Mercredi - Jour 11 – Récompense

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Ce mercredi matin, Hermione se réveilla le sourire aux lèvres. Elle bâilla et s'étira paresseusement sous ses couvertures tandis qu'elle écoutait distraitement les habituels bruits de l'autre côté de sa porte. Puis elle commença à réarranger les nombreuses pensées dans son esprit, comme les pièces d'un puzzle.

La soirée précédente s'était déroulée dans la proximité confortable de la cheminée –elle lisant, lui corrigeant- dans un silence paisible. Aucun mot n'avait été échangé jusqu'à ce qu'il regarde l'horloge pour annoncer « Il est temps d'aller se coucher, Miss Granger. »

Elle avait fermé le livre qu'elle prétendait lire.

« Merci » avait-elle souri, reconnaissante.

« Comme je le disais, tout l'honneur est pour moi » répliqua-t-il en inclinant la tête pour lui souhaiter bonne nuit.

A présent, savourant ses mots étonnamment gentils, Hermione avait la tête sur son oreiller et tentait de se concentrer avec plus d'intensité sur ses pensées. C'était important. Chaque petit détail pouvait aider. Une fois encore, la scène s'ouvrit largement devant ses yeux, et elle commença à examiner ce qui était arrivé.

Protégée par le livre, elle jetait de rapides coups d'œil furtif à son sombre compagnon. Le Professeur Snape travaillait dur, et rapidement une petite pile de devoirs annotés de rouge se retrouva devant lui. Immergé comme il l'était dans sa tâche, il n'avait pas remarqué les nombreuses fois où elle avait tourné une page tout en levant les yeux pour le regarder.

Ces bonnes vieilles méthodes apprises à l'école avait-elle pensé en souriant intérieurement, satisfaite.

Tout d'abord, elle avait observé son profil droit : laid, il l'était définitivement. Son nez était crochu, et ses dents suggéraient un manque de soin probablement dérivé de son enfance. Peut-être aussi une mauvaise alimentation ? Ou aucune attention à son hygiène dentaire de la part de ses parents ? Etant la fille de deux dentistes, Hermione avait froncé des sourcils à cette pensée. Mais peut-être ses parents n'en avaient-ils pas eu les moyens… Ou peut-être ne s'en étaient-ils pas assez souciés ? Son père semblait avoir été un homme très difficile à vivre, et s'il en avait voulu à sa femme pour être une sorcière, la tension pouvait avoir atteint des sommets dans cette maison. Cela pouvait expliquer les réactions sombres et pleines de ressentiment du Professeur Snape.

Elle avait soupiré doucement à ces considérations. Vu de cette perspective, l'homme semblait plus que pitoyable.

Puis elle avait réfléchi à ses cheveux et froncé des sourcils. Il ne faisait clairement aucun effort pour être présentable.

Peut-être son rôle d'espion exigeait-il une façade déplaisante. Mais avec un peu de chance et de ruse de sa part, ce problème au moins pouvait être résolu.

Elle se demanda à nouveau pourquoi il n'avait jamais demandé à Madame Pomfresh de l'aider avec ses dents et cheveux. La magie offrait tant de possibilités ! Hermione le savait très bien, ayant elle-même profité de la chance d'arranger son sourire.

A nouveau, la perplexité la submergea. Il était évident que le Professeur Snape n'était pas intéressé par son image publique. Mais pourquoi ? Avait-il eu un jour une petite amie ? Peut-être l'avait-elle rejeté? Indubitablement, il n'y avait aucune histoire d'amour connue ou ragot de ce genre à son sujet à l'école. Sentant une sympathie inattendue, Hermione l'avait fixé un peu trop longtemps.

Cela avait été sa seule erreur, devait-elle admettre, se rappelant cet instant avec un pincement au cœur. Il avait choisi exactement cet instant pour tourner la tête, la prenant au dépourvu. Elle avait rougi et souri faiblement. Il s'était renfrogné. Le temps s'était arrêté pendant quelques instants effrayants, puis il avait secoué la tête, arqué les sourcils et était retourné à son travail tandis qu'elle avait silencieusement relâché son souffle, soulagée.

En dehors du côté inesthétique de cet homme, la seconde partie de ses réflexions s'était successivement concentrée sur les secrets qu'il portait, et sur lesquels elle n'était pas autorisée à s'enquérir. Par exemple, que se passait-il à Poudlard ? Que faisaient ses amis ? Et pourquoi Snape avait-il été si enragé la veille ? Elle avait tenté de se remémorer ses paroles. Il avait parlé d'un meilleur ami… Celui d'Hermione ? Non, ni Harry ni Ron ne l'aurait appelée Sang-De-Bourbe. Alors l'ami de Snape ? A nouveau, non, car Snape était Sang-Mêlé… Mais peut-être avait-il changé les paroles originelles pour les adapter à elle.

Eh bien, si Snape avait été trahi par son meilleur ami, cela pouvait expliquer beaucoup. Qui pouvait avoir été cet ami ? Peut-être un futur Mangemort. Ou était-ce quelqu'un qui avait tenté de le convaincre d'abandonner cette voie risquée? Snape avait parlé d'une menace. Peut-être son ami avait été menacé par quelqu'un d'autre ? Mais dans ce cas, pourquoi avoir refusé l'aide de Snape? Qu'avait fait Snape pour être poussé assez violemment pour que le souvenir le blesse toujours autant ?

Se noyant dans une mer de 'si' et de 'peut-être', Hermione quitta le lit. Il avait déjà quitté la maison, et pendant un instant, elle se sentit navrée de n'avoir pas été là pour lui souhaiter une bonne journée. Après tout, ils commençaient à construire quelque chose de pas si éloigné d'une amitié !

La pensée était extraordinaire, et Hermione se mordit la lèvre, pensant à ses rêveries matinales concernant Snape en tant qu'époux. L'idée avait initialement agité son imagination, mais seulement parce qu'elle avait été placée de façon inopinée dans une situation très particulière. Leur cohabitation imposée lui avait fait une expérience pour un futur à venir : être adulte et avoir une vie, une maison et même un époux à elle sur qui veiller.

Mais ce n'était que son imagination la réalité lui avait ouvert les yeux dès que la nouveauté avait perdu de sa fraîcheur. Le Professeur Snape était un adulte déplaisant avec de nombreux troubles et problèmes qui restaient à résoudre. Elle était une fille, et elle voulait avoir une vie et un époux à elle, mais choisi librement, pas imposé en tant que ruse pour survivre à une guerre. Elle espérait que l'homme de sa vie arriverait vraiment, dans un futur proche. Si elle était autorisée à avoir un futur, bien sûr.

Elle leva la tête, décidée. Assez de plaintes ! Il était temps d'organiser quelque chose. A présent que la recherche sur les potions était terminée, le jour promettait d'être très ennuyeux.

A moins que…

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Hermione fit le tour de la maison. Comme chaque jour passé ici, elle nettoya la cuisine et la salle de bain. Le Professeur Snape faisait très attention à retirer toute trace de son utilisation de cette dernière. Elle supposa qu'il se sentait mal à l'aise à partager un espace intime, tout comme elle-même, jusque là. Ou peut-être savait-il ne pouvoir être vu comme 'bel homme', et que cela l'empêchait de passer trop de temps à ses procédures de beauté.

Elle interrompit un instant son nettoyage pour y penser. Pouvait-elle essayer quelque chose ? Elle passa en revue ses produits de toilette, payant une grande attention à leur position sur l'étagère. Une bouteille à moitié vide de shampooing se tenait fièrement au milieu de la confusion ordonnée, mais près d'elle se trouvait une bouteille de lotion pour cheveux semblant suspicieusement huileuse. Elle l'ouvrit pour la sentir. Hmm… Pas franchement invitant ! Une goutte sur sa paume confirma sa première impression.

Merlin! pensa-t-elle. Pas étonnant qu'il ait l'air si graisseux! Il aggrave le problème!

L'étiquette du produit disait qu'il avait été créé pour protéger les cheveux des 'actions néfastes des fumées de potions, du souffle des dragons, des sorts de vaporisation' et d'autres risques similaires. Elle écarquilla les yeux : il était évident que le monde magique était toujours très, très inférieur en matière de produits de beauté ! Les Moldus avaient un avantage énorme : la recherche chimique des grands laboratoires et la compétition d'un marché sans pitié avait grandement contribué à améliorer leurs créations. Son regard revint sur l'étiquette. Le souffle des dragons ! Non mais franchement!

Elle remit soigneusement la lotion à sa place, puis vérifia ses propres produits. Après une longue méditation, elle choisit un shampooing pour 'cheveux et cuir chevelu gras', cinq mots magiques que le Monde Magique ne semblait pas du tout prendre en considération lorsqu'il créait les produits nettoyants. Puis elle ajouta un après-shampooing du même genre, et en guise de touche finale, elle attrapa un spray qui clamait avoir des qualités protectrices tout en ajoutant de la brillance. Elle laissa les produits d'un côté de la baignoire, disposés aussi normalement que s'ils avaient été oubliés. Elle espérait que sa curiosité vaincrait.

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Reprenant son nettoyage, Hermione atteignit sa chambre et observa son lit en plissant le nez. Les draps étaient… Eh bien, ils étaient 'utilisés' ! Dix jours dans cette maison, toujours avec la même literie ! Le Professeur Snape pouvait sans doute supporter stoïquement la chose, puisqu'il restait toute la journée à Poudlard. Les elfes de maisons nettoyaient au moins ses vêtements. Mais ici !

Elle avait lavé ses dessous chaque jour, faisant bien attention à les mettre à sécher devant la cheminée pour les ramener dans sa chambre avant qu'il n'arrive. Mais les draps étaient trop grands pour faire de même.

Elle rejoignit la cuisine. Une machine à laver et un sèche-linge prenaient un des coins. Elle ne les avait pas utilisés jusqu'alors car cet électroménager ne lui était pas familier, et parce que ses affaires étaient trop petites pour perdre autant d'eau et d'électricité. Mais les draps représentaient un volume valable. Le seul souci étant : la machine sècherait-elle ses draps à temps ? Parce qu'elle n'en avait pas d'autres disponibles, en tout cas pas à sa connaissance.

Elle ne pouvait risquer cela, se dit tristement Hermione: mieux valait demander la permission au Professeur Snape. Peut-être voudrait-il lui aussi changer ses draps.

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En guise de dernière tâche, elle alla vérifier le bois pour le feu. Le temps, dehors, était glacial, et la cheminée avait besoin d'être continuellement nourrie. Après les premières journées, elle avait découvert que le placard du salon était aussi une petite remise à bois. De nombreuses buches, branches et pommes de pin aromatiques étaient soigneusement stockées dans un de ses coins. Bien que ses dimensions ne soient pas significatives de l'extérieur, l'intérieur du placard avait la taille d'une petite pièce.

Peut-être le Professeur Dumbledore l'avait-il enchanté pour offrir à la maison et à ses habitants un petit entrepôt, leur épargnant des voyages fréquents dans la neige. Elle entra, jeta un regard rapide et plissa ses lèvres, inquiète : la quantité de bois avait diminué de façon alarmante, et bientôt, quelqu'un devrait sortir pour ramener un nouveau stock. Eh bien, elle devrait aussi en parler au Professeur Snape. Cette perspective la fit frissonner plus que le vent hurlant comme un loup autour de la maison.

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Le diner se déroula calmement, bien qu'il ait commencé à tapoter des doigts dès que les assiettes furent remplies. Il était visiblement agacé d'être nourri pour le troisième soir d'affilée du même menu monotone : une soupe, des œufs ou de la viande à des degrés variables mais toujours imparfaits de cuisson, ainsi que des légumes bouillis.

Alors, lorsque le repas fut terminé, il soupira et annonça, mal à l'aise « Je suppose qu'il ne reste plus de gâteau. »

Ha ! Elle lui avait gardé tout spécialement les deux derniers morceaux. La tentation avait été forte, poussée conjointement par l'ennui et la gourmandise.

Mais elle avait été plus forte, et quand elle lui présenta le plateau, elle se sentit heureuse et fière de sa détermination.

Son regard étincela de plaisir à cette vue délicieuse, et il planta sa fourchette dans la première portion avec une expression vorace. Puis il remarqua qu'elle n'avait choisi qu'une pomme.

« Et vous ? » demanda-t-il, fronçant les sourcils et reposant sa fourchette. « Vous faites un régime ?

-Eh bien » rougit-elle. Elle se détestait d'avoir une réaction si enfantine, mais elle ne pouvait éluder, elle poursuivit donc. « Je… Je pense qu'il est préférable que vous preniez tout. Les morceaux sont très petits, et dehors il fait si froid, alors je pensais… »

Les mots moururent sur ses lèvres, et elle rougit plus encore. Sans un mot, il releva le plateau et laissa glisser la seconde part dans l'assiette d'Hermione.

« Vous méritez une récompense » marmonna-t-il en commençant à manger.

Son cœur éclata d'une joie immense. Rougissant violemment, elle baissa la tête et bafouilla un merci.

Il agita une main, condescendant.

Mais quand elle osa à nouveau le regarder, elle put voir ses lèvres former son sourire si particulier.

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Note de Lady Memory:

Messages (Aë: j'ai tronqué les messages ne nous intéressant pas ^^') aux lecteurs non enregistrés toutefois assez gentils pour me laisser une review (excusez mon anglais –Aë : hein ? Mais que se reproche-t-elle ? ^^')

A amr : Tu as parfaitement raison, c'est vraiment l'Apprivoisement de Snape. En revanche, pour ce qui est de ta question, la 'courbe d'apprentissage' (comme tu l'appelles) ne suit pas un rythme précis. Ces deux personnages sont des êtres vivants, et donc, ils sont imprévisibles, en tout cas c'est mon intention. Soit préparée à voir différents rythmes et émotions… Merci pour ton message.

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Note de Sockscranberries : Bieeeen, on va finir par y arriver. Par contre je me demande si il va vraiment utiliser les shampoing… Parce que bon, c'est quand même Snape quoi ^^

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Tout d'abord, elle avait observé son profil droit : laid, il l'était définitivement. (Bon, ça c'est fait)

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Indubitablement, il n'y avait aucune histoire d'amour connue ou ragot de ce genre à son sujet à l'école. (C'est sûr, parce que s'il y en avait, tout le monde serait au courant avant qu'on ait pu dire Quidditch !)

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Qu'avait fait Snape pour être poussé assez violemment pour que le souvenir le blesse toujours autant ? (Quand tu sauras tu n'en reviendras pas)

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Le souffle des dragons ! Non mais franchement! (Hum, c'est vrai qu'on en rencontre souvent)