16.

- Depuis quand les cosmoguns ont une fonction paralysante ? Ils ont été créés pour être au contraire le pire pistolet de destruction qui soit !

- En me le remettant, Maetel m'a dit qu'il était particulier, et unique en son genre.

Albator eut un sursaut, ce qui provoqua une vague de douleur dans tout son corps secoué par la décharge paralysante.

- Tu connais Maetel ? Ou plutôt, elle a accepté de te côtoyer ? Elle a définitivement perdu la tête !

Le grand Pirate balafré fronça le sourcil.

- Je suppose que cette geôle est sur ton Deathclaws ? Tu t'es à nouveau envolé. C'était donc bien un piège que cette escale à Nomis ?

- Oui, bien sûr ! rétorqua légèrement Alvernon. Il fallait que je t'amène au plus près de moi pour pouvoir te mettre le grappin dessus !

Albator serra les points.

- Yattaran et Warius m'accompagnaient. Comment Kei qui était en retrait avec cinq Marins sous bouclier d'invisibilité n'ont-ils pu t'empêcher de m'emporter ?

- Sans doute parce que j'avais trois vans avec en tout trente soldats Illumidas également sous bouclier d'invisibilité ? ! Ici, nous ne risquerons plus d'être dérangés ou d'avoir d'indésirables oreilles qui traînent. Il n'était que temps qu'on s'entretienne. Après tout, nous sommes du même côté !

- Mes muscles et mon cœur qui bat encore un peu trop vite me disent autre chose, maugréa Albator. Quant à être alliés, dois-je te rappeler quel symbole marque la coque de ton cuirassé et se retrouve sur ton uniforme Illumidas ?

- Les risques du métier. Et je devais bien donner l'assurance à l'Impérator et à sa Générale que j'étais au-dessus de tout soupçons. Ça marche d'ailleurs plutôt bien depuis deux ans !

Albator grinça des dents.

- Je crains de devoir confirmer ! Tu es parfait en traître à la Terre de ta naissance. Et en étant le présumé Patron et en m'amenant à tes supérieurs, tu es traître à tous, en réalité ! Tu arrives à ne pas te tromper : quand trahir, qui trahir ?

- Je ne suis fidèle qu'à une seule cause, même si je ne peux bien évidemment avoir de hampe où faire flotter un Jolly Rogger, qu'il soit noir ou ait été couleur de sang. Je l'ai juré sur ce que j'avais de plus précieux.

- Ah oui, quoi donc ? La pluie d'or sous laquelle t'ensevelissent les Illumidas ?

Alvernon soupira.

- Je me doutais bien qu'il me serait impossible de me faire entendre… J'ai pourtant pris le risque de te garder ici, vivant, au lieu de réellement t'exécuter dans ce hangar !

Pour soulager ses muscles, bien que toute douleur se soit estompée et qu'il ne ressente même plus un fourmillement, Albator pivota lentement sur la banquette de la cellule. Situation désagréable et qui ne lui était nullement familière au demeurant !

- Sur quoi avais-tu bien pu prêter serment ? interrogea-t-il enfin.

- Mais sur ce que j'avais perdu : ma mère, mes grands frère et sœur ! Je n'ai rien oublié de l'incendie qui a ravagé la maison. Maman est revenue me chercher, Grenadier m'a sauvé, mais je l'ai vue brûler aussi.

- Je n'étais pas là, soupira encore Albator. Cela n'aurait pas dû arriver, ou cela s'est produit par ma faute, je ne le saurai jamais. Je t'ai créé, enfin, l'adulte d'aujourd'hui. Je suis seul responsable.

Alvernon s'avança de quelques pas, jusqu'à presque toucher la banquette, se penchant sur son père.

- Je n'ai qu'un seul gage de bonne foi à offrir. Le commandant Warius Zéro ne peut que nous pister depuis toutes ces heures. Rejoins-le !

Avant de lâcher la réplique qu'il avait sur le bout de la langue, Albator considéra le minuscule émetteur au creux de sa paume.

- Je fais quoi avec ? Je me suicide ?

- C'est la commande pour détacher la cellule du cuirassé.

- Du suicide donc ! confirma le grand Pirate balafré.

Alvernon secoua la tête de façon négative.

- J'ai fait concevoir le Deathclaws. Les ingénieurs Terrano-Illumidas n'ont pas le génie de Toshiro Oyama, mais ils se débrouillent bien. Et celui qui a installé cette cellule ne travaillait que pour moi. Cette cellule est en réalité une capsule de secours éjectable ! Et je t'ai dit que Warius ne devait pas être loin, il va te récupérer avant dépressurisation.

- Oui, ta capsule de survie ne tiendra pas longtemps dans l'espace… Pourquoi prends-tu ce risque ? Car tout capitaine de ce Deathclaws que tu sois, cela ne te mettra pas à l'abri une fois que le traître Zon aura découvert ta traîtrise de cet instant !

- Je me débrouillerai. Laisse-moi le temps de sortir puis désolidarise cette capsule du reste de la structure.

- Je garde toujours l'impression que tu me manipules plus que jamais, aboya Albator, sombre.

- Je ne te laisse effectivement aucun choix.

- Cela est particulièrement désagréable, crois-moi.

La porte de la cellule coulissant, Alvernon grogna.

- J'ai dit : ne pas déranger !

Se redressant, il se recula, indifférent autant à son prisonnier qu'à son membre d'équipage qui l'avait dérangé.

Une détonation claqua et par réflexe, Albator enfonça le bouton du transmetteur dans sa main.


Effectivement éjectée, la capsule passa instantanément sous invisibilité, dérivant dans l'espace.

Sous le poids du corps qui l'écrasait, Albator ne retint cependant de l'instant que le sang de son fils qui ruisselait abondamment sur lui.