Coucou les gens =)


- Ce cours sera particulier. Si j'entends ne serait-ce qu'un bruit de plus que ceux autorisés, vous serez mis en retenue, avec en prime vingt point en moins pour votre maison... quelle qu'elle soit.

Sous l'ordre du directeur, vous ferez aujourd'hui la « fiole des liants ». Aucun d'entre vous ne la connait ou n'est sensé la connaître, n'étant pas au programme même. Ce n'est certainement pas une potion maléfique, affirma-t-il en regardant Mr Malefoy.

Seulement, elle révèle des informations qui pourrait changer plusieurs vie, ce n'est pas ce qui nous intéresse. Cette potion, une fois terminée ET réussie -regard appuyé sur les Gryffondors- est d'une couleur immaculée et d'une texture fluide. Il suffit de l'effleurer pour découvrir ce que l'on cherche. Vous le verrez par vous même. Les instructions sont au tableau. Exceptionnellement, appelez-moi si vous avez un doute, le professeur Dumbledore souhaite le plus de Fioles correctes.

Le professeur Rogue se tut. La dernière phrase avait jeté un trèèès léger blanc dans la salle. Plus que d'habitude, dirons-nous. Il vit ses meilleurs élèves réagir les premiers, Granger et Malefoy -malgré les tendances de ce dernier. Les chaudrons chauffèrent.

Il fallut plus de deux heures pour tout faire. Plusieurs élèves terminèrent en même temps, faisant la fierté secrète du professeur de potion. Celui-ci leurs accorda de révéler leurs fioles. A la surprise des élèves, seule la couleur changea. Et c'était toute l'astuce.

Celle de Drago était orange pâle, à son grand mécontentement. Celle d'Harry était tout simplement turquoise. Celles de Pansy et Lavande portait des couleurs proches, sans toutefois être les mêmes, un magenta sombre pour la première et un prune clair pour la seconde. Ron, qui finit peu après, se vit attribué un vert vaseux, qui le fit grimacer. Seul Neville ne fut pas autorisé à garder sa potion, mais le professeur Rogue demanda à Dean Thomas de lui fournir un échantillon vierge, lui qui venait tout juste de terminer.

Lorsqu'Hermione effleura sa potion du bout de l'index, un bleu royal plutôt foncé s'étendit autour de la pointe de son doigt jusqu'à recouvrir la surface de petit chaudron. Ron grogna comme quoi elle était la seule à avoir une couleur définie acceptable. Il se fit fusiller du regard par Rogue, et se tassa sur sa chaise, boudeur.

Le professeur apporta sur son bureau un carton, dont le contenu cliqueta en heurtant la surface du bois. Il plongea la main dedans et alla déposer tour à tour de minuscule fiole devant chaque élève.

- Quand vous aurez révélé votre couleur, vous remplirez chacun la fiole que je viens de vous attribuer. Il n'est pas nécessaire, Mr Finigan, de bâcler votre travail pour le terminer comme les autres, nous avons encore quarante minutes devant nous. Si...

Il se tut brusquement. Face à lui, le Trio d'or. Ron pâlit, croyant encore s'être attiré l'attention. Harry regarda effrontément son professeur. Mais pourtant, ce dernier ne le remarqua pas. Il regardait la potion de sa chère Miss-Je-Sais-Tout. Puis, Rogue se détourna. Il sembla à tous qu'ils le voyaient pour la première fois agité. Il arrêta Seamus lorsque celui-ci allait définir sa couleur, et en prit une louche en prenant garde à ne pas la toucher pour la verser en suite dans un bol propre. Il tournait alors le dos à ses élèves, travaillant dans une étagère au fond de la salle.

- Si j'étais vous, je retournerai à ma place, Mr Zabini, gronda-t-il.

Blaise, qui s'était écarté de peu de son bureau pour apercevoir les manigances de Rogue se rua sur sa chaise, jusqu'à manquer basculer au sol.

Les mains du professeur se fermèrent en deux poings blancs serrés. Il se détourna.

- Bien. Gravez vos noms sur votre Fiole avec le sort Coupolithos. Les lacets de cuir que je vous passe vous serviront à l'utiliser comme pendentifs, une fois que le professeur Dumbledore les aura examinées. Déposez vos potions sur mon bureau et décampez. Le court est terminé.

Severus se massa la tempe en soupirant. Il y avait une chance... Une seule chance sur près d'un milliard que cela arrive. Cela avait beau être le but du directeur, il n'en était pas moins que le fait que cela arrive devait être proche de zéro.

Il se redressa et se lava de son fauteuil avant d'attraper le carton plein sous le bras et de sortir de sa salle de classe. Direction le bureau directorial.

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- Ah Severus ! Que me vaut cet honneur ?

- Vous le savez très bien Albus, répondit-il, las. Voici les Fioles des Serpentards/Gryffondors.

- Bien bien. Suis-moi, nous allons comparer les résultats avec ceux des autres.

Les autres, c'étaient les autres septièmes années, Poufsouffle et Serdaigle, ainsi que les professeurs et tous les membres de l'ordre du Phénix. A leur insu, les éventuels futurs mangemorts participaient au plan de Dumbledore.

Faiblement, Severus avança qu'il n'y avait que peu de chances que cela aboutisse. Le regard qui lui répondit lui fit savoir qu'il s'était lamentablement démasqué.

- Severus, devrais-je savoir quelque chose ?

- Vous le verrez bien après tout.

Et il se tut, sortant les pendentifs colorés de leurs boites pour les disposer sur l'énorme table leur faisant face. Albus soupira, il savait très bien que son protégé ne dirait rien, il semblait mal à l'aise. Le directeur avait toute les raisons de penser que ce qu'il cherchait avait été trouvé et que son maitre de potion était impliqué dans l'affaire.

Lorsque toutes les fioles furent devant eux, bien en vue, un sort les tria par différence. Il fallut à Dumbledore recommencer car, dans ses préoccupations, elles s'étaient ranger par ordre alphabétique et non par coloration.

Il ne lui fallut que peu de temps pour remarquer une paire. Severus se tendit.

- Regarde, mon cher Severus, nous en avons une ici ! Jaune paille. Cela ne m'étonne peu de Mr Finch-Fletchey, mais je m'attendais plus à du vert pour Miss Abbott. Mais si je regarde bien, Severus, nous avons trois paires, bien plus qu'aucune que vous espérez...

Les chances de ne pas être reconnu furent anéanties. Évidemment.

- Humm... voilà qui va nous donner des soucis...

Severus ferma les yeux.

- Oh et puis Miss Granger est une magnifique jeune femme, n'est-ce pas ?

- Ne m'enfoncez pas Albus.

- Certes, certes... Je dois t'informer qu'Hermione est autant majeure dans le monde sorcier que le monde moldu. Et il FAUT que vous travailliez ensemble. Que tu fasses parti de mon plan ne le change aucunement, mon fils. Je chargerai Pomona de mettre au courant nos deux Poufsouffles, et je m'occuperai moi-même de Mr Shacklebolt et de la fille de Savage.

Severus resta silencieux. Que son père de substitution lui donne son accord ne changeait rien. Il était lié à une élève.

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- Miss Granger. Je suppose que, malgré mes instructions, vous avez encore fouillé dans la Réserve à propos de potions supérieures ? Que savez-vous de la Fiole des liants ?

Hermione rougit violemment, provoquant un haussement de sourcils chez son professeur. Pour une fois, cela aurai pu être comique.

- Hum... Disons... Tout ce qu'il y a dans les deux seuls livres en parlant à la bibliothèque...

- Évidemment, murmura-t-il pour réponse. Vous savez donc ce que représente votre Fiole ?

- La couleur représente la personnalité de la personne. Des études ont été faites pour établir un code couleur qui n'est que trop vague. En tout cas, elle représente une tendance dans la magie, comme une affinité avec une particule élémentaire.

- L'encyclopédie est de retour, l'entendit-elle marmonner. Je dois donc comprendre que vous le savez. Que ce passe-t-il lorsque deux personnes ont l'exacte même nuance ?

- Que … Vous ne… Ce matin … ? Pardon ?

- Je vois… Miss Granger, je vous prie de faire un effort de coordination.

- Les deux personnes dépendraient hypothétiquement de la même particule magique, et seraient donc sur la même longueur d'onde mentalement, moralement et magicalement… J'ai peur de savoir en quoi cela me concerne désormais en particulier, professeur.

Severus sortit de sa robe de sorcier un petit pendentif puis le tendit à Hermione.

- Votre Fiole.

Il en sortit un second, d'une poche extérieure cette fois-ci, avant de faire de même qu'avec le premier.

- Et la mienne.

Hermione, bouche ouverte, examinait les deux potions, pourtant identiques, cherchant la moindre petite différence inexistante dans les tourbillons d'un bleu profond. Elle soupira. Evidemment qu'elle s'en doutait… depuis qu'il lui avait demandé les propriétés de la potion, mais elle avait refusé d'y croire tout simplement. Sérieusement, elle et le professeur Rogue ? Car, du peu de témoignages disponibles publiquement, la plupart des liants se retrouvaient attachés à vie. Ils devenaient amants, contre leur volonté mais avec tout leur accord… Elle et Rogue. Hermione et Rogue. Hermione et Severus Rogue. Hermione et Severus. Severus Rogue et Hermione. Severus et son épouse…

En voyant le regard de son élève changer, Severus sut qu'elle savait. Alors silencieusement, il se leva et sortit le premier de son propre bureau. Pour la laisser réfléchir, se justifia-t-il. Pourquoi aurait-il des raisons de se justifier ? Après tout, il ne lui devait rien… Du moins, pas encore…

Bon sang, pourquoi lui ?

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Hermione, plongée dans ses pensées, remontait lentement les escaliers vers la tour de Gryffondor. A tel point qu'elle ne se rendit pas immédiatement compte que ceux-ci avaient déviés. Ils l'avaient menée à une petite tour qui ne devait être nettoyée qu'une fois les trente-six du mois, à en juger par son état, pleine de poussière, de gravas et de toiles d'araignées. Néanmoins, des traces de pas assez récentes se détachaient au sol.

- Miss Granger ?

- Oh ! Professeur Dumbledore, je…

- Ne vous inquiétez de rien, ma chère.

Hermione avait une moue contrite. Elle aurait du être dans sa salle commune depuis une demi-heure.

- Dois-je supposer que Severus vous a parlé ?

- Vous êtes au courant ? Oui, bien sûr que vous êtes au courant, c'est vous qui êtes l'instigateur de tout ce… Excusez-moi.

- Ce n'est rien, Hermione. Vous voulez bien que je vous appelle Hermione ? Après tout… Mon fils vient parfois ici, après ses missions.

-Votre… Fils ? S'étrangla-t-elle.

- Severus est comme mon fils, Hermione, bien qu'il porte le nom de son père, et celui de sa mère à l'occasion.

- Le prince de sang-mêlé…

- Exactement. Tout cela fait partit de mon plan. Je pense que Severus pourra vous l'expliquer mais à défaut, je le ferais. Bonne nuit, Hermione.

- Bonne nuit professeur.

Elle resta ainsi, parmi les pierres désolées avant de devoir partir, ne souhaitant pas se faire prendre par autre que le directeur, qui, au passage ne lui avait pas fait la morale ou ôter quelques points…

Elle prit garde à ne pas se retrouver de l'autre côté du château par la faute des assemblages de marches têtus. Quel était donc le fameux plan de Dumbledore ? Etait-il aussi simple que d'avancer des Liants dans cette guerre pour n'avoir qu'un faible avantage ?

Elle y réfléchirait bien plus tard. Elle avait un lié désormais, et c'était assez embêtant envers ce dernier…

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- Professeur Flitwick, je suis venu chercher Miss Granger, de la part du professeur Dumbledore.

- Mais faites donc, mon cher Severus, s'exclama le vieux et petit sorcier de sa voix fluette à son ancien élève et désormais collègue.

Hermione se leva et rangea silencieusement ses affaires tandis que le cours de sortilèges et enchantements se poursuivait. Harry et Ron la suivirent du regard (ainsi que d'autres élèves étonnés, de Poufsouffle ou de Gryffondor). Rogue lui tint la porte avant de la refermer derrière lui. Il ne fit pourtant aucun pas vers le couloir et Hermione dut se tourner vers lui.

- Vous n'êtes pas venu pour me conduire à Dumbledore ?

- Le professeur Dumbledore, Miss Granger. Je compte profiter de cette heure qui m'est libre pour que l'on discute. Je ne doute pas que vous n'aurez aucun problème à rattraper une heure où vous aviez déjà effectué tous les sorts à apprendre, se moqua-t-il.

Hermione souffla, mais sourit néanmoins. Venait-il de faire une tentative de sarcasme détourné vers l'humour et sans méchanceté profonde ? Il ne devrait pourtant pas encore ressentir un lien entre eux. Devinant sûrement le cheminement de ses penser, Severus lui indiqua qu'il ne faisait cela qu'exceptionnellement pour leur faciliter la tache. La Gryffondor acquiesça et le suivit jusqu'à son bureau. Il la mena finalement à ses appartements de fonction et la pria de s'assoir sur l'un des fauteuils de cuir face à la cheminée. Il tourna lui-même le sien vers elle.

- Miss Granger, je…

- Je crois que vous avez le droit de m'appeler par mon prénom, maintenant, professeur.

- Je n'en ai pas l'habitude, grinça-t-il en réponse.

- Peut-être vaut-il mieux de la prendre maintenant… Excusez-moi, ce n'était qu'une proposition…

Il effaça ses excuses d'un signe de la main.

- Très bien. Hermione… -il soupira- L'on m'a demandé de vous mettre au courant à propos du plan principal de l'Ordre du Phénix dans cette guerre. La meilleure façon de gagner est d'utiliser les faiblesses de l'adversaire. Et Albus nous rabâche depuis des années que celle du Seigneur des Ténèbres est tout simplement l'amour, ou son manque plutôt. Peut-être y a-t'il une force propre aux liants que vous ne connaissez pas. Les liants font appel à la magie ancienne, toutes particules étant présentes depuis la nuit des temps. Ils font appel en particulier à Leur particule élémentaire, dont les attributs préférentiels se déterminent grâce à la couleur de la potion. La méthode ne marche qu'avec les deux liants proches l'un de l'autre physiquement et mentalement. Il nous faudra à tous un entrainement particulier et des moyens de faire connaissance. Les autres Fioles serviront à la méditation magique de chaque élève, les Liants n'étant qu'une partie importante du plan, la puissance magique et la stratégie en étant le but.

- Qui a-t-il d'autre que nous dans l'affaire ?

- Mr. Finch-Fletchey et Miss Abbott, ainsi qu'Emily Savage et Kingsley Shacklebolt.

- C'est tout ?

- C'est énorme, Miss Granger. Pardon, Hermione. Les entrainements seront le samedi en soirée. Quand à l'autre condition… Ce sera à nos soins.

- Du moment qu'on n'utilise pas le prétexte des retenues, s'esclaffa Hermione.

Étonnamment, Severus ne dit rien, il s'abandonna même à échapper un petit sourire en coin, qui laissa Hermione pantelante, malgré elle. Et elle se dit alors que s'il n'avait pas été son professeur, s'ils n'étaient pas en guerre, c'aurait été la même chose et elle n'aurait pas douté. Severus n'était pas vraiment un bel homme, mais quand il souriait comme ça, cela le changeait du tout au tout. Et il était incroyablement charismatique, et ce depuis bien avant qu'elle ne le rencontre, à son avis. Mais Hermione doutait plus de son pouvoir à elle. Elle n'était pas belle, ni jolie et on lui avait bien fait ressentir. Et dire que Severus y avait franchement participé la mettait bien trop mal à l'aise. Il ne voudrait jamais d'elle, même inconsciemment.

- Hermione ?

Elle sursauta et essaya apparemment de lui sourire, comme pour le rassurer. Certainement une habitude prise avec ses amis. Mais avec lui, ça ne marchait pas. Il avait bien vu qu'elle s'était refugiée dans ses retranchements et qu'elle était devenue peu après toute livide. Il ne doutait pas qu'il en était la cause, mais qu'avait-il dit de mal cette fois-ci ?

- Si cela ne vous dérange pas, nous pourrions nous voir après les entrainements…

- Oui, bien sûr. Ca ne me dérange pas. Je… Je vais devoir aller en cours, excusez-moi, finit-elle en regardant sa montre.

Il acquiesça et la guida jusqu'à la porte. Elle partit sans se retourner. Il se détourna et entra dans sa classe, attendant ses troisièmes années.

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- Nous ne sommes pas fait pour être ensemble…

- Allons Severus…

- Cela fera bientôt deux mois. Deux mois ! Justin et Anna sont en couple depuis plus de trois semaines, et Emily et Kingsley sortent ensemble autant qu'ils le peuvent, alors qu'elle a divorcé seulement depuis six mois ! Mais avec Hermione, on n'avance pas… Je ne comprends plus rien. A un moment je crois que nous sommes proches, puis sans m'en rendre compte, elle n'est pas du tout avec moi…

Albus posa une main réconfortante sur son épaule.

- Quelque chose la tracasse sans doute dans votre prochaine relation. Ce n'est pas à moi de lui demander quoi.

- Evidemment, ce qui doit la tracasser, c'est moi. Comment une jeune fille comme elle voudrait être avec… quelqu'un comme moi. J'ai l'âge d'être son père en plus.

- L'âge ne doit en rien interférer là dedans. Rosmerta avait bien neuf ans de plus que toi.

- C'était il y a quatre ans ! Et j'étais soul la première fois, après c'est elle qui ne m'a pas lâché…

- Donc en suivant l'avis des femmes, Hermione n'a pas de raison d'être repoussée par ton physique.

- Elle n'a pas trente ans, et aucune expérience, si j'en crois ce que j'ai déduis.

- Elle est pourtant mûre pour son âge.

- Je croyais que l'âge ne devait pas compter.

- Severus ! S'il-te-plait. Demande lui pourquoi. En dehors de vos rendez-vous habituels si possible.

Severus hocha la tête. Albus lui pressa l'épaule une dernière fois et sortit. Il se prit la tête entre les mains. Il était sûr qu'Hermione ne voulait pas de lui, même avec la force des Fioles. Ils avaient trop peu en commun. Ils allaient entrer dans le mois de mai et n'avaient pas pour le moins du monde avancer. Ils parlaient, souvent, mais ce n'était jamais personnel. Il l'avait pris par les épaules une fois en rentrant d'un entrainement. Hermione avait semblé se détendre quelques secondes mais s'était doucement dégagée peu après.

Ca l'avait quelque peu découragé, et il n'avait plus pris d'initiatives depuis.

En soupirant, il se redressa sur son fauteuil. En face de lui, toujours, il ya avait celui d'Hermione.

Il irait lui parler. La semaine prochaine. Non, avant. Bientôt. Oui bientôt. Oh au diable ! Ce soir ! Maintenant, même !

Il se leva et chercha dans son bureau parfaitement rangé, parfois trop, l'emploi du temps de sa liée. A son cou, le petit pendentif de sa Fiole pendait sous sa chemise. Il ne la retirait presque jamais. Sauf quand il avait peur de la briser. Hermione avait arithmancie, puis après métamorphose. Tant pis. C'était peut-être important pour lui, mais ça l'était aussi pour la guerre. Elle n'aurait jamais du être intégrée dans cette histoire, elle était bien trop en danger à son goût après.

Arrivé devant la salle d'arithmancie, Severus ne prit même pas la peine de frapper pour s'annoncer, et entra sans attendre. Il se reprit in extremis et au lieu d'hurler comme il avait failli le faire, il appela juste Hermione par son nom de famille. Avec un signe de tête envers sa collègue, il quitta la salle, et tout deux se dirigèrent en silence vers les appartements du premier.

Le silence était pesant sur le chemin, et Hermione était tendue. C'était idiot, elle le savait, il n'avait pas le droit de lui faire de mal, mais elle avait peur en voyant son visage aussi fermé. Mais il avait pris l'habitude de la laisser voir un minimum dans ses yeux et expressions, tout en essayant de le cacher aux autres. Et là, rien.

Il se laissa de nouveau tomber sur son fauteuil et se pinça l'arrête du nez. Maudites soient ses pulsions, il n'avait même pas pu attendre la fin de ses cours.

Hermione, doucement, avait posé son sac à l'entrée et s'était assise en face de lui, comme d'habitude.

- Hermione, commença-t-il.

Elle ne répondit pas, la mine inquiète et les sourcils froncés.

- Hermione, dis-moi…

- Quoi donc ?

- Pourquoi tu… Pourquoi on n'avance pas tout les deux ?

- Pardon ?

- Tu vois très bien ce que je veux dire.

Il se leva et commença à faire les cents pas. Il ne voulait pas l'accuser. Ce n'était pas de sa faute s'ils étaient liés. Il se rassit au bord de son fauteuil, se rapprochant le plus possible d'elle sans pour autant bouger le meuble. Il manquerait de tomber à chaque seconde d'inattention, ainsi les fesses à l'extrême bord du coussin. Il s'empêcha de lui prendre les mains. Il s'était rendu compte bien malgré lui qu'il était entièrement pris, ou plutôt épris quelques semaines auparavant. Le lien l'avait amadoué. Dès lors, le comportement d'Hermione avait commencé à le blesser.

- C'est ridicule. Je sais aussi bien que toi que nous sommes forcés dans cette relation, reprit-il. Mais… Dis-moi ce qui te gêne… Je dois t'avouer que… Enfin, explique-moi…

Hermione n'avait fichtrement rien compris. Néanmoins elle lui devait la vérité.

- On n'est… pas vraiment fait pour être ensemble.

- A la vue de ton comportement, je n'ai pu en déduire autrement, cracha Severus, sarcastique.

- Je ne suis pas faite pour toi ! Se récria-t-elle. Je n'ai pas oublié ce que tu pense de moi…

- De quoi parles-tu ? Comment peux-tu savoir ce que je pense de toi ?

- Tout ce que tu m'as dit lorsque l'on n'était pas encore des liés conscients…

- Que… Quoi ? Non ! Hermione, regarde-moi !

La colère de Severus était palpable. Une veine battait furieusement dans son cou. Si ses yeux n'avaient pas été aussi sombres, Hermione aurait pu voir leur dilatation. Des mèches de cheveux lui tombaient en désordre sur le front, devant ses yeux et son nez, accentuant son charme caché.

- Pourquoi ne veux-tu pas voir tous les efforts que j'essaye de faire envers toi ? Prends-le dans le sens où tu es l'une des rares personnes à retenir à ce point mon attention ! J'ai souvent dit plus de conneries dans ma vie que de compliments ! Toi, pour jouer mon putain de rôle. Lily, sous le coup de la colère. Albus, avec ses foutus bonbons au citron aux mauvais moments. Lucius, pour avoir dit à sa femme qu'il la trompait alors que c'était faux… Quoi d'autres ? Tellement… Tous des exemples de malheureuses paroles qui font tout dans une vie. Alors s'il-te-plait, s'il-te-plait. Oublie tout ce que j'ai pu te dire autrefois, supplia-t-il.

- … Qu'as-tu fait à Lily ? demanda Hermione après quelques secondes.

- Elle m'a défendu un jour, et en retour je l'ai traité de Sang-de-Bourbe. C'était ma meilleure amie, et j'étais amoureux d'elle. Sincèrement. Ce ne fut pas ma seule erreur envers elle, c'est moi qui ai provoqué sa mort en rapportant la prophétie au Seigneur des Ténèbres. Cela me rappelle que je n'ai aucun droit de te revendiquer. Mais je ne peux pas faire autrement. Tu as pris sa place aujourd'hui. La place de Lily. Et ça me met plus en rogne, car tu t'éloignes de moi.

Hermione ne semblait pas avoir compris. Elle cligna des yeux, plusieurs fois de suite, avant de lui demander d'être plus clair. Pour la seule élève de Poudlard qui avait compris le discours d'Ombrage de début d'année, elle était drôlement perdue. Pour répondre à sa demande, Severus ne trouva pas d'autre moyen que d'enfin prendre ses mains dans les siennes et se pencher sur elle jusqu'à frôler son visage. Il louchait sur sa bouche et son souffle déjà erratique courait sur les joues de sa compagne. Il s'humecta les lèvres et son regard remonta. Ils se regardèrent ainsi dans les yeux pendant un moment, Severus essayant de lui faire comprendre qu'il lui laissait l'initiative du premier baiser. Mais lorsque l'attente fut trop longue pour lui, il gémit et se hâta sur elle, poussé par un besoin. Il fallut à Hermione quelques nouvelles secondes pour faire le lien entre le discours incompréhensible et ces lèvres qui caressaient les siennes. Severus fut alors plus que surpris de la sentir répondre avec tant de passion, qu'il cessa tout mouvement avant de la prendre sur ses genoux. Et ce qui devait arriver arriva. En position déjà bancale sur son fauteuil, Severus glissa brusquement au sol, Hermione sur lui. Ils éclatèrent de rire, le premier bien plus discrètement que la seconde, son visage dans sa nuque tandis qu'elle rejetait la tête en arrière, emportée par ses éclats. Le dernier couple de liants était en place, se serait amèrement dit Dumbledore, s'il n'était pas en pleine réunion. Il aurait préféré que son fils trouve l'âme-sœur dans d'autres circonstances.

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Les entrainements portèrent leurs fruits. Chaque couple étant en total accord. Les élèves avaient eu le droit en fin d'année à plusieurs cours de méditation et contrôle magiques, avec obligation de porter leurs Fioles autour du cou jusqu'à la fin de la guerre. En apprenant l'existence de deux couples de Liants à Poudlard, certains attendirent leurs liés toute leur vie, d'autres l'évitèrent comme la peste. La puissance des élèves sortant de Poudlard cette année-là fut remarquée, et Beaubâton utilisa la même méthode sur leurs dernières années. Les mangemorts furent écrasés par le nombre et la magie de leurs ennemis quelques années plus tard. Voldemort finit par se cacher, mais peu malin, il repartit dans ce même endroit en Albanie. Harry, entouré de ses plus proches amis, des membres de l'Ordre et particulièrement des couples de Liants, provoqua le premier la dernière bataille. Le monde était en paix, malgré les pertes à la clef.

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- Humm…

- Hermione… Réveille-toi.

Severus lui caressait doucement le bas du dos, où le drap ne la recouvrait plus. Il l'embrassa entre la nuque et l'épaule droite puis se leva. Hermione sourit. Après avoir réglé leurs différents, ils s'étaient avéré le couple le plus fougueux de tous. Kingsley devait encore en retenir ses sourires.

Revêtue sommairement que d'un peignoir à peine fermé, elle retrouva son amant dans le petit salon qui avait vu la naissance de leur liaison. Hier avait été la commémoration de la fin de la première guerre, soit l'anniversaire de mort des Potter. Celle de la fin de la dernière guerre était passée depuis cinq mois, à Poudlard à la mi juin. Ils s'étaient préparés ensemble et séparément. C'était assez bizarre, car ils étaient tout les deux sans être dans la même pièce. 'L'osmose' disait philosophiquement Remus quand ils en parlaient.

Peu à peu, à Godric Hollow, les sorciers avaient remplacés les moldus dans ce lieu de recueil, et en avait fait un village entièrement magique, où la célébration de la veille s'était passée. Des discours, des discours, puis des banquets, des danses, et finalement, une procession joyeuse de lampions toute la nuit pour les victimes de la première génération de combattants jusqu'à l'heure de la disparition du mage noir.

Hermione prit des mains la tasse de thé que Severus buvait jusqu'alors et la sirota. Elle l'entendit marmonner quelque chose comme « sale peste de Gryffondor » ou un truc de ce genre.

Lorsqu'on frappa au tableau de leurs appartements, elle referma rapidement son peignoir, Dumbledore ayant prit la mauvaise habitude d'ouvrir le passage sans entendre de réponse pour voir son fils et sa futur belle-fille, comme lui-même aimait le dire. Ne voyant personne entrer, Severus haussa un sourcil et se dirigea vers l'entrée, prêt à inviter l'importun visiteur.

- Je ne vous ai pas donné rendez-vous chez moi. D'ailleurs, je n'ai donné de rendez-vous à personne, ni demander de vous assembler ainsi devant mon tableau, dit-il sarcastique en voyant la dites personne.

Ou plutôt les dites personnes. Dans sa tenue peu recommandable pour recevoir, Hermione vit entrer tour à tour certaines des personnes qu'ils avaient croisé la veille. Remus et Tonks, fraichement mariés, tout comme Anna et Justin. Puis Harry et Ginny, Ron et Luna –malheureusement pour Severus-, Kingsley et Emily, ainsi que Neville.

Rouge de honte, Hermione se refugia en vitesse dans leur chambre, sous les rires, et se changea. Lorsqu'elle revint, elle vit tout ce beau monde assit dans leurs fauteuils et chaises, ces premiers n'étant pas assez nombreux sous l'assaut impromptu.

- Que nous vaut cette… Visite ?

Harry sourit.

- La vie.

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La seule chose à ajouter serait que j'ai été heureux. Le jeune Potter avait raison. La vie justifie tout. Elle justifie la mienne, la sienne, la leur… Le fait qu'Hermione m'ait choisit contre la raison. Pour cette vie. Au fil des générations, nos enfants et descendants se sont intégrés dans la sphère. Ils ont vécus à leur tour. Et nous vivons encore, pour savoir la suite, pour ne pas voir la fin… Une époque est révolue.


Verdict ?

Mon avis, c'est que même pour moi, la fin est floue =)

A vous d'imaginer ;)