« Potter ! »

Dans la salle commune, James s'arrêta et se tourna en même temps que le faisaient Sirius, Remus et Peter. Les trois derniers attendirent qu'April embrasse son petit ami en guise de bonjour avant de s'en aller, laissant James et Lily seuls dans la salle, ou presque. Le garçon déglutit.

« J'ai lu ton conte, poursuivit-elle en s'approchant de lui. Et… ta lettre aussi. Je ne m'attendais pas à ça.

Les yeux baissés, elle gratta machinalement sa côte. James manqua de sourire en se souvenant de la fois où Sirius lui avait fait remarquer qu'elle avait, elle aussi, un tic pour traduire sa gêne. S'il avait tendance à passer la main dans ses cheveux, elle posait la sienne sur sa taille.

– Ça m'a fait du bien. Merci.

Elle avala sa salive et James sentit son cœur tambouriner. C'était la première fois qu'elle le remerciait. L'effort qu'elle avait fait pour déplacer sa fierté maladive était énorme et le savoir faisait s'affoler chaque organe du garçon.

– Après, puisque tu t'inquiètes… Je ne suis pas fatiguée par le fait d'être Née-Moldue. Ça arrive souvent, c'est généralement l'un des seuls aspects de ma vie qui peuvent me rendre mélancolique, mais Peter a touché juste quand il a supposé que les cauchemars d'April me perturbaient. On dort à peine depuis une semaine parce qu'elle fait des cauchemars qu'elle ne devrait pas faire, des rêves qui n'ont plus lieu d'être, et parce que, Peter te l'a peut-être dit, mais elle est angoissée tout le temps. Elle regarde autour d'elle comme si elle s'apprêtait à ce qu'on lui saute à la gorge, et est partie en crise d'angoisse hier soir alors que son rendez-vous avec Peter lui avait fait du bien.

Très attentif à ce qu'elle lui disait, James ne put s'empêcher de remarquer que c'était la première fois qu'elle lui parlait autant d'un seul coup. Ils avaient déjà eu de longues conversations, afin de s'occuper pendant les rondes ; mais jamais elle n'avait, d'elle-même, et toute seule, parlé aussi longtemps. Il en était touché, sincèrement ; parler d'elle et d'April était une preuve de confiance qu'il n'était pas habitué à recevoir de sa part et qu'il voyait comme un cadeau plus précieux que n'importe quel autre, de là venaient les battements effrénés de son cœur ; mais il craignait qu'elle s'arrête, change d'avis, ou bien seulement de ne pas retenir chacune des informations qu'elle voulait bien lui communiquer. Il avait l'impression de passer un test sans jamais s'y être préparé.

– Ni elle, ni moi ne savons d'où ça vient. On a eu beau tenter de trouver plusieurs solutions, la bonne ne nous vient pas parce qu'on ignore la source de son angoisse. Je pense que tu peux le comprendre, et que si Black était dans le même état qu'April, tu serais dans le mien.

Elle releva ses yeux vers lui et James déglutit de nouveau. C'était à son tour de parler.

– Je…

Il faillit encore passer la main dans ses cheveux, juste avant de se souvenir que Lily le lui reprocherait. Ce geste risquait d'être mal interprété, puisqu'il utilisait le même pour séduire que pour cacher sa gêne. Ses doigts s'échouèrent de nouveau dans le vide.

– Je comprends, oui. Je peux me mettre à ta place. Avec les garçons, on va se mettre aussi à réfléchir à la source de cette angoisse, peut-être qu'à six on y arrivera… Mais si je peux t'aider, dis-le-moi. N'hésite pas.

Il était persuadé qu'il se liquéfierait. C'était la panique totale dans son corps entier. Son cœur pulsait trop fort, son sang coulait trop vite, il allait tourner de l'œil. Ses jambes immobiles suppliaient son cerveau de les activer, pour s'enfuir, détaler. Gryffondor. Gryffondor, Gryffondor, Gryffondor.

Il eut du mal à reprendre sa respiration et espéra de tout son être que Lily ne se rende pas compte de son état. Il paniquait, complètement. Même ses jambes commençaient à flageller. Il pensa à Peter et à la chance qu'il avait eue d'être assis quand April s'était déclarée.

– Je…

Il allait dire ces mots. Ceux qu'il n'avait jamais pu lui dire, parce qu'elle n'était pas encline à le croire. Ceux qu'il pensait évidents, et qui devaient bien l'être puisqu'elle avait osé se confier à lui ce jour ; mais ceux qu'il fallait dire, pour les rendre concrets. Il crut mourir en déclarant :

– Je suis là. »


« Allez, Cornedrue ! Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

James avait rejoint les Maraudeurs depuis quelques minutes, mais n'avait pas parlé. Il avait les joues rouges et sur son visage était peint un mélange de bonheur et d'inquiétude, d'incompréhension et de joie. Ses amis lui avaient posé des questions dès qu'il s'était assis, mais Sirius avait attendu qu'April quitte Peter pour rejoindre Lily – l'adolescente elle-même ne semblait pas savoir ce qui avait traversé l'esprit de son amie quand elle avait décidé de parler au garçon.

– Rien, soupira James – l'air vaguement rêveur. Elle n'a pas crié.

Le sourire idiot qui grandit sur ses lèvres fut contagieux. Ses trois amis ne pouvaient pas s'empêcher d'être heureux eux-mêmes.

– Mais encore ? insista Peter en voyant qu'aucun des deux autres ne semblait prêt à le faire.

– Elle m'a dit qu'elle dormait vraiment mal.

Cette fois, James fronça les sourcils.

– Tu avais raison, poursuivit-il, l'attitude d'April la perturbe.

– Qu'est-ce qu'elle a, précisément ? s'intéressa Remus tandis qu'il ajoutait un carré de chocolat à son breakfast.

– Elle cauchemarde, répondit Peter. Ces dernières nuits lui rappelaient la mort de sa mère, mais même les poupées qu'Akihito lui a offertes hier n'ont pas aidé cette nuit. Elle a cauchemardé sans savoir exactement de quoi, c'est tout ce que ça a changé.

James hocha la tête, comme s'il était utile qu'il confirme ses dires.

– Et elle angoisse. Parfois, elle se sent bien, elle me le dit et d'un seul coup ça ne va plus. Elle a peur de quelque chose qu'elle-même ne voit pas. Ça va bientôt faire deux semaines et nos recherches à ce propos en sont toujours au même point.

Sirius prit une gorgée de son jus de citrouille avant de proposer :

– Est-ce que vous avez cherché du côté de la magie noire ?

Les têtes se tournèrent brusquement vers lui et il haussa les sourcils.

– Ne me regardez pas comme ça. Ce n'est peut-être pas le problème, et ça vaudrait mieux pour April, mais je trouve que les symptômes sont assez… ressemblants avec ceux que provoquent les Détraqueurs.

– Mais je ne sens pas cette angoisse quand je suis avec elle, contra Peter.

– Patmol ne dit pas qu'un Détraqueur suit April à la trace, intervint Remus. La chose est invisible et elle est la seule à la sentir, mais –…

– Aba la sent aussi.

Cette fois, tous les regards furent rendus à Peter.

– Je ne sais pas ce que ça fait d'avoir une jumelle, peut-être que le fait qu'ils ressentent la même chose quand ils sont proches l'un de l'autre est dû à leur lien familial, mais… Le lien qui me lie à elle aussi, est fort. Je l'aime. Je pourrais, devrais, sentir quelque chose.

Sirius posa son verre vide sur la table.

– Cherchez du côté de la magie noire. Les Sakho sont détestés pour leur grand-mère, quelqu'un a très bien pu leur jeter un maléfice pour se venger d'elle. »

La discussion fut close. L'hypothèse de Sirius résonna dans l'esprit de tous.


Les quatre amis étaient assis sur leurs lits respectifs, tous penchés sur un manuel différent recensant différents sortilèges de magie noire et les moyens de les contrer. Trois d'entre eux appartenaient à James ; ils avaient subtilisé le dernier à Mrs Pince, un peu plus tôt dans la journée. Tous en étaient à peu près aux trois quarts de leur lecture, mais personne n'avait rien trouvé de concluant.

« Il faudrait demander à tes parents, Cornedrue. Si April est vraiment victime d'un maléfice, c'en est un méconnu.

– J'écrirai une lettre à ma mère, répondit James sans quitter sa page des yeux. Je vais m'en charger dès que Météore sera rentrée de sa chasse. »

Météore était la chouette hulotte de James, petit rapace de deux ans aussi efficace qu'il était affectueux. A chaque fois qu'elle rentrait d'une escapade nocturne, elle venait frotter ses plumes au jeune homme. Jamais aucun des quatre n'aurait cru, auparavant, qu'une amitié aussi forte que les amitiés humaines puisse être partagée par un garçon et sa chouette.

Ils feuilletèrent les livres jusqu'à trois heures du matin. Lorsqu'ils eurent éteint leurs baguettes, et alors qu'il entendait distinctement ses amis ronfler ou grincer des dents dans leur sommeil, James ne fit que somnoler. Il s'empressa d'adresser une lettre à sa mère dès que les ailes de Météore vinrent chatouiller son cou.


Note de l'auteur :

N'hésitez pas à me donner votre avis ! J'ai l'impression d'être actuellement dans un genre de vide narratif (ce qui n'est pas totalement le cas, mais disons que l'intrigue avance moins vite que je ne le voudrais), ce qui nécessitera sûrement une nouvelle révision du plan, mais je commence à me sentir un peu perdue de ne pas savoir ce que vous en pensez.

Merci beaucoup,

Cilou