois qu'il posait les yeux sur lui et malgré le brouillard qui embrouillait son esprit fatigué et un brin fiévreux, Hyde quitta son attitude amorphe sur le champ, l'horreur le prenant directement aux tripes. Ce malade… où voulait-il en venir, comme ça ? Il n'avait tout de même pas l'intention de… Ca, jamais !

Non ! Vous ne… Laissez-le, il n'a rien fait de mal ! s'écria-t-il, d'une voix plus forte à mesure qu'il parlait.

Ah mais je suis d'accord : il n'a rien fait, je n'ai rien contre lui non plus.

Alors…

Alors toi, c'est différent. Je vais te faire un aveu, murmura l'homme en l'attrapant par le col, je t'ai amené ici sans trop savoir quoi faire de toi au bout du compte… Je voulais te connaitre, et aussi te faire payer… Mais quel meilleur moyen de te faire regretter d'être venu au monde qu'en m'attaquant à lui, qui a l'air d'être plus qu'un bon copain à tes yeux ?

Non ! Non, vous vous trompez ! s'écria Hyde, le cœur affolé comme une bête prise au piège.

Je ne suis pas très sûr de ce que je dis, effectivement… Mais ça vaut le coup d'être vérifié. Allez, je suis sûr que tu t'ennuies aussi, ça nous changera. Ah et puis ça peut être un bon moyen de voir jusqu'à quel point il tient à toi, non ? Je suis sympa : je te file un coup de pouce, tu vois ! s'esclaffa-t-il en le jetant sur le lit.

Je vous interdis de le mêler à vos dingueries ! hurla le chanteur, en plein panique.

Et tout se passa pour ainsi dire en une poignée de secondes. De folles secondes. Ce n'était même pas du courage, encore moins un acte désespéré. Cela relevait du plus élémentaire des réflexes, un peu comme l'instant de survie, sauf que là il ne s'agissait pas de lui-même… Hyde attrapa l'assiette posée sur le plateau d'un geste vif, étonnement vif malgré sa fatigue… Pour une fois qu'il ne s'agissait pas d'une assiette en plastique… Il l'écrasa en plein sur la tête de l'homme… Pas assez fort pour l'assommer, assez pour le sonner un minimum. Il chancela, tandis que l'espace d'un instant se crut mort, pour avoir osé un tel geste.

Qu'est-ce que tu fous ? Arrête !

Il semblait quand même bien sonné, pour le coup, agitant le bras pour trouver un équilibre… Il chancelait en direction du lit… Parfois, lorsque l'on est à bout au point de penser que le moindre effort va vous briser, physiquement… Et bien parfois, dans ces situations extrêmes, on se découvre une force insoupçonnée, presque incompréhensible… Autant que les réflexes incroyables que Hyde avait les uns après les autres sans y penser une seule seconde. Quand il vit l'homme porter une main sur sa tête et l'autre sur le matelas pour se réceptionner, ses bras allèrent plus vite que lui : il les passa autour du cou de l'homme, la chaîne qui reliait ses poignets s'écrasant sur la gorge de son ravisseur qui tentait de l'enlever… Et Hyde serrait… Peut-être pour rien, mais il serrait de toutes les forces qu'il avait en ce moment. Il suffoquait comme si c'était lui qui se faisait étrangler, mais en attendant, il continuait à serrer, indifférent aux cris et aux menaces…