Lorsqu'Eileen se réveilla, elle était allongée dans un lit. Elle reconnut aussitôt l'infirmerie de Poudlard. Elle se leva, les yeux brûlants – elle avait vraiment beaucoup trop pleuré. Des larmes qui étaient venues autant d'elle, que de Severus.

Le flash du corps sans vie de la femme aux cheveux roux refit encore très nettement surface dans son esprit, tel une marque au fer rouge, indélébile et encore douloureuse après tant d'années.

Qui était donc cette femme, dont la mort avaient littéralement brisé le cœur et l'âme de Severus, si longtemps en arrière ?

Le nouveau-né ressemblait étrangement à Harry Potter. Avait-il s'agit de sa mère ?

Severus était-il son père ?

Non, ils ne se ressemblaient pas du tout. Et puis Severus n'était pas avare de critiques à l'encontre du paternel d'Harry, Eileen avait au contraire toujours eu le sentiment qu'ils s'étaient détestés par le passé.

La jeune femme avisa longuement le plafond. Etait-ce la raison pour laquelle Severus s'était montré aussi mal à l'aise le lendemain de leur première nuit passée ensemble ? Culpabilisait-il d'aimer une autre femme que celle dont la perte l'avant tant ébranlé ?

« Mais ça doit bien faire au moins quinze ans qu'elle est décédée… Et même plus... », pensa-t-elle.

L'horloge de l'infirmerie émit un petit tintement très discret, l'extirpant de ses songes. Elle clarifierait tout cela avec Severus la prochaine fois qu'ils auraient un moment à eux.

S'ils avaient jamais un moment à eux.

Elle se leva un peu difficilement et se dirigea aussitôt vers le bureau de Madame Pomfresh, qui était en train de préparer une potion - probablement du Claritas, à en juger par l'odeur et la fumée blanche :

- Ha, Eileen, bon retour parmi nous ! S'exclama chaleureusement l'infirmière. Justement, je suis en train de vous concoter un petit remontant.

- Où est le Professeur Rogue ? Quel jour sommes-nous ? Enchaîna Eileen. Bonjour, ajouta-t-elle ensuite, ses pensées se bousculant dans son esprit.

- Ne vous inquiétez pas, sourit l'infirmière, vous n'avez été inconsciente qu'une après-midi et une nuit. Le Professeur Rogue et le Professeur McGonagall sont au Ministerium, ils témoignent dans l'affaire Grindelwald.

- C'est-à-dire ? Se figea Eileen.

- Et bien, le meurtre de Karrabas ! Le Ministerium semble penser que c'est Grindelwald qui a fait le coup – et croyez-moi, ils cherchent un bouc-émissaire. Minerva ne l'aime pas non plus, mais comme elle me disait hier soir, pas au point de la faire condamner alors qu'elle est très certainement innocente. Ils devraient tous revenir ce soir, si les charges tombent. Alors, que vous est-il arrivé à vous ? Monsieur Kingsley a eu l'air de dire que le Professeur Rogue avait levé un sortilège d'amnésie qui remontait à votre enfance, est-ce correct ?

- Oui, souffla Eileen en enfilant ses chaussures. Quelle heure est-il ?

- Il est dix heures du matin. Vos classes vous attendant à 14h, puisque le Professeur Rogue doit rester au Ministerium toute la journée !

- Parfait, j'ai une course à faire, se contenta de répondre Eileen. (Elle commença à partir, puis revint en trottinant, but la potion, puis la reposa) Merci Madame Pomfresh !

- Mais, et où donc allez-vous ? Que dois-je dire à Monsieur Kingsley ? S'exclama l'infirmière, ennuyée, en la voyant partir.

- Que j'ai une piste ! S'exclama la jeune femme.

Et c'était vrai.

Durant son sommeil, d'autres souvenirs étaient revenus à Eileen – mais également un visage, régulier, menaçant, qui avait refait surface plein de fois au milieu de scènes diverses et variées. L'hybride sirène aux traits si similaires à ceux de Karrabas, qui avait passé sa vie dans les flots de Nurmengard, ennivrée par le pouvoir de séduction de Grindelwald.

Eileen ressortit de l'école, puis fit appel à Grisabella dès qu'elle eut franchi la barrière de protection de l'établissement. Son Elfe apparut aussitôt.

- J'ai besoin que tu m'emmènes à Nurmengard, Grisa, ordonna la jeune femme en guise de salutations.

- L'Elfe de maison baissa les oreilles avec une telle crainte qu'elles lui firent une barre horizontale au-dessus du crâne :

- Où-où cela, ma Maîtresse ? Bégaya Grisabella.

- A la prison de Nurmengard, insista Eileen. Ne me regarde pas comme ça, je sais très bien ce que je dis.

Grisa déglutit, mais elle prit la main de sa maîtresse, et les transplana toutes les deux au sommet d'une montagne rocheuse difficilement accessible, sur laquelle se dressait une gigantesque tour.

Nurmengard, la prison de Gellert Grindelwald… Celle qu'il avait bâtie de sa propre initiative pour retenir ses opposants, et qui l'avait ensuite isolé du reste du monde si longtemps après. Des flots déchaînés se heurtaient contre la paroi principale, mais l'édifice tenait bon.

Elle était exactement telle qu'Eileen en avait rêvé la nuit passée. En cet instant, son instinct lui dictait très clairement, qu'elle était précisément à l'endroit où elle devait être, et que la réponse à certaines de ses questions, se trouvait là.

- Tu ne peux pas me faire rentrer dedans, je suppose ? Demanda Eileen en avisant sa petite elfe.

- Non, Maîtresse, les protections magiques de la prison sont trop importantes, répondit celle-ci au bout d'un bref instant.

- Est-ce que tu sens, s'il y a une autre présence dans cet endroit ? Je pense à une créature, mi-sorcière, mi sirène…

Grisa ferma les yeux, essayant de se concentrer, puis elle sursauta :

- Oui, il y a quelqu'un. Dans les flots. Qui nage dans les tunnels et les égouts de la prison. Elle est rapide, et en colère. Elle est très très rapide, Maîtresse, et ses émotions sont violentes…

- Bon et bien… Quand il faut y aller… Faut y aller, soupira Eileen. (Elle tourna la tête vers son Elfe et dit) Ne t'inquiètes surtout pas pour moi, Grisa. Si je sens que ça se passe mal, je ferai tout sauter. J'ai remarqué que je sais très bien faire, cela.

- D'accord, Maîtresse, gémit Grisabella, pas franchement rassurée.

Eileen tendit la baguette sur ses jambes :

- Transfiguras, ordonna-t-elle, en pensant à une queue de requin.

Ses jambes disparurent, se soudant et se couvrant d'écailles, puis elle s'apposa un sortilège similaire au niveau du visage, faisant apparaître des ouïes au niveau de ses oreilles.

- Puis elle se laissa tomber du sommet de la falaise, et disparut dans les flots. Grisabella émit un long gémissement triste, s'asseyant en tremblotant contre la roche, ses longues oreilles secouées par le vent.

Eileen nagea aussi profondément que ses pouvoirs le lui permettaient, s'éclairant à la lueur de sa baguette. Puis, après plus d'une demi-heure de plongée dans les fonds marins, elle vit une brèche dans la falaise, et s'y inséra.

Elle poursuivit sa recherche, lorsque soudain quelque chose de noir et très rapide apparut au coin de son œil droit. Elle tourna la tête à vive allure, mais la silhouette avait déjà disparu.

Eileen reprit sa nage, mais soudain elle sentit qu'on lui écorchait le bas du dos avec une paire de griffes acérées. Elle chercha à crier de douleur, mais aucun son ne sortit, uniquement quelques bulles. Autour d'elle, son sang se mit à couler, obscurcissant les flots.

Soudain elle fit un visage rond, fort, carré, roux et aux yeux jaunes lui foncer dessus et elle tendit sa paume droite en avant. La marque des Reliques de la Mort, que les Mémoires de Gellert Grindelwald lui avaient fait apparaître à la fin de sa lecture, se mit à luire dans la nuit, et alors, la créature aux mains crochues et aux cheveux de serpents se figea. Elle s'approcha et sentit la main, frottant ensuite son visage dedans.

Puis elle releva un regard un peu fou vers Eileen et l'entraîna à toute allure à l'intérieur de la Prison. Elles sortirent des flots dix bonnes minutes plus tard, et la sorcière avala de travers au contact de l'air pur – ses ouïes et ses nageoires disparurent, puis elle se hissa sur la pierre froide, recrachant l'eau absorbée bien malgré elle.

- Princesse Azalea, siffla la sirène à ses pieds, penchant la tête sur le côté pour mieux l'observer. (Puis elle répéta, d'une voix pleine d'adoration) Princesse, Azalea Grindelwald…

- J'ai vu un dessin de toi, répondit Eileen en s'asseyant en tailleur sur le sol froid et mouillé. Sur le journal intime de mon grand-père, Gellert Grindelwald. Il t'a dessinée, apparemment tu venais souvent lui rendre visite par les sous-terrains. Il te faisait peur, assez souvent !

La sirène émit un rire aigu, et les serpents de ses cheveux s'activèrent :

- Le Maître, aimait, faire peur, à Silace.

- C'est ton nom, Silace ? Silace… Karrabas ?

L'hybride poussa un bruitage entre le sonar et le hurlement, qui fit sursauter Eileen. Mais elle ajouta :

- Il n'y a plus, de Karrabas. Silace, les a tous tués. Des faibles. Des menteurs, ajouta-t-elle avec une petite voix aigüe. Des manipulateurs, acheva-t-elle ensuite d'une intonation grave et longue. Des traiiiiiiiiitres.

Eileen obtempéra lentement, puis elle reformula :

- C'est toi qui as tué Esther Karrabas. Pourquoi ? Elle en savait trop sur ma famille ?

- Elle voulait investir cet endroit… Elle voulait, l'envahir… De Détraqueurs… De sorciers punis par la loi… CE TEMPLE DE PUISSANCE, QUI N'APPARTIENT QU'AUX GRINDELWALD, ELLE VOULAIT LE RECUPERER et en user… Ingrate, indigne…

- Tu as été très courageuse et très… Loyale, de tuer un membre de ta famille, pour protéger un bien de la mienne… Dut reconnaître Eileen.

Silace se mit à tournoyer sur elle-même dans les flots, le regard pétillant. Puis elle dit :

- Silace, n'a jamais eu de famille. Silace, a été noyée à sa naissance par sa mère, à cause de ses yeux, et de ses cheveux… Mais Silace n'est pas morte. Les jambes de Silace sont devenues des nageoires… Et Nurmengard, est devenu sa maison, lorsque le Maître Grindelwald l'a recueillie… Silace adorait effrayer les opposants à Lord Grindelwald, et le Maître, riait beaucoup, de les voir sombrer dans la folie, quand Silace leur mangeait leurs orteils et leurs pieds, petit à petit…

Eileen se retint de déglutir. Charmant tableau. A la place, elle creusa :

- Et tu penses vraiment que Karrabas aurait osé me prendre mon héritage ? Cette prison, celle que mon Grand-Père a fait bâtir lui-même, et dans laquelle il a vécu en reclus jusqu'à la fin de sa vie ?

- Oui ! Cracha Silace. Esther, la vilaine sœur, est venue soutirer des secrets à la pauvre Silace, et elle a appris… Elle a appris, qu'il y avait des héritiers Grindelwald, et elle a convaincu la bâtarde aux cheveux roux, de lui vendre la propriété. Oui, Karrabas s'apprêtait à agrandir sa prison d'Azkaban, son trou à rat, en prenant possession de Nurmengard ! Mais Silace l'a empêchée. Silace, a éliminé Karrabas. Et Silace, détruira tous ceux qui violeront la propriété du maître…

Eileen obtempéra, puis elle tendit sa main – celle qui contenait le tatouage des Reliques de la Mort – et la posa sur les cheveux en serpent de la sirène. Puis elle se mit à parler en Fourchelang, et aussitôt, ses mèches-couleuvres se détendirent, lui entourant la peau avec affection.

Silace posa sa tête sur les genoux d'Eileen avec douceur :

- La maîtresse est là, désormais… Silace a attendu toute sa vie, de retrouver la petite Princesse… Mais la petite Princesse n'était pas là… Ou était, la petite Princesse ? Demanda la sirène.

- La petite princesse a parcouru le monde… On lui a effacé la mémoire quand elle était enfant, relata Eileen, la gorge nouée. On la placée sous la garde de sa mère-moldue, qui l'a emmenée faire des fouilles archéologiques, partout dans le monde. On a voulu lui cacher sa magie, on lui a interdit de rentrer à Poudlard – mais la petite Princesse a tout de même développé des pouvoirs. Même Albus Dumbledore, n'a pas pu lui retirer cela… Et maintenant, la petite princesse se souvient de tout…

Silace enfonça ses griffes dans la roche, remuant sa tête contre les hanches d'Azalea :

- Silace, vit pour servir, la petite Princesse…

- Je vais avoir besoin que tu innocentes ma cousine, Silace. Elle s'est égarée, mais il est de mon devoir, de la remettre dans le droit chemin, expliqua Eileen.

La Sirène redressa vivement le visage, et elle cracha devant cette idée – tel un chat, cherchant à effrayer un adversaire.

- Je dois empêcher le Ministerium de la faire coffrer, insista Eileen. Nous avons de grandes choses à accomplir, elle et moi…

- C'est une traîtresse ! Pesta Silace. Elle était prête à vendre Nurmengard ! Une immondice, une indigne…

- Écoute-moi, Silace. Arianna est très bien vue de tous. Par le Ministerium, par Poudlard, par toutes les écoles, d'ailleurs… Elle a gagné leur confiance, à tous… Et cela me sera, très, très utile. (Eileen caressa la joue vert pâle de la sirène) Comprends-tu ce que je veux dire, Silace ?

La sirène se tordit comme un serpent, puis un long rire vint du fond de son ventre, et elle se redressa :

- La petite Princesse, a l'esprit calculateur du Maître Grindelwald… Silace… Vit pour servir, la Petite Princesse…

Eileen lui servit un sourire qu'elle chercha à rendre aussi complice que possible. Puis elle leva sa baguette :

- Je vais te faire rentrer dans une bulle d'eau… Ils vont te prendre et t'enfermer à Azkaban, d'où je te ferai évader par la suite… Puis tu reviendras ici. Et tu attendras mes ordres.

- Ouiiiiiii, Maîtresse….

- Minima Aquarys Momentum, récita alors Eileen en lui effleurant la joue d'un revers des doigts.

Silace poussa un petit cri de surprise, lorsqu'elle sentit rétrécir et qu'elle se retrouva coincée dans une bulle d'eau. Eileen attrapa la sphère puis l'enfila dans une poche de sa tunique, qu'elle ferma d'un coup de baguette. Puis elle poussa la curiosité jusqu'à visiter la cellule de feu son grand-père.

Des larmes lui vinrent aux yeux, lorsqu'elle effleura les murs. De nouveaux souvenirs de Mephisto, et de Gellert, lui revinrent.

Elle les avait aimés… Puis on avait fait disparaître cet amour – à juste titre, car il était toxique. Mais il était pur. Réel…

La jeune femme avisa l'heure : midi passées. Elle décida de se jeter à nouveau le sortilège de transfiguration, qui la tourna en hybride mi femme-mi poisson, et nagea à sens inverse. Lorsqu'elle émergea des flots, prenant une grande goulée d'air, elle vit aussitôt Grisabella se lever de son roc. L'instant d'après, la petite Elfe apparut face à elle au-dessus des flots, les transplana, puis elles se retrouvèrent à nouveau sur la falaise, en plein vent.

- Ma maîtresse est trempée, gémit Grisabella.

- Caloro Vestidat-t-t-um, grelotta la jeune femme.

Son bégaiement lui fit louper son sort :

- Et merde, pesta-t-elle. CALORO VESTIDATUM !

Ses vêtements prirent feu, et la roche explosa, les faisant toutes les deux tomber tête la première dans les flots.

Heureusement Grisabella ouvrit les bras en grand et les fit transplanner dans la Maison familale des McNamara, à Liverpool, juste avant qu'elles ne rentrent en contact avec l'océan. Elles attérirent sur le canapé, éclaboussant tout sur leur passage.

Eileen éternua en se dirigeant vers la salle de bain :

- Merci Grisa. Très bons réflexes… Félicita-t-elle, ignorant la mine inquiète de son elfe.

Elle déposa la bulle d'eau dans un bocal qu'elle enchanta pour qu'il montre des fonds marins infinis, puis elle prit une douche brûlante.

Eileen resta une bonne demie-heure sous l'eau, à essayer de se réchauffer. Puis elle se vêtit chaudement, et demanda à Grisa de la faire transplanner au plus proche du Ministerium.

Sa petite elfe lui obéit, cet air toujours vaguement préoccupé sur les traits, et bientôt, Eileen pénétra dans la gigantesque enceinte gouvernementale.

Elle se faufila jusqu'au niveau des Procès et Enquêtes, puis elle trottina jusqu'à la pièce où le plus de monde était regroupé : le procès d'Arianna Grindelwald.

Elle y vit Minerva et Severus, bien sûr, mais également Aberforth, Kingsley, Jones, Viktor Krum, et même le fameux Karkarov, l'ancien directeur de Durmstang – celui qu'elle avait connu durant ses quelques mois d'études là-bas.

Eileen se glissa discrètement dans la pièce, mais Severus la remarqua aussitôt. Ses traits se figèrent, tandis qu'il posait sur elle un regard qui demandait très clairement des comptes. La jeune femme ignora ses interrogations silencieuses, et avança doucement vers Kingsley, qui sursauta lorsqu'il la vit, et se déplaça sur le côté pour la rejoindre.

Pendant ce temps-là, Ariana parlait. Elle devait justifier de chacune de ses allées et venues des derniers trois mois, au Royaume-Uni – à l'évidence, le Ministerium cherchait à lui faire avouer qu'elle était venue ici afin de rallier à sa cause un maximum de Mages noirs. Ce qui était absurde, mais seulement pour une petite portion d'individus dans la pièce.

Kingsley observa la bulle d'eau qu'Eileen lui tendit, et il posa un regard profond sur elle :

- Je pense que Severus n'aimerait pas que je vous laisse aller là, sur cette scène, sans qu'il ne sache pourquoi.

- Oh je vais y aller de toute façon. La question, c'est juste de savoir si vous allez m'y introduire… Ou si je débarque au beau milieu d'une phrase. Ce qui, au demeurant, ne me dérangerait pas LE MOINS DU MONDE.

L'Aurore lui servit un coup d'œil amusé, puis il se redressa, servant à Rogue un haussement de sourcils ayant l'air de signifier « Je n'y suis pour rien ». Le professeur de Poudlard répondit un « non » en secouant discrètement la tête, à la fois à l'attention de Kingsley et d'Eileen.

Pourtant, lorsque le Procureur eut fini de poser son énième question, Kingsley s'avança :

- Pardonnez cette interruption, Monsieur Chow. Nous avons un témoignage complémentaire… Qui, innocente de facto, Miss Arianna Grindelwald.

Tout le monde se tourna vers lui avec étonnement. Le sorcier, vêtu d'une toge noire et blanche, remit ses lunettes sur son nez et le fixa en fronçant les sourcils :

- Pardon ? Et qui cela donc ? Aboya-t-il.

Kingsley fit signe à Eileen de s'avancer. Celle-ci descendit des gradins et regagna la pièce centrale :

- Azalea Eileen Victoria McNamara. Fille d'Esther McNamara, une modlue, et de Sir Anthony Black, un Cracmol… Lui-même fils d'Ariana Dumbledore, et de Gellert Grindelwald.

Cette fois-ci, tout le monde échangea des « oh » et des ricanements – parfois des sifflements. Minerva tourna vivement la tête vers Severus, qui lui, venait de fermer brièvement les yeux dans une mimique des plus réprobatrices. Aberforth au contraire, prit une grande inspiration pleine de fierté, tandis qu'il redressait la tête et bombait le torse.

Eileen ouvrit ses deux mains et elle dit :

- Mais plutôt que de vous raconter… Laissez-moi vous montrer.

Elle ferma ses yeux et fit appel à sa toute puissance – celle s'était réveillée en elle depuis que Severus avait levé son sortilège d'amnésie : le torrent d'énergie et d'infinies possibilités, qui ne servait plus à alimenter son sort de protection mémoriel, et qui désormais coulait dans ses veines avec une force inouie.

Une sorte d'Hologramme apparut au-dessus d'elle, emplissant toute la pièce, et les pages des Mémoires de Grindelwald apparurent.

Eileen leur montra uniquement des passages-clefs : la séduction d'Ariana, la mise au monde d'Anthony, son adoption par Gellert et Mephisto. La mort d'Ariana, les visites de Silace à Nurmengard, qui servait Gellert Grindelwald depuis tout temps… La discussion qu'Eileen avait eue, cinq mois plus tôt, avec Karrabas…. Puis celle qu'elle venait d'avoir, avec Silace.

Elle leur montra également son sortilège de transfiguration, et les aveux de la sirène. Alors Eileen sortit de sa poche le bocal :

- Dois-je faire apparaître mon témoin, Silace, devant vous ? Demanda-t-elle.

Tout le monde obtempéra et des « oui », ainsi que des « bien sûr » parcoururent les rangs. Monsieur Chow, lui, se rassit lourdement, et il obtempéra. Arianna Grindelwald observait Eileen avec un air de pure vénération.

Minerva McGonagall semblait tomber des nues – quant à Severus, il la fixait intensément, d'un air à la fois fier, étonné, et inquiet.

Eileen fit agrandir l'espace entre ses mains, et Silace apparut, dans sa bulle d'eau. Elle se mit à cracher et à attaquer sa sphère protectrice lorsqu'elle vit Arianna Grindelwald, qui recula de deux pas, surprise.

- « Nurmengard est la propriété du Maître. Nul ne peut céder Nurmengard… Silace a tué Karrabas, et Silace tuera la batarde Grindelwald, si elle s'avère encore de vendre une partie de son héritage ! ».

Kingsley s'approcha d'Eileen et posa une main sur son épaule. Puis il prit la sphère d'eau de sa baguette, et fit passer la créature devant les visages des jurés, expliquant la situation :

- Il vous appartient désormais de décider, si le procès d'Arianna Grindelwald doit continuer, avant que celui de Silace Karrabas ne commence… Ou si ces jurés, sont d'accord de faire tomber toutes les charges à l'encontre d'Arianna Grindelwald, et de les déposer contre le nouveau suspect.

Monsieur Chow obtempéra et il dit :

- Que ceux en faveur d'une annulation pure et simple de toutes les charges à l'encontre d'Arianna Grindelwald, lèvent la main.

Tout le monde leva la main. Arianna baissa la tête de soulagement. Eileen, Minerva et Severus, affichèrent leur satisfaction.

- Les charges sont abandonnées ! Déclara Monsieur Chow. Que plaide Silace Karrabas, contre les accusations de meurtre sur la personne de sa sœur, Esther Karrabas ?

- Je l'ai écartelée ! Je l'ai marquée du sceau du Maître ! Pesta la sirène.

Kingsley soupira :

- Je crois que cela veut dire « coupable », Monsieur Chow, dit-il.

Tout le monde acquiesça, et la sirène fut condamnée séance tenante à purger sa peine à Azkaban. Puis le chef des Jurés posa un long regard sur Eileen :

- Nous n'avons guère entendu parler de vous auparavant, Miss… McNamara. Mais nous suivrons vos prochains mouvements, avec le plus grand intérêt.

- Et je vous en suis reconnaissante, Monsieur Chow, assura Eileen en le saluant d'un signe de tête.

Et elle le pensait sincèrement. Sa magie était devenue hiératique, incommensurable, explosive. Elle avançait sur une planche glissante… Elle aimait savoir, que de chaque côté des ravins, certains filets n'attendaient que sa chute.

Puis Eileen sortit du Ministerium sans attendre Arianna, Severus, Minerva, Aberforth ou Kingsley – et elle appela Grisabella, lui demandant de la faire transplanner à la frontière de l'école. Sa petite Elfe lui obéit, puis la Professeur de Potions arriva pile pour 14h, devant ses classes.

- Tout va bien, Professeur ? Demanda Harry Potter en lui servant un coup d'œil concerné.

- Jusque là, Monsieur Potter, tout va très bien, répondit Eileen.

Et elle donna ses cours jusqu'à 17h, puis remonta dans sa petite chambre dès que le dernier élève fut sorti : sa blessure dans le dos, faite plusieurs heures auparavant par Silace avant qu'elle ne la reconnaisse, la brûlait de plus en plus intensément.

Il était 18h lorsqu'on frappa doucement à sa petite porte de chambre. Eileen, qui était en train de désinfecter manuellement sa plaie, fronça du nez :

- Oui ? Demanda-t-elle d'un ton ennuyé, sans ouvrir pour autant.

- C'est moi, fit la voix calme et grave de Severus.

La jeune femme fit redescendre doucement son chemisier, surprise, et entrouvrit la porte :

- Tu as le droit de venir dans le dortoir des femmes, toi ? Demanda-t-elle d'un air tout professoral.

Il posa sa main sur la porte et l'ouvrit un peu plus pour pouvoir rentrer, la refermant derrière lui :

- Comment es-tu parvenue à reproduire à grande échelle ces images partielles, des Mémoires de Grindelwald, et de tes souvenirs passés ? Demanda-t-il. (Soudain, il vit un flacon de potion sur la table, s'en saisit délicatement pour la sentir, et pivota à nouveau vers Eileen en reconnaissant un élixir de guérison) Tu es blessée ?

- Ce n'est rien. Je ne sais pas Severus, j'ai juste eu très envie de partager ces souvenirs, et j'ai compris que ma magie ne montrerait que ce que je désirais montrer…

Severus s'approcha à nouveau, observant ses vêtements à la recherche d'une trace de sang, qui trahirait la présence d'une blessure quelconque. Puis il lui prit ses deux mains, qu'il effleura du pouce avec douceur, et les retourna pour en vérifier l'état. Il fixa la jeune femme, attendant qu'elle lui réponde.

Cette dernière prit note de leur rapprochement, en cet instant. Il était toujours un peu autoritaire et cassant – mais il était aussi légèrement inquiet. Elle se retourna lentement, lui lâchant les mains à regret, et souleva sa chemise, lui montrant ainsi le bas de son dos.

Les mains froides de Severus effleurèrent la peau de chaque côté de la blessure :

- Silace, comprit-il.

Il sortit sa baguette et entonna un sortilège de guérison classique, mais qui ne fonctionna pas:

- T'es sérieux, là ? Releva Eileen, sarcastique. Tu ne crois pas que j'ai déjà essayé tous les sortilèges possibles ?

Le sorcier lui servit un coup d'oeil aigu, puis il dit :

- Vulnera Sanentur.

Eileen sentit la brûlure dans son dos s'appaiser aussitôt. Elle tourna à demi la tête, surprise :

- Elle vient d'où cette formule ? Interrogea-t-elle, d'un ton presque frustré.

- C'est moi, qui l'ai inventée, répondit le sorcier en rebaissant son chemisier, caressant doucement la peau par la même occasion.

La jeune femme ferma les yeux de plaisir. Les démonstrations d'affection de Severus étaient si rares… Il s'approcha encore d'elle, et posa ses mains sur les hanches de la jeune femme :

- Comment te sens-tu ? Demanda-t-il d'une voix concernée. La vérité, je te prie.

Eileen ne répondit pas tout de suite, se risquant néanmoins à poser une main sur une des siennes, qu'elle effleura du pouce. Severus entremêla leurs doigts de cette main, continuant à évaluer son état d'esprit avec patience.

- Différente, murmura Eileen dans un élan d'honnêteté. En colère… Puissante… Revancharde… Triste… (Elle soupira). Juste… Différente.

Severus obtempéra :

- Des émotions nouvelles, et intenses. Elles impacteront ta magie, et ta façon de t'en servir. Elles te pousseront à tester tes propres limites…

- J'ai… Envie, d'aller au milieu d'une île déserte et de… De tout donner. De tout lâcher, de hurler un grand coup, de tout laisser sortir… Juste pour voir. A quel point, c'est chaotique. Et dévastateur. Mais… J'ai peur, de le faire.

Le sorcier prit une longue inspiration :

- Il existe d'autres moyens, d'évaluer la puissance actuelle de ta magie.

- Des moyens plus sûrs ?

- Et plus discrets.

- Si tu penses à une cellule d'Azkaban cernée de Détraqueurs, j'y ai réfléchi, et je ne suis pas emballée…

Severus masqua un sourire :

- Je pensais à une approche plus traditionnelle. Un… Duel ?

Il avait lancé la proposition à la fois sur un air de défi et de grande confiance en lui. Eileen tourna doucement la tête dans sa direction, puis elle sourit en croisant son regard amusé.

Elle lui fit alors totalement face, caressant les doigts de sa main :

- Un duel contre vous, Professeur Rogue ? Murmura-t-elle.

- Précisément.

- Vous êtes sûr que c'est une bonne idée ?

- Je suis sûr que c'est une meilleure idée, que d'aller s'isoler sur une île déserte et tout faire sauter.

- « Tout faire sauter », sourit Eileen, les yeux plissés d'amusement. Ce n'est pas du tout mon genre.

Severus la rapprocha un peu de lui par leurs mains attachées, et après un long regard empli de connivence, ils s'embrassèrent. Le sorcier lui étreignit brièvement la taille, prolongeant leur échange. Puis il finit par la libérer :

- Minerva et Kinglsey veulent te parler, prévint-il.

- Hm. Bien sûr, souffla Eileen. J'arrive… Dans un petit moment.

Le sorcier obtempéra, puis ressortit.

Il tomba nez à nez avec Sybille Trelawney, qui, elle, regagnait sa propre chambre au même instant. La sorcière resta figée de stupeur, et elle l'observa au travers de ses grosses lunettes sans rien dire. Severus lui servit un regard dont lui seul avait le secret, à la fois digne, furieux et provocateur – et elle se contenta de passer prudemment son chemin, se prenant à-demi les pieds dans une petite marche.

Eileen pouffa et referma la petite porte de sa pièce privée.

Elle acheva de se rhabiller, d'ordonner ses songes, puis se rendit dans le bureau du Professeur McGonagall. Cette dernière était en compagnie de M. Kingsley en effet, mais également d'Arianna Grindelwald et d'Aberforth Dumbledore. Severus, bien sûr, était au centre de la pièce.

Derrière Minerva, accroché au milieu du mur, le portrait d'Albus Dumbledore observait tout ce petit monde d'un air des plus satisfaits. Il avait exactement la même tête que dans la mémoire d'Eileen, lorsqu'il avait enfoui en elle le souvenir de Mephisto et de Gellert.

Il paraissait juste, un tout petit peu plus vieux.

Kingsley déroula un parchemin et lut un ordre de justice délivré à l'attention d'Eileen McNamara : après moults remerciements pour son intervention, et des félicitations d'usage pour le succès avec lequel elle avait entrepris d'identifier et de rapporter le coupable de ce meurtre… Il lui était demandé, dans l'intérêt général, de se rendre à nouveau au Ministerium afin d'éclaircir quelques points.

En outre, désormais, elle était fichée.

Kingsley releva le nez de son document et dit :

- Parmi les griefs… Retard d'annonce de condition d'Animagus. (Eileen fronça du nez, mais acquiesça.) Possession d'un dragon mais pas de diplôme de dressage. (Même réaction) Audience avec le département de la Sécurité Magique à des fins détournées – on parle de la lettre d'introduction à Karrabas pour la surveillance des cités, qui vous aurait en fait servi à identifier les évadés d'Azkaban. Est-ce bien juste ?

- Hm, se contenta de grommeler Eileen en guise de réponse

Severus lui servit un coup d'œil en coin, du genre « Veux-tu bien prendre cela au sérieux ? ».

- On me parle aussi de la détention d'un Phoenix, dont l'acquisition n'est pas traçable, ajouta Kingsley en levant un sourcil surpris.

- Fantastique, soupira la jeune femme. Autre chose ?

- Violation d'une propriété étatique dangereuse et interdite. Nurmengard.

- Nurmengard m'appartient, c'est mon héritage, s'entendit répondre Eileen, maussade.

Tout le monde dans la pièce posa un regard étonné sur elle, y compris Severus. Arianna fut la première à répondre :

- Depuis qu'Albus Dumbledore y a jeté Gellert Grindelwald, la prison est devenue propriété du Ministerium. Elle ne nous appartient que sur le papier… C'est ce que j'avais expliqué à Madame Karrabas, bien qu'en signant ses documents de rachat.

- Nurmengard est une demeure puissante, dotée de sortilèges et d'un historique des plus sombres, Arianna, répondit Eileen avec douceur, mais conviction. Nous ne pouvons pas la céder à n'importe qui. Maintenant, que le Ministerium s'en attribue la gestion, je ne m'en plains pas, cet endroit me donne la chair de poule. Mais qu'on m'interdise d'y pénétrer, alors qu'elle ne contient plus aucun prisonnier, ni aucun personnel du Gouvernement – je ne l'accepterai pas.

- Je ne peux que vous encourager à revoir votre position et modérer vos propos, commenta Kingsley en fermant le document. Cette réaction, est exactement de celles qui pourraient effrayer le Ministerium.

- Et bien qu'ils le soient, effrayés. Ces incompétents étaient à deux doigts de coffrer une innocente, rappela Eileen en désignant Arianna. Ils ont laissé deux prisonniers s'échapper, n'en déclarant qu'un seul, qu'ils ont tracé à Singapour alors que tout le monde savait que Poudlard formerait la cible la plus évidente. Alors pour ficher nos élèves et nous épier ils sont champions, mais…

- Je crois, intervint Severus en servant un coup d'œil appuyé à sa petite amie, qu'il n'y a plus rien à ajouter pour ce soir.

Minerva hôcha la tête, avisant Eileen comme si elle voyait un dragon naître d'un œuf. Arianna observa le bout de ses chaussures, prise entre deux feux. Kingsley posa un regard triste mais résolu – et désormais méfiant – sur la jeune femme. Aberforth, lui, prit une brève inspiration, et il releva le menton, le regard fier :

- Moi, j'aimerais ajouter quelque chose, dit-il. Eileen a parfaitement raison. Oui, vous pouvez bien la prendre de haut, tous les trois, déclara-t-il en pointant Minerva, Kingsley et Severus, mais jusqu'à présent, c'est elle qui a arrêté Croupton, c'est elle qui a arrêté Silace, et c'est elle qui a fait libérer une innocente. Oui, elle joue avec le feu. Mais elle le fait avec brio.

Eileen haussa des sourcils surpris, mais elle lui servit un sourire reconnaissant. Severus, lui, sembla bouillonner sur place, à en juger par le regard assassin qu'il adressa à Dumbledore :

- Merci pour ces… Eclairantes, déclarations, trancha-t-il. Qui ne feraient, si répétées hors de ces murs, que nuire d'avantage encore à Eileen. Le Ministerium a besoin de figures de puissances stables et respectueuses des lois magiques, pas rebelles.

- Parlé comme un futur Premier Ministre, Rogue ! Aboya Aberforh, provocateur.

Minerva leva les yeux au ciel :

- Par la barbe de Merlin, Aberforth, montrez-vous donc raisonnable.

Eileen pensait que Severus réagirait au quart de tour sous l'insinuation d'Aberforth, mais il ne sembla pas s'en étonner. Personne, à la vérité, ne sembla trouver cette réplique risible.

Futur Premier Ministre ? C'était une blague.

- Nous devrions regagner la salle du banquet, commenta Arianna Grindelwald. J'ai à parler aux Représentants des Nations Magiques Unies, de toute urgence…

- Excellente idée, grogna Severus sans cesser de foudroyer Aberforth du regard – qui lui rendait bien.

Eileen soupira :

- Merci Kinglsey, au moins je sais à quoi m'attendre désormais. Je vais recevoir une convocation, je suppose ?

- Demain à la première heure, confirma l'Aurore.

- Formidable. Merci.

Il fallait qu'elle trouve un moyen de justifier de la présence d'un Phoenix chez elle – autre qu'avoir braqué un zoo magique au Togo avec un groupe d'élèves fichés par le Ministerium. Il fallait aussi qu'elle passe voir le jeune loup-garou. Et qu'elle parle à Grisabella – la petite Elfe savait des choses, même si elle faisait mine que non.

Et qu'elle retourne dans son grenier, continuer à creuser la vérité, maintenant que son sortilège d'amnésie était levé.

En bref, la nuit ne serait jamais suffisamment longue.

Elle prit congés du groupe, suivie par Arianna et sous l'œil attentif de Severus, qui lui, poursuivit sa discussion avec Kingsley et Minerva – barrant lentement mais sûrement le passage à Aberforth pour l'empêcher de s'éclipser, et refermant la porte derrière les deux héritières Grindelwald.

Dès qu'elles furent sorties, Arianna commença :

- Eileen… Je voulais vous remercier, pour votre intervention…

- On peut se tutoyer, il me semble, répondit McNamara en lui jetant un coup d'œil en biais.

- Bien… Severus m'a dit que vous… Que tu ne savais pas encore la nature exacte de ton affiliation aux Grindelwald, lorsque nous nous sommes battues en duel.

- C'est exact.

- Alors, je tenais à m'excuser pour…

- C'est oublié, soupira Eileen. Navrée, j'ai un programme chargé. On se voit demain au briefing de 7h30. Bon courage.

- Merci, souffla Arianna en regagnant la salle du banquet.

Eileen, elle, sortit de l'école. Respirer l'air pur du parc lui fit le plus grand bien. Elle décida de regagner Square Grimmaurd afin de prendre des nouvelles du loup-garou.

Seul Charlie était là – et il soignait une blessure d'Argos. Il sursauta lorsque la trappe s'ouvrit, mais sourit à Eileen :

- Hey bonsoir Professeur McNamara !

- Eileen, par pitié, grogna-t-elle.

- Bonsoir Eileen, rit Weasley. Dure journée ?

- Vous êtes au courant, je présume ?

- Difficile de ne pas l'être. Une sorcière avec du sang de Grindelwald et de Dumbledore dans les veines, cela a de quoi faire jaser tous les tabloids magiques du pays !

Bellerophon, qui volait au loin, arriva à toute allure en reconnaissant la voix d'Eileen. Il attérit juste devant elle, soulevant un grand nuage de poussière, et il s'approcha en remuant violemment la queue – qui fit trembler le sol à chaque coup.

- BELLER ! Rit la jeune femme, soudain déridée.

Elle alla étreindre son dragon:

- Tu n'as pas idée, de la semaine pourrie que je passe.

Bellerophon se coucha en rond, blotissant sa tête contre le corps de la jeune femme, et les enveloppant tous les deux de sa queue. Puis il se mit à ronronner – bruyamment.

Charlie pouffa devant ce scénario – mais Argos observa le duo d'un air visiblement indigné. Puis Eileen se mit à parler en Fourchelangue.

Elle lui raconta ses souvenirs enfouis, ses ascendances, les intrusions spirituelles de Severus, son réveil à l'infirmerie, sa visite à Nurmengard, l'attaque de Silace, le procès, la morale qu'on venait de lui faire dans le bureau de la directrice…

Elle se plaignit ainsi pendant cinq minutes, et Bellerophon l'écoutait avec la plus grande attention, claquant parfois violemment de sa mâchoire pour lui signifier sa solidarité, ou grognant pour marquer sa désapprobation.

Puis, après un long câlin durant lequel elle logea la tête dans le cou chaud du reptile, Eileen s'éloigna à nouveau.

- Et le loup-garou ?

Charlie prit une mine un peu triste :

- Il va pas fort.

- Toujours au même endroit ?

- Oui…

Eileen regagna la cave, et le loup-garou se leva aussitôt à son approche.

- Hey, c'est moi, tu te souviens ? Sourit Eileen, touchée de le revoir.

Le canin se mit à secouer tout doucement la queue – il était si squelettique que c'en était alarmant. Puis il s'avança lentement, sans cesser de lui servir un regard doux et un peu effrayé.

- Tu vas bien, mon chéri ? Demanda-t-elle avec une esquisse conciliante sur les lèvres, le laissant venir vers elle. Est-ce que tu as mangé, au moins ?

Elle le serra contre elle et le câlina, faisant passer sa main sur ses côtes. Puis elle vit qu'un grand plateau en métal avait été apporté non loin, avec de la viande, du poisson, des fruits et des légumes. Le plateau était intact.

- Allez viens, on va manger quelque chose. Moi aussi, j'ai faim…

Elle l'entraîna vers le réceptacle, puis s'assit en tailleur parterre. Le loup-garou s'allongea contre elle, pattes rentrées sous son torse maigre.

Eileen attaqua un morceau de volaille, puis lui en tendit un de sa main libre, tout en mâchant sa propre portion. Le loup lécha doucement ses doigts, avalant le fragment de viande.

Elle continua ainsi pendant de longues minutes, et avec plusieurs ingrédients différents. Puis soudain, il se mit à grogner – un grondement long, et profond – en tournant la tête vers l'entrée de la cave.

C'était seulement Charlie, qui haussait des sourcils surpris :

- Tout va bien, Eileen ? Demanda-t-il.

- Oui. Ne t'inquiètes pas, le rassura la jeune femme en caressant la tête du loup-garou.

- Tu… Tu fais attention, hein ? Rappela-t-il tout de même, la mine un peu contrariée.

- Promis.

- Il mange ?

- Oui. Un peu.

- C'est bien… Je vais rester encore un peu là, dehors, si tu as besoin de quoique ce soit…

- Tu peux y aller, Charlie, assura la jeune femme en frottant derrière les oreilles du loup-garou, toujours couché contre elle, mais qui guettait l'intrus.

L'aîné Weasley sembla hésiter, mais il acquiesça et repartit doucement.

Eileen continua à parler longuement au loup-garou, lui racontant la vie à Poudlard, à Karnak, au Tibet. Les créatures incroyables qu'elle avait rencontrées. Elle finit par s'assoupir, étendue sur le sol rocheux, contre le loup-garou.

Ils avaient réussi à dévaliser la moitié du plateau.

- Pssst ! Professeur ? Demanda alors une voix jeune et grave.

Eileen sursauta et releva la tête. Elle vit que le loup fixait une silhouette d'adolescent à quelque pas de là, le regard sombre. Elle reconnut Harry Potter :

- Hey, salut Harry. Excuse-moi d'être venue sans t'en parler, j'ai pas eu le temps de passer plus tôt, bailla-t-elle.

- Aucun problème. Je voulais seulement vous dire que le Professeur Rogue vous cherche. Votre absence a été très remarquée au souper.

- Oh, qu'ils aillent au diable avec leur souper, soupira Eileen en s'allongeant à nouveau parterre.

Le loup-garou posa sa tête sur l'épaule de la jeune femme d'un air protecteur. Harry ajouta :

- Je voulais aussi vous dire… Que si vous avez besoin de quoique ce soit. Qu'il s'agisse d'un service ou juste de… Parler… Je suis là.

Eileen observa un point dans le vide. Ses yeux étaient étonnamment habitués à l'obscurité. Elle se sentait en colère, déçue, rageuse… Lasse, mais sans être fatiguée. Elle changeait. A vitesse grand V – elle ne pouvait que le ressentir.

- Merci, Harry, finit-elle tout de même par dire, d'une toute petite voix.

L'adolescent repartit en silence. Eileen attendit qu'il ait quitté la bulle de décor, pour se redresser en baillant. Elle observa la tête du loup-garou et s'en empara de ses deux mains, plongeant son regard dans le sien. Elle lui caressa doucement les poches sous les yeux, puis elle pensa « Legilimens ».

Une forme sombre et incontrôlable balayait de vastes forêts. Elle déracinait les arbres, faisait exploser les torrents, pourfendait les falaises… Puis la lune se levait, et alors, l'obscurus prenait la forme d'un jeune loup-garou. Il hurlait au ciel son désespoir, et sa souffrance.

Un sorcier, typé Indien d'Amérique, tendait une baguette vers l'animal. Sa main tremblait. Il devait avoir une cinquantaine d'années – ses longs cheveux noirs, étaient fins, et sa peau burinée ne faisaient que souligner la noirceur de ses yeux, et la blancheur de ses dents.

Tu ne me laisses pas le choix, Attal… Je suis désolé ! (Il pleurait, et grimaçait en même temps, animé d'une peur et d'une colère aisément palpables). Que cette apparence reste la tienne à jamais, pour le salut de nos âmes !

Le sort quittait la baguette pour frapper le loup-garou, qui perdait connaissance.

Eileen sursauta en reprenant le contact avec la réalité. Elle caressa le crâne du loup-garou, qui plongea sa tête dans son ventre.

- Je vois, souffla la jeune femme.

L'animal se mit à gémir, et elle lui frotta doucement la nuque :

- Tout va bien… Je vais t'aider. Je vais, t'aider… Promit-elle. Y a quelqu'un, dans ma famille, qui a fait des recherches sur les obscurus… Je vais déterrer un peu tout ça. Je te le promets. En attendant, remplis ta part du contrat, et nourris-toi, d'accord ? Désaltère-toi, prends soin de toi… D'accord ?

Elle resta encore un peu avec lui, puis elle alla retrouver Bellerophon. Elle lui rendit son apparence miniature, et ils sortirent.

Une fois hors de la maison, elle leur appliqua à tous les deux le sortilège d'invisibilité, et ils regagnèrent Liverpool en volant.

Une fois arrivée, Eileen cuisina Grisabella, lui intimant l'ordre de lui révéler tout ce qu'elle savait sur son affiliation à la famille des Grindelwald – baguette à la main.

Grisa confessa tout en pleurant : elle était, initialement, une Elfe de Maison de Poudlard, avec laquelle Albus Dumbledore s'était particulièrement bien entendu dans sa jeunesse. Les deux avaient gardé le contact, au fil de sa carrière de Professeur, puis de Directeur – et un jour, il lui avait confié la lourde responsabilité de veiller sur sa petite-nièce.

- Albus Dumbledore avait demandé à la pauvre Grisabella, d'abandonner l'Ecole de magie, afin de venir servir une famille Moldue, à la place de Mephisto, désormais poussière. Et surtout, afin de s'assurer que le sortilège d'amnésie de la petite Azalea resterait bien actif.

Pendant toutes ces années, Grisabella avait veillé à ce que les formules apposées par Albus Dumbledore, à la fois sur la mémoire de la fillette, et sur le grenier, tiennent bon.

Mais, un an plus tôt, Albus Dumbledore avait été tué – et sa magie, avait peu à peu commencé à disparaître. Grisa avait essayé de prolonger les effets du sortilège en utilisant Sir Anthony comme point d'ancrage, mais cela n'avait fait qu'affaiblir le Cracmol, le menant à la crise cardiaque.

Eileen était alors réapparue à Liverpool pour les funérailles, et aussitôt dans la maison, la jeune femme avait été inéluctablement attirée par le Grenier, où elle avait instinctivement parlé en Fourchelangue – le forçant à dévoiler ses secrets. Grisabella n'avait rien pu faire pour l'en empêcher.

Elle avait essayé de décourager sa maîtresse à rester dans la région, effrayée de la savoir en contact désormais si régulier avec le pays qui l'avait vu naître, et dont tant de souvenirs avaient été enfouis.

Lorsque la petite Elfe avait appris qu'Eileen postulerait à Poudlard, elle avait même intercepté le hibou qui transportait sa candidature, effaçant quelques données cruciales, ainsi que ses lettres de recommandations et ses ouvrages publiés.

Hélas, Severus Rogue, avait tout de même convoqué la jeune femme… Et elle avait décroché le poste.

Alors Grisabella était allée jusqu'à déclencher une nouvelle épidémie à Karnak, pour encourager sa maîtresse à tout laisser tomber au Royaume-Uni, et à retourner en Egypte.

- C'était toi, la 2e apparition d'Antmosis, percuta Eileen. « Râ Kamarn. Râ Kamarn », je me demandais bien comment un Mangemort, même transformé en détraqueur, avait pu apprendre à parler égyptien – et se transformer ensuite en vague de sable !

- Oui, ma Maîtresse… Chouina Grisabella, à genoux. Grisa, a été une méchante Elfe… Grisa, a obéit à Albus Dumbledore, c'est ce que le Professeur Rogue n'a cessé de lui répéter, mais Grisa aime sa maîtresse, et cela lui a fait saigner le cœur, que de lui mentir.

Eileen se figea :

- Une petite minute. Severus est au courant ?

- Lorsque ma maîtresse a activé son sortilège d'amnésie, Grisabella a apporté tout le matériel nécessaire au Professeur Rogue – et celui-ci a compris, que Grisabella n'en était pas à son premier filtre. Alors Grisabella, lui a tout révélé.

La jeune femme vit rouge :

- Tu lui as TOUT révélé ? Aboya-t-elle. Comment ça, « tout » ?

- Tout, pleura Grisabella.

- Attends un peu, t'es en train de me dire, qu'il y a… Quoi… Plus de deux mois de cela, alors que je venais juste d'apprendre que j'étais affiliée à Grindelwald, je ne savais pas encore dans quelle mesure, tu as tout dit à Severus ? Sur mes parents, sur Albus Dumbledore, sur Mephisto, sur tout ?

- Sur touuuuuuuut, pleura Grisa.

Eileen serra les poings, furieuse.

- IL ÉTAIT AU COURANT, DEPUIS TOUT CE TEMPS ? Tonna-t-elle.

La maison se mit à trembler, et Grisabella se courba au sol devant elle :

- Le Professeur Rogue était un ami d'Albus Dumbledore, Grisabella savait qu'elle pouvait lui faire confiance. Le Professeur Rogue, savait déjà beaucoup de choses… Le Professeur Rogue, sait toujours, beaucoup de choses.

Eileen se détourna et elle ressortit dans le jardin, énervée. Ce type, était insupportable. Plus que jamais, elle avait envie de hurler et de tout faire sauter.

Elle pesta et décida de se transformer en colombe afin d'engourdir ses sentiments – hélas, sa colère était si grande, qu'elle amorça un début de transformation beaucoup plus impressionnant et dangereux : des griffes énormes apparurent au bout de ses pattes, tandis que la peau tendre et plumée de son corps se recouvrait d'écailles, et que du feu sortait de sa gueule.

Elle se força au calme, puis retomba au milieu du jardin, essoufflée et choquée. Alors, elle se traîna jusqu'au puit, qu'elle ouvrit en Fourchelang, et elle se fit tomber dedans. Une fois le passage bien refermé, elle laissa ensuite sa colère exploser, tandis qu'elle cherchait à se transformer à nouveau en oiseau.

Elle devint un dragon gigantesque, plus grand encore que Bellerophon – plus imposant qu'un Pensedefer Ukrainien en pleine forme. Elle était d'un blanc étincelant, mais sa peau était plus dur que l'or, ses griffes plus longues que des épées. Elle poussa un cri puissant, qui incendia tout le décor surnaturel.

Bellerophon, l'accompagna d'un cri tout aussi métallique, se baignant dans ces flammes avec délectation, et l'entraînant voler à sa suite. Le décor et le puit explosèrent, et ils sortirent tous les deux de l'espace magique, partant à la découverte de l'horizon nocturne infini.

En contrebas, Grisabella apparut en courant :

- Maîtresse, non !

Eileen lança un rugissement qui fit trembler toutes les maisons du quartier, et elle fonça en direction de l'Océan, Bellerophon juste derrière elle.