Chapitre 12

Pendant ce temps

Shadow ouvrit les yeux. Si son horloge interne avait bien calculé, c'était le jour J. Il s'étouffa en voulant respirer. Le sol semblait encore plus boueux. Tant pis, il fallait qu'il essaie de sortir de là ! Il s'efforça de faire un chaos bomb. A son grand étonnement, se fut la plaque de granit sous lui qui céda. Il reprit sa descente dans les entrailles de la terre. Soudain, la boue ne sembla plus adhérer à lui, et il chuta à toute vitesse. Surpris, il n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait vraiment. Heureusement, ses réflexes étaient toujours là… Ou plutôt, ils revenaient petit à petit. Du coup, il réussit à retomber sur ses pieds. Un sentiment brûlait au fond de lui. C'était peut-être pour ça qu'il avait réussit à atterrir sans dommages. A la base, il était conditionné pour être une machine à tuer. Et cette haine qui était en train de le posséder avait sûrement du réveiller le monstre qu'il était. Se rendant compte de cela, il parvint à calmer la rancune qu'il ressentait à l'égard des deux traîtres. Il avait d'autres priorités pour l'instant, remonter à la surface.

Et une fois de plus il se demanda où pouvait-il être. Il regarda autour de lui. Il était dans une galerie souterraine. Bon ça, n'importe quel idiot aurait pu le deviner. La roche semblait plutôt dure mais elles n'étaient pas étanches pour autant. Cependant il remarqua un détail étrange. Les galeries semblaient avoir été aménagées par des êtres intelligents. Des torches éclairaient les couloirs, et des barreaux interdisaient l'accès à des renfoncements dans le mur. L'hérisson se trouvait dans une prison. Mais il n'y avait personne. L'endroit n'était pourtant pas abandonné, sinon, les torches seraient éteintes, ou étouffées par l'humidité. Il avança dans le couloir froid. Le seul son qu'il entendait était ses pas résonnant sur la pierre. Il arriva à un croisement. A gauche, un autre couloir, et d'autres cellules. Même chose à droite. Et ce n'était pas plus différent en face. Il préféra continuer tout droit. Il n'y avait toujours pas trace d'âme qui vive. Il arriva à un nouveau carrefour. Et les embranchements donnaient là aussi sur des cachots. Il continua. Troisième carrefour. L'un des couloirs se terminait par un escalier montant, celui à l'opposé par un escalier descendant. Il prit le premier couloir, celui de gauche, et monta. A son grand déplaisir, il n'était toujours pas sorti, et se retrouvait dans un autre couloir continuant sur un nouvel embranchement. Maintenant, c'était certain, il était piégé dans un labyrinthe ! Et tout sens d'orientation était inutile. Il continua sa route. Si il n'y avait pas les escaliers, il penserait qu'il serait en train de tourner en rond. Il était d'ailleurs possible que ce soit vraiment le cas. Il y avait peut-être une magie qui faisait qu'en arrivant à un embranchement, les couloirs se reconstituaient, et finalement, il ne faisait rien que reculer… Mais l'hérisson continua. Il ne pouvait se permettre de s'arrêter à cause de cette hypothèse. Il marchait, marchait… Jusqu'à entendre un son intrus.

Il s'arrêta pour mieux écouter. Des gens venaient vers lui ? Non. La voix ne se déplaçait pas. Ca venait de derrière ! Il rebroussa chemin jusqu'à distinguer des paroles. Son nom. Quelqu'un criait son nom ! Puis la voix s'arrêta. Il avait reconnu qui l'avait appelé, et cette personne avait sans doute perdu espoir. Il arriva devant un cachot. Et dans ce cachot, il y avait Blaze, agrippée aux barreaux. Il la regarda un instant. En attente d'une réaction de sa part. Elle resta un moment figée, puis elle sembla se rendre compte qu'il n'était pas une illusion. Alors un sourire se dessina sur son visage. Un sourire emprunt d'un soulagement évident, contrastant avec le visage impassible de Shadow.

« Je n'ai pas rêvé, tu es bel et bien passé devant moi ! Un moment j'ai cru que j'avais des hallucinations ! »

Il ne répondit pas. Ca serait parler pour ne rien dire. La chatte attendait pourtant. Puis comprenant qu'il ne partageait pas sa joie, elle passa aux choses sérieuses.

« Tu peux dégager les barreaux ?

- Et toi, tu n'y arrives pas ?

- Non, il fait trop humide pour faire fondre les barreaux avec un feu naturel. Les feux que j'ai utilisés dans la forêt ne brûlaient que ce qui était vivant. Quand à mes griffes, elles n'arrivent pas à entamer cette matière.

- J'ai compris. Ecarte-toi. »

Blaze recula. Le hérisson tira de l'énergie sur les barreaux. Aucun effet, à part le fait que les flèches rebondirent et manquèrent d'atteindre un Shadow qui esquiva en dernière minute. Blaze le gronda.

« Mais t'es nouille ! Comment t'as fait pour t'échapper su tu n'arrives pas à détruire de simples bâtons de ferraille !

- Attends. Répondit calmement Shadow. Je suis en train de tester un truc. Peut-être que si je prononce le nom de la technique, ça l'amplifie… CHAOS ARROW ! »

Un nouveau tir partit. L'énergie dégagée avait prit une teinte violette, bien différente du rouge pâlot de l'attaque précédente. Les barreaux volèrent en éclat. Blaze sortit de sa cellule. Elle était visiblement ragaillardie.

« Ces idiots ont du nous enfermer pour avoir moins d'adversaires ! »

Shadow ne broncha pas. Evidemment, puisque c'était par sa faute (ou grâce à lui, tout dépendait du point de vu !) que la chatte se trouvait ici. Il lui lança un regard prudent. Elle accusa de réception et haussa les épaules. Il signifiait qu'elle avait une dette envers lui maintenant. Les rôles étaient échangés. Shadow avait décidé pour de bon qu'il serait maître de la situation.

Ils parcoururent les couloirs à nouveau, restant silencieux. Shadow se demandait toujours comment cela se faisait-il qu'ils étaient seuls… Et pourquoi il n'y avait eu qu'une prisonnière ici. Il pouvait déjà en déduire que cet endroit était tenu par le groupe des sept qu'il avait espionné. Mais il ne voyait pas à quoi cela servait d'avoir un endroit aussi grand pour enfermer une seule personne. Peut-être que l'échidné, le chao et leurs acolytes avaient des plans futurs, et que les cellules serviraient à faire de nombreux prisonniers… Et aussi, après ce que leur avait infligé les deux traîtres, il pensait qu'ils auraient tué Blaze. Or, ce n'était pas le cas. Les histoires de ces comploteurs le dépassaient… Ils finirent enfin par distinguer une lueur différente. Bien que grise, celle-ci était plus intense que la lumière dégagée par les torches. Il était évident que le trou béant menait dehors. Ca prouvait aussi qu'il n'y avait pas de magie qui les coinçait, comme l'avait un moment soupçonné le hérisson. Une fois arrivé à l'extérieur, ils virent devant leur tunnel un échidné assoupi. Blaze le contourna. Shadow fit preuve de moins de discrétion et lança un chaos arrow dans sa colonne vertébrale. L'échidné tomba. L'hérisson le termina en écrasant sa tête en la comprimant entre le sol et sa chaussure. Blaze jeta un regard dégoutté à son frère d'arme. L'hérisson n'y fit pas attention. D'ailleurs, il semblait très satisfait de lui-même. La chatte ne supportant pas son silence s'adressa à lui sur un ton agressif.

« Tu sais ce qu'il faisait là ?

- J'imagine qu'il était sensé empêcher les prisonniers de sortir. Et comme il n'y avait que toi… Il s'est autorisé un moment de repos.

- Et pourquoi y a-t-il un garde à ton avis devant des cachots, s'il n'y a pas de prisonniers ?

- Parce qu'il y en aura après.

- Et il y en a peut-être eu avant !

- Que veux-tu dire ? »

L'intérêt sembla soudain pointer dans les yeux du hérisson, et il daigna enfin adresser un regard à la chatte.

« Ca, c'est un échidné racé !

- Oui et ? Demanda Shadow qui commençait à comprendre où la chatte voulait en venir.

- Alors il est possible que les occupants des prisons fussent des malfaiteurs… Et ils les ont libéré pour qu'ils aillent au combat…

- … Et ainsi préserver leur civilisation ! Compléta Shadow.

à

- Exactement ! Triompha Blaze.

- Ce qui nous avance à rien, se moqua l'hérisson. »

Blaze perdit rapidement de sa bonne humeur. Elle lui jeta un regard noir exprimant sans doute qu'elle le voyait comme un rabat-joie. Et elle avait raison. Quand à Shadow, il avait fait d'autres conclusions qu'il garda pour lui. Les échidnés racés et les sept malfrats étaient sûrement liés. Il avait tendance à croire que Justice, l'échidné qui l'avait coincé, était justement le lien entre les échidnés racés et le groupe ennemi. Quand aux échidnés racés… Si les prisonniers étaient utilisés en temps que légionnaires, alors il y aurait ensuite une deuxième vague. De citoyens cette fois-ci. Et ça réduisait les chances des brahmiens de s'en sortir.

Il regarda autour de lui. Bien entendu, ils étaient toujours dans la forêt. C'était déjà un point de gagné. Et la pluie était toujours au rendez-vous. Le combat ne serait pas agréable. Aussi, le sol semblait avoir été piétiné… Ce qui voulait dire qu'en suivait la terre meurtrie, ils retrouveraient les traces des prisonniers. Une hypothèse sans rapport avec la situation présente germa dans l'esprit du hérisson. Les échidnés racés ne vivaient sûrement pas là… Ce qui voulait dire que ça faisait un petit moment qu'ils s'étaient installés sous le sol brahmien et qu'ils devaient avoir prévu depuis longtemps l'attaque qu'ils lanceraient. Et donc leur plan d'attaque était très travaillé, avec le moins de défauts possibles. Heureusement, les échidnés racés n'avaient pas imaginés toutes les éventualités. Par exemple, ils ne se doutaient pas que la chatte et Shadow pourraient très bien faire pencher la balance… L'hérisson ne doutait pas qu'il n'aurait pas de mal à battre tous les échidnés. Prétentieux et sadique comme il l'était, il se galvanisait à l'idée d'utiliser sa puissance à des fins meurtrières… Et c'était pour lui une très bonne motivation.

Il se détourna du trou dans le sol puis parti à une vitesse phénoménale vers le champ de bataille, laissant Blaze derrière lui. Il n'avait pas eu le temps de se demander si elle le suivait, et il possédait encore moins l'envie de vérifier si c'était le cas. A vrai dire, il s'en fichait. Qu'elle le suive ou pas, ça ne changeait rien. Les arbres filaient à toute vitesse devant lui. Heureusement pour lui, les pas étaient presque en ligne droite et il était donc facile de les suivre. Presque en ligne droite, car il y avait souvent des arbres qui détournaient son chemin. Et donc il se devait tout de même de les esquiver. Ce qu'il faisait au dernier moment, histoire de rajouter un peu de piquant à sa course. Il n'allait pas assez vite pour pouvoir déraciner un arbre rien qu'en s'y cognant, non plu… Là où il passait, le peu d'herbe qui avait résisté aux troupes se faisait carboniser par le feu de ses patins. Il restait parfois une brume de vapeur dans l'air, slalomant entre les arbres et témoignant du passage de l'hérisson. Tandis qu'il patinait, il semblait de moins en moins toucher le sol, et il continuait de gagner en vitesse.

Il y avait trois phase dans la course, ou plutôt dans l'accélération de l'hérisson. La première était le moment où il devait courir normalement. Dès qu'il avait acquis assez de vitesse, il pouvait se permettre d'activer les moteurs pneumatiques et donc passer à la seconde phase. Ils dégageaient alors de l'énergie qui lui permettaient d'accélérer encore plus, une énergie assez intense pour lui permettre de se maintenir en l'air. L'énergie augmentait tellement qu'elle en dégageait même une chaleur puissante. En dernière phase, un coussin d'air se créait sous ses pieds, effaçant les frottements. A partir de là il glissait et l'énergie pneumatique sortait en une quantité àtante, tout en retrouvant une chaleur normale. La manière dont il positionnait ses pieds et répartissait son poids pouvait le faire changer de direction. Le régime des moteurs baissait seulement une fois que la chaleur avait disparue… Et alors ils laissaient place à un système bien plus complexe que seul Gerald Robotnik aurait pu expliquer. Un système qui faisait que la vitesse restait constante, même dans les montées ou à l'inverse dans les descentes. A ce moment, il continuait de patiner comme lors de la troisième phase d'accélération : à la manière d'un skieur. C'est donc dans la dernière phase d'accélération que Shadow arriva sur le champ de bataille. Il parcourut une petite distance avant de pouvoir freiner. En effet, maintenant, il fallait faire l'inverse : décélérer. Pour ça, il fallait que l'hérisson se mette de côté afin de stopper son élan, tout en dégageant une quantité bien plus élevée d'énergie pneumatique mêlée à son énergie chaotique. C'était assez violent pour que l'on puisse voir des étincelles. Il restait alors en l'air quelques instants avant que ses pieds retouchent le sol. Le plus étonnant était que tout cela se faisait sans effort… Mis à part la course de départ nécessaire à lancer les moteurs, et l'énergie thermique servant à relancer l'énergie pneumatique. Tout cela était très compliqué, en théorie, et pourtant… En voyant Shadow s'en servir, on aurait pu croire qu'il n'y avait rien de vraiment sorcier là-dessous.

Une fois qu'il fut arrêté net, il profita du fait qu'il était sur une colline pour observer le déroulement de la bataille. Le camp adverse avait nettement l'avantage. Les échidnés racés étaient largement plus nombreux. Quelques brahmiens résistaient plus longtemps que d'autres mais ils étaient exténués et submergés par les troupes ennemies. Les lieux étaient engloutis sous les deux armées. Il chercha Justice du regard. Il était sûrement dans le coin ! Ne l'apercevant pas, il décida de s'élancer dans la bataille. Il tua plusieurs échidnés au passage, avec un plaisir à peine dissimulé par ses yeux brillants de démence. Les échidnés n'avaient pas le temps de le voir, il était trop rapide pour eux, et ceux-ci tombaient sans même savoir ce qui venait de leur arriver. Surtout que pour leur plus grand malheur, Shadow semblait avoir retrouver l'usage de sa technique favorite : le Chaos Control.