Chapitre 12

Loft, New-York, aux environs de 11h30.

Installées à la table du salon, Alexis et sa grand-mère scrutaient la photo de Rick qu'elles venaient de recevoir sur le téléphone de Martha, sous le regard perplexe d'Hayley, qui se posait des questions quant à leur inquiétude. A l'instant, elles lui avaient expliqué la décision soudaine de Rick de prendre quelques jours de repos en solitaire, loin de New-York, et de partir pour un soi-disant stage de trappeur qui allait lui permettre de changer d'air. Elles lui avaient raconté les messages de cette femme, prénommée Vera, les fichiers effacés de la mémoire de Lucy, excepté cet appel téléphonique dans lequel Rick semblait très complice avec Vera, et évoquait les bons moments passés tous les deux. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il fallait en penser, mais Rick savait très certainement ce qu'il faisait. Certes, il était séparé de Beckett, mais il se considérait toujours comme marié, portait son alliance, et semblait prendre sur lui, et avoir accepté de laisser du temps à Kate, tout simplement. Elle l'imaginait mal en profiter pour prendre du bon temps avec d'autres femmes. Cela ne ressemblait pas vraiment à l'homme qu'elle connaissait depuis quelques mois. Mais en même temps, elle ne le connaissait pas vraiment. Et les messages échangés avec cette femme, Vera, demeuraient ambigus. Martha et Alexis n'avaient pas tort, mais de là à s'en mêler.

- Bon, et bien, vous devez être rassurées, non ? lança Hayley, observant, de loin, la photo de Rick en plein blizzard.

- Ça ne change rien, répondit Alexis. Papa nous a envoyé cette photo pour qu'on arrête de le harceler, c'est tout ...

- Parce que vous le harcelez ? s'étonna Hayley, le dévisageant l'une et l'autre.

- Ce n'est pas ce qu'on appellerait du harcèlement, expliqua Martha, je dirais qu'il s'agit simplement de la manifestation débordante de notre amour maternel et filial ...

- Oui, donc c'est du harcèlement, constata Hayley avant un petit sourire. Combien d'appels et de messages depuis hier ?

- Une petite dizaine ..., répondit Alexis.

- Chacune, ajouta Martha.

- Mon Dieu ..., vous êtes tenaces ..., sourit Hayley, amusée.

- Ce n'est pas drôle, Hayley ..., lui fit remarquer Alexis en soupirant. Il faut qu'on sache ce que Papa fabrique. Tu dois nous aider avec Lucy ...

Hayley dévisagea la petite pyramide d'un air perplexe. Quand elles avaient été interrompues par l'arrivée de la photo de Rick quelques minutes plus tôt, Martha et Alexis étaient en train de lui expliquer qu'elles comptaient sur elle pour disséquer Lucy et retrouver les données qui avaient été supprimées.

- Vous voulez vraiment que je hack cette chose ? demanda Hayley, observant Lucy avec un peu de dédain.

- Je ne suis pas une chose. Je m'appelle Lucy, répondit la voix mécanique de la petite pyramide.

- Oui. Tu dois bien pouvoir retrouver les fichiers effacés, non ? insista Alexis, pleine d'espoir.

- Si cette ch..., enfin Lucy, ne peut pas les retrouver elle-même par ses programmes de restauration de mémoire, je crains de ne rien pouvoir faire ..., constata Hayley, en se saisissant de Lucy pour l'analyser sous tous les angles.

- Elle a raison, confirma Lucy. Je n'ai pas de mémoire cachée. Les données effacées sont effacées à tout jamais.

- C'est dingue ..., constata Hayley, admirative face aux réactions de Lucy.

- Quoi ?

- Rick doit vraiment être seul et malheureux sans Beckett pour s'acheter la compagnie d'une machine ..., répondit Hayley.

- Je ne suis pas une vulgaire machine. Je suis un système d'exploitation domestique, protesta Lucy.

- Le souci c'est que justement, Papa avait désactivé Lucy ..., continua Alexis.

- Et pourrait avoir remplacé sa petite-amie mécanique par une bimbo en chair et en os ..., ajouta Martha.

- Même si c'était le cas, que comptez-vous faire ?

- Ça, on verra plus tard, répondit Alexis. D'abord, on doit trouver où il est et avec qui.

- Ce truc est vraiment ..., commença Hayley.

- Lucy ! protesta la petite pyramide sur un ton offusqué.

- Une machine en colère ..., sourit Hayley. C'est vraiment trop fort ... Vous pensez que ça existe en version masculine ?

- Bien-sûr. Aldo est le système d'exploitation domestique masculin, expliqua Lucy.

- Aldo ... hum ... mignon ..., constata Hayley, d'un air songeur.

- Aldo n'est pas à la portée de ta bourse, Hayley, lui fit remarquer Alexis, taquine.

- On peut toujours rêver ... Aldo a des fonctions un peu plus ... comment dire ... personnelles ... ? demanda Hayley, intriguée.

- Aldo a quelques options permettant d'assouvis les besoins sexuels de la race humaine en effet ... si c'est dont vous parliez ..., expliqua Lucy.

- Oh ... intéressant, constata Martha avec un sourire. Aldo est italien ?

- Non, répondit Lucy. Taïwanais. Comme nous tous.

- Bon, vous pourriez oublier vos fantasmes de petits-amis virtuels toutes les deux ? On doit retrouver Papa ..., leur fit Alexis, avec sérieux.

- Alexis, je ne peux pas intervenir sur Lucy ... C'est un petit bijou de technologie ce truc ... Je n'ai pas l'habitude de ce genre de programme, si je fais une mauvaise manipulation et que je détruis sa copine, Rick risquerait de très mal le prendre.

- Ne me dites pas que vous avez peur de mon fils, jeune fille ? s'étonna Martha.

- Peur, non ... mais de toute façon je ne peux rien faire ... Et puis franchement, je ne crois pas une seconde que Rick soit en train de tromper Beckett ... On parle d'un homme qui a passé les derniers mois à remuer ciel et terre pour récupérer sa femme, je vous rappelle.

- Et comment tu expliques les messages de Vera ? Et ce qu'a enregistré Lucy ?

- Aucune idée, répondit Hayley, un brin sceptique malgré tout.

- S'il te plaît ... Tu dois nous aider, insista Alexis. On doit savoir ce qu'il fabrique et l'empêcher de faire une bêtise ...

Hayley, hésita, dévisageant Alexis, puis Martha, tout en réfléchissant. Elles avaient l'air totalement désemparées face à la situation, et réellement inquiètes. Si elle-même ne connaissait pas assez Rick pour trouver surprenante son envie soudaine d'évasion en solitaire, elle était néanmoins certaine d'une chose : il aimait Beckett plus que tout au monde, et ce, quel que soit l'état de leur relation. Elle se souvenait de la première fois qu'elle avait eu affaire à Richard Castle et de sa détermination à retrouver sa femme, quoi qu'il en coûte. Comme tout le monde, elle ignorait les raisons de leur séparation, mais elle imaginait mal Rick commettre l'irréparable. Et en même temps, elle le connaissait si peu. Après tout, cela ne lui coûtait pas grand-chose d'aider Martha et Alexis à en savoir plus.

- Ok, finit-elle par répondre. Mais à condition que ...

- Papa n'en saura rien, sourit Alexis. Merci ...

- Alors que peut-on faire ? demanda Martha.

- Vous avez fouillé son ordinateur ? continua Hayley. Il faut commencer par là ...

- Hors de question, répondit Martha. Il y a toute sa vie là-dedans ..., c'est intime ...

- Grand-mère a raison ..., confirma Alexis.

- Si vous avez déjà des scrupules, ça va être compliqué ..., soupira Hayley. Il faut savoir ce que vous voulez ... Comment est-il parti ? Taxi ? Avion ? Voiture ? S'il est parti en voiture, je pourrai tracer le GPS sans problème ... via le programme du bureau.

- En voiture ... Il était en voiture quand on l'a appelé hier soir ..., répondit Alexis.

- Laquelle ? La Ferrari ou la Buick ?

- La Buick probablement ...

- Ok. Il faut qu'on aille au bureau alors.

- Attend. Je descends vérifier au parking s'il a bien pris la Buick, histoire qu'on ne se déplace pas pour rien. J'en ai pour deux minutes ! lança Alexis, se levant et filant vers la porte du loft.

- Ok.

Quelques minutes plus tard ...

Quand Alexis remonta des sous-sols de l'immeuble, elle trouva Martha et Hayley, sirotant leur thé, tout en discutant avec Lucy, de ce système d'exploitation domestique masculin, qui semblait vraiment les intéresser.

- La Ferrari et la Buick sont au parking, annonça Alexis, encore essoufflée de s'être dépêchée.

- Il était donc en taxi quand vous l'avez appelé ..., constata Hayley.

- Non ... Il conduisait. Je pense qu'il conduisait ..., répondit Alexis. Papa n'irait pas en taxi jusqu'au Canada ...

- Il irait en avion ..., leur fit remarquer Martha. Pourquoi n'a-t-il pas pris l'avion ?

- Etonnant en effet, répondit Hayley.

- Peut-être conduit-il la voiture de Vera ..., suggéra Alexis en réfléchissant.

- Il a aussi pu louer une voiture, non ? leur fit Hayley.

- Pourquoi Richard louerait une voiture alors qu'il possède ces deux jolis petits bolides ? s'étonna Martha.

- Pour passer inaperçu ..., répondit Hayley, comme une évidence.

- Avec sa maîtresse ..., oui, ça se tient, constata Alexis, d'un air totalement dépité.

-Trésor, on n'en sait rien ... Ton père fait parfois des choses incompréhensibles pour le commun des mortels ... Dieu seul sait ce qui lui passe par la tête ...

- Grand-mère, les évidences s'accumulent ...

- Martha a raison, Alexis. Il peut y avoir tout un tas d'explications.

Alexis soupira, peu convaincue, avant de reprendre :

- Hayley ... est-ce que tu peux tracer sa carte bancaire pour retrouver où il l'a utilisée ?

- Tu veux que je trace sa carte bancaire ? Vraiment ?

- Oui. Pourquoi ? On n'a pas trente-six solutions ...

- Ok ... Je vois ... Vous êtes prêtes à employer les grands moyens ... Mais c'est illégal ...

- Depuis quand tu t'arrêtes à la légalité des choses ? lui fit remarquer Alexis.

- Il ne s'agit pas d'une enquête pour un de mes clients, Alexis. Il s'agit d'une intrusion dans la vie privée de Rick, qui est mon collaborateur, je te rappelle ... et, jusqu'à preuve du contraire, il n'est pas en danger non plus ... Ce n'est pas rien de s'infiltrer ainsi dans la vie privée de quelqu'un ... Ce qu'on peut découvrir pourrait être pire que ce qu'on imaginait ...

- Tu es rassurante ..., soupira Alexis.

- Je veux simplement m'assurer que vous avez bien pensé aux conséquences de nos actes ..., ajouta Hayley, observant Martha, qui semblait hésiter.

- On y a pensé, mais on doit savoir où il est parti ..., on doit agir et l'empêcher de commettre l'irréparable ...

- Martha ?

- Je ne sais pas, soupira-t-elle. Alexis, tu te souviens quand ton père avait mis une application sur ton téléphone pour savoir tout ce que tu faisais ? Tu l'aurais tué pour ça ...

- C'était différent, grand-mère, je ne faisais rien de mal ...

- Ton père non plus ... et ..., mon Dieu, je ne sais pas ...

- Grand-mère, pense à quel point Papa sera démoli s'il fait une bêtise, si son mariage avec Beckett est détruit ... Je sais que les moyens ne sont pas très moraux, mais on doit agir ...

Martha hésita encore un instant, observant l'air inquiet de sa petite-fille.

- D'accord ..., répondit-elle, finalement.

- Ok, reprit Hayley. J'ai un contact qui va pouvoir s'occuper de ça. Il me faut les données bancaires de Rick.

- Je m'en occupe, répondit Alexis, filant vers le bureau.

Hayley se saisit de son téléphone, alors que Martha, un peu sceptique, réfléchissait à la situation.


New-York, One Police Plazza, aux environs de 12h.

Assise derrière son bureau, Victoria Gates réfléchissait. Depuis qu'elle avait appelé Beckett, elle était un peu perplexe. Elle n'avait pas rêvé, elle avait bien entendu la sonnerie d'un téléphone, et pas n'importe laquelle : cette musique de Bach que Castle avait pour sonnerie quand sa mère l'appelait. Elle se souvenait très bien avoir eu une discussion avec lui à ce sujet. Certes, il ne devait pas être la seule personne au monde à avoir choisi cette sonnerie, mais que le père de Beckett, avec qui elle était censée se trouver, ait la même sonnerie, était peu probable. Réfléchissant pour essayer de confirmer ses soupçons, elle analysa la réaction qu'avait eue Beckett. Quand le téléphone avait sonné, elle s'était arrêtée de parler subitement, surprise, puis elle avait repris, comme si de rien n'était. En y repensant, elle était presque persuadée avoir entendu le ronronnement léger d'un moteur derrière la voix de Beckett. Plus elle réfléchissait, plus l'évidence lui sautait aux yeux. Kate n'avait pas pris de congés pour se rendre au chevet de son père. Elle était avec Castle, sans nul doute. Et ils étaient probablement sur la route.

Songeuse, un sourire naquit sur ses lèvres, à l'idée, rassurante, que Beckett et Castle soient ensemble. Peut-être les choses s'étaient-elles arrangées finalement. Elle les aimait beaucoup, et savoir qu'ils se déchiraient ainsi lui faisait vraiment mal au cœur. Pendant des années, elle avait été témoin jour après jour de l'amour infini qu'ils se portaient, de leur dévouement l'un à l'autre. Qu'ils soient maintenant séparés était incompréhensible. Enthousiaste à l'idée que tous les deux se soient retrouvés, elle perdit néanmoins de son entrain, lorsqu'elle réalisa que Beckett avait menti à sa hiérarchie, à ses hommes, et à elle-aussi. Elle avait fui ses responsabilités pour quelques jours de congés avec son mari. Un instant, cette idée l'agaça au plus haut point. Certes, elle avait bien remarqué ces derniers mois à quel point Beckett tentait de bonne figure, malgré sa tristesse. Elles se croisaient de temps en temps en réunion, et si Victoria se montrait toujours bienveillante, et réconfortante avec Beckett, elle ne lui posait pas vraiment de questions, sentant combien le sujet de sa séparation avec Castle était douloureux. Elle pouvait comprendre, certes, que si enfin les choses s'arrangeaient entre eux, Kate ait eu besoin de retrouver son mari. Mais pourquoi mentir à tout le monde ? Cela ne lui ressemblait pas. Beckett avait pleinement conscience du rôle exemplaire qu'elle se devait de jouer. Elle aimait ses nouvelles fonctions, et les remplissait avec brio. Pourquoi mentir ainsi ? Elle ne prenait jamais ou presque de congés, et n'en avait jamais pris depuis qu'elle était devenue Capitaine. Si elle avait plaidé sa cause auprès de la direction, on lui aurait accordé quelques jours sans qu'elle n'ait à mentir. Il y avait forcément une explication.

Le tout était incompréhensible : d'abord cet éloignement soudain de Beckett quelques mois plus tôt, puis cette séparation plus ou moins officialisée, et maintenant Kate mentait pour prendre la route avec Castle. Que cachaient-ils tous les deux ? Elle espérait qu'ils ne se soient pas attirés des ennuis, ou ne soient pas en train d'enquêter en douce sur quelque chose. C'était la seule explication rationnelle à leur comportement, et surtout à celui de Beckett. Elle risquait son poste en mentant ainsi à sa hiérarchie. Qui y avait-il de si important, de si vital, pour qu'elle mette en jeu sa carrière ? Il n'y avait qu'une chose au monde pour laquelle elle pouvait agir aux frontières de la loi, mentir, et se jouer des règles : sa famille, et surtout, plus que tout au monde, Richard Castle. Elle était capable de tout pour cet homme, de tout et n'importe quoi, malheureusement. Est-ce qu'il s'était attiré des ennuis ? Qu'avait-il encore fait comme bêtise ? Pourquoi étaient-ils ensemble alors que les rumeurs de divorce grossissaient, et que secrétaires et officiers, çà et là, ne parlaient que des disputes de Beckett et Castle, au point qu'elle devait intervenir régulièrement pour faire cesser les commérages ? C'était à n'y rien comprendre ... A moins que ... Non, ce n'était pas possible. Mais pourquoi pas ? Et s'ils avaient des soucis ? S'ils s'étaient mis en danger tous les deux ? Et s'ils faisaient semblant ? Ces disputes publiques dont elle entendait parler depuis quelques semaines ne ressemblaient pas non plus à Beckett, qui avait toujours à cœur, de séparer sa vie professionnelle et sa vie privée. Jamais en tant que Capitaine elle n'avait été témoin de gestes amoureux déplacés, ou d'élan d'affection entre Beckett et Castle, ni d'une dispute ou même d'un accrochage. Ils étaient l'un comme l'autre très professionnels. Et maintenant, tout le monde jasait sur leurs disputes. C'était trop. Trop pour être vrai ? Peut-être. Mais pourquoi ? Que se passait-il pour qu'ils en soient arrivés à cette extrémité ? Elle n'était pas dupe. Elle savait que par le passé ils avaient mené des investigations dans son dos. Elle savait aussi que Castle avait un don pour s'attirer des ennuis. Tout à coup, l'inquiétude la gagna. Ce départ impromptu de Beckett, qui en avait même oublié de la prévenir de son absence, ces mensonges, le fait qu'ils soient sur la route ... Et s'ils étaient vraiment en danger ? Il fallait qu'elle en ait le cœur net, et qu'elle soit totalement rassurée.


Territoire de New-York, à proximité de Rochester, 12h30.

Castle et Beckett roulaient toujours vers le Nord, les kilomètres défilant au même rythme que le paysage de plus en plus enneigé. Ils avaient pris le temps de se réchauffer après leur bataille de boules de neige, et Rick avait envoyé à sa mère la photo destinée à la convaincre qu'il était bel et bien en pleine excursion dans le Grand nord canadien. Il avait ensuite coupé son téléphone, préférant éviter les messages et appels intempestifs de la « brigade des rousses » comme il disait, puis ils avaient repris la route, le cœur joyeux. Il ne restait maintenant plus qu'une centaine de kilomètres avant qu'ils ne soient arrivés à destination, et tous les deux étaient impatients. Plus le temps passait, plus Kate avait hâte de découvrir le but de leur road trip, d'autant plus que Rick s'amusait à lui donner de minuscules indices, plus ou moins vraisemblables, et qu'au final, elle ne savait plus du tout à quoi s'attendre.

- Arrête de me raconter n'importe quoi, Castle, le réprimanda-t-elle gentiment, alors qu'il venait de lui donner un nouvel indice totalement improbable.

- Je te jure que c'est vrai ..., affirma Rick, tout sourire. On va dans une ville d'où décollent des fusées ...

- Sauf qu'il n'y a pas de base de lancement spatial au nord du pays ..., et encore moins au Canada !

- Tu en bien sûre ? la taquina-t-il. Et si je t'emmenais vraiment sur la Lune ?

- Impossible, assura-t-elle, avec certitude.

- Tu crois ? sourit-il, cherchant à la déstabiliser.

- Je n'ai pris que deux jours de congés, alors ça va être un peu juste pour le séjour sur la Lune ..., lui fit-elle remarquer, amusée malgré tout.

- Et si je me fichais de la durée de tes congés ? répondit-il, avec tout le sérieux du monde. Et si j'avais décidé de t'enlever pour de vrai ? Sur la Lune ...

Elle le regarda d'un air sceptique et dubitatif. Concentré sur la route, il arborait un petit sourire énigmatique, fier de lui raconter n'importe quoi. Castle était capable d'actes absolument improbables. Quand il souhaitait quelque chose, il pouvait se montrer d'une inventivité sans limite, et d'une volonté acharnée. Alors ce voyage sur la Lune dont ils rêvaient tous les deux, peut-être qu'un jour il serait réellement capable de lui offrir. Mais pas aujourd'hui, pas sur ces routes enneigées du nord des Etats-Unis.

- De toute façon, tu n'as pas les moyens ..., répondit-elle, finalement.

- Pourquoi ai-je épousé une femme aussi rationnelle ? soupira-t-il avec un sourire.

- Parce que ta vie serait bien moins drôle si j'étais aussi farfelue que toi ! s'exclama-t-elle. Le Yin et le Yang ... tu te souviens ?

- Oui, sourit-il. Yin-Yin, ce serait ...

- Le nom d'un panda ..., conclut-elle, avec un sourire, se remémorant cette petite phrase de Castle. Si j'avais su ce jour-là ...

- Quoi ?

- Que sept ans après, on en serait là ...

- Tu m'étonnes ! Si j'arrivais à faire fonctionner la télécommande de Doyle, je remonterais bien dans le temps pour narguer la Beckett de cette époque ... si convaincue que j'étais exaspérant, et que jamais elle ne craquerait pour moi ...

- Et que lui dirais-tu ? sourit-elle.

- Je lui raconterais comment elle sera heureuse quand enfin elle aura succombé à mes charmes ...

- Elle ne te croira jamais !

- Oh mais si ! Parce que je lui raconterai des petits secrets sur elle-même ... comme combien elle aime marier une pita au poulet rôti avec un milk-shake à la banane ..., ou encore qu'elle adore chanter « Like a Virgin » en se trémoussant sous la douche ...

Elle rit, amusée.

- Et j'ajouterais que quand elle chante comme ça, sans se soucier de rien ni personne, elle me rend totalement fou d'elle ...

- Je crois que la pauvre Beckett du passé ferait une syncope ...

- Ou elle se jetterait dans mes bras !

- Ça m'étonnerait, trop rationnelle ... Elle te prendrait pour un fou furieux et te ferait incarcérer sur le champ !

- Et si je lui disais qu'elle utilise un délicieux shampoing à la cerise parce que ça lui rappelle le parfum des confitures de sa grand-mère quand elle était petite ?

- Hum ... peut-être ...

-Ou encore qu'elle est très très chatouilleuse sous la plante des pieds ... et que je ne peux pas lui faire un tendre massage sans qu'elle n'éclate de rire !

- Ça ce n'est pas vrai !

- Oh si ! Menteuse ! Et pour finir, je lui révèlerais le secret de son petit tatouage, au creux de l'aine ... et quand elle saura que je sais tout de son adorable tatouage, et que non seulement, je l'ai vu, mais caressé, embrassé, contemplé maintes et maintes fois ... alors elle devra admettre que je suis son mari du futur ...

- Oui ... ou un psychopathe qui l'espionne et veut sa peau !

- Hum ... La Beckett du passé est capable d'imaginer un truc pareil, constata-t-il en faisant la moue.

- Je le crains, oui, sourit Kate. De toute façon, la télécommande de Doyle n'est qu'un jouet factice ...

- Que tu crois !

Elle sourit, amusée par ses certitudes.

- Et pour en revenir à notre destination ... peut-être que je n'ai pas tout à fait les moyens, pour l'instant de t'emmener sur la Lune ... mais j'ai des relations, beaucoup de relations ... Alors, Madame Castle, que diriez-vous d'un petit voyage intersidéral pour fêter dignement la nouvelle année ?

- Tu sais, que tu n'as pas besoin de m'emmener sur la Lune pour ça ..., sourit-elle. La vie avec toi est tel un voyage intersidéral ... exaltante, pleine d'inattendu ... et d'une foule d'émotions et de sentiments merveilleux que je n'aurais jamais imaginé vivre un jour ...

- C'est vrai, répondit-il, ravi. Tu es adorable ... mais un jour, ma chérie, je t'emmènerai sur la Lune ..., vraiment ... Tu sais bien que ...

- Tous tes rêves se réalisent ..., termina-t-elle, avec un sourire.

- Oui, tu en es la preuve vivante ! Et puis, je compte bien t'emmener visiter nos propriétés ...

- Nos propriétés ? s'étonna-t-elle, se demandant de quoi il parlait.

- Oui. J'avais déjà un terrain sur la Lune, mais je me suis dit que maintenant que nous sommes mariés, il fallait voir plus grand ... Nous sommes donc les heureux propriétaires des parcelles numéro 37654B28 et 37654B29 ...

- Sérieusement ? sourit-elle, perplexe.

- Oui ! Notre domaine se trouve entre la Mer du Nectar et la Mer de la Fécondité ..., c'est chouette, non ?

- Ça fait rêver, sourit-elle. Et combien as-tu dépensé pour ce « rêve » ?

- Oh ... euh ..., balbutia-t-il. Tu préfères ne pas savoir, non ?

- En effet, soupira-t-elle, avec un sourire malgré tout. Quand je pense que tu m'as acheté une propriété sur la Lune ..., ça me rappelle une petite histoire, quelque chose que m'a dit ma mère un jour ...

- Raconte-moi, lui fit-il, impatient d'en savoir davantage.

- Quand j'étais ado, je devais avoir seize ans, j'ai vécu mon premier gros chagrin d'amour ...

- Je le connais ? demanda-t-il aussitôt.

Kate le dévisagea d'un air sceptique, se demandant s'il s'imaginait vraiment connaître son amour de jeunesse.

- Quoi ? lui fit-il, surpris par sa réaction.

- Mais non, tu ne le connais pas, Castle ! s'exclama-t-elle, comme une évidence. Comment veux-tu le connaître ? Je peux finir mon histoire sans que tu sois jaloux d'une amourette qui remonte à plus de vingt ans ?

- Je ne suis pas jaloux !

- Hum ..., bon, je disais donc, ce garçon m'a plaquée ...

- Oh ... ma pauvre chérie ..., sourit-il.

- Ne te moque pas de moi !

- Je ne me moque pas, je remercie ce jeune homme au contraire !

- J'étais vraiment triste ce jour-là, et ...

- Attend ..., l'interrompit-il. C'était quel genre de petit-copain ? Juste ... comme ça ... ou bien ... enfin tu vois ...

- Tu veux savoir si je couchais avec lui ? s'offusqua-t-elle. Qu'est-ce que ça peut faire ?

- Il faut être précis quand on raconte une histoire, pour captiver son auditoire !

- Eh bien tu ne sauras pas ! Je peux continuer ?

- Vas-y ..., sourit-il.

- Donc j'étais triste, et quand je suis rentrée à la maison, ma mère m'a réconfortée avec un gros câlin ... du chocolat chaud ... et plein de guimauves ...

- Il n'y a que ça de vrai quand on a un chagrin, chocolat chaud et marshmallows ...

- Oui ... Elle m'a dit que ce garçon ne savait pas ce qu'il perdait ...

- Et elle avait raison ..., confirma Rick.

- Je crois, oui, sourit-elle. J'ai demandé à ma mère comment on pouvait savoir qu'un garçon ne nous briserait pas le cœur ... Elle m'a dit bien-sûr qu'il était impossible de le savoir à l'avance, et qu'il fallait prendre le risque d'aimer, parce qu'il n'y avait rien de plus agréable au monde ...

- Je me serais vraiment bien entendu avec ta mère ..., constata Castle, en jetant un regard tendre vers sa femme.

- J'en suis sûre, sourit-elle. Je lui ai aussi demandé comment on pouvait savoir qu'un garçon était sincèrement amoureux ...

- Qu'a-t-elle répondu ?

- Qu'un garçon amoureux est capable de nous éblouir avec des petits riens ... juste pour nous voir sourire ou nous faire rire ... Un café avec un petit cœur en mousse ... Une pita au poulet de chez Remy's avec un milk-shake à la banane ... Un road-trip improvisé ...

- Ça veut dire que je suis un garçon amoureux ? sourit-il, fièrement.

- Très amoureux, confirma-t-elle avec un large sourire. Ma mère a ajouté qu'un garçon amoureux est aussi capable de nous décrocher la Lune ... et je crois que tu en es vraiment capable ... au sens figuré comme au sens propre ...

- Tu sais que la Lune n'est pas accrochée dans le ciel ? Et que jamais je ne pourrais la décrocher ? répondit-il, sceptique.

- Je crois que tu pourrais malgré tout, sourit-elle. Tu me prouves jour après jour que tu es capable de tout pour moi, Rick. Si je te demandais la Lune, tu me l'offrirais ...

Il sourit face aux certitudes de sa femme, qui, pour une fois, étaient tout sauf rationnelles. Et cela lui disait tant sur l'amour qu'elle lui portait, et la confiance qu'elle avait en lui.

- Je ne sais pas comment je ferais, mais oui, je t'offrirais la Lune si tu le désirais ..., répondit-il.

Souriante, elle se pencha pour déposer un baiser sur sa joue.

- Dis ... tu as d'autres secrets en réserve ? Du style de cette propriété sur la Lune ? reprit-elle.

- Ça dépend ..., répondit-il, énigmatique.

- Ça dépend ... de quoi ?

Il rit, amusé par son air perplexe.

- J'ai quelques projets secrets, pour toi et moi ... Comme tout le monde ..., non ?

- Non, pas comme tout le monde, mon cœur ... Tu nous as acheté une propriété sur la Lune entre la Mer du Nectar et la Mer de la Fécondité, je te rappelle !

- C'est vrai. Je suis vraiment un chouette gars ! fit-il fièrement, ce qui la fit rire.

- Oh, Rochester ! s'exclama Kate, en regardant par la vitre. On va vraiment vers le Canada !

- Hey ! Tu ne dois pas regarder les panneaux ! protesta-t-il, d'un air faussement mécontent.

- C'est compliqué maintenant qu'il fait jour ..., lui fit-elle remarquer.

- J'aurais dû te ligoter dans le coffre !

Elle rit, amusée par sa petite moue.

- Ne rigole pas, je vais te bander les yeux si tu continues à tricher ! la menaça-t-il, gentiment.

- Je ne triche pas ! Mais il y a des panneaux partout, je n'y peux rien !

- Tu n'as qu'à faire une sieste ...

- Je ne suis pas fatiguée. Au contraire, je suis en pleine forme !

- Hum ...

- Et puis, je ne sais pas pour autant où on va, mon cœur ..., enfin à part sur la Lune, répondit-elle, contemplant le paysage qui défilait par la vitre. Toute cette neige, c'est magnifique en tout cas ...

- Oui ... Tout à l'heure, tu vas pouvoir prendre ta revanche à la bataille de boules de neige !

- Ma revanche ? Tu rigoles ? Tu as déclaré forfait ! s'exclama-t-elle, prenant un air indigné.

- Je n'ai pas déclaré forfait ! s'offusqua-t-il. Je suis le roi des boules de neige, je suis imbattable ...

- En attendant, c'est toi qui as fini la tête dans la neige ...

- Parce que tu as usé de tes charmes ..., pour m'appâter avec un baiser ... C'est de la triche ...

- C'était la guerre mon cœur, tous les coups sont permis ... Je n'y peux rien si tu es trop sensible à mes charmes ...

- Oh si tu y peux quelque chose ... avec tes sourires aguicheurs, et tes baisers ... si sensuels ... Tu es une véritable mante religieuse, et moi je ne suis qu'un homme ... amoureux ...

- Mon pauvre chéri ..., sourit-elle.

- Ton pauvre chéri commence à avoir faim. Pas toi ?

- Si ... Je meurs de faim ...

- Ok, alors pause déjeuner dès qu'un petit restaurant sympa s'annoncera ...

- Tu crois que ça ne craint rien ? s'inquiéta-t-elle. Je veux dire si quelqu'un ...

- Non, on est loin de New-York ... Et puis, regarde-moi, j'ai l'air d'un bûcheron canadien ...

- Ce n'est pas faux, sourit-elle.

- Qui pourrait croire qu'un auteur de polars se cache derrière cette carrure robuste ..., cette doudoune et ce bonnet ?

- Oui, il ne te manque plus que la barbe ... Mais tu es censé être Joe, la fine gâchette de Manhattan, pas un bûcheron canadien ...

- J'ai tout prévu, justement...

- C'est-à-dire ?

- Tu verras ..., sourit-il, d'un air mystérieux. Juste quelques petits accessoires sympas ... Vera et Joe ont une réputation à tenir ...

- Castle, il ne s'agit pas de se faire remarquer, non plus ..., lui fit-elle remarquer. Ne distribue pas tes prospectus à tout le monde par exemple.

- Pourquoi ? Plus les gens sauront pour notre spectacle, plus on passera inaperçus ... Et puis je n'ai pas fait imprimer ces prospectus pour rien, il faut bien qu'ils servent à quelque chose ...

- Tu aimerais vraiment que ce spectacle soit réel, n'est-ce pas ? sourit-elle, amusée par son souci du réalisme.

- Pas toi ?

- Euh ... pas vraiment ... Tu sais bien que j'ai le trac ... et puis le numéro des révolvers volant me semble un peu dangereux ...

- Je maîtrise ... Je me suis entraîné, répondit-il, tout naturellement.

- Tu t'es entraîné ? Quand ? Où ? s'étonna-t-elle, un peu inquiète.

- Dans le salon ... au loft ...

- Et sur qui ?

-Une fille ...

Elle le dévisagea, d'un air perplexe et soucieux, comme si elle peinait à y croire, ce qui le fit éclater de rire.

- Une fille en carton bien-sûr ! s'exclama-t-il joyeusement, tout heureux de son effet. Et un révolver avec des balles en mousse ...

- Ça devait être loufoque ! constata-t-elle riant à son tour en imaginant la scène.

- Hey ! Ne te moque pas ! s'offusqua-t-il. Je suis super balaise ! Je te montrerai ce soir à l'hôtel.

- Ce soir ? Tu as emmené ton matériel ? demanda-t-elle, surprise.

- Je suis Joe la fine gâchette de Manhattan, évidemment que j'ai tout mon matériel ... et le tien aussi d'ailleurs ... j'espère que ton costume t'ira ... je ne connais pas tes mensurations exactes ...

- Mon costume ? Tu plaisantes ? répondit-elle, sidérée, et amusée en même temps.

- Non, pourquoi ? lui fit-elle, très sérieusement. Tu vas être diablement sexy ...

- Je vois ... Tu as prévu un petit jeu de rôle pour pimenter notre soirée ..., constata-t-elle, avec un sourire.

- Tu adores les jeux de rôle ...

- Ça dépend ... Svetlana et le Dr Livingstone, c'était sympa ... mais notre accessoire était un simple stéthoscope pas un révolver ...

- Justement ... ça va être encore plus excitant ...

- Comme si on avait besoin de ça pour s'exciter ..., lui fit-elle remarquer, avec son petit air mutin.

- Non, sourit-il. Mais c'est amusant ... et puis tu as dit que tu voulais bien jouer à Joe et Vera ... au lit ...

- C'est vrai ... Joe est un peu sauvage ... J'adore ...

- Et Vera est sacrément féline ...

Elle sourit.

- Ah regarde, un resto ... dans deux kilomètres ..., reprit-il, désignant le grand panneau qui trônait au bord de la route.

- Le Dinosaur Bar-B-Que ? répondit Kate, sceptique, en lisant le panneau qui affichait en guise de logo un immense diplodocus vert.

- Rien que le nom ça fait saliver, non ? lança Castle, tout content.

- Hum ..., sourit-elle. Ça fait un peu ... carnivore ... et gargantuesque ...

- C'est ça qui est cool justement ! s'exclama-t-il, enthousiaste. Un cheeseburger au steak de tricératops, tu imagines ? Ou bien des cuisses de ptérodactyle ?

- Tu sais qu'ils ne servent pas du vrai dinosaure là-dedans ? lui fit-elle, amusée.

- On va vérifier, ça, sourit-il. Ça te dit ?

- Allons-y ..., répondit-elle, avec un sourire. Je meurs de faim de toute façon ... Je mangerais n'importe quoi ...

- Je suis sûr qu'on ne va pas le regretter ...