Harry suivait docilement le groupe de Serpentard, continuant d'ignorer Pansy qui s'accrochait à lui comme à une bouée de sauvetage.
Nott quant à lui, observait la scène avec méfiance. Drago lui avait parlé de son échange avec Potter, et il avait suivi avec beaucoup d'amusement les péripéties du survivant à l'infirmerie. Mais cette substitution ne devait durer que deux ou trois heures tout au plus. Normalement ils auraient déjà dû avoir retrouvé leurs corps d'origine, alors pourquoi avait-il Potter en face de lui et non Dray ? Car c'était indiscutablement Potter. Le jeune Malefoy n'aurait pas eu l'air si content devant une simple assiette de sucreries, et il serait bien plus froid avec Pansy.

Il se promit de mettre les choses au point dès qu'il aurait l'occasion de se retrouver seul à seul avec l'imposteur.

Harry était tout à fait inconscient de la méfiance qu'il suscitait, il suivait le groupe sans se plaindre, résigné.
Il grignotait un morceau de tarte en marchant, songeant sombrement à un moyen de s'évader lorsqu'il aurait repris son apparence.

« S'ils voient Harry Potter dans leur dortoir ça va être l'émeute, je suis sûr qu'ils seraient même capables de me jeter un Avada Kedavra ou deux… »

En effet, parmi les élèves de Serpentard, beaucoup devaient avoir quelques griefs contre lui. Ils étaient un certain nombre à avoir un parent ou un ami à Azkaban par sa faute.
Le survivant était quand même soulagé. Il n'avait jamais porté les élèves de cette maison dans son cœur, mais il avait craint qu'après la guerre, tous ceux qui avaient eu de la famille ou des amis aux côtés de Voldemort ne soient mis de côté et méprisés. Bien sûr ça avait été le cas un moment, et il savait parfaitement que son pire ennemi avait subi des agressions physiques et verbales à de nombreuses reprises. Mais au cours des mois, grâce aux interventions de l'Ordre du Phénix, la colère et la haine s'étaient altérées.
Lui-même avait pris la défense de la famille Malefoy lors de leur procès. Ca lui avait semblé naturel, parce qu'il avait été sauvé par Narcissa, et qu'il avait vu Drago renoncer à tuer Dumbledore.

« Et lui il me fait vivre ça ! Il n'a aucune reconnaissance ! grommela-t-il tout haut.
- Qu'as-tu dit Dray ? minauda Pansy.
- Rien… »

Ils arrivèrent devant la salle commune des Serpentard. Trois jeunes filles attendaient devant l'entrée. Lorsqu'elles aperçurent Harry, elles se jetèrent sur lui avidement.

« Tu te souviens de nous Drago ? »

Harry bien entendu ignorait complètement de qui il s'agissait. Il lorgna l'écusson qui se trouvait sur leurs poitrines. Elles étaient à Serdaigle.
Tentant de cacher son ignorance, il leur fit un sourire poli, les encourageant ainsi à monologuer. Celle qui avait parlé se détendit.

« J'avais peur que tu ne nous en veuilles pour la dernière fois, glissa-t-elle en lui lançant un regard langoureux. A propos de cet objet dont nous avions parlé, nous voudrions vraiment ton accord. »

Elle s'arrêta, comme si elle s'attendait à se faire mettre en pièces par l'objet de son admiration. Mais Harry, qui ne comprenait pas où elle voulait en venir, continuait de sourire bêtement. La jeune femme, encouragée, continua sa promotion.

« Alors, nous voulions savoir s'il serait possible de le commercialiser. Ce ne serait pas pour le grand public, juste une édition limitée réservée à nos meilleurs clients. »

Le survivant n'y comprenait pas un traître mot, mais il décida de faire comme si c'était le cas, et il accepta sans hésiter. Les trois Serdaigle le regardèrent avec adoration, le remerciant chaleureusement pour son accord. Puis, elles se dépêchèrent de partir afin de ne pas lui laisser le temps de changer d'avis.

Harry Potter venait de donner son accord pour la vente de poupées gonflables double usage à l'effigie de Drago Malefoy.

« Depuis quand entretiens-tu des rapports amicaux avec ton fan-club Dray ? demanda Blaise, qui était étonné de voir son ami aussi conciliant alors qu'il avait pesté contre elles constamment depuis l'incident du Poudlard-express.
- Mon fan-club ? » répéta Harry, incrédule.

Il avait également un fan-club, et cherchait généralement à l'éviter le plus possible. Mais il ignorait que Drago en possédait un. A bien y réfléchir, ce n'était pas très étonnant. Dernièrement, Malefoy avait fait de nombreuses unes de journaux à scandale.

Pansy émit un claquement de langue agacé, et resserra son emprise sur le bras de Harry.

« Serpent à sonnette. » dit-elle sèchement.

La porte de la salle commune s'ouvrit, et ils entrèrent dans la pièce. La décoration était toujours aussi sinistre. Le survivant pria pour que les chambres ne soient pas aussi glauques. Il regrettait la chaleureuse ambiance cosy de Gryffondor, et fermant les yeux, il bénit le jour où il avait supplié le Choixpeau de ne pas le mettre à Serpentard.

« Tu dois être fatigué Dray, commença Pansy les yeux baissés. Si tu veux, je peux te raccompagner jusqu'à ta chambre. »

Le survivant n'avait qu'une envie, se mettre sous les draps et s'endormir comme un bienheureux. Il avait passé une journée épouvantable, et ne voulait pas rester au milieu d'une foule de Serpentard. C'est pourquoi il ne réfléchit pas trop et acquiesça de la tête.
Si Nott avait voulu comparer la tête de Pansy avec celle d'un animal il aurait dit celle d'une grenouille devant un festin de moucherons. Il saisit Harry par le bras et l'entraîna de force loin de la jeune sorcière.

« T'es fou Potter ? Tu veux te faire violer ? » lui glissa-t-il à l'oreille.

Le Gryffondor le dévisagea, choqué.

« Comment sais-tu… » commença-t-il d'une voix blanche.

Nott ne répondit pas, Blaise venait de réapparaître à côté d'eux.

« Théo, tu viens de priver Pansy du plus beau jour de sa vie tu sais ? »

Théodore ne répondit pas, il conduisit Harry jusqu'à un large fauteuil et le poussa contre les coussins. Le survivant se vautra dans le velours vert, et se remit péniblement en position assise, fusillant du regard Nott qui s'était installé dans un canapé en face de lui.
Blaise observait le comportement des deux sorciers avec des yeux ronds.

« Dray ! »

Zabini eut une expression horrifiée, et Nott se tendit sur son siège.

« Grey… » marmonna ce dernier.

Harry dévisagea le Serpentard qui l'avait appelé. Techniquement il avait appelé Malefoy, mais à cet instant précis, Malefoy, c'était lui.
C'était un élève de son année, il était timide et se mêlait peu aux autres Serpentard, en tout cas c'est l'impression qu'il lui avait donnée.

« Va-t'en Grey, ce n'est pas le moment. »

Théodore souhaitait limiter les dégâts au maximum. Si cet idiot de survivant montrait ne serait-ce qu'une miette de sympathie envers le jeune homme, Drago ne pourrait plus jamais s'en débarrasser. Mais Grey ne l'écouta pas et s'assit à côté de Harry, le dévorant des yeux.
Le Gryffondor se sentit mal à l'aise devant ce regard insistant. Nott le scrutait avec insistance, essayant de lui faire passer le message : Attention danger imminent.

« Grey ! Qu'est-ce que tu fous là ? »

Pansy était revenue, remise de son faux espoir et une pointe de dépit dans la voix. Elle haïssait le sorcier, le voyant comme un rival.
Le serpentard ne répondit pas, se rapprochant langoureusement de Harry. Celui-ci changea de couleur plus vite qu'un feu de signalisation, et se recula vivement. Il allait se lever pour partir en courant, mais Grey fut plus rapide et lui attrapa la main.

« Je t'aime Dray. » lui susurra-t-il à l'oreille, d'un ton presque désespéré.

Pansy et Blaise s'étaient figés, horrifiés. Drago n'avait jamais pu supporter les déclarations du jeune sorcier, et il y avait toujours répondu en lançant une pluie de sortilèges variés et dangereux. Le survivant ne s'attendait pas à recevoir une déclaration d'amour, par un homme de surcroît. A en juger la tête que faisaient les amis de Malefoy, à sa place, celui-ci aurait sans doute très mal réagi. Il se tourna donc vers Grey, retirant sa main de la sienne doucement et fermement.

« Je suis désolé, mais ce n'est pas réciproque. » déclara-t-il fermement, le regardant dans les yeux.

Le sorcier le scruta, ébahi. Drago n'avait jamais cherché à parler avec lui, il se contentait de lui lancer des sortilèges avec un air hautain et exaspéré. Il était vraiment heureux d'obtenir ne serait-ce qu'un semblant de dialogue.

« Parce que je suis un homme ? » demanda-t-il, prenant son courage à deux mains.

Harry le regarda sans répondre, désarçonné par la question. Ce n'était pas dans sa nature de partir sans un mot, ou d'agir froidement envers les autres. Même s'il se trouvait dans la peau de Drago Malefoy, il ne pouvait pas agir comme lui, surtout devant l'expression perdue et suppliante du sorcier qui se trouvait en face de lui.
Il se gratta le crâne, réfléchissant à une réponse appropriée.

« Eh bien… commença-t-il. Pas vraiment. Je n'ai jamais été attiré par un homme avant, mais si je tombais amoureux ça n'aurait pas d'importance je crois. C'est juste que je n'ai pas de sentiments envers toi. Même si tu souhaites que je partage ce que tu ressens à mon égard, ce n'est pas aussi simple. Bref, je ne t'aime pas, et ça ne changera probablement jamais. »

Il avait sorti son argumentation sans réfléchir. Ce qu'il venait de dire, c'était ce qu'il pensait en temps que Harry Potter. Blaise, Pansy et Grey le regardaient avec stupéfaction. Non seulement Drago venait de faire un monologue d'une longueur inhabituelle, mais en plus il avait parlé de sentiments. Nott se frappa le front du plat de la main. Cet imbécile de survivant venait d'encourager la meute masculine qui admirait Drago en secret à venir lui faire la cour. Avant qu'il n'y ait d'autres dégâts, il saisit le survivant.

« Tout le monde est fatigué, alors on va aller se coucher. » clama-t-il en traînant Harry dans son sillage.

Les Serpentard étaient trop choqués pour réagir, et Théodore fit monter le faux Drago dans leur dortoir sans rencontrer de résistance.
La chambre était spacieuse et chaleureuse, malgré le vert omniprésent.

« Voici ton lit. » lui indiqua Nott d'un geste nonchalant.

Harry s'assit sur le bord du matelas, mal à l'aise tandis que le Serpentard restait debout au milieu de la pièce, le toisant calmement, les sourcils froncés.

« Je peux avoir une explication Potter ? »

Harry lui expliqua alors les évènements de la journée, en particulier le problème de polynectar.

« Donc, si je comprends bien vous devriez retrouver votre apparence dans les heures qui viennent ? »

Le survivant acquiesça.

« Très bien, tu resteras tout le week-end dans ce lit, baldaquins tirés, je dirai aux autres que tu es fatigué et qu'il ne faut pas te déranger. Quand tu auras repris ton apparence, appelle-moi, je t'aiderai à sortir sans te faire remarquer. »

Harry le remercia chaleureusement. Nott l'ignora et commença à vaquer à ses propres occupations. Le survivant se cala confortablement dans le matelas, et décida de regarder la liste de recommandations faites par Malefoy. Il ouvrit le parchemin.

Potter, tu as intérêt à respecter ces règles, sinon tu auras affaire à moi.

Des sueurs froides lui coulèrent le long du dos, le début n'était pas très engageant. Il lut la suite avec appréhension.

Tu ne donneras pas le moindre espoir à Pansy.
Tu ne côtoieras pas mon fan-club.
Tu ignoreras Grey.
Tu ne souriras pas une seule fois.
Tu ne parleras pas.

Harry s'arrêta de lire. Il n'en avait pas respecté une seule. Craignant le pire, il recommença sa lecture. Heureusement, la suite n'était qu'une liste de recommandations de style et des conseils d'utilisation pour ses crèmes de jour, de nuit, d'après-midi, ses différents masques, shampoings, etc… A la fin du parchemin se trouvait l'unique commentaire :

Ne t'avise pas de dégrader mon physique, ma réputation est en jeu.

Le survivant soupira. Malefoy était pire qu'une fille. Lui-même, il ne savait absolument pas ce qu'était un masque capillaire.
Jetant la liste dans une corbeille à papier, il ferma les rideaux autour de son lit et s'allongea sur les draps. Le week-end serait long.