Voici la suite, j'espèe qu'elle vous plaira et encore merci pour votre soutien :)
Chapitre 13 :
Les mois défilèrent lentement, trop lentement pour Katerina qui ne supportait plus d'être enfermée en permanence. Sa mère continuait de lui rendre visite et de lui apporter à manger régulièrement. Un jour, elle eut la surprise de découvrir le collier d'Andreï caché sous les tranches de pain. Sa mère avait simplement posé un doigt sur ses lèvres et était sortie, un sourire aux lèvres. Depuis quelques jours, Katerina était contrainte à rester couchée, car elle commençait à avoir de plus en plus de contractions. Le médecin, qui avait suivit la guérison de la fracture de la jeune fille, prévoyait la naissance de l'enfant d'ici quelques jours.
La jeune femme était très angoissée, car elle avait assisté sa mère lors de la naissance de ses frères et sœurs. Sa mère venait souvent pour lui donner des conseils et essayer de rassurer la future mère. Elle lui préparait également des infusions pour la calmer et l'aider à dormir.
Une nuit, elle fut réveillée par des contractions beaucoup plus violentes que d'habitude. Paniquée et seule, elle se leva et alluma la petite lanterne que sa mère lui avait donné. C'est alors qu'elle sentit un liquide couler le long de ses jambes et elle comprit. Alarmée, elle se dirigea vers la porte et tenta de l'ouvrir, mais elle était fermée. Une fulgurante douleur dans son bas ventre la plia en deux et elle tomba à genoux, haletante. Elle se releva en tremblant et se jeta avec l'énergie du désespoir contre la porte. Celle-ci fini par céder sous les assauts répétés et elle se retrouva à quatre sur le sol, gémissante de douleur. Elle se releva et traversa la village, tombant de temps à autre sous la violence des contractions. Elle avait l'impression que le bébé lui brisait les entrailles et dut se mordre la lèvre pour se retenir de hurler. Elle réussi à parvenir devant la maison de ses parents et toqua doucement, s'affalant contre la porte en pleurant. Ce fut son père à moitié endormi qui lui ouvrit. Sur son visage se peignit une immense colère et il saisit la jeune fille par le col de sa robe pour la relever.
- Je t'avais dit de ne pas sortir.
Elle s'apprêta à répondre lorsqu'elle aperçu sa mère derrière lui. Un éclair de lucidité traversa les yeux de cette dernière qui posa une main sur l'épaule de son mari et dit d'un ton calme :
- Le bébé arrive.
- Va chercher le docteur.
Il lâcha Katerina et la prit dans ses bras pour l'amener dans la grange. Elle se laissa faire, perplexe et ce dernier répondit avec un grand sourire :
- Enfin, il était temps.
Il déposa la jeune fille et aménagea la paille pour que ce soit un peu plus douillet. Elle s'installa et elle le vit ramener un tabouret pour s'asseoir. Il la fixa en souriant encore plus et joignit ses doigts.
- Allez, expulse moi vite ce petit bâtard, qu'on en finisse.
- Ce n'est pas un bâtard ! Hurla t-elle de rage.
Une nouvelle vague de douleur l'envahit et elle cria. Son Père se leva et attrapa son visage dans sa main droite pour la dissuader :
- Sois un peu plus discrète, veux-tu ?
- Je ne peux pas contrôler cela Père, éructa t-elle de colère.
Le docteur et la mère arrivèrent à ce moment. Le médecin l'examina rapidement et se tourna vers sa mère :
- Il faut que vous alliez chercher de l'eau et des serviettes, le travail à commencé.
Katerina, affolée, vit sa mère partir en courant. Le médecin s'approcha d'elle et prit délicatement sa main dans la sienne.
- Écoute-moi bien, d'accord ? Ca ne va vraiment pas être facile, mais je veux que tu fasses tout ce que je te dirais. Ca risque d'être long et très douloureux, mais tu peux le faire.
Elle hocha la tête et lorsqu'une nouvelle contraction se fit ressentir, elle se mordit la main pour retenir ses cris. L'accouchement sembla durer des heures, elle souffrait le martyr et peinait à retenir ses larmes. Son père se contentait de les regarder, un sourire illuminant son visage. Sa mère se tenait à côté d'elle , l'encourageant et essuyant son front brûlant avec une serviette humide.
- Un dernier effort Katerina, dit le médecin.
Epuisée, elle poussa une dernière fois et entendit alors un petit cri. Son cœur se mit à battre plus vite et elle se releva, à bout de force pour tenter d'apercevoir son enfant.
- C'est une petite fille, fit le médecin en essuyant le nourrisson et en l'enveloppant pour ne pas qu'il attrape froid.
Katerina vit alors son père se lever et prendre le bout de tissus dans lequel s'égosillait le bébé. Elle s'alarma en le voyant partir et hurla :
- Père, laissez-moi la voir, juste une fois, s'il vous plait.
Il la toisa en secouant la tête.
- Non, hors de question.
- S'il vous plait, c'est ma fille, laissez moi la voir au moins une fois. Je vous en supplie, pleura t-elle à bout de nerf.
Le médecin lui lança un regard neutre et la mère de Katherine décida d'intervenir. Elle se leva et posa une main tremblante sur le bras de son mari.
- S'il te plait, laisse-la-lui dire adieu.
Il fronça les sourcils, et tendit à contrecœur l'enfant vers elle en murmurant d'un air désapprobateur :
- Quelques minutes.
La mère prit délicatement sa petite fille dans ses bras et s'approcha de la jeune mère :
- Vient dire bonjour à maman, chantonna t-elle en repoussant le tissu pour que Katerina puisse voir son visage.
La première chose qu'elle aperçu, ce fut les quelques cheveux bruns légèrement bouclés collés sur le crâne de la petite fille. Elle avait un visage angélique et essayait d'entrouvrir les yeux en remuant ses petits poings. Katerina s'assit comme elle put et tendit les bras en lançant un regard implorant à sa mère :
- Mère s'il vous plait…
Elle déposa doucement l'enfant dans les bras de la jeune femme et Katerina fut rassurée de voir l'enfant en aussi bonne santé. L'enfant sembla se calmer au contact de Katerina et essaya d'ouvrir les yeux. La jeune femme sembla percevoir un œil gris et elle pensa à Andreï qui ne verrait jamais grandir sa fille.
- Bonjour Violetta, murmura Katerina d'une voix émue en caressant doucement la joue rosée du nourrisson.
L'enfant tourna la tête en direction de la voix de sa mère et un semblant de sourire sembla se dessiner sur son petit visage. Katerina se mit alors à bercer doucement l'enfant en chantant et en déposant de temps à autre un baiser sur le front de l'enfant qui s'était endormi. Sa mère se tenait à ses côtés en caressant les cheveux de Violetta.
- Elle te ressemble beaucoup tu sais ? sussura la mère pour ne pas réveiller Violetta.
- Je crois qu'elle a les yeux d'Andreï, répondit Katerina, la voix chevrotante d'émotion.
Elle aurait tellement aimé que ce moment dure à jamais, mais elle vit une ombre à la porte qui s'impatientait.
- Ca suffit maintenant, dit au revoir à cet enfant.
- Katerina, donne-moi Violetta, fit sa mère en passant les bras autour de la petite fille.
Katerina serra la petite contre elle et sentit les larmes poindre à ses yeux.
- Je ne peux pas faire ça, mère.
- S'il te plait, ne complique pas tout.
Son père sembla perdre patience et s'avança d'un air menaçant vers Katerina, il saisit l'enfant et tira sur la couverture.
- Non, Non, non… Paniqua la jeune femme en essayant de lutter.
- Lache la couverture, tu vas la réveiller, dit sa mère d'une voix douce.
Elle sentit le morceau tissu s'échappait de ses mains, tout comme sa fille, et se mit à hurler. Sa mère tenta de la maintenir sur le lit de paille mais elle la bouscula et se leva. Elle fit quelques pas avant de s'effondrer, à bout de force.
- Soit raisonnable, tu n'es pas en état pour te lever. Laisse là partir, laisse lui une chance. S'il te plait, supplia sa mère en essayant de la relever.
La jeune fille sanglota sur le sol, le cœur définitivement brisé par les cris de Violetta qui devenait de plus en plus faible. Elle accepta enfin de retourner sur le lit de paille, le visage marqué par la douleur des adieux. Elle se sentait somnoler et lutta pour garder les paupières ouvertes le plus longtemps possible, elle voulait conserver un souvenir net du visage de sa fille. Sa mère s'était à nouveau assise côté d'elle et lui caressait la joue:
- Pourquoi Violetta ? demanda t-elle d'un ton doux.
- C'était une des dernières volontés d'Andreï, murmura la jeune fille d'une voix rauque en fixant le plafond.
- Je ferai en sorte qu'elle le porte, promit sa mère en déposant un baiser sur son front, repose toi.
Elle tenta de résister mais le sommeil la prit à son tour dans ses bras et elle se mit à rêver d'un futur qui n'existerait jamais.
A son réveil, quelques affaires étaient posées à ses pieds : un peu de nourritures, quelques vêtements chauds, des bijoux de famille, sa vieille boite à musique et un étrange tissu grisâtre sur lequel elle se jeta pour en respirer l'odeur. Elle avait reconnu la couverture de Violetta et savait que sa mère avait du lutter de longues heures pour la récupérer.
Elle rassembla les affaires, mit la cape de voyage et quitta d'un pas mal assuré le village. Elle ne lança pas un seul regard en arrière, elle ne pouvait pas se le permettre. Elle mourrait d'envie de serrer une dernière fois Violetta dans ses bras mais savait au fond d'elle que ce serait une terrible erreur. De plus, l'enfant devait être déjà loin, sa famille devait s'en être assurée. Elle traversa la lisière de la forêt et se dirigea vers le vieux cimetière. Elle ne pouvait partir sans un dernier au revoir pour sa petite sœur. Elle s'agenouilla au bord de la petite pierre tombale et déposa une fleur qu'elle avait préalablement ramassée.
- Au revoir Irina, veille sur toute la famille et sur Violetta. Je t'aime.
Elle se releva avec difficulté, encore très faible après son douloureux accouchement, et s'enfonça dans la forêt en laissant derrière elle son passé.
