Betrayed by Those You Love
Lexa déchira une bande de tissus sur la tunique de Sheshire et l'enroula autour de sa main blessée, elle sera fort le pansement. La Commandante s'adossa à un arbre et regarda alternativement le rocher, ses doigts dans l'herbe et ce qu'il restait de sa main. Elle en vint à la conclusion qu'elle avait la poisse. Elle siffla d'exaspération et sauta sur ses pieds.
Lexa entreprit de regagner son campement, elle allait devoir convoquer les Heda des autres clans, iles, pôle, steppes et volcan. Et aussi consulter un guérisseur pour sa main. La Terrienne décida qu'elle devait également mettre les choses au point avec la blonde, Clarke Griffin, qu'elle lui fasse entendre raison. Il n'était pas bon pour elles de continuer à se voir, cela allait cesser d'ici un jour ou deux, assurément.
Clarke déposa délicatement le petit corps par terre, elle l'allongea et ferma ses paupières, on aurait cru que l'enfant ne faisait que dormir. Sauf si on prenait garde à la tache rouge écarlate qui s'étendait autour de sa tête et de ses cheveux châtains, comme une auréole sanglante. Clarke sentit son cœur s'emballer, elle effectua en vitesse tous les tests, le pouls qu'elle prit dans son coup et la recoloration des ongles. Une nouvelle crise pointait le bout de son nez, sans doute provoquée par le fait d'avoir tué la gamine infectée.
Elle s'appuya fébrilement sur la caisse de munition, en détournant les yeux du cadavre et des écailles sur ses bras. Non, la crise n'était pas uniquement psychosomatique, Clarke avait déjà eu cette réaction - cinq ans auparavant - au contact de l'infection, son cœur était sauvé mais le virus avait de nouveau tout déréglé.
La panique gagna Clarke quand elle ressentit qu'elle allait avoir un autre collapsus cardiaque. Impossible, les guérisseurs avaient greffés le cœur d'Anok dans sa poitrine, son ami avait donné sa vie pour qu'elle soit guérie. Tout ça ne pouvait pas être fichu en l'air, pas comme ça, pas aussi facilement.
Et pourtant, si. Le poison, le virus, l'infection transmise par le mourant à la peau écailleuse galopait dorénavant dans ses veines, agressant chaque goutte de son sang, blessant son cœur, le poignardant dix, cent, mille fois. De petits êtres infectieux, avec des tas de pattes écœurantes qui déchirèrent la paroi extérieure de son ventricule gauche. Ses jambes se dérobèrent, Clarke tomba à genou, les deux mains pressés contre sa poitrine.
_ Clarke ? s'inquiéta Fett en se levant de son siège.
_ Hey, connasse blonde ! cria la cinglée qui lui servait de codétenue. Qu'est-ce qui t'arrive ?
_ Est-ce qu'il y a quelqu'un qui puisse faire quoi que soit, qui sache quoi faire ? demanda Fett.
_ Décris-moi ce que tu vois, déclara une voix masculine douce et grave. J'ai besoin de tous les symptômes visibles pour dire quoi faire.
_ Son cœur bat vite, répondit la cinglée. Beaucoup trop vite. Et elle a comme des trucs bleus sur le corps.
_ Où précisément ?
_ Je ne sais pas… Son ventre et les genoux !
_ À quoi elles ressemblent, les traces bleues ?
_ Des… des grosses traces, longues. Des taches bleuâtres…
_ Comme des trainées ?
_ Ouais, on peut dire ça. Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
_ Elle besoin d'oxygène et de pression. Fais-lui du bouche à bouche. Est-ce quelqu'un a une quelconque mixture avec des propriétés de vasopresseur ? Fett ?
Aussitôt l'intéressé, se mit à chercher dans sa cellule, à retourner tout ce qui lui tombait sous la main, jusqu'à ce que Fett trouve une flasque de métal, rouillée. Il la lança à travers les barreaux, la cinglée l'attrapa.
Clarke se redressa difficilement sur ses genoux, ouvrit la caisse à munition, trouva à son sac et l'en extirpa. Elle ouvrit la petite poche de devant, y plongea la main, un faible sourire étira ses lèvres quand ses doigts se refermèrent sur du métal complétement rouillé.
La cinglée ouvrit la gourde, versa son contenue dans la bouche de Clarke, lui pinça le nez et lui ferma la bouche pour la forcer à avaler. Une gorgée, puis deux. Elle commença à pratiquer le bouche à bouche sur sa codétenue.
Clarke but une grande gorgée de la mixture, elle eut du mal à arrêter de boire, mais elle manqua de s'étouffer et toussa. La décoction que la blonde avait bue lui brulait la gorge, laissant dans trachée comme un gout de moisissure grillée, les vapeurs brouillèrent son esprit, perturbèrent son discernement ; elle cligna des yeux pour chasser les ombres qui venaient obstruer son champ de vision.
La cinglée secouait Clarke, insufflait tout l'air qu'elle pouvait en elle, criait son nom. Elle entendit d'autres novices tousser, gémir et même vomir. D'après les cris de certains, il y avait déjà au moins un mort de plus. Par crainte de perdre sa nouvelle codétenue, elle lui boucha le nez, posa ses lèvres entrouvertes sur les siennes et expira. Rien n'y fit, Clarke demeurait inconsciente. La cinglée transforma le bouche à bouche en baiser, plein d'inquiétude, de folie et de peur.
Elle ne voulait pas que Clarke, parte, qu'elle la trahisse en mourant.
La blonde s'étira, passa une main dans ses cheveux et estima qu'elle avait connue pire comme réveil. Elle se sentait en forme, le jour précédent, elle était allée brûler le corps de la malade et la totalité des spores infectieux. Son cœur ne lui fit plus de scène depuis l'incident de la navette, et Clarke se contenta de taire ce dernier à sa mère et à ses amis.
Clarke salua Raven en sortant, les deux amies se firent un rapide câlin mais la blonde dû laisser la mécanicienne pour aller assister au conseil du jour. Elle arriva dans la salle de réunion, et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle n'était pas en retard, elle était même en avance. Pourtant, tout le monde siégeait d'ores et déjà autour de la table sa mère détourna le regard, Bellamy lui adressa comme un sourire d'excuse et Kane baisse les yeux. Qu'est-ce qu'il venait de se passer ?
_ Est-ce qu'il y un problème ? demanda Clarke en redoutant la réponse.
_ Clarke, dit Kane. Ce n'est pas contre toi.
_ Tu n'as plus ta place ici, déclara durement Abby. Tu fais à peine partit des nôtres à présent et tes prises de décision laisse très largement à désirer. Tu détiens des informations que tu ne partages pas. Ce n'est pas le comportement que doit avoir un conseiller ou un leader. Car c'est bien le rôle que tu prétends avoir, n'est-ce pas ?
_ Je te demande pardon ?
_ Soit tu acceptes ton poste et tu viens en aide au conseil en disant la vérité – toute la vérité - soit tu n'es plus de la partie et je ne veux plus te voir autour de cette table, dans cette pièce.
_ Est-ce que c'est un ultimatum, maman ? s'offusqua Clarke. Je dois être la seule ici à prendre vraiment à cœur les intérêts de notre peuple. Et parce que je suis au courant de beaucoup plus que vous tous, cela fait de moi la seule personne capable de comprendre à quoi nous faisons face. Il me semble te l'avoir pourtant dit ! Et je sais également que confier les détails du plan à tout le monde est déconseillé.
_ Que penses-tu de commencer à nous faire confiance, intervint Marcus Kane. Clarke, crois-tu donc être la seule personne responsable du bien-être de notre peuple ? Nous devons nous entraider.
_ Je suis la chancelière, Clarke, reprit Abby. Aucune de tes frasques, de tes coups d'éclats ou coups d'états n'y changera rien. Et je suis ta mère. S'il y a bien quelqu'un à qui tu peux faire confiance, c'est moi.
_ Tu es peut-être la chancelière, railla la blonde, mais je suis en charge. Je ne vous laisserai pas guider les nôtres à la mort, avec vos idées de batailles vous nous avez menés aux devants de la destruction. Et je peux vous assurer qu'ils seront sans pitiés.
_ Alors quoi ? Tu proposes que nous restions cachés au lieu d'aider un peuple, avec lequel nous avons faits d'incommensurables efforts pour réparer la paix que toi et Lexa avaient fichue en l'air.
_ Vous n'aiderez personne ! s'exclama Clarke en tapant du poing sur la table. La seule chose qui va se produire c'est que trois peuples vont être mortellement atteints, décimés au lieu de deux. Quels que soit les choix que l'on fasse, il y a aura un trop grand nombre de vies gâchées, et il n'y aucun moyen pour la situation finale soit autre chose que catastrophique et inutile. Si au moins, tu avais la présence d'esprit de sauver nos amis, leur famille. Un peuple, le nôtre.
Les dix membres du conseil restèrent sans voix, Clarke respirait fort, Abby était blême et c'est avec les lèvres pincés qu'elle déclara :
_ Est-ce là ta réponse ? Je ne suis pas sûre de saisir quelle option tu choisis.
_ La deuxième.
La blonde tourna les talons, elle pensait attendre d'être à l'air libre pour laisser exploser sa colère, sa frustration et sa rancœur. Juste après avoir passé la porte, Clarke croisa Octavia. Avec l'expression de quelqu'un qui sait la réponse à sa question avant même de la poser mais qui la pose tout de même pour le plaisir de savourer sa victoire, Octavia demanda :
_ Comment est-ce que ça s'est passé ? Abby t'as-t-elle fait part de leur décision ?
_ Pourquoi est-ce que tu es courant ?
_ Ta mère avait besoin de quelqu'un pour faire flancher Bellamy et obtenir un vote unanime. C'était le seul moyen de faire passer sa motion. Je l'ai appuyée.
Clarke en eut le souffle coupé, estomaqué, elle sortit en trombe, bousculant volontairement Octavia au passage. Elle essuya les larmes qui lui coulaient sur les joues, ce fut un effort inutile car d'autres prirent aussitôt leur place. On a beau savoir qu'aimer les gens c'est leur donner le pouvoir de nous faire souffrir plus que quiconque, à chaque fois que l'occasion se présente, la leçon ne cesse jamais d'être aussi dure.
Il n'y a rien de plus douloureux que de voir ceux à qui on tient nous trahir.
Clarke émergea dans une atmosphère d'hôpital – sans les odeurs de médicaments et les bips incessants des machines – ou de zone de quarantaine. Elle se savait allongée sur un matelas pas très rembourré, elle sentait les ressorts du sommier au creux de ses reins. La blonde tourna la tête d'un côté, le mur, de l'autre, le visage souriant de sa codétenue folle à lier.
_ Hey, chuchota celle-ci.
_ Hey, toi-même, répondit Clarke. Comment tu vas?
_ Ce n'est pas moi qui viens de faire une attaque ou je ne sais quoi. Comment tu vas, toi ?
_ J'ai connu pire.
Assura Clarke en s'asseyant elle eut un vertige, sa tête tourna, sa vision s'obscurcit.
_ J'ai connu mieux, aussi, ajouta-t-elle.
_ Il faut remercier Fett.
_ Fett ? appela Clarke.
_ Hey, bon retour parmi nous. Content de te voir en forme.
_ Il paraît que c'est toi que je dois remercier. Alors, merci.
_ Un voisin m'a apporté son aide, plaisanta Fett. Tu ne voulais pas que j'en fasse trop, est-ce que ça te paraît bien, Dante ?
_ Parfait, répondit celui-ci de sa cellule.
_ Merci, répéta Clarke, à vous deux.
_ Pas de quoi, vraiment.
_ Hey, princesse, murmura la cinglée.
Clarke se tourna vers elle, et ce qu'elle lut dans ses yeux la perturba. Elle réalisa que sa codétenue s'était véritablement inquiétée pour elle, et la blonde ressentit une bouffée de gratitude monter en elle. Clarke attira la cinglée à elle, la serra dans ses bras, lui passant lentement la main dans le dos.
La jeune femme eut l'impression fugace de se souvenir d'une sensation, celles de lèvres contre les siennes, d'un souffle se mêlant au sien, de larmes tombant sur son nez. Et elle sut que c'était sa cinglée de codétenue. Cette dernière chuchota justement à l'oreille de Clarke : « J'ai cru que tu allais mourir, que tu allais me trahir. Il n'y a rien de plus douloureux que de voir ceux à qui on tient nous trahir. Et moi, je tiens à toi.
Elle rompit l'étreinte et regarda la blonde droit dans les yeux.
_ Au fait, tu peux m'appeler Nanda.
Abby se préparait à rencontrer les chefs des clans Terriens, elle n'avait pas tout comprit, ce qu'elle savait – en revanche – c'est que si elle se présentait à ce meeting, elle serait à deux doigts d'une alliance qui permettrait aux gens de l'Arche de posséder en toute tranquillité les parcelles de terre suffisantes pour que son peuple s'épanouisse et survive. A ce moment-là, seulement à ce moment-là, ils seraient officiellement de retour sur la Terre de leurs ancêtres après cent ans loin d'elle.
Elle ne pensait déjà plus à sa fille. Sa fille, son propre sang qui la délaissait et délaissait leur peuple. Il était de son rôle de mère d'apprendre à son enfant qu'on ne peut pas tout faire comme on veut, il y a des règles à respecter et des compromis qui doivent être fait. Clarke devait comprendre cela, elle devait grandir.
Bellamy appréhendait de revoir Lexa, après ce qu'il avait découvert la concernant, et concernant sa relation avec Clarke. En dépit de ses inquiétudes personnelles, il le ferait, tout comme il allait faire tout ce qu'il fallait pour que son peuple soit à l'abri de ce peuple de guerrier barbare, qui finiraient tôt ou tard par se retourner contre eux.
Clarke retrouva avec plaisir la légèreté et la bonne humeur de Robbie qui trainait, comme il en avait pris l'habitude apparemment, en compagnie de duo inséparable que formaient Jasper et Monty.
_ Hey, lança-t-elle à la cantonade.
_ Hey, toi-même, répondit Robbie.
_ Pas marrant d'être trahie par ceux que l'on aime, hein ? Ne put s'empêcher de dire Jasper.
_ Ouais, souffla Clarke. Merci quand même.
_ Jasper, le réprimanda Monty.
_ Merde mec, rit Robbie en le bousculant amicalement, je croyais que tu savais parler aux femmes !
_ Personne n'a jamais su comment s'y prendre avec moi, répondit Clarke sur le même ton.
_ Sauf moi, sourit Robbie.
Clarke se mordit la lèvre, le sourit du jeune homme lui plaisait. Enfin, c'était juste qu'il était plutôt irrésistible... Son sourire, hein ? Entendons-nous bien. Cette simple pensée la fit rougir. D'autant plus qu'elle savait parfaitement que les yeux verts luisants cherchaient les siens.
_ Hey, les gars, fit remarquer Monty. Vous savez que vous n'êtes pas seuls, là. Et avant que vous protestiez tout le deux, sachez que je peux sentir les hormones et les phéromones qui circulent dans l'air. Autour de nous. Là, maintenant.
_ Sinon, bafouilla Robbie confus, à part ça, ça va ?
_ Oui, très bien. Ne t'en fais pas.
_ Vraiment ? dit Jasper en haussant les sourcils d'un air étonné.
_ Non.
_ Ah… nota Monty.
_ Je ne vais pas bien.
_ J'en suis navré, répondit Robbie. Si je peux faire quoi que ce soit pour t'aider, dis-le-moi. N'aie pas peur de m'embêter, non franchement, parce que je serais toujours là pour t'offrir mon épaule si tu en as besoin. Quelle qu'en soit la raison, je …
_ Mec ! le coupèrent en chœur Jasper et Monty.
_ Mais j'irais mieux, les rassura la blonde. Promis.
_ Désolé, déclara Robbie, mais je n'y crois pas.
_ Sérieusement, je ne te demande pas de me croire ou de m'aider. Ou même de t'inquiéter pour moi. Bien que je doive avouer que ça me touche que tu préoccupes de comment je vais, si tu n'apprécies pas, je ne veux pas le savoir.
_ Je fais quoi dans ce cas ? Quand les décisions que tu prends te concernant sont juste irresponsables, débiles ou lorsque tu te contentes d'ignorer le problème, de le repousse, jusqu'à ce que tu en sois complétement débarrassé.
_ Eh bien, tu te contentes de la fermer.
Ils réalisèrent seulement à cet instant que Jasper et Monty n'étaient plus avec eux, ils venaient juste de partir, les laissant se disputer comme un vieux couple. Oh ! Une fois de plus Clarke fut gênée par ses propres pensées. Pour être honnête, elle devait cependant admettre que les blessures semblaient disparaître quand elle passait du temps avec Robbie. Parfois, aussi, elle se sentait coupable de se servir de lui pour se soulager de ses maux sans jamais lui rendre la pareille. Sans doute, avait-il de même besoin qu'on lui fasse oublier tout ce qui n'allait pas dans leur monde.
_ Toi, affirma Robbie. Tu as des pensées pas vraiment pudiques.
_ Comment… ? Pourquoi est-ce que tu dis ça ?
_ Tu rougis.
_ C'est faux ! répliqua-t-elle trop vite.
_ Ah bon ? sourit Robbie, il haussa les épaules et ajouta : Si tu le dis.
Fett observait du haut de son perchoir les gens qui s'activaient dans leur camp, ils se préparaient indéniablement à se battre. Fett soupira, la seule chose qui comptait pour lui dorénavant était sa mission et protéger son peuple d'une attaque sur deux flancs n'en faisait définitivement pas partie. Et pourtant, il ne pouvait pas envisager une seule petite seconde ne pas le faire. Fett abaissa son masque rouge et noir sur son visage et s'adressa à ses troupes.
_ Mes amis, nous allons devoir mettre notre mission entre parenthèses le temps de gérer ce conflit.
_ Voilà qui ne m'enchante guère, répondit Mahon.
_ Puisqu'il le faut, rétorqua Elyas, faisons ça avec panache les amis. Nous allons briller comme les fiers guerriers que nous sommes.
_ Où est la gloire, face à une si faible résistance ? S'enquit Hilary.
_ Il faut avouer qu'elle n'a pas tort, Fett.
_ Je sais, Dante. Je sais.
_ Qu'est le plan, au juste ? voulu savoir Nanda. Clarke ?
_ J'ai mon idée sur la question, affirma la blonde.
