Maély se regarda avec appréhension dans le miroir et poussa un gémissement étouffé. Elle était verdâtre. Non, non, pas la peine de chercher à le nier, elle était carrément verdâtre ! Rien d'étonnant à cela si l'on considérait que ses entrailles se tordaient dans tous les sens comme des serpents. Elle allait vomir, pour sûr. On frappa à la porte, qui s'ouvrit aussitôt.

- Tu es prête ? demanda Fili.

- Je ne suis pas prête du tout, gémit-elle, je suis morte de peur. Ou malade de frousse, comme tu préfères.

- Il n'y a aucune raison, fit-il gentiment en venant lui prendre la main.

Pour la rassurer, il déposa un léger baiser sur ses lèvres et serra ses doigts entre les siens.

- Je suis obligée d'y aller ? demanda-t-elle d'une voix chevrotante.

Fili étouffa un rire.

- Eh bien, comme c'est ta présentation officielle à la cour, sans toi ce serait gênant, avoue-le.

- Qu'est-ce que je vais faire à la cour, puissant Mahal !

Fili se pencha à son oreille, ce qui la fit rire car sa moustache lui chatouilla la peau :

- Tu vas devenir officiellement ma fiancée... murmura-t-il. Ce que tu es déjà officieusement.

Ces mots parurent la ragaillardir un peu et elle eut un sourire, un peu vacillant mais sincère.

- Ne te laisse pas envahir par la panique, conseilla Fili. Ce n'est qu'une formalité.

- On ne peut pas annuler ?

- Maintenant ? Tu plaisantes. Tout le monde est en place, on n'attend plus que nous.

- Oh là là !

- Tu es parfaite, lui assura Fili. Tout se passera très bien, tu verras.

- Je crois que je vais me trouver mal.

- Je ne te lâcherai pas. A aucun moment. Et puis je vais te donner un truc : quand nous entrerons dans la salle du trône…

- Miséricorde !

- … ne regarde pas les gens alentours.

- Tu en as de bonnes, toi ! Je dois regarder où ? Au plafond ?

- Non, répondit Fili en riant. Ça aurait l'air un peu bizarre, tu ne crois pas ? Regarde droit devant toi. Ne tourne pas la tête, ni les yeux, regarde toujours droit devant toi. Fais comme s'il n'y avait personne de part et d'autre. Comme si la salle était vide.

- Mais… droit devant moi il… il y aura le trône et… et ton oncle et… et toute ta famille !

- Mais eux, tu les connais déjà. Et ils te connaissent.

Maély médita cette réponse. Il était vrai qu'elle connaissait déjà les membres de la famille royale. La présentation privée avait eu lieu quelques semaines plus tôt. Elle se souvenait que ce jour-là déjà, elle était horriblement anxieuse. Il y avait de quoi, non ? Fili avait pourtant usé des litres de salive à la rassurer. Il lui avait dit en riant qu'aucun des membres de sa famille n'était cannibale et qu'elle n'avait rien à redouter. En revanche, avait-il assuré, tous étaient très heureux pour lui, pour eux. Par ailleurs, le fait qu'elle soit une artiste travaillant le métal pour fabriquer des bijoux leur avait tout de suite plu : les nains ont la plus haute estime pour le travail bien fait et les artisans capables.

- Cela vaut toutes les noblesses, avait ajouté Fili, tout près de l'oreille de Maély, en glissant une main caressante dans son dos.

Oui, quand Fili disait les choses, tout paraissait facile, tout semblait être à portée de main, elle-même y croyait alors volontiers. Mais en présence des événements, tout changeait soudain... ainsi, la fameuse présentation privée... Son père l'avait accompagnée, ce jour-là. Il avait beau se tenir droit et impassible en apparence, elle savait qu'il était impressionné, lui aussi. Mais il s'en était tout de même mieux sorti qu'elle, estimait Maély. Enfin presque. Au moins, lui il n'avait pas bafouillé de manière inintelligible. Ni d'ailleurs oublié de saluer qui que ce soit. Tandis qu'elle… Alors que son père s'inclinait devant Dis, elle était demeurée paralysée. Tout simplement paralysée. Corps et langue. Heureusement que la princesse ne s'en était pas formalisée. Elle lui avait gentiment souri et lui avait assuré qu'elle était enchantée de faire enfin sa connaissance. Kili, lui, l'avait mise à l'aise tout de suite. Il riait, il était chaleureux et décontracté, avec lui elle ne se sentait ni empruntée ni figée de peur.

- Je n'aurais qu'à regarder le prince Kili... Kili, pensa-t-elle pour se donner du courage, pendant que Fili et elle se dirigeaient vers la salle du trône.

C'était lui qui lui avait dit, à leur seconde rencontre, de manière très naturelle, de l'appeler simplement par son prénom.

- Je vais bientôt être ton beau-frère, Maély, avait-il dit. Pas de manière entre nous. Je t'appelle Maély, tu m'appelles Kili. D'accord ?

On ne pouvait pas résister au sourire de Kili, ni à sa bonne humeur contagieuse.

- D'accord, avait-elle répondu, presque détendue.

- A la bonne heure. Fili devrait prendre exemple sur toi. Depuis tout ce temps, il n'a encore jamais réussi à tutoyer Tauriel. Jamais vu un nain aussi coincé, avait ajouté le cadet des princes en lançant un regard volontairement insultant à son frère aîné.

- Ça, avait menacé ce dernier, faussement sérieux, ça se payera, crois-moi !

Kili n'avait fait que ricaner.

Tauriel, elle aussi, s'était montrée cordiale quand elle avait fait la connaissance de sa future belle-sœur. Maély qui jamais de sa vie n'avait vu un elfe (ni une d'ailleurs) d'aussi près avait dû faire un effort pour ne pas la dévisager sans arrêt. Cette fois-là, elle avait aussi rencontré la princesse Kiriel, une adolescente de seize ans qui, après l'avoir saluée, n'avait plus prononcé un mot. Mais ses yeux vifs ne l'avaient pas quittée un seul instant, au point que Maély se sentait disséquée vivante.

Quant à Thorin... il était terriblement impressionnant ! Et les choses avaient failli mal tourner. Mais pour une fois, ce n'était pas sa faute à elle. Craignant peut-être que sa fille demeure figée devant Thorin comme elle l'était restée devant Dis, Gothrom lui avait discrètement pincé le bras, avant de s'incliner profondément devant son roi. Rien de bien terrible, n'est-ce pas ? Honnêtement, il ne lui avait pas vraiment fait mal. Mais Maély était tellement tendue qu'elle avait sauté sur place en criant : "Aïe !" de manière fort peu discrète.

- Oh, excuse-moi, ma chérie, s'était hâté de dire Gothrom. Je suis désolé, Votre Majesté, je lui ai marché sur le pied... ne m'en veuillez pas.

- C'est surtout à elle qu'il faut dire ça, je crois, avait fait remarquer Thorin.

Cela avait détendu l'atmosphère bien que, plus tard, Gothrom ait fait des reproches à sa fille :

- Qu'est-ce qui t'a pris de crier comme ça ? Je ne t'ai pas fait mal, tout de même.

- Non, mais je ne m'y attendais pas.

En dépit de cet incident, honnêtement ils s'étaient tous montrés très gentils avec elle ce jour-là. Ils semblaient tous contents... cela paraissait incroyable, mais malgré sa nervosité, c'était l'impression qu'elle avait eue.

Enfin bref, depuis, Maély avait rencontré plusieurs fois Kili et Dis et elle se sentait un peu plus à l'aise. Sa future belle-mère lui avait même confié, en aparté, combien elle était heureuse que son fils aîné ait finalement pu trouver une naine "aussi charmante et à laquelle il est si manifestement attaché. Je craignais qu'il n'ait jamais cette chance". Maély en avait été très touchée.

N'empêche que lorsque les grandes portes de la salle du trône s'ouvrirent devant eux, Maély eut bonne envie de s'enfuir à toutes jambes. Cramponnée au bras de Fili comme après une planche de salut, elle s'efforça de suivre ses conseils :

- Regarde devant, seulement devant, pensa-t-elle. La salle est vide. Il n'y a personne. Ne regarde que devant toi. Tout va bien. Ce n'est qu'une formalité.

Mais elle eut beau s'encourager, la distance à parcourir lui parut alors tout simplement immense et elle se sentit chanceler sur ses jambes tremblantes.

OO00OO

Maély enfouit son visage dans ses mains.

- Je suis tellement godiche ! gémit-elle. Je le savais... je savais que ça se passerait mal.

Fili lui entoura les épaules de son bras.

- Allons, ne te mets pas dans un tel état. Et ne t'accuse pas de tous les maux. C'était de ma faute, je t'ai trop dit de regarder droit devant toi.

Maély gémit de plus belle.

- Chut, dit Fili. Il n'y a pas de quoi se rendre malade. C'était un peu gênant, certes, mais ce n'est pas grave. Faire un faux pas, cela arrive à tout le monde.

- Mais se casser la figure devant toute la cour et la famille royale au grand complet, un jour de présentation officielle, ça ne pouvait arriver qu'à moi !

- Je t'aime comme tu es, Maély. Que tu aies trébuché tout à l'heure n'y changera rien.

- Tu plaisantes ? Je suis la risée d'Erebor et à cause de moi, tout le monde va se moquer de toi aussi.

- Je ne permettrai à personne de se moquer de nous. Avant de rire de toi, que les gens soient bien certains de n'avoir jamais prêté à sourire, eux non plus. Ou je me ferai un plaisir de le leur rappeler.

- Fili...

La naine s'accrocha aux épaules de son compagnon :

- Fili, je l'ai dit depuis le début, ce n'était pas une bonne idée. Je ne suis pas une femme pour toi.

- Nous en avons parlé des centaines de fois, je ne veux plus revenir là-dessus.

- Mais tu as bien vu...

- Ne dramatise pas. Ce n'est pas la fin du monde.

- Ton oncle doit me détester !

- C'est absurde. Tu ne lui as rien fait, que je sache. Faire un faux pas n'est pas un crime contre l'Etat. Et puis tu sais... Thorin en a vu d'autres et de plus rudes.

- Et que va dire ta mère ? Que tu as choisis une guenon quand tu aurais pu avoir un cygne !

- Ça suffit, Maély. Je t'interdis de te dévaloriser comme ça. Tu accordes trop d'importance à la position des gens, qui au fond sont tous pareils, et à un incident que tout le monde aura oublié demain et qui n'a aucune...

Pour toute réponse, la naine éclata en sanglots, enfouit son visage dans ses mains et s'enfuit en courant. Fili la regarda partir, navré, puis esquissa un geste d'impuissance.

OO0OO

Recroquevillée au pied d'un arbre, Maély pleurait si fort qu'elle n'entendit pas les pas, certes légers, qui approchaient. Elle aimait sincèrement Fili. Mais plus le temps passait plus leurs différences lui sautaient aux yeux et lui martelaient le cœur. Jamais, jamais elle n'aurait dû céder et accepter qu'il la présente à sa famille. Qu'elle se soit totalement ridiculisée devant toute la cour, au fond elle l'avait bien mérité. Mais lui ? La perspective de ce que les gens devaient chuchoter à présent dans son dos lui perçait le cœur.

- Si tu continues à pleurer comme ça, tu vas finir par inonder la montagne, lança une voix moqueuse.

Maély sursauta, s'essuya vivement les yeux et promena autour d'elle un regard égaré. Elle ne vit rien.

- Lève la tête, Maély Pied-de-Plomb.

La naine leva les yeux et sursauta : un visage étrange, et surtout à l'envers, pendait à quelques pouces au-dessus d'elle. De longues tresses acajou se balançaient et l'apparition la regardait en ricanant.

- Princesse Kiriel.

La jeune semi elfe faisait le cochon pendu après la branche qui surplombait la naine et lui souriait d'une manière horripilante.

- Vous allez vous rompre le cou, s'affola Maély. Et on va encore dire que c'est ma faute !

Elle ne vit pas très bien ce qui se passait, elle eut l'impression que la jeune fille effectuait un soleil autour de sa branche avant de retomber, en souplesse, sur ses pieds, juste près d'elle. Elle était vêtue comme sa mère l'avait été des années auparavant, de hautes bottes, d'un pantalon de cuir, d'une longue tunique fendue. Un couteau de chasse pendait à sa ceinture. D'ordinaire elle portait aussi un arc et un carquois mais, ce jour-là, elle semblait s'en être passée.

- Alors Tantine, fit familièrement la princesse en se laissant tomber assise sur l'herbe. Tu as décidé de nous noyer dans nos galeries, à pleurer comme ça ?

- Tant... ne m'appelez pas comme ça.

- C'est pas par plaisir, hein, assura Kiriel en lui tendant un mouchoir. Si tu te voyais. Oh, au fait, ça ne t'ennuie pas que je te dise "tu", hein ?

- Je... je...

- Parce que tu bégaies en plus ? Tu ne tiens pas debout, tu pleures, et en plus tu parles pas ? Mais il te trouve quoi, mon oncle ?

- Taisez-vous... je vais partir loin d'Erebor, ne m'accablez pas.

- Si tu dois partir, il faut que j'en profite maintenant. Non, sérieusement, tu veux vraiment t'en aller ?

- Je n'ai pas d'autre choix. J'ai une cousine dans les Monts de fer qui m'accueillera... mais en quoi cela vous intéresse-t-il ?

- Ce n'est pas drôle. Il n'y aura jamais personne d'autre pour me faire rire comme toi.

Maély baissa la tête. Elle n'aurait jamais le dernier mot face à cette adolescente trop gâtée à la langue acérée comme une épée. D'autant qu'elle n'avait pas la tête à échanger des propos venimeux avec cette gamine. Peut-être que si elle gardait le silence, Kiriel se lasserait et cesserait de la tourmenter.

- Eh ! fit Kiriel.

Maély ne leva pas les yeux.

- Regarde-moi, au moins, quand je te parle.

Aucune réaction. Maély espérait que cette jeune fille cruelle et sans gêne allait s'en aller. Son cœur eut un soubresaut quand elle vit une main passer devant ses yeux, puis qu'elle sentit la paume chaude, rendue rêche par la pratique du tir à l'arc et les jeux de plein air, se poser sur sa mâchoire, juste le temps de l'effleurer.

- Regarde-moi, tu veux ?

La voix cette fois était douce et affable. Maély s'y laissa prendre et croisa les yeux bleus de la jeune princesse.

- Tu sais, Tantine, je dis toujours les choses comme je les pense. Je ne veux pas te faire de la peine, mais je crois que tu as besoin qu'on te secoue un peu. Mon oncle est trop doux, il n'ose pas te dire tes quatre vérités, alors il faut bien que je le fasse.

- C'est lui qui vous envoie ? chuchota Maély, qui avait peine à croire que Fili ait pu la livrer à cette peste en un tel moment.

- Non, il ne sait pas où tu es. Moi je t'ai vu partir. Fili te cherche de son côté mais il n'est pas près de nous trouver. Inutile de compter sur lui, le temps qu'il arrive ici, j'en aurais largement fini avec toi.

- Vous me détestez, n'est-ce pas ? fit Maély.

Un sourire carnassier apparut sur le visage de la princesse.

- Dis-moi "tu", toi aussi. Je ne suis pas la reine d'Erebor, hein. Et non, je ne te déteste pas. Je ne t'aime pas non plus, note bien... enfin, pas encore. Mais mon oncle est malheureux sans toi, alors...

Maély secoua la tête sans répondre.

- Eh ! reprit Kiriel. Franchement, qui je suis ?

- Pardon ?

- Parce que t'es sourde, en plus ? J'ai dit : "qui je suis" ?

- La fille du prince Kili, la petite-nièce du Roi sous la Montagne.

- Et la fille de Tauriel, la traîtresse bannie par le roi Thranduil. Autant dire que ça me rend très populaire auprès des elfes. J'en ai croisés, tu sais. Parfois. A Erebor, des diplomates. Je n'étais pas supposée les approcher mais je me suis arrangée pour les croiser. Et j'ai fait en sorte qu'ils me voient bien. Si tu avais vu l'a manière dégoûtée dont ils m'ont toujours regardée... Comme si ça ne suffisait pas, je ne suis pas une elfe et je ne suis pas une naine. Si bien que des deux côtés, il y aura toujours des gens pour me voir comme une sorte de monstre. Tu crois qu'on ne me le jette pas régulièrement à la figure ?

Maély demeura sans voix.

- Tu as avalé ta langue ?

- Pourquoi me dites-vous cela ?

Kiriel se releva d'un bond, épousseta ses vêtements d'une chiquenaude, puis soudain fit le grand poirier, debout sur les mains, ses pieds appuyés contre le tronc de l'arbre.

- Parce que si je pouvais choisir, je préfèrerais être tout à fait une naine. Même si je devais me prendre les pieds dans ma robe et m'étaler comme une flaque à chaque pas. Ou à la limite, tout à fait une elfe, comme ma mère. Quitte à ce qu'on m'appelle "l'étrangère", comme elle.

- On... qui peut bien donner ce nom à votre mère ?

- Oh, plus de gens que tu crois. Certains ne l'acceptent toujours pas et moi non plus.

- Vous êtes la petite-nièce du roi ! Et votre mère vit à Erebor depuis plus de quinze ans.

- A peine un battement de cœur dans la vie d'un nain. Et pour un elfe immortel, je te laisse imaginer.

- Mais... votre famille laisse dire de telles choses ?

Kiriel se laissa retomber sur ses pieds et haussa les épaules :

- Ma famille, elle doit faire quoi ? Couper la tête de tous ceux qui ont cet avis ? Avoir une opinion et l'exprimer, ce n'est pas un crime.

- Tout de même, je ne peux pas croire que devant eux, on puisse...

- Oh non, pas devant eux, et encore. Il parait que parfois, au conseil, ça ne vole pas haut. Mais...

L'adolescente soupira :

- Il faut que je te dise, j'ai le pas bien plus léger que n'importe quel nain. Et l'ouïe beaucoup plus fine, même si elle n'égale pas celle de ma mère. J'ai très souvent entendu raconter des choses qui ne m'étaient pas destinées, bien qu'il soit question de moi ou de mes parents. Mon père n'est pas épargné non plus, tu sais. Certains, s'ils le pouvaient, nous chasseraient tous les trois d'Erebor à coups de pierres. La plupart des gens ne mâchent pas leurs mots quand ils parlent de nous.

L'adolescente fit une pause et ajouta :

- Ça m'a toujours fait très mal.

L'espace d'un instant, une expression de souffrance envahit son visage mais elle la chassa aussitôt pour reprendre son air effronté.

- En fait, reprit-elle sur le ton de la confidence, je voulais te demander quelque chose, Tantine.

- A moi ?

- J'ai l'air de parler à qui ?

Kiriel baissa le ton, se pencha vers la naine et acheva dans un chuchotement :

- Est-ce que tu veux d'une demi elfe aussi impossible et impolie que moi pour nièce ?

Saisie, Maély la regarda fixement puis ce fut plus fort qu'elle, elle se mit à rire.

- Ah, il y a du mieux. Mais ta réponse ? Non, parce que si tu ne me supportes pas, forcément, on ne va pas pouvoir y arriver. Et tu sais, je ne vais pas te promettre d'être gentille et aimable avec toi. Ce n'est pas la peine : je n'y arriverai pas.

Maély sentit son sourire s'accentuer :

- Vous êtes toujours comme ça ? Avec tout le monde ?

- Nan. Pas toujours mais presque. Et pas avec tout le monde, pas vraiment. Mais je suis très forte pour embêter les gens, quand je veux.

Elle eut un nouveau sourire, un sourire pas très rassurant et ajouta :

- Et puis il faut que je profite, pour te parler comme ça. Le jour où tu seras la reine d'Erebor, je ne pourrais plus. Il ne faut pas croire, mes parents m'ont quand même un peu éduquée. Par contre, pour la révérence... il ne faudra pas compter sur moi. Je ne sais pas faire.

- Moi non plus. Et je ne serais jamais une reine.

- En toute logique, si tu épouses mon oncle tu seras déjà princesse. C'est un début. Mais n'en fait pas tout un monde, hein. Ce n'est jamais qu'un mot, au fond.

- Fili mérite tellement mieux que moi, murmura Maély.

- Bon, alors tu es vraiment aussi bête que ça ? Tu ne fais pas semblant ?

Le ton était redevenu sévère.

- C'est toi qu'il veut, tu n'as pas encore compris ?

- On ne vous a pas raconté ce qui est arrivé aujourd'hui ?

- Pas la peine de me raconter, j'étais là et j'ai tout vu. Tu t'es emmêlée les pieds et tu es tombée. Dans la salle du trône et sous le nez de tous ceux qui étaient sur place et qui évidemment te regardaient.

Le rouge envahit le visage de Maély, qui sentit ses yeux s'emplir à nouveau de larmes :

- J'ai tellement honte...

- T'en mourras pas.

- Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Et si encore c'était exceptionnel...

Maély s'interrompit, interdite, en entendant un sifflement de colère : poings serrés, visage dur, yeux dangereusement étirés vers les tempes, Kiriel la considérait cette fois avec une dureté qu'elle ne cherchait pas à cacher.

- Tu crois que je ne sais pas de quoi je parle ?!

La voix était cinglante comme un fouet.

- Il y a quelques années en arrière, lâcha l'adolescente d'une voix hachée, j'avais honte, moi aussi... et pas pour une petite chose idiote survenue un jour et vite oubliée. J'avais honte d'être si différente des autres. Honte de... de n'être pas une naine.

La respiration de Kiriel s'était accélérée et elle s'enfonçait les ongles dans la peau sans même s'en apercevoir.

- Je suis née et j'ai été élevée à Erebor. C'est chez moi. Les nains sont mon peuple. Et pourtant, en dehors de ma famille, j'ai toujours été mise à l'écart. Toujours. Alors oui, j'avais honte. De ne ressembler à rien ni à personne.

Kiriel prit une longue inspiration.

- Et puis j'ai compris qu'accepter ça, ça revenait à dire que j'avais honte de ma mère. Et ce n'était pas vrai. Jamais. Ma mère est merveilleuse ! Le... ce qu'il y a entre mes parents, c'est... c'est...

La jeune fille esquissa un geste vague, sans parvenir à trouver ses mots, et son visage s'adoucit. Mais tout aussitôt, elle fronça les sourcils et reprit d'une voix basse, rauque de colère accumulée :

- Pourquoi ils n'auraient pas eu le droit ? Pourquoi ils n'auraient pas dû s'aimer ? Au nom de qui ? De quoi ? Pourquoi je ne devrais pas exister ?

Il y eut un très long silence. Bouleversée, Maély ne songeait plus du tout à ce qui la chagrinait si fort un moment plus tôt mais uniquement à ce qu'elle venait d'entendre. Pauvre enfant. Seule en son genre et donc seule au monde. Elle payait cher l'amour que ses parents éprouvaient l'un pour l'autre. Ce qui ne l'empêchait pas de le défendre bec et ongles.

- Un jour, fit Kiriel d'une voix lointaine, un peu triste, je sais que je devrai quitter Erebor. Ce sera dur, tu sais. J'espère que ce sera dans longtemps.

- Pourquoi seriez-vous forcée de partir ? demanda Maély, très sincèrement étonnée et surtout, émue par la tristesse qui avait envahi le visage de l'adolescente.

- A cause de ma mère. C'est une elfe. Elle est immortelle. Ni mon père ni aucun nain ne l'est, pas contre. Quant à moi, personne ne peut savoir de qui je tiens. Un jour mon père ne sera plus là. Ni Thorin, ni Fili, ajouta la jeune fille dans un soupir. Après eux, ma mère ne pourra sans doute plus rester à Erebor. D'ailleurs, même si on ne la chassait pas, qu'est-ce qu'elle y ferait ? Ce jour-là je partirai avec elle. Je ne la laisserai pas seule. C'est ma mère, quand même. Et puis de toute façon... une fois que ni mon grand-oncle, ni mon oncle ni mon père ne seront plus là... moi non plus je n'aurais plus ma place ici.

- Comment pouvez-vous être aussi cynique ? murmura Maély, saisie et, surtout, émue par la tristesse bien réelle qui émanait de la jeune fille. Vous êtes de la lignée royale de Durin ! Et puis, d'ici à ce que vos proches ne soient plus là, tant de choses peuvent arriver...

- Oh oui ! ricana Kiriel, retrouvant son ironie mordante. Je vais sûrement me marier aussi et avoir des enfants... C'est sûr. Et ma mère sera un jour comme ma grand-mère Dis, une sorte de reine mère veillant sur sa nichée... bien sûr... comme si un jour quelqu'un pouvait être attiré par une créature aussi étrange que je le suis !

- Si un nain a pu s'éprendre d'une elfe et vice-versa, pourquoi pas ? répondit Maély. Ça aussi, tout le monde avant eux croyait que c'était impossible.

Un sourire subit fendit le visage de l'adolescente :

- Tiens, ce n'est pas faux... mais quand même, je n'y crois guère.

Il y eut un petit silence.

- Pourquoi, reprit Kiriel d'un ton plus calme, pourquoi tu refuses à Fili le droit de t'aimer comme tu es ? Parce qu'il t'aime, tu sais.

- Quand je l'ai rencontré, murmura Maély d'une voix détachée, presque lointaine, c'est en le faisant tomber...

- Et il est tombé, en effet. Il est tombé amoureux de toi.

Maély leva la tête et les deux femmes, la toute jeune et l'adulte, se regardèrent un long moment en silence, se mesurant du regard. Celui de l'adolescente s'était à nouveau durci, de même que sa voix. Des blessures bien réelles se cachaient sous sa fausse insouciance.

- Ben oui, poursuivit-elle au bout d'un moment. Je te l'ai dit, je ne sais pas ce qu'il te trouve. Mais voilà, il t'aime. Et si tu m'avais écoutée, tu saurais qu'il y a pire, à Erebor, qu'une naine maladroite. Il y a une elfe bannie et sa fille la sang-mêlée. Quand j'étais petite, on me disait pour me consoler que j'étais unique au monde... tu parles ! Je peux te dire, moi, que ce n'est pas tous les jours facile, de ne ressembler à personne. Parce que quand personne ne se reconnaît en toi, ben... il y a comme une distance qui se met systématiquement en place, tu vois ?

Maély imagina la jeune princesse grandir au milieu des nains, dont certains, elle le savait bien, haïssaient sa mère et le peuple dont elle était issue. Kiriel avait hérité de certains traits caractéristiques des nains, certes, mais elle était trop élancée et ses étranges oreilles... personne n'aurait pu la prendre pour une naine. Personne. Maély pensa ensuite à Tauriel. Venant vivre parmi les nains pour l'amour de Kili et supportant leur animosité. Elle pensa à Fili, lui affirmant que sa gaucherie n'était pas un problème pour lui, qu'au contraire il la trouvait attendrissante et que de toute façon, il l'aimait comme elle était, avec ses qualités et ses défauts.

Et soudain tout lui parut plus clair et surtout, plus évident. Son père avait raison d'un bout à l'autre. Cette étrange gamine avait raison. Et Fili avait raison aussi, en lui disant qu'elle accordait trop d'importance à ce que pouvaient penser les gens. Maély se redressa, s'essuya les yeux et les joues et décréta gravement :

- Princesse Kiriel, vous êtes mal élevée, insolente et trop gâtée. Vous êtes la digne fille d'une elfe bannie. Mais vous avez un cœur d'or et bien plus de réflexion qu'on ne pourrait le penser au premier abord. Même si vous ne m'aimez pas, moi je commence à vous apprécier. Je suis empotée, maladroite et j'ai le chic pour parler quand il faudrait se taire ou pour dire ce que justement il ne fallait pas dire. Voulez-vous de moi pour tante ?

Le regard de la jeune fille s'éclaira mais elle fit la moue et regarda le ciel, faisant mine d'hésiter.

- Je ne sais pas trop, dit-elle. Il faut que je réfléchisse. C'est que tu vas être un vrai fardeau, n'empêche.

Mais ses yeux bleus pétillaient.

- Je te propose un marché, dit-elle au bout d'un instant. D'abord, bien sûr, tu vas épouser Fili. Et moi, je vais t'embêter tous les jours et sans arrêt, je ne vais pas te laisser un moment tranquille, tant que Thorin sera roi.

Elle regarda son interlocutrice d'un air très sérieux et ajouta :

- Et je te préviens, Thorin est fait du même chêne que son bouclier... c'est dire que tu vas souffrir longtemps. Mais le jour où...

Sa voix se fêla légèrement. Elle devait penser à nouveau que son grand-oncle n'était pas immortel et qu'elle le perdrait tôt ou tard.

- ... le jour où Fili deviendra roi, et toi reine, du coup... enfin, s'il te supporte aussi longtemps, bien sûr... tu pourras prendre ta revanche. Ça te va ?

Maély sourit.

- Prenez garde, répondit-elle avec une feinte gravité. Je pourrais me montrer dure avec vous, ce jour-là.

Kiriel eut un sourire de chat et tendit la main :

- Marché conclu ?

- Marché conclu, fit la naine en serrant la main tendue.

Elle se leva.

- Je suppose que je dois retrouver Fili...

- Evidemment, tête de soupière ! Viens avec moi, je vais te conduire.

Comme prise d'une pensée subite, Kiriel ajouta aussitôt :

- Je ne te parlerai pas comme ça devant les gens, je te le promets. Ça comptera pour plus tard, d'accord ?

- D'accord, répondit Maély en souriant.

L'adolescente eut un petit sourire et cligna de l'œil :

- Tu as tort d'accepter, Tantine : je t'ai eue. Ce n'est pas une faveur que je te fais. Si je te parlais comme ça devant mes parents... Mon père ne m'a jamais frappée, pas une seule fois de toute ma vie, mais je pense que s'il m'entendait parler de cette manière à la femme de son frère, il me giflerait sans hésiter. Et Fili me détesterait.

Maély était encore un peu désarçonnée par les manières et le langage de cette adolescente, mais son intuition lui soufflait qu'en fait, à sa manière certes très étrange et très abrupte, Kiriel cherchait à faire d'elle son amie. L'amie qu'elle n'avait peut-être jamais eue. Fili lui avait dit que sa nièce, en grandissant, devenait difficile. Lorsqu'elle avait surgi tout à l'heure, Maély avait pensé que la jeune fille venait se moquer d'elle et l'accabler de méchancetés gratuites et de sarcasmes. En réalité, elle avait beaucoup dévoilé d'elle-même. Et ça, c'était plutôt courageux. Par ailleurs, on ne se dévoile pas devant quelqu'un dont on veut se moquer. Comme si elle avait entendu ses pensées, Kiriel lança soudain :

- Surtout ne te fais pas des idées, hein : c'est pour Fili que je suis venue te chercher. Pas pour tes beaux yeux.

- Un jour, assura Maély avec le plus grand sérieux, peut-être que pour ménager Fili je ferai preuve d'indulgence, moi aussi. Nous verrons.

Grand sourire de Kiriel :

- En fait Tantine, je vais peut-être commencer à t'aimer, un jour. Peut-être, hein... je ne promets pas.

- Les elfes savent aimer ?

- Oh ! fit Kiriel. Eh, bravo, tu commences à te défendre ! Il te faudra des griffes, tu sais, à la cour.

- Hélas ! murmura la naine, reprise par le découragement.

- Ne t'inquiète pas, Tantine : je vais t'apprendre. Je vais être tellement désagréable avec toi que tes griffes, elles vont sortir toutes seules. Et maintenant, tu vas te décider à me dire "tu" ? Nan parce que ça m'embête d'insulter quelqu'un qui me dit "vous".

- Mais... que penseraient vos parents ?

- Ben... ils me tutoient, mes parents. Et comme tu vas être ma tante...

- Je préfère attendre un peu. Je ne me sens pas prête pour ça.

- Tu vouvoies pas Fili, quand même ?

- Non, mais...

- Alors ?

- D'accord. Tu es une insupportable petite garce, tu as des oreilles ridicules et tu parles comme une poissonnière. Mais tu m'as ouvert les yeux et je t'adore. Ça te va ? J'ajoute que si quelqu'un se permet de dire du mal de toi ou de tes parents en ma présence...

Maély réfléchit un instant à ce qu'elle ferait alors et acheva, avec la tranquillité absolue de celle qui est certaine de ce qu'elle avance :

- ... je lui dirai que je suis très fière de ma nouvelle famille. Très fière du courage de mon beau-frère et de sa femme, qui ont bravé tout Arda pour vivre ensemble et ont transmis leur force à leur enfant. Oui, voilà ce que je dirai.

Kiriel lui adressa un sourire resplendissant.

- En fait je n'ai rien à t'apprendre, fit-elle. Tu vas tous les écrabouiller, Tantine.

Et il n'y avait pas à se tromper au ton de sa voix : c'était manifestement un compliment.

0o0

Maély épousa Fili trois mois plus tard. Si lors de la cérémonie le prince héritier, malgré son émotion, parvint à doter sa femme d'une tresse de mariage plutôt honorable, son épouse fut incapable de lui rendre la pareille et lui emmêla si bien les cheveux qu'il ressemblait ensuite à un épouvantail. Il fallut que Dis arrange discrètement les choses avant le banquet qui devait clôturer la journée, et ce ne fut pas sans mal.

Deux ans plus tard, Maély donna le jour à un fils. Elle n'eut aucune réticence à confier le nouveau-né à sa nièce Kiriel, qui fut d'ailleurs aux petits soins pour lui. Bien que la jeune semi-elfe soit par la suite proche de la petite fille qui naquit encore six ans plus tard et même du petit dernier, elle eut toujours un lien particulier avec l'aîné, qu'elle appelait volontiers son petit frère.

Un jour, alors que la jeune princesse s'entraînait au tir à l'arc à l'extérieur d'Erebor, elle fut surprise et prise à partie par trois adolescents humains venus de Dale. Ils n'avaient jamais vu une créature comme elle et commencèrent par se moquer d'elle. Ils ne savaient pas à qui ils avaient affaire ! Kiriel avait eu toute sa vie pour apprendre à répondre aux sarcasmes et c'était un terrain sur lequel elle était imbattable.

Pourtant, l'un des garçons s'arrangea pour la revoir ensuite. Kiriel trouva assez vite en lui un ami. Le temps passant, leurs sentiments devinrent plus tendres mais la jeune princesse mit alors un terme définitif à leur amourette : elle ne savait que trop bien ce qui arrive quand deux êtres, issus de deux races différentes, veulent tenter de forcer le destin. Elle était très bien placée également pour savoir quelle vie attendait leurs futurs enfants.

Des décennies plus tard, Thorin Ecu-de-Chêne ferma les yeux pour toujours et Fili devint Roi sous la Montagne. Dis, en laquelle Maély avait trouvé après son mariage un mentor aussi patient qu'aimable qui lui avait "appris" son métier de princesse, n'était plus depuis déjà plusieurs années.

Et puis, le temps passant, comme Kiriel l'avait froidement énoncé par un très lointain après-midi, Fili, Kili, puis Maély moururent à leur tour. Kiriel qui de toute évidence avait hérité de l'immortalité des elfes fut au chevet de chacun, les pleura tous très sincèrement et éprouva à chaque fois l'impression de perdre un morceau de son cœur.

Comme elle l'avait préconisé, Tauriel préféra alors quitter Erebor, bien que ses neveux l'aiment sincèrement et qu'avec le temps elle se soit si bien intégrée que plus personne n'avait vraiment de haine contre elle.

Kiriel partit avec sa mère ainsi qu'elle l'avait promis. Mais leurs chemins se séparèrent pourtant au bout d'un temps : inconsolable après la perte de son époux, Tauriel commença à s'étioler et décida de gagner les havres gris, d'où elle pourrait s'embarquer pour Valinor, comme tant d'autres des siens.

Kiriel entre-temps avait rencontré un certain Légolas, prince sous la Forêt Noire, qui avait été l'un des artisans de la victoire lors de la Guerre de l'Anneau. Légolas se souvenait toujours de Tauriel, son amour d'autrefois, et surtout, il avait appris à connaître et apprécier les nains au cours de toutes ses aventures. Il ne vit pas un monstre en cette étrange elfe-naine et lui prodigua au contraire sa sympathie et son soutien. Kiriel devint une sorte de petite sœur, ou de nièce affectionnée pour lui et en sa compagnie elle voyagea beaucoup, du Gondor à Fondcombe, en passant par la Comté. Ce dernier lieu l'enchanta : Kiriel se souvenait des récits de son père, ainsi que de ceux son oncle Fili, relatifs au Cambrioleur, Bilbon Sacquet. Celui-ci avait quitté Arda lui aussi, depuis déjà un certain temps, mais il n'empêche que découvrir son pays fut pour Kiriel une grande joie.

Le jour vint où Légolas, qui avait apprêté un navire identique à ceux que les elfes savaient fabriquer autrefois et à bord desquels ils avaient, peu à peu, tous quitté la Terre du Milieu, s'apprêta à son tour à ce dernier voyage, avec son vieil ami Gimli, fils de Gloïn. Kiriel avait connu le père dans son enfance et avait vu grandir le fils. Ils la supplièrent presque de les accompagner, mais elle refusa.

- Je vous aime bien, seigneur Légolas, dit-elle. C'est grâce à vous que j'ai découvert le peuple de ma mère et je vous en serais toujours reconnaissante. Mais j'ai été élevée par les nains et ce sont les nains que je préfère. Je veux rester sur Arda et reposer un jour auprès des miens, sous la Montagne Solitaire. Cela fait trop longtemps que je suis partie de chez moi, il est temps que j'y retourne. Je n'ai rien à faire sur les terres immortelles des elfes : je préfère les forges d'Aulë. Je veux y retrouver mon père, et Fili, et Thorin, et ma tante Maély, que j'adorais. Et "mon petit frère", son fils aîné. Embrassez ma mère pour moi et dites-lui ce que je viens de vous dire. Elle comprendra. S'il y a bien une personne dans l'univers qui puisse comprendre, c'est elle.

Et c'est là que s'achève l'histoire de Kiriel, fille du nain Kili et de l'elfe Tauriel, car nul ne sait ce qu'il advint d'elle après cela.

Toutefois, sachant qu'elle avait hérité de l'entêtement proverbial du peuple de son père, on peut supposer qu'elle parvint, d'une manière ou d'une autre, à ses fins.

FIN