Désolée pour le retard ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira :)

Chapitre 13 : souvenir

Le silence. Aussi tonitruant que le son de la guerre. Aussi inquiétant.

Mais cette fois Mathilda savait qu'elle ne risquait rien. Elle avait l'impression de n'avoir jamais été aussi en sécurité.

Doucement, elle étira ses jambes endolories. Les derniers jours avaient été calmes en comparaison des précédents. Personne n'avait osé défier Masla. Il leur faisait peur. Elle savait qu'il ne voulait pas qu'ils aient peur de lui. Elle avait ri devant sa mine attristée. La crainte était nécessaire. Cela empêchait les loups de se rebeller. Sinon combien aurait tenté de tuer Masla dans son sommeil ?

Elle avait l'impression d'avoir été déconnecté ces derniers jours. Depuis le duel, elle regardait la vie de la Meute reprendre son cours. Elle avait étonné que personne ne défie Masla. Mais elle avait compris qu'ils le craignaient. Ils ne comprenaient pas pourquoi Masla n'avait pas tué Fenrir.

Elle aussi ne comprenait pas. Elle aurait compris s'il avait décidé de prendre le pouvoir. Il aurait eu de bonnes raisons. Elle ne voyait lutter. Elle sentait sa soif de pouvoir, s'en enivrait. Mais il ne cédait pas. Elle n'avait que des effluves mais c'était suffisant pour la pousser à le faire si elle ne résistait pas. Il était aussi fort qu'elle l'avait pensé.

Mathilda n'avait pas eu le temps de repenser à leur fuite. Elle avait juste décidé de se laisser aller, de ne vivre que le moment présent. Pour la première fois de sa vie, elle avait l'impression d'avoir été spectatrice de sa propre vie.

Elle avait juste cette impression qu'une partie d'elle était blessée. Elle avait écarté cette sensation. Elle n'avait pas été blessée par les loups ou les géants. De toute manière, Masla lui aurait dit s'il avait senti du sang sur elle.

Elle releva soudainement la tête. Le lien. C'était la seule explication. Elle sentait la blessure comme étant la sienne mais ne la voyait pas.

Elle avait senti son pouvoir quand ils étaient parmi les géants. Elle avait senti un lien. Elle avait compris que ce lien l'avait aidé. Elle n'avait pas eu le temps de se concentrer pour le trouver. Et là, depuis quelques heures elle sentait une douleur sourde pulsait.

Sans bruit, elle quitta le lit. Elle entendit Masla bouger. Elle sourit et se glissa dans la nuit en prenant sa cape. La nuit froide lui tira des frissons. Elle resserra sa cape autour d'elle. Elle sentit une vague de chaleur la caressa. Elle ne vit rien autour d'elle. Elle comprit la sensation venait du lien. Elle plongea dedans. Elle sentit l'autre côté du lien se réveiller. Il était proche mais faible.

Mathilda longea les cabanes. Elle passa devant celle de Fenrir. Il dormait encore. Ces derniers jours lui avaient permis de recouvrer ses forces mais pas entièrement. Masla allait souvent le voir. Il lui racontait à chaque fois ce qu'il s'était passé. Il l'aidait à se nourrir. Et Mathilda savait que Masla luttait pour ne pas le tuer.

Elle chassa Masla de ses pensées. Elle suivit le lien. Cela lui semblait beaucoup trop lié à la magie. Elle ne voyait pas le lien mais le ressentait. Tout son être vibrait, sachant où elle allait. Elle entra dans les bois. Elle n'avait pas peur.

Elle avait entendu des tas d'histoires sur les sorciers qui se liaient à d'autres. La relation était souvent inégale l'un puisait dans la force de l'autre jusqu'à l'épuiser. Elle aurait dû se méfier. Mais elle n'y pensait même pas. Elle sentait qu'il ne lui arriverait rien. Elle sentait qu'elle devait l'aider.

Elle pénétra dans une clairière. Elle se savait arriver mais ne voyait rien. Elle sentit que la douleur s'était reveillée. Elle entendit un bruit.

Ecartant un buisson, elle le vit.

Aussi blanc que la neige. Pur. Un loup. Sa fourrure blanche était tâchée d'une couleur écarlate. Du sang. Par lequel sa vie s'échappait peu à peu.

Mathilda sentit ses larmes monter. Elle ne pouvait pas comprendre comment ce vermillon osait tacher cette blancheur. Elle eut le souffle coupé devant sa pureté.

Elle le vit redresser légèrement son museau vers elle. Le geste lui arracha un grognement de douleur.

Mathilda se laissa tomber près de lui. Elle n'osait le toucher. Elle avait peur de le blesser. Elle ne voulait pas le tâcher avec la noirceur qu'elle portait. Elle avait l'impression de suffoquer. Ses larmes glissèrent sur ses joues sans qu'elle ne puisse les contenir.

Le bruit d'une respiration proche attira son attention. En redressant la tête elle vit Fenrir. Il contemplait la scène devant lui en s'appuyant sur un bout de bois. Trop faible pour tenir seul debout. Trop fier pour rester allongé. Trop protecteur pour laisser son enfant seule dans les bois.

Fenrir avait senti l'odeur de sa fille près de sa fenêtre. Il avait cru qu'elle allait finalement venir le voir et ne plus lui envoyer le jeune loup. Mais les jours passant, elle ne venait pas. Il l'avait vu s'aventurer dans les bois. Il s'était mis sur le pas de la porte. Sentant l'odeur d'un loup inconnu, il avait pris peur. Il ne s'attendait pas à découvrir ce spectacle. Mathilda était assise dans une clairière, la tête du loup posée sur ses genoux. Le loup baignait dans son sang. Fenrir se demandait même comment il pouvait encore respirer.

Une digue se brisa en lui lorsqu'il vit ses larmes. Il avait l'impression que son cœur était brisé. Que n'aurait-il pas donné pour enlever toute sa souffrance de ce regard. Elle ressemblait tellement à l'enfant jouant sur les hautes collines du manoir Devis qu'il avait pris l'habitude d'épier.

- Aide-le, je t'en supplie.

- Il ne voudra pas que je m'approche, je suis…

- Non aide-le ! Il ne peut pas mourir !

- Mathilda, je ne peux rien…

- S'il te plait Papa.

Fenrir la fixa. Jamais il n'aurait cru l'entendre l'appeler ainsi. Il ne pensait pas non plus que ce simple mot pouvait autant le rassurer. Il avait l'impression qu'un poids invisible sur ses épaules était soudainement retiré.

En faisant attention à ne pas faire de geste brusque, il s'approcha. Le loup ne sembla pas réagir à sa présence. Fenrir fronça les sourcils. Tous les loups ressentaient la hiérarchie. Ils savaient reconnaitre un alpha dès lors qu'ils en rencontraient un. Celui-ci ne semblait pas le craindre. Pis, Fenrir cru voir une lueur moqueuse sous la douleur de ses yeux.

Faisant fi de cette impression, il s'approcha de sa blessure. Le sang semblait couler de ses pores. Aucune blessure n'était apparente. Il avait été drainé.

Fenrir revit sa fille penchait au-dessus tenant le cœur de Liam. Il la revit avec toute sa force, capable d'évincer un loup puissant. Capable de rester des heures sans ressentir de fatigue.

Le loup était la clef.

Fenrir se redressa. Elle le regardait avec cette lueur interrogatrice. Elle ressemblait tant à sa mère en cet instant d'abandon. Elle était tournée entièrement vers lui dans l'attente de ses mots. Plus rien ne comptait. Elle ne le quittera pas avant d'avoir sa réponse.

Se sentant coupable de penser cela, il dirigea son regard sur le loup. Il ne pouvait pas la blâmer des méfaits de sa mère. Il devait faire la paix avec elle. Il devait enterrer sa mère et ses souvenirs. Il devait être un vrai père.

- Comment l'as-tu trouvé ?

- Je ne sais pas. Je… J'ai ressenti comme un besoin de venir ici et je l'ai trouvé ici étendu.

Fenrir s'assit près d'elle.

- Tu es liée à lui.

- Pardon ?

- Il y a des années, un homme a été accusé par les moldus de dévorer d'autres humains. Les sorciers ont crus qu'ils s'agissaient d'un loup. Il a été traqué par les moldus et les sorciers. Les autres loups ne s'en sont pas occupés trop marginalisés à cette époque. Il s'est avéré que ce n'était qu'un homme. Pourtant, tous les cadavres qu'il laissait derrière lui portaient des blessures de loups. Certains ont crus qu'il couvrait un loup. Mais non. Il a continué à tuer de nombreuses petites filles avant que les moldus ne l'attrapent et le condamne pour sorcellerie et lycanthropie.

- Gilles Garnier. Mais ce n'était qu'un moldu !

- Un moldu lié.

- Plait-il ?

- Ce phénomène n'a jamais été vraiment expliqué. Certains disent que des évènements douloureux amène cela. D'autres que c'est une décision commune.

- Comment ça ?

- Parfois, la part humaine et la part lupine s'affrontent à l'intérieur. Si la situation est trop tendue, les deux peuvent se séparer. Et le loup devient aussi vivant que l'homme. Il n'est plus contenu par l'enveloppe humaine. Deux parties d'un même être vivent ensemble. L'homme n'est plus capable de se transformer en loup et le loup ne peut pas devenir un homme. Ils sont condamnés à rester ensemble.

- Pourquoi ?

- Aucun ne peut vivre sans l'autre. C'est pour cela que la mort de l'un entraine systématiquement la mort de l'autre. Imagine qu'on t'arrache toute ta peau à petit feu. Le lien permet de ressentir les émotions de l'autre partie. Les blessures de l'un deviennent les blessures de l'autre.

- Tu veux dire que…

- C'est ce qu'il t'arrive. D'une manière ou d'une autre, vous êtes liés. Tu as ressenti sa douleur et tu es venue l'aider. Et lorsque tu avais besoin d'énergie, il t'en a fourni.

- C'est à cause de moi qu'il est ainsi ?

- Non. Tu aurais fait la même chose pour lui.

Mathilda ne répondit pas.

- Tu peux le guérir aussi, ajouta Fenrir.

En voyant la lueur d'espoir dans son regard, Fenrir se maudit. Il ne voulait pas lui donner de faux espoirs. Le loup avait été drainé assez longtemps. Leur lien ne devait pas être ancien sinon il aurait su s'en prémunir. Et elle n'en avait aucune idée. Elle aurait pu s'en trouver blessée.

- Je ne sais pas si tu y arriveras. Je ne saurais pas t'indiquer comment. Il faudrait que tu plonges dans le lien et l'alimente mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Essaie de puiser dans ta magie. Fais attention, tu pourrais échouer.

Elle se redressa. Fenrir eut le temps d'apercevoir une lueur de sombre détermination dans ses yeux avant de la voir se tourner vers le loup. Il recula. Son instinct de père lui disait de rester près d'elle et de la soutenir. Mais son instinct de loup comprenait qu'il était de trop. Doucement, il disparut dans l'ombre des arbres.


Alors ? :) Je sais c'est un peu plus court que ce que je fais en temps normal !

*****L'histoire de Gilles Garnier est réelle en fait. Je l'ai trouvé vraiment adapté du coup je me suis permise un écart pour la mettre

J'essaie de publier pour dimanche prochain !