Léa était retournée sur la passerelle, mais elle sentait mentalement fatiguée. Le fait d'avoir repensé à la prise d'otage n'y était pas étrangé. Elle se sentait à fleur de peau et espérait que personne ne s'en soit rendu compte.
- Au rapport, demanda-t-elle.
- L'équipe au sol est entrée dans la plus grande des structures et ils y sont depuis au moins une heure.
- Est-ce qu'ils nous ont contactés depuis?
- Non, capitaine.
- Contactez-les.
- Fréquence ouverte, capitaine.
- Hawking à équipe d'exploration, répondez.
La voix du commandeur White retentit dans les haut-parleurs.
- Ici le commandeur White, j'allais justement vous contacter.
- Ici Roberge, tout va bien, commandeur?
- Tout va à merveille, capitaine. Nous allons retourner sur le Hawking. Notre chef médical a une théorie. Il veut y travailler dans le laboratoire d'exobiologie.
- Passerelle à salle de téléportation, ramenez l'équipe d'exploration maintenant.
Dès que la communication se termina, Léa se demanda si Sermak avait enfin trouvé la solution. Elle commençait à trouver cette mission épuisante et tout ce qu'elle voulait c'était penser à autre chose que ces foutus robots.
- Capitaine, dit le technicien des téléporteurs, l'équipe est à bord.
- Roberge à commandeur White, reprit le capitaine. Montez me relever sur la passerelle. Je serai dans mon bureau.
- J'arrive tout de suite.
Léa marcha vers alors son bureau, elle se répliqua un soda puis, elle alla s'asseoir en soupirant. Elle regarda son terminal avec découragement. Normalement, elle aurait dû l'ouvrir et y travailler. Elle avait des tonnes de choses à faire, des messages à lire, des rapports de missions à étudier, des demandes à approuver; mais elle n'avait qu'une envie, rester là et ne pas penser, chose impossible dans son cas.
Quelqu'un sonna à la porte de son bureau.
- Entrez, dit-elle exaspérée!
Le conseiller Riyax entra, il avait un padd à la main.
- Venez-vous me voir en ami, conseiller?
Elle le dit sur un ton froid. Elle appréciait la compagnie du Dénobulien, mais après leur dernière conversation, elle craignait que cette discussion ne tourne encore en thérapie.
- Non capitaine, cette fois, c'est purement professionnel. Je suis venu vous parler d'un membre de l'équipage pour lequel j'ai certaines inquiétudes.
Elle se détendit.
- Quel est le problème avec cet officier?
- C'est complexe, dit-il. J'ai remarqué que quelque chose n'allait pas dès le début de cette mission. Il y avait des petits détails. Vous savez, j'ai de l'instinct pour ces choses et trente années d'expérience.
- Oui, je comprends, mais cet officier est-il un danger pour lui-même ou les autres?
- Pas pour les autres.
- Dites-m'en plus.
- Ce que je peux vous dire est que cet officier est sur le point de craquer.
- Pouvez-vous être plus clair?
- Cette personne ne va pas bien, même si en surface, tout à l'air d'aller. C'est quelqu'un à l'esprit indépendant qui ne demandera jamais d'aide.
Elle ressentit tout-à-coup une grande compassion pour ce mystérieux officier.
- Croyez-vous qu'il faille le relever de ses fonctions, conseiller? Est-il un danger pour le vaisseau?
- Non, capitaine, mais cet officier est essentiel au bon fonctionnement de ce vaisseau. Il possède une vive intelligence et réagit bien en situation de crise. Il n'est pas nécessaire de relever cette personne de ses fonctions.
- C'est donc un membre du staff. Je dois pouvoir compter sur tout le monde et en particulier sur les officiers qui occupent les postes clés. Si vous avez raison, il y a un risque pour le vaisseau.
- C'est bien un membre du staff, mais je suis persuadé que le risque est surtout pour cette personne. Elle est capable de faire preuve d'une grande maîtrise d'elle-même. Cependant, si cette personne craque, la remonté sera longue et le vaisseau risque d'être privé de ses services pour un bon moment.
- Je vois, dit-elle avec gravité, mais si cet officier a autant de facilité à se contrôler, comment pouvez-vous être sûr qu'il craquera?
Il la regarda intensément pendant un court moment avant de répondre.
- Parce qu'il y a des limites à ce qu'une personne peut endurer et il y a des blessures qui ne guérissent pas seules. Cet officier a connu un grave traumatisme et n'a jamais traversé l'étape nécessaire du deuil.
Le mot « deuil » lui rappela Nathan. Dans le fond, cet officier n'était pas si différent d'elle… Léa comprit alors que Riyax parlait bien d'elle. Elle ne put s'empêcher de penser que le Dénobulien était particulièrement doué : il l'avait emmené sur son terrain en douceur sans qu'elle ne s'en rende compte et l'avait forcée à poser un regard extérieur sur elle-même.
Cependant, elle n'était pas prête à accepter ce diagnostic. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que Riyax dramatisait. Elle avait beau être fatiguée et plus émotive qu'à l'habitude, ça ne signifiait pas qu'elle allait craquer.
- Que suggérez-vous que nous fassions pour aider cet officier, dit-elle en restant dans son jeu?
- Il faut rapidement à cette personne un suivi psychologique, mais je doute qu'elle l'accepte.
Cette remarque l'irrita. Elle changea de ton.
- Je vous l'ai déjà dit, conseiller, je ne peux pas me montrer vulnérable devant mon équipage.
- Vous le deviendrez tôt ou tard, si vous ne faites rien, dit-il comprenant qu'elle avait saisi.
- Vous exagérez.
- Non, dit-il catégorique, jamais à ce sujet!
Il lui tendit son padd.
- Il arrive, dans des situations exceptionnelles, que des consultations se fassent à distance par vidéo conférence ou par projection holographique avec d'autres conseillers. Vous n'aurez donc pas à vous montrer vulnérable devant un membre de votre équipage. Je crois que c'est un compromis acceptable. Voici la liste de ceux que je vous recommande dans ce cas précis. Dès que vous en aurez choisi un, faite-le moi savoir pour que je puisse faire un suivi de vos progrès auprès de ce conseiller.
- Ça ressemble à un ordre.
- Je fais mon travail. En arrivant dans un nouveau vaisseau, je me dois d'évaluer l'équipage en commençant par les officiers qui occupent les postes les plus importants. C'est la procédure habituelle, je lis les dossiers, je questionne, j'étudie les réactions. J'ai ma propre méthode qui est plus discrète et plus efficace que les interrogatoires habituels.
- Et c'est de cette façon que vous avez découvert à mon sujet quelque chose que je ne soupçonnais même pas, dit-elle étonnée.
- Ça se voit parfois dans l'expression du visage, dans le choix des mots, selon les situations. Il y a aussi une dose d'intuition, bien sûr. C'était lors de notre discussion, après votre première réunion dans la salle de conférence, que vous m'avez demandé de l'aide.
- Je n'ai rien fait de la sorte.
- C'était dans vos paroles, dans votre gestuelle, dans votre attitude et c'était assurément un geste inconscient.
- C'est pour ça que vous m'avez offert votre amitié?
- C'est une offre qui est toujours valable, capitaine. Étudiez le padd, ajouta-t-il. Je vais attendre votre réponse. Puis-je me retirer?
Elle répondit d'un signe de tête. Il quitta la pièce. Léa regarda le padd, découragée. Fallait-il vraiment en venir à ça? Elle réalisait que la procédure normale dans un cas où l'officier en commande serait psychologiquement instable, était, pour un conseiller, d'aviser le premier officier qui devait en référer directement à Starfleet. Riyax n'avait rien dit à ce sujet, mais elle réalisait qu'elle devrait se conformer à ses instructions si elle ne voulait pas qu'il le fasse. Elle pouvait, dans le cas échéant, en tant que capitaine, réfuter cette évaluation et en demander une autre. L'ennui, c'est qu'après ce qu'elle avait vécu, un autre conseiller arriverait sans doute à la même conclusion. Elle soupira et regarda le padd pour étudier la liste des conseillers que lui avait remis Riyax. Au bout d'un moment, elle déposa le padd, se leva et regarda la planète Irizia par la fenêtre.
=/\= =/\= =/\= =/\= =/\=
Le docteur Sermak n'avait jamais été aussi près du but. Il avait compris ce qu'il fallait faire quand l'hologramme leur avait expliqué que la faiblesse des robots était ce qui les liait. Il se rappelait avoir lu, dans le rapport de l'équipe d'exploration, que les robots étaient liés entre eux par un champ magnétique. Ce qui n'avait pas été vérifié en laboratoire puisqu'ils ne possédaient qu'un spécimen vivant. Les nano-robots étaient trop petits pour que ce champs magnétique puisse être découvert par des moyens conventionnels.
C'est pourquoi Sermak avait demandé au chef ingénieur de l'aider pour modifier un microscope numérique et ainsi lui permettre de vérifier si ce champ magnétique existait à plus petite échelle pour ensuite l'étudier. Il avait récupéré l'échantillon de liquide amniotique et travaillait avec Parksan sur ce fameux champ magnétique.
Ils mirent peu de temps à le détecter. Étrangement les robots modifiaient la longueur et l'arc de ces champs magnétiques et ça semblait être une méthode de communication. Il y avait surement quelque chose d'autre que ce champs qui semblait les rapprocher et les éloigner à la fois. Comme les synapses d'un cerveau communiquaient entre elle par l'électricité, ces robots communiquaient, il n'y avait aucun doute.
Parksan continua de modifier l'appareil pour détecter quelles formes de communication ils utilisaient et il finit par le trouver. Quelque chose d'aussi simple qu'incroyable : des ultrasons. Et pour leur nuire, la solution était encore plus simple : d'autres ultrasons, de quoi transformer leur petite conversation ennuyeuse en cacophonie.
- C'est fantastique, s'exclama Parksan enthousiasme.
Le Vulcain resta froid.
- C'est fascinant, admit-il, mais avant tout chose, il faudra tester cette théorie.
- Et comment comptez-vous faire?
- Nous allons retourner sur la colonie et faire un traitement à ultrason au fœtus d'Alma, la nièce du gouverneur. Ensuite, je me propose de prendre un autre échantillon de liquide amniotique et de vérifier s'il y a encore des nano-robots.
- Ça me semble un bon plan, approuva Parksan. Je vais vous bidouiller un émetteur d'ultrasons.
Le Vulcain hocha la tête et se pencha pour compléter ses notes.
